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ET SI VOS ORGANES FAISAIENT GREVE ? - PIERRE-ALBERT HAYEN

ET SI VOS ORGANES FAISAIENT
GRÈVE ?
PIERRE-ALBERT HAYEN
Une fois, un homme rêva que ses mains,
ses pieds, sa bouche et son cerveau
entreprirent tous de se rebeller contre
son estomac.
‘’Toi, espèce de gros feignant bon à
rien !’’, lancèrent les mains. ‘’Nous, nous
travaillons toute la journée. Ainsi, nous
scions, nous martelons, nous soulevons et
nous portons, et le soir, nous sommes
couvertes d’ampoules et d’égratignures,
nos articulations nous font mal et nous
sommes noires de crasse et toi, tu restes
juste assis là à engloutir toute la
nourriture !’’
‘’Tout à fait d’accord !’’, renchérirent les
pieds. ‘’Nous, nous sommes en compote,
à force de circuler à droite et à gauche, toute la journée, pendant que toi, tu te
bourres, espèce de goinfre, et que tu deviens d’autant plus lourd à transporter !’’
‘’Précisément !’’, se plaignit la bouche. ‘’D’où crois-tu que toute cette nourriture
que tu apprécies tant provient ? Je suis celle qui doit la mastiquer complètement et
dès que j’en ai terminé, tu engloutis tout pour toi ! Est-ce bien juste ?’’
‘’Et qu’en est-il de moi ?’’, ajouta le cerveau. ‘’Pensez-vous que ce soit si simple et
évident, tout là-haut, de devoir réfléchir à la manière dont viendra le prochain
repas ? Et qu’est-ce que je retire personnellement de toutes ces cogitations ???’’
Et donc, les unes après les autres, toutes les parties du corps se joignirent à la
complainte contre l’estomac qui se taisait dans toutes les langues.
‘’J’ai une idée !’’, annonça enfin le cerveau. ‘’Rebellons-nous tous contre cette
bedaine indolente et cessons de nous couper en quatre pour elle !’’
‘’Génial !’’, firent tous les autres organes d’une seule voix. ‘’Nous allons lui
apprendre de quel bois nous nous chauffons, à ce gros tas, et peut-être
s’acquittera-t-il alors de sa part !’’
Et ils se mirent tous en grève. Les mains refusèrent de s’activer, les pieds de
bouger, la bouche resta cousue et le cerveau se déconnecta. Au début, l’estomac
protesta et grogna quelque peu, comme il fait toujours quand il a faim, mais au
bout d’un moment, il se calma.
Dans son cauchemar, l’homme se rendit compte qu’il ne pouvait plus marcher, qu’il
ne pouvait plus rien saisir et qu’il ne pouvait même plus ouvrir la bouche. Et qu’il
commençait à se sentir malade.
Son cauchemar se poursuivit durant quelques jours et au fur et à mesure que les
jours passaient, l’homme se sentait de plus en plus mal. ‘’Il vaudrait mieux que
cette rébellion ne dure plus trop longtemps’’, songea-t-il, ‘’ou sinon, je vais mourir
de faim !’’
Pendant ce temps-là, tous les organes dépérissaient et s’affaiblissaient.
Initialement, ils provoquèrent et asticotèrent un peu l’estomac, mais rapidement,
ils n’eurent même plus suffisamment d’énergie pour cela.
Pour finir, l’homme entendit une voix très faible qui émanait quasiment d’outretombe : ‘’Se pourrait-il que nous nous soyons trompés ?’’, murmura-t-elle. ‘’Peutêtre que l’estomac travaillait à sa manière, après tout !’’
‘’C’est là précisément ce que j’étais en train de penser !’’, dit le cerveau. ‘’C’est bien
vrai qu’il reçoit toute la nourriture, mais on dirait qu’il nous la répercute dans son
ensemble, d’une manière ou d’une autre !’’
‘’Nous pourrions tout aussi bien admettre notre erreur’’, commenta la bouche.
‘’L’estomac a autant de travail à faire que les mains, les pieds, le cerveau et la
bouche.’’
‘’Alors, retournons tous au travail !’’, s’écrièrent –ils à l’unisson. Et c’est à ce
moment-là que l’homme se réveilla.
Et à son grand soulagement, il découvrit que ses pieds pouvaient à nouveau
marcher, ses mains s’activer, sa bouche mâcher et son cerveau réfléchir clairement
et il commença à se sentir beaucoup mieux.
‘’Eh bien, c’est une bonne leçon pour moi’’, songea-t-il en prenant son petitdéjeuner. ‘’Ou bien nous coopérons tous ensemble, ou bien alors, plus rien ne
fonctionnera !’’
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Le lecteur trouvera peut-être intéressant et instructif de mettre en parallèle cette
histoire légère, humoristique et inspirante avec ces paroles sacrées de la Bible qui
proviennent de la Première Epître aux Corinthiens et ces autres versets qui
proviennent de la Bhagavad Gita :
1Co 12, 12 - 31
12 En effet, prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs
membres : mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un
seul corps : il en est de même du Christ.
13 Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou
Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit.
14 Le corps, en effet, ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs.
15 Si le pied disait : « Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du
corps », cesserait-il pour autant d’appartenir au corps ?
16 Si l’oreille disait : « Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps »,
cesserait-elle pour autant d’appartenir au corps ?
17 Si le corps entier était œil, où serait l’ouïe ? Si tout était oreille, où serait
l’odorat ?
18 Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté.
19 Si l’ensemble était un seul membre, où serait le corps ?
20 Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps.
21 L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux
pieds : « Je n’ai pas besoin de vous. »
22 Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont
nécessaires,
23 et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous
faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les
traitons :
24 ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le
corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque,
25 afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un
commun souci les uns des autres.
26 Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre
est glorifié, tous les membres partagent sa joie.
27 Or vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.
28 Et ceux que Dieu a disposés dans l’Eglise sont, premièrement des apôtres,
deuxièmement des prophètes, troisièmement des hommes chargés de
l’enseignement ; vient ensuite le don des miracles, puis de guérison, d’assistance,
de direction, et le don de parler en langues.
29 Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous enseignent-ils ? Tous font-ils des
miracles ?
30 Tous ont-ils le don de guérison ? Tous parlent-ils en langues ? Tous
interprètent-ils ?
31 Ayez pour ambition les dons les meilleurs. Et de plus, je vais vous indiquer une
voie infiniment supérieure…(Référence : La Bible, TOB)
BHAGAVAD GITA, 18.41-49
41° ‘’J’ai mentionné l’importance de faire son devoir, mon vieil ami ; maintenant, Je vais
t’expliquer la nature des devoirs prescrits. Les responsabilités des personnes dans les
différents secteurs de la société peuvent être divisées en quatre rubriques générales : les
visionnaires, les dirigeants, les pourvoyeurs et les prestataires de services. Aucun groupe
particulier n’est supérieur aux autres, mais comme les membres du corps, chacun a son
rôle particulier à jouer. Ces groupes correspondent au conditionnement des gunas, que ce
conditionnement provienne de vies antérieures ou de cette vie-ci. Il est dit que les gens
sont le produit de leur propre nature.
42° Examinons-les, une par une. Les visionnaires de la société sont les saints (dans
certaines sociétés, ce rôle revient aux brahmanes). Les visionnaires sont supposés établir le
caractère et les fondements spirituels de la société. Leurs devoirs relèvent généralement
du pur sattva sans mélange et conviennent par conséquent à une personne de nature
sattvique. C’est ce qu’on entend par produit de sa propre nature. Fournir une direction
spirituelle et morale est normalement ‘’naturel’’ pour les visionnaires.
Les visionnaires doivent posséder la connaissance et la sagesse spirituelles – la
connaissance de la réalisation divine obtenue par une étude sérieuse – et la sagesse qui
dépasse le savoir acquis, par l’expérience directe de l’Atma. Les visionnaires doivent
posséder la pureté de cœur, d’esprit et de corps et ils ne doivent pas permettre à la
malignité ni à la corruption de pénétrer en eux. Ils doivent posséder la sérénité, le calme,
l’indulgence, le pardon et la patience – et s’en tenir à une foi inébranlable en la divinité de
toute vie. Le but premier des visionnaires, c’est d’aider à transformer les êtres humains
exemplaires de la société en des êtres divins.
43° L’objectif de base des dirigeants de la société, c’est d’aider à transformer les êtres
humains ordinaires en des êtres humains exemplaires. On attend des dirigeants
(kshatriyas) qu’ils veillent sur le bien-être et la prospérité de la société en servant les gens.
Ils sont chargés d’apporter l’endurance morale et l’adhésion au devoir grâce à leur
courage, à leur intrépidité, à leurs ressources et à leur ingéniosité face aux conditions
changeantes. Ils doivent être des exemples de loi, de justice et de générosité. Ils doivent
guider en inspirant la population par le bon exemple et être cependant prêts à faire valoir
leur autorité.
Les deux groupes sont forts à leurs manières propres. La force des dirigeants réside dans
leur courage ; la force des voyants réside dans leur rayonnement spirituel.
44° Les pourvoyeurs et les prestataires de services de la société sont, respectivement, les
commerçants (vaishyas) et les travailleurs (sudras). La responsabilité, ce que l’on attend de
ces deux groupes, c’est de préparer, fournir et doter la société des biens et services dont
elle a besoin. Les pourvoyeurs sont chargés des activités économiques et commerciales,
telles que la production de la nourriture et l’élevage du bétail pour le lait et les produits
laitiers, la fabrication et l’échange honnête des marchandises et le commerce. Les
prestataires de service (les travailleurs) sont la base. Ils fournissent les forces vives de la
société en travaillant avec, pour et au service de tous les secteurs de la société.
Bien qu’on attende des choses différentes des quatre groupes, Arjuna, souviens-toi que les
pratiques qui conduisent à la croissance spirituelle – l’adoration, le contrôle des sens, etc. –
sont à la portée de tous les gens de toutes les classes de la société.
45° Toute l’humanité est née pour atteindre l’ultime perfection. C’est le but même de
l’humanité. C’est en se consacrant à ses devoirs que chaque personne trouvera cette
perfection. Mais attention, Arjuna, la personne qui déteste son devoir ne peut jamais se
réaliser.
46° En accomplissant ton travail d’une manière désintéressée, sans attachement au résultat
et comme un acte de dévotion envers le Divin, tu obtiens l’épanouissement et la
perfection spirituelle. L’idée que le travail et l’adoration sont des activités séparées est
courante, mais incorrecte. Vis ta vie et accomplis ton travail dans une attitude d’adoration
envers le Divin. Accomplis chaque acte pour le Divin. Aime Dieu dans tout ce que tu fais.
Transforme en adoration ton existence terrestre. Celui qui fait cela est réellement un yogi.
47° Ta nature dicte que tu accomplisses les devoirs qui sont adaptés à ton tempérament.
Ces devoirs sont ton dharma, ta vocation naturelle. Il vaut beaucoup mieux que tu
accomplisses ton propre dharma, même imparfaitement, que d’essayer de maîtriser le
travail d’un autre. Ceux qui accomplissent les devoirs que requièrent leurs obligations,
même si ces devoirs semblent comporter peu de mérites, sont capables de le faire avec
moins d’effort – et ceci libère la conscience qui peut se diriger vers Dieu.
48° De même que le feu libère de la fumée, les actions des gens produisent des effets qui
peuvent être négatifs ou positifs. Aucune activité, quelle que soit son bien-fondé n’est
totalement sans défaut. On ne devrait pas abandonner ses devoirs, même s’ils peuvent
paraître impurs. Les vrais yogis accomplissent fidèlement leurs devoirs comme des actes
de dévotion envers le Divin et ils se libèrent ainsi de toute souillure.
49° La personne dont l’esprit et l’intellect ne sont plus attachés à rien, qui a conquis et qui
a dépassé le sens du moi (l’ego) et le désir de plaisir – par le renoncement, cette personne
a atteint l’état suprême de libération des chaînes du karma. Ce yogi est devenu un
instrument de la Divinité. (Référence : Jack Hawley, La Bhagavad Gita revisitée pour les
Occidentaux)
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