
collective qui les fait sentir, penser, et agir d'une façon tout à fait différente de celle dont sentirait, penserait et
agirait chacun d'eux isolément. Il y a des idées, des sentiments qui ne surgissent ou ne se transforment en actes
que chez les individus en foule. La foule est un être provisoire, formé d'éléments hétérogènes qui pour un
instant se sont soudés, absolument comme les cellules qui constituent un corps vivant forment par leur réunion
un être nouveau manifestant des caractères fort différents de ceux que chacune de ces cellules possède. Aussi,
par le fait seul qu'il fait partie d'une foule organisée, l'homme descend de plusieurs degrés sur l'échelle de la
civilisation. Isolé, c'était peut-être un individu cultivé, en foule c'est un barbare
, c'est-à-dire un instinctif. Il a la
spontanéité, la violence, la férocité, et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs. Il tend à s'en
rapprocher encore par la facilité avec laquelle il se laisse impressionner par des mots, des images—qui sur
chacun des individus isolés composant la foule seraient tout à fait sans action—et conduire à des actes
contraires à ses intérêts les plus évidents et à ses habitudes les plus connues. L'individu en foule est un grain de
sable au milieu d'autres grains de sable que le vent soulève à son gré. Les foules ne connaissant que les
sentiments simples et extrêmes, c'est un ensemble d'individus anonymes et semblables; les opinions, idées et
croyances qui leur sont suggérées sont acceptées ou rejetées par elles en bloc, et considérées comme des vérités
absolues ou des erreurs non moins absolues. Il en est toujours ainsi des croyances déterminées par voie de
suggestion, au lieu d'avoir été engendrées par voie de raisonnement. Chacun sait combien les croyances
religieuses sont intolérantes et quel empire des poétiques elles exercent sur les âmes. N’ayant aucun doute sur
ce qui est vérité ou erreur et ayant d'autre part la notion claire de sa force, la foule est aussi autoritaire
qu'intolérante. L'individu peut supporter la contradiction et la discussion, la foule ne les supportent jamais. Dans
les réunions publiques, la plus légère contradiction de la part d'un orateur est immédiatement accueillie par des
hurlements de fureur et de violentes invectives, bientôt suivis de voies de fait et d'expulsion pour peu que
l'orateur insiste. Sans la présence inquiétante des agents de l'autorité, le contradicteur serait même fréquemment
massacré, dans la foule les sentiments et les idées sont orientés dans une même direction elle apparait comme
quelque chose de menaçant pour l'individu, pour sa liberté, son intégrité ,imprévisible, il n'y a pas un leader, les
échanges sont réduits, dans la foule il y a des clans ; à la différence du groupe ou l'idéologie est là même, les
individus partagent des points communs ( buts communs, caractéristiques) socialement partagé et on a un leader,
les clans n'existent pas, pour Pascal Boyer une des plus belles réussites de la psychologie sociale, c'est d'avoir
montré combien il est facile de créer de forts sentiments d'appartenance et de solidarité entre des personnes
arbitrairement réparties en groupes. Il suffit de leur dire qu'elles font partie des Bleus ou des Rouges. Une fois
leur appartenance au groupe définie, on leur fait accomplir une tâche simple (n'importe quel exercice fait
l'affaire) avec les membres de leur équipe. Très rapidement, les sujets se montrent mieux disposés envers les
Vulgaire, inculte, grossier, primitif, ignorant. individu, qui par sa notoriété, son activité ou son activité sociale ou professionnelle est
susceptible d’influencer les opinions ou les actions d’un grand nombre d’individus.