
ESSANE SERAPHIN
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anthropologie". Non seulement, en regard des disciplines de
l'Epistémologie cont-emporaine (Epistémologie interne ou régionale
et Histoire des Sciences), l'analyse épistémologique porte un doute
sur les "choses" (pratiques intellectuelles) qu'on désigne sous le
mot "anthropologie sociale", mais encore, trouve platement
idéologique, l'interprétation réductrice, appauvrissante du système
de sciences que recouvre le terme "Anthropologie" dans les
Universités et Académies scientifiques du monde occidental.
C'est un paradoxe, en effet, dans une université africaine moderne,
que les sociologues, parrains improvisés d'un retour de l'Anthropologie
dans notre université africaine, banalisent la tradition scientifique
universitaire quand on leur oppose une dialectique de leur raison close
ou réductrice, l'existence institutionnelle, au-delà de la Socio-
anthropologie (autrement nommée Anthropologie sociale) de deux
prestigieux champs disciplinaires auxquels renvoie le mot
"Anthropologie" :
- Paléoanthropologie : paléontologie humaine, biométrie,
biomorphologie, paléopathologie, paléodémographie, paléolin-
guistique, anthropologie médicolégale…
- Bioanthropologie : biologie humaine, génétique des populations et
familles humaines, éthologie humaine ou biologie du comportement,
écologie humaine, anthropologie épidémiologique, anthropologie
nutritionnelle…
Ici encore, ils trahissent sans le savoir peut-être, qu'ils sont
héritiers d'une tradition intellectuelle, l'anthropocentrisme classique
des sciences humaines : la culture est la dimension proprement
humaine de l'homme dont l'étude est le champ épistémologique du
système des sciences de l'homme dont l'anthropologie. Ceci pour dire
que ne mérite le nom d'Anthropologie que la science qui ne considère
que la dimension sociale, culturelle de l'Homme.
Or, ce qui caractérise ou spécifie épistémologiquement
l'Anthropologie et ses champs disciplinaires, c'est son postulat
théorique fondamental, l'interrelation entre culture et biologie,
entre culture et nature, deux aspects inséparables de la réalité
humaine. C'est ainsi que l'histoire des sciences et l'épistémologie
notent la contribution hautement significative des disciplines
anthropologiques au dépassement de l'anthropocentrisme habituel
à l'épistémologie des sciences humaines.