N° 42 (NF) • Avril 2017 L’ACCÈS AUX SOINS
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tarifaire. Pour ces derniers traitements, la base de
remboursement par l’AMO est très faible (à peine
20 % du prix réel facturé) et le reste à charge est
remboursé de façon très inégale par l’assurance
complémentaire, en fonction du niveau de couverture
du contrat.
Des inégalités
d’accès aux soins dentaires
liées aux caractéristiques
socio-économiques
Nous pouvons définir les inégalités d’accès aux
soins en inégalités d’accès primaire (entrée dans le
système de soins) et inégalités d’accès secondaire
(comment se déroulent les soins après premier con-
tact) (Lombrail et Pascal, 2005). Les inégalités d’accès
primaire relèvent directement des problèmes de pro-
tection sociale : a-t-on accès à une couverture com-
plémentaire et cela est-il particulièrement important
pour les traitements dentaires ? Un certain nombre
de besoins en soins ne sont pas suivis de recours du
fait de difficultés financières.
Ainsi, le renoncement aux soins pour raisons fi-
nancières concerne 16,5 % de la population parmi
lesquels les soins dentaires et l’optique constituent
la plus grande partie (IRDES). De plus, le renonce-
ment aux soins dentaires est fortement associé au
faible montant des remboursements (traitements pa-
rodontaux, prothèses). Les inégalités d’accès secon-
daire renvoient à la difficulté de comprendre comment
fonctionne le système de soins. Elles sont dépendan-
tes des compétences à s’orienter dans le système.
Ainsi, 73,4 % des personnes interrogées dans l’en-
quête santé protection sociale de l’IRDES en 2008,
ont déclaré un recours au dentiste au cours des
vingt-quatre derniers mois. Le recours aux soins den-
taires dépend des caractéristiques sociales : les per-
sonnes non diplômées, au chômage, au foyer, avec
un faible revenu et précaires ont eu moins recours au
chirurgien-dentiste. En France, les patients sont con-
frontés à des restes à charge importants sur les
soins de prothèses dentaires. Leurs montants sont
de nature à créer des obstacles financiers dans l’ac-
cès aux soins. De même, le type de visite (préventive
ou curative) renvoie aux modalités d’utilisation des
soins dentaires.
Ce sont les personnes appartenant aux catégories
sociales les plus favorisées qui consultent régulière-
ment un chirurgien-dentiste et qui présentent le meil-
leur état dentaire. Cela contribue à créer une spirale
négative : ce sont les personnes ayant le moins bon
état de santé bucco-dentaire qui recourent le moins
au dentiste du fait de traitements plus complexes et
onéreux et de restes à charge importants. Cette si-
tuation explique en partie les problématiques liées
au tourisme dentaire et à l’apparition récente de
centres de santé dentaires privés dits low cost.
Des inégalités d’accès aux soins
liées à l’offre des soins
et aux disparités géographiques
L’effectif des chirurgiens dentistes montre une cer-
taine stabilité depuis quinze années et était en 2015,
de 41 500 chirurgiens-dentistes actifs. Le mode d’exer-
cice est en grande partie libéral : près de neuf chirur-
giens-dentistes sur dix sont des praticiens libéraux
avec une évolution marquée de l’exercice en groupe
(DREES, 2016). Les chirurgiens-dentistes représentent
une des professions médicales de premier recours.
Leur répartition géographique, qui constitue un en-
jeu important pour l’accès aux soins, montre des
inégalités et s’avère nettement plus déséquilibrée
que pour les médecins généralistes (DREES, 2016).
L’indicateur d’accessibilité potentielle localisée
(APL) développé par la DREES en collaboration avec
l’IRDES permet d’observer les différences d’accessi-
bilité à l’offre de soins libérale au niveau des com-
munes en fonction de leur localisation ; ainsi, pour
les 10 % des habitants les mieux lotis, l’accessibili-
té aux chirurgiens dentistes est 6 à 8 fois supérieure
à celle des 10 % des habitants les moins bien lotis.
Les communes des grands pôles et des pôles
moyens/petits sont les mieux dotées avec respecti-
vement 61 et 56 équivalents temps plein (ETP) pour
100 000 habitants, les communes isolées hors in-
fluence des pôles sont mieux desservies (28 ETP
pour 100 000 heures) que les communes rurales
des couronnes (22 ETP pour 100 000 heures), la
moyenne de l’ensemble étant de 48 ETP pour
100 000 heures. Les disparités d’accessibilité sont
davantage des différences entre les communes que
des différences entre les régions (DREES, 2016 ;
Vergier, DREES, 2016).
L’exercice en centre de santé (municipal, mutua-
liste ou privé) et dans les établissements publics de
santé représente une part très modeste de l’offre de
soins dentaires. Il n’y a donc pas, comme en médecine,
une offre de soins publique de substitution suffisante
pour les personnes les plus vulnérables. De même
, l’ac-
cès aux soins pour certaines populations spécifiques,
en particulier les enfants en bas âge, les populations
en situation de précarité, de dépendance, de handicap,
peut s’avérer problématique, bien que des réseaux
de soins dentaires soient progressivement mis en
place en concertation avec les ARS.