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Comptabilité – Contrôle – Audit / Tome 18 – Volume 2 – Septembre 2012 (p. 33 à 72)
Nathalie Gonthier-Besacier, Géraldine Hottegindre et Sandrine Fine-Falcy
LES FACTEURS D’INFLUENCE DE LA QUALITÉ DE L’AUDIT :
PERCEPTION DES PRÉPARATEURS DE L’INFORMATION FINANCIÈRE
1.1. La qualité de l’audit et ses critères usuels
Les notions de compétence et d’indépendance de l’auditeur sont au cœur de l’axe de recherche tra-
ditionnel sur la qualité de l’audit. Face à la difficulté d’évaluer empiriquement le jugement des audi-
teurs, nombre de recherches mobilisent la définition de DeAngelo (1981) pour mesurer l’impact isolé
de divers indicateurs sur le niveau de la qualité de l’audit.
La compétence des auditeurs repose sur « des connaissances, une formation, une qualification
et une expérience suffisantes pour mener à bien un audit financier » (Flint, 1988, p. 48). Cette der-
nière notion d’expérience est d’ailleurs souvent retenue comme mesure de la compétence (Libby et
Frederick, 1990 ; Ismail et Trotman, 1995 ; Martinov-Bennie et Pflugrath, 2009). Bien que Richard
(2000) explique que la compétence s’étudie aussi à travers la notion de compétences relationnelles,
la compétence globale de l’auditeur est souvent réduite à une dimension technique de l’audit.
Néanmoins, certaines études prennent également en compte des dimensions interrelationnelles (qua-
lité de la délégation et de la supervision, motivation, attitude professionnelle, etc.) (Sutton, 1993 ;
Herrbach, 2001). Ces recherches prennent notamment en considération la notion de « compétence
collective » de l’audit, qui souligne que la compétence du seul auditeur « a les limites de tout travail
en équipe et […] exige par ailleurs le concours de l’audité pour s’exprimer pleinement », (Colasse,
2003, p. 39). Elles reposent sur les dimensions propres à la relation auditeurs-audités (Richard, 2006 ;
Guénin-Paracini, 2008), l’entreprise auditée étant appréhendée au travers de ses divers acteurs : direc-
teur financier (Richard et Reix, 2002 ; Gibbins et al., 2007), audit interne (Schneider, 1985), mana-
gement (Menon et Williams, 2008), personnel (Cohen, 1994) et comités d’audit (Citron et Taffler,
2004 ; Piot et Janin, 2007 ; Compernolle, 2009 ; Piot et Kermiche, 2009).
L’indépendance de l’auditeur, quant à elle, est essentiellement analysée à travers la notion d’in-
compatibilité ou par le fait de cumuler une mission d’audit légal avec une mission de conseil (Francis,
2006 ; Robinson, 2008)1. Elle est également appréhendée à travers l’étude des honoraires perçus,
au titre de l’audit et/ou d’autres prestations (Wines, 1994). Une approche plus comportementaliste
examine les relations entre le management et/ou les actionnaires de l’entreprise et l’auditeur. Cette
vision identifie les risques de pression exercée sur l’auditeur ou de confusion dans son esprit quant à
l’identité de son véritable client, puisqu’« une des questions obsessionnelles qui hante le public est de
savoir comment l’auditeur peut être indépendant alors qu’il est rémunéré par l’entreprise qu’il doit
auditer » (Prat Dit Hauret, 2000, p. 126).
Ainsi, la littérature sur la qualité de l’audit, qui repose sur la définition bidimensionnelle de DeAngelo
(1981), met en évidence un ensemble de critères inf luençant la compétence et l’indépendance2. Pourtant,
celle-ci est bien souvent mesurée par des ’proxys’ consensuels telle que la taille du cabinet (Watkins et al.,
2004 ; Blokdijk et al., 2006a ; Francis et Yu, 2009), les grandes structures présentant des garanties sup-
posées supérieures, tant au plan de l’indépendance qu’en termes de compétence.
1.2. Infl uence de la réglementation sur la qualité de l’audit
La littérature intègre également des éléments externes à la mission, questionnant plus généralement
l’impact du système de réglementation sur la qualité de l’audit. Au plan théorique, deux visions s’op-
posent sur la nécessité d’une forte réglementation. La première privilégie au cadre légal fort (et coû-
teux) des « garde-fous de la sphère privée » : si les coûts implicites de non qualité sont importants pour