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DEVELOPPEMENT, MONDIALISATION ET CRISE DU DEVELOPPEMENT
Extraits des Dossiers de la Documentation française (site web)
Introduction
L'indicateur de développement humain en 2001 : l'IDH, calculé par les Nations unies, permet de mesurer les
inégalités de développement.
Au cours de la dernière décennie, l'insertion des pays du Sud dans la mondialisation a dû faire face aux
crises financières, au fardeau grandissant de la dette extérieure et à la paupérisation des populations dans
les pays les moins développés. Premiers financiers du monde "en développement", la Banque mondiale et
le Fonds monétaire international sont parfois accusés d'être responsables des échecs du développement.
Prenant acte de ces échecs, de nouvelles stratégies de développement émergent, axées notamment sur la
lutte contre la pauvreté.
Que reste-t-il de la division du monde Nord-Sud et Est-Ouest telle qu'elle se présentait dans les années 80 ?
La fin de l'antagonisme Est-Ouest, l'irruption des pays émergents dans les relations économiques
internationales, l'aggravation de la situation des pays les plus pauvres ont changé la donne. De
considérables écarts de développement différencient aujourd'hui les pays qualifiés auparavant de "sousdéveloppés."
Dans le même temps, le système international se caractérise par une forte aggravation des inégalités : un
des problèmes cruciaux, selon Amartya Sen, prix Nobel d'économie 1998, est celui du partage des bénéfices
potentiels de la mondialisation, entre pays riches et pauvres, mais aussi entre les divers groupes humains à
l'intérieur des nations.
Les institutions financières internationales, Banque mondiale et FMI sont au cœur de ces contradictions.
Crises financières mettant à mal l'othodoxie financière, dette pharaonique de certains pays, crise de l'aide,
difficultés économiques des pays industrialisés revoyant leur aide publique au développement à la baisse,
les années 2000 voient les pays du Sud confrontés à de nouveaux bouleversements nés de la
mondialisation.
Devant les conséquences souvent dramatiques des plans drastiques d'ajustement structurel mis en place
dans les années 80, les institutions financières internationales ont dû chercher une nouvelle approche
socio-économique, en adoptant notamment une politique de lutte prioritaire contre la pauvreté.
Les politiques du FMI et de la Banque mondiale sont, depuis quelques années, soumises à des critiques, de
la part des réformateurs et des conservateurs, critiques relayées par les organisations non
gouvernementales, mais aussi par les pays émergents, demandeurs de plus en plus insistants de réformes
structurelles.
Nombre de millions de personnes
ayant moins de 1$ par jour pour vivre
Source : Banque mondiale
1990
1999
Evolution
Asie de l'est et
486
279
-42,6%
Pacifique
(Chine non
110
57
-48,2%
comprise)
Europe de l'est et
6
24
300,0%
Asie centrale
Amérique latine et
48
57
18,8%
Caraïbes
Moyen Orient et
5
6
20,0%
Afrique du nord
Asie du sud
506
488
-3,6%
Afrique
241
315
30,7%
subsaharienne
Total
1402
1226
-12,6%
Développement et mondialisation
Développement et mondialisation : une nouvelle donne
En 1961, l'Assemblée générale des Nations unies lançait la première décennie du développement. Tout
juste sortis de la décolonisation, les nouveaux pays indépendants aspirent à rattraper les pays
industrialisés. Les années 60 concoivent alors le développement comme la transformation de sociétés
traditionnelles en sociétés modernes et industrielles, transposables à l'ensemble du "tiers monde".
La décennie 70 ouvre le débat sur le nouvel ordre économique international mené par les pays non alignés,
revendiquant le partage des bénéfices de la croissance entre les Etats de la planète.
Les crises financières des années 1980 clôturent brutalement cet épisode. Les questions structurelles du
développement disparaissent au profit du règlement de la crise de l'endettement et de la remise en ordre
des finances publiques via les programmes d'ajustement structurel.
On assiste également à une diversification des voies empruntées par les pays du Sud.
L'Asie du Sud-Est s'engage dans la voie d'un développement accéléré, suivie dans les années 90 par la Chine
et l'Inde. L'Amérique latine, doit, quant à elle, gérer de nombreuses crises financières, pendant que
l'Afrique reste à l'écart du développement mondial.
En réponse aux crises financières, la fin des années 80 voit le triomphe des théories économiques
formalisées dans le Consensus de Washington, et approuvées par les deux institutions financières
internationales.
Le libéralisme prend le pas sur les voix revendicatives des forums des Nations unies telles la CNUCED
(Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), qui se retrouvent, de fait,
marginalisés.
A partir de 1995, on assiste à une montée en puissance des instances économiques internationales, avec
l'avènement de l'Organisation mondiale du commerce, et la consécration du "directoire mondial" : Groupe
des Sept (G7), FMI, Banque mondiale, OMC...
La seconde vague des crises financières de la fin des années 90 va conduire à une remise en cause du
Consensus de Washington.
Le libéralisme, présenté comme une alternative aux théories du développement basées sur aide publique
et protectionnisme, a montré ses limites dans les différentes crises de la décennie.
Le déclenchement de la crise asiatique en 1997, la stagnation du continent sud-américain, la catastrophe
argentine en 2001, et la dérive des pays les moins avancés (PMA) conduisent à repenser la question du
développement.
La notion même de développement a implosé, laissant la place au développement humain, au
développement durable, au microdéveloppement.
A partir de 2007, le système financier international traverse une des plus graves crises depuis 1929.
L'internationalisation de la crise des crédits immobiliers américains à risque ("subprime mortgages")
entraine une forte baisse des grandes bourses mondiales dès l'été 2007, puis provoque, à partir de la faillite
de la banque américaine Lehman Brothers le 14 septembre 2008, une crise financière majeure qui affecte
l'ensemble de la planète.
Quel développement ? Du développement humain au développement durable
Les deux dernières décennies ont été caractérisées par une réorientation fondamentale de la théorie et de
la pratique en matière de développement.
Développement humain : repenser le développement
Les années 90 : une décennie perdue pour le développement ?
C'est la conclusion du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), dans son Rapport
2003 sur le développement humain.
Le monde est confronté à une grave crise du développement, caractérisée par des reculs socioéconomiques substantiels et durables dans de nombreux pays pauvres.
Afin de mesurer le développement tant social qu'économique, le PNUD a élaboré en 1990 un nouvel outil
de mesure du développement, l'Indicateur de développement humain (IDH), qui prend en compte , en plus
du PIB (produit intérieur brut), l'espérance de vie à la naissance, et le niveau d'instruction.
Le Rapport 2003 montre que 21 pays ont accusé un recul au cours des années quatre-vingt-dix. Lors de la
décennie précédente, seuls quatre des pays pris en compte par cet indicateur avaient connu une telle
évolution.
En 2003,
presque tous les pays "à faible développement humain", sont situés en Afrique,
près de la moitié des pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont vu leur revenu reculer ou stagner au cours
des années quatre-vingt-dix,
on constate un recul général du développement humain en Europe de l’Est et en Asie centrale.
Imputable à une diminution du revenu par habitant, cette régression est particulièrement marquée en
République de Moldavie, au Tadjikistan, en Ukraine et en Russie.
"Ces régressions sur l'échelle de l'IDH sont très inhabituelles, car les indicateurs de cette nature ont
naturellement tendance à progresser sur la durée", déclare Mark Malloch Brown, administrateur du PNUD.
"Le fait que 21 d'entre eux affichent une baisse, dans certains cas, spectaculaire, sur les années quatrevingt-dix montre à quel point il est urgent d'agir pour permettre d'y relever les niveaux de santé,
d'instruction, et aussi de revenu." 1
Les objectifs du Millénaire des Nations unies pour le développement : une nouvelle charte internationale
du développement
Le sommet des Nations unies du Millénaire a repris à son compte la philosophie du PNUD. "Civiliser
l'économie mondialisée ou garantir que la mondialisation devienne une force positive pour tous les peuples
du monde" préconise la Déclaration du Millenaire.
Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), adoptés par les 191 Etats membres des Nations
unies, constituent un agenda ambitieux pour réduire la pauvreté, ainsi que ses causes et manifestations.
En 2004, les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs sont mitigés. Certains pays sont en voie de
réaliser une partie des objectifs, mais aucun des objectifs du Millénaire pour le développement ne devrait
être atteint, au rythme où les progrès sont accomplis à l'heure actuelle au niveau mondial. Les raisons,
nombreuses, comprennent de manière récurrente l'insuffisance et l'inefficacité des dépenses publiques, un
fardeau de la dette écrasant, un accès insuffisant aux marchés dans les pays développés, et une diminution
de l'aide publique au développement.
Développement durable : une remise en cause du développement ?
1
Source PNUD, 2003
La notion de développement durable, lancée par le rapport de la Commission mondiale sur
l'environnement et le développement (dit rapport Brundtland) de 1987, a été généralisée depuis le
Sommet de la terre à Rio en 1992.
Les effets négatifs du développement ont en effet conduits à préconiser un "développement durable",
(sustainable development), au moment où la libéralisation est "l'horizon nécessaire et suffisant" des
politiques économiques.
Les grandes lignes de ce concept ont été définies dans l'Agenda 21, Programme d'action pour le XXIème
siècle adopté à Rio en 1992.
Il s'agit du développement que la planète peut "soutenir" en tenant compte des besoins générés par la
croissance économique et la démographie, cela sans peser sur les générations à venir.
Pourtant, du Sommet de la terre au Sommet de Johannesburg sur le développement durable en 2002, la
situation de la planète n'a fait qu'empirer du point de vue du développement durable : le PNUE,
Programme des Nations unies pour l'environnement lançait un cri d'alarme à la veille de Johannesburg en
septembre 2002. Même si la notion s'est imposée comme un référent commun aux organisations
internationales, aux Etats et aux ONG (organisations non gouvernementales).
Le développement durable a-t-il un sens pour les pays du Sud ?
Il s'organise, en effet, autour de la contradiction entre croissance et préservation de l'environnement. Dans
ce débat, les pays pauvres défendent leur droit à la croissance et soulignent la responsabilité historique des
pays industrialisés dans la dégradation des "biens publics environnementaux". En contrepartie, ils
réclament des ressources supplémentaires en termes d'aide publique (APD), promesses faites lors de la
Conférence de Rio et qui n'ont pas été tenues, bien au contraire, puisque la décennie 9O a vu la baisse de
l'APD.
Quels pays en développement ?
Du tiers monde aux PED (pays en développement), en passant par les PVD (pays en voie de
développement), les termes ne manquent pas pour qualifier cet ensemble qui accueille plus des trois
quarts de la population mondiale.
En 1964, la première Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) voit
l'émergence d'un bloc du Sud avec le Groupe des 77 (qui regroupe 133 pays aujourd'hui), groupe qui
oeuvrera pour un Nouvel ordre économique international (NOEI) au cours des années 60 et 70.
Aujourd'hui les pays en développement constituent un groupe de plus en plus hétérogène : les écarts de
revenu y sont considérables, et la convergence d'intérêts toute relative.
Un groupe de pays hétérogènes
"Le tiers monde du début du XXIème siècle offre une vision contrastée entre, d'une part, des pays
émergents, au sommet de l'échelle en termes de revenus, mais à la merci des fluctuations erratiques des
capitaux privés, donc marqués par le poids de crises financières récurrentes (Asie de l'Est et Amérique
latine émergente surtout), d'autre part, des pays très pauvres au contraire, situés tout en bas de l'échelle
en termes de revenus, (PNB inférieur à 900 dollars par an), qui sont d'autant plus vulnérables qu'ils
dépendent de mono-exportations de matières premières et d'une aide publique au développement de plus
en plus chichement accordée (Afrique subsaharienne surtout). Entre les deux, un ensemple fourre-tout et
hétéroclite de pays dits à revenus intermédiaires regroupe à la fois des pays importateurs de pétrole (Côte
d'Ivoire) et des pays exportateurs (Congo), des pays géants (Nigéria) et des micro-Etats (ceux du Pacifique
par exemple), des pays qui sont sur le point d'entrer dans le clan des pays émergents (Indonésie) et
d'autres au contraire qui sont tirés vers le bas en raison de dysfonctionnements politiques graves
(Zimbabwe, Argentine)," selon Sylvie Brunel2
Les pays émergents eux-mêmes, recouvrent des situations très différentes comme le rappelle Rubens
Ricupero, Secrétaire général de la CNUCED, dans le Rapport sur le commerce et le développement 2003 :
"Entre 1960 et 1973, l’Amérique latine et l’Asie de l’Est ont enregistré un taux de croissance relativement
semblable et en 1973 les quatre nouveaux pays industriels (NPI) de la première vague avaient un revenu
moyen par habitant inférieur de 850 dollars à celui des cinq plus grands pays d’Amérique latine. Après cette
date, l’évolution de ces deux groupes de pays a commencé à être divergente, le taux de croissance en Asie
de l’Est étant plus du double du taux moyen enregistré en Amérique latine entre 1974 et 2000. En outre, ce
ralentissement est allé de pair avec une instabilité croissante en Amérique latine : dans la plupart des pays
de la région, la croissance a été plus lente et moins stable pendant la période 1980-2000 que pendant les
deux décennies précédentes."
La fracture Nord-Sud
Cependant, quelque soient leurs différences, la césure entre pays du Nord et pays du Sud reste bien réelle
et l'écart de revenu entre le groupe des pays riches et celui des pays pauvres est plus important aujourd'hui
qu'en 1975. Car, si on assiste à une réduction globale de l'écart de revenus entre pays développés et
l'ensemble des pays dits "en développement", le rapport du revenu par habitant des quinze pays les plus
riches et celui des quinze pays les plus pauvres de la planète est passé, lui, de 11,6 en 1960 à 46,2 en 2001.
Cette fracture a même repris de l'importance avec la montée des mouvements altermondialistes, et la
tentative de constitution de front des pays du Sud au sein de l'OMC (Organisation mondiale du commerce).
C'est en particulier la leçon de l'échec de la 5ème conférence ministérielle de l'OMC à Cancun en
septembre 2003, avec la constitution du Groupe des 22, regroupant vingt-deux pays émergents, conduits
par le Brésil, la Chine et l'Inde, et celle du Groupe des 90, coalition rassemblant les PMA (pays les moins
avancés), les pays de l'Union africaine et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).
Les crises financières de la fin de la décennie 90, qui ont secoué certains PED parmi les plus avancés,
Thaïlande, Turquie, Argentine, Brésil, d'un côté et la crise de la dette qui n'en finit pas de miner l'économie
des plus pauvres, ont contribué à l'émergence de critiques très virulentes des institutions financières
internationales, par les gouvernants des pays du Sud.
Un fossé qui se creuse avec les pays les plus pauvres
"On estime à environ 2,9 milliards le nombre de personnes sur terre vivant avec moins de 2 dollars par jour.
Plus inquiétant encore, 1,2 milliard d'entre elles survivraient avec moins de 1 dollar par jour. L'Afrique est,
en valeur relative, le continent le plus concerné puisqu'un Africain sur deux n'atteint pas ce seuil. Mais
d'autres zones géographiques sont également très touchées. Ainsi, en Asie de l'Est, 880 millions d'hommes
et de femmes reçoivent moins de 1 dollar par jour. En Asie du Sud, ce sont près de 500 millions de
personnes qui vivent en situation de dénuement absolu. En Europe centrale et orientale, les chiffres se sont
considérablement détériorés depuis 1990 puisque le pourcentage de la population ayant moins d'un dollar
par jour pour subsister était de 8% à l'époque contre 20% en 1999.
Le fossé entre les pays industrialisés et les pays en développement ne cesse de se creuser. Un pays comme
la Suisse a aujourd'hui un PIB par habitant 400 fois supérieur à celui de l'Ethiopie et 115 fois supérieur à
celui de l'Inde."
2
Source : Cahiers français, Développement et mondialisation, n° 310, sept-octobre 2002
Source : Klause Werner Jonas, Améliorer les perspectives des PED, Assemblée parlementaire du Conseil de
l'Europe, document 10013, 10 décembre 2003
Les pays émergents
Un temps dénommés nouveaux pays industrialisés (NPI), puis qualifiés de "pays émergents", ils recouvrent
une vingtaine de pays dont le développement s'est accéléré dans la dernière décennie et qui revendiquent
une meilleure représentation dans les instances financières internationales. Le BRIC (Brésil, Russie, Inde,
Chine) désigne les quatre grands pays émergents qui jouent déjà un rôle de premier plan dans l'économie
mondiale.
Crises du développement
Crises financières et remise en cause du "Consensus de Washington"
Dix pays à revenu intermédiaire ont connu entre 1994 et 1999 de graves crises financières qui ont fait
sombrer le niveau de vie, parfois causé la chute des gouvernements et aggravé le sort de millions de
personnes.
Avec la crise asiatique de 1997-1998 notamment, qui a fait resurgir le spectre du "jeudi noir" de 1929, un
autre débat est apparu. Les décideurs ont soudain été confrontés à la menace de la contagion financière, et
les économistes ont remis en question le rythme et l'enchaînement des mesures de déréglementation et de
libéralisation.
Car ces crises ont frappé des économies émergentes, et ont eu des répercussions sur l'ensemble de
l'économie mondiale.
Elles ont engendré une nouvelle réflexion sur le rôle et l'architecture des institutions financières
internationales.
Remise en cause du "consensus de Washington"
"Les crises financières en Asie, en Amérique latine et centrale, en Russie ont ouvert la première crise de la
mondialisation libérale. Les institutions de Bretton Woods ont été incapables de les prévenir. Les
conséquences de la dérégulation systématique ont mis en évidence la fragilité du système.
Le "consensus de Washington" fondé sur la primauté des marchés financiers et l'acceptation de la direction
déterminante des États-Unis est alors remis en cause dans un débat qui oppose les néo-keynésiens aux
ultra-libéraux. Il porte sur la nature de la régulation et sur le rôle de l'État. Les uns, avec Milton Friedman,
estiment que les institutions financières sont responsables de la crise et qu'il vaudrait mieux les supprimer
en faisant confiance au seul marché pour réguler l'économie. D'autres, avec Joseph Stiglitz, insistent au
contraire sur les dysfonctionnements du marché, sur le rôle de l'État, et sur les politiques sociales. Cette
confrontation a alimenté les réflexions qui ont débouché sur le rapport "Meltzer", adopté en novembre
1998 par la commission de contrôle des institutions de Bretton Woods, mise en place par le Congrès
américain. (...)
La crise indonésienne,
comprise dans le contexte global de la crise financière asiatique, a atteint une particulière gravité et fut
marquée par un chômage massif, une déstructuration sociale avancée et l'installation d'une instabilité
chronique. Le Fonds monétaire est intervenu de manière massive sur le fondement d'une politique
monétaire restrictive pour enrayer l'effondrement des taux de change et en promouvant une politique
budgétaire pour le moins prudente. Non seulement il n'a pas réussi à limiter la crise, mais l'aurait, selon
certains observateurs, au premier rang desquels figurent MM. Joseph Stiglitz et Jeffrey Sachs, aggravée, en
privilégiant la contrainte extérieure au détriment de la stabilité intérieure du pays. La Banque mondiale
elle-même, par la voix de son président, M. James Wolfensohn, a pris part aux critiques adressées au
Fonds. (...)
Le cas argentin
L'Argentine était considérée comme un élève modèle par le Fonds monétaire international. Elle a, en effet,
mis en oeuvre avec application et persévérance des programmes d'ajustement structurel, gouvernés par
trois principes, qui font partie intégrante du "consensus de Washington" : la flexibilité, l'ouverture de
l'économie et le retrait de l'État, réduit à des fonctions régaliennes strictes.(...) Mais, plusieurs évolutions
ont conduit le pays dans une crise profonde.
La baisse du prix des matières premières, la dévaluation de la monnaie brésilienne, la hausse des taux
d'intérêt, la déflation ainsi que la poursuite des mesures de stabilisation et de rigueur budgétaires, ont
provoqué une dégradation marquée des conditions de vie."
Source : Tavernier, Yves Les activités et le contrôle du Fonds monétaire international et de la Banque
mondiale Documents d'information de l'Assemblée nationale, n° 3478, 2001
Fardeau de la dette extérieure des pays en développement
2 450 milliards de dollars : tel est à peu près le stock de la dette des pays en développement à la fin 2001 soit 450 milliards de dollars de dette multilatérale, 500 de dette bilatérale et 1 600 de dette privée - alors
qu'elle était d'environ 560 milliards de dollars en 1980. Le poids de l'endettement des PED s’accroît depuis
trente ans, sans remède efficace.
Amorcée par la crise mexicaine de 1982, avec sa rupture de paiements, la crise de la dette a entraîné la
création des plans d'ajustement structurels (PAS) : les pays en développement, afin d'éviter des cessations
de paiement, ont été tenus de passer des accords avec les institutions financières internationales,
garantissant l'assainissement de leurs finances publiques, et le retour à l'équilibre de leurs balances des
paiements. Ces programmes ont entraîné des politiques de privatisation sans garde-fous, et des coupes
sombres dans les dépenses publiques, notamment de santé et d'éducation.
Les critiques de l'UNICEF, du PNUD et plus récemment de nombreuses ONG ont commencé à être
entendues, mettant en cause, non seulement les politiques des institutions financières internationales,
mais aussi les gouvernements et pouvoirs locaux, responsables d'inégalités et de corruption.
Allègement de la dette : l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE)
Le Groupe des Sept (G7) a lancé une Initiative en faveur des pays les plus pauvres très endettés (PPTE), lors
du sommet de Lyon en juin 1996 et en a confié l’exécution au système de Bretton Woods.
Cette initiative, renforcée en 1999, lors du sommet du G7 à Cologne, repose sur l'idée qu'une réduction
globale de la dette est une condition nécessaire au développement des pays les plus pauvres.
Elle prend acte des limites d'une approche bilatérale de la dette, au sein d'organismes tels le Club de Paris,
groupe informel de pays industrialisés créanciers, spécialisé dans la normalisation des défauts de paiement
des pays en développement.
Plusieurs critères sont définis pour bénéficier de ce traitement :
• une dette "insoutenable" (rapport du volume de la dette compris entre 200 et 250% du PIB, rapport du
service de la dette aux exportations compris entre 20 et 25%) et un PIB (produit intérieur brut) annuel par
habitant inférieur à 875 dollars. Ce qui revient à écarter des pays "insuffisamment endettés" (tel Haïti), ou
au PIB trop élévé (Indonésie).
• en contrepartie, les pays éligibles sont censés mettre en œuvre des politiques de réduction de la
pauvreté, sous l'égide du FMI.
42 pays ont été listés, dont seulement 37, actuellement, ont vocation à bénéficier d'allègements de leur
dette.
Les institutions financières estiment que, combinées à d'autres mécanismes traditionnels d'allégement et à
des annulations volontaires additionnelles de dettes bilatérales, ces opérations devraient permettre de
réduire la dette de ces pays des deux tiers environ en moyenne en valeur actualisée nette.
Selon le FMI, "Pour que la réduction de la dette ait un effet tangible sur la pauvreté, les ressources qu'elle
libère doivent servir à améliorer le sort des pauvres. Avant la mise en place de l'Initiative PPTE, les pays
admissibles dépensaient en moyenne un peu plus pour le service de la dette que pour la santé et
l'éducation combinées. Ce n'est désormais plus le cas pour les 30 [en 2007] premiers bénéficiaires de
l'Initiative PPTE : tous allouent aujourd'hui près de quatre fois plus de ressources, en moyenne, aux services
sociaux qu'au service de leur dette, et tous ont notablement accru la part de leur budget qui est consacrée
à la santé et à l'éducation dans le cadre des programmes récents appuyés par le FMI."
Une initiative qui marque le pas
Les critiques portent sur le nombre de pays bénéficiaires, trop peu nombreux, sur le faible montant des
allègements, et sur la lenteur du processus. Les critères d'éligibilité à ce mécanisme pourraient être revus
par le FMI. La CNUCED propose en effet une suppression de certains critères.
Le coût total de l'aide apportée aux 40 pays qui ont été déclarés admissibles à bénéficier d'un allègement
de dette au titre de l'initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés est estimé à environ 64
milliards de dollars en valeur actualisée nette à la fin de 2005.
En 2007, vingt-deux pays ont atteint le point d'achèvement de ce processus.
Dix pays, sur les 42 qui figuraient sur la liste initiale des candidats au mécanisme "renforcé" à la suite du
sommet du G7 de Cologne en 1999, attendent toujours d’entamer le processus. Il s’agit pour la plupart de
pays sortant de conflits.
Annulation de la dette ?
L'annulation totale de la dette fait l'objet de campagnes internationales de diverses organisations nongouvernementales.
Cette revendication repose sur l'idée que la dette constitue un fardeau insupportable bloquant toute
perspective de développement, voire un fardeau "odieux" en ce qui concerne les dettes héritées de
gouvenements non-démocratiques. Un autre argument avancé est celui de la dette "déjà remboursée", du
fait de l'augmentation des taux d'intérêt.
Si ces campagnes n'ont pas débouché sur une annulation pure et simple, elles ont de fait contribué à
l'émergence de l'idée d'une dette "insoutenable" reprise par le FMI et la Banque mondiale, et à la reflexion
sur la co-responsabilité prêteurs - emprunteurs.
Le collectif d'associations Jubilee 2000, notamment, a lancé une pétition internationale et a organisé, dans
une cinquantaine de pays, des campagnes pour la renégociation ou l'annulation de la dette.
Le 10 juin 2005, les ministres des finances des sept principaux pays industrialisés, réunis à Londres,
décident l'annulation de la dette multilatérale (contractée auprès du Fonds monétaire international, de la
Banque mondiale et de la Banque africaine de développement) de 18 pays pauvres très endettés (PPTE) :
Bénin, Bolivie, Burkina Faso, Ethiopie, Ghana, Guyana, Honduras, Madagascar, Mali, Mauritanie,
Mozambique, Nicara gua, Niger, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Ouganda et Zambie), pour un montant de 40
milliards de dollars. La Grande-Bretagne, qui préside le Groupe des Huit en 2005, a fait du développement
sa priorité pour le sommet du G8 de juillet 2005.
Baisse de l'aide publique au développement (APD)
Baisse de l'aide : état des lieux
Selon James Wolfensohn, président de la Banque mondiale, "un monde où l’aide publique, à 56 milliards de
dollars par an, est au plus bas niveau depuis quarante ans, alors que les pays riches dépensent 300 milliards
en subventions à leur agriculture et 600 milliards pour leur défense, est "un monde sans équilibre"
(Assemblée annuelle de la Banque et du FMI, Dubaï, septembre 2003).
Cependant, alors que l’économie mondiale tourne au ralenti, et malgré les bonnes intentions affichées
depuis trois ans par les bailleurs de fonds, l’aide au développement est de plus en plus concurrencée par la
lutte contre le terrorisme international et les dépenses militaires.
Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a pour sa part dressé un vif réquisitoire fin octobre 2003,
devant l’Assemblée générale des Nations unies, concernant les promesses non tenues au moment où le
VIH-sida touche 40 millions de personnes, dont 26,6 millions en Afrique subsaharienne, et où l'Organisation
des Nations unies pour l’alimentation et l'agriculture (FAO) estime que la faim dans le monde regagne du
terrain.
Il a affirmé que l’APD demeurait insuffisante pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire et
les engagements de la Conférence de Monterrey de mars 2002 sur le financement du développement,
malgré un léger accroissement, avec 57 milliards de dollars en 2002, contre 52 milliards de dollars en 2001.
Il a constaté que le transfert net de ressources en 2002 s’était effectué, pour la sixième année consécutive,
au bénéfice des pays développés et non des pays en développement, atteignant le niveau record de 200
milliards de dollars.
Critiques de l'aide publique au développement
L'aide publique au développement a été mise en place afin de permettre l'accompagnement de la période
de décolonisation, puis de la guerre froide. La fin de la guerre froide verra la diminution de l'aide publique
au développement, qui n'avait cessé de croître de 1945 à 1990. Elle n'est plus, en effet un enjeu
géostratégique, ni pour l'Est, ni pour l'Ouest.
A partir de 1992, le montant des flux de capitaux privés dépasse celui des flux de capitaux publics, mais se
dirigent principalement vers les pays dits "émergents", et pour une bonne part, sous forme de capitaux à
court terme.
Face à cette baisse ou au mieux cette stagnation de l'aide, un débat sur son efficacité a été lancé.
La Banque mondiale tente de donner une nouvelle légitimité à l'aide publique, basée sur une sélection des
"bons élèves", et qui étendrait la "conditionnalité" du champ économique à de nouveaux domaines :
l'environnement, la "gouvernance", la gestion sociale....
"C’est la récupération des critiques faites aux institutions, notamment à la Banque mondiale, qui a été à
l’origine de l’institutionnalisation de nouvelles formes de conditionnalités.
Ces critiques concernent la protection de l’environnement, les aspects sociaux et les conditions politiques
de l’ajustement. (...)
- Si des projets sont trop polluants, ils mettent en cause la viabilité de la planète et s’ils se traduisent par
des déplacements forcés de populations, ils deviennent source de contestations. Les organisations
multilatérales devront donc s’attacher à ne financer que les projets respectueux de l’environnement local,
géographique, humain, et mondial.
- Si l’ajustement à moyen-long terme se fait au détriment des populations les plus pauvres, un trop grand
déficit social peut créer les conditions d’une remise en cause des programmes structurels. Devraient être
aidés en priorité les gouvernements qui font l’effort de se préoccuper des conditions sociales de leur
population, en établissant par exemple des filets de sécurité pour des populations cibles particulièrement
touchées par l’ajustement, et qui portent attention aux questions relatives à l’éducation, à la santé.
- Enfin, si le pouvoir en place laisse peu de place à la démocratie, aucun consensus politique n’est possible
pour un ajustement et un développement à long terme. Ne devraient être favorisés que les pays qui
respectent ce consensus démocratique."
Source : Chavagneux Christian, Tubiana Laurence, Bourguignon François, Développement, Conseil d'analyse
économique, n° 25, 2000
Les années 2000 voient l'émergence du thème "trade, not aid..." (le commerce, pas l'aide...). C'est ainsi que
l'agenda du développement adopté par l'OMC (Organisation mondiale du commerce) lors de la conférence
de Doha en novembre 2001, est chargé de mettre en oeuvre l'intégration des pays en développement au
commerce mondial.
D'autres financements : le microcrédit
Créée en 1983 au Bangladesh par Mohammed Yunus, la Grameen Bank, qui possède aujourd'hui 1 200
bureaux dans le monde et emploie 12 000 personnes est désormais citée en exemple dans le monde entier
pour son système de microcrédit. Le système, qui a vu le jour dans le village de Jabra, en 1976, au
Bangladesh, a été reproduit dans près de 60 pays.
La Grameen Bank a initié d'autres modes de financement, avec l'instauration du "microcrédit", prêt de
petites sommes d'argent à des personnes jusque là exclues du système bancaire, car non solvables.
La Banque mondiale encourage, à partir des échecs d'ambitieux programmes de développement, ce type
de financement plus en phase avec le terrain et souvent géré par des ONG.
Ce crédit s'adresse en priorité aux personnes vivant dans "l'extrême pauvreté", seuil que la Banque
mondiale fixe à moins d'1 dollar par jour et par personne.
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