
Alto420, de nombreux chercheurs américains (Fisher & Ury, 1981; Raifa, 1982; Susskind &
McMahon, 1985) et notamment les chercheurs français de l'approche patrimoniale travaillent
depuis les années 1980 sur les modes de résolution de conflits421. Tout l’enjeu de la démarche
patrimoniale consiste à rendre compatibles ces différentes logiques, perçues comme
complémentaires dès lors que les acteurs mettent l'accent sur leur intérêt mutuel à gérer le bien
environnemental au bénéfice de la communauté d'usagers. 1.3. Résolution des conflits par la
patrimonialisation Pour être opérationnelle, la gestion patrimoniale formule deux prescriptions
principales: d’une part, créer un nouveau "bien commun" entre acteurs aux logiques différentes
et, d’autre part, instaurer une négociation entre ces acteurs afin d’élaborer des stratégies de
gestion adéquates, la négociation participant à la création du bien commun et en découlant tout
à la fois. La création d'un bien commun ne peut se faire aux dépens d'un groupe d'acteurs dont
les considérations auraient été mésestimées. La première étape de l'approche patrimoniale est
de légitimer les demandes sociales422 qui s'expriment concernant l'environnement commun.
En partant de l'hypothèse que tous les acteurs sont rationnels, les représentations et les
informations de chaque groupe doivent être acceptées comme référence valable pour la
négociation d'objectifs, de règles et de comportements. Pour constituer un nouveau "bien
commun", la légitimation des logiques d'acteurs doit néanmoins être dépassée en développant
une "conscience patrimoniale", c’est-à-dire un changement des représentations au profit d’une
vision en termes de communauté d’intérêts et d’une "relation patrimoniale" avec le milieu
naturel. Ollagnon (1990, p. 209) écrit ainsi: "l’un des principaux ressorts de l’approche 419
Ainsi, dans le cas de la nappe phréatique d’Alsace, Ollagnon (1989, 1990) observe que les
acteurs en présence adoptent trois types d’approche: une approche "économique", centrée sur
l’exploitation et les besoins immédiats, une approche "écologique", où l’eau était perçue comme
une ressource à protéger, et enfin une approche "technico-administrative", dans laquelle les
administrations de l’Etat doivent se charger de la gestion. 420 L'école de Palo Alto, dont les
plus fameux représentants sont Bateson (1980), Jackson et Watzlawick (Jackson et al., 1972),
part de l'hypothèse que le comportement d'un acteur s'explique avant tout par le système
d'interactions dans lequel il est inséré. La prise de conscience de ces interrelations incite l'acteur
à modifier son comportement. 421 Dans cette perspective, le conflit n'est pas perçu comme
mauvais en soi puisqu'il précise les sources des problèmes, nécessite la prise en compte de tous
les intérêts engagés et stimule l'émergence de solutions novatrices (Chauveau & Mathieu,
1996). 422 Thiebaut (1989, p. 271) définit la notion de 'demande sociale' comme "l'expression
des besoins d'un groupe social –et des moyens que ce groupe est prêt à mettre en œuvre pour
les satisfaire- vis-à-vis des décisions de production prises par d'autres groupes sociaux, des
agents privés ou des institutions". 326 patrimoniale consiste [...] à révéler, ou à amener à la
conscience des acteurs en situation de problème, la patrimonialité latente de la qualité du milieu
pour eux, et à s’appuyer sur cette patrimonialité nouvellement reconnue pour identifier de
nouvelles solidarités". Godard (1989, 1990) compare alors la gestion patrimoniale à une forme
de "compromis paradoxal" entre plusieurs systèmes de légitimité, avec pour objectif de
constituer une nouvelle cité virtuelle423 . L'émergence d'un patrimoine naturel partagé par
plusieurs groupes d'usagers sous-entend également la constitution d’un nouveau sujet collectif,
un "groupe patrimonial", qui inclut les acteurs actuels, mais aussi ceux des générations
précédentes et futures. Cette notion de groupe patrimonial, comme l'indique Barel (1984, p.
119), est essentielle: "le groupe patrimonial est la vérité profonde du patrimoine". La gestion
patrimoniale passe d'abord par l'instauration de liens entre les titulaires de ce patrimoine: il n'y
a pas de patrimoine sans reconnaissance préalable d'une communauté patrimoniale. Dans cette
optique, la gestion de l'environnement découle des relations que les groupes d'usagers tissent