Analyse du processus de drive test actuel en télécommunications mobiles

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CHAPITRE I : ANALYSE DU PROCESSUS DE DRIVE TEST ACTUEL
1.1 Introduction
Le réseau mobile n’est jamais figé il respire au rythme des déplacements humains, des saisons,
des feuilles qui poussent dans la forêt ou des bâtiments qui surgissent en ville. Chaque nouvelle
imperfection ; un trou de couverture, une chute de débit, un appel qui coupe devient une plainte,
un churn annoncé, une pénalité réglementaire. L’opérateur doit donc prouver, trimestre après
trimestre, que son signal est bien il a promis qu’il serait. C’est dans cette obligation de
vérité terrain que naît le drive test ; la prise de mesure in situ, le long d’une route, d’un sentier
ou d’un couloir indoor, pour capter ce que ressent réellement l’abonné.
Historiquement, la démarche est terrestre : un véhicule, une batterie d’équipements, un
ingénieur radio, un GPS et un itinéraire prédéfini. Le procédé a fait ses preuves en zone urbaine
dense, la grille routière impose ses propres contraintes mais offre aussi sa régularité.
Pourtant, dès que la pente dépasse 15 %, dès que la piste devient chemin de terre irrégulier, dès
que la forêt referme son couvert, la chaîne de mesure se grippe. Les points manquants
s’accumulent, les interpolations prennent le pas sur l’observation, et la carte promise au
régulateur trahit la réalité vécue par l’usager.
Dans le même temps, les exigences de précision augmentent : l’ARCEP exige aujourd’hui une
résolution spatiale de 50m et la traçabilité GPS de chaque échantillon, tandis que les
technologies 4G/5G multiplient les paramètres à surveiller. Il faut donc plus de mesures, plus
fines, plus fréquentes, sur des sites de plus en plus difficiles d’accès. Le paradoxe est là : plus
le besoin de données croît, plus le véhicule terrestre montre ses limites physiques.
Ce premier chapitre revient sur cette méthode éprouvée mais contrainte. Il dresse l’inventaire
des indicateurs clés, détaille la chaîne matérielle et logicielle, quantifie les coûts et surtout met
en lumière les ruptures de terrain qui rendent aujourd’hui le drive test classique incomplet.
Comprendre ces lacunes est le préalable indispensable pour justifier, dans les chapitres
suivants, l’exploration d’un vecteur aérien aussi simple qu’un drone porteur du même
téléphone Android.
Afin de matérialiser les ruptures de trajectoire fréquentes en zone rurale, la figure 1.1 présente
une vue aérienne d’un canyon et d’une forêt dense le véhicule ne peut achever le parcours
prédéfini.
Figure1.1 : Exemples de zones où le véhicule ne peut achever le parcours prédéfini.
1.2 Définition et finalité du drive test
Le drive test est l’opération consistant à parcourir un itinéraire donné avec un équipement de
mesure embarqué afin d’enregistrer, en chaque point géographique, les paramètres radio que
l’abonné expérimente. Contrairement aux statistiques réseau issues des counters eNodeB, le
drive test fournit une image « subjective » mais localisée : il reflète la perception réelle du
terminal, antennes comprises, obstacles environnants et effets de mobilité inclus. Sa finalité
première est triple : vérifier la conformité aux obligations réglementaires de couverture,
identifier les zones de dégradation avant que l’usager ne s’en plaigne, et alimenter les
algorithmes d’optimification (tilt, azimut, paramètres de handover) par des données terrain
fiables.
1.3 Types de drive test
Le drive test n’est jamais réalisé « en l’air » ; il obéit toujours à une intention précise : qualifier
un site nouvellement mis en service, auditer un cluster après optimisation, ou benchmarker
deux opérateurs sur un même parcours. Cette intention conditionne le choix du trajet, la durée
de la mission, le nombre de terminaux embarqués et même la vitesse du véhicule. On distingue
donc quatre grands types de campagne, chacun subdivisé en scénarios de service ; ensemble,
ils couvrent la totalité des besoins d’un exploitant réseau.
1.3.1 Drive test site unique (Single-Site Verification, SSV)
Après l’allumage d’un eNodeB ou d’une cellule 5G NR, l’ingénieur doit prouver que le site
remplit son cahier des charges : rayon de couverture, tilt mécanique, azimut, absence
d’overshoot ou de pilot pollution.
Le parcours est dessiné en étoile autour du mat ; il comprend typiquement huit axes radiaux,
chaque axe étant parcouru sur 2 km à 30 km h⁻¹. Un terminal Cat-12 enregistre RSRP, SINR
et CQI toutes les 100 ms ; un second terminal effectue des appels voix longue durée (20 min)
pour vérifier la continuité. La mission dure entre deux et quatre heures selon la topographie.
Les données brutes sont immédiatement confrontées au plan de fréquence et à la prédiction
Atoll : un écart supérieur à 3 dB sur RSRP moyen déclenche un retour chantier. Cette
granularité fine fait du SSV le test le plus court, mais aussi le plus exigeant en précision spatiale
: tout trous de 50 m non expliqué par une butte ou un bâtiment est considéré comme anomalie.
La figure 1.2 superpose, à la même échelle (1 : 50 000), les tracés types correspondant aux
quatre grandes familles de campagnes crites ci-dessus ; elle illustre la progression maillée
du cluster, la boucle fermée du benchmark, l’étoile SSV et le serpentin piéton du walk test
indoor.
Figure1.2 : Exemples de parcours types selon l’objectif de la campagne.
1.3.2 Drive test cluster ou zone régionale
Lorsqu’un batch de dix à cinquante sites est optimisé simultanément (tilt global, rétilt après
réfection du plan de fréquence, passage L800→L1800), on procède à un audit de cluster. Le
parcours est désormais maillé : il suit les routes départementales et nationales qui quadrillent
la zone, avec un pas d’échantillonnage spatial de 25 m. La vitesse est portée à 50-70 km h
pour rester compatible avec la circulation ; la durée typique est d’une journée terrain pour 300
km. Deux smartphones Android et un scanner LTE 2×2 MIMO tournent en parallèle ; l’un est
en idle pour capter la carte des PCIs, l’autre effectue un FTP downlink continu afin de mesurer
le débit moyen par tronçon. Le post-traitement génère des heat-maps de débit et des CDF de
RSRP par cellule ; l’objectif est de vérifier que 90 % des échantillons dépassent le seuil
contractuel fixé dans le cahier des charges de déploiement (souvent −110 dBm en 4G, −100
dBm en 5G). Le cluster drive test est le travail de routine des départements Engineering ; il est
répété trimestriellement ou après chaque évolution majeure du réseau.
Caractéristiques principales des types de drive test
Type de
campagne
Objectif
principal
Vitesse
moyenne
Durée
typique
Nb
terminaux
KPIs critiques
Seuil
réglementaire ou
contractuel
SSV (site
unique)
Valider un
nouvel eNodeB
/ gNB
30 km/h
24 h
2 (4G + 5G)
RSRP ± 3 dB vs
plan, SINR > 15
dB
Écart < 3 dB par
rapport à la
prédiction
Cluster
(zone
régionale)
Auditer un
batch après
optimisation
5070
km/h
1 journée
(≈ 300
km)
3 (idle + DL
+ scanner)
90 %
échantillons >
−110 dBm (4G) /
−100 dBm (5G)
90 % surface
couverte au seuil
fixé
Benchmark
opérateur
Comparer 3
opérateurs
80110
km/h
6 h
(boucle
200 km)
8
(2×opérateur
× techno)
Drop call < 1 %,
DL > 25 Mb/s
(4G) > 120 Mb/s
(5G)
Note publique >
950/1000
Walk test
indoor
Cartographier la
couverture
inside
1 m/s
(piéton)
45 min /
10 000
2 (4G + 5G)
RSRP > −85
dBm, débit > 50
Mb/s
Couverture > 95
% des zones «
customer »
Tableau1.1 : Les seuils indiqués correspondent aux exigences habituelles des cahiers des
charges françaises ; ils peuvent légèrement varier selon l’opérateur ou le régulateur.
1.3.3 Benchmark opérateur
L’ARCEP, mais aussi les directions Marketing, commandent régulièrement des campagnes de
benchmark : même parcours, même période, trois opérateurs testés en convoi. Le trajet est
défini par un cabinet indépendant (ex. P3, Rohde & Schwarz) et reste secret jusqu’au jour J ; il
mêle autoroute, rocade, centre-ville et tronçon rural afin de refléter la vie quotidienne de
l’abonné. Chaque véhicule embarque huit terminaux (deux par opérateur, deux générations :
4G + 5G). Les services testés sont standardisés : 90 s d’appel voix, 60 Mo de téléchargement,
30 Mo d’envoi, 2 min de streaming 1080 p, 5 envois SMS, tout cela en boucle pendant 6 h. Les
critères de succès sont le taux de drop call < 1 %, un débit downlink moyen > 25 Mb/s en 4G
et > 120 Mb/s en 5G, un temps d’établissement < 3 s. Les résultats sont publiés sous forme de
note sur 1000 points ; un écart de 20 points peut faire basculer des parts de marché. La pression
est donc extrême :
Calibration des téléphones en chambre anéchoïque,
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