
Revue Toulouse réduite 2 09/04/08
Utilité de la recherche empirique
Un grand nombre d’idées reçues circulent sur l’enseignement. Sans doute cela est-il dû au fait
que chacun a été assis sur les bancs de l’école et en a donc une expérience personnelle. Cette
expérience, plus ou moins longue, plus ou moins plaisante, suffit bien souvent à légitimer les
avis des uns et des autres, ce qui fait dire au Directeur de l’Evaluation et de la Prospective du
Ministère de l’Education Nationale qu’il est bien difficile de conduire des travaux
d’évaluation du système éducatif dans un pays où l’on compte cinquante-sept millions
d’experts (Thélot, 1993). Pourtant, on s’aperçoit que bien des croyances, souvent assez
généralement partagées n’en sont pas moins contradictoires. Comment, par exemple, concilier
des avis tels que « tout se passe dans le milieu familial », « il y a des enfants doués et d’autres
non », « il y a de bons et de mauvais maîtres, de bonnes et de mauvaises écoles », etc. ?
On reconnaîtra bien sûr dans ces avis des tenants du handicap socioculturel, des tenants du
tout inné, quant à l’avis sur les bons maîtres et les bonnes écoles, il est fréquemment
directement issu de l’expérience personnelle des individus. Il suffit bien souvent que l’on ait
eu l’impression de peu progresser avec un enseignant pour le catégoriser peu efficace, comme
si notre propre expérience était parfaitement substituable à celle des autres. Or, pour qu’il
existe des différences d’efficacité entre les maîtres, il faut que certains conduisent à des
acquisitions généralement plus élevées ou au contraire moins élevées que d’autres. La
régularité du phénomène est donc fondamentale et l’expérience personnelle ne peut s’y
substituer puisqu’elle ne relève que d’un point de vue (qui n'est jamais qu'une vue à partir
d'un point comme le rappelle Bourdieu).
Or, ce particularisme est paradoxalement souvent associé à l’ambition démesurée de produire
des vérités universelles, tant on oublie le contexte même de production des points de vue. Il
n’en demeure pas moins que, si toutes ces propositions peuvent « faire vraies », il s’agit bien
souvent d’avis inconciliables. Mais leur niveau de généralité est tel qu’il autorise toutes les
contradictions, un peu comme ces dictons censés marquer la sagesse populaire mais qui, à
côté de « tel père tel fils », avancent aussi « à père avare fils prodigue ».
La recherche empirique est en ce sens fondamentale. Les résultats produits de la sorte dans le
domaine de l’éducation et plus généralement dans celui des sciences sociales sont maintenant
suffisamment nombreux pour assurer que l’expérience personnelle peut conduire à une
connaissance erronée ou pour le moins simpliste des phénomènes, et qu’il n’y a pas de
transparence des faits sociaux (Cherkaoui, 1979).