
Guillaume : À l’École normale supérieure, à Sciences Po, à HEC ou dans les écoles d’ingénieurs,
malgré des vœux pieux et des disposifs d’aide restés pour l’instant sans eet, les grandes écoles se
sont-elles vraiment démocrasées ?
Bonjour Julien Grenet.
Julien : Bonjour.
Guillaume : Vous êtes économiste et directeur de recherches au CNRS. Alors qu’observe-t-on au
travers de ces études ?
Julien : Ben, ce qu’on observe c’est que euh malgré les disposifs d’ouverture sociale qui ont été mis
en place par les grandes écoles depuis la Charte pour l’Égalité des chances de 2005 euh, leur
composion sociale, l’origine géographique des étudiants, la réparon filles-garçons, rien n’a
changé depuis, depuis 15 ans maintenant, donc on a une sur-représentaon des catégories
favorisées, une sur-représentaon des Parisiens, des Franciliens et une sous-représentaon assez
forte des filles.
Guillaume : Alors, rien n’a changé, on se dit que s’il n’y avait pas eu des disposifs d’aide, parce qu’il
y en a eu un certain nombre malgré tout, la situaon serait peut-être pire aujourd’hui ?
Julien : Alors, c’est pas certain parce que ces disposifs d’aide quand on regarde dans le détail, ils
concernent en réalité très peu d’étudiants, ils sont, ils sont très parcellaires. Le disposif le plus
connu, Les Cordées de la Réussite, qui consiste en des disposifs de tutorat ou d’accompagnement de
lycéens en Éducaon prioritaire, en fait chaque année il ne bénéficie qu’à moins de 2 % des collégiens
ou des lycéens en France, donc c’est pas ça qui va changer la donne, qui va élargir le, le recrutement
des grandes écoles. Les convenons Éducaon prioritaire de Sciences Po, qui est l’autre grand
disposif phare, ne concerne chaque année qu’une centaine d’élèves sur des promoons de 1 500.
Guillaume : Donc ce sont des disposifs qui sont insusants quantavement, qu’est-ce que l’on
pourrait imaginer comme autre disposif, est-ce qu’il faudrait par exemple étendre ce qui existe et
l’ouvrir à plus de personnes ?
Julien : Alors, je pense qu’il y a plusieurs leviers pour agir. Il y a d’abord de prendre en compte la,
l’extraordinaire concentraon des classes préparatoires, des grandes écoles sur le territoire francilien,
qui constue une véritable barrière pour les étudiants qui viennent d’autres régions, euh, quand on
regarde la composion de l’École normale, de HEC, de Polytechnique, on se retrouve qu’on a 25 % de
Parisiens, alors qu’ils ne représentent que 3 % de la populaon, c’est une sur-représentaon
considérable et qui ne s’explique pas par des écarts de niveau scolaire. Donc euh généralement...
Guillaume : Déjà ça c’est un biais eecvement objecf.
Julien : Objecf, généraliser les exonéraons de frais de scolarité pour les boursiers ce qui n’est pas
systémaquement le cas, favoriser les aides à la mobilité, euh, permere une meilleure, euh, disons
diusion de l’informaon sur ces formaons, dans tout un tas d’établissements beaucoup d’élèves de
très haut niveau n’ont juste pas, ne connaissent pas ces formaons je pense que ça fait pare des
leviers et puis plus généralement je pense qu’il faut réfléchir sérieusement aux mécanismes de
discriminaon posive qui peuvent être mis en place dans le système.
France Culture, 20 janvier 2021