Études sur l’antiquité – les historiens romains

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Études sur l’antiquité. — Les
Historiens romains
Nisard
période initiale, Paris, 1847
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COLLEGE DE FRANCE.
LES HISTORIENS ROMAINS.
L’étude qu’on va lire, et par laquelle M. Nisard a ouvert
cette année son cours de littérature latine au Collège de
France, devait trouver place à côté des travaux que la Revue
a publiés sur les historiens de l’antiquité. C’est moins en
effet une première leçon qu’un portrait de Tite-Live déjà
complet en soi, et qui, par cela même, se détache
naturellement de l’ensemble d’études qu’il annonce et qu’il
prépare.
Pour étudier une littérature avec fruit, il semble qu’il faut
commencer par les écrivains qui ont traité de l’histoire.
C’est par eux seulement que nous connaissons les premiers
élémens de cette littérature, à savoir le gouvernement, la
constitution, la religion, les mœurs générales ; c’est dans
leurs écrits que respire l’ame du peuple dont cette littérature
est l’expression. Les historiens nous acclimatent, pour ainsi
dire, au pays ; par eux nous savons tout ce qu’il y a de
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convenances invincibles et fatales entre une nation et le
territoire qu’elle habite. Une nation est une personne ;
l’histoire est la biographie de cette personne.
Quand nous sommes ainsi accoutumés à ce peuple, que
nous l’avons vu dans le succès et dans les revers, dans la
guerre et dans la paix, passant par ces épreuves de la double
fortune auxquelles on reconnaît le caractère des nations
comme celui des individus, c’est le moment d’entreprendre
l’étude des autres branches de sa littérature. Nous sommes
préparés à goûter ses poètes, à comprendre l’autorité de ses
orateurs, à juger ses philosophes et ses critiques. Au lieu de
les lire en tâtonnant, accompagnés du commentateur qui
nous fourvoie le plus souvent, ou qui nous refroidit quand il
nous éclaire, leurs historiens, en nous faisant de leur pays,
nous ont mis à même de les lire couramment, comme des
auteurs familiers. Nous ne sommes pas rebutés, dans un
beau morceau de poésie, dans une harangue, dans un traité
philosophique, par une sorte d’archéologie à laquelle nous
n’avons pas été initiés, et, en même temps que nous y
admirons ces belles pensées qui sont du domaine de
l’homme dans tous les pays et dans tous les temps, nous
voyons en quelque sorte la physionomie particulière de
l’esprit humain dans un temps et dans un pays déterminés.
Cicéron, dans ses ouvrages philosophiques, ne sera pas
seulement un des bons moralistes du monde, ce sera le
moraliste romain. Horace ne sera pas seulement un lyrique
ou un satirique, ce sera le lyrique un peu artificiel d’un pays
où l’on ne rêvait guère, ce sera le satirique d’un peuple chez
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qui le vice n’a jamais été élégant, et sous la mollesse duquel
perce cette brutalité que lui reproche la Camille de
Corneille, dans un de ces vers où ce simple et sublime génie
a senti plutôt que jugé le peuple romain.
Soit souvenir, soit préjugé de collège, il me semble que,
parmi les usages de cet enseignement des langues
anciennes, qui a pour ennemis tous ceux qui ont fait de
méchantes études, celui-là n’est pas le plus mauvais qui
nous faisait apprendre les élémens du latin dans un abrégé
de l’histoire romaine. Nous arrivions ainsi à ses grands
écrivains avec des impressions déjà fortes de la grandeur de
leur pays. Le jour où j’ai dû songer à un plan d’études sur la
littérature latine, j’ai trouvé cette indication dans mes
souvenirs. Seulement, au lieu d’un petit abrégé le latin
n’est pas toujours romain, j’ai voulu lire l’histoire romaine
dans les auteurs originaux, dans les Romains qui ont écrit
les annales de leur pays.
La liste des historiens romains est courte ; elle se
compose de quatre noms César, Salluste, Tite-Live, Tacite.
Des hauteurs ils ont élevé l’histoire, on tombe tout à
coup soit dans la chronique négligée et suspecte de Suétone,
soit dans les abrégés plus brillans que solides de Velleius
Paterculus et de Florus, soit dans les prétentions
encyclopédiques d’Ammien Marcellin. Ou bien ce sont des
auteurs qui ont écrit des vies ou des résumés d’histoire
universelle : Cornelius Nepos, qui fait penser à Plutarque ;
Quinte-Curce, dont les fleurs ne nous consolent pas de
n’avoir point une histoire originale d’Alexandre ; Justin, qui
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