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LA REL IGIO N
La religion est d'abord un lien d' un type particulier (re-/ego:
attache r). Ce lien est manifeste dans la cérémonie de fondation d'uni'
ville romaine : un prêtre consacré, à l' aide d'un baton recourbé
(liluus), délimi te dans le ciel un espace (lemplum) . Cet espace constitue
le • terri toire consacré •, le sanctuaire , puis le • temple •. Le lien
est donc d'abord établi entre le ciel ct la ter re, l'au-delà et ici-bas.
Mals le lien a été sen ti de manière différente comme précision absolue
et contraigna nte d'un rite auquel la religion as treint. La religion
devient donc, étymologiquemen t , le • scrupule religieux •. Un problème dès lors se poserait : la religion permet-elle la créativitt?
Roger Ba.çlide l'afOrme, en étudiant les réponses diverses à une même
situation. Certains Africains au Brésil résiste ron t au travai l servile
en restructur ant leur religion et en lui donnant une significa tion
de révolte. D'autres la laisseront telle quelle, et profiteron t de toutes
les possibilité s d'ascensio n qui leur son t otTertes. Chaque individu
interprète donc pour son compt e la sy ntaxe el la sémantiqu e rcli·
gieuse, et donne un sens au • lien •.
-
1-
Phé nom é nologie d e la r e ligion .
JI y a une expérience religieuse dont le mode d'èlre est d'une part
intuitif et affectif, d'autre part existentiel . C'est ce dernier aspect
qui nous intéresse : quelle est la mani ère d'être-au- monde de • l'homo
religiosus • (M. Elialie), quel sens donne-t-il à ce qui l'entoure, quels
sont les axes strucl urels de son comportem ent? Nous distinguer ons
le • sacer • ou • sacré •, et l'• espace-tem ps • religieux.
1 -
Sacré?
Le sacré. Antérieure ment à tout concept, qu'est-ce que le
Le sacré forme couple auu le profane. Le sacré est • station de la
divinité •, le profane , néant actif • : c'est-à-dir e qu 'Il peut faire
disparattre le sacré. Ce dernier est une énergie très volatile, fluide.
très dangereus e el efllcace. Le sacré est • tabou • (interdit, en polynésien), le profane anoa • (libu). Il faudra donc des rites précis
d'ent rée el de sortie, des sacrifices de purificatio n et de désacralisation, fonctionna nt comme un sas e ntre deu x éléments rliiTérents,
pour que le sacrt\ et le prorane aient des contacts.
Le sacré est à la fois pur el Impur, saint ~~souillé (même mot dans
plusieurs langues, en grec • agios •). La pureté est conçue comme
guérison possible, accroissement de la vie. L'impureté détruit. Le
cô té droit dans la représentation d u monde est associé à la pu reté,
ln droiture, l'adresse (avec les connota tions de clarté, sécheresse,
altitude). Le côté gauche est associé à l'Impureté par la • gaucherie •
(avec les connotations d'obscurité, humidi t é, bassesse). Il existe
chez les primitifs un e géographie de la pureté ; le cen tre du village
comporte tout le sacré, l'épa ule d roite doit être tournée vers lui ;
la gauche vers la jungle, source de tout es les impuretés (Canaques).
On peul essayer d' expliquer cette bipolurité du sacré en la rapprochant de dichotomi~s fondamentales : la dichotomie sociale (les
deux phratries avec chacune un totem), la dichotomie physiologique (les deux sexes), 1:1 dichotomie nntu œ lle (les deux saisons,
été-hiver). En fait ces dil'holomies sont toujours données ensemble
et intervien nent (selon les rites, les fêtes, les événements) en proportion variable. Mais un sacré de type particulier, le sacré de
J' interdit (du respect) provien t directement de la dichotomie sociale:
on doit respecter les femmes de son clan (cxol!nm ic et prohibition
de l'in ces te) et ne chercher femme que dans l'autre clan dépendant
d'une autre phratrie (es t profane tout ce quj est sacré pour l'autre
tr ibu). Celui qui y rontrevient est • maudit •. Cette règle permet
l'échange généralisé (voir chapitre Les f:cbanges), el renforce les
liens dans ln tribu qui n'est pas originellement une dans t ous les cas.
En conséquence de ce sacré de l'interdit , il y a un 'sacré de violence
t l de lrrmsgression • (R. Caillois). Il apparalt notamment lors de lu
fête. Le temps usé (chrono .. qui use) doit être remplacé, raje uni.
JI fnut reven ir au temps de la créa tion du monde par les • ancêtres •
ou les • dieux •. JI en résulte une mascarade (les officiants ont par
le masque les mêmes pouvoirs de métamorph ose q ue les ancêtres ;
voir Carnaval). De plus tout doit être inversé : licences ritueUes,
débauche, pillage, meurtres (Brésil), unions Incestueuses rituelles.
En conséquence le sacré est double, en deux sens. D'une part il
est sainteté et souillure, d'autre part inhibition (Interdit) et stimulation (transgression), féminin et masculin (par exemple les totems
son t du côté maternel, les dieux, du côté paternel).
2 - Espace et temps religieux. La religion sous sa lorme primitive (sens du sacré) imprégnait tout acte de la vie ; nous ne pouvons
plus nous en rend re compte clairement. Certes il y a encore pour
nous des • chifTres • (Jaspers), ou éléments du monde qui • parlent • ;
mais le monde n'est pus structuré selon le sacré. Au contraire, à
l'origine, l'Espace et le Temps sont saturés de sacré, forme particulière du rapport du primitif au monde. C'est que le passage du
chaos au cosmos est l'acte même du sacré, et cu meme temps consiste
en l'apparition des ordres temporels et spatiaux.
L'espace religieux. Le lieu sacré est un pont entre Je ciel et la tetTe.
Quelles que soien t ses fonctions, il n' y a pas d'espace homogène
pour l'homme religieux. L'espace présente des ruptures : un espace
• tor t • s'oppose à un espace di l u~ rai ble : • il n e s'agit pas d'un
espace géom étrique . mal s d'u n espace existentiel et sacré •
(M. Hliade).
A - 11 pré~ente etes cmlr<'s dont la répartition i mpo~c la distribution des ru• liyités de la vie <·ourant c ..\ i n si tout sanctuaire, toute
maison, est uu de ces • ccn l rrs •. !.a métaphys ique n'est rien d' autre
que le désir de coïncider avec ces ren tres (vo ir chapitre La :\!êtaphysique). El ou les retrouye <lans la rlH!it·alisat.ion ph ilosophique,
la " réd uelion <l es romrncnccmcn ts •.
B - Cf emir• t.<l un fJOinl dël!er{Jil' ray onnant de fa çon ordonnée,
les quatre ou six points • cardinaux •. D'où le mocli•lt> romain
de to nst ru rlion des Yilles c l dt's t•a mps .
s~lon
Pour fonda une conslruclion, il faut suuveut répél<'r les 11CI1•.<
crlateurs du moll(/e (danse d u 13arong dans l' lie de Bali).
Le maçon ind ien rëpNe le sac rifi<'e du sNpe nt (le chaos) en p lantant
nn pieu à l'endroit où la !Ne du serp<'nl ~e trouYail.
C -
flt's
ancêtre.~
D - Le ce11lrP est tm lieu de commlllli('(lfion rwec Ir sucré. T out
Objet éleYé: mon tagne (du Décalogue), po teau (<l e~ Az untu ). to tem.
c:oloune (d u temple d '.-\ngkOI'), tour (<le Hahel). él.' he tlc (<le: .Jm·oh) ,
piliers qui so utiennent le mo nde .... toul obj et élev.; donc P~l un
passage possible du prorane au sacré. de la Terre au Ci~l.
Le temp.~ rl'ligieux . Il s'agil d'un t emr>s qui revient. qui peul sc
régénérer pnr lg rète. ,, R éi ntégrer le temps sacré des origi nt>s, t"('Sl
!\I re le con tempora in des Dieux "· D'où les mythes de l'éternel retour ,
et les cosmogonies qui sem blent l.'ons tl t uer la preml~re préofcu·
pation intellec tuelle des primltirs. fondatrice de la sodét(! pour eux.
L'homme religit>n x vit donc dans un milieu saturé de sar rl'.
Il -
Philosophi e et religion : l e « discours sur )J
la religion.
Le modèle théologique du dieu comme • point d 'é nerg ie i nfinie
q ui teml à s'exprimer • est. étudié dans le chapi t re • la :\létap hysique •· On dira simplement ici que le Sacré. dan s son aspect • n umi ncu x • (puissance terr ible). devient en tan t qu'objet d'u ne pensée,
lhéos, dieu personnel , logos ou tran scendance. Il res le à voir k s
rapports de la philosophit' ct de la reli~:~ion , et les problèmes du
philosophe chrétien.
1 -
Les rapports de la philosophie et de la religion. A
l'époque médiévale , la p hilosophie est sous la dépendance du" p rineipr.
cl'autorité • : Aristote, Sain/ Thomas. son t les mall•·cs à penser de
la scolastique. La grande préoccupation de la philosophie théologique est de fonder l'existence de Dif.'u en raison. Nouvf.'au té de
celle entreprise : d'abord Il ue vien t pas à l'Idée du primitif de
t>rouver \'exislen~e des âme~ des ancêlres, car personne n'en doute.
Don<' prouYer l'ex ist ence de Oieu ne convainc que celui q ui est déjà
convaln(·u. D'au tre part, il y a cont rad iction e n t re la foi et la raison
(-. fi(/P$ quaercns inlelleci wn . , d il Sa i nt .1nse/me) . En11n la forme des
preuves (syll ogis tique) cl leu r nombre jouent contre e lles. S'il y en a
l> lus iem s, aucune n'est déc'lsive ; 51 elles sont de t ype logique.
comment pourraien t-elles s'appliq uer au mystère? On assiste à des
compo rt ements réflexes, du type du • C{)mme si •· q ui se perpétuen t
:1 propo~ d'un sacré nbscn l. Ce qu i donne uu x preuves un caractère
trop humain : ainsi la premiè re preuve aristotëlil'icn nc 1>ar la premihe cause (• il faut bien s'a rrèter quelque p:-ort •, dit la preuve:
et c'est Dieu, premi~rc cuuse de la chaîne ca usale). 1\lais ce souel
de tln itutle est huma in e l ne concer ne peut-ètre en rien le sac ré,
le div in.
Finalemen t. la pensée philosoph iq ue ù u :\l oycn Age apparalt
comme un t'ol onialis m e de ln pe nsée religieuse, q ui nnn exe la R a ison
d l acl cll e de sa d éfense. noppclon ~ tc~ preuves de t'ex iste nce ete Dieu,
<'hl·z A ri.~/o/e E't Sain/ 7'hf>mo.• :
flUUIJr.~
ûe /'e.r/.~lenrr tif
/J Îfll
(tou te ~h ose ~sl mouvun tc ct mue : \ ~ par le premier moteur
st> ul Dieu es t moteur)
? ~ 11ar la p remière cause
(Il fau t un être néccs~uire)
~ par Jr~ ~onli nge nce du mo nd!'
(q uelque chose es t le plus pnrfnit} ~ par lu grnrlnlion des ètrcs
( mè ne les choses à leu r On)
~· p ar l'c\trc intelligen t
A Avec Descarlts, Dieu n'est plus l'uni <j ue fondemen t. possible
du monde. Dans l'ord rt: des raisons, on va du rogiio à D ieu ; dans
l'ordre de la réalité, de Dieu au cogilu. f.e qui donne le schéma su iva nt
(circui t à rlouhle entrée) :
c·ugito (ordn des r a isons)
Q
Dieu (orctre
de~
réalit és}
L'ord l'e des raisons est évidemment (mais 11011 manifes tem ent, var
crainte de l' [nquisilion) privi légié chez Desrari rs. Le cngilo semble
un rri rie vk\.{)ire de l'espri t q u i trou Ye un rondement universel en
un princ ipe t>urement rationnel n on en com hré de théologie ni rie
révêla ti on . l)'a illeu r~ la p remière l\léd itation op pose <\ Dieu un
an tHIIcu (imaginé certes, rnnis c'est signilkuti f), ~·est-il-d ire le
:\l a lin Gén ie, Créateur ma lfuisant. A partir de Orscflril's, on commence
à rroire possible l'idéa l d'une théologie rationne lle, ce q ue \\'ui ff
essaier·a cie développer avec une t' osmolog ic ct un<' psyc hologi<'
rationnelle formant une science métaphysique. Le système des
pre uves de l'existence de Dieu est épuré :
·-- preuve « pllysicothèo/oqique •: je connais le parfait; je ne me
suis pas donn é l'êt re, car je me serais créé parfait. C'est donc Dieu
qui.. . ;
- preuve «cosmologique •: de ce que je suis maintenan t, il ne
s'ensuit pas que je sois touj ours (création continuée) ;
- preuve • par les cflels • : j'ai en moi 1'idée de perfection, celui
q ui me l'a donné est au moins a ussi parfait (la cause égale au moins
l'efTet) ;
·-- preuve • onloloyique •: Dieu est parfait (Saint Anselme : « ce
par rapport à quoi on ne peul imaginer quelque chose de plus grand >);
il existe donc.
B - Rani. L' illusion d'une réconciliation de l'amour et de la
' raison en une communauté ch rétienne organisée (comme idéal métaphysique) en la main de Dieu (cf. chapitre La J\létaphysique) s'ef. fondre. L'espoir d'un monde coïneidant ave.c lui-même par la superposition de la religion et de la philosophie, tombe ' ainsi que la
colombe volant dans le v ide •. Pour [{ant, je ne peux savoir si quelq ue
chose existe avant d'y être allé voir (e:q>~rience) . Pour Descartes,
le juge ment « Dieu est • est analyt ique, puisque, pour lui, l'• idée •
de Dieu iml>lique son existence : ùe l'idée de Dieu à son existence,
on peut conclure. Rani di t : < pour conclure que Dieu exis te, il faut
constater la Perfection et l'Existence de celte perfection. re qui exige
un j ugement syn t hétique, en plus des deux constats. "
On peut en somme se demander si le 11robkme 1lcs preuves de
l'existence de Dieu ne provient pas de la confusion constante de
deux nivea ux : le niveau philosophique et l'instançe rationnelle
d'une part, qui rema rquent que l'on parle sur quelctue chose,
qui , puisqu'il n'y a pas d'expérience, peut avoir été seulement imaginé ; ct le niveau existentiel et religieux d'au t re part, restes d'une
mentalité primitive pour laquelle ee même Dieu ue peut poser de
problème quant à son existence, puisqu'il est l'origine de tout e
existence possible. Kant, plus éloigné de l'ambiance religieuse primitive, représente presq ue purement la tendance rallonnelle. Mais,
avec l'exception de la philosophie de /lege/, le processus V>l se renforcer et la philosophie va devenir criliqur rit lrt reliÇtimL
C - Hegel. T.a t>hilosophie englobe la religion ; elles ont toutes
deux même fin, même contenu. l.a religion est identique à la philosophie, sous l'aspect non de la pensée, mais <le la représentation
(image). La philosophie es t donc s upérieure à la religion.
Tout d'abord, la distinction entre foi et savoir est vide; Dieu se
eommunique à la pensée cl non sculcrnenl au cœur. Hegel fustige
les philosophies (ou religions ) du sentiment pur. Car alors la religion
ne pourrait être universelle, mais personnelle et incommunkable.
Le dénominateur commun chez Hrgf/ est I'E~prit en marche dans
l'Hist oire. Ce n'est pas une abstraction, mais un Être person nel
qui prend conscience de lui-m<'me à travers tous les esprits particuliers. La révélation de Dieu es t donc achevée par une pensée de
Dieu. Or, on peut penser Dieu en concevant d'abord qu'il est communicable (cor sinon Il serolt Inutile), ensuite qu 'il s'explique (se dévoile) lui-même par la mort de Jésus-Christ; enfin qu'il n'est pas
substance, c'est-à-dire abstraction, m:\is conscil\ncc de soi active,
toutes choses éminemment rationnelles. f.'est à l' Homme de promouvoir Dieu dans l'histoire, en nian t la matière et favorisant la
roti onalisation du Monde et de lo Société.
2 - Les p roblèmes des philosophes chr~tiens . Le philosophe
duétien • se demonde si parmi les propositions qu'il croit vraies,
il n'en est pas un certain nombre que sa raison pourrait admettre •
(Étienne Gilson) . Cette position implique des présupposés (Philosoph ie et religion sont complémentaires. La phi losophie ne doit pas
Hre considérée abstraitement. J.a réalité n'est homogène que grâce
à un centre de référence divin. La faiblesse de l'entendement impos~
la croyance en un secours de la religion). Certes Je jugement de la
théologie sur la philosophie est incerta in ct contestable. Ainsi Jocques
Maritain critique le concept d'angoisse chez Heidegger en le disant
personn<'l à l'auteur. L'angoisse n'est pas pour lui la mati ère dont
on fait la philosophie, car la philosop.hie est • plongée au cœur de
l'humain •, art de vivre, c-'est-à-dire accès à une vérité absolue.
Pour d'autres philosophes du xx• siècle, cc point de vue parait
étrangement dépassé : c'est l'Homme qui est au centre (le la philosophie, et donc aussi bien l'angoisse JHlrsonnellc elle-même, et non
pas une Vérité hypot hétique et oblitérante. Comme toute orthodoxie,
la religion chrétienne gauchit la pensée, dans la mesure oil elle l'oblige
à démontrer quelque chose qu i est p~sé d'avance.
Cependan t, certains compromis sont grandioses, tel le système de
Teilhard de Clwrdin. Sa référence à • un flot de puissance unitive •
fait penser à l'expérience religieuse primitive. Dieu s'immerge dans
le monde et, grâce à ce point d'appui, le façonne selon ses vœux,
jusqu'à la réalisation de la noosphère, p uis se referme sur sa conquête
dont il n'est jamais sorti. Pour Teilharci, la philosophie rnétaphysiq ue
est comparable à une religion, mais les systèmes qu'elle bâtit n 'ont
pas la vie d'une religion :ils ne dépassent pas les limites de l'idéologie.
JI leur faut la vie. donc Je secours d'un Dieu.
-
Ill -
Philosophie e t religion : la critique.
La philosophie ct les sciences humaines tentent de • réduire • le
système religieux. On étudie d'aborct ses a ppartenances sociales,
puis ses c-onditions psychologiques.
1 - R eligion et société. La société condi tionne l'apparition
d'une religion <Métraux. Ir Vaudou Haïtien). La sociét é détermine
aussi la hiérar<'h i<:> des religions : flumezil présente l'nnalyse sédui-
san te de la transposit ion d ' une tripnrtitio n sodale sur la hiérarchie
des reli gions ind ocuropécn nes , selon le schéma suivant :
Fo:-~c:TtoN
QUALITI~
F onction sa- Administr ation
cerdotale et mystérieus e ct régulière du rnoncle
roya le
Foncti on des
Vi gueur ph ysique
défemeurs de Fort·e guerrii•re
la ci té
Fonction
n ou rrici ère
Fécondité, Pr•ospéri té, Santé.
Tra nquillité
LIE U
lN DOtWROP.
Ro~rA tN
CtF.L
ADITYA
JUPITI':I\
AniOS •
P ll èRJ::
TERRE
RuoRA
MARS
VASU
QUtRIX US
Chez l'luton, le S<'héma il\':tlt déjà été mis en lumi èr<"
avt'C
le par:tl-
lélisme p sy<" hosocinlog iqu<' :
Esp111
- -- - - - - --
classe d 'or, philosophes
Cœur
------ --11-
c lasse d 'argent, guerriers
Ventre
- ------ -Jo-
classe d' airain, "forces productives"
)lais, Inverseme nt, la société peut être influencée par la religion
constitut\e : c'est le cas pour la religion p roteslante qui donne son
élan au capitalism e, en tenant pour bénie la richesse comme fruit
du travail profession nel (Weber) . De m~me une religion philosophique. en Occident, a déterminé l'apparitio n de la mùlaphysi quc
et du logocentrl sme. Plutôt qu'u ne créat ion d e la religion par la
société, il faut ndmettrP un réseau d 'interarlio ns entre la société
et la relig ion .
2 - Religion et psycholog ie. On a depuis longt emps (exemple
cau~es psycholog iques,
telles ta peur (e t la projeclion ou au contraire l'exorcisa tion de la
peu r). ou la faiblesse (ct la rechercl,e d'un recours). Nous avons vu
(tome T. L'imagina tion) le role de la • fonction fabulatrice • chc7.
Bergson.
A - l\Ïel:sche et le cré{>uscule des Dieux. Nielzscht attaque le
prêtre (• homme de ressentime nt •) et l'idéal ascétique qui promeu t
les forces négatives. La mort de Dieu ne sert. à rien si l'homme se
l .ucrèa) • expliqué • la religion par des
charge des anciens interdits. Il faut arriver a u comble du nihilisme
(le dernier homme et l'homme qui veut mourir) pour que la religion
soit tot alement extirpée, et que le règne des forces posi tives survienne. Dieu, pour Nietzsche, est l'extrapola tion de la culpabilité
et des interdits. /11ounier a répond u à Nietzsche sur l'argumen t li e la
• dévirilisat ion • : les j eunes chrétiens doivent devenir mililan ts,
et l'Ordre Chrétien est une Communa uté de Personnes .
B - Freud: psychanalyse de la religion . l.a religion est la dépendance infanlilc c t la nostalg ie d u père, mals aussi la conséqu ence
du remords du • meurtre du père "· D'où le sen timent d' une fau te
irréversibl e : le Péché or iginel. D'autre part la religion est • écharauda~e de secours • dans le malaise de la civilisalio n,
ct non pas un
• senllmcn t. océanique • de l' infin i, peu probable.
C - Marx. La religion est la c<lnscicnce Inversée de l'Homme.
Il n·y a plus à chercher dans la réalité fantasmag orique d u ciel,
le
reflet de l'Homme. Il do it chercher ~ n lui-même : !"H omme est
l'artisan de la religion , c·est-à-uirc de son aliénation (opiu m du
peu ple). Il faut remontl'r assez haut dans celle critique, selon !1111r:&,
et • exiger qu'il renonce aux illusions de sa situation. en exigeant
quïl renonce il une situa tion qui a besoi n d'i llusions •. En changeant
la strudure sociale, don<' économiqu e, on s upprimera te besoin de
la religion : • La c ritiqu e ue la religion devient critique du d.-oit,
la critique de la théologie devient critique de la politique ' ·
D -Sartre ell'e:rislen lialisme al/u!r. L e refus du dualisme de !"être
et de l'a pparence, et c\'autre part la reconnaissa nce d e la déréliction ,
de la facticité, rle la responsah ilité et la libert é d e l'llomme, so nt
les corollaires ou les fonde ments de la suppressio n des dieux (• T.c
Diable et le Bon Dieu •, • Les .\louches •). Les d ieu x sont ridicules,
fatigués, retors. ils sc dé lccLcnt <\ la pensée <JUC l'homme évrouve
du remords (des passions négatives, diraient Spinoza ou Niel:.~cllc).
Orest e est le prototype de l' homme délivrl' du fardeau divin . Il
assume ses actes en adulte .
En ~omme, pour la ph iloso phie moderne. la religion a main ten u
l' homm e dans un ét al de dépeu<lnnce. Ph ilosop hi e ct Sciences
humaines (psycholog ie cl anthropulo gic) s'at·corden t sur ce !JOint :
la désali énation de l' homme passe par sa prise de conscience d u
caract ~ •·c factice de l'ahsolu et de la rcligic1n. f.'est fa conséquen
ce
fiualcment prévisible d u len t détac he men t de l'Ho mme par n1ppor t
à l'exp érient·e reli gieuse primilin.
-
IV- Le besoin de croire.
l'n fait est cependant tout aussi évident que le dét:Jchemc ut
progrt•ssil des hommes par rapport :\ l'expérienc e religieuse primi·
l ive, r·cst lrur tcnda nœ à re mplarer cette rcligiou 11<1r une >tut re !
E n mè nw lf'tnps qn~ lA nil ique philosoph iq ue ruinai t mi· thocli·
quement la valeur ùe la Religion. le Dieu théologique se métamorphosait en un autre Dieu à l' insu des ph ilosophes.
Ainsi on rem r)l a~·a Dieu J)ar la foi en ln ~denee (on la t rouve a u
xv1• s iède c hez Francis JJacon , et on 1::1 ret rouve, exp ressément
nommée • religion de la Sdence • chez lfaeckl'l à la lin du x1x• siècle),
p ar la foi dans le Progrès (qui se développe au début du x1x • siècle),
pa r la foi dans !"Humanité (pierre angulrli rc de ln • religion pos itiviste • d' Augmle Comlt, id ée- force des premiers sor lulismes) , par
la foi dans l' llis loi re e t 1lans un • Sens de l' H is toire ' ( repri se laïq ml
de la foi religieuse en la Providence, telle que l" eX IH"ilnai l /Jo$ su el
par exemp le, fo i historique qu i com mence :n·ec le~ Enc·y<· lopédistes
et qui trouve son point culminant a,·cc 1/eyr/J , par ln foi dans le
P rolétariat ( m y th e ma rxist ~ typique qui fai t du Prolétaria t et de sa
conscience de classe le gr~ n <l moteur de l'Hi stoire cl le potentiel
intln i cie la réalisation de l' Humanité parfaite).
Par ailleurs les doctrin es philosophiques ou métapsycholog iqu es
les plus irrespec tueuses d e\"enaient • ~:u· rées • pour des d isciples
militants et remplaçaie nt la Dil.lle. • Le ï.a pital • de .\/arx. de mèmc
que les ouvrages de F rc11d, con naissen t a uj ourd'hu i d es exégètes,
des interprètes, c l des sectes en nem ies sc clcss ine nt, s 'opposan t su o·
des • lectures " cliiTérentcs de la nou\·c lle Bible, romrue a utrefois
les Catholi<1ues. les Protcst(mls. les Or t ho tloxes. les Anglicans, les
.Jansén istes e t a ut res • c hapdles • prêtes ;\ r~commcowcr la Sai nt Rarthélemv .
l.es mar~is t rs- l én inis tes du l'rcm lin ne so nt <Jne cr. od ieux Réformi stes • pour le~ marx istes- léni nis tes de P ékin , et les marx istes ùe
Példn ne sont q ue de , gross iers falsi fk nten rs aYenturis tes , pour les
marxistes-léni nistes tle )l osrou , sans <·ompte r lrs exégèses di\"c rgentcs des T rotskys tes, des Cas t ristes . de~ lid rles de la I I• ou de ho
Il l < ou d e la 1\"• Internationa le.
Apr ès avoir, ~e lon le \"œu tic Freud. • tu é le père • pou r " devenir
od u ltes •, les adultes en qu es tion s'e m prc~s~nl de trou ve r uu autre
p ère, et de p roclamer sa<· o·t!c la pensée cl<· leu r nou vd le idole. Victor
/l ugo est le Diru dc('laré d" u nc sec te in cloeh inoise. Utcwl es t le Dieu
d éclaré de quelques <·hapelles de psyrhiHt res et psy<·hulogues. Il
parait que, du11~ le~ ("l:tsscs de P hilosophh· d "aujourd ' hui, l('s p rofesse urs • ne n~ulen t plus c nti'JHlre parlCI" <le l 'laton. ci e Deswrtes
ou de Konl ... •, mais to111b1•n t en cxlH SC tlc\"a n t .\ïl'/:sclw. l·'n•utl,
llrich, ;\far.r ou ·""rcust· (se lon leu r ll))lliH tenanre n ~o-religieuse)
el y voient se leve r la \"érité <l<'fi niti,·e , t·c lle don t la \"ktoire justin r
toutes les violrtu·rs çontre les • in<TO)an ts • ou lr s • infldi·les •.
La guern' Cll l·-m<' me, q ue r on t·roy ui t. <lepuis l "av~ne rnent d~
!"écon omie poli li qul.' . uniquemen t ti~1 Hm in ée Jl3r des ntuses t'conorni q ues, réappura il <"OllllllC une gu<'rr~ <le religion s : ' Lo guerre
sain te • sera prod a m(·e <1<' pari e t d'n ul re du ll<'u\"c Amour (sic) <'\
l"a é té déjà plu>icms fois <le pur i ct d'a utre d u Can al de Suez.
I.e padfismc est dewnu lui -lm'nw un myth e guerrier. • ~os l·hars.
re mplis ci e p:wiflslt·s. l·: n t rNolll p<Jur vou , ol r ll\· rer. "1 si <)III'I<) III'S
en ragés résistent, !'ous se rons obligés d e tire r • (C hanson hongro;sc
de 1956 à l'occasion de l'in ter ven tiott russe).
Faut-il en concl ure, co mme le disa it (l éjà William J ames en li!\l7,
da ns • Ln volonté de cro ire . , que les hommes ne peuvent pas ne
pns croire . <J U'Ils ont besoin de donner· un sens t ra nsl'endant il leu r
a ction, qu'il leur faut une roi pour ent reprendre?
Pour llïl/iam James, cette roi. dircrternent issue de la volonté et
(JU cœur, et non pas de l' inl elligl!nce, n'est pas Je besoin de se bercer
d' illusions, ell e est force de c réation , luttc contre les élé men ts naturel s,
r ontre les erreurs, les ma tl X. les injustices. Elle es t la Vie elle-meme
luttant contre la Mort.
Problème difficile car la Cause à laq uelle on adhère avec foi peul
cond uire i1 beaucoup d'erreurs, de maux et d'injustices. L' H istoire
d e l'Human ité et d e ses l' royan ccs reli gieuses ou néo- religieuses en
t émoigne. Peut-être faut-il. com me Ja.~ioll Royce (• Philosophie du
loya lisme •, t ûOll), ar>rès a voir considéré t outes les catas trophes 4 ue
provoqu~ la foi aveugle en une Cause ou en u n :\lythe collectif. ne
c roire que dans la Foi e lle-ml'me (l o~·nlisme envers le loyalisme)
détachée de tou te a rn rmalion absolue.
:\1ais peul-on croire sa ns l' roi re en quelque chose1 J.a foi d épouillée
d e ses représenta tion s e t de ses mythes collectifs, de son besoin
d 'affiliatio n e t de son idéologie, sc réd uit alors à trois ,·aleurs psych o·
logiques : ln con fian ~l> en sn i et en l'avenir, la sin cl'r ité, l'ouYcrture
flU réel et :\ Autrui.
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