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est de garantir la cohésion sociale et de faire respecter l'autorité de l'État. Pour ces raisons, l'idée
de nation est elle-même liée à l'histoire de chaque pays.
L'idée de nation s'est parfois imposée à partir d'institutions étatiques préexistantes ou, au
contraire, a favorisé la construction d'États regroupant des populations précédemment
dispersées sur plusieurs territoires. Cette idée s'est développée dans certains pays en l'absence
d'un cadre étatique unitaire comme en Allemagne où l'existence d'une langue et d'une culture
communes a permis de concevoir la nation en l'absence de toute unité politique avant 1871. De
même, en Italie, le sentiment national a servi de ciment idéologique préalable à l'unification de
l'État.
Johann Gottfried von Herder (1744-1803) propose une définition de la nation fondée sur le sol
et une langue commune, et Johann Gottlieb Fichte (1762-1814), dans ses Discours à la nation
allemande (1807), insiste sur l'idée de peuple et l'importance de la langue, n’incluant pas ainsi
la notion que ce peuple accepte de vivre ensemble comme un aspect capital dans la définition
de la nation.
Lors d’une conférence à la Sorbonne du 11 mars 1882 sur le thème « Qu’est-ce qu’une nation
». La réponse de Renan est devenue un lieu commun. Pour la résumer, on utilise une métaphore
qu’il s’était pourtant excusé d’employer : « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous
les jours. » Mais, en dépit de cette réserve, Renan défend ici une conception
indiscutablement élective de la nation, qu’on dit généralement propre à l’esprit des Lumières et
de la Révolution françaises, mais dont les racines remontent plus en amont de l’histoire de
France : la nation comme identité ouverte, constituée par des liens contractuels, qui se sont
réalisés historiquement dans une communauté de personnes unies par le désir de vivre ensemble
sous les mêmes lois, les mêmes mœurs et les mêmes institutions.
À cette conception élective, on a l’habitude d’opposer une conception ethnique de la nation,
issue du Romantisme allemand : la nation comme identité au contraire fermée, constituée par
des liens naturels, qui se sont réalisés dans une communauté de personnes unies par la même
langue, la même culture et la même religion.
La conception élective est souvent considérée comme plus spécifiquement moderne que la
conception ethnique de la nation. Cette dernière est certes plus proche de l’étymologie du terme
« nation », qui vient du latin natus, signifiant « formé par la naissance », « constitué par la
nature ». De même, le grec de la Septante et celui du Nouveau Testament rendent l’hébreu gôy,
désignant la nation en son acception païenne, par ethnos.