ACTUALITÉS - Société Française d`Immunologie

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Janvier
2007
N° 115
ISSN 0998 - 2000
SFI
ACTUALITÉS
Société
Française
d'Immunologie
LA SFI A UNE NOUVELLE
ADRESSE * ET UN
NOUVEAU PRÉSIDENT…
S ommaire
Par Armand Bensussan, Président de la SFI
ÉDITORIAL
La SFI a une nouvelle adresse et
un nouveau Président…
p. 1
RAPPORT ANNUEL SFI
Rapport Moral 2006
p. 2
Rapport Annuel du Trésorier 2005
p. 4
SFI - Assemblée Générale du 7/09/2006 p. 5
IMMUNOLOGIE
Quand et pourquoi une réponse
immunitaire est-elle declenchée ?
p. 7
PRIX
Prix Jacques Oudin 2006
p. 8
BRÈVES
1/ Identification de cellules «lymphome
folliculaire-like» chez les individus en
bonne santé : une nouvelle vision
de la lymphomagenèse folliculaire
2/ Des lymphocytes T Foxp3+ CD25+
spécifiques d'un nouvel auto-antigène
glial se développent dans le thymus
dès le stade double positif
3/ Dok-2 et Dok-1, deux nouveaux
régulateurs négatifs du signal
d’activation du TCR
4/ Microcirculation cérébrale et
pathogenèse du méningocoque
5/ Différenciation des cellules NK :
identification de nouveaux signaux
délivrés par les cellules stromales
de la moelle osseuse
p. 10
p. 12
p. 14
p. 16
p. 18
COMPTES-RENDUS
Des point forts du 16ème Congrès
Européen d'Immunologie "ECI"
p. 21-31
SFI
La vie de la SFI en 2007
* Nouvelle adresse
Société Française
d'Immunologie
191, rue de Vaugirard
Bureau 107
75015 Paris
E ditorial
p. 32
tre le président de la Société Française
d’Immunologie est une lourde responsabilité et je vous remercie de la
confiance que vous m’avez accordée et qui me
permet d’avoir le privilège de vous représenter
durant les trois prochaines années. Il est
d’usage de remercier son prédécesseur et de le
féliciter pour le travail accompli. C’est au-delà
de cette formalité conventionnelle que je tiens
à féliciter Alain Bernard qui a su habilement,
toujours en harmonie avec l’ensemble du
conseil d’administration, faire évoluer et
adapter notre société savante aux nouvelles
donnes scientifiques et structurelles. En effet,
nous sommes confrontés à de nouveaux défis
qui nécessitent une évolution dans notre façon
d’agir, et de nous préserver vis-à-vis d’autres
disciplines. L’immunologie doit bien définir sa
spécificité et son champ de compétence. Par
ailleurs, avec l’aide de Jean-François Eliaou,
Nathalie Bonnefoy-Bérard et Brigitte Autran,
Alain Bernard a mis en place le processus qui a
conduit à la labellisation pour la formation
médicale continue de la SFI à travers ses cours
et son congrès annuel.
Ê
Au cours de mon mandat de président, je
compte proposer au conseil d’administration de
renforcer notre action en faveur des jeunes
immunologistes, notamment en créant un “club
avenir” dont il faudra définir les modalités de
fonctionnement et de financement. Je souhaiterais que des sociétés de biotechnologies soient
plus actives au sein de la SFI car elles
contiennent en leur sein un potentiel humain et
scientifique bénéfique pour l’ensemble des
immunologistes. Nous pourrions mandater un
“responsable biotechnologies” chargé de
mettre en place une cellule de réflexion pour
définir des modalités d’interaction. Nous
devons travailler pour que les chercheurs des
EPST et ceux des hôpitaux communiquent
mieux entre eux et puissent mettre en commun
leurs expertises afin d’être plus efficaces dans la
compétitivité internationale. À cet effet, il
faudrait que les cours et les congrès annuels
organisés par la SFI prennent davantage en
compte les travaux issus de la recherche
clinique, réalisés par nos collègues hospitaliers.
Il serait souhaitable que la SFI s’associe à des
projets scientifiques biens ciblés avec d’autres
sociétés savantes, et notamment avec la Société
Française d'Allergologie et d'Immunologie
Clinique. Ce rapprochement ne peut que nous
renforcer et nous offrir des perspectives
nouvelles de collaborations.
Nous organisons dans les trois pays du
Maghreb francophone, avec Fathia MamiChouaib et Jean-Luc Guesdon, membres du
conseil d’administration, et avec l’aide
financière de l’Institut Pasteur, des cours
méditerranéens supérieurs d'Immunologie
depuis deux ans. Je voudrais renforcer cette
coopération avec les sociétés d’immunologie
de ces pays du sud de la Méditerranée. Il va
s’agir de définir en partenariat avec eux les
modalités de cette interaction. Enfin, la SFI doit
aussi s’ouvrir aux nouveaux pays européens. Je
compte donc proposer au conseil d’administration un partenariat avec la Société Bulgare
d’Immunologie, qui fait elle-même partie d’un
ensemble regroupant plusieurs pays des
Balkans, dont la Turquie.
Nous devons réfléchir à notre survie en terme
financier, car pour la première fois nous devons
payer des charges locatives importantes suite à
notre déménagement récent. L’Institut Pasteur
qui nous hébergeait jusqu’à présent gratuitement a décidé de récupérer ses locaux et de
nous loger à proximité de son enceinte, en
partageant les frais de location. Malgré ce
geste amical important, la partie financière qui
reste à notre charge est significative. Comment
doit-on procéder pour subsister financièrement
sans faire appel au mécénat ? Je ne pense pas
que la SFI soit habilitée à demander un contrat
à l’ANR pour lui permettre d’exister en tant que
société savante.
Nous aurons l’occasion de discuter ensemble
pour savoir comment il convient de nous situer
afin de continuer et surtout d’enrichir notre
action.
Je profite de ce premier éditorial de début
d’année pour vous présenter, chers collègues,
mes meilleurs vœux de bonheur et de succès
scientifiques.
R apport annuel
’Assemblée Générale s’est
tenue à Paris, le jeudi 7
septembre entre 19h et
20h15, juste après la remise du Prix
Jacques Oudin. Compte tenu de
sa tenue dans le cadre du Congrès
Européen, la plage horaire n’a pas
permis de rassembler tous les
adhérents présents et participant au
Congrès.
L
RAPPORT MORAL
2006
Fait conjointement par
le Président de la SFI
Alain Bernard
et le Secrétaire Général
Joël Pestel
Néanmoins, en considérant
les procurations adressées à la SFI
et collectées par S. GOUËLLAIN
(notre dévouée secrétaire), le quorum
a été atteint et l’AG a pu se dérouler
dans un climat convivial.
L’ouverture de l’Assemblée
Générale a été faite par le Président
Alain BERNARD qui a regretté la faible
participation des adhérents à un moment si
important de la vie de la Société, mais a
souhaité organiser une présentation plus
ouverte des diverses activités de la SFI en
instaurant après chaque exposé détaillé une
discussion avec les membres actifs de
l’assemblée.
Il a tout d ‘abord donné la parole au
Secrétaire Général Joël PESTEL. Au nom de
l’ensemble du Conseil d’Administration, le
Secrétaire Général a adressé ses remerciements les plus chaleureux au Président et au
Trésorier sortants pour le travail déterminant
accompli au nom de la SFI durant les trois
années écoulées. La stabilité relative du
nombre d’adhérents ainsi que les diverses
actions menées pour la défense de
l’immunologie ont été menées avec vigueur
et en maintenant le seuil des dépenses à un
niveau très raisonnable. Ainsi, la SFI conserve
toujours les moyens de ses ambitions.
SFI ACTUALITÉS 2
En quelques diapositives le Secrétaire
Général a ensuite précisé l’évolution de la SFI
au cours de l’année.
• Il a donné les résultats des élections et
indiqué que les deux nouveaux membres
élus étaient Gilbert FAURE et Paul
GUGLIEMI en remplacement de Alain
BERNARD et Antoine TOUBERT, membres
sortants non rééligibles.
• Il a indiqué que la SFI se composait d’adhérents venant de divers horizons (Scientifiques, médecins, pharmaciens, vétérinaires
présents dans diverses structures de
recherche et d’enseignement, universités,
organismes de recherche (CNRS, INSERM,
INRA, IRD), Instituts et Grandes Ecoles), mais
qu’il fallait penser à favoriser l’adhésion
stable des jeunes immunologistes.
• Il a mentionné qu’en plus du bulletin de
liaison dont la publication serait progressivement réduite à deux numéros par
année, la Société Française d’Immunologie
a un site web www.sfi-immunologie.com.fr
qui devait être plus développé et devenir
un lieu de convivialité plus fréquenté par
ses membres. Hans YSSEL qui, en tant que
chargé de mission veille au bon fonctionnement du site web avec une
application exemplaire, a d’ailleurs apporté
des informations complémentaires sur les
améliorations envisagées pour rendre le
site plus interactif. De plus une lettre “SFI
newsletter” donne une information
régulière sur les événements ayant trait à
l’immunologie.
• Il a dressé la liste des actions menées par la
SFI en insistant sur le bon fonctionnement
des clubs (voir annexe) sur le rôle déterminant des activités de formation, dont les
cours d’Immunologie (voir annexe), et sur le
développement de thèmes spécifiques
visant à sensibiliser le public à l’Immunologie (ex : Day of Immunology).
• Il a également annoncé le programme des
actions prévues en 2007.
• Et en dernier lieu, a été donnée la liste des
nouveaux adhérents (84) et de leurs
parrains.
En tant que Trésorier, Antoine TOUBERT a
ensuite présenté de manière claire et concise
le rapport financier en détaillant chaque item
(voir page suivante). Toutes les actions
réalisées par la SFI l’ont été en veillant à
maintenir le meilleur équilibre financier
possible. De ce fait, même en n’ayant pas le
bilan financier du Congrès actuel, il apparaît
tout à fait réaliste de penser que la SFI
terminera l’année avec des comptes
acceptables. Cependant, pour maintenir une
bonne capacité de fonctionnement et pour
tenir compte du changement de local pour le
secrétariat, un effort devra être fait pour
rechercher de nouveaux partenariats. De
plus, un effort sera fait pour mieux rationaliser
les remboursements de frais et assurer une
collecte rapide et satisfaisante des cotisations
des adhérents.
Le Président Alain BERNARD
a
ensuite repris la parole pour apporter des
précisions sur certaines actions-clé de la SFI
visant à une meilleure reconnaissance de
l’Immunologie en France et à l’étranger. En
effet, il a indiqué que dans le contexte actuel,
la SFI se devait d’être dynamique et visible
dans tous les domaines où sa compétence
était nécessaire et devait promouvoir toutes
actions indispensables à la reconnaissance
justifiée de l’immunologie. Comme prévu en
2005, les “chantiers” ouverts sous la
responsabilité de membres du CA ont été
poursuivis en 2006.
La désignation d’Armand BENSUSSAN
comme nouveau Président de la SFI a été
approuvée à l’unanimité de l’Assemblée.
Parmi les actions prioritaires se situent les
Cours d’Immunologie comme ont pu le
confirmer Michel FOUGEREAU et Paul
GUGLIEMI pour le Cours d’Immunologie
National et Fathia MAMI-CHOUAIB pour le
Cours Supérieur Méditerranéen d’Immunologie.
En 2005, le Cours National effectué à Carryle-Rouet fut un réel succès tant au plan
scientifique que participation. Celui de 2006
s’annonce également sous de bons auspices.
Une information régulière en direction des
personnels concernés devra être mise en
place.
Pour le Cours Méditerranéen, celui de 2005
organisé à Hammamet en Tunisie, a été fort
apprécié des participants. Le cours de 2006
aura lieu en Algérie et bénéficiera de l’aide
de la Société Algérienne d’Immunologie et
du concours financier du Réseau des Instituts
Pasteur demandé par Jean-Luc GUESDON.
Un effort particulier a été fait cette
année pour développer la formation
continue et les activités normatives et évaluatives comme l’ont
souligné Jean-François ELIAOU et Nathalie
BONNEFOY - BERARD. Sa participation
active au sein de la FSM (Fédérations des
Spécialités Médicales) en est la parfaite
traduction et Jean-François ELIAOU y est
notre représentant et notre chargé de
mission. Au travers de la FSM, la SFI s’efforce
de faire reconnaître toutes les facettes de
l’immunologie afin de répondre à trois
objectifs : la FMC (formation médicale
continue), la représentativité des sociétés
savantes au niveau des institutions
européennes et l’évaluation des pratiques
professionnelles.
Dans cette optique, la FSM participe à la
mise en place d’un audit des sociétés
savantes et certaines sessions du Congrès
2006 sont l’objet d’une évaluation par un
comité spécifique. Les remarques provenant
de cette première analyse permettront de
mettre en place des sessions plus adaptées
au cours des clubs et des futurs congrès pour
répondre aux attentes de formation du milieu
médical. En ce qui concerne l’Évaluation des
Pratiques Professionnelles, la SFI s’efforce de
faire des propositions réalistes à l’ANAES
ainsi qu’à la Haute Assemblée pour la Santé
(HAS) en charge de cette question.
devrait être réellement une réussite sur le
plan scientifique et sur le plan participatif et à
Sylvia COHEN-KAMINSKY qui a précisé que
l’atelier technologique portant sur l’imagerie
et la synapse immunologique avait connu un
réel succès.
Pour terminer, Nathalie BONNEFOYBERARD a donné les grandes lignes du
Congrès national qui se tiendra à Lyon en
novembre 2007
Après approbation des rapports moraux et
financiers à l’unanimité des membres
présents, l’ensemble du CA a tenu à
remercier vivement Solange GOUËLLAIN,
notre secrétaire qui œuvre quotidiennement
à la bonne marche de la SFI et qui assure jour
après jour un lien permanent et indispensable avec tous les membres de la SFI. Pour
faciliter sa tâche, son équipement informatique sera modernisé et il est demandé à
tous les adhérents de consulter au maximum
le site web où se trouveront de plus en plus
les informations actualisées.
Enfin, une attention particulière a été portée
à l’avenir de Immunologie dans
le cadre du milieu hospitalier .
L’immunologie est de moins en moins bien
identifiée dans les actes réalisés à l’Hôpital. A
l’initiative d’Alain BERNARD, Président de la
SFI, et avec l’aide efficace de Ghislaine
STERKERS, une enquête a été adressée au
secteur hospitalier. Le retour des questionnaires a été satisfaisant, compte tenu du délai
de réponse, et le bilan des informations
fournies doit permettre de faire de nouvelles
propositions pour assurer le bon développement de l’Immunologie en milieu
hospitalier.
Ensuite, la parole a été donnée à Catherine
SAUTÈS-FRIDMAN qui a donné les dernières
informations sur le Congrès Européen qui
SFI ACTUALITÉS 3
R apport annuel suite
Comptes annuels de la S.F.I. - année 2005
Rapport annuel
du trésorier 2005
Congrès annuel ECI 2006
Produits
332 477 € (2005)
227 889 € (2004)
Charges
343 878 € (2005)
287 445 € (2004)
Insuffisances
- 11 401 € (2005)
- 59 556 € (2004)
2004
2005
Clubs SFI
Produits
Charges
Excédent
15 480
7 374
8105
43 475
37 358
6 099
Cours
annuel SFI
Produits
Charges
Excédent
2 250
43 958
37 673
6 285
Congrès
annuel SFI
2 250
Produits
Charges
Excédent
Insuffisance
Bioforma
Produits
Charges
Excédent
Fonctionnement
Résultat
d’exploitation
113 949
97 955
13 736
127 140
133 213
- 6 073
11 121
10 183
937
22 604
16 675
5 929
Produits
Charges
Insuffisance
58 553
169 672
- 84 585
95 317
118 958
- 23 642
Produits
Charges
Insuffisance
201 354
247 237
- 59 557
332 476
343 878
- 11 402
Cotisations SFI
2001
820
Cotisants
Membres
Juniors/Séniors
En 2007
2002
700
2003
712
2004
746
2005
714
2006
727
350 (50 €)
450 (68 €)
50 (<31 mars)
75 (>31 mars)
60
90
60
90
62
92
65
95
150
20
20
20
20
23
cotisations à 67/97 € (membres) - et 25 € (Juniors/Séniors)
Budget prévisionnel 2006 - Au 31/07/2006
•
•
•
•
•
SFI ACTUALITÉS 4
Clubs SFI :
Cours annuel :
Congrès annuel :
Bioforma :
Administration :
+ 7 102
+ 4 267
+ 3 433
- 25 543
(2005 : + 6 099)
(2005 : + 6 285)
(2005 : - 5 390)
(2005 : + 5 929)
(2005 : - 23 642)
Assemblée générale
Nouveaux Membres
SFI
Assemblée Générale
du 7 septembre 2006
Palais des Congrès - Paris
AKARID Khadija
AMIR-MOAZAMI Omid
ASPORD Caroline
AZOCAR Olga
BASSET Christelle
BAYRY Jagadeesh
BLANCHIN Stéphanie
BOIZIAU Claudine
CHARBONNIER Louis-Marie
CHAUVEAU Anne
CHENTOUF Myriam
CLAVE Emmanuel
CORMARY Carine
COURY-LUCAS Fabienne
CREIDY Rita
DALLOUL Ali
DALOD Marc
DE CARVALHO
BITTENCOURT Marcelo
DE CASTRO KELLER Alexandre
DIJON Marilyne
DOUAISI Marc
DRISS Virginie
DUHEN Thomas
DUMAZ Nicolas
DUNON Dominique
EL HAGE Faten
ESPELI Marion
FAURE Mathias
FERRANDIZ Maria Encarnita
FOS Camille
FRANCHINI Don Marc
GHANNAM Arije
GOEB Vincent
HAHNE Michael
HERAUD Jean-Michel
HERSCHKE Florence
HO TSONG FANG Raphaël
JAMIN Agnès
LAFFONT Sophie
LARBI Anis
LAURIN David
LE FLOC'H Audrey
LEGRAND Fanny
LIND Marianne
M'HOMA SOUDJA Saïdi
MAES Jérôme
MALBEC Odile
MALIVERT Laurent
MARANON LIZANA Concepcion
MARIN-ESTEBAN Viviana
MARQUETTE Amélie
MASCARELL Laurent
MEIFFREN Grégory
MENAGER Mikaël
MIKITA Johanna
Université Cadi-Ayyad, Marrakech-Maroc
INSERM U699, Xavier Bichat, Paris
EFS, La Tronche
INSERM U503, Lyon
INSERM EO35-1UPJV,Amiens
Edward Jenner Instite Vaccine Res. Compton UK
lab.Immuno CHRU Clémenceau , Caen
EA 2966,Université Bordeaux 2
INSERM U 475, Montpelier
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
CNRS UMR 5160, Fac Pharmacie, Montpellier
INSERM U662, Hôp. St-Louis, Paris
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
INSERM U503, Lyon
NICN UMR 6184 CNRS, Marseille
INSERM U 131, Clamart
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
Marie-Anne Pocidalo, Jérôme Estaquier
Ulrich Blank, Renato Monteiro
Joël Plumas, Laurence Chaperot
Chantal Rabourdin-Combe, Nathalie Bonnefoy-Bérard
Vincent Fuentes, Emmanuel Treiner
Jean-Jacques Ballet, Jean Ruf
Klaus Petry, Djavad Mossalayi
Hans Yssel, Louis-Plence Pascale
Claudine Schiff, Stéphane Mancini
Sylvie Péraldi-Roux, Marie-Paule Lefranc
Antoine Toubert, Catherine Gelin
Patrick Machy, Annick Guimezanes
Christine Servet-Delprat, Chantal Rabourdin-Combe
José Boucraut, Dominique Bernard
Jacques Couderc, Hélène Gary
Pierre Golstein, Anne-Marie Schmtt Verhulst
Lab. Virologie-Immunologie CHU Fort de France
CNRS UMR 8147 Hôpital Necker, Paris
INSERM UMR599 Inst. Paoli Calmette, Marseille
Lab Immunologie UCLA, Los Angeles - USA
Institut Pasteur de Lille,
INSERM U503, Lyon
INSERM U 659 Faculté de Médecine, Créteil
INSERM U255, Univ. Paris 6
INSERM U 753, IGR, Villejuif
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
INSERM U 503, Lyon
Institut Pasteur, Paris
UMR 599, Marseille
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
UMR 5537CNRS-UCBL Fac RTH Laënnec,Lyon
CHU Rouen
IGMM,CNRS UMR 5535, Montpellier
AMRVS/NCI/NIH, Bethesda, USA
UMR 5537 Fac Médecine RTH Laënnec,Lyon
Lab.Ch. H Uittenbogaart UCLA, Los Angeles
AFSSA-LERAP, Ploufragan
INSERM U563, Hôp Purpan, Toulouse
Ctre Medical Research ZMF, Tuebingen
EFS, La Tronche
INSERM U 753, IGR, Villejuif
Institut Pasteur de Lille
INSERM U653 Institut Curie, Paris
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
INSERM U662, Hôp. St-Louis, Paris
Institut Pasteur, Paris
INSERM U 768 Hôp Necker, Paris
Institut Cochin, Paris
INSERM U662, Hôp. St-Louis, Paris
INSERM U 659 Faculté de Médecine, Créteil
Stallergenes, antony
INSERM U 503, IFR 128, Lyon
INSERM U 768 Hôp Necker, Paris
EA 2966,Université Bordeaux 2
Pierre Tiberghien, Philippe Saas
Maria C.Leite de Moraes, Michel Dy
Jacques Nunès, Cécile Tonnelle
Grégory Verdeil, Annick Guimezanes
Gaëtane Woerly, Thierry Mallevaey
Chantal Rabourdin-Combe, Nathalie Bonnefoy-Bérard
Armand Bensussan, Christian Schmitt
Catherine Fridman, Brigitte autran
Fathia Mami-Chouaib, Salem Chouaib
Claudine Schiff, Stéphane Mancini
Jean Kanellopoulos, Dominique Rueff-Juy
Adrien Six, Dominique Rueff-Juy
Jacques Nunes, Jean Imbert
Nathalie Auphan-Anezin, Annick Guimezanes
Denis Gerlier, Hélène Valentin
François Tron, Olivier Boyer
Nelly Noraz, Joël Pestel
Joël Pestel, Adrien Six
Denis Gerlier, Hélène Valentin
Claude Leclerc, Geneviève Milon
Gaëlle Kuntz-Simon, Marie-Caroline Dieu-Nosjean
Jean Charles Guéry, Aurélie Wiedemann
Joël Pestel, Hans Yssel
Joël Plumas, Laurence Chaperot
Fathia Mami-Chouaib, Salem Chouaib
Gaëtane Woerly, Thierry Mallevaey
Claire Hivroz, Francesc Miro
Anne-Marie Schmitt-Verhulst, Nathalie Auphan-Anezin
Nuala Mooney,Antoine Toubert
Pierre Bruhns, Philippe Benaroch
Alain Fischer, Jean Pierre de Villartay
Armelle Prévost-Blondel, Anne Hosmalin
Nuala Mooney,Antoine Toubert
Armand Bensussan, Christian Schmitt
Xavier Preville, Claude Leclerc
Chantal Rabourdin-Combe, Christne Servet-Delprat
Alain Fischer, Geneviève de Saint Basile
Klaus Petry, Djavad Mossalayi
Michel Kazatchkine, Sébastien Lacroix-Desmazes
■ ■ ■ suite page 6
SFI ACTUALITÉS 5
Assemblée générale suite
MONTPELLIER Bertrand
MOREAU Pierre
MOUTEL Sandrine
MUGNIER Bénédicte
NADEL Bertrand
NANCEY Stéphane
NASCIMBENI Michelina
NOSBAUM Audrey
PAYET-BORNET Dominique
PLANELLES Lourdes
PREVILLE Xavier
RATAJCZAK Céline
REBUFFAT Sandra
RIGAUD Stéphanie
RIVERA-MUNOZ Paola
ROBBINS Scott Hamilton
ROSE Thierry
ROULLAND Sandrine
SALCEDO Margarita
SAMSON Michel
SAUTIERE Pierre-Eric
SCHAERLINGER Bérénice
SIBERIL Sophie
SIX Emmanuelle
SOULAS-SPRAUEL Pauline
STEINCKWICH Natacha
STEWART Charles
TELLIER Julie
TOMKOWIAK Martine
TROADEC Samuel
VANDIEDONCK Claire
VOCANSON Marc
WEHBE Maria
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
Institut Paoli-Calmettes UMR599, Marseille
Institut Curie, lab Transfert, paris
CIML INSERM-CNRS, Luminy, Marseille
CIML, INSERM-CNRS,Luminy, Marseille
INSERM U404 CERVI, IFR128, Lyon
Institut Cochin, Paris
CH Lyon Sud, Pierre- Bénite
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
IGMM,CNRS UMR 5535, Montpellier
BT Pharma, Labège Innopole
INSERM U 774 Institut Pasteur, Lille
CNRS UMR 5160, Fac Pharmacie, Montpellier
INSERM U 768 Hôp Necker, Paris
INSERM U 768 Hôp Necker, Paris
CIMLParc Scientifique Luminy, Marseille
Institut Pasteur, Paris
CIML Parc Scientifique Luminy, Marseille
IDM-Luti, Ctre Rech. Cordeliers, Paris
INSERM U620, Fac Méd-Pharm Univ Rennes1
UST de Lille
Univ. H. Poincaré Nancy1, Vandoeuvre Lès Nancy
INSERM U681, CRB des Cordeliers, Paris
INSERM U768 Hôp. Necker, Paris
INSERM U 768 Hôp Necker, Paris
Fac Sciences EA 3442, UHP Nancy 1
CIML, Campus de Luminy, Marseille
INSERM U563, Hôp Purpan, Toulouse
INSERM U503, Lyon
Grégory Verdeil, Nathalie Auphan-Anezin
Jacques Nunes, Cécile Tonnelle
Philippe Benaroch, Marc Daeron
Claude Boyer, Nathalie Auphan-Anezin
Pierre Golstein, Claudine Schiff
Dominique Kaiserlian, Bertrand Dubois
Anne Hosmalin, Armelle Blondel
Jean-François Nicolas, Frédéric Bérard
Annick Guimezanes, Nathalie Auphan-Anezin
Nelly Noraz, Paul Guglielmi
Claude Leclerc, Jean-François Nicolas
Joël Pestel, Philippe Gosset
Sylvie Péraldi-Roux, Marie-Paule Lefranc
Alain Fischer, Geneviève de Saint Basile
Alain Fischer, Jean Pierre de Villartay
Eric Vivier, Pierre Golstein
Claude Leclerc, Jacques Theze
Claudine Schiff, Nathale Auphan-Anezin
Nadège Bercovici, Alessandra Nardin
Michel Dy, Hugues Gascan
Ali Ouaissi, Joël Pestel
Marie-Paule Lefranc, Gilbert Faure
Jean-Luc Teillaud, Sébastien Lacroix-Desmazes
Alain Fischer, Isabelle André-Schmutz
Alain Fischer, Jean Pierre de Villartay
Olivier Nüsse, Marie-Christine Béné
Eric Vivier, Nathalie Auphan-Anezin
Jean-Charles Guéry, Cécile Demeur
Yann Leverrier, Christophe Arpin
CNRS UMR 5160, Fac Pharmacie, Montpellier
The Wellcome Trust Centre for HG, Oxford- UK
INSERM U503, Lyon
CIML Marseille Luminy
Sylvie Péraldi-Roux, Marie-Paule Lefranc
Henri-Jean Garchon, Saoussen Karray
Jean-François Nicolas, Anca Hennino
Claude Boyer, Annick Guimézanes
Démissions
CHATELAIS-MARGARITE Christel
CARBONNEIL Cédric
FOURNIER Catherine
VERSCHELLE Claire
n°
1379
3046
456
3182
Retraités
NAUCIEL Charles
VIAC Jacqueline
141
530
Décès
ROSSI Bernard
TOURVIELLE-PHILIBERT Béatrice
SFI ACTUALITÉS 6
1274
2060
Les membres du Conseil
d’Administration
Armand Bensussan - Président
INSERM U841, Faculté de Médecine de Créteil
[email protected]
Joël Pestel - Secrétaire Général
UMR CNRS 8017, IFR 118, SN3 Université des
Sciences et Technologies de Lille
[email protected]
Gilbert Faure - Secrétaire Général Adjoint
CHU & Faculté de Médecine - UHP Université
Henri Poincaré, Nancy
[email protected]
Brigitte Autran - Trésorier
Université Paris VI Pierre et Marie Curie
[email protected]
Conseillers
Nathalie Bonnefoy-Bérard
INSERM U 503, Lyon
[email protected]
Sophie Caillat-Zucman
Equipe Avenir, INSERM U561, Paris
[email protected]
Michel Cogné
Faculté de Médecine, UMR CNRS 6101, Limoges
[email protected]
Sylvia Cohen Kaminsky
CNRS UMR 8162, Université de Paris-Sud
[email protected]
Michel Fougereau
Université de Marseille
[email protected] ou
[email protected]
Paul Guglielmi
[email protected]
Noëlle Genetet
Faculté de Pharmacie de Rennes
[email protected]
Jean-Luc Guesdon
Institut Pasteur Paris
[email protected]
Fathia Mami-Chouaib
INSERM U753, IGR Villejuif
[email protected]
Ali Ouaissi
INSERM, Centre IRD UR008 de Montpellier
[email protected]
Nathalie Thieblemont
CNRS-UMR 8147, Hôpital Necker, Paris
[email protected]
I mmunologie
reconnaître que le critère de discrimination entre
l’immunogène et le non-immunogène n’est pas
celui du soi et du non-soi.
QUAND ET
POURQUOI
UNE RÉPONSE
IMMUNITAIRE ESTELLE DÉCLENCHÉE ?
Thomas Pradeu1,
Edgardo D. Carosella2
1Institut
d'Histoire et de Philosophie des
Sciences et des Techniques, Université de
la Sorbonne, Paris
2Service de Recherches en HématoImmunologie, Commissariat à l'Energie
Atomique, Paris
[email protected]
Tout d’abord, donc, le critère du soi et du nonsoi doit, depuis une vingtaine d’années, faire face
à un nombre toujours croissant d’exceptions. Le
premier ensemble d’exceptions concerne
l’autoréactivité. Marqués par le dogme de
l’horror autotoxicus proposé par Paul Ehrlich au
tout début du XXe siècle (2), les immunologistes
n’ont jusqu’à récemment vu dans l’autoréactivité
qu’un dérèglement pathologique. Néanmoins, il
est apparu de plus en plus clairement depuis une
quinzaine d’années que des mécanismes
d’autoréactivité sont indispensables au bon
fonctionnement immunitaire (3, 4). Autrement dit,
seul un organisme dont les constituants
immunitaires réagissent au soi peut être en
bonne santé. Cette autoréactivité ne consiste pas
seulement en des interactions entre les cellules
immunitaires et les épitopes endogènes : elle est
souvent effectrice, c'est-à-dire qu’il y a
véritablement déclenchement de mécanismes
effecteurs d’activation ou d’inhibition. C’est le
cas par exemple avec la phagocytose des
cellules mortes (5) et avec le fonctionnement des
cellules T régulatrices (6). Le deuxième ensemble
d’exceptions concerne la tolérance immunitaire.
Bien que l’idée même de tolérance immunitaire
soit ancienne, puisqu’elle fondait le projet
théorique de Burnet lui-même lorsqu’il proposa
le critère du soi et du non-soi, l’immunologie
contemporaine a montré la diversité et
l’importance de ces phénomènes de tolérance
immunitaire, dont nous étudions quatre
exemples majeurs : relations entre hôte et
bactéries commensales, ces dernières étant dans
de nombreux cas indispensables à la survie de
RÉFÉRENCES
L
’objectif théorique principal de
l’immunologie est de fournir un critère
d’immunogénicité, c'est-à-dire de
déterminer à quelles conditions une réponse
immunitaire est déclenchée. Depuis que le
virologiste australien Frank M. Burnet l’a proposé
dans les années 1940, le critère du "soi" et du
"non-soi" domine l’immunologie. Selon ce
critère, l’organisme déclenche une réponse
immunitaire de rejet contre toute entité qui lui
est étrangère (non-soi), alors qu’il tolère toute
entité qui lui est propre (soi). Dans un article
récent (1), nous soutenons trois thèses : i) le
critère du soi et du non-soi doit aujourd'hui faire
face à trop d’exceptions pour être maintenu
comme tel ; ii) un autre critère, dit «critère de
continuité», permet de rendre compte d’une
manière plus adéquate des données
immunologiques actuelles ; iii) il est tout à fait
légitime de dire que l’immunologie a pour objet
le soi biologique si par là on entend qu’elle
réfléchit sur ce qui constitue la cohésion de
l’organisme (i.e. ce que l’organisme intègre
versus ce qu’il rejette), mais à condition de
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l’organisme, mais aussi au développement chez
lui d’un système immunitaire efficace ; tolérance
de parasites ; tolérance foeto-maternelle,
notamment à travers l’expression de la molécule
HLA-G et l’implication des cellules T régulatrices ;
chimérisme. Tous ces exemples montrent que
chaque organisme multicellulaire contient en son
sein de très nombreuses entités étrangères (nonsoi), contre lesquelles il ne déclenche pas de
réponse immunitaire.
A partir de ces difficultés rencontrées par le
critère du soi et du non-soi, nous proposons un
autre critère d’immunogénicité, dit "critère de
continuité", qui, comme le critère du soi et du
non-soi, se fonde sur l’idée que le système
immunitaire discrimine entre des différences
antigéniques (différences de motifs moléculaires), mais qui, contrairement au critère du soi
et du non-soi, refuse l’idée selon laquelle le
critère de cette différenciation serait le caractère
exogène ou endogène de l’antigène. Selon le
critère de continuité, toute réponse immunitaire
effectrice est due à une discontinuité antigénique
forte, c'est-à-dire à l’apparition d’épitopes
différents (qu’ils soient endogènes ou exogènes)
de ceux avec lesquels les récepteurs immunitaires réagissent continûment. Les récepteurs
immunitaires impliqués sont ceux portés par les
macrophages, les lymphocytes, etc. Le critère de
continuité pose donc que c’est un changement
antigénique fort qui induit la réponse
immunitaire, et non l’apparition dans l’organisme
d’antigènes exogènes. Le critère de continuité
fournit donc une explication au déclenchement
des réponses immunitaires, mais permet aussi de
comprendre les conditions dans lesquelles une
nouvelle continuité est induite, conduisant à la
tolérance d’un nouvel antigène (induction de
tolérance par induction de continuité). Plusieurs
données montrent qu’il est avantageux
d’adopter le critère de continuité : la régulation
de l’immunité (phagocytose des cellules mortes,
etc.) ; les réactions immunitaires aux cellules
cancéreuses (qui sont clairement des cellules du
soi, mais qui diffèrent antigéniquement des
cellules normales de l’organisme) ; le caractère
intrinsèquement immunogène de certaines
mutations (7) ; la tolérance des bactéries
commensales et de nombreux parasites ; la
tolérance foeto-maternelle et le chimérisme.
Enfin, nous pensons que l’immunologie, qui a été
définie depuis les années 1960 comme "la
science du soi et du non-soi" (8), peut toujours
considérer que son objet est le soi, à condition
de comprendre par là que l’immunologie étudie
ce qui fait la cohésion d’un organisme
pluricellulaire, c'est-à-dire les raisons pour
lesquelles des entités - qu’elles soient
endogènes ou exogènes - sont tolérées par le
système immunitaire d’un organisme, et donc
sont à proprement parler des constituants de cet
organisme. L’immunologie a donc pour objet les
conditions de la cohésion d’un organisme, ce qui
n’implique pas qu’elle ait pour critère
d’immunogénicité l’opposition entre l’endogène
(soi) et l’exogène (non-soi).
■ ■ ■
SFI ACTUALITÉS 7
P rix JACQUES OUDIN
LE PRIX
JACQUES OUDIN
2006
DE RECHERCHE EN
IMMUNOLOGIE
CLINIQUE
Frédéric Rieux-Laucat, lauréat du Prix
Jacques Oudin 2006, pour son travail sur
Identification des bases génétiques du
syndrome lymphoprolifératif avec autoimmunité chez l’homme, est Directeur de
recherche au sein de l’unité INSERM 768 à
l'Hôpital Necker à Paris.
Le Prix Jacques Oudin de Recherche en
Immunologie Clinique, attribué par le
Laboratoire français du Fractionnement et
des Biotechnologies et la Société Française
d’Immunologie, récompensera un travail de
recherche ayant des applications cliniques
dans les domaines de l'auto-immunité ou
des déficits immunitaires. Le montant du
prix est : 10 000 €.
La remise du prix a eu lieu lors du 16 e
Congrès Européen d’Immunologie à Paris.
L
IDENTIFICATION
DES BASES
GÉNÉTIQUES DU
SYNDROME
LYMPHOPROLIFÉRA
TIF AVEC AUTOIMMUNITÉ CHEZ
L'HOMME
Frédéric Rieux-Laucat
INSERM U768, Hôpital Necker
Paris
[email protected]
e syndrome lymphoprolifératif avec
auto-immunité (ALPS), aussi connu
sous le nom de syndrome de
Canale-Smith ("Online Mendelian Inheritance in man" N° 601859), est une maladie
génétique rare qui est la conséquence d'un
défaut de mort cellulaire induite après
activation (AICD, pour Activation-Induced
Cell Death). L'AICD assure le maintien de la
tolérance périphérique en contribuant à
prévenir l'émergence de réponses autoimmunes. L'AICD fait essentiellement
intervenir le récepteur Fas qui appartient à la
famille du Tumor Necrosis Factor-Receptor
(TNF-R) (1), dans laquelle il est dénommé
TNFRSF 6. Fas contient un domaine
cytoplasmique (Domaine de Mort ou DD
pour Death Domain) qui assure l'interaction
avec des protéines intracellulaires
indispensables à la signalisation de
l'apoptose, comme la molécule FADD (Fas
Associated Death Domain). Cette dernière
contient un "Domaine Effecteur de Mort"
(DED pour Death Effector Domain), qui
assure l'interaction avec des protéases
contenant un tel domaine. Ces cystéine
protéases appartiennent à la famille des
Caspases, sont présentes dans le
cytoplasme sous forme de pro-enzyme, et
peuvent s'activer entre elles, réalisant ainsi
une cascade protéolytique qui aboutit à
l'apoptose (2). Les évènements primordiaux
de l'induction du signal apoptotique induit
par Fas sont l'association de Fas à FADD et
le recrutement de Caspase 8, ainsi que
Caspase 10, qui s'autoactivent au sein d'un
complexe multimoléculaire appelé DISC
(pour Death Inducing Signaling Complex)
qui contient également FLIP, un analogue
de Caspase 8 dépourvu d'activité
enzymatique. Le rôle de Fas dans l'induction
de l'apoptose lymphocytaire et le maintien
de la tolérance périphérique est illustré par
le phénotype de deux lignées de souris
mutantes, lpr et lpr cg (3) qui portent des
mutations du gène Fas. A l'état
homozygote, ces mutations conduisent à un
défaut complet d'apoptose et à l'apparition
d'un syndrome lymphoprolifératif caractérisé
par une splénomégalie et des adénopathies
multiples, conséquences d'une prolifération
lymphocytaire incontrôlée. La sévérité des
manifestations auto-immunes, ainsi que la
survie de ces animaux, varient notablement
en fonction du fonds génétique sur lequel la
lignée est a été établie (4, 5).
Chez l'homme, l'ALPS a été décrit il y a plus
de 30 ans (6). Ce syndrome tumoral bénin
(adénopathies et/ou splénomégalie et/ou
SFI ACTUALITÉS 8
hépatomégalie) d'apparition précoce (en
moyenne avant l'âge de cinq ans),
s'accompagne d'une hypergammaglobulinémie essentiellement G et A, et de
l'accumulation dans le sang et les organes
lymphoïdes secondaires d'une population
polyclonale de lymphocytes T rare (7). Ces
lymphocytes T exprimant un TcR ("T cell
receptor") ␣␤ matures n'expriment ni le CD4
ni le CD8 et sont ainsi appelés "lymphocyte
T doubles négatifs" (LT DN). Par analogie
avec le modèle des souris lpr, nous avons
identifié les premières mutations de Fas
chez l'homme (8). Nous avons depuis
caractérisé plus de 60 nouvelles mutations
(9-13). Ce travail a permis de confirmer le
rôle essentiel de Fas dans le contrôle de
l'homéostasie lymphocytaire chez l'homme,
et d'identifier ainsi un facteur de
susceptibilité aux maladies auto-immunes
de l'enfant.
Le défaut humain est hétérogène, tant sur le
plan clinique que génétique. Il existe une
pénétrance clinique variable des mutations.
Dans certaines familles, il est observé des
co-latéraux porteurs de la mutation du gène
Fas qui ne présentent pas de signes
cliniques malgré un défaut d'apoptose de
leurs lymphocytes, induite par Fas in vitro.
Nos résultats, renforcés par des données de
la littérature, indiquent que les mutations du
domaine extracellulaire ont une pénétrance
clinique d'environ 30% contre plus de 80%
pour les mutations intracellulaires (13-15).
L'ALPS peut être subdivisé en fonction du
RÉFÉRENCES
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■ ■ ■
défaut génétique (16). Des mutations
homozygotes de Fas conduisent à un défaut
d'expression complet du récepteur (ALPS-0),
alors que des mutations hétérozygotes
dominantes sont associées à un défaut
fonctionnel avec une expression de Fas le
plus souvent normale (ALPS Ia) (17-20). Les
ALPS-II regroupent les défauts en aval de
Fas, dans la voie de signalisation. Des
mutations du gène codant la caspase 10, un
composant essentiel du complexe de
signalisation de Fas, ont été identifiées chez
deux patients atteints d'ALPS II (21). Deux
cas de déficit en expression du Fas ligand
(FasL) ont été décrits chez l'homme (22, 23).
Dans un des cas, il s'agit probablement
d'une mutation dominante somatique chez
un patient atteint de lupus (23). Dans le
second cas, il s'agit d'une mutation
homozygote récessive de FasL chez une
patiente atteinte d'ALPS et née de parents
consanguins bien portants. Enfin, l'ALPS III
regroupe les patients chez qui l'apoptose
induite par Fas est normale et pour lesquels
des défauts du gène codant le FasL sont
exclus. Ces patients constituent un groupe
important de la cohorte. Néanmoins, ce
dernier groupe étant jusqu'à maintenant
défini par défaut, l'hétérogénéité
phénotypique y est plus importante. Nous
avons d'abord étudié les cellules des
patients qui présentent au moins trois
critères d'inclusion, et notamment, la
présence en proportion importante de
lymphocytes T DN. En effet, chez la souris,
cette population n'est retrouvée à ce jour
que dans les lignées lpr et gld. En outre,
cette population disparaît rapidement en
culture. Partant de l'hypothèse que les LT
DN sont caractéristiques de l'ALPS avec
défaut d'apoptose induite par Fas, nous les
avons triés et nous avons analysé
l'expression de Fas. Le séquençage de
l'ADN préparé à partir des LT DN a permis
d'identifier des mutations hétérozygotes de
Fas chez six patients ALPS-III (24). Comme
les lymphocytes T DN meurent en culture,
ces mutations ne sont pas retrouvées sur les
lymphocytes activés in vitro. Une étude
détaillée des sous-populations lymphoïdes,
myéloïdes et des progéniteurs hématopoïétiques a été réalisée chez deux patients.
Alors que les mutations sont indétectables
sur des échantillons provenant de la
muqueuse buccale ou du bulbe capillaire,
elles sont retrouvées en faible proportion
(moins de 1%) dans les progéniteurs
médullaires. Ces mutations sont retrouvées
dans 10% des lymphocytes (T␣␤, T␥␦, NK, B)
■ ■ ■ suite page 10
SFI ACTUALITÉS 9
B rèves
■■■
des monocytes ou des granulocytes. Enfin,
les mutations sont retrouvées dans 100% des
lymphocytes T DN. Ces résultats montrent
qu'une proportion réduite de lymphocytes
mutants est suffisante pour déclencher un
syndrome aussi important que chez des
individus qui portent la mutation dans toutes
leurs cellules. Les mutations confèrent
probablement un avantage sélectif au cours
de la différenciation des différentes lignées
hématopoïétiques, et en périphérie principalement aux lymphocytes T. Les mutations
observées sont probablement apparues
dans des cellules souches hématopoïétiques. Nous avons proposé de nommer
ALPS-Im (pour mosaïque) les ALPS associés
à des mutations somatiques de Fas (24).
Identification de mutations
héritées et somatiques de
CD3␨␨ chez un patient atteint
de déficit immunitaire T
Nous avons étudié les lymphocytes d'un
patient atteint d'un déficit immunitaire T (les
fonctions B et NK étant normales). Le
phénotypage a mis en évidence une
lymphopénie T caractérisée par la détection
d'une population majoritaire (90%)
exprimant un faible niveau de complexe
CD3-TcR (CD3 low ), et d'une population
minoritaire exprimant normalement le
complexe CD3-TcR (CD3high). La population
CD3 low est composée de lympho cytes
CD4+ et CD8+ qui ne prolifèrent pas après
stimulation du TcR. Nous avons identifié une
mutation nulle homozygote du gène CD3␨
dans ces cellules ainsi que dans les
fibroblastes et une lignée B-EBV du patient
(16). Cette mutation est retrouvée à l'état
hétérozygote chez la mère du patient
suggérant qu'elle a été héritée des deux
parents (le père est inconnu). Elle introduit
un codon stop précoce en position 70
(Q70X) dans la protéine avant le premier
domaine ITAM de la chaîne CD3␨. Cette
chaîne n'est pas détectée en analyse par le
Western Blotting. L'analyse des lymphocytes
T CD3 high purifiés a permis d'identifier
quatre mutants de CD3␨. Un mutant
correspond à la mutation héritée, alors que
les trois autres mutants affectent les deux
autres bases du même codon et
transforment le codon stop hérité en codon
faux sens (Tryptophane, Leucine ou
Tyrosine). Ces mutations ne sont pas
retrouvées sur d'autres types cellulaires du
patient ni sur plus de 160 chromosomes
SFI ACTUALITÉS 10
contrôles excluant la présence d'un
polymorphisme sur ce codon. La
population CD3high est donc composée de
lymphocytes qui portent la mutation "stop"
(héritée) sur un allèle, et une mutation faux
sens (somatique) du codon 70. L'étude du
répertoire montre que les populations
CD3high et CD3low sont polyclonales mais
que leur diversité est plus faible que chez
un contrôle du même âge. Nous avons
également établi que les mutations
somatiques qui ont transformé le codon
stop sont apparues avant les réarrangements de la chaîne bêta du TcR. Elles
permettent l'expression d'une chaîne CD3␨
complète mais probablement peu
fonctionnelle, expliquant ainsi que ces
cellules mutantes sont restées minoritaires
au cours du temps. Les données biochimiques obtenues sur cette population sont
en accord avec cette observation puisque
nous n'observons pas de phosphorylation
de ZAP70 après stimulation du TcR. Ce
travail a permis de décrire le premier
défaut de CD3␨ chez l'homme, complétant
ainsi le tableau des déficits humains du
complexe CD3-TcR. Il permet également
de mettre une fois de plus en lumière le
rôle des mutations somatiques dans la
modulation de l'expression des maladies
génétiques du système immunitaire. Ces
mécanismes de mutations somatiques de
gènes impliqués dans la survie ou la mort
des lymphocytes T semblent fréquents, et
sont révélés par l'avantage sélectif qu'ils
procurent aux progéniteurs T.
Il est possible que l'étude de ces
mécanismes permette d'identifier les bases
moléculaires d'autres déficits immunitaires
idiopathiques et/ou sporadiques.
IDENTIFICATION
DE CELLULES
“LYMPHOME
FOLLICULAIRE-LIKE”
CHEZ LES INDIVIDUS
EN BONNE SANTÉ :
UNE NOUVELLE
VISION DE LA
LYMPHOMAGENÈSE
FOLLICULAIRE
Sandrine Roulland,
Bertrand Nadel
Centre d'Immunologie de Marseille-Luminy,
CNRS-INSERM-Université de la
Méditerranée - Marseille
[email protected]
[email protected]
1
L
e lymphome folliculaire (LF) constitue
l’une des formes les plus fréquentes
de lymphome B non-Hodgkinien de
l’adulte, représentant environ 20 à 30% des
cas. Bien que la majorité des patients
présentent une pathologie indolente,
d’évolution lente sur plusieurs années, les LF
sont majoritairement diagnostiqués à un stade
avancé de la maladie avec une présentation
disséminée impliquant à la fois les organes
lymphoïdes secondaires et la moelle osseuse.
En dépit d’indiscutables progrès dans les
traitements disponibles, combinant chimio- et
immunothérapies, dont le Rituximab, le LF
reste à l’heure actuelle incurable. Au niveau
biologique, le LF est un lymphome B mature
qui résulte de la transformation maligne de
cellules B folliculaires issues des centres
germinatifs (CG) (réf. 1). Le LF conserve l’architecture des CG normaux et se compose d’un
mélange de centroblastes/centrocytes qui
prolifèrent dans les follicules au sein d’un
réseau de cellules folliculaires dendritiques, de
cellules T et/ou stromales supportant la
croissance tumorale. Les processus d’hypermutation somatique (SHM) et de switch
isotypique (CSR) demeurent actifs et les
cellules du LF maintiennent l’expression de
marqueurs spécifiques des CG tels que BCL-6,
CD38, CD10, l’immunoglobuline de surface
(sIgM>sIgG>sIgA) et l’accumulation de
mutations somatiques sur l’allèle IGH exprimé.
En dépit de ce phénotype mature, les analyses
moléculaires ont révélé que la lympho magenèse folliculaire n’est pas initiée dans le
CG mais est un processus multi-étape
débutant lors de la différenciation lymphocytaire B dans la MO lors d’une erreur de la
recombinaison V(D)J (2). Dans plus de 85% des
cas, le LF est associé à la translocation
chromosomique t(14;18) (q32;q21) plaçant
l’oncogène BCL2 à proximité de la séquence
régulatrice E␮ du locus de la chaine lourde de
immunoglobulines (IGH), et conduisant à une
expression dérégulée de la protéine antiapoptotique BCL2. Bien que cette translocation soit considérée comme l’événement
initiateur clé du LF, cette anomalie à elle seule
n’est toutefois pas suffisante et des étapes de
différenciation et d’acquisition d’événements
oncogéniques supplémentaires sont nécessaires à la transformation maligne de ces
cellules. Ceci a été notamment illustré dans
des modèles transgéniques, où la dérégulation de l’oncogène BCL2 placé sous le
contrôle de l’enhancer E␮, aboutit au
développement d’hyperplasies folliculaires
progressant en lymphome B agressif et avec
une période de latence relativement longue
(3, 4). Par ailleurs, de nombreuses études ont
montré que des cellules t(14;18) + sont
présentes à faible fréquence dans les
lymphocytes périphériques d’individus en
bonne santé (5, 6). Chez ces individus, il est
généralement considéré que ces cellules
t(14;18)+ sont des cellules B naïves quiescentes
avec un potentiel oncogénique restreint lié en
partie à l’expression constitutive de BCL2 à ce
stade de différenciation. Cependant, la
persistance à long terme (>3 ans) des clones
BCL2-IGH dans le sang périphérique d’individus sains (6) et l’existence d’une immunomodulation de la fréquence de translocation
associée à la présence/absence d’un stimulus
antigénique (ex : VHC) (réf. 7) nous ont amenés
à remettre en question ce scénario de cellules
B naïves “innocentes” porteuses d’une
t(14;18) chez les individus sains. Afin d’y
répondre, nous avons développé des
approches moléculaires et cellulaires visant à
préciser le statut immuno/phéno/génotypique
des clones t(14 ;18)+ présents dans le sang
périphérique d’individus sains.
Dans une 1ère approche, nous avons cherché à
déterminer si ces clones t(14;18)+ circulants
étaient effectivement des cellules B naïves en
analysant la présence de CSR associé. Le
switch isotypique est un mécanisme spécifique
de la réaction des CG qui est absent des
cellules B naïves. Afin de caractériser les rares
cellules t(14;18)+ parmi le pool de cellules B
periphériques, nous avons tiré parti de leur
signature moléculaire unique BCL2/JH. En
effet, les données chez les patients LF ont
montré que cette jonction n’empêche pas la
survenue de CSR en aval. Deux expériences
de PCR Longue-Distance ont été développées
permettant l’amplification de jonctions
BCL2/S␮ (absence de CSR) ou BCL2/S␥ (CSR
sur l’alléle transloqué). Les expériences
conduites chez 6 individus sains t(14;18)+ à
relativement forte fréquence (10-5) indiquent
clairement que la plupart des cellules t(14;18)+
Figure 1 : Vers une nouvelle vision de la lymphomagenèse folliculaire.
Dans ce modèle, la translocation t(14;18) et la
dérégulation consécutive de l’oncogène BCL2
est initiée suite à une erreur du processus de
recombinaison V(D)J au cours de la différenciation B précoce dans la MO. Cette translocation n’empêche toutefois pas les cellules de
poursuivre leur différenciation de sortir de la MO
et d’entrer dans le sang périphérique en tant
que cellules naïves matures t(14;18) +. Sous
l’influence d’un stimulus antigénique certaines
de ces cellules deviennent activées et s’engagent dans la réaction des CGs où elles
subissent expansion clonale SHM et CSR en
contact étroit avec le microenvironnement
folliculaire constitué de FDC et cellules
folliculaires T Helper (T FH ). En dépit d’une
accumulation potentielle de mutations délétères
par SHM, l’expression ectopique de BCL2 à ce
stade de différenciation protège ces cellules
d’une mort cellulaire par apoptose et favorise
leur accumulation dans la zone claire des CG.
Nos résultats, montrant un CSR actif au niveau
de l’allèle transloqué mais pas sur l’allèle
exprimé des cellules t(14;18) + circulantes,
suggèrent que comme pour les LF elles soient
soumises à une pression de sélection en faveur
de l’expression d’une sIgM leur permettant de
quitter les CG avec un phénotype de maturation
incomplète. Les cellules t(14;18) + chez les
individus sains présentent donc les caractéristiques phénotypiques et génotypiques des LF
(CD19 + CD27 + sIgM + > sIgG + [CSR + SHM +
t(14; 18)+]) ce qui nous a amené à désigner ces
cellules “LF-Like”. A ce stade, de nombreuses
questions se posent notamment sur le devenir
de ces cellules et leur capacité à acquérir les
événements oncogéniques supplémentaires
nécessaires à la transformation en LF.
■ ■ ■ suite page 12
SFI ACTUALITÉS 11
B rèves suite
■■■
ont subi ce processus de switch en aval de la
jonction et ne sont pas, par conséquent, des
cellules B naïves. Dans une seconde approche,
nous avons cherché à déterminer si ces
cellules t(14 ;18)+ avaient effectivement transité
par les CG en précisant leur immuno phénotype. En périphérie, les cellules B naïves
et mémoires peuvent être séparées sur la base
de marqueurs membranaires dont le CD27 et
l’Ig de surface (IgM/D or G/E/A). Des
échantillons sanguins issus de 10 individus
sains ont été collectés et les trois principales
sous-populations lymphocytaires B ont été
isolées par tri cellulaire : (1) cellules naïves
IgD+/CD27-, (2) les cellules IgM à mémoire
IgD + /CD27 + et (3) les cellules mémoires
switchées IgD-/CD27+. Dans chaque sousfraction, la détection et quantification des
jonctions BCL2/J H a été réalisée par PCR
conventionnelle dans des conditions de
fluctuation nécessaires à l’estimation de la
fréquence pour les événements rares.
Nos résultats montrent d’une part, une large
modulation de fréquence de translocation
chez les individus sains et d’autre part que
cette variation inter-individuelle n’est pas liée à
l’accumulation de cellules B naïves indépendantes mais plutôt à une expansion clonale
dans les CG des cellules t(14 ;18)+. De plus et
contre toute attente, la sous-population
comportant les plus forts taux de translocation
est la fraction IgD + /CD27 + et non pas la
fraction IgD-/CD27+ correpondant à la souspopulation des cellules B mémoires switchées.
Cette prépondérance d’une IgM/D de surface
et non d’un isotype switché à la surface des
cellules t(14 ;18)+ est en apparente contradiction avec notre précédente observation
montrant la présence majoritaire de CSR sur
l’allèle transloqué. Afin de mieux interpréter ce
paradoxe allélique, nous avons évalué la
présence de jonctions BCL2/S␮ et BCL2/S␥ au
sein des 3 sous-populations. Nos résultats
confirment que le CSR est bien absent sur les
deux allèles dans la fraction naïve et
systématiquement observé dans la fraction
IgD-/CD27+. Par contre, la présence de CSR
est à nouveau majoritairement observée sur
l’allèle transloqué dans la sous-population
IgD + /CD27 + . Ces données confirment le
“para-doxe allélique” des cellules t(14;18)+
chez les individus sains : présence de CSR sur
l’alléle transloqué mais pas sur l’alléle exprimé.
Ce phénotype atypique parmi les souspopulations lymphocytaires B périphériques
correspond cependant aux caractéristiques
phéno-génotypiques des cellules t(14 ;18) du
LF (8).
Contre toute attente, nos données montrent
donc que loin d’être des cellules B naïves
quiescentes, les cellules t(14;18)+ chez les
individus sains présentent les caractéristiques
phénotypiques et génotypiques des LF
(CD19+, CD27+, sIgM+ > sIgG+, [CSR+ SHM+
t(14;18) + ]). L’identification de ce nouvel
intermédiaire nous a conduit à proposer un
nouveau modèle de la lympho magenèse
folliculaire (figure 1). Ces cellules que l’on a
choisi de désigner par le terme de “LF-like”
seraient par conséquent à un stade de
différenciation B bien plus avancé qu’initialement envisagé et pourraient représenter des
précurseurs précoces de la pathogenèse du
LF (9).
L’existence de ces “LF-like” ouvre un large
panel d’investigations notamment sur la
compréhension des voies de progression à la
maladie, sur le rôle clé joué par le microenvironnement comme support de la croissance tumorale et sur l’utilisation potentielle
de la t(14;18) dans le sang comme marqueur
précoce de lymphome.
Julie Cabarrocas,
Cécile Cassan,
Roland Liblau
RÉFÉRENCES
1. Kuppers R et al 2005. Mechanisms of B-cell
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step in early lymphomagenesis. J Exp Med
203:2425-2431.
■ ■ ■
SFI ACTUALITÉS 12
DES LYMPHOCYTES
T FOXP3+ CD25+
SPÉCIFIQUES D'UN
NOUVEL AUTOANTIGÈNE GLIAL
SE DÉVELOPPENT
DANS LE THYMUS
DÈS LE STADE
DOUBLE POSITIF
INSERM U563
Toulouse
[email protected]
[email protected]
[email protected]
2
Problématique et présentation
du modèle murin transgénique
Le projet est basé sur l’utilisation de deux
lignées de souris transgéniques, sur un fond
génétique Balb/c, d'haplotype H-2d. D’une
part, les souris GFAP-HA expriment
l’hémaglutinine (HA) du virus influenza sous le
contrôle du promoteur de la GFAP (glial
fibrillary acidic protein). Chez ces souris, HA,
qui peut être considéré comme un “néo”
auto-antigène, est exprimé essentiellement
par les astrocytes du SNC et les cellules
gliales entériques, analogues des astrocytes
pour le système nerveux intrinsèque du tube
digestif ; l'expression du transgène a
également été détectée par RT-PCR dans le
thymus. D’autre part, la lignée 6.5-TCR,
générée par Harald von Boehmer, exprime
un TCR spécifique du peptide HA111-119 de
l’hémaglutinine HA, restreint par la molécule
du CMH de classe II, I-Ed. L'utilisation d'un
anticorps monoclonal anti-clonotypique
(clone 6.5) permet d'établir que chez les
souris SFE-TCR, le TCR transgénique est
exprimé à la surface de 15-20% des
lymphocytes T CD4+ (1).
Les souris double-transgéniques GFAP-HA x
6.5-TCR (DTg) issues du croisement entre les
deux lignées décrites ci-dessus ne présentent
aucun signe clinique ni histologique d’autoimmunité. L’article vise à caractériser les
mécanismes de tolérance mis en place chez
ces souris, et à comparer le développement
des lymphocytes régulateurs spécifiques de
HA, chez les animaux DTg et chez les
animaux 6.5-TCR simple transgéniques (STg).
Résumé des travaux
L’étude phénotypique des lymphocytes T
CD4 + en périphérie a montré que la
fréquence des lymphocytes spécifiques de
HA est fortement réduite chez les DTg par
rapport aux STg (4,2+/-0,5% au lieu de
16,1+/-1,1%, dans la rate). In vitro, ces cellules
prolifèrent moins en réponse au peptide
HA111-119 lorsqu’elles proviennent de souris
DTg, même après normalisation par rapport
à la fréquence de cellules spécifiques de
l’antigène.
Une proportion importante des CD4+6.5+
des souris DTg expriment aussi CD25 (44,4+/3,5% ; 11,9+/-1,1% chez les STg). Ces cellules
expriment d’autres marqueurs d’activation,
tels que CD44 et CD69, mais également GITR
et Foxp3, indiquant qu’elles appartiennent à
la population des cellules T régulatrices
(Tregs). Des expériences de co-cultures in
vitro ont montré que ces cellules présentent
des propriétés suppressives vis-à-vis des
lymphocytes T CD4+6.5+ conventionnels issus
de souris STg, en réponse à une stimulation
polyclonale ou au peptide HA111-119. Leurs
propriétés régulatrices ont également été
testées in vivo. L’immunisation intramusculaire de souris Balb/c avec un virus
(adeno-associated virus) recombinant
exprimant HA (rAAV-HA) suscite une réponse
T cytotoxique dirigée contre HA. Le transfert
de lymphocytes CD4+CD25+ issus de souris
DTg, mais pas de souris non transgéniques,
permet d’inhiber l’activation des lymphocytes
T CD8 + spécifiques de HA ainsi que
l’inflammation des muscles exprimant HA
suite à l’immunisation.
Sachant que les souris DTg expriment HA
dans le thymus, nous avons voulu savoir si les
Tregs mises en évidence en périphérie chez
ces souris étaient générées dans le thymus.
Des études de cytométrie en flux ont montré
que chez les DTg, la sélection négative des
thymocytes spécifiques de HA se faisait à
partir du stade CD4 + CD8 intermédiaire de la
RÉFÉRENCES
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CD8+ single positive cells with a class II
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regulatory T cells specific for a neo-selfantigen develop at the double-positive
thymic stage. Proc Natl Acad Sci USA
103:8453-8458.
■ ■ ■
sélection thymique, tandis que des cellules
6.5 + CD25 + apparaissaient en plus grand
pourcentage dès le stade CD4+CD8+ double
positif, par rapport aux souris STg. Cette
différence existe également en nombre
absolu au niveau double positif mais n’est
plus marquée au niveau CD4 simple positif.
Pour tester la possibilité que ces cellules
régulatrices ne soient induites qu’en réponse
à d’autres antigènes, grâce aux chaînes ␣
endogènes du TCR (2), nous avons généré
des souris STg et DTg RAG -/- . Dans ce
contexte, les souris STg ne produisent pas
de CD4 + CD25 + Foxp3 + , tandis que des
CD4+CD25+Foxp3+6.5+ sont détectées dans
le thymus des DTg à partir du stade CD4 CD8
double positif. L’expression de HA dans le
thymus permet donc la génération de Tregs
spécifiques de cet antigène, qui apparaissent
dans le thymus dès le stade double positif.
Pour déterminer la nature des CPA thymiques
exprimant HA responsables du dévelop pement des Tregs spécifiques de HA, nous
avons réalisé des chimères en transférant de
la moelle osseuse de donneurs STg RAG-/chez des receveurs Balb/c ou GFAP-HA
irradiés. L’analyse des thymus des chimères a
montré que des CD4+CD25+ spécifiques de
HA se développent chez les receveuses
GFAP-HA dès le stade double positif,
suggérant que les CPA thymiques favorisant
le développement des Tregs sont des
cellules stromales d’origine non hémato poïétique. De fait, les cellules épithéliales
thymiques des souris GFAP-HA expriment
l’ARNm de HA et du gène GFAP endogène (3).
Ainsi, ces travaux permettent de montrer que
l’expression de HA, comme néo-antigène du
système nerveux, par des CPA thymiques
radio-résistantes, induit le développement ou
l’expansion de Tregs spécifiques de cet
antigène détectables dès le stade double
positif de la maturation des thymocytes.
L’augmentation du nombre absolu des
CD4 + CD25 + 6.5 + dans le thymus chez les
souris DTg par rapport aux STg plaide en la
faveur d’un mécanisme d’induction ou
d’amplification des Tregs en présence de
l’auto-antigène. De plus, nos travaux illustrent
l’intrication des mécanismes de tolérance
dans le thymus (sélection négative, induction/
expansion des Tregs) vis-à-vis d’un autoantigène exprimé de façon ‘ectopique’ dans
ce tissu.
SFI ACTUALITÉS 13
B rèves suite
D
DOK-2 ET DOK-1,
DEUX NOUVEAUX
RÉGULATEURS
NÉGATIFS DU SIGNAL
D’ACTIVATION
DU TCR
Shen Dong,
Frédérique Michel
Unité de Signalisation des Cytokines,
Institut Pasteur, Paris
[email protected]
[email protected]
urant ces dernières années, notre
connaissance de la transduction
du signal émis par le récepteur
de l’antigène du lymphocyte T (TCR) a
grandement progressé grâce aux modèles de
souris et de lignées de lymphocytes T
génétiquement modifiés. Si ceux-ci ont
permis de démontrer le rôle crucial et
l’activation séquentielle de certaines protéines, l’étude des complexes multimoléculaires
de signalisation reste nécessaire pour mieux
comprendre la régulation du signal.
L’état d’activation d’un lymphocyte T résulte
de la balance entre les forces d’engagement
et d’opposition au signal provenant des
récepteurs de surface et/ou de régulateurs
intracellulaires tels que les protéines kinases
et phosphatases. D’autres régulateurs sont les
protéines adaptatrices dont le rôle est de
juxtaposer des protéines effectrices avec leur
cible et donc de favoriser l’assemblage de
complexes multimoléculaires. Les protéines
adaptatrices peuvent jouent un rôle positif ou
inhibiteur de l’activation lymphocytaire. Les
désordres autoimmunitaires développés chez
les souris déficientes pour certains adaptateurs inhibiteurs témoignent de l’importance
de ces derniers dans le contrôle de la
tolérance.
Le but de notre travail a été d’étudier la
fonction de la protéine adaptatrice Dok-2
dans l’activation du lymphocyte T humain et
en particulier son rôle dans la cascade
d’événements de signalisation précoce (1).
Dok-2 et son homologue Dok-1 appartiennent à la famille DOK (Downstream Of
Kinases). Ces adaptateurs ont été initialement
identifiés comme substrats majeurs de la
protéine kinase oncogénique Bcr-Abl dans la
3
leucémie myéloïde chronique chez l’homme
(2, 3, 4). Leur région N-terminale, très
conservée, est composée d’un domaine de
liaison potentielle aux phospholipides
(pleckstrin homology domain, PH) suivi d’un
domaine de liaison à des tyrosines
phosphorylées (phosphotyrosine binding
domain, PTB, figure 1). Cette région apparaît
requise pour leur recrutement à la membrane.
Leur partie C-terminale possède des tyrosines
phosphorylées dont la liaison avec la protéine
Ras-GAP (2, 3, 4), inhibitrice de Ras, a été
corrélée à leur fonction inhibitrice sur
l’activation et la prolifération de nombreux
types cellulaires. Plus récemment Dok-1 et
Dok-2 ont été caractérisés comme régulateurs
négatifs de l’homéostasie et de la
prolifération cellulaire, en particulier de la
lignée myéloïde, chez les souris invalidées
génétiquement (5, 6). Qu’en est-il des
lymphocytes T ? Chez les souris Hairless, dans
lesquelles l’expression de Dok-2 est diminuée,
les lymphocytes T ont une prolifération accrue
en réponse à la stimulation du TCR et de
cytokines (3). Inversement, des souris
surexprimant Dok-2 ont un défaut du
développement des thymocytes (7).
Cependant, le mécanisme d’action moléculaire de Dok-1 et surtout de Dok-2, dans les
lymphocytes T, a été peu décrit.
Dès les premières secondes suivant la
stimulation du TCR, les protéines tyrosine
kinases de la famille Src, Lck et Fyn, sont
activées et phosphorylent les motifs ITAMs
(Immunoreceptor Tyrosine-based Activation
Motif) des sous-unités transductrices du
complexe CD3 associé au TCR (figure 1 et ref.
8, 9). Ce phénomène permet la liaison de la
tyrosine kinase Zap-70 par ses deux domaines
SH2 aux ITAMs phosphorylés et son
activation. Par son interaction avec Zap-70,
Lck accroît la phosphorylation et l’activité
catalytique de Zap-70 dont un substrat majeur
est la protéine d’échafaudage LAT (Linker for
Activation of T cells) localisée dans les
microdomaines membranaires riches en
sphingolipides et cholestérol (Rafts). LAT joue
un rôle essentiel dans la propagation du
signal en recrutant trois partenaires majeurs.
La phospholipase C-␥1 (PLC-␥1), ainsi
phosphorylée sur tyrosine et activée,
hydrolyse le phosphatidylinositol 4,5bisphosphate (PI4,5P 2 ) membranaire en
inositol trisphosphate (IP3) et diacylglycérol
(DAG). Tandis que l’IP 3 est à l’origine de
Fig. 1 : Après stimulation du TCR, le complexe
multimoléculaire Grb-2/SHIP-1/Dok-2/ Dok-1
est recruté par LAT pour réguler négativement
l’activation de la tyrosine kinase Zap-70 et de la
sérine/thréonine kinase Akt.
SFI ACTUALITÉS 14
l’augmentation du calcium intracellulaire, le
DAG permet le recrutement à la membrane
de la protéine kinase C-␽ (PKC-␽, aussi
calcium dépendante) et de RasGRP, facteur
d’échange GDP/GTP activateur de Ras et en
conséquence des MAP kinases Erk1/2. Le
complexe, recruté par LAT, formé par la
protéine adaptatrice Grb-2 et le facteur
d’échange GDP/GTP, Sos, est également
activateur de la voie Ras/Erk1/2. Le troisième
complexe interagissant avec LAT est composé
de la protéine adaptatrice Gads et de la
protéine d’échafaudage SLP-76. Ce signalosome est à l’origine des voies majeures de
signalisation intracellulaire conduisant à
l’activation de facteurs de transcription requis
pour la sécrétion de cytokines comme
l’interleukine 2 (IL-2). Par ailleurs, la stimulation
du TCR entraîne l’activation de la PI-3-kinase
(PI3K) qui phosphoryle le PI4,5P 2 en
phosphati dylinositol 3,4,5-trisphosphate
(PI3,4,5P 3). Ce dernier provoque le recru tement à la membrane et l’activation de la
sérine thréonine kinase Akt qui joue un rôle
prépondérant pour la survie et la prolifération
du lymphocyte T. La régulation négative de
cette voie de signalisation est exercée par les
phosphatases lipidiques PTEN et SHIP-1 qui
déphosphorylent respectivement les PI3,4,5P3
en PI4,5P2 et PI3,4P2.
Des études dans la lignée de lymphocytes T
humains transformés Jurkat ont montré que
Dok-1 et Dok-2 sont phosphorylés sur tyrosine
après engagement des récepteurs costimulateurs CD2 et CD28 mais pas du TCR
(10, 11, 12). À l’opposé, nous avons observé
que Dok-2 est phosphorylé sur tyrosine dans
les lymphocytes T primaires CD4+ et CD8+
stimulés par des anticorps anti-CD3 ou des
cellules présentatrices d’antigènes. De façon
intéressante, ce résultat a été reproduit dans
la lignée de lymphocytes T humains
transformés, Hut-78, qui, à l’inverse des
Jurkat, expriment les phosphatases lipidiques
PTEN et SHIP-1. La phosphorylation très
rapide de Dok-2 suggérant son association
avec des éléments de la signalisation précoce
du TCR, les partenaires de Dok-2 ont été
recherchés par des expériences de coimmunoprécipitation. Nos résultats ont
montré qu’après stimulation du TCR, Dok-2 et
Dok-1 font partie d’un complexe multimoléculaire comprenant SHIP-1, Grb-2 et LAT. Le
rôle potentiel de LAT dans le recrutement de
ce complexe a été examiné après inhibition
de son expression par interférence d’ARN
messager (ARNi) dans les lymphocytes Hut-78
transfectés avec des petits ARN doubles brins
(siARN) dirigés contre LAT. Ainsi, la
phosphorylation sur tyrosine de Dok-2 et de
SHIP-1 est fortement affectée après
stimulation du TCR et ceci, de façon similaire
à celle de la PLC-␥1. Par ailleurs, l’expérience
inverse a montré que l’inhibition de
l’expression de Dok-1 et de Dok-2 n’a pas
d’effet sur la phosphorylation de SHIP-1. Ces
résultats nous ont conduit à proposer que
LAT recrute séquentiellement le complexe
Grb-2/SHIP-1 puis Dok-2 et Dok-1.
Le rôle de Dok-2 a été analysé après inhibition
de son expression par ARNi sur la production
d’IL-2 induite par la stimulation du TCR. Cette
RÉFÉRENCES
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■ ■ ■
réponse n’étant pas modifiée, les lymphocytes Hut-78 ont été transfectés par des
siARN dirigés contre Dok-1 et Dok-2. Dans
ces conditions, la sécrétion d’IL-2 est
augmentée. Ce résultat a donc montré le rôle
négatif de Dok-1 et Dok-2 sur l’activation
lymphocytaire et il est également en faveur
d’une redon dance de fonction des deux
adaptateurs. Afin de déterminer le mécanisme moléculaire et les cibles de Dok-2 et
Dok-1 dans la cascade de signalisation du
TCR, nous avons analysé l’effet de l’inhibition
de leur expression par ARNi sur l’activation/
phosphorylation de protéines de signalisation
jouant un rôle clé dans l’activation
lymphocytaire. De façon inattendue, l’activation de la tyrosine kinase Zap-70 est plus
marquée après stimulation du TCR, ainsi que
la phosphorylation sur tyrosine de ses
substrats majeurs, LAT et SLP-76. Cet effet de
potentialisation sur l’activité catalytique de
Zap-70 a été corrélé à son recrutement plus
efficace sur les chaînes CD3␨ car leur
phosphorylation est également accrue. Par
ailleurs, et en accord avec ce qui a été décrit
dans les cellules myéloïdes (5, 6), nous avons
observé que l’activation de la sérine thréonine
kinase Akt est augmentée dans les cellules
Hut-78 non stimulées et plus prolongée après
l’engagement du TCR.
En résumé, nos résultats montrent qu’un
nouveau complexe multimoléculaire comprenant les adaptateurs Dok-2 et Dok-1 est formé
après stimulation du TCR et qu’il interagit
avec LAT de façon concomitante à l’organisation du signal positif. Ayant montré le rôle
négatif de Dok-2 et Dok-1 dans la cascade de
signalisation du TCR sur les kinases Zap-70 et
Akt, nous proposons que ces adaptateurs
agissent dans une boucle de rétrocontrôle
négatif pour moduler la "forme" du signal
lymphocytaire (figure 1). Ce mécanisme
d’action pourrait également permettre au
lymphocyte T de contrôler un signal
homéostatique TCR dépendant et/ou être
nécessaire pour éviter son activation en
réponse aux antigènes du soi. Ainsi, Dok-1 et
Dok-2 pourraient être impliqués, d’une part,
dans le maintien du seuil d’activation du
lymphocyte T pour préserver la tolérance
périphérique et, d’autre part, dans le contrôle
de l’intensité/durée du signal initié après
engagement du TCR pour influencer la
différenciation et la mise en place des
fonctions effectrices de la cellule.
SFI ACTUALITÉS 15
B rèves suite
S
MICROCIRCULATION
CÉRÉBRALE ET
PATHOGENÈSE DU
MÉNINGOCOQUE
Emilie Mairey,
Guillaume Duménil
INSERM U570
Faculté de médecine Necker, Paris
[email protected]
[email protected]
4
eul un nombre restreint de bactéries
pathogènes est responsable de la
plupart des septicémies et des méningites chez l’homme. Ce groupe comprend
Streptococcus pneumoniae, Escherichia coli
K1, Streptococcus agalactiae et Neisseria
meningitidis également appelé méningo coque. Les patients atteints de septicémies à
méningocoques présentent dans leur phase
initiale des symptômes peu spécifiques (fièvre,
état grippal etc.) mais peuvent évoluer en
quelques heures vers des chocs septiques
graves. Malgré une prise en charge rapide et
efficace des patients, ces infections sont
fréquemment mortelles et restent donc un
problème de santé publique dans les pays en
voie de développement aussi bien que dans
les pays industrialisés. Un vaccin serait le mode
de prévention idéal, mais aucun n’a pu être développé à ce jour contre les souches de
sérogroupe B qui sont la principale cause de
méningococcémie en France. Cette difficulté
s’explique par le mimétisme moléculaire que
présente la capsule de ces souches. En effet,
elle est composée d’un polymère de sucre qui
est retrouvé à l’identique chez l’homme. Une
meilleure compréhension du mode d’interaction de ce pathogène avec son hôte permettra
d’aller au-delà de ces difficultés dans le
développement de nouvelles stratégies de
prévention et de traitement. L’étude des
mécanismes d’infection du méningocoque
s’inscrit également dans le cadre plus global
des infections bactériennes conduisant à des
septicémies et des méningites.
Paradoxalement, le méningocoque présente
les propriétés d’un commensal en colonisant le
nasopharynx d'environ une personne sur cinq
dans le monde en absence de tout symptôme.
La bactérie se transmet par aérosols, se
multiplie chez son nouvel hôte, puis recommence son cycle de colonisation. Le processus
pathogénique est déclenché lorsque la
bactérie accède au sang, où elle survit et
prolifère, conduisant à des septicémies et à
des méningites après franchissement de la
barrière hématoen cépha lique (BHE). En
contraste avec la haute fréquence de
colonisation du nasopharynx, l’incidence des
septicémies à méningocoque est d’une
personne sur 100 000 par an en France. Les
mécanismes permettant au méningocoque
d’accéder de la muqueuse du nasopharynx à la
circulation sanguine puis du sang au cerveau
sont largement inconnus.
Concernant le franchissement de la BHE,
plusieurs études in vitro suggèrent que le
méningocoque adhère aux cellules
endothéliales puis franchit la BHE par
transcytose, c’est-à-dire en traversant les
cellules endothéliales cérébrales (voir par
exemple réf. 1). Selon ce modèle, l’adhésion
du méningocoque aux cellules endothéliales
précède le franchissement de la BHE. Il semble
en effet difficile d’imaginer le franchissement
SFI ACTUALITÉS 16
de la BHE sans un “arrêt” de la bactérie le long
de cette barrière. Il est d’ailleurs tentant de
généraliser cette propriété d’adhésion à la
BHE aux autres bactéries pathogènes
extracellulaires qui colonisent le cerveau à
partir du sang comme S. pneumoniae, E. coli
K1 et S. agalactiae. Ce phénomène d’adhésion
présente une caractéristique originale puisqu’il
a lieu dans le contexte de la circulation
sanguine, c’est-à-dire en présence de forces
d’entraînement générées par le flux sanguin.
En effet, un objet dans un liquide en
mouvement est soumis à une force hydrodynamique dont l’intensité est déterminée par
la géométrie de l’objet ainsi que par la
viscosité et la vélocité du liquide. Dans les
vaisseaux sanguins, la vélocité du sang est plus
élevée au centre du vaisseau qu’à proximité
des parois en raison des frottements le long de
celles-ci. Afin de refléter l’intensité du flux
sanguin sur une bactérie, on utilise plus
fréquemment la notion de force de cisaillement, qui représente la force de frottement
exercée par le sang sur les parois du vaisseau
par unité de surface (exprimée en dynes/cm2).
L’importance de l’environnement mécanique
lors des phénomènes d’adhésion est illustrée
par au moins deux exemples : en immunologie
par l’interaction entre les sélectines et leurs
ligands oligosaccharidiques (2) et en microbiologie par l’interaction de l’adhésine FimH
des E. coli uropathogènes et son ligand, le
mannose (3). Dans les deux cas, en absence de
forces mécaniques environnantes, l’affinité de
l’interaction est faible, voire nulle. Contrairement à ce qui serait attendu, la liaison est
stabilisée lorsqu’une force mécanique est
exercée. Les propriétés de ces molécules
d’adhésion permettent le roulement des
lymphocytes sur les cellules endothéliales et
celui des bactéries sur l’épithélium urinaire. En
dehors de l’exemple de l’adhésine FimH,
aucune autre étude n’évalue le rôle des forces
d’entraînement sur l’adhésion bactérienne. Il
était tentant de spéculer que la présence de
ces forces joue un rôle déterminant dans la
pathogenèse du méningocoque. Nous avons
donc étudié l’interaction du méningocoque
avec les vaisseaux de la BHE en combinant
trois approches complémentaires : (i) l’analyse
histologique post-mortem d’un cas de
méningococcémie ; (ii) la modélisation de
l’adhésion du méningocoque aux cellules
endothéliales dans le cadre de la circulation
sanguine ; (iii) l’analyse de la microcirculation
cérébrale par une approche intravitale chez la
souris (4).
Notre étude a été initiée par l’analyse postmortem d’un patient atteint d’une méningococcémie. En pratique, ce type d’étude n’est
que très rarement réalisable puisque les doses
d’antibiotiques généralement administrées aux
patients détruisent les bactéries responsables
de l’infection et rendent leur observation
impossible. Le patient que nous décrivons n’a
pas reçu d’antibiotiques. Des coupes
de cerveau ont été réalisées puis
marquées par immuno-histologie
afin de détecter les bactéries. Ces
échantillons nous ont permis de faire
plusieurs observations importantes
concernant la pathogenèse du
méningocoque. Les bactéries ont été
retrouvées en abondance dans le
cerveau mais également dans
d’autres organes tels que le foie ou
les reins suggérant l’absence d’une
spécificité d’organe, du moins à
cette étape tardive de l’infection.
Dans les tissus, les bactéries sont
localisées à l’intérieur des vaisseaux
sanguins par groupes de différentes
tailles variant de quelques individus à
plusieurs centaines. Elles sont étroitement
associées à la paroi des vaisseaux démontrant
que le méningocoque peut adhérer aux
cellules endothéliales dans le contexte de la
circulation sanguine. Enfin, une caractéristique
surprenante de l’adhésion du méningocoque à
l’endothélium cérébral est qu’elle est restreinte
aux capillaires sanguins. En effet, les vaisseaux infectés présentent une taille moyenne (8,65 +/- 4 ␮m)
et des caractéristiques histologiques propres
aux capillaires ; aucune bactérie n’est retrouvée
dans les veinules ou les artérioles. Dans le
cerveau, le nombre de colonies bactériennes
est plus important dans la substance blanche
que la substance grise, ce qui suggère là
encore que l’adhésion du méningocoque n’est
pas aléatoire et que certains sites sont
favorisés. La préférence du méningocoque
pour les capillaires pourrait s’expliquer par la
présence d’un récepteur spécifique, cependant cette hypothèse est contredite par des
expériences in vitro qui démontrent que la
bactérie peut adhérer à des cellules endothéliales de différentes origines. Nous avons donc
proposé que les propriétés mécaniques de la
circulation sanguine conditionnent le site
d’attachement du méningocoque.
Afin d’explorer cette hypothèse, nous avons
mis en place un système permettant d’étudier
l’adhésion du méningocoque en présence de
forces d’entraînement. Une chambre à flux
laminaire permet d’introduire des bactéries
fluorescentes au contact de cellules
endothéliales humaines dans des conditions
de flux contrôlées, c’est-à-dire en présence
d’une force d’entraînement donnée. La
capacité des bactéries à établir des liaisons
avec les cellules en présence de contrainte
mécanique peut ainsi être étudiée. Grâce à
cette approche, nous avons montré que
l’adhésion du méningocoque est fortement
inhibée par le flux de liquide. Le méningocoque ne peut adhérer qu’à des forces de
cisaillement inférieures à 0,5 dynes/cm2. Peu
d’études décrivent précisément les valeurs de
flux sanguin, et donc de forces d’entraînement,
au niveau de la microcirculation cérébrale.
Toutefois, les valeurs moyennes énoncées dans
Figure 1. Coupe histologique du cerveau d’un
patient atteint d’une méningococcémie. Les
bactéries sont visualisées par immunohistochimie (précipité foncé) grâce à un
anticorps dirigé contre les bactéries. Dans cet
exemple, des amas de bactéries sont présents
en plusieurs endroits dans les capillaires. Au
centre de l’image, quelques bactéries sont
visibles en dehors de la lumière du vaisseau
(tête de flèche). La cellule endothéliale voisine
présente un noyau d’aspect pathologique,
anormalement gros et clair (flèche).
la littérature (>1 dyne/cm2) devraient empêcher très efficacement l’adhésion de la bactérie
contrairement à ce qui est observé chez le
patient décrit plus haut. Il semblait donc y avoir
une contradiction entre ce que nous avions
observé dans l’analyse post mortem de
l’infection et notre modèle in vitro.
Afin d’explorer ce paradoxe, nous avons
mesuré les forces d’entraînement présentes
dans la microcirculation cérébrale dans un
modèle murin. Un hublot installé sur le crâne
des animaux permet l’observation, grâce à un
microscope confocal, de globules rouges
marqués avec un fluorochrome. Ce système
est peu invasif puisque la dure-mère reste en
place tout en permettant de visualiser la
microcirculation cérébrale de la souris au
niveau du cortex jusqu'à 300 ␮m sous les
méninges avec une cadence suffisante pour
visualiser le mouvement des érythrocytes dans
la circulation (5). Cette technologie permet de
mesurer la vélocité des érythrocytes dans
différents types de vaisseaux et d’en déduire
les valeurs de forces d’entraînement qui
s’exerceraient sur des objets de la taille d’une
bactérie dans la circulation. Les valeurs ainsi
obtenues ont été comparées aux conditions in
vitro permettant au méningocoque d’adhérer
aux cellules endothéliales. Nous avons ainsi
constaté que les forces d’entraîne ment
présentes dans les veinules, les artérioles et les
capillaires ne permettent pas au méningo-
coque d’adhérer. Toutefois, la
vélocité du flux au niveau des
capillaires est caractérisée par son
extrême hétérogénéité. Ainsi dans
certains capillaires, elle ralentit suffisamment pour permettre l’adhésion
de la bactérie (<0,5 dynes/cm2). Les
forces d’entraînement retrouvées
dans la circulation sanguine
semblent donc constituer un
déterminant important de la
pathogenèse du méningocoque en
ciblant les bactéries vers les
capillaires cérébraux et pourrait ainsi
expliquer les observations postmortem. Il est probable que de tels
ralentissements du flux sanguin
existent également dans d’autres
organes, ce qui pourrait expliquer l’observation
de bactéries dans le foie et les reins. Toutefois,
la microcirculation cérébrale présente un
niveau de régulation sans équivalent. En effet,
le flux sanguin local est régulé par l’activité
neuronale : les astrocytes et les péricytes, qui
entourent les petits vaisseaux cérébraux,
pourraient participer à ce processus (6, 7).
Il faut insister sur le caractère transitoire de ces
“ralentissements” de la circulation dans les
capillaires cérébraux puisqu’ils durent de
quelques secondes à quelques minutes et sont
toujours suivis d’une reprise du flux à un niveau
élevé. Qu’en est-il alors de l’adhésion du
méningocoque lorsque le flux revient à son
niveau normal (>5 dynes/cm2) ? Les bactéries
parviennent-elles à rester adhér entes aux
cellules ? Grâce à notre modèle de chambre à
flux laminaire, nous avons testé l’influence de
l’augmentation des forces d’entraînement sur
les bactéries. Les résultats obtenus montrent
que, dès lors que le méningocoque a adhéré à
une cellule, il ne se décroche pas même en
présence de forces d’entraînement élevées (10
dynes/cm2). Le méningocoque peut même se
multiplier dans cet environnement de forces
importantes, menant ainsi à la formation de
colonies composées de centaines d’individus
et étroitement associées à la surface des
cellules, reproduisant ainsi ce que nous avions
observé dans le cas de la meningococcémie
décrite plus haut.
L’ensemble de ces résultats nous a donc mené
à proposer la séquence d’évènements
suivante : (i) le méningocoque accède à la
circulation sanguine et se déplace dans les
gros vaisseaux sanguins sans pouvoir y
adhérer ; (ii) le flux sanguin d’un capillaire
cérébral diminue sous l’action des astrocytes
ou des pericytes ; (iii) une bactérie passe dans
ce capillaire et adhère à la paroi ; (iv) le flux
sanguin augmente à nouveau mais la bactérie
reste adhérente et se multiplie en formant une
colonie. Une fois la colonie bactérienne formée
dans le capillaire, le méningocoque franchirait
■ ■ ■ suite page 18
SFI ACTUALITÉS 17
B rèves suite
■■■
la BHE. Ce passage pourrait s’effectuer par
transcytose comme le montrent des études in
vitro. En effet, il a été démontré qu’une faible
proportion des bactéries proliférant à la
surface des cellules est capable d’entrer dans
ces cellules et de transiter au travers de cellesci. Suite à nos travaux, une seconde
hypothèse est également envisageable : la
formation de colonies dans les capillaires
pourrait nuire à la fonction de barrière de ces
cellules. Sur une coupe histologique, nous
avons pu observer des bactéries à l’extérieur
de la lumière d’un capillaire (voir figure). Il est
notable que le noyau de la cellule
endothéliale voisine présente un aspect
anormal suggérant un état pathologique.
Cette propriété d’adhésion le long des
vaisseaux pourrait être une propriété générale
des bactéries pathogènes responsables des
infections sanguines conduisant à des septicémies et des méningites. Dans ce contexte, il
serait également intéressant d’étudier les
propriétés d’adhésion aux cellules endothéliales de pathogènes tels que S. pneumoniae,
E coli K1 ou S. agalactiae. Si la capacité de ces
bactéries à adhérer le long des vaisseaux
cérébraux s’avérait être dépendante d’une
diminution du flux sanguin dans les capillaires,
ce dénominateur commun pourrait être une
cible pharmaceutique à explorer.
D
DIFFÉRENCIATION
DES CELLULES NK :
IDENTIFICATION DE
NOUVEAUX SIGNAUX
DÉLIVRÉS PAR LES
CELLULES
STROMALES DE LA
MOELLE OSSEUSE
Claude Roth,
Sylvain Riou
Unité Immunité Cellulaire Antivirale,
Institut Pasteur, Paris
[email protected]
[email protected]
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■ ■ ■
SFI ACTUALITÉS 18
5
écouvertes depuis plus de 30
ans, les cellules "Natural Killer"
(NK) sont des lymphocytes
provenant de la moelle osseuse, qui ont été
initialement identifiés pour leur capacité à
reconnaître et à éliminer les cellules tumorales
sans immunisation préalable. Depuis, ces
effecteurs précoces de la réponse
immunitaire se sont avérés jouer un rôle
prépondérant aussi bien dans les réponses
anti-infectieuses (1), dirigées contre certains
virus, bactéries ou parasites, que dans les
phénomènes de rejet de greffe de moelle
osseuse, de tolérance foeto-maternelle, ou de
processus auto-immuns. En outre, leur
capacité à interagir, via la sécrétion de
cytokines ou la mise en jeu de récepteurs
spécifiques, avec certaines cellules spécialisées dans la présentation de l'anti gène,
telles que les cellules dendritiques (2), en font
des acteurs jouant un rôle clé dans la mise en
place et le maintien des réponses immunitaires dites adaptatives.
Lorsqu'elles sont activées, les cellules NK sont
capables de lyser leur cible, aussi bien par un
mécanisme d'exocytose de granules
cytoplasmiques contenant les enzymes
perforine et granzymes, que par la voie des
récepteurs de mort cellulaire de la famille des
TNF, en particulier les récepteurs Fas et
TRAIL. Elles libèrent aussi tout un panel de
cytokines (IFN-␥, TNF-␣ et GM-CSF) et de
chimiokines ( MIP-1␣, MIP-1␤ et RANTES).
La reconnaissance et l'activation des cellules
NK par leurs cellules cibles dépendent de
l'expression d'un jeu de récepteurs dits
activateurs ou inhibiteurs, et de l'équilibre
entre les différents signaux délivrés à ces
récepteurs activateurs ou inhibiteurs lors des
interactions avec les cellules infectées ou
transformées. Chez la souris, il existe principalement deux groupes de récepteurs
inhibiteurs, les récepteurs appelées Ly49
(appartenant à la famille des lectines de
type C) et les récepteurs du type CD94-NKG2
(appartenant à la famille des immunoglobulines), qui sont spécifiques des molécules
du complexe majeur d'histocompatibilité
(CMH) de classe I polymorphes et mono morphes, respectivement (3).
Concernant leur développement, les cellules
NK, comme les autres cellules hémato poïétiques, dérivent des cellules souches
hématopoïétiques pluripotentes (HSC). Ces
cellules souches vont ensuite donner
naissance à des précurseurs engagés puis
restreints aux cellules NK. De façon
séquentielle, il y a tout d'abord différenciation
des cellules souches en précurseurs
lymphoïdes précoces (ELP), qui ont le
phénotype Lin- (CD3- CD19- Ter119- Gr-1-)
c-Kit+ et Flt3R+, puis en cellules lymphoïdes
tardives (CLP) qui expriment la chaîne ␣ du
récepteur de l'IL-7, ces deux types de
précurseurs pouvant générer des cellules
T, B, NK et dendritiques (4). Bien qu'il ait été
mis en évidence des précurseurs de cellules
NK dans le thymus embryonnaire (5) ou adulte
(6), la moelle osseuse constitue le site
essentiel de la différenciation et de la
maturation des cellules NK. Chez la souris
adulte, le groupe de W. Yokoyama a notamment défini plusieurs étapes de la maturation
(7). Il y a tout d'abord acquisition de la chaîne
␤ commune au récepteur de l'IL-2 et l'IL-15
(CD122), les cellules générées étant appelées
NKP et ayant le phénotype Lin - CD122 +
NK1.1- DX5- (8). Les deux caractéristiques
majeures de ces précurseurs NKP sont leur
capacité à répondre à l'IL-15, qui est la
cytokine spécifique des cellules NK, et leur
"restriction" à la lignée de cellules NK.
La seconde étape du développement
correspond à la différenciation des
précurseurs NKP en cellules NK immatures
(iNK) qui expriment, outre CD122, les
marqueurs NK1.1 et CD94-NKG2 (stade II de
la différenciation). Les étapes ultérieures de la
maturation se traduisent ensuite par :
- l'acquisition des récepteurs Ly49, spécifiques
des molécules CMH de classe I murines (stade
III), - puis l'expression de la molécule DX5
(intégrine ␣2␤1), qui s'accompagne d'une
décroissance de l'expression de l'integrine ␣v
(stade IV). Enfin, lors de la dernière étape de
la différenciation, les cellules NK immatures se
différencient en cellules matures (stade V) qui
portent les marqueurs Mac-1 (intégrine ␣M) et
CD43 (leukosialine). Cette dernière étape se
traduit par l'acquisition des fonctions
effectrices de type NK (cytotoxicité et
sécrétion de cytokines).
En réalité, bien qu'un nombre croissant de
récepteurs ait été identifié sur les cellules NK,
peu d'études ont permis de caractériser les
signaux médullaires responsables de
l'acquisition séquentielle des différents
récepteurs présents sur les cellules matures et
fonctionnelles. Les premiers travaux, réalisés
chez des animaux traités par les estrogènes
ou le Strontium 89, avaient déjà illustré le rôle
indispensable d'un environnement médullaire
intact pour une matu ration complète des
cellules NK. Plus récemment, des études ont
mis en évidence un rôle direct des
interactions entre les cellules stromales de la
moelle osseuse portant le récepteur pour la
lymphotoxine ␤ (LT␤R) et les précurseurs des
cellules NK, exprimant la lymphotoxine ␣
membranaire (mLT) (9). De telles interactions
pourraient aussi jouer un rôle dans
l'acquisition des récepteurs du type Ly49, bien
que ces résultats restent encore controversés.
Afin d'identifier d'autres acteurs moléculaires
responsables de la maturation tardive des
cellules NK dans la moelle osseuse, nous
avons choisi, dans notre laboratoire, de
développer une approche permettant
d'identifier des gènes apparaissant au cours
de la différentiation, ces gènes codant pour
des récepteurs fonctionnels. Pour cela, nous
avons utilisé un système de culture in vitro (10)
permettant le clonage et la croissance à long
terme de clones NK à différents états de
maturation et possédant des caractéristiques
phénotypiques et fonctionnelles différentes.
Des banques différentielles d'ADNc,
préparées à partir d'un couple de clones NK
possédant des phénotypes proches mais des
activités fonctionnelles différentes, nous ont
ensuite permis d'identifier un transcrit codant
pour un récepteur (Axl) appartenant à la
famille des récepteurs Tyrosine kinase
appelée Tyro3, et comprenant trois membres,
Axl, Mer et Tyro3. Ces récepteurs, qui
contiennent dans la région extramembranaire
deux domaines du type Immunoglobuline et
deux domaines Fibronectine de type III, sont
largement exprimés par les cellules du
système hématopoïétique ainsi que par les
cellules des systèmes vasculaire, nerveux et
reproductif (11). Les trois récepteurs de cette
famille reconnaissent deux ligands, appelés
Gas6 et Protéine S, qui appartiennent à la
famille des protéines dépendantes de la
Vitamine K (12), et qui sont produits par les
cellules stromales de la moelle osseuse. Afin
de montrer que ces récepteurs Tyrosine
kinase sont impliqués dans certaines étapes
du processus de la maturation des cellules NK
dans la moelle osseuse, nous avons, en
collaboration avec les groupes de G. Lemke
et D. Raulet, étudié le phénoptype des
animaux déficients pour un ou plusieurs de
ces récepteurs, qui sont normalement
exprimés par les cellules NK de la moelle
osseuse et de la rate. Les résultats ont montré
une diminution significative des activités
fonctionnelles (cytotoxicité et sécré- tion de
cytokines) des cellules NK chez les souris
déficientes pour ces récepteurs Tyro3, cet
effet étant le plus marqué chez les animaux
invalidés pour les trois récepteurs de la même
■ ■ ■ suite page 20
SFI ACTUALITÉS 19
■■■
famille (12). Pour identifier à quel niveau de la
différenciation ces récepteurs interviennent,
nous avons analysé les marqueurs présents
sur les cellules NK provenant d'animaux
déficients pour un ou plusieurs de ces
récepteurs Tyro3. Etant donné le nombre
normal de cellules NK1.1+ CD3- dans la rate
et la moelle osseuse de souris Tyro3-/-, ainsi
que le faible pourcentage, parmi ces cellules
NK, de cellules exprimant les récepteurs du
type Ly49, NKG2D et DX5, nous avons émis
l'hypothèse que ces récepteurs devaient
intervenir au cours du passage entre les
étapes II et III de la différenciation NK. Ces
résultats ont été confirmés par la diminution
du pourcentage de cellules exprimant les
marqueurs tardifs tels que CD11b et CD43 et
par l'augmen tation du pourcentage de
cellules integrine ␣v fortement positives,
normalement présentes au stade II de la
maturation.
Afin de valider le modèle selon lequel les
interactions entre les récepteurs Tyro3
(exprimés par les cellules NK immatures) et
leurs ligands (produits par les cellules
stromales de la moelle osseuse) seraient
directement impliquées dans la différen ciation des cellules NK au niveau de la moelle
osseuse, nous avons préparé des cellules
fibroblastiques 3T3 capables de produire de
hauts niveaux de ligands, Gas6 et Protéine S.
Ces cellules ont induit, de la même façon que
les cellules stromales normales, la croissance
et le clonage d'un petit nombre de
précurseurs précoces (c-Kit+ Lin-) de cellules
NK de la moelle osseuse. De plus, les colonies
NK proliférant au contact des cellules 3T3
modifiées possèdent un phénotype mature
(Ly49+) et sont capables de lyser des cibles
sensibles aux cellules NK.
L'ensemble de ces résultats montre que les
trois récepteurs Tyrosine kinase Axl, Mer et
Tyro3 transmettent des signaux qui sont
essentiels pour la génération d'un répertoire
NK complet et fonctionnel. De façon
intéressante, une étude récente a souligné
l'existence d'une interaction entre le
récepteur Axl et la chaîne alpha du récepteur
de l'IL-15, cette dernière cytokine étant
capable de mimer l'effet du ligand Gas6 sur la
signalisation du récepteur Axl (13). Une
possibilité, qui reste à vérifier, serait que
l'interaction entre Axl, présent sur les
précurseurs NK, et leur ligand Gas6
permettrait l'expression de la chaîne ␤ du
récepteur de l'IL-15 par les cellules NKP qui
secondairement pourraient répondre plus
efficacement à cette cytokine produite par
l'environnement médullaire. L'identification
précise des signaux délivrés lors des
interactions Axl/Gas6, au niveau des
différentes populations précurseurs de
cellules NK, devrait nous permettre de mieux
évaluer comment ces cellules acquièrent leur
répertoire et deviennent fonctionnelles vis-àvis du soi modifié ou altéré.
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control. Embo J 24, 4260-4270.
■ ■ ■
SFI ACTUALITÉS 20
omme chaque année
la Société Française
d'Immunologie a offert
une dizaine de bourses à de
jeunes immunologistes français,
leur permettant de participer à
des congrès internationaux
d'immunologie et d'y présenter
leurs travaux.
C
En contrepartie, les bénéficiaires
de ces bourses s'engagent à
préparer un compte-rendu des
point forts, "immunologiquement"
retenus, du congrès auquel ils ont
participé. Les résumés les plus
significatifs du 16ème congrès
européen d'immunologie "ECI"
qui s'est tenu à Paris en
septembre 2006 sont publiés
dans ce bulletin.
C OMPTEs-RENDUs
Ariane Blum
EFS Rhône Alpes site de Grenoble
La Tronche
[email protected]
1
Sandra Diebold
Mécanismes de
reconnaissance virale
par les DC
L’ADN viral est reconnu dans les endosomes
par le TLR9 et dans le cytoplasme par une
voie de signalisation encore non-identifiée.
De façon similaire, l’ARN double brin viral est
reconnu par le TLR3 endosomal et par des
récepteurs cytoplasmiques comme RIG-I et
MDA-5. Quant à l’ARN simple brin, il est
reconnu par le TLR7 (et 8, chez l’homme)
dans les endosomes. Les PDC sont spécialisées dans la reconnaissance virale. L’équipe
de Sandra Diebold a montré que les PDC
murines produisaient de l’IFN de type I en
réponse aux ADN simple brin génomiques
du virus de l’Influenza, à l’ARN GFP transcrit
in vitro, aux oligonucléotides ARNsb et à
l’ARNm murin de manière dépendante de
MyD88 et du TLR7. Les TLR3, 7 et 9 ne
devraient reconnaître que des acides
nucléiques d’origine virale, de par leur
localisation endosomale, mais les acides
nucléiques d’origine cellulaire, qui n’ont
normalement qu’un accès restreint à ces
compartiments, sont capables d’activer
également ces récepteurs et pourraient ainsi
générer des réponses auto-immunes. Les
acides nucléiques d’origine virale et cellulaire
présenteraient des différences structurales
mineures qui pourraient jouer un rôle dans la
reconnaissance différentielle par les TLR.
L’équipe de S. Diebold s’est intéressée à la
caractérisation des acides nucléiques
stimulant le TLR7. Elle a ainsi testé des
oligonucléotides ARN synthétiques avec
plusieurs modifications différentes et a
analysé leur capacité à déclencher une
induction d’IFN-␣ et d’IL-6 passant par le
TLR7 dans des cultures de cellules
dendritiques murines dérivées de moelle
osseuse par Flt3L. De multiples analyses ont
conduit l’équipe à conclure que le polyUs-21
était supérieur aux autres oligos à ARN pour
stimuler le TLR7 murin, que l’efficacité
d’induction d’IFN-␣ était corrélée avec le
nombre d’uridines présentes dans le motif
de l’oligo et qu’au final, aucun motif
spécifiquement viral n’induisait préféren tiellement la stimulation du TLR7 murin. Ces
résultats soutiendraient donc l’hypothèse
selon laquelle le site de détection jouerait un
rôle crucial dans l’identification des acides
nucléiques d’origine virale ou d’origine
cellulaire. Des résultats préliminaires
pourraient également conduire l’équipe de
Sandra Diebold à penser qu’il n’y aurait pas
non plus de différence de reconnaissance
d’un type particulier d’acides nucléiques par
le TLR7 humain.
pour la synthèse d’IL-12(p35) induite par TLR4
et que les DC néonatales présentaient une
activation diminuée de ce facteur.
L’expression d’une catégorie de gènes
inductibles par l’IFN était également
compromise dans les DC néonatales stimulées par le LPS, provenant d’une répression
transcriptionnelle de la synthèse d’IFN-␤,
bien que la signalisation IFN-␤ soit fonctionnelle dans les MoDC néonatales. En effet,
dans les DC néonatales stimulées par le LPS,
STAT1 est phosphorylé en Western-Blot à 4h,
et IRF3 et NF-␬B sont transloqués vers le
noyau. Cependant, l’interaction de IRF3 avec
CBP et l’ADN est empêchée. L’IFN-␤
exogène ne restaure pas non plus la synthèse
d’IL-12(p35) dans les MoDC stimulées par le
LPS. Au contraire, en réponse à divers ligands
de TLR, les DC néonatales sont compétentes
pour sécréter de l’IL-23 qui peut induire la
sécrétion d’IL-17 par les cellules T CD8 +
néonatales activées de façon polyclonale. Le
LPS et le R848 induisent de meilleures
réponses de production d’IL-23 dans les DC
néonatales que dans les adultes. En outre,
l’équipe de Fabienne Willems a exploré la
fonction des PDC néonatales et a observé
qu’elles étaient incapables de synthétiser de
l’IFN-␣ en réponse au CpG et au R848 bien
qu’elles expriment des niveaux d’ARNm de
TLR9 et 7 équivalents à ceux des adultes.
Leur production d’IFN␣ après une infection
par le CMV est également déficiente. La
vulnérabilité des nouveaux-nés humains
pourrait donc être due partiellement au
défaut d’expression d’IL-12 et d’IFN de type I
dépendante des TLR par les DC néonatales et
l’axe fonctionnel IL-23/IL-17 pourrait compenser la voie de signalisation IL-12/IFN-␣ peu
optimale dans la vie précoce.
Fabienne Willems
Sebastian Amigorena
Réponses des DC dans les
nouveaux-nés humains
Les nouveaux-nés humains sont plus
sensibles aux infections de pathogènes
intracellulaires que les adultes. L’équipe de
Fabienne Willems démontre que les MoDC
néonatales sont déficientes dans leur
production d’IL-12(p70) en réponse au LPS et
au poly(I : C), à cause d’un défaut spécifique
dans l’expression du gène codant pour la
sous-unité (p35) de l’IL-12. Le déficit en
synthèse d’IL-12(p35) après stimulation par
LPS dépend d’un processus de remodelage
nucléosomal réduit, qui est requis pour la
transcription du gène de IL-12(p35). Elle a
également montré que l’IRF3 était essentiel
Présentation d’antigène et
activation de cellules T par
les DC
Les cellules dendritiques qui ont internalisé
des pathogènes ou des fragments de cellules
mourantes présentent des peptides
protéolytiques dérivés de ces antigènes en
association avec les molécules du CMH de
classe I et II. Pour présenter ces antigènes de
façon efficace, les DC doivent éviter la
dégradation de peptides potentiellement
immunogéniques dans les endosomes et les
phagosomes. En effet, les DC ont développé
des mécanismes variés qui régulent la
■ ■ ■ suite page 22
SFI ACTUALITÉS 21
■■■
dégradation phagosomale et l’apprêtement
de l’antigène de façon très précise. La
dégradation protéolytique des compartements endocytaires étant contrôlée par le
pH, l’équipe de S. Amigorena a analysé la
régulation phagosomale du pH. Elle a ainsi
utilisé une méthode de mesure du pH au
cytomètre en flux reposant sur un FITC
sensible au pH et un marqueur rouge
insensible au pH. Ceci lui a permis de relever
un pH extrêmement élevé dans les
phagosomes de DC (7,5 à 7,8), qui semblent
posséder un mécanisme actif d’alcalinisation
du phagosome, contrairement aux macrophages. Ce pH élevé est maintenu en dépit
de l’acidification active exercée par la VATPase. Dans les neutrophiles, l’alcalinisation
du phagosome passe par la NADPH oxydase
(NOX), qui favorise la production d’espèces
réactives de l’oxygène (ROS). La dismutation
des ROS en peroxydes induit la consommation de proton, élevant ainsi de façon
transitoire le pH dans la lumière du phagosome. L’équipe de Sebastian Amigorena a
montré qu’un membre de la famille de NOX,
NOX2, était exprimé dans les DC, et pouvait
être recruté efficacement par les phagosomes précoces. Le recrutement de NOX2
entraîne une forte production de ROS dans
les phagosomes. Les DC provenant de souris
déficientes pour NOX2 présentaient d’ailleurs
un pH diminué, induisant une dégradation
protéique excessive dans les phagosomes,
qui entraînait un défaut marqué de crossprésentation de deux modèles d’antigènes.
L’équipe de S. Amigorena conclut dont que
l’alcalinisation phagoso- male induite par
NOX2 limite l’acidification du phagosome et
donc la dégradation de l’antigène, favorisant
ainsi une cross-présentation efficace dans les
DC.
Anne Hosmalin
Les PDC cross-présentes
des antigènes HIV
Les PDC ont été déclarées comme
incapables de cross-présenter. Pourtant,
l’équipe de A. Hosmalin a montré que des
PDC humaines purifées du sang pouvaient
cross-présenter des antigènes HIV provenant
de cellules T CD4 + infectées par le HIV,
qu’elles soient apoptotiques ou vivantes,
ainsi que des antigènes de différents
lipopeptides vaccinaux HIV. Cette crossprésentation par les PDC est stimulée par le
virus de l’influenza et elle pourrait être
responsable de la stimulation des cellules T
SFI ACTUALITÉS 22
régulatrices durant l’infection HIV, menant à
la tolérance ou à une hyperactivation réduite
du système immunitaire.
Anne Thomas
Evaluation du potentiel
antiviral d’agonistes des TLR
Des agonistes du TLR7, comme l’imiquimod
et l’isatoribine ont une efficacité dans le
traitement du papillomavirus et du HCV
humains respectivement. L’équipe de A.
Thomas a testé le potentiel d’agonistes des
TLR1 à 9 pour le traitement des infections à
HCV, en les incubants avec du sang total ou
des PBMC purifiées humains. Le surnageant a
ensuite été récupéré et ajouté à un test de
réplication du HCV ou bien utilisé pour doser
les cytokines produites. Les TLR3, 4, 7, 8 et 9
ont montré une activité antivirale significative.
Cependant, l’effet antiviral des agonistes de
TLR3, 7 et 9 était séparé de leur induction de
cytokines pro-inflammatoires, alors que cette
réponse pro-inflammatoire des agonistes de
TLR4 et 8 entrait en concurrence avec la
réponse anti-virale. Les cibles les plus
intéressantes pour une thérapie anti-HCV
seraient donc les TLR3, 7 et 9.
Tara Roberts
Identification d’un récepteur
cytoplasmique pour l’ADN
double brin
L’ARN double brin viral est reconnu dans
l’endosome et dans le cytoplasme des
cellules. L’ADN viral peut de la même
manière être reconnu par le système
immunitaire. L’ADN contenant des motifs
CpG est reconnu dans l’endosome par le
TLR9. Plus récemment, il a été montré que la
présence d’ADN double brin dans le
cytoplasme induisait la production
d’interférons de type I, TNF alpha, IL-6 et
autres cytokines pro-inflammatoires et
chimiokines. Les réponses à l’ADN double
brin cytoplasmique sont indépendantes du
TLR9 et de toutes les protéines adaptatrices
des TLR connues. L’équipe de T. Roberts a
montré que l’activation cellulaire par l’ADN
cytoplasmique nécessitait le fait que l’ADN
soit double brin, et que les ADN double brin
plus longs induisaient des réponses plus
fortes que les ODN double brin courts. Pour
identifier le récepteur à l’ADN double brin
cytoplasmique, l’équipe a réalisé des extraits
cytoplasmiques de macrophages dérivés de
moelle osseuse et a isolé les protéines se
liant à l’ADN double brin par purification
d’affinité. Les protéines qui se liaient
spécifiquement à l’ADN double brin et non
pas simple brin ont été identifiées par
spectrométrie de masse. Leur récepteur
d’ADN potentiel était la seule protéine
cytoplasmique se liant à l’ADN double brin
identifiées par gelshift et sa force de liaison
était corrélée avec la longueur de l’ADN. De
plus, leur récepteur d’ADN était colocalisé
avec l’ADN marqué au Cy3 peu après
microinjection ou électroporation.
Heike Schmidlin
Les PDC stimulées affectent
le développement des
cellules T humaines
Les PDC thymiques sont localisées de façon
prédominante dans la médulla et à la
jonction cortico-médullaire, le site d’entrée
des cellules précurseurs multipotentielles
dérivées de la moelle osseuse dans le
thymus, permettant l’interaction entre les
PDC thymiques et les cellules précurseurs.
Heike Schmidlin a démontré que des PDC
générées in vitro stimulées avec CpG ou virus
empêchaient le développement de cellules
progénitrices CD34 + CD1a - autologues
humaines vers le lignage de cellules T. Cette
détérioration est levée par addition
d’anticorps anti-IFN type I neutralisants, ce
qui implique fortement que la production
endogène d’IFN-␣/␤ soit responsable de cet
effet inhibiteur. De l’IFN-␣ ajouté de façon
exogène a un impact similaire sur le
développement des cellules progénitrices
CD34+CD1a- en cellules T induit par IL-7 et le
ligand de Notch, puisque l’induction de
l’expression de surface de CD1a, CD4, CD8
et TCR/CD3 et les réarrangements des
segments V-DJ du TCR␤ étaient sévèrement
affectés. La prolifération induite par IL-7, mais
pas la survie des cellules progénitrices
thymiques en développement était fortement
inhibée par l’IFN-␣. L’IFN-␣ inhibe donc la
voie de transduction du signal de l’IL-7R, mais
cette inhibition pourrait ne pas être attribuée
à une interférence avec les évènements
proximaux (STAT5, Akt/PKB, Erk1/2) ou
distaux (p27kip1, pRb) de l’IL-7R.
C OMPTEs-RENDUs suite
Estelle Merck
Ludwig Institute for Cancer Research
Suisse
[email protected]
2
Anthony Hayday nous a donné de nouvelles
informations concernant la différentiation de
lymphocytes T non conventionnels, les DETC
murins. Ces cellules ␥␦ non restreintes au
MHC ont un répertoire quasiment mono clonal, composé des chaînes V␥5V␦1. Il a été
proposé que ces cellules soient sélectionnées
positivement par des agonistes dans le
thymus, mais jusqu’à présent aucun agoniste
n’a été identifié. Anthony Hayday a présenté
une souche de souris, dérivée de la souche
FVB, qui présente des pathologies cutanées
et une absence de DTEC dans la peau. Leurs
précurseurs V␥5 + étant présents dans le
thymus fétal, ces souris souffrent d’un défaut
de maturation intrathymique des DETC dû à
un problème dans le compartiment stromal.
Différentes approches génomiques sont
actuellement en cours pour identifier la
protéine, exprimée par le stroma thymique,
et impliquée dans le méchanisme de
sélection du TCR des DETC. Cette molécule
serait nouvelle, à la séquence génomique
annotée, codant pour une protéine
transmembranaire également exprimée dans
la peau. Elle est conservée chez le rat, mais
non chez l’homme.
L’implication des molécules MHC I atypique
dans diverses maladies a été soulignée.
Siamak Barham a présenté diverses études
génomiques sur les gènes MIC et leur
expression. Dix nouveaux gènes de cette
famille ont été identifiés chez l’homme. En
particulier ZAC, une glycoprotéine soluble
(zinc ␣2), qui intervient dans le catabolisme
des lipides et est directement impliquée dans
la cachexie liée aux cancers. Si le gène est
délété, une prise de poids est observée en cas
de prise de nourriture riche en lipides gras.
Ian Trowsdale a également largement
discuté des molécules ULBP/RAE ligands de
NKG2D. L’expression de RAETG, membre de
cette famille de ligands, sur les cellules
épithéliales de l’intestin est augmentée et
localisée en surface dans la maladie
coeliaque. Cette molécule est également un
marqueur tumoral des cellules épithéliales, et
est induite par l’infection HCMV. La forme
soluble de RAETG diminue l’expression de
NKG2D par un mécanisme dépendant des
cytokines. L’IL-15 et l’IL-21 contrecarrent cette
diminution.
Stefan Welte a présenté l’identification du
premier ligand identifié pour le récepteur
activateur NKp80/KLRF1. AICL (pour
activation-induced C-type lectin) est codé par
un gène très proche de celui de NKp80.
Cette molécule transmembranaire est un
récepteur activateur des cellules myéloides
(production de TNF après stimulation via un
anticorps), dont l’expression est augmentée
par stimulation de la voie TLR. La présence
d’AICL sur des cibles myeloïdes augmente la
lyse de ces cellules par des cellules NK. Plus
largement, lors de la communication
monocytes-cellules NK, les interactions
NKp80-AICL stimulent la sécrétion de
cytokines par les deux types cellulaires.
Un ligand du récepteur inhibiteur à ITIM,
LAIR-1, a également été identifié et présenté
par Linde Meyaard. Un clonage par expression a permis de montrer que le collagène 17
lie les molécules LAIR-1 humaine et murine.
LAIR-1 lie en fait différents collagènes et les
reconnaît via le domaine commun à
répétitions de Gly-Pro-HYP. L’interaction avec
LAIR-1 déclenche l’agrégation cellulaire, et
inhibe l’activation suivie par la dégranulation
des cellules RBL. Différents collagènes,
protéines les plus répandues dans le corps
humain, sont donc des ligands physio logiques de LAIR-1 qui lui confèrent un rôle
inhibiteur dans la régulation de la réponse
immunitaire.
La présentation d’Eric Vivier s’est découpée
en deux parties, une basée sur le concept
“qu’est ce qui est naturel dans une cellule
NK” et une seconde partie plus pratique et
technique concernant la description de
NKp46 comme marqueur “universel” des
cellules NK. La première partie a eu le mérite
de présenter des données “historiques”
concernant les cellules NK, d’apporter une
réflexion sur leur définition, ainsi que de
présenter les questions toujours en suspens.
Cette réflexion est très bien présentée dans
l’article “What is natural in natural killer
cells?” publié dans Immunology Letters 107,
1-7. Le sujet nouveau de “l’éducation de la
cellule NK” (maturation fonctionnelle par
l’engagement entre autre des récepteurs
inhibiteurs reconnaissant le MHC de classe I)
est en particulier très bien traité.
La deuxième partie concernait l’utilisation de
NKp46 comme marqueur spécifique des
cellules NK chez l’homme et la souris,
quelque soit la souche (B/6, BALB/C,
CBA/CA, NOD). En effet, alors que NK1.1
n’est pas exprimé par toutes les souches de
souris, et que DX5 peut être légèrement
exprimé par les cellules myeloïdes, les
cellules NKT et les lymphocytes T ␥␦ (sans
compter que certaines cellules NK du foie
■ ■ ■ suite page 24
SFI ACTUALITÉS 23
C OMPTEs-RENDUs suite
■■■
sont DX5-), NKp46 n’est pas exprimé par les
cellules myeloïdes, ni par les autres types de
lymphocytes que les cellules NK. Ce
marqueur peut donc être largement utilisé,
en particulier in situ, constituant ainsi un
nouvel outil fiable dans la détection des
cellules NK.
Le présentation de Hanspeter Pircher visait à
mieux comprendre pourquoi les lymphocytes
T CD8 + peuvent exprimer des récepteurs
inhibiteurs de type de ceux habituellement
exprimés par les cellules NK. En particulier,
les lymphocytes T CD8 + expriment le
récepteur KLRG1/MAFA suite à des
stimulations répétitives du TCR, ce qui est
parti culièrement visible lors d’infections
virales persistantes (CMV, HIV, EBV chez
l’homme). L’infection LCMV chez la souris
permet d’étudier ce phénomène, et de
démontrer que les CD8+ KLRG1+ ont une
capacité à proliférer moindre que les KLRG1-.
KLRG1 est également exprimé par une partie
des lymphocytes CD4+ régulateurs à phénotype effecteur/mémoire. Chez l’homme, la
proportion de cellules T CD8 KLRG1 +
augmente avec l’âge, pouvant atteindre les
90% de la population CD8+ totale. L’équipe
de Hanspeter Pircher a déterminé que l’Ecadherine est le ligand de KLRG1 à la fois
chez l’homme et la souris. Le rôle d’inhibition
de KLRG1, récepteur inhibiteur à ITIM, n’est
pas global et touche des fonctions
spécifiques. L’E-cadherine n’est pas capable
d’inhiber les fonctions de lyse des
lymphocytes T CD8 + effecteurs, mais il
diminue l’induction de CTL quand des
cellules présentatrices d’antigènes nonprofessionnelles sont utilisées. L’hypothèse
de Hanspeter Pircher est que l’interaction
KLRG1-E-cadherine a pour rôle de contenir la
prolifération des lymphocytes et d’augmenter
le seuil d’activation dans les tissus
épithéliaux, afin d’éviter les phénomènes
d’inflammation chronique et d’autoimmunité.
Marco Colonna nous a fait part des nouvelles
avancées dans le domaine de la biologie des
récepteurs TREM-1 et -2, tout d’abord décrits
comme activateurs, liés à la chaîne de
signalisation à ITAM, DAP12. Il nous a tout
d’abord présenté des données concernant la
recherche d’un ligand du récepteur TREM-1,
impliqué dans la gravité du choc septique. La
production d’un tétramère de TREM-1 a
permis de mettre en évidence une liaison de
cette molécule sur les neutrophiles provenant
exclusivement de patients souffrant de choc
septique. L’identification précise du ligand,
ainsi que de la détermination de l’origine de
SFI ACTUALITÉS 24
la forme soluble de TREM-1 (épissage
alternatif ou coupure par des protéases)
permettra de mieux comprendre le rôle de
cette molécule dans la gestion de
l’inflammation et du risque de choc septique.
Dans une 2ème partie, Marco Colonna nous a
présenté des données générées à partir des
souris déficientes pour TREM-2. L’expression
de TREM-2 au sein du système immunitaire
de la souris est assez restreinte, puisqu’elle
est essentiellement détectée sur les
macrophages recrutés lors d’inflammation et
les macrophages alvéolaires dans le cadre
d’allergie. Les macrophages générés à partir
de cellules de moelle osseuse des souris
déficientes pour TREM-2 produisent plus de
cytokines en réponse à des ligands TLR,
corrélant avec les observations similaires
faites par l’équipe de Lewis Lanier à partir des
souris déficientes en DAP12. En dehors du
système immunitaire, TREM-2 est également
exprimé par les pré-ostéoclastes. Son
absence dans les souris induit une
osteoclastogénèse accélérée avec une
augmentation de l’expression des marqueurs
d’ostéoclastes (renforçant l’idée d’un rôle
inhibiteur pour TREM-2). Ce phénomène,
déjà observé dans les souris déficientes en
DAP12, est l’inverse de ce qui est observé
chez les patients souffrant de la maladie de
Nasu-hakola (déficience soit en DAP12 soit
en TREM2). Cette différence homme-souris
mérite des recherches approfondies, ainsi
que la détermination des ligands de TREM-2,
de leurs affinités respectives et de leur
capacité à induire un signal négatif ou positif
via le récepteur.
Agnès Jamin
AFSSA-LERAP
Unité Virologie Immunologie Porcines
Ploufragan
[email protected]
3
L
e 16 th European Congress of
Immunology (ECI) s’est déroulé du
6 au 9 septembre 2006 au Palais des
Congrès de Paris. J’ai également pu participer
au congrès satellite 2nd European Workshop
of Veterinary Immuno logy les 2 jours
précédents, ce qui a été très intéressant par
rapport à la réflexion autour de ma thématique de recherche en immunologie porcine
dans le cadre d’une infection virale car ce
petit congrès de 300 personnes a été l’occasion d’initier de nombreuses discussions.
Il faut noter que le 16th ECI s’inscrit comme le
1er congrès commun de toutes les sociétés
nationales européennes d’immunologie,
réunissant ainsi presque 5000 personnes, ce
qui était très impressionnant. Quatre grandes
thématiques ont été abordées pendant les 4
jours de congrès : l’immunité innée,
l’immunité adaptative, les maladies du
système immunitaire et les essais de thérapies
sur le système immunitaire. Devant la variété
des domaines abordés, j’ai plus particu lièrement ciblé les conférences en rapport
avec ma thématique de recherche : les
cellules dendritiques (DC), l’immunité innée et
adaptative, ainsi que l’immunologie
vétérinaire.
Dans les sessions portant sur les fonctions et
les interactions des DC, mais aussi sur le rôle
des DC à l’interface de l’immunité innée et
adaptative, des conférences ont permis de
faire le point sur le rôle général des DC. Il a
été également démontré que les DC
plasmacytoïdes sont capables de présenter
des antigènes dans les ganglions lymphatiques, ce qui est une nouvelle avancée dans
la compréhension du rôle de ces cellules
restées longtemps mal connues. Les
différentes voies de régulations de l’IFN-␣,
mais aussi des différentes interleukines, ont
été exposées pour les différents types de DC
dans le cadre de plusieurs infections virales et
bactériennes, apportant de nouvelles
données concernant le rôle de l’interleukine 2
par exemple. Tout ceci a été complémentaire
avec la session sur les cytokines inflam matoires et les réponses anti-virales.
Au niveau de la synapse immunologique,
plusieurs nouvelles idées et données ont été
présentées durant le pré-meeting mais
également au cours de l’ECI.
Marion Espéli
Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy
[email protected]
La session portant sur les grands modèles
animaux tels que les ovins et les porcs a
démontré l’intérêt de l’utilisation de ces
modèles en immunologie, en particulier
concernant les DC et leur migration aussi bien
dans les tissus lymphatiques que le tube
digestif, mais également dans la circulation
sanguine et en culture cellulaire.
Parmi les nombreux posters présentés, je me
suis particulièrement intéressée à ceux de ma
session portant sur l’évasion microbienne au
système immunitaire. De plus, j’ai apprécié les
posters qui traitaient également des cytokines
anti-inflammatoires dans les réponses antivirales et des DC dans les pathologies virales.
Différents types de réponses immunitaires ont
ainsi été illustrés dans des contextes assez
globaux. De manière plus spécifique, les
posters sur la maturation et la différenciation
des DC, ainsi que sur les récepteurs du Fc et
sur le complément m’ont fourni de
nombreuses informations sur l’effet des TLR,
des cytokines et de diverses autres molécules
sur les DC myéloïdes, mais aussi sur
l’activation des pDC via les Fc␥R par
seulement certaines catégories d’anticorps.
Le regroupement de nombreux exposants sur
le site du Palais des Congrès a permis des
rencontres intéressantes avec les commerciaux pour aborder des discussions
techniques constructives, et cela a aussi été
utile pour faire des études comparatives de
certains matériels.
Finalement, ce congrès a été très profitable
par la confirmation de nouvelles avancées
dans le domaine des cellules dendritiques,
ainsi que par les conférences montrant les
dernières approches en immunologie
vétérinaire.
4
Jusqu'à présent, la structuration de la synapse
immunologique des cellules T en p-SMAC
(peripheral-Supra Molecular Activation
Cluster) et c-SMAC (central-SMAC) était
considérée comme un pré requis à
l’activation du TCR. Il apparaît maintenant
que les fonctions effectrices T, et notamment
la lyse des cellules cibles, sont beaucoup plus
rapides que la mise en place de la synapse
(Salvatore Valitutti). De plus, l’activation du
TCR ne se ferait pas au niveau du c-SMAC
mais dans des microclusters qui se forment
en périphérie de la synapse. Le c-SMAC
servirait alors à éliminer les microclusters déjà
activés (Michael Dustin).
Un autre point important porte sur la
comparaison des différentes cellules
présentatrices de l’antigène (APC). Selon la
nature de l’APC (cellule dendritique, cellule
dendritique plasmacytoïde ou cellule B), la
structure de la synapse et le devenir de la
cellule T diffèrent (Matthias Gunzer,
Francesco Sanchez-Madrid).
Enfin, de nouvelles molécules semblent être
polarisées au niveau de la synapse immunologique et participer à son fonctionnement,
notamment les récepteurs au glutamate
(Sylvia Cohen-Kaminsky), les centrioles
(Gareth Griffiths) ou encore la L-plastin
(Guido Wabnitz).
L
e 16ème Congrès Européen d’Immunologie s’est tenu à Paris du 6 au 9
septembre 2006. Dans le cadre de ce
congrès a eu lieu un pré-meeting intitulé
“Imaging the immunological synapse”. Ce
pré-meeting permettait de faire le point sur les
dernières avancées concernant la synapse
immunologique mais aussi les différentes
techniques et utilisation de la microscopie
confocale. Parmi celles-ci on peut noter le
développement du bi-photon qui est la base
de la microscopie intra-vitale, les “membrane
sheets” qui permettent d’observer par
microscopie électronique les membranes à la
zone de contact avec un support ou encore le
TIRFM (Total Internal Reflection Fluorescence
Microscopy) qui lui, permet d’observer une
zone précise des cellules vivantes sur une
faible profondeur en éliminant le bruit de fond
lié au reste de la cellule.
A noter également le nouveau mécanisme
d’action de CTLA-4 sur l’activation du TCR
décrit par Christopher Rudd. CTLA-4 est
un co-récepteur modulateur du TCR.
Christopher Rudd et son équipe ont montré
pour la première fois que CTLA-4 agissait en
augmentant la motilité des cellules T. De ce
fait, la durée des contacts entre cellules T et
APC est réduite entraînant une diminution de
la signalisation par le TCR.
SFI ACTUALITÉS 25
C OMPTEs-RENDUs suite
de la prostate, sujet de cette étude,
échappent au système immunitaire.
Alexandra Rizzitelli
The Walter and Elisa Hall Institute of
Medical Research
Victoria, Australia
[email protected]
5
L
e 16 ème congrès Européen
d’Immuno logie, tenu à Paris en
septembre dernier, était plutôt bien
organisé compte tenu de l’ampleur de
l’événement. Le Palais des Congrès était
suffisamment vaste pour accommoder un
public grandissant, et nous a offert une
conférence de qualité.
Au cours de ce congrès, mon attention s’est
particulièrement portée sur les sessions
concernant l’immunologie des tumeurs et les
nouvelles thérapies anti-cancéreuses.
Un des premiers exposés était donné par
Vincenzo Bronte (Italy) concernant le rôle du
métabolisme de la L-arginine dans l’immunologie des tumeurs. Les tumeurs en croissance
sont capables de recruter en leur sein des
cellules suppressives naturellement présentes
dans la moelle osseuse, les MDSC (myeloidderived suppressor cell). Ces cellules au
phénotype CD11b+ Gr1+ et sont capables
d’inhiber l’activation des cellules T antitumorales via la production de NO. Ce NO est
un produit du métabolisme de la L-arginine
généré par la NO synthase. C’est par ce
mécanisme que certains cancers, tel le cancer
SFI ACTUALITÉS 26
Des résultats forts intéressants et de plus,
encore non publiés, ont été présentés par
Guillaume Darrasse-Jèze (France). Cette
équipe travaille sur le mécanisme de
tolérance induite par les tumeurs. Les
tumeurs sont capables d’induire une réponse
T effectrice spécifique d’antigènes tumoraux,
mais leur action semble toujours être
surpassée par la population de cellules T
régulatrices présentes dans l’organisme a
l’état normal, d’où une situation de tolérance
de la tumeur. Les auteurs montrent que si
l’on élimine les cellules T régulatrices avant
ou peu de temps après l’implantation d’une
tumeur, les cellules T effectrices sont alors
capables d’agir et de rejeter la tumeur. Ces
résultats ont une importance capitale pour la
mise au point de nouveaux protocoles anticancéreux.
Plusieurs résultats d’essais cliniques anticancéreux ont également été présentés :
Cornelis Melief (Pays-Bas) présenta des
résultats prometteurs d’un essai pré-clinique
de vaccination contre le papillomavirus par
l’injection de long peptide issu des protéines
oncogènes E6 et E7.
Concernant l’utilisation des cellules
dendritiques en tant que vecteur théra peutique des cancers, Peter Brossart
(Allemagne) a présenté les résultats des
essais cliniques de phase 1 réalisés par son
équipe. Les auteurs ont démontré l’innocuité,
la faisabilité et l’efficacité du protocole
d’injection de patients atteints de cancer
métastatique du rein avec des cellules
dendritiques autologues chargées en
peptides. Ce résultat se traduit par le
développement de lymphocytes T cyto toxiques dirigés contre le peptide ainsi
qu’une réduction du nombre de métastases
chez 6 des 20 patients.
Enfin, Gerold Schuler (Allemagne) aborda le
sujet de la qualité des cellules dendritiques
injectées lors de thérapies et souligna qu’une
meilleure efficacité des vaccins est obtenue
lorsque les cellules dendritiques sont
electroporées avec différents ARN plutôt que
chargées en peptides.
Camille Fos
INSERM U599
Immunology and Cancerology Laboratory
Marseille
[email protected]
6
L
e 16 ème Congrès Européen
d’Immunologie qui s’est tenu à Paris
du 4 au 9 septembre 2006 a
présenté un programme scientifique riche et
de très grande qualité.
Dans un premier temps, le pré congrès
“Imaging the Immunological synapse” a fait,
grâce à la présence d’orateurs de pointe, le
point sur l’ensemble des données scientifiques et techniques vouées à l’étude de la
synapse immunologique dans son ensemble.
Ceci a par la suite été complété par les
données traitant de la signalisation et de
l’activation des cellules T présentées lors des
conférences et workshops du congrès luimême.
Des données particulièrement impres sionnantes ont pu être obtenues grâce à la
microscopie intravitale bi-photonique qui
permet de visualiser des évènements in situ
directement chez l’animal. Nous avons ainsi
pu voir par exemple, la circulation et la
migration de T cytolytiques le long des vaisseaux sanguins dans une tumeur solide EG7
injectée à une souris (Sebastian Amigorena)
ou bien la dynamique des contacts entre une
cellule T et une cellule dendritique dépendant
du type et de l’état d’activation de la cellule
dendritique (Matthias Gunzer).
La technique de “membrane sheet” couplée
à de la microscopie électronique, quant à elle,
permet de visualiser avec une très haute
définition la structure de la synapse
immunologique et plus particulièrement la
structure et le regroupement des protéines
présentes à la membrane. Grâce à cette
technique, Andrea Alcover définit ainsi son
modèle de “Protein Island” selon lequel la
plupart des protéines membranaires sont
regroupées en îlots à la membrane. Sylvia
Cohen Kaminsky qui a également énormément développé cette technique révèle quant
à elle la présence de microclusters contenant
le TCR, le récepteur au NMDA et PSD95 au
sein de la synapse.
La synapse immunologique jusqu’alors
caractérisée par ses structures en c-SMAC et
p-SMAC semblent en fait être composée de
microclusters protéiques gouvernant l’état
d’activation de la cellule.
Le lien entre synapse immunologique et état
d’activation de la cellule T a largement été
développé par Salvatore Valitutti qui aborde
une vue dynamique de l’activation lymphocytaire T. Il propose un modèle selon lequel la
formation de la synapse (et des clusters
protéiques qui lui sont associés) peut
succèder aux signaux d’activation fournis par
le TCR, notamment dans le cadre d’une
synapse entre une cellule T cytoloytique et
une CPA. La synapse “lytique” et la synapse
“stimulatrice” sont découplées dans le temps
puisque la cellule cytolytique devient
effectrice avant que la formation du cSMAC
caractéristique ne soit effective.
Francesco Sanchez Madrid et Matthias
Gunzer soulignent tous deux le lien entre
l’état d’activation de la cellule T et le type
et/ou l’état d’activation de la cellule
présentatrice engagée ceci corrélant avec des
différences dans la morphologie et la
structure de la synapse.
Gareth Griffiths quant à elle décrit la
polarisation du MTOC (centre organisateur
des microtubules) et des centrioles qui le
composent à la synapse immunologique lors
de la sécrétion d’un lymphocyte cytotoxique.
Cette polarisation est médiée par un effecteur
de cdc42 (IQGAP1) qui stabilise l’extrémité
positive des microtubules au cytosquelette
d’actine.
Sophie Laffont
INSERM U563
Toulouse
[email protected]
7
L
e 1 er congrès joint des sociétés
européennes d’immunologie s’est
tenu à Paris au début du mois de
septembre 2006. Il a pu répondre aux attentes
de tout immunologiste !
Il a débuté par une conférence de haut niveau
donné par le Pr. Rolf Zinkernagel et s’est
poursuivi les trois jours suivants par des
conférences d’excellente qualité. Les
workshops organisés ont permis à de
nombreux étudiants, dont je fais partie, de
présenter, souvent pour la première fois, leurs
travaux devant une audience intéressée et de
poursuivre d’enrichissantes discussions devant
les posters. Cependant, ce congrès a été aussi
victime de son succès, les salles accueillant les
sessions plénières sur les cellules T régulatrices
ou les cellules dendritiques, par exemple,
étaient souvent prises d’assaut et leur accès
rapidement interdit…
Durant ce congrès, beaucoup de séminaires
se sont intéressés à la biologie des cellules
dendritiques (DCs). Yvette Van Kooyk a
présenté de récents travaux sur une nouvelle
lectine de type C, MGL, exprimée majoritairement à la surface des DCs “toléro géniques” et qui se lie préférentiellement à la
phosphatase CD45 à la surface des cellules T
effectrices. Cette interaction régule
négativement la signalisation en aval du TCR
en inhibant la sécrétion des cytokines ainsi que
la prolifération de la cellule T, parallèlement la
mort cellulaire des cellules T effectrices est
augmentée.
L’aspect DCs et tolérance a été aussi abordé
par Giuseppe Penna qui a fait un exposé très
complet sur le rôle de la 1,25-dihydro xyvitamine D3, agent permettant de rendre
des DCs tolérogéniques. En étudiant le rôle
de la 1,25-dihydroxyvitamine D3 sur différents
sous-types de cellules dendritiques, il a pu en
mettre en évidence que contrairement aux
DCs myéloïdes (mDCs), les DCs plasma cytoïdes (pDCs) sont “réfractaires” à son
action. Alors que la 1,25-dihydroxyvitamine D3
inhibe entre autres la production d’IL-12 par
les DCs myéloïdes, et par conséquence le
développement des cellules Th1, en augmentant cependant leur production d’IL-10, elle
n’a aucun effet sur la production d’IFN-␣ par
les DCs plasmacytoïdes, ni sur leur capacité à
induire des CD4+ suppresseurs. Ces effets
peuvent être expliqués par le fait qu’à l’inverse
des DCs myéloïdes, le traitement par la 1,25dihydroxyvitamine D3 chez les pDCs n’inhibe
pas la translocation dans le noyau du facteur
de transcription NF-␬B p65. Ces résultats
mettent encore une fois en évidence le rôle
bien spécial de la sous-population plasmacytoïde au sein des DCs.
Durant cette même session, M. Brenk a
présenté des résultats très intéressants
mettant en évidence que l’enzyme IDO et la
déplétion en tryptophane n’a pas seulement
des conséquences sur les cellules T, mais
exercent un effet direct sur les cellules
dendritiques elles-mêmes. Il a pu montrer que
l’absence de tryptophane dans l’environ nement diminue la pinocytose par les DCs
ainsi que leur expression de CD40 et CD86 et
augmentant en revanche l’expression du
récepteur inhibiteur ILT3. Après maturation,
ces DCs possèdent aussi des capacités
diminuées à stimuler des cellules T.
Enfin, l’explication de la susceptibilité
augmentée des nouveaux-nés aux infections a
été abordée par deux exposés différents.
Richard Lo-Man a présenté des résultats chez
la souris mettant en évidence le rôle régulateur de la population B CD5 + , parti culièrement abondante chez les nouveauxnés. Par leur capacité à sécréter de grandes
quantités d’IL-10 suite à une stimulation par
différents ligands des TLRs, ils vont empêcher
la sécrétion d’IL-12 et donc le développement
de cellules Th1, alors que la génération de Th2
et de CTL n’est pas abolie. Fabienne Willems
a pu mettre en évidence que chez l’Homme, la
susceptibilité accrue des nouveaux-nés aux
pathogènes intra-cellulaires pouvaient
s’expliquer par un défaut de synthèse d’IL-12
par les DCs et d’IFN-␣ par les pDCs suite à
une stimulation des TLRs.
Ce congrès fut si riche qu’il est difficile d’en
faire un rapport exhaustif, mais à n’en pas
douter, il fut très instructif et enrichissant du
point de vue des idées exposées et des
nouvelles rencontres.
SFI ACTUALITÉS 27
C OMPTEs-RENDUs suite
Carole Speziani
INSERM U 503 – UCBL ENS de Lyon
Lyon
[email protected]
8
L
e seizième Congrès Européen
d’Immunologie s’est déroulé à Paris
du 6 au 9 septembre 2006. Ici, je
résume les deux points de ce congrès qui
sont en relation avec mes travaux de
recherche et qui concernent la plasticité
cellulaire des cellules dendritiques
conventionnelles (cDC).
En effet, les cDC sont des éléments clef de la
réponse immunitaire puisqu’elles participent
à la fois dans la réponse immunitaire innée et
la réponse immunitaire adaptative. Nous
avons précédemment montré que les cDC
humaines dérivées de monocytes sont
capables de rentrer dans un processus de
différenciation et de former des cellules
SFI ACTUALITÉS 28
multinucléées géantes résorbant l’os, c'està-dire des ostéoclastes, en réponse au
M-CSF+RANKL (respectivement pour macrophage-colony stimulating factor et receptor
activator of NF_B ligand), in vitro (A. Rivollier
et al., Blood 2004). Nous avons appelé ce
processus la “transdifférenciation” des cDC
en ostéoclastes. Nos travaux plus récents
montrent que les cDC murines dérivées de
progéniteurs Flt3+ sont elles aussi capables
de se transdifférencier en ostéoclastes, en
réponse au M-CSF+RANKL in vitro et ex vivo
(C. Speziani et al., WA124-744). Nos travaux
montrent que le processus de transdif férenciation peut être subdivisé en trois
paramètres qui sont la fusion cellulaire,
l’activité de la phosphatase TRAP et l’activité
de résorption osseuse. La maturation des
cDC n’a pas d’influence sur l’activité de TRAP
en réponse au M-CSF+RANKL mais elle
inhibe la fusion cellulaire et l’activité de
résorption osseuse, inhibant ainsi le
processus de transdifférenciation. De plus, la
transdifférenciation est étroitement régulée
par les cytokines caractéristiques de la
réponse immunitaire. En effet, les cytokines
pro-inflammatoires telles que l’interleukine
(IL)-1 et le TNF␣ potentialisent la trans différenciation, au contraire des interférons
(IFN)-␣ et ␥ qui l’inhibent. Les cytokines Th2
IL-10 et IL-4 potentialisent la fusion cellulaire
mais ont un effet différentiel sur le phénotype
ostéoclastique caractérisé par l’activité de
TRAP et l’activité de résorption osseuse,
puisque l’IL-10 les potentialise alors que l’IL-4
les inhibe. Nos travaux ouvrent la porte à des
études in vivo de la transdifférenciation des
cDC en ostéoclastes.
Dans ce contexte, j’ai particulièrement été
attentive à la communication orale de C. BlinWakkach et al. (WA104-581) qui ont rapporté
leurs travaux sur la transdifférenciation des
DC murines en ostéoclastes in vivo. Tout
d’abord, les auteurs ont montré que les DC
purifiées à partir de rate sont capables de se
transdifférencier en ostéoclastes en réponse
au M-CSF+RANKL, ex vivo. Afin d’étudier le
potentiel de transdifférenciation des DC en
ostéoclastes in vivo, les auteurs ont utilisé le
modèle de souris oc/oc. Ces souris sont
déficientes pour la pompe à protons
vacuolaire (V-ATPase) et, en conséquent,
possèdent des ostéoclastes non fonctionnels
et souffrent d’ostéopétrose caractérisée en
particulier par une absence de cavité
médullaire, ce qui ne permet pas la survie des
souriceaux. Dans les nouveaux-nés oc/oc,
l’injection de DC sauvages purifiées à partir
de rate permet d’une part l’augmentation de
la survie des souriceaux et d’autre part, la
restauration de la résorption osseuse illustrée
par l’apparition d’une cavité médullaire dans
les fémurs. Ceci indique que les DC murines
sont capables de se transdifférencier en OC
in vivo. Enfin, lorsque les cellules de moelle
osseuse des souriceaux oc/oc injectés avec
des DC sauvages sont mises en culture en
présence de M-CSF+RANKL ex vivo, les
auteurs observent la formation d’ostéoclastes
fonctionnels, c'est-à-dire résorbant l’os, au
contraire des souriceaux oc/oc contrôles
injectés avec du PBS. Il serait à présent
intéressant de déterminer si cette formation
d’ostéoclastes ex vivo est entièrement initiée
par les DC et/ou si les DC sont capables de
jouer un rôle indirect dans ce processus ex
vivo. Il serait également intéressant, dans ce
modèle in vivo, de déterminer la part des
deux grandes sous-populations de DC qui
sont les cDC (qui répondent à toute sorte
d’antigènes) et les DC plasmacytoïdes
(spécialisées dans la réponse interféron en
particulier lors d’une infection virale). Bien
que nos résultats montrent que les pDC
purifiées à partir de rate ne sont pas capables
de se transdifférencier en ostéoclastes en
réponse au M-CSF+RANKL ex vivo, il se peut
qu’il nous manque des facteurs de survie des
pDC ex vivo et cette limitation technique
pourrait être remédiée par l’utilisation du
modèle in vivo de Blin-Wakkach et al.
Nos résultats montrent que la trans différenciation des cDC immatures humaines
et murines en ostéoclastes est potentialisée
par un environnement inflammatoire tel que
l’IL-1, TNF␣ et le liquide synovial de patients
atteints de polyarthrite rhumatoïde. Ceci
impliquerait la transdifférenciation des cDC
en ostéoclastes dans des pathologies autoimmunes comme la polyarthrite rhumatoïde.
Dans ce contexte, j’ai retenu la communication orale de LM. Charbonnier et al.
(WC63-370) qui ont utilisé le modèle murin
d’arthrite induite par le collagène. Le
protocole d’induction de cette arthrite est un
processus rigoureux qui met en jeu des souris
DBA/1 immunisées à J0 et J21 avec un mix
de collagène de type II et d’adjuvant complet
de Freud. Dans ces souris, les signes cliniques
de la maladie sont observables entre J27 et
J50. LM. Charbonnier et al. ont montré que
l’injection répétée de cDC immatures
murines dans la semaine précédent
l’immunisation primaire par le collagène et
d’adjuvant complet de Freud, inhibe le
développement de l’arthrite dans les souris.
Cette inhibition est associée avec
l’apparition, dans le foie et la rate, d’une
population de lymphocytes T régulateurs et
de forts taux d’IL-10 dans les ganglions
lymphatiques. Le transfert adoptif de ces
lymphocytes T régulateurs dans des hôtes
secondaires, une semaine avant leur
immunisation primaire par le collagène et
d’adjuvant complet de Freud, inhibe
l’apparition de l’arthrite dans ces souris. Ces
résultats indiquent donc que les cDC
immatures sont capables d’inhiber l’induction
d’une arthrite. Il est à présent intéressant de
déterminer si l’injection de cDC immatures
et/ou de lymphocytes T régulateurs est
capable de résoudre une arthrite déjà établie.
De plus, aux vues de nos résultats, il serait
intéressant de déterminer dans le modèle de
LM. Charbonnier et al. si les cDC immatures
injectées sont capables de se trans différencier en ostéoclastes in vivo. Il serait
également intéressant d’étudier le rôle de
l’IL-10 dans l’inhibition du développement de
l’arthrite et, si elle existe in vivo, dans la
transdifférenciation des cDC en ostéoclastes.
L’ensemble de ces données montre que les
cDC ont une grande plasticité de fonction et
de différenciation, et plus largement une
grande plasticité cellulaire, au niveau du
fonctionnement du système immunitaire et
du système osseux. Ceci s’inscrit dans un
domaine émergent, l’ostéo-immunologie, qui
étudie les relations entre ces deux systèmes
et qui sont étroitement liés dans l’organisme.
Raphaël Ho Tsong Fang
David Geffen School of Medicine
University of California Los Angeles
USA
[email protected]
9
L
e 1 er congrès joint des sociétés
nationales d’immunologie européennes et 16ème congrès européen
d’immunologie s’est déroulé au Palais des
Congrès de Paris du 6 au 9 septembre 2006.
Se déroulant sur 3 jours, avec plus de 4000
participants, 10 salles de conférences, 41
symposiums, 61 ateliers et un millier de
posters chaque jour, le programme était
copieux. Le résumé présenté ici est donc très
loin d’être exhaustif et reflète un programme
motivé par des inclinations scientifiques
personnelles. Les différentes sessions sont
présentées par ordre chronologique et
reprennent la nomenclature du programme.
SD04 Symposium-infections virales
et vaccinations
A. McMichael fait un point sur les essais
vaccinaux en cours contre l’infection par le
virus de l’immunodéficience humaine (VIH).
Alors que les vaccins prophylactiques
n’offrent pas de protection contre l’infection
par le VIH, le concept d’un vaccin théra peutique, une fois l’infection installée et
stimulant les réponses cytotoxiques CD8,
semble plus prometteur comme le montrent
des essais chez le macaque. Toutefois, les
réponses T sont très sensibles à tout
changement de séquence peptidique des
protéines virales et les réponses suscitées
devront donc être les plus larges possible.
B. Autran rappelle les effets secondaires
importants des thérapies antirétrovirales lors
du traitement de l’infection par le VIH. Elle
expose ensuite les différents essais vaccinaux
développés par l’ANRS et les corrélats de
protections observés. Un consensus international décrirait les cellules T polyfonctionnelles (IFN␥+IL2+TNF␣+4 CD107a+) comme
plus pertinentes que les cellules productrices
d’IFN␥ seules comme corrélat de protection.
Des résultats modestes mais néanmoins
encourageants sont observés dans les essais
cliniques de vaccins thérapeutiques avec une
augmentation des réponses CD8 et des
durées hors-thérapie plus longues chez les
patients vaccinés que chez ceux non-vaccinés.
Robert Thimme reste sur le sujet du rôle des
CD8 spécifiques, mais dans une autre
infection chronique, l’infection par le virus de
l’hépatite C (HCV). La persistance de HCV
dans l’organisme serait due à une défaillance
des CD8 cytotoxiques par échappement viral,
ignorance et malfonction des cellules T qui
pourrait être médiée par les cellules T
régulatrices CD4 ou CD8. Des études chez le
chimpanzé montrent qu’un vaccin théra peutique réduirait la persistance du VHC.
WD12 Vaccination et immunothérapie
des maladies virales
F. Castelli décrit le répertoire des
lymphocytes T CD4+ et identifie les épitopes
ciblés lors d’une infection VHC. H. Gahery
rend compte de l’augmentation observée
dans le répertoire des réponses CD4 et CD8
après une vaccination utilisant des
lipopeptides anti-VIH chez des patients sous
HAART. Combadière décrit la physiopathologie lors de l’infection intra-nasale ou souscutanée de la souris par un virus vaccine
Ankara modifié (MVA) exprimant GFP. Les
premières cellules infectées sont les cellules
dendritiques CD11c+CD11blow qui migrent
dans les ganglions lymphatiques drainants,
puis une infiltration de cellules non-infectées
CD11c+ CD11bhigh et dépendante de CXCR3
(gène protecteur lors de l’infection) a lieu sur
le site de l’infection. S. Fonseca décrit et teste
in vitro sur des cellules T de patients VIH+ un
nouveau logarithme qui permettrait
■ ■ ■ suite page 30
SFI ACTUALITÉS 29
■■■
d’identifier les épitopes CD4 du VIH-1 de
classe B. S. Beq présente l’effet d’une IL-7
simienne glycosylée chez le macaque rhésus
sain et montre les effets positifs sur la prolifération lymphocytaire et l’apport thymique
en nouveaux lymphocytes TN Winstone
phénotype les cellules T spécifiques du VIH
chez des sujets sains après vaccination. Les
cellules T CD4 spécifiques produisent de
l’IFN␥ et du TNF␣ tandis que les eliSPOTs
IFN␥ corrèlent fortement avec MIP-1ß.
M. Matter, dans un modèle d’infection de la
souris par LCMV, propose une stratégie
d’élimination de l’infection chronique par
neutralisation de l’interaction CD27-CD70,
responsable de la production d’IFN␥ et de
TNF␣ impliqués dans les phénomènes
immunopathologiques de destruction induits
par l’infection. Dans le dernier exposé,
F. Wiesel montre grâce à des expériences de
tranfert dans un modèle de souris infectées
par CMV (complication majeure chez les
patients immunodéprimés) que les cellules B
mémoires suffisent à protéger de la
pathologie en l’absence de cellules T.
Symposium satellite. Est-ce que
les réponses immunologiques sont
un facteur determinant dans
l’évolution des maladies virales ?
HCV et Influenza
P. Caboub expose les manifestations extrahépatiques de l’infection par le VHC. Celles-ci
sont dues au fait que le VHC est capable,
outre les hépatocytes, d’infecter les
lymphocytes. Elles se manifestent princi palement par des cryglobulines et une
vasculite cryoglobulinémique pouvant être
associée à un purpura, une glomérulo néphrite, voire même une neuropathie. Les
cryoglobulines sont des immunoglobulines
présentes dans le sérum qui précipitent à des
températures inférieures à 37°C et se
dissolvent avec le réchauffement. Les
cryocomplexes précipitent sur les cellules
endothéliales via le C1q du complément, ce
qui entraîne une inflammation et des lésions
tissulaires. Ce sont des manifestations
immunopathologiques car non causées par
l’infection virale elle-même, mais par les
réponses immunes contre l’infection. S. van
der Werf nous expose ensuite la physio pathologie de l’infection par le virus Influenza
A:H5N1. Les principaux symptômes sont une
détresse respiratoire et les diarrhées sont
présentes avec une prévalence inhabituelle.
On peut noter également une lymphopénie,
une thrombocytopénie et des alanine amino
transférases sanguines (ALA) élevées. Le site
de replication du H5N1 est le tractus
respiratoire inférieur où le récepteur acide
SFI ACTUALITÉS 30
syalique (AS) en configuration ␣ 2,3 est
majoritairement présent. Quant aux virus
grippaux saisonniers circulant actuellement,
ceux-ci se multiplient dans la partie
supérieure du tractus respiratoire utilisant
principalement le récepteur AS ␣ 2,6.
Contrairement aux virus saisonniers, les virus
H5N1 échappent aux réponses antivirales
cytokiniques (IFN␣, IFN␥, TNF␣) princi palement via la protéine virale NS1. Les
réponses immunes humorales et cellulaires
apparaissent après le pic de réplication virale.
Les antiviraux (zanamivir and oseltamivir)
doivent être administrés avant le pic de
réplication virale, c’est-à-dire dans les 48
heures suivant l’infection. Un vaccin pandémique devra être immunogène chez une
population naïve et sera monovalent. Le
vaccin actuel est trivalent (A:H1N1, A:H3N2, B).
WA23 Interaction et fonction
des cellules dendritiques
H. Schmidlin montre, dans un modèle in vitro
de développement de progéniteurs
thymiques humains CD34+CD1a- en lymphocytes T matures, que les cellules dendritiques
activées par CpG ou par un virus produisent
de l’IFN␣. Cet IFN␣ altère le développement
des lymphocytes T en perturbant la prolifération, mais pas la survie des thymocytes
médiée par IL7.
C. Obregon présente des données intéressantes de microscopie en 3 dimensions
traitant des interactions existant entre les
cellules dendritiques activées et au repos. Les
cellules dendritiques activées sont capables
de relarguer des exo-vésicules. Ce sont des
microvésicules bourgeonnant à partir de la
membrane plasmique et ayant une origine
non-endocytique (contrairement aux exo somes). Ces exovésicules peuvent fusionner
avec les cellules dendritiques non-activées et
sont interprétées comme un signal de danger.
Elles pourraient également contenir des
alloantigènes qui pourraient ensuite être
présentés aux lymphocytes T.
SC41 Non-human PRimate MOdels of
Chronic Immune Disorders
Les différents orateurs (exclusivement
néerlandais) de cette session ont presenté les
nombreux avantages des modèles simiens
dans le cadre de diverses pathologies. La
sclérose multiple peut être étudiée chez le
Macaque rhésus ou le Marmouset par
induction d’une encéphalomyélite autoimmune expérimentale aigüe. De nouvelles
stratégies thérapeutiques, utilisant par
exemple des IgG4 ne fixant pas le complément comme compétiteurs des IgG1 dirigés
contre la sous-unité alpha du récepteur à
Acétyl-choline dans le cadre d’un myasthenia
gravis, ou encore l’administration d’anta gonistes de CCR5 lors d’arthrite rhumatoïde
qui réduit l’impact clinique de la maladie. Ces
modèles simiens sont également d’un grand
secours dans l’étude des greffes de peau ou
de rein. A noter une initiative extrêmement
intéressante du centre de primatologie de
recherche biomédicale de Rijswijk aux PaysBas : le programme PRIMOCID, sponsorisé
par l’Europe, qui couvre les coûts de
réalisation et les frais de port des
prélèvements pour toute équipe d’un pays
européen désireuse de travailler sur ces
modèles de maladie autoimmune ou de
transplantation d’organes. La date limite de
dépôt des dossiers pour cette année était
fixée au 7 janvier 2007, voir http://www.dform.
nl/form.php?id=18&id2=6f4922f45568161a8
cdf4ad2299f6d23. Peut-être un exemple pour
les centres de primatologie français dans le
cadre d’autres pathologies comme le
VIH/SIDA ?
Symposium satellite.
Immunité mucosale
Ce symposium offre des éléments de premier
ordre quant aux phénomènes induisant la
tolérance du système immunitaire de
l’intestin face aux bactéries commensales.
A.J. McPherson montre que les lymphocytes
T ne sont pas nécessaires au développement
d’une réponse IgA. Le système immunitaire
systémique est ignorant des bactéries
commensales alors que l’intestin est
réellement tolérant. Les cellules dendritiques
jouent un rôle dans cette tolérance au sein
des ganglions mésentériques qui semblent
confiner la production d’IgA aux muqueuses
intestinales. O. Lantz nous parle des cellules T
invariantes associées aux muqueuses (TIAM),
celles-ci sont phylogénétiqueùent conservées
chez l’Homme, la souris et le rat, elles sont
activées, thymodépendantes, MR-1 restreintes et ne s’accumulent pas dans la
muqueuse intestinale en l’absence de
bactéries commensales. O. Pabst dissèque les
phénomènes de tolérisation au sein des
muqueuses intestinales en utilisant notamment une drogue bloquant la sortie des
lymphocytes des ganglions lymphatiques
(FTY 720). L’induction de la tolérance orale ne
requiert pas la recirculation des antigènes au
sein du système immunitaire systémique. La
tolérisation a lieu dans les ganglions
lymphatiques mésentériques ; si ces derniers
sont chirurgicalement enlevés, la tolérisation
n’a pas lieu. Les antigènes sont transportés
dans les ganglions par les cellules dendritiques qui migrent via une chémotaxie
impliquant le récepteur CCR7. Il confirme que
la tolérisation implique un défaut de
prolifération des cellules T en réponse à
l’antigène.
WA61 Cytokines inflammatoires
et réponses antivirales
C. Detje utilisant une souche murine n’exprimant pas le récepteur à l’IFN␣ dans le
système nerveux central montre que IFN␣
permet d’exclure le virus de la stomatite
vésiculaire (VSV) du SNC. Le pic de production d’IFN␣ se situe à 24 heures postinfection. M. Keller étudie le rythme circadien
du système immunitaire qui a un effet majeur
sur le pronostic vital des souris traitées au LPS.
Les souris traitées le jour meurent, tandis que
les souris traitées la nuit survivent pour la
plupart. Les organes lymphoïdes secondaires
seraient dotés d’un rythme circadien autonome par sécrétion de cytokines (comme
TNF␣) ou d’autres facteurs. L. Mortara
souligne le rôle des cellules dendritiques lors
de l’infection non-pathogène du singe vert
africain par le virus de l’immunodéficience
simienne (SIV). Le pourcentage de cellules
dendritiques plasmacytoïdes augmente dans
les ganglions lymphatiques lors de la phase
aigüe de l’infection. De plus, leur capacité à
produire de l’IFN␣ est augmentée ; contrastant avec ce qui est observé dans les
infections pathogènes par le VIH. Ce
recrutement de pDC dans les ganglions
lymphatiques lors de la phase aigüe pourrait
jouer un rôle primordial dans le pronostic de
l’infection : pathogène ou non.
SB83 Sous-populations lymphocytaires
T, homéostasie et mémoire
S. Rowland Jones étudie la physiopathologie
de l’infection par le VIH-2 qui est un modèle
extrêmement intéressant dans le cadre d’une
étude physiopathologique comparative avec
le VIH-1. Alors que les charges provirales sont
comparables entre le VIH-1 et le VIH-2, les
charges virales sont très faibles, voire indétectables lors d’une infection par le VIH-2. 80
à 85 % des personnes infectées par le VIH-2
ne développent pas de SIDA. Ces résultats
montrent une distribution phylogénétique des
séquences de Nef suivant la vitesse de la
progression vers la maladie, une fonctionalité
conservée des lymphocytes T CD4 spécifiques
et des cellules natural-killer ainsi qu’une différence phénotypique des lymphocytes T CD8
spécifiques qui sont CD28+CD27+ (early) lors
d’une infection VIH-2, alors qu’elles sont
CD28 - CD27 + (intermediate) lors d’une
infection VIH-1 et CD28 - CD27 - (late) lors
d’une infection CMV. J.P. Di Santo, par des
expériences de rejet de greffes dans un
modèle murin, montre que les signaux
cytokiniques médiés par le récepteur gamma
common régulent la différentiation des
lymphocytes T d’une manière indépendante
de la régulation de la prolifération. Les souris
␥ common -/- ont des lymphocytes T activés
présents au niveau du greffon, mais elles sont
incapables de produire de l’IFN␥ ou du
granzyme.
Symposium satellite. Pêché original
antigénique et vaccination
pré-pandémique
Enfin, la dernière session que j’aimerais vous
reporter traite du concept du pêché
antigénique originel et de ses conséquences
sur les stratégies de vaccination face à
Influenza. B. Lida nous rappelle les enjeux et
les défis d’une possible pandémie d’influenza
et d’une campagne de vaccination efficace. Si
une pandémie devait se produire, elle se
déroulerait en 2 ou 3 vagues. Par le passé, un
vaccin était disponible après la 1ère ou la 2ème
vague, ceci étant dû à des capacités de
production limitées. Le manque de vaccin en
début d’épidémie peut être pallié par la
distribution raisonnée, afin d’éviter les
résistances, et l’administration dans les 48
heures de l’infection d’antiviraux préalablement stockés. Se pose également le
problème d’accessibilité aux antiviraux ou aux
préparations vaccinales par les populations
des pays plus pauvres.
Mais l’immunogénicité contre une nouvelle
antigénicité du virus influenza A requiert deux
injections à trois semaines d’intervalle. 3
possibilités sont envisagées : 1) l’usage d’une
souche pré-pandémique pour développer un
candidat vaccin qui pourrait être utilisé pour
primer la population avant le début de
l’épidémie, la deuxième injection pouvant se
faire après le début de l’épidémie ; 2) stocker
le vaccin pré-pandémique et attendre le
début de l’épidémie pour commencer à
vacciner ; 3) attendre le début de l’épidémie
pour produire un vaccin contre la souche
pandémique. G.C. Schild introduit plus à fond
le concept de pêché antigénique originel.
Dans le cas de l’influenza, il s’agit d’une
réponse immunitaire spécifique à une souche
d’une précédente infection suite à l’infection
ou la vaccination par une souche plus récente.
J.L. Virelizier précise les mécanismes
moléculaires de ce phénomène. Il résulterait
de la présentation de l’hémaglutinine virale
aux cellules T helper par des cellules B
mémoires avec un récepteur des cellules B
(BCR) de faible affinité. Même si des
réactivités croisées entre l’ancienne et la
nouvelle souche sont probables, la question
est de savoir si cette réaction mémoire dirigée
contre une ancienne souche interfère avec le
développement de la réponse immunitaire
contre la nouvelle souche vaccinale ou
infectante. La réponse est non. Le pêché
antigénique originel ne diminue pas les
réponses anticorps contre un nouvel épitope,
il pourrait au contraire renforcer la réponse
primaire contre la nouvelle souche. B. Autran
conclut que le pêché antigénique originel ne
peut représenter un quelconque danger dans
les stratégies de vaccination contre la grippe.
Donc, la solution de pré-vacciner les
populations à l’aide de souche prépandémique peut être envisagée avant
l’apparition d’une éventuelle souche à
potentiel pandémique.
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SFI ACTUALITÉS 31
10ème COLLOQUE CYTOKINES DU CROISIC
Presqu'île du Croisic, les 14-15-16 mai 2007
Organisateurs : Vincent Praloran, Jean-Claude Lecron, Hans Yssel, Michel Dy,
Hugues Gascan, Aimé Vazquez et Yannick Jacques.
6ème journée scientifique du CRI/SFI
Thème "Immunité innée et maladies autoimmunes"
Institut Pasteur - CIS - Paris, le vendredi 25 mai 2007 de 9h30 h à 17h00
Organisateurs : Xavier Mariette, Nathalie Thiéblemont, Antoine Toubert
3ème COURS MEDITERRANEEN SUPERIEUR D'IMMUNOLOGIE
Institut Pasteur de Casablanca, Maroc, octobre 2007
CONGRES ANNUEL DE LA SFI
Ecole Normale Supérieure de Lyon, les 26-27-28-29 novembre 2007
Le thème du congrès est "Immunité Infection et Vaccination"
La réunion sera précédée le lundi 26 novembre de 9h à 16h par
l'ATELIER TECHNOLOGIQUE : "Approche globale des répertoires immunitaires : de
la recherche au diagnostic ex-vivo", et
la dernière journée du congrès le jeudi 29 novembre sera organisée conjointement
avec le COLLOQUE “VACCINOLOGIE 2007” de la SFI.
Le Comité d’organisation :
Membres du C.A. de la SFI : Brigitte Autran, Nathalie Thieblemont.
Comité local : Nathalie Bonnefoy-Bérard, Thierry Defrance, François-Loic Cosset,
Christophe Caux, Marc Girard, Bernard Mandrand.
18ème COURS D'IMMUNOLOGIE DE LA SFI
Il n'y aura pas de cours en 2007. Le 18ème cours de SFI aura lieu au printemps 2008.
Pour toute information sur ces évènements, visitez le site web de la SFI :
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■ ■ ■
Comité de rédaction de SFI Actualités : Hans Yssel, Solange Gouellain
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Accent Aigu
LA VIE
DE LA SFI
EN 2007
Club Rhumatisme et Inflammation Club Autoimmunité et Immunopathologie
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