Tant qu`on a la sante

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Dictionnaire et santé
L’économie est l’harmonie des différentes parties d’un tout ; ou encore la
disposition harmonieuse des diverses parties d’un ensemble, soit matériel, soit
intellectuel : l’économie du corps humain.
C’est bien de notre santé qu’il s’agit…
Des siècles et des siècles de souffrance, quelques dizaines
d’années de guérisons, ont forcément marqué notre langue française,
et les dictionnaires se sont fait l’écho de cette lutte contre nos maux.
Depuis cent ans, le dictionnaire s’est beaucoup renouvelé. Dans le
domaine de la santé, comme dans les autres, de nombreux mots sont
arrivés, très savants, tous fiers de leur origine grecque ou latine ou,
plus rarement, anglo-saxonne. Plus précisément, les symptômes sont
grecs ou latins, les traitements sont parfois anglo-saxons, surtout s’ils
mettent en œuvre de coûteuses machines.
Mais le dictionnaire n’a pratiquement pas augmenté de volume
pour autant. Alors ?
Alors, la santé, comme l’agriculture et la marine, a sacrifié de
nombreux vocables pour en accueillir d’autres. Et avec bonne
volonté, puisque le rapport est d’environ un départ pour deux
arrivées en cent ans.
Exit donc le dégobillis, l’horrible description de la sanie, le dentier à
ressort, et la cynancie. Et bienvenue à tous nos maux en « dys » et à ce
qui les soigne, à la diathermie (nouveau nom de la darsonvalisation), la
paracentèse et l’hémodialyse qui nous guériront bien un jour.
On ne dira jamais assez que le rôle du dictionnaire n’est plus le
même aujourd’hui qu’hier : jadis manuel de « vie courante », en ce
sens qu’il contenait une foule d’indications utiles tous les jours
(premiers soins, tarifs d’affranchissement, etc.), il est devenu la
référence. Chaque définition a été pesée par un spécialiste, c’est
particulièrement vrai pour les termes scientifiques, donc médicaux
en particulier. Il n’est pas sûr que la compréhension en soit facilitée :
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Tant qu'on a la santé
il n’est plus question de vulgarisation. Une autre forme de « secret
médical » est donc présente dans le dictionnaire...
On avancera que, cent ans après, il est aisé de relever les
énormités émises par des scientifiques de bonne foi (le choléra n’est
pas contagieux, affirmait sérieusement certain dictionnaire en 1840 !).
C’est vrai ; mais cette science, la médecine, nous concerne tous, et
nous l’abordons rarement avec le sourire. Alors, pour une fois, rions
franchement. Rions, en fait, de cet état d’esprit « belle époque », et
soyons sûrs que nos petits-enfants trouveront à rire dans nos
encyclopédies, nos manuels, même s’ils sont interactifs, sur CDROM, ou consultables sur le dernier site de ce qui succédera à
Internet...
Par exemple, il est facile de sourire en découvrant pyrogénésique,
se dit du sens vital commun qui produit la chaleur et l’électricité organiques
vitales, et la combustion spontanée. C’est qu’en 1830, on s’essayait tout
juste au rapprochement entre physique et connaissance du corps
humain.
Tout de même, on s’étonnera que les « humeurs » et les saignées
aient encore été si présentes en 1918 ; c’est oublier que l’essor des
thérapies modernes date surtout du milieu du siècle dernier. La
« Belle Époque » était proche encore du « siècle des lumières », et
appelait souvent encore Hippocrate ou Gallien à la rescousse. En
1900, et même en 1920, la langue de Molière n’est pas loin : humeurs,
saignées, clystères émaillent encore le discours médical, du moins si
l’on en croit le dictionnaire, qui en fournit en tous cas les moyens.
L’emploi de « fort », archaïque, au lieu de « très », plus moderne,
accentue le côté désuet du discours (un médecin fort habile, etc.), tout
comme certaines tournures (un coup d’épée qui a intéressé le poumon).
On relèvera aussi nombre de tournures qui nous semblent bien
naïves, comme des remèdes propres à nettoyer la peau. « Propres à
nettoyer » : oui, bien sûr... Et des mots dont on se demande s’ils ont
jamais été employés : Avait-on plus besoin de décidence ou raphanie
au XIXe siècle qu’aujourd’hui ?
L’abondance de termes plus ou moins scatologiques donne de cette
époque une idée que nous rejetons d’un air gêné : les pets sont
devenus vents, puis gaz, perdant à chaque évolution un peu de leur
odeur vulgaire, cependant qu’il est aujourd’hui correct de n’en plus
parler. Mais il est vrai qu’à la Belle Époque il n’était pas de mauvais
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Dictionnaire et santé
goût (ou bien le mauvais goût était général) d’aller entendre au
Caf’Conc le pétomane Gigon siffler « par en-bas » les airs à la mode. Et
pendant ce temps... Sigmund Freud jetait les bases de la psychanalyse :
il nous disait de ne pas renier notre période « pipi-caca », et pourtant
nous allions nous empresser de gommer ces mots triviaux. Cent ans
plus tôt, l’existence (sinon l’usage) du terme aedopsophie, émission de
vents, donnait pourtant à la chose une certaine distinction. L’anéilème,
transport des gaz intestinaux vers la partie supérieure du canal digestif,
n’était pas mal non plus...
Scatologie, mais aussi réalisme : il suffit de recenser les termes
relatifs à la chirurgie, et spécialement à l’accouchement. Aucun détail
n’est épargné : en 1840, le dictionnaire n’était pas encore un livre
scolaire.
L’inventaire ici entrepris ne tend pas à l’exhaustivité en ce qui
concerne les mots disparus : si le substantif est cité, l’adjectif ou le
verbe ne le seront pas forcément. L’énumération des organes ou des
maux est incomplète : bien sûr, il manque des os, des muscles, et on
peut mourir de bien d’autres maladies, en guérir aussi d’ailleurs
(guérir : on disait saner, au début du XIXe siècle). C’est que les mots
correspondants n’ont pas, ou peu, changé de signification ; ils ne
sont donc pas repris dans cette énumération : il sera toujours temps
pour le patient confronté au « problème » de questionner son
médecin référent ; quant à l’impatient, il peut à tout moment
interroger son dictionnaire. À ce propos, un mot a disparu, bien
avant l’apparition du médecin référent : c’est la coenologie,
consultation de plusieurs médecins.
Dans le domaine du « pittoresque », on frémit ou on sourit, selon
l’humeur et le degré de connaissance que l’on a du sujet, en lisant la
définition de certains mots. Ainsi, distichiasis, maladie des paupières
dans laquelle il y a un rang de cils surnuméraires. Landais précise que
cette rangée est située en-dedans.
Certains lecteurs apprendront ici l’existence de parties du corps qu’ils
n’étaient pas conscients de posséder, de petits os par exemple, ou
d’instruments qui donnent froid dans le dos. Les spécialistes au
contraire, rectifieront d’eux-mêmes les définitions, qui sont celles des
dictionnaires ; le « politiquement correct » est passé par là, et un
dictionnaire « grand public » ou scolaire ne doit pas tout dire dans ces
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Tant qu'on a la santé
domaines : ou bien c’est trop technique, ou bien, encore une fois, cela
fait dresser les cheveux sur la tête...
Le sujet abordé appelle la prudence : chacun sait que les erreurs
dans le domaine médical sont parfois lourdes de conséquences ; ici,
le risque serait que le lecteur se trompe de registre, qu’il sourie, qu’il
rie même alors qu’il n’y a lieu que de s’étonner. Ou inversement.
Tout compte fait, ces pages sont à ranger dans un domaine qui a
fait récemment son apparition : la thérapie par le rire. Comme il
s’agit plutôt de médecine douce, parlons donc de thérapie par le
sourire.
Et comme il n’y a pas que le rire dans la vie (eh ! non...), il n’est
pas interdit d’y glaner quelques éléments de réflexion. Les plus
malins y trouveront même de quoi « briller en public », on sait bien
que les meilleures intentions sont souvent détournées.
Remarquons aussi que le sujet est sérieux et mérite qu’on l’étudie,
puisque plus de cinq pour cent (près de trois mille mots) du
vocabulaire présent aujourd’hui dans le dictionnaire a une
signification dans le domaine médical. Ce qui prouve bien que le
Français est préoccupé par sa santé. Ou qu’on lui offre les moyens de
s’en préoccuper. Et il resterait encore à énumérer les expressions du
langage courant...
Les pages qui suivent sont un inventaire commenté de termes qui
ont quitté le dictionnaire et sont identifiés comme relevant de la
santé et des moyens de la conserver.
Par « le dictionnaire », il faut entendre en fait « les dictionnaires » :
cette promenade s’est déroulée sur les deux derniers siècles.
Pour le siècle dernier, dans :
– le Petit Larousse illustré de 1906 (et quelques éditions de la
même maison, de 1901 à 2006),
– le Littré de 1918,
– le Robert de 1972,
– et quelques autres, moins systématiquement... Les définitions
plaisantes sont également réparties, un consensus se rencontre,
bref : parmi les dictionnaires, il n’y a pas de perdant !
Comme il existait des dictionnaires bien avant mil neuf cent, on
trouvera aussi en abondance des mots et des définitions extraits du
« Nouveau Vocabulaire français », de 1834 : un ouvrage sérieux,
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Dictionnaire et santé
adopté par l’Université de France, et revu, quant aux termes de médecine,
[...] par feu Bosquillon, médecin et professeur de langue grecque, et
M. Laugier, médecin consultant du Roi [...]. C’est dire si les sources sont
dignes de foi. La qualité des rédacteurs explique que ce dictionnaire
soit parfois plus précis que les ouvrages modernes.
Un autre dictionnaire s’est révélé précieux, car très disert dans le
domaine de la santé : c’est le de Larive et Fleury, publié en 1887, et
qui est destiné à l’usage des maîtres, des familles, et des gens du monde.
Et d’autres encore : le « Dictionnaire universel de Maurice
Lachâtre » (1885), le « Dictionnaire des Lettres, des Sciences et des
Arts », de N. Bouillet (1854), le « Dictionnaire universel de la langue
françoise » de Boiste (1812), et surtout le « Dictionnaire des
dictionnaires » (rien que cela !), de Napoléon Landais (1841), qui
défend ses positions avec fougue et un brin de polémique.
On a repris la définition exacte figurant dans le dictionnaire,
même si elle paraît aujourd’hui complètement extravagante, ou
gentiment naïve. On a par contre modernisé l’orthographe : plus
d’« alimens », rien que des aliments.
Sauf exception, on ne trouvera dans les mots cités aucun terme
« nouveau », c’est-à-dire apparu au cours du XXe siècle : le
dictionnaire, en sa dernière édition, est là pour cela.
À chaque chapitre se pose le problème du classement des termes.
Il est le fait d’un profane, d’un patient. Il est donc basé sur des
notions simples. Et quand ces notions ne suffisent plus, l’irréfutable
ordre alphabétique est appelé à la rescousse. C’est dire qu’on peut
contester ces classements...
De la même façon, l’objectif de respecter les domaines
anatomie/physiologie/pathologie n’a pas toujours été respecté : il a
paru parfois plus commode de traiter certains organes sous les trois
éclairages : une autre façon de respecter la « règle des trois unités »,
chère à Molière et aux Classiques : quand on parle de médecine, c’est
bien la moindre des choses que de rendre hommage à Molière...
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