1. Fondement démocratique : Un débat public vigoureux et sans tabou est le sang vital de la démocratie.
Limiter l'expression, même choquante, c'est entraver la découverte de la vérité et le progrès des idées
(principe du marketplace of ideas). Exemple : Les satires les plus acerbes (comme Charlie Hebdo) testent
les limites de la société et consolident in fine le droit à la critique.
2. Pente glissante de la censure : Qui décide des limites ? Tout pouvoir de censure, même bien intentionné,
peut être détourné pour étouffer les opinions dissidentes et consolider l'orthodoxie. Exemple : Les lois
contre le "révisionnisme" ou certaines formes de "hate speech" peuvent, si mal définies, servir
à criminaliser des opinions historiques ou politiques simplement dérangeantes.
CONTRE (La nécessité de limites) :
1. Principe de non-nuisance (Mill) : La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Une
expression qui incite directement à la violence, diffame ou propage des mensonges nuisibles (discours
haineux, appel au meurtre) porte atteinte aux droits fondamentaux d'autrui et doit être réprimée. Exemple
: L'interdiction de la négation de la Shoah en France vise à protéger la dignité des victimes et à lutter
contre la propagation d'idéologies meurtrières.
2. Responsabilité sociale : L'expression n'est pas un acte isolé ; elle a un impact sur le tissu social. Dans des
sociétés fragiles, elle peut attiser des conflits ethniques ou religieux. La limite relève alors d'un impératif
de préservation de la paix civile. Exemple : L'interdiction des symboles haineux (comme le salut nazi) ou
des discours sécessionnistes violents dans certains contextes vise à éviter l'embrasement communautaire.
Axe 3 : Libre arbitre & Déterminisme
5. Peut-on être libre sans être conscient des déterminismes qui nous conditionnent ?
POUR (La liberté peut être inconsciente) :
1. Expérience immédiate de la liberté : La sensation de choisir, d'agir selon sa volonté, est une donnée
phénoménologique irréductible. Cette expérience vécue, même si elle est ignorante des causes sous-
jacentes, constitue une forme de liberté authentique et suffisante pour la vie quotidienne. Exemple : Un
enfant qui choisit un jouet éprouve concrètement sa liberté de choix, sans avoir besoin de comprendre les
déterminismes psychologiques ou publicitaires qui pourraient l'influencer.
2. L'illusion nécessaire : L'idée que nous sommes libres est une condition pratique de l'action et de la
responsabilité. Même si, en dernière analyse, nos actes sont déterminés, la croyance en notre liberté
est fondatrice de notre identité morale et sociale. Exemple : Le système judiciaire présume le libre
arbitre pour attribuer la responsabilité. Sans cette présomption, toute notion de mérite ou de faute
s'effondrerait.
CONTRE (La conscience des déterminismes est libératrice) :
1. Connaître pour se libérer (Spinoza) : La liberté n'est pas l'absence de déterminisme, mais
la compréhension des causes qui nous déterminent. En prenant conscience des conditionnements (sociaux,
familiaux, inconscients), on cesse de les subir passivement et on peut tenter de s'en affranchir. Exemple
: Une personne qui analyse ses schémas relationnels répétitifs (influencés par l'enfance) peut, par cette
prise de conscience, briser le cycle et choisir des comportements nouveaux.
2. L'ignorance comme aliénation : Agir sans connaître les forces qui nous poussent, c'est être
un pantin manipulé par des causes extérieures. La véritable liberté suppose une transparence à soi-
même et une autonomie réflexive. Exemple : Le consommateur qui achète sous l'emprise d'une
publicité ciblée et d'algorithmes de persuasion croit choisir librement, mais n'est qu'un exécutant de
logiques marchandes qu'il ignore.