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neurologie.com | vol. 2 n°6 | juin 2010 151
Les différents désordres endocriniens rencontrés dans cette
affection ne sont pas univoques mais deux restent constants :
- altération de la réponse adrénergique au stress, qu’il
soit physique, infectieux ou psychique. Cela expliquerait
la survenue de cette affection après un stress psychologi-
que. Ainsi, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine
et de la noradrénaline auraient une efficacité sur les phé-
nomènes douloureux de cette affection ;
- altération de la sécrétion de l’hormone de croissance dans
le sens d’une diminution expliquant ainsi les troubles du
sommeil ; des troubles cognitifs, des douleurs musculaires
et de la désadaptation à l’effort.
TRAITEMENT
La fibromyalgie n’est pas une affection simple dans sa
description, sa définition, son histoire et sa physiopatho-
logie. Il est donc illusoire de penser que son traitement
peut l’être. Il est nécessairement multidisciplinaire alliant
médecine pharmacologique, physique et psychique.
Les traitements non médicamenteux
Ils sont à aborder en priorité et revêtent une importance
fondamentale [14]. On commencera par faire admettre au
patient la réalité de l’affection comme une entité propre,
engageant ainsi une relation soignant-soigné débutant sur
des bases saines. Il faudra préciser aux patients les limites
des différentes possibilités thérapeutiques et se fixer des
objectifs gageant sur une amélioration de la qualité de vie.
On utilisera les stratégies d’adaptation ou « coping » (com-
ment faire face) [15]. Une prise en charge psychothérapeuti-
que sera nécessaire en collaboration avec le psychiatre afin
de réduire au maximum les réactions de catastrophisme. Une
activité physique régulière est indispensable afin de permet-
tre le reconditionnement à l’effort et de réduire ainsi la
fatigue physique et psychique. Des séances de kinésithérapie
auront un effet relaxant non négligeable. Une prise en charge
psychiatrique s’avère tout aussi indispensable afin d’atténuer
la dimension psychologique et affective de la douleur [19].
Le traitement pharmacologique
Il a bénéficié largement des progrès de la connaissance de
la physiopathologie de l’affection.
Les antalgiques simples ainsi que les AINS n’ont pas leur
place dans le traitement de la fibromyalgie. Les opiacés
n’ont pas non plus leur place sauf le tramadol [20].
Actuellement, on dispose d’antidépresseurs tricycliques et
sérotoninergiques d’une part [16], sérotoninergiques et adre-
nergiques, d’autre part, bénéficiant d’un niveau de preuve
élevé par leur action antalgique, mais ils n’ont pas d’AMM
dans l’indication de la fibromyalgie [17]. L’amitryptiline
(Laroxyl®) a pour indication « algies diverses ». La duloxetine
(Cymbalta®) et le milnacipran (Ixel®) ont pour indication, en
France, les « douleurs liées à la neuropathie diabétique ». Les
autres antidépresseurs n'ont pas d'action antalgique propre
dans la fibromyalgie [20]. On dispose aussi d’un anti-
épileptique la pregabaline (Lyrica®), qui en France n’a pas
non plus d’AAM spécifiquement pour la fibromyalgie. Ainsi,
dans l’hexagone, on se trouve quelque peu démuni pour le
traitement pharmacologique de cette affection, si on s’en
tient au strict respect des textes [7], alors qu’aux États-Unis,
les dernières molécules citées sont commercialisées
spécifiquement à cet effet, au vu d’études parfaitement
menées et méthodologiquement irréprochables [17].
D’autres pistes sont actuellement suivies : l’hormonothé-
rapie, le pramipexole et le tropisetron.
À la lumière des dernières connaissances scientifiques, il
apparaît licite d’utiliser un traitement médical bénéficiant
d’associations médicamenteuses avec des molécules ayant
des mécanismes d’action différents, par exemple Cymbalta®
et Lyrica®. Cependant, des études pharmacologiques
seraient souhaitables afin de vérifier ces hypothèses.
Il semble ainsi que la fibromyalgie primitive soit une réelle
entité caractérisée par des anomalies fonctionnelles authen-
tiques. Il est certain que cette affection constitue un défi à
la médecine fondée sur les faits. Cependant, la connaissance
et la reconnaissance de cette maladie sont primordiales eu
égard au problème de santé publique qu’elle entraîne :
absentéisme, invalidité, multiplication des examens coû-
teux, errance médicale des patients.
Conflit d’intérêts
Aucun.
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