Conseil Pontifical pour la promotion de l`unité des chrétiens

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Conseil Pontifical
pour la promotion de l’unité des chrétiens
N° 145 (2015/I)
TABLE DES MATIÈRES
LE PAPE FRANÇOIS ET L’ŒCUMÉNISME (janvier-juin 2015)
Audiences à des délégations œcuméniques ....................................................................................................................................
Messages du Pape François ................................................................................................................................................................
Voyage apostolique du Pape François à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine (6 juin 2015) ......................................................
Visite pastorale du Pape François à Turin (22 juin 2015) .............................................................................................................
Autres déclarations ..............................................................................................................................................................................
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CÉLÉBRATION À ROME DE LA SEMAINE DE PRIÈRE POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS 2015
(18 – 25 janvier 2015).......................................................................................................................................................................... 17
COMMÉMORATION DU MARTYRE DES ARMÉNIENS
Salut du Pape François avant la Messe célébrée à la Basilique Saint-Pierre (12 avril 2015) ................................................... 19
Message aux Arméniens (12 avril 2015) .......................................................................................................................................... 19
VISITE À ROME DE SA SAINTETÉ MORAN MOR IGNATIUS APHREM II, PATRIARCHE SYRO-ORTHODOXE
D’ANTIOCHE ET DE TOUT L’ORIENT (17-20 juin 2015)
Discours du Pape François à Sa Sainteté Moran Mor Ignatius Aphrem II (19 juin 2015) ................................................ 22
Discours de Sa Sainteté Moran Mor Ignatius Aphrem II au Pape François (19 juin 2015)................................................ 23
ENCYCLIQUE LAUDATO SI’ DU PAPE FRANÇOIS
Commentaire du Métropolite Ioannis Zizioulas de Pergame ...................................................................................................... 25
CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE DU GROUPE MIXTE DE TRAVAIL ENTRE L’ÉGLISE CATHOLIQUE
ET LE CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES .................................................................................................................................. 28
VISITE À ROME D’UNE DÉLÉGATION DU PATRIARCAT ŒCUMÉNIQUE
POUR LA FÊTE DES SAINTS PIERRE ET PAUL (26-29 juin 2015) ................................................................................................... 54
NOUVELLES ŒCUMÉNIQUES
Dialogue international réformé-catholique (Gand, Belgique, 22-28 février 2015) ...................................................................
Réunion du Groupe des Conversations de Malines (Chesnut Hill, États-Unis, 22-26 mars 2015) ......................................
Commission internationale anglicane-catholique (ARCIC III)
(Villa Palazzola, Province de Rome, 28 avril-4 mai 2015 ..........................................................................................................
Commission de dialogue entre les Disciples du Christ et l’Église catholique (Bethany, Virginie Occidentale,
États-Unis, 19-24 juin 2015) ...........................................................................................................................................................
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COMMISSION POUR LES RELATIONS RELIGIEUSES AVEC LE JUDAÏSME ........................................................................................... 61
DOCUMENTATION SUPPLÉMENTAIRE
Semaine de prière pour l’unité des chrétiens
Lettre du Secrétaire du CPPUC .................................................................................................................................................... 64
Textes de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2016 ............................................................................................... 65
BUREAUX: Via della Conciliazione 5 – 00193 Rome (Italie)
Tél: +39.06.698.83 568 (Rédaction)
Fax: +39.06.698.85.365 – Email: infoservice@christianunity.va
RÉDACTEUR EN CHEF
Fr. Hyacinthe Destivelle, OP
ADRESSE POSTALE
Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
VA – 00120 Cité du Vatican
La reproduction totale ou partielle des textes publiés dans le Service d’information est autorisée.
Néanmoins, nous prions ceux qui utilisent ces textes de bien vouloir nous envoyer un exemplaire de leur publication.
LE PAPE FRANÇOIS ET L’ŒCUMÉNISME
Janvier-juin 2015
AUDIENCES À DES DÉLÉGATIONS
ŒCUMÉNIQUES
Votre visite a lieu en même temps que la semaine de
prière pour l’unité des chrétiens. Cette année, notre
réflexion est centrée sur les paroles adressées par Jésus à
la Samaritaine au puits: « Donne-moi à boire » (Jn 4, 7).
AUDIENCE À UNE DÉLÉGATION
LUTHÉRIENNE DE FINLANDE À L’OCCASION
DE LA FÊTE DE SAINT HENRI
22 janvier 2015
Il nous est rappelé que la source de toute grâce est
le Seigneur lui-même et que Ses dons transforment
ceux qui les reçoivent, les rendant témoins de la vie
véritable qui ne provient que du Christ. Comme nous le
raconte l’Évangile, de nombreux Samaritains crurent en
Jésus à la suite du témoignage de cette femme (cf. Jn 4,
39). Comme vous l’avez observé, évêque Vikström, les
catholiques et les luthériens peuvent faire beaucoup
ensemble pour rendre témoignage de la miséricorde
divine dans nos sociétés. Un témoignage chrétien
partagé est particulièrement nécessaire devant la
méfiance, l’insécurité, les persécutions et les
souffrances endurées par de nombreuses personnes
dans le monde d’aujourd’hui.
Dans la matinée du jeudi 22 janvier, le Pape François a reçu
en audience une délégation œcuménique de l’Église luthérienne de
Finlande, venue à Rome à l’occasion du pèlerinage annuel pour
la fête de saint Henri, patron de ce pays.
DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
Chers évêques, chers amis,
C’est avec joie que je vous souhaite la bienvenue à
l’occasion de votre pèlerinage œcuménique annuel à
Rome pour célébrer la fête de saint Henri, patron de
votre pays. L’événement de cette année s’est révélé une
véritable rencontre spirituelle et œcuménique entre
catholiques et luthériens, s’inscrivant dans une tradition
qui se poursuit désormais depuis trente ans.
Ce témoignage commun peut être soutenu et
encouragé par le progrès dans le dialogue théologique
entre les Églises. La Déclaration commune sur la
doctrine de la justification, signée officiellement il y a
un peu plus de quinze ans entre la Fédération
luthérienne mondiale et l’Église catholique, peut
continuer à produire parmi nous des fruits de
réconciliation et de collaboration. Le dialogue nordique
luthérien-catholique en Finlande et en Suède, sur le
thème Justification dans la vie de l’Église, est en train
de réfléchir sur des questions importantes dérivant de
la Déclaration commune. Nous souhaitons qu’une
convergence supplémentaire puisse naître de ce
dialogue sur le concept d’Église, signe et instrument du
salut qui nous a été donné en Jésus Christ.
Le saint Pape Jean-Paul II s’adressa aux membres
de la première délégation œcuménique finlandaise,
venue à Rome il y a trente ans, avec ces mots: « Le fait
que vous soyez venus ici ensemble est déjà un
témoignage de l’importance des efforts pour l’unité. Le
fait que vous priiez ensemble témoigne de votre foi
dans le fait que ce n’est que par la grâce de Dieu que
l’on pourra atteindre l’unité. Le fait que vous récitiez
ensemble le Credo est un témoignage de l’unique foi
commune de tout le christianisme ». À ce moment-là
avaient déjà été accomplis les premiers pas importants
d’un chemin œcuménique commun vers l’unité pleine
et visible des chrétiens. Depuis lors, beaucoup a été
accompli et — j’en suis certain — beaucoup sera
encore accompli en Finlande pour « faire progresser la
communion partielle existant entre les chrétiens, pour
arriver à la pleine communion dans la vérité et la
charité » (Jean-Paul II, Enc. Ut unum sint, 14).
Je prie afin que votre visite à Rome contribue à
renforcer les relations œcuméniques entre les luthériens
et les catholiques en Finlande, déjà très positives depuis
des années. Que le Seigneur fasse descendre sur nous
l’Esprit de vérité et nous guide vers une charité et une
unité toujours plus grandes.
ORF, 29 janvier 2015
DISCOURS DE L’ARCHEVÊQUE BJÖRN VIKSTRÖM,
ÉVÊQUE DE PORVOO
Sainteté, Excellences, Éminences,
Liste des abréviations utilisées : ORF = L’Osservatore Romano, édition hebdomadaire en langue française ; ORE = L’Osservatore Romano, édition hebdomadaire en langue anglaise ; OR = L’Osservatore Romano, édition quotidienne en langue italienne. Les autres sources des textes publiés seront citées
si nécessaire. Lorsque les traductions sont faites par le Service d’information,
cela est indiqué.
C’est pour moi un très grand honneur et une joie de
vous présenter les salutations de l’Église évangélique de
Finlande ainsi que de mon propre diocèse, le diocèse
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de Porvoo. Porvoo est une petite ville située au sud de
la Finlande qui, par pure coïncidence, a donné son nom
à la célèbre Déclaration de Porvoo signée, entre autres,
par les Églises luthériennes de Scandinavie et l’Église
anglicane. Le diocèse de Porvoo est le diocèse de la
minorité de langue suédoise de l’Église luthérienne
évangélique de Finlande.
ensemble comme les branches d’un même arbre, nous
apportons lumière et espérance dans la vie des
personnes, en Finlande, à Rome et dans le monde
entier.
Depuis exactement trente ans s’est instaurée une
tradition qui veut que l’évêque du diocèse catholique de
Finlande et un des évêques luthériens se rendent à
Rome pour célébrer ensemble la mémoire de saint
Henri, saint patron de la Finlande. À l’approche de la
commémoration du 500e anniversaire de la Réforme
luthérienne, il est plus que jamais important de mettre
en évidence notre histoire et notre vocation communes
en tant que sœurs et frères catholiques et luthériens
dans la foi.
AUDIENCE À LA COMMISSION MIXTE
INTERNATIONALE POUR LE DIALOGUE
THÉOLOGIQUE ENTRE L’ÉGLISE CATHOLIQUE
ET LES ÉGLISES ORTHODOXES ORIENTALES
30 janvier 2015
Traduction de l’anglais SI
Chers frères dans le Christ,
Je vous souhaite avec joie la bienvenue, membres de
la Commission mixte internationale pour le dialogue
théologique entre l’Église catholique et les Églises
orthodoxes orientales. À travers vous, j’étends mon
salut à mes vénérables frères, les chefs des Églises
orthodoxes orientales. Je remercie en particulier Son
Éminence Anba Bishoy, co-président de la
Commission, pour ses aimables paroles.
Je désir également exprimer ma profonde
admiration pour la manière dont Votre Sainteté remplit
le rôle difficile et important que vous revêtez en tant
que chef de la plus grande Église chrétienne. En
particulier, j’aimerais vous remercier pour l’insistance
avec laquelle vous nous rappelez que notre vocation
chrétienne implique le souci des plus pauvres ou de
ceux qui sont menacés par la guerre, l’oppression ou la
maladie. Dans un monde tourmenté par l’injustice
sociale, les conflits et la dégradation de
l’environnement, nous avons le devoir de rappeler que
le Seigneur Jésus Christ s’est très fortement identifié
avec ceux qui n’entrevoient aucune amélioration pour
leur vie future.
C’est un motif de gratitude de réfléchir sur le travail
de votre Commission, qui a commencé en 2003 en tant
qu’initiative commune d’autorités ecclésiastiques de la
famille des Églises orthodoxes orientales et du Conseil
Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.
Au cours des dix dernières années, en suivant une
perspective historique, elle a examiné les voies à travers
lesquelles les Églises ont exprimé leur communion au
cours des premiers siècles, et ce que cela signifie pour
notre recherche de la communion aujourd’hui. Au
cours de la rencontre de cette semaine, vous avez
également entamé un approfondissement de votre
étude sur la nature des sacrements, en particulier du
baptême. Je souhaite que le travail accompli puisse
porter des fruits abondants pour la recherche
théologique commune et nous aider à vivre de façon
toujours plus profonde notre amitié fraternelle.
Par votre exemple humble et digne de confiance,
vous avez montré ce que signifie être un leader dans un
contexte chrétien, comme le dit Jésus Christ (en Mc 10,
42-45) : « Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il
soit votre serviteur. Et si quelqu’un veut être le premier
parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. Car le Fils de
l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir
et donner sa vie en rançon pour la multitude ».
Votre exemple est un défi pour moi et quiconque
est appelé à assumer des responsabilités dans une
Église chrétienne. En tant qu’organisation et
communauté dans le monde, chaque Église et
dénomination a besoin de structures, de responsables,
de décideurs et d’avoir une planification financière
responsable. Mais nous ne devons pas oublier que si
notre Seigneur a fondé son Église, ce n’était pas
simplement pour que les êtres humains trouvent la paix
dans la foi en Dieu mais aussi pour que les malades
soient guéris, pour que ceux qui sont opprimés et
prisonniers retrouvent la liberté, pour que les pauvres
et les affamés soient nourris et pour que les affligés
soient réconfortés. J’espère et prie pour que nous, les
chrétiens, apprenions à œuvrer ensemble toujours
davantage et soyons un encouragement les uns pour les
autres, afin que l’Évangile soient proclamé partout en
paroles et en actions et que la grâce et l’amour de Dieu
devienne visible sur la terre. Quand nous travaillons
Je me rappelle avec une profonde reconnaissance
l’engagement inspirateur de dialogue de Sa Sainteté
Ignace Zakka Iwas, patriarche de l’Église syroorthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient, qui a quitté
ce monde l’an dernier. Je m’unis à votre prière à tous,
du clergé aux fidèles de ce zélé serviteur de Dieu, en
demandant pour son âme la joie éternelle.
En ce moment, de façon particulière, nous
partageons la même consternation et la même douleur
pour ce qui a lieu au Moyen-Orient, spécialement en
Irak et en Syrie. Je pense à tous les habitants de la
région, y compris nos frères chrétiens et de
nombreuses minorités, qui vivent les conséquences
d’un conflit exténuant. Avec vous, je prie chaque jour
afin que l’on trouve au plus tôt une solution négociée,
en implorant la bonté et la piété de Dieu pour tous
ceux qui sont frappés par cette immense tragédie. Tous
les chrétiens sont appelés à travailler ensemble dans
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l’acceptation et la confiance réciproque pour servir la
cause de la paix et de la justice. Puissent l’intercession
et l’exemple de nombreux martyrs et saints, qui ont
apporté un témoignage courageux au Christ dans toutes
nos Églises, vous soutenir et vous renforcer, de même
que vos communautés chrétiennes.
La foi et le témoignage chrétien sont confrontés à
des défis tels que ce n’est qu’en unissant nos efforts
que nous pourrons rendre un service efficace à la
famille humaine et permettre à la lumière du Christ
d’atteindre chaque recoin obscur de notre cœur et de
notre monde. Puisse le chemin de réconciliation et de
paix entre nos communautés nous rapprocher toujours
plus les uns des autres, de sorte que, animés par l’Esprit
Saint, nous puissions apporter la vie à tous et l’apporter
en abondance (cf. Jn 10, 10).
Chers frères, je vous remercie pour votre visite et
j’invoque pour chacun de vous et son ministère la
bénédiction du Seigneur et la protection maternelle de
la Très Sainte Vierge Marie. S’il vous plaît, priez pour
moi.
Je me permets de recourir à ma langue maternelle
pour exprimer mon sentiment de profonde tristesse.
Aujourd’hui, j’ai appris la nouvelle de l’exécution de ces
vingt-et-un ou vingt-deux chrétiens coptes. Ils disaient
seulement : « Jésus, aide-moi ! ». Ils ont été assassinés
pour le seul fait d’être chrétiens. Vous-même, mon
frère, dans votre discours, vous avez fait référence à ce
qui se passe sur la terre de Jésus. Le sang de nos frères
chrétiens est un témoignage qui crie. Qu’ils soient
catholiques, orthodoxes, coptes, luthériens, peu
importe, ils sont chrétiens ! Et le sang est le même. Ce
sang confesse le Christ. En rappelant ces frères qui
sont morts pour le seul fait de confesser le Christ, je
demande que nous nous encouragions mutuellement à
aller de l’avant dans cet œcuménisme qui nous donne
de la force, l’œcuménisme du sang. Les martyrs
appartiennent à tous les chrétiens.
ORF, 5 février 2015
AUDIENCE AU RÉVÉREND JOHN P. CHALMERS,
MODÉRATEUR DE L’ÉGLISE D’ÉCOSSE
(RÉFORMÉE)
16 février 2015
DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
Cher frère modérateur,
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Je suis heureux d’avoir l’occasion de vous
rencontrer, en tant que représentants de l’Église
d’Ecosse, et de partager avec vous notre engagement
commun au service de l’Évangile et de la cause de
l’unité des chrétiens.
Prions les uns pour les autres et continuons de
marcher ensemble sur la voie de la sagesse, de la
bienveillance, de la force et de la paix. Merci.
D’illustres et saintes figures chrétiennes appartenant
à différentes confessions ont contribué au
développement de la riche tradition historique et
culturelle de l’Écosse. L’état actuel des relations
œcuméniques en Écosse témoigne à quel point ce que
nous avons en commun, en tant que chrétiens, est plus
grand que ce qui peut nous diviser. Sur ce fondement,
le Seigneur nous appelle à rechercher des façons encore
plus efficaces de surmonter les anciens préjugés et de
trouver de nouvelles formes d’entente et de
collaboration.
ORF, 5 mars 2015
DISCOURS DU TRÈS RÉV. JOHN CHALMERS,
MODÉRATEUR DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DE L’ÉGLISE D’ÉCOSSE
Sainteté,
Je vous salue au nom du Seigneur Jésus Christ et
vous apporte les salutations et les prières de
l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse. Les relations
entre nos deux Églises n’ont jamais été plus cordiales et
fécondes et nous nous en réjouissons. Nous avons
parcouru un chemin important.
Je me réjouis de constater que les relations entre
l’Église d’Ecosse et l’Église catholique se sont
développées, au point que les défis lancés par la société
contemporaine sont affrontés à travers une réflexion
commune et, dans de nombreux cas, nous sommes en
mesure de parler d’une seule voix sur des questions qui
touchent de près la vie de tous les fidèles. Dans notre
univers mondialisé, et souvent désorienté, un
témoignage chrétien commun est une condition
nécessaire pour que nos efforts d’évangélisation soient
efficaces.
Aujourd’hui, il est inconcevable pour nous en
Écosse de commémorer des passages délicats de notre
histoire sans reconnaître la douleur de notre division ;
nous avons conscience que tenter de comprendre le
point de vue de l’autre est beaucoup plus enrichissant
que tirer sur la carte de l’histoire des frontières que
nous n’osons pas franchir.
Nous sommes des pèlerins et nous sommes en
pèlerinage ensemble. Nous devons apprendre à
« confier notre cœur à notre compagnon de route sans
suspicion ni méfiance, et à regarder surtout ce que nous
cherchons : la paix dans le visage du Dieu unique »
(Evangelii gaudium, n. 244).
De telles attitudes ont nuit dans le passé à notre
culture mais nous remarquons aujourd’hui un
changement positif substantiel, en particulier au niveau
local où de nouveaux liens d’amitié se sont créés entre
les ministres et les prêtres et où les personnes n’ont
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plus la même attitude depuis qu’elles ont commencé à
parler ensemble de leur passé et de leur foi.
Soyez assuré que nous continuerons à prier afin que
Dieu bénisse votre personne et vous utilise comme
instrument de sa volonté, ainsi qu’il le fait très
clairement aujourd’hui.
À travers divers projets artistique, entre autres de
théâtre, et éducatifs au niveau local, les personnes ont
fini par se voir sous un éclairage différent. Non
seulement nos Églises en ont bénéficié mais également
l’ensemble de la population écossaise. Nous devons
approfondir notre dialogue et nous devons découvrir
des manières de travailler capables de nous conduire à
davantage de fraternité et de communion.
Traduction de l’anglais SI
AUDIENCE À LA COMMISSION
INTERNATIONALE ANGLICANE-CATHOLIQUE
30 avril 2015
Néanmoins, à l’heure actuelle nous devons affronter
des défis à l’échelle mondiale. Nos confessions,
catholique et réformée, doivent prendre l’initiative
d’enseigner la tolérance et promouvoir des modes nonviolents d’aborder la question de nos différences. Cela
sous-entend la nécessité d’encourager le dialogue
interreligieux à différents niveaux, de mieux appréhender
les principes et processus permettant d’instaurer la paix
et d’investir vraiment dans des négociations de paix
plutôt que dans l’armement. Ceci est urgent partout dans
le monde mais l’est tout particulièrement dans la région
où notre Seigneur est né et d’une seule voix, nous
invoquons la paix et la justice pour le peuple d’Israël, de
Palestine et des Territoires occupés.
Dans la matinée du jeudi 30 avril, le Pape François a reçu
en audience une délégation de la Commission internationale
anglicane-catholique. À cette occasion, le Pape a prononcé le
discours suivant :
Chers frères et sœurs dans le Christ,
C’est pour moi une joie de vous rencontrer,
membres de la Commission internationale anglicane
catholique. Ces jours derniers vous vous êtes réunis
pour une nouvelle session de votre dialogue, qui étudie
actuellement la relation entre Église universelle et
Église locale, avec une référence particulière aux
processus de confrontation et de décision sur les
questions morales et éthiques. Je vous souhaite
cordialement la bienvenue, ainsi qu’une rencontre
fructueuse.
Dans un monde où tant de personnes souffrent en
raison de leurs convictions religieuses et où croire en
Dieu est souvent méprisé, nous devons apprendre à
défendre davantage notre foi. Le conseil que Paul
donne à Timothée, de s’efforcer de se présenter
comme un homme qui dispense avec droiture la parole
de vérité (cf. 2 Tm 2, 15), acquiert une signification
nouvelle et encore plus poignante dans le cadre de fort
scepticisme que l’on constate actuellement.
Votre dialogue est le fruit de la rencontre historique
qui a eu lieu en 1966, entre le Pape Paul VI et
l’archevêque Ramsey, qui marqua le début de la
première Commission internationale anglicanecatholique. À cette occasion, tous les deux prièrent
avec confiance afin que se réalise « un dialogue sérieux
qui, fondé sur les Évangiles et sur les antiques
traditions communes », puisse conduire à « cette unité
dans la vérité pour laquelle le Christ a prié » (The
Common Declaration by Pope Paul VI and the
Archbishop of Canterbury Dr Michael Ramsey, Rome,
24 mars 1966).
Sainteté, je sais que nous partageons le même souci
concernant l’usage et l’abus des ressources terrestres.
« C'est au Seigneur qu'appartient le monde avec tout ce
qu'il contient » (Ps 24, 1) et aujourd’hui, nous le
traitons comme s’il s’agissait d’un bien « jetable ». Le
changement climatique est peut-être le problème le plus
grave de toute l’histoire de l’humanité et ce sont les
plus pauvres parmi les pauvres de ce monde qui en
subissent les plus graves conséquences. C’est pourquoi
nous attendons impatiemment la publication de votre
Lettre encyclique sur l’écologie et avant que ne s’ouvre
la Conférence des nations unies sur le changement
climatique, j’espère qu’elle alertera l’opinion des chefs
religieux du monde entier et que cette question nous
unira tous dans un objectif commun.
Nous n’avons pas encore atteint cet objectif, mais
nous sommes convaincus que l’Esprit Saint continue à
nous pousser dans cette direction, malgré les difficultés
et les nouveaux défis. Votre présence ici aujourd’hui
révèle à quel point la tradition de foi et l’histoire
commune entre les anglicans et les catholiques peuvent
inspirer et soutenir nos efforts pour franchir les
obstacles qui s’opposent à la pleine communion.
Conscients de l’importance des défis qui nous
attendent, de manière réaliste nous avons confiance
dans le fait que nous réussirons encore à accomplir
ensemble de nombreux progrès.
L’Église d’Écosse n’oublie pas dans sa prière les
fidèles de votre Église en Écosse. Ces dernières années,
ils ont dû affronter des difficultés et notre souci
pastoral englobe chacun des membres de votre
troupeau. Si vous pouviez bientôt effectuer une visite
pastorale dans un pays qui vous accueillerait sans nul
doute à bras ouverts, cela constituerait pour eux mais
aussi pour l’ensemble des croyants d’Écosse un
magnifique encouragement.
Très bientôt, vous publierez cinq déclarations
communes produites jusqu’à présent au cours de la
deuxième phase du dialogue anglican-catholique,
accompagnées par des commentaires et réponses. Je
vous félicite pour ce travail. Il nous rappelle que les
relations œcuméniques et le dialogue ne sont pas des
éléments secondaires de la vie des Églises. La cause de
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l’unité n’est pas un engagement optionnel et les
divergences qui nous divisent ne doivent pas être
acceptées comme inévitables. Certains voudraient que,
après cinquante ans, il y ait des résultats plus
importants quant à l’unité. Malgré les difficultés, nous
ne pouvons pas nous laisser gagner par le
découragement, mais nous devons avoir encore
davantage confiance dans la puissance de l’Esprit Saint,
qui peut nous guérir et nous réconcilier et faire ce qui
humainement semble impossible.
l’engagement œcuménique de l’Église catholique. Dans
ce document, il a été mis en évidence que désormais,
on ne peut plus se passer de l’œcuménisme. Celui-ci
invite tous les fidèles catholiques à entreprendre, en
reconnaissant les signes des temps, la voie de l’unité
pour dépasser la division entre les chrétiens, qui non
seulement s’oppose ouvertement à la volonté du Christ,
mais qui est aussi un scandale aux yeux du monde et
porte atteinte à la plus sainte des causes : la prédication
de l’Évangile à toute créature.
Il existe déjà un lien fort qui nous unit, au-delà de
toute division : c’est le témoignage des chrétiens,
appartenant à des Églises et des traditions différentes,
victimes de persécutions et de violences uniquement à
cause de la foi qu’ils professent. Et ce n’est pas
seulement maintenant qu’ils sont si nombreux, je pense
aux martyrs d’Ouganda, pour moitié catholiques et
pour moitié anglicans. Le sang de ces martyrs nourrira
une nouvelle ère d’engagement œcuménique, une
nouvelle volonté passionnée de réaliser le testament du
Seigneur : que tous soient un (cf. Jn 17, 21). Ce
témoignage de nos frères et sœurs nous exhorte à être
encore davantage cohérents avec l’Évangile et à nous
efforcer de réaliser, avec détermination, ce que le
Seigneur souhaite pour son Église. Aujourd’hui, le
monde a urgemment besoin du témoignage commun et
joyeux des chrétiens, de la défense de la vie et de la
dignité humaine à la promotion de la paix et de la
justice.
En parlant de la tunique sans couture du Christ (n.
13), le décret exprime un profond respect et de l’estime
à l’égard de ces frères et sœurs séparés, auxquels, dans
la coexistence quotidienne, l’on risque parfois de ne pas
accorder assez de considération. En réalité, ceux-ci ne
doivent pas être perçus comme des adversaires ou
comme des concurrents, mais doivent être reconnus
pour ce qu’ils sont : des frères et des sœurs dans la foi.
Catholiques et luthériens sont tenus de rechercher et de
promouvoir l’unité dans les diocèses, dans les paroisses,
dans les communautés du monde entier. Sur le chemin
vers l’unité pleine et visible dans la foi, dans la vie
sacramentelle et dans le mystère ecclésial, il reste
encore beaucoup de travail à accomplir ; mais nous
pouvons être certains que l’Esprit Paraclet sera
toujours une lumière et une force pour l’œcuménisme
spirituel et pour le dialogue théologique.
Avec plaisir, je voudrais rappeler également le
récent document intitulé « Du conflit à la communion.
La commémoration commune luthéro-catholique de la
Réforme en 2017 », publié par la Commission luthérocatholique pour l’unité. Nous souhaitons de tout cœur
que cette initiative puisse encourager à accomplir, avec
l’aide de Dieu et notre collaboration avec lui et entre
nous, de nouveaux pas sur le chemin de l’unité.
Invoquons ensemble les dons de l’Esprit Saint, pour
être en mesure de répondre courageusement « aux
signes des temps », qui appellent tous les chrétiens à
l’unité et au témoignage commun. Puisse l’Esprit Saint
inspirer abondamment votre travail. Merci beaucoup
pour votre service.
ORF, 14 mai 2015
L’appel à l’unité dans la sequela de Notre Seigneur
Jésus Christ comporte aussi une exhortation impérieuse
à l’engagement commun sur le plan caritatif, en faveur
de tous ceux qui dans le monde souffrent à cause de la
pauvreté et de la violence, et ont besoin de façon
particulière de notre miséricorde ; en particulier, le
témoignage de nos frères et sœurs persécutés nous
pousse à grandir dans la communion fraternelle. La
question de la dignité, toujours à respecter, est d’une
urgente actualité, de même que les thématiques
relatives à la famille, au mariage et à la sexualité qui ne
peuvent être tues ou ignorées par crainte de mettre en
péril le consensus œcuménique déjà atteint. Il serait
dommage que sur ces questions importantes se
consolident de nouvelles différences confessionnelles.
AUDIENCE À UNE DÉLÉGATION DE
L’ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE-LUTHÉRIENNE
DE SUÈDE
4 mai 2015
Les chrétiens d’autres Églises et confessions ne sont pas des
« adversaires » ou des « concurrents », mais des « frères et sœurs
dans la foi ». C’est ce qu’a rappelé le Pape François en recevant
en audience dans la matinée du lundi 4 mai 2015, Mme Antje
Jackelén, Archevêque d’Uppsala, accompagnée d’une délégation
de l’Église évangélique-luthérienne de Suède.
DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
Chers amis, merci encore pour votre visite. Dans
l’espoir que se renforce la collaboration entre luthériens
et catholiques, je prie le Seigneur afin qu’il bénisse
abondamment chacun de vous et vos communautés.
Chère Mme Jackelén, chère sœur, chers amis !
Je vous salue cordialement et vous remercie pour
les aimables paroles que vous m’avez adressées. Avec
gratitude envers Dieu, nous avons célébré l’an dernier
le 50e anniversaire du Décret sur l’œcuménisme de
Vatican II, Unitatis redintegratio, qui représente
actuellement le point de référence fondamental pour
Je voudrais en outre remercier pour deux choses.
Tout d’abord, remercier l’Église luthérienne suédoise,
pour son accueil de nombreux migrants sud-américains
7
à l’époque des dictatures. Un accueil fraternel qui a fait
croître les familles. En second lieu, je veux remercier la
délicatesse que vous, chère sœur, avez eue en nommant
mon grand ami, le Pasteur Anders Root : nous avons
partagé ensemble la chaire de théologie spirituelle et il
m’a beaucoup aidé dans ma vie spirituelle.
La koinonia – la communion – c’est « apprendre en
agissant » pour répondre aux besoins du monde. Nous
avons donc appris – parfois de dure manière – qu’il
nous faut partager les richesses de nos traditions plutôt
qu’élever des barrières autour de ce qui nous
appartient, que nous devons donner la force d’agir
plutôt qu’utiliser la force.
ORF, 14 mai 2015
Ma joie est d’autant plus grande que la Fédération
luthérienne mondiale et l’Église catholique organiseront
ensemble une manifestation œcuménique à l’automne
2016, en anticipation du 500e anniversaire de la
Réforme qui aura lieu en 2017. Comme les autres
Églises membres de la FLM, l’Église de Suède est
dévouée à la cause œcuménique et au sort du monde.
Nous sommes impatients de contribuer à cette
commémoration qui nous donnera de rendre grâce
ensemble de l’Évangile et de nous repentir des
souffrances engendrées par le conflit et la division, et
de nous engager ensemble dans le témoignage
commun. Comme le cinquième impératif de Du conflit à
la communion nous y exhorte, « catholiques et luthériens
devraient ensemble témoigner de la grâce de Dieu en
proclamant l’Évangile et en se mettant au service du
monde » (DCAC, 243).
DISCOURS DE L’ARCHEVÊQUE D’UPPSALA,
LA TRÈS RÉV. DR ANTJE JACKELÉN
Sainteté,
Éminences, Excellences
J’ai l’honneur et la joie de vous présenter les
salutations de l’Église de Suède.
Depuis le Deuxième Concile du Vatican, de
nombreux contacts se sont instaurés entre le Vatican et
l’Église de Suède. Au printemps dernier, ce fut pour
nous un grand honneur d’organiser à la Cathédrale de
Lund des vêpres œcuméniques en mémoire du
25e anniversaire de la visite du Pape Jean-Paul II en
Suède et dans les autres pays nordiques. De même, à
l’époque où j’étais évêque de Lund, j’ai eu le plaisir de
rencontrer le Rév. Dr Anders Ruuth qui m’a fait part
de son expérience en Argentine.
De fait, le monde réclame des paroles d’espérance
crédibles et désire voir se réaliser les œuvres dictées par
l’amour que l’Évangile de Jésus Christ nous exhorte à
accomplir avec les personnes de bonne volonté de
toutes les confessions. Actuellement, l’Église est l’objet
d’une très forte attente et exigence en tant qu’agent de
paix et de justice.
Sainteté, j’ai été profondément heureuse d’assister il
y a deux ans, en tant que membre du Conseil de la
Fédération luthérienne mondiale (FLM), à la
présentation du document Du conflit à la communion
(DCAC)1, fruit de près de cinquante ans de dialogue
entre catholiques et luthériens. Aujourd’hui, pour la
première fois depuis le XVIe siècle, nous disposons
d’un récit commun de l’histoire de la Réforme et
d’engagements nous liant pour le futur.
Sainteté, vous avez fait naître une vague d’espoir à
travers le monde en parlant de la pauvreté, de la
marginalisation et des inégalités – très récemment, vous
vous êtes exprimé au sujet du scandale que constituent
les fortes inégalités entre les salaires des hommes et des
femmes. J’ai même été encouragée en Suède à exprimer
à Votre Sainteté la gratitude de la communauté
LGBTQ : certaines de vos déclarations ont laissé
percevoir comme un embryon de réconciliation, une
lueur d’acceptation.
Avec la Déclaration commune sur la doctrine de la
justification2 de 1999 et le document Du conflit à la
communion de 2013, nous avons des raisons de mettre en
évidence certaines évolutions œcuméniques qui se sont
concrétisées entre catholiques et luthériens. Il se peut
qu’elles ne soient pas toujours considérées de façon
positive par tous les experts mais elles nourrissent les
attentes et les rêves œcuméniques des fidèles au niveau
des paroisses, en particulier ceux des familles qui
souhaitent pouvoir se retrouver ensemble à la Table du
Seigneur. Les uns et les autres, nous avons fait
l’expérience de la condamnation mutuelle, de la
division et de la haine, mais nous connaissons aussi la
réconciliation qui vivifie et l’engagement des laïcs et de
la base qui anticipent avec impatience les réalités qui
doivent maintenant être confirmées par notre dialogue
officiel.
Les enfants et les femmes sont ceux qui souffrent le
plus des injustices, de la faim et de la soif, de la
violence, de la traite des êtres humains et du
changement climatique. Néanmoins, l’expérience a
montré que les femmes contribuent aussi
considérablement aux nombreux changements qui sont
nécessaires, dès qu’elles ont accès à l’éducation et à
l’auto-détermination. Il faut non seulement parler des
femmes et en leur faveur mais il faut parler avec elles et
faire en sorte que leurs capacités à assumer des
responsabilités puissent contribuer à l’épanouissement
de l’Église et de la société. Liberté de religion ou de
croyance, justice sociale, protection de ceux qui
dénoncent les injustices et des minorités : la liste des
défis que les responsables d’Église doivent affronter est
longue comme elle l’est pour la communauté
internationale. Nous sommes peinés et contrariés de
1. http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_
councils/chrstuni/lutheran-fed-docs/rc_pc_chrstuni_doc_
2013_dal-conflitto-alla-comunione_fr.html
2. http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_counc
ils/chrstuni/documents/rc_pc_chrstuni_doc_31101999_
cath-luth-joint-declaration_fr.html
8
constater la diminution de la présence chrétienne au
Moyen-Orient. L’aide humanitaire aux victimes des
conflits et des catastrophes continue a être essentielle.
faveur de compagnies pétrolières. Nous espérons que
nombreux seront ceux qui nous imiteront dans ce
choix.
De plus, la pauvreté spirituelle, qui d’autre part
envahit les sociétés aisées, nous pose un vrai défi. La
sécularisation nous inspire des sentiments partagés :
d’un côté, elle résulte du succès de l’Évangile de Jésus
Christ car lorsque « le monde » nous exhorte à
défendre avec davantage de courage la liberté et la
dignité humaines, il nous met face aux résultats de
notre propre prédication – ce qui est une bonne chose ;
d’un autre côté, la sécularisation sape la connaissance et
la pratique de la foi, laissant tout particulièrement les
jeunes sans possibilité d’accéder aux ressources
spirituelles qu’offre l’Église. Ainsi, la solitude, le
sentiment obsédant de ne jamais être totalement
accepté et le manque de courage pour affronter les
hauts et bas de la vie menacent le bien-être spirituel de
générations tout entières.
Les défis qu’il nous est demandé d’affronter
aujourd’hui ne sont plus délimités par des frontières
locales ou nationales. On peut les définir comme
« glocaux », c’est-à-dire qu’ils nous interpellent tant au
niveau local que mondial. Les frontières ne sont plus ce
qu’elles étaient. Cela ne devrait pas nous effrayer car au
centre-même du christianisme se trouve un Dieu qui
traverse la frontière la plus spectaculaire qui soit : celle
entre le divin et l’humain. La transgression des limites
comporte toujours une certaine « Berührungsangst », la
peur de toucher et d’être touché par ce qui est
différent, étranger, autre. En tant que croyants, nous
pouvons vivre ces craintes en demeurant centrés sur
l’Évangile du Christ incarné et largement ouverts au
monde. Ainsi, unis dans la prière pour la création
divine et l’Église de Jésus Christ, nous pouvons dire
avec confiance : Veni creator Spiritus, Viens Esprit
Créateur.
L’insécurité est un terrain propice à la xénophobie
et à l’intolérance, un problème croissant en Europe.
Cela nous empêche de répondre à l’urgente nécessité
de faire deux choses à la fois, à savoir nous engager
dans le dialogue interreligieux pour renforcer la
cohésion sociale dans diverses villes et, parallèlement,
résister à la violence perpétrée au nom de la religion.
Traduction de l’anglais SI
AUDIENCE À UN GROUPE D’ÉVANGÉLIQUES
ET DE PENTECÔTISTES
7 mai 2015
Les tragédies, qui se sont déclenchées aux portes de
l’Europe, se poursuivent. Des milliers de personnes
meurent dans le Mare nostrum, notre Méditerranée : c’est
une honte pour l’Europe ! Le phénomène migratoire,
les millions de réfugiés et de personnes déplacées
internes continueront à mettre à l’épreuve nos valeurs
et notre capacité à agir.
Un œcuménisme spirituel unit un nombre croissant de
chrétiens. Un œcuménisme du sang unit les chrétiens de diverses
parties du monde où ils sont persécutés. Jeudi 7 mai 2015, un
groupe de 100 pentecôtistes et évangéliques l’ont rappelé avec
insistance lors d’une rencontre avec le Pape François dans une
salle de conférence voisine de la Salle d’audiences Paul VI.
Conduite par le Pasteur Giovanni Traettino, le groupe
comprenait des personnes venues d’Europe, des Amériques et
d’Afrique. La rencontre qui s’est déroulée dans une atmosphère
amicale a été l’occasion d’un échange cordial d’expériences de foi
et d’une prise de conscience croissante de la nécessité d’avancer
ensemble sur le même chemin. Le Cardinal Kurt Koch, Président
du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens,
était présent à cette rencontre qui s’est conclue par une prière
commune.
Votre prochaine Encyclique sur le changement
climatique est très attendue par les responsables
religieux, les ONG et les décideurs du monde entier. Il
est temps maintenant que la science, la politique, la
culture et la religion – tout ce qui est l’expression de la
dignité humaine – collaborent ensemble. Le
changement climatique a affaire avec la science et la foi,
la justice et le mode de vie, le bien-être et
l’interdépendance, le péché et la réconciliation, avec les
êtres humains en tant que « cocréateurs eux-mêmes
créés », avec le réexamen de nos points de vue
anthropocentriques, et enfin avec l’espérance. Le
monde entier observe les responsables religieux car les
religions sont source d’intégrité culturelle, elles
suscitent la profondeur spirituelle et la force morale qui
souvent font défaut à une approche purement laïque.
ORE, 15 mai 2015, traduction SI
AUDIENCE À UNE DÉLÉGATION DE LA
RÉPUBLIQUE TCHÈQUE POUR LE
600E ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE JAN HUS
15 juin 2015
Il y a un an, les évêques de l’Église de Suède
publiaient ce qu’ils ont appelé la « Lettre des évêques
sur le changement climatique »3. À l’automne dernier,
l’Église de Suède a conclu sa stratégie de
désinvestissement et son portefeuille financier est
désormais totalement libre de tout investissement en
L’invitation à « continuer l’étude de la personne et de
l’activité » de Jean Hus, « qui a été pendant longtemps l’objet de
discorde entre les chrétiens, alors qu’aujourd’hui il est devenu un
motif de dialogue », a été adressée par le Pape à une délégation de
la République tchèque reçue en audience le lundi 15 juin. Un
« acte de réconciliation et de demande de pardon » a dit le
Cardinal Miroslav Vlk dans son salut, en s’exprimant au nom
3. http://www.svenskakyrkan.se/omoss/biskoparnasbrev-om-klimatet
9
des représentants de l’Église tchécoslovaque hussite et de l’Église
évangélique tchèque qui ont participé à la rencontre à l’occasion
du sixième centenaire de la mort de Jean Hus. Nous publions cidessous le discours du Pape :
27). Et la communion visible entre les chrétiens rendra
sûrement l’annonce plus crédible.
En répondant à l’appel du Christ à une conversion
constante, dont nous avons tous besoin, nous pouvons
progresser ensemble sur le chemin de la réconciliation
et de la paix. Tout au long de ce chemin, apprenons,
par la grâce de Dieu, à nous reconnaître les uns les
autres comme des amis et à considérer les motivations
des autres sous le meilleur jour possible. En ce sens, je
souhaite que se développent des liens d’amitié au
niveau même des communautés locales et paroissiales.
Chers amis,
Je vous souhaite la bienvenue à tous, illustres
représentants de l’Église tchécoslovaque hussite et de
l’Église évangélique des frères tchèques, arrivés à Rome
pour célébrer, sur les tombes des apôtres Pierre et Paul,
une liturgie de réconciliation marquant le six-centième
anniversaire de la mort du réformateur Jan Hus.
J’adresse mes plus chaleureuses salutations au Cardinal
Miroslav Vlk.
Avec ces sentiments, je m’unis spirituellement à la
liturgie pénitentielle que vous célébrerez ici à Rome.
Que Dieu, riche en miséricorde, nous accorde la grâce
de nous reconnaître tous pêcheurs et de savoir nous
pardonner les uns les autres. Je vous assure de ma
prière et vous demande, s’il vous plaît, de prier pour
moi et pour mon ministère. Merci.
Cette rencontre nous donne l’occasion de
renouveler et d’approfondir les relations entre nos
communautés. Fidèles à la volonté du Seigneur Jésus
qui a prié le Père pour l’unité de ses disciples (cf. Jn 17,
21) à la veille de sa passion et de sa mort, nous avons le
devoir de promouvoir toujours plus une connaissance
réciproque et une réelle collaboration. Tant d’anciennes
disputes demandent à être réexaminées à la lumière du
nouveau contexte dans lequel nous vivons, et des
accords ainsi que des convergences de vue seront
atteints si nous affrontons nos vieilles querelles avec un
regard neuf. Mais surtout, nous ne saurions oublier les
vrais liens de fraternité qui nous unissent déjà grâce à la
profession de foi en Dieu le Père, dans le Fils et dans le
Saint-Esprit, que nous avons en commun et dans
laquelle nous avons été baptisés.
ORF, 2 juillet 2015
MESSAGES DU PAPE FRANÇOIS
MESSAGE AU PATRIARCHE COPTE
ORTHODOXE TAWADROS II
10 mai 2015
« Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes unis par
l’œcuménisme du sang qui nous encourage encopre plus sur le
chemin vers la réconciliation » : c’est ce qu’a écrit le Pape dans le
message envoyé dimanche 10 mai au Patriarche copte orthodoxe
Tawadros II, à l’occasion du deuxième anniversaire de la
rencontre fraternelle qui s’est déroulée au Vatican en 2013,
quarante ans après celle entre Paul VI et Shenouda III. Comme
il l’avait rappelé au cours de la Messe à Sainte-Marthe, François
a également téléphoné à Tawadros dimanche après-midi et a eu
un long entretien cordial avec lui, au cours duquel – a déclaré le
Père Federico Lombardi – « ont été abordés principalement deux
thèmes : la volonté de poursuivre l’engagement commun pour
l’unité des chrétiens et la proposition d’un accord pour la
célébration de la Passion à une date commune ». Nous publions
ici le Message du Pape.
Six siècles se sont écoulés depuis le jour où mourut
tragiquement le prédicateur et recteur renommé de
l’université de Prague, Jan Hus. Déjà en 1999, saint
Jean-Paul II, à l’occasion d’un symposium international
consacré à sa mémorable figure, avait fait part de son
« profond regret pour la mort cruelle [qu’on lui a]
infligée », et l’avait classé parmi les réformateurs de
l’Église. À la lumière de cette approche, il faut
continuer à étudier la personne et l’activité de Jan Hus,
qui a longtemps fait l’objet de discorde entre chrétiens,
alors qu’il est aujourd’hui devenu un motif de dialogue.
Cette recherche, conduite sans conditionnements de
nature idéologique, constituera un important service
rendu à la vérité historique, aux chrétiens et à la société
tout entière, au-delà même des frontières de votre
nation.
À Sa Sainteté Tawadros II
Pape d’Alexandrie et Patriarche du Siège de Saint Marc
Le Concile Vatican II affirmait que dans « la
rénovation de l’Église », qui « consiste essentiellement
en une fidélité accrue envers sa vocation… se trouve
certainement le ressort du mouvement vers l’unité...
Cette rénovation revêt donc une insigne valeur
œcuménique » (Unitatis redintegratio, 6). Aujourd’hui, en
particulier, l’exigence d’une nouvelle évangélisation de
tant d’hommes et de femmes qui semblent indifférents
à la joyeuse nouvelle de l’Évangile rend urgent le devoir
de renouveler chaque structure ecclésiale de façon à
favoriser une réponse positive chez tous ceux à qui
Jésus offre son amitié (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium,
À l’approche du deuxième anniversaire de notre
rencontre fraternelle à Rome, je désire exprimer à
Votre Sainteté mes meilleurs vœux dans la prière pour
votre bonne santé, ainsi que ma reconnaissance pour
les liens spirituels qui unissent le Siège de Pierre et le
Siège de Marc.
Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes unis par
l’œcuménisme du sang, qui nous encourage encore plus
sur le chemin vers la paix et la réconciliation. Je vous
assure, ainsi que la communauté chrétienne en Égypte
et dans tout le Moyen-Orient, de ma prière incessante,
10
et je commémore les fidèles coptes récemment
martyrisés en raison de leur foi chrétienne. Que le
Seigneur les accueille dans son Royaume !
Chers frères et sœurs, que la paix du Christ soit avec
vous.
Pardonnez-moi si je parle en espagnol, mais mon
anglais n’est pas suffisamment bon pour que je
m’exprime correctement. Je parle espagnol mais,
surtout, je parle le langage du cœur.
En rendant grâce au Seigneur, je rappelle nos
progrès sur le chemin de l’amitié, unis comme nous
sommes par un seul baptême. Bien que notre
communion soit encore imparfaite, ce que nous avons
en commun est plus grand que ce qui nous divise.
Nous pouvons persévérer sur notre chemin vers la
pleine communion et croître dans l’amour et dans la
compréhension!
J’ai à la main l’invitation que vous m’avez envoyée
pour cette célébration de l’Unité chrétienne, cette
journée de la réconciliation. Et je tiens à m’associer à
vous d’ici. « Père, qu’ils soient un en nous afin que le
monde croie que tu m’as envoyé ». C’est la devise, le
thème de cette rencontre : la prière du Christ à son
Père pour la grâce de l’unité.
Il est particulièrement encourageant que la
Commission mixte internationale pour le dialogue
théologique entre l’Église catholique et les Églises
orthodoxes orientales ait récemment conclu le document
« The Exercise of Communion in the Life of the Early
Church and its Implications for our Search for
Communion Today » (L’exercice de la communion dans la vie
de l’Église antique et ses implications pour notre recherche de
communion aujourd’hui). Sainteté, je suis certain que vous
partagez mon espérance que ce dialogue vital se
poursuive et donne des fruits abondants. Je suis
particulièrement reconnaissant pour la disponibilité du
patriarche du Siège de Saint-Marc à accueillir au Caire la
prochaine rencontre de la Commission.
Aujourd’hui, samedi 23 mai, de 9 heures du matin à
5 heures de l’après-midi, je serai avec vous
spirituellement et de tout mon cœur. Nous chercherons
ensemble, nous prierons ensemble, pour la grâce de
l’unité. L’unité qui germe entre nous est cette unité qui
commence sous le sceau de l’unique baptême que nous
avons tous reçu. C’est l’unité que nous cherchons
ensemble sur notre chemin. C’est l’unité spirituelle de
la prière les uns pour les autres. C’est l’unité de notre
travail commun en aidant nos frères et sœurs, et de
tous ceux qui croient en la souveraineté du Christ.
Chers frères, la division est une blessure dans le
corps de l’Église du Christ. Et nous ne voulons pas que
cette blessure reste ouverte. La division est l’œuvre du
père du mensonge, du père de la discorde, qui fait tout
son possible pour que les frères soient divisés.
Les chrétiens dans le monde entier doivent
affronter des défis semblables, qui exigent que nous
travaillions ensemble pour faire face à ces questions.
J’apprécie que, l’an dernier, vous ayez nommé un
délégué qui participe au Synode extraordinaire des
évêques consacré à la famille. Je souhaite que notre
coopération dans ce domaine puisse continuer, en
particulier en affrontant les questions concernant les
mariages mixtes.
Aujourd’hui réunis, moi ici à Rome et vous là-bas,
nous demanderons à notre Père d’envoyer l’Esprit de
Jésus, le Saint-Esprit, et de nous donner la grâce d’être
un, « pour que le monde croie ». J’ai envie de dire
quelque chose qui pourra sembler discutable, voire
peut-être une hérésie. Mais quelqu’un « sait » que,
malgré nos différences, nous sommes un. C’est celui
qui nous persécute. C’est celui qui persécute les
chrétiens aujourd’hui, celui qui nous oint avec le
martyre. Il sait que les chrétiens sont les disciples du
Christ : qu’ils sont un, qu’ils sont frères ! Il ne se soucie
pas de savoir s’ils sont évangéliques, ou orthodoxes,
luthériens, catholiques, apostoliques… Cela ne lui
importe pas ! Ils sont chrétiens. Et ce sang se mélange.
Aujourd’hui, chers frères, nous vivons « l’œcuménisme
du sang ». Cela doit nous encourager à faire ce que
nous faisons aujourd’hui : prier, dialoguer ensemble,
raccourcir les distances entre nous, fortifier nos liens de
fraternité.
Avec ces sentiments, et en rappelant ce qui est
désormais connu à juste titre comme le jour de l’amitié
entre l’Église copte orthodoxe et l’Église catholique,
j’échange avec Votre Sainteté un baiser fraternel dans le
Christ Seigneur.
Du Vatican, le 10 mai 2015
François
ORF, 14 mai 2015
MESSAGE VIDÉO À L’OCCASION DE LA
JOURNÉE
DE L’UNITÉ CHRÉTIENNE
23 mai 2015
Je suis convaincu que ce ne sont pas les théologiens
qui créeront l’unité parmi nous. Les théologiens nous
aident, la science des théologiens nous assistera, mais si
nous espérons que les théologiens soient d’accord entre
eux, nous atteindrons l’unité au lendemain du Jugement
dernier. Le Saint-Esprit donne l’unité. Les théologiens
sont utiles, mais la bonne volonté de nous tous qui
sommes sur ce chemin, le cœur ouvert au Saint-Esprit,
est encore plus utile !
À l’occasion de la journée de dialogue organisée samedi 23
mai par le diocèse américain de Phoenix (États-Unis), en
collaboration avec les pasteurs évangéliques du courant
pentecôtiste, parmi lesquels Giovanni Traettino, le Pape a envoyé
un message vidéo en langue espagnole. Nous en publions cidessous une traduction :
11
En toute humilité, je me joins à vous comme
n’importe quel participant en cette journée de prière,
d’amitié, de proximité et de réflexion. Avec la certitude
que nous avons un seul Seigneur : Jésus est le Seigneur.
Avec la certitude que ce Seigneur est vivant : Jésus est
vivant, le Seigneur est vivant en chacun de nous. Avec
la certitude qu’il a envoyé l’Esprit qu’il nous a promis
pour que cette « harmonie » entre tous ses disciples
puisse se réaliser.
carrefour de peuples et de cultures, où, si la diversité
constitue d’un côté une grande ressource qui a permis
le développement social, culturel et spirituel de cette
région, elle a, de l’autre, été la cause de douloureuses
déchirures et de guerres sanglantes.
Ce n’est pas un hasard si la naissance du Conseil pour
le Dialogue Interreligieux et les autres initiatives
appréciables dans le domaine interreligieux et
œcuménique ont eu lieu à la fin de la guerre, comme une
réponse à l’exigence de réconciliation et face à la nécessité
de reconstruire une société déchirée par le conflit. En
effet, le dialogue interreligieux, ici comme en beaucoup
d’endroits du monde, est une condition indispensable à la
paix ; et par conséquent, il est un devoir pour tous les
croyants (cf. Evangelii gaudium, n. 250).
Le dialogue interreligieux, avant même d’être une
discussion sur les grands thèmes de la foi, est une
« conversation sur la vie humaine » (ibid.). On y partage
l’existence dans sa quotidienneté, dans ce qu’elle a de
concret, avec les joies et les douleurs, les peines et les
espérances ; on assume les responsabilités communes ;
on projette un avenir meilleur pour tous. On apprend à
vivre ensemble, à se connaître et à s’accepter dans les
diversités respectives, librement, pour ce qu’on est.
Dans le dialogue on reconnaît et on développe une
communauté spirituelle, qui unifie et aide à promouvoir
les valeurs morales, les grandes valeurs morales, la
justice, la liberté et la paix. Le dialogue est une école
d’humanité et un facteur d’unité, qui aide à construire
une société fondée sur la tolérance et le respect mutuel.
Pour cette raison, le dialogue interreligieux ne peut
pas se limiter seulement à quelques-uns, aux seuls
responsables des communautés religieuses, mais il
devrait s’étendre autant que possible à tous les
croyants, impliquant les diverses sphères de la société
civile. Et, en ce sens, les jeunes, appelés à construire
l’avenir de ce pays, méritent une attention particulière.
Cependant, il est toujours bon de rappeler que le
dialogue, pour être authentique et efficace, suppose une
identité formée : sans une identité formée, le dialogue
est inutile ou nuisible. Je dis cela en pensant aux jeunes,
mais cela vaut pour tous.
J’apprécie sincèrement tout ce que vous avez fait
jusqu’à maintenant et je vous encourage dans votre
engagement pour la cause de la paix, dont vous êtes, en
tant que leader religieux, les premiers gardiens, ici en
Bosnie-Herzegovine. Je vous assure que l’Église
catholique continuera à donner son plein appui et à
assumer son entière responsabilité.
Nous sommes tous conscients qu’il y a encore
beaucoup de chemin à parcourir. Mais ne nous laissons
pas décourager par les difficultés et continuons avec
persévérance sur le chemin du pardon et de la
réconciliation. Alors que nous faisons justement
mémoire du passé, aussi pour apprendre les leçons de
l’histoire, évitons les regrets et les récriminations, mais
laissons-nous purifier par Dieu qui nous donne le
présent et l’avenir : c’est Lui notre avenir, c’est Lui la
source ultime de la paix.
Chers frères, je vous salue et vous embrasse. Je prie
pour vous. Je prie avec vous.
Et s’il vous plaît, je vous demande de prier pour
moi. Parce que j’en ai besoin pour être fidèle à ce que le
Seigneur attend de mon ministère.
Que Dieu vous bénisse. Que Dieu nous bénisse tous.
ORF, 9 juillet 2015
VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE
FRANÇOIS À SARAJEVO,
EN BOSNIE-HERZÉGOVINE
6 juin 2015
RENCONTRE ŒCUMÉNIQUE
ET INTERRELIGIEUSE
Le Pape François a rencontré les responsables des
communautés musulmane, orthodoxe, catholique et juive de
Bosnie et Herzégovine dans l’après-midi du samedi 6 juin, au
Centre international franciscain des étudiants. Après avoir écouté
les hommages du cardinal-archevêque de Sarajevo et de trois
représentants religieux, le Pape a prononcé le discours suivant.
Chers frères et sœurs,
Je suis heureux de participer à cette rencontre qui
rassemble les représentants des confessions religieuses
présentes en Bosnie-Herzégovine. J’adresse un salut
cordial à chacun de vous et à vos communautés, et je
remercie en particulier pour les aimables paroles, et pour
les réflexions qui ont été proposées. Et en les entendant,
je peux vous dire qu’elles m’ont fait du bien !
La rencontre d’aujourd’hui est le signe d’un désir
commun de fraternité et de paix ; elle donne le
témoignage d’une amitié que vous construisez au fil des
ans et que vous vivez déjà dans la cohabitation
quotidienne et la collaboration. Être ici est déjà un
« message » de ce dialogue que nous cherchons tous et
auquel nous travaillons.
Je voudrais spécialement rappeler, comme fruit de
ce désir de rencontre et de réconciliation, l’institution,
en 1997, du Conseil pour le Dialogue Interreligieux
local, qui rassemble musulmans, chrétiens et juifs. Je
me réjouis du travail que développe le Conseil, avec la
promotion de diverses activités de dialogue, la
coordination d’initiatives communes, et la rencontre
avec les Autorités de l’État. Votre travail est très
précieux dans cette région et à Sarajevo en particulier,
12
Cette ville qui, dans un passé récent, est tristement
devenue symbole de la guerre et de ses destructions, cette
Jérusalem d’Europe, aujourd’hui, avec sa variété de
peuples, de cultures et de religions, peut devenir à
nouveau signe d’unité, lieu où la diversité ne représente
pas une menace mais une richesse et une opportunité
pour grandir ensemble. Dans un monde encore
malheureusement déchiré par les conflits, cette terre peut
devenir un message : attester qu’il est possible de vivre
l’un à côté de l’autre, dans la diversité mais dans
l’humanité commune, en construisant ensemble un avenir
de paix et de fraternité. On peut vivre en faisant la paix !
Je vous suis reconnaissant à tous de votre présence
et des prières que vous aurez la bonté d’offrir pour
mon service. De ma part, je vous assure que je prierai
en retour pour vous, pour vos communautés, et je le
ferai de tout cœur. Que le Seigneur nous bénisse tous.
Maintenant je vous invite tous à faire cette prière. À
l’Éternel, à l’Unique et Vrai Dieu Vivant, au
Miséricordieux.
VISITE PASTORALE DU PAPE FRANÇOIS
À TURIN
22 juin 2015
VISITE AU TEMPLE VAUDOIS
Chers frères et sœurs,
C’est avec une grande joie que je me trouve
aujourd’hui parmi vous. Je vous salue tous avec les
paroles de l’apôtre Paul : « À vous, qui appartenez à
Dieu le Père et au Seigneur Jésus Christ : que la grâce et
la paix vous soient accordées » (1 Th 1, 1 - Traduction
interconfessionnelle en langue courante). Je salue en
particulier le modérateur de la Table vaudoise, le
Révérend Pasteur Eugenio Bernardini, et le pasteur de
cette communauté de Turin, le Révérend Paolo Ribet, à
qui j’adresse mes sincères remerciements pour
l’invitation qu’ils m’ont si gentiment adressée. L’accueil
cordial que vous me réservez aujourd’hui me fait
penser aux rencontres avec les amis de l’Église
évangélique vaudoise du Rio de la Plata, dont j’ai pu
apprécier la spiritualité et la foi, et apprendre tant de
bonnes choses.
PRIÈRE
Dieu tout-puissant et éternel,
Père bon et miséricordieux ;
Créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses
visibles et invisibles ;
Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob,
Roi et Seigneur du passé, du présent et de l’avenir ;
seul juge de tous les hommes,
qui récompense tes fidèles par la joie éternelle !
Nous, descendants d’Abraham selon la foi en toi,
Dieu unique,
juifs, chrétiens et musulmans,
nous sommes humblement devant toi
et nous te prions avec confiance
pour ce pays, la Bosnie-Herzegovine,
afin que puissent y habiter en paix et dans l’harmonie
les hommes et les femmes croyants
de diverses religions, nations et cultures.
Nous te prions, ô Père, pour que cela advienne
dans tous les pays du monde !
Renforce en chacun de nous la foi et l’espérance,
le respect réciproque et l’amour sincère
pour tous nos frères et sœurs.
Fais qu’avec courage, nous nous engagions
à construire la justice sociale,
à être des hommes de bonne volonté,
remplis de compréhension réciproque et de pardon,
artisans patients de dialogue et de paix.
Que toutes nos pensées, nos paroles et nos œuvres,
soient en harmonie avec ta sainte volonté.
Que tout soit en ton honneur et à ta gloire,
et pour notre salut.
Louange et gloire éternelle à toi, notre Dieu !
Amen.
L’un des principaux fruits que le Mouvement
œcuménique a déjà permis de recueillir au cours de ces
années est la redécouverte de la fraternité qui unit tous
ceux qui croient en Jésus Christ et ont été baptisés en
son nom. Ce lien n’est pas fondé sur des critères
simplement humains, mais sur le partage radical de
l’expérience fondatrice de la vie chrétienne : la
rencontre avec l’amour de Dieu qui se révèle à nous en
Jésus Christ et l’action transformatrice de l’Esprit Saint
qui nous assiste sur le chemin de la vie. La
redécouverte de cette fraternité nous permet de saisir le
lien profond qui nous unit déjà, malgré nos différences.
Il s’agit d’une communion encore en chemin — et
l’unité se fait en chemin — une communion qui, avec
la prière, avec la conversion personnelle et
communautaire permanente et avec l’aide des
théologiens, nous l’espérons, confiants dans l’action de
l’Esprit Saint, pourra devenir une communion pleine et
visible dans la vérité et dans la charité.
L’unité qui est le fruit de l’Esprit Saint ne signifie
pas uniformité. En effet, les frères sont rassemblés par
une même origine, mais ils ne sont pas identiques entre
eux. Cela est bien clair dans le Nouveau Testament où
tous ceux qui partageaient la même foi en Jésus Christ
étant appelés frères, on a cependant l’intuition que
toutes les communautés chrétiennes auxquelles ils
appartenaient n’avaient pas le même style, ni une
organisation interne identique. Au sein de la même
petite communauté, on pouvait apercevoir différents
charismes (cf. 1 Co 12-14) et même dans l’annonce de
l’Évangile, l’on trouvait des différences et aussi des
oppositions (cf. Ac 15, 36-40). Malheureusement, il est
arrivé et il continue à arriver que les frères n’acceptent
pas leur diversité et finissent par se faire la guerre l’un
contre l’autre. En réfléchissant sur l’histoire de nos
ORF, 11.06.2015
13
relations, nous ne pouvons que nous attrister face aux
conflits et aux violences commises au nom de la propre
foi, et je demande au Seigneur qu’il nous donne la grâce
de nous reconnaître tous pécheurs et de savoir nous
pardonner les uns les autres. Et à l’initiative de Dieu,
qui ne se résigne jamais face au péché de l’homme, que
s’ouvrent de nouvelles routes pour vivre notre
fraternité ; nous ne pouvons pas nous soustraire à cela.
Au nom de l’Église catholique, je vous demande
pardon. Je vous demande pardon pour les attitudes et
les comportements non chrétiens, même inhumains
que, au cours de l’histoire, nous avons eus contre vous.
Au nom du Seigneur Jésus Christ, pardonnez-nous !
du cœur même de Dieu, qui s’est fait pauvre pour nous
enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9) et, en
conséquence, nous rapproche davantage les uns des
autres. Que les différences sur d’importantes questions
anthropologiques et éthiques, qui continuent à exister
entre catholiques et vaudois, ne nous empêchent pas de
trouver des formes de collaboration dans ces domaines,
ainsi que dans d’autres. Si nous cheminons ensemble, le
Seigneur nous aidera à vivre cette communion qui
précède toute opposition.
Chers frères et sœurs, je vous remercie à nouveau
pour cette rencontre, qui j’espère confirmera une
nouvelle manière d’être les uns avec les autres : en
regardant tout d’abord la grandeur de notre foi
commune et de notre vie en Christ et dans l’Esprit
Saint, et, seulement après, les divergences qui subsistent
encore. Je vous assure de mon souvenir dans la prière
et je vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi :
j’en ai besoin. Que le Seigneur nous accorde à tous sa
miséricorde et sa paix.
C’est pourquoi nous sommes profondément
reconnaissants au Seigneur, en constatant que les
relations entre catholiques et vaudois sont aujourd’hui
toujours plus fondées sur le respect mutuel et sur la
charité fraternelle. De nombreuses occasions ont
contribué à rendre ces rapports plus solides. Je pense,
pour ne citer que quelques exemples — le Révérend
Bernardini l’a également fait — à la collaboration pour
la publication en italien d’une traduction
interconfessionnelle de la Bible, aux ententes pastorales
pour la célébration du mariage et, plus récemment, à la
rédaction d’un appel conjoint contre la violence sur les
femmes. Parmi les nombreux contacts cordiaux dans
divers contextes sociaux, où l’on partage la prière et
l’étude des Écritures, je voudrais rappeler l’échange
œcuménique de dons effectué, à l’occasion de Pâques, à
Pinerolo, par l’Église vaudoise de Pinerolo et par le
diocèse. L’Église vaudoise a offert aux catholiques le
vin pour la célébration de la Veillée pascale et le
diocèse catholique a offert aux frères vaudois le pain
pour la Sainte Cène du Dimanche de Pâques. Il s’agit
d’un geste entre les deux Églises qui va bien au-delà de
la simple courtoisie et qui fait goûter à l’avance, par
certains aspects, cette unité de la table eucharistique à
laquelle nous aspirons.
ORF, 25 juin 2015
AUTRES DÉCLARATIONS
DISCOURS AUX PARTICIPANTS
DE LA RENCONTRE ŒCUMÉNIQUE
DE RELIGIEUSES ET RELIGIEUX
24 janvier 2015
Le Pape François a rappelé trois caractéristiques qui doivent
accompagner la recherche de l’unité entre chrétiens lors de la
rencontre œcuménique de religieuses et de religieux qui s’est tenue
à Rome à l’initiative de la Congrégation pour les instituts de vie
consacrée et les sociétés de vie apostolique, le 24 janvier : « Il n’y
a pas d’unité sans conversion », « il n’y a pas d’unité sans
prière » et « il n’y a pas d’unité sans sainteté de vie ».
Messieurs les cardinaux, chers frères et sœurs,
Encouragés par ces pas, nous sommes appelés à
continuer à marcher ensemble. Un domaine dans lequel
s’ouvrent de vastes possibilités de collaboration entre
vaudois et catholiques est celui de l’évangélisation.
Conscients que le Seigneur nous a précédés et nous
précède toujours dans l’amour (cf. 1 Jn 4, 10), nous
allons ensemble à la rencontre des hommes et des
femmes d’aujourd’hui, qui parfois semblent si distraits
et indifférents, pour leur transmettre le cœur de
l’Évangile, c’est-à-dire « la beauté de l’amour salvifique
de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité »
(Exhort. apos. Evangelii gaudium, n. 36). Un autre
domaine dans lequel nous pouvons travailler toujours
plus unis est celui du service à l’humanité qui souffre,
aux pauvres, aux malades, aux migrants. Merci pour ce
que vous avez dit sur les migrants. De l’œuvre
libératrice de la grâce en chacun de nous dérive
l’exigence de témoigner du visage miséricordieux de
Dieu qui prend soin de tous et, en particulier, de ceux
qui sont dans le besoin. Le choix des pauvres, des
derniers, de ceux que la société exclut, nous rapproche
Je vous souhaite une cordiale bienvenue et je
remercie le cardinal Braz de Aviz pour les mots qu’il
m’a adressés au nom de tous. Je me réjouis que cette
initiative ait réuni des religieux et des religieuses de
diverses Églises et Communautés ecclésiales, auxquels
j’adresse mes salutations chaleureuses. Il est
particulièrement significatif que votre rencontre ait lieu
durant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens ;
chaque année, celle-ci nous rappelle que l’œcuménisme
spirituel est « l’âme du Mouvement œcuménique »,
comme l’a souligné le décret conciliaire Unitatis
redintegratio (n. 8), dont nous avons célébré récemment
le 50e anniversaire.
Je voudrais partager avec vous quelques pensées sur
l’importance de la vie consacrée pour l’unité des
chrétiens.
La volonté de rétablir l’unité de tous les chrétiens
est présente naturellement dans toutes les Églises et
concerne aussi bien le clergé que les laïcs (cf. ibid.,
14
n. 5). Mais la vie religieuse, qui puise ses racines dans la
volonté du Christ et dans la tradition commune de
l’Église indivise, a sans nul doute une vocation
particulière dans la promotion de cette unité. Ce n’est
du reste pas par hasard que de nombreux pionniers de
l’œcuménisme aient été des hommes et des femmes
consacrés. Aujourd’hui, diverses communautés
religieuses se consacrent intensément à cet objectif et
sont les lieux privilégiés de rencontre entre chrétiens
des différentes traditions. Dans ce contexte, je voudrais
également mentionner les communautés œcuméniques
comme celle de Taizé et celle de Bose, toutes deux
présentes à cette rencontre. La recherche de l’union
avec Dieu et de l’unité au sein de la communauté
fraternelle appartient à la vie religieuse, réalisant ainsi
de manière exemplaire la prière du Seigneur « afin que
tous soient un » (Jn 17, 21).
Il n’y a pas d’unité sans sainteté de vie. La vie
religieuse nous aide à prendre conscience de l’appel
adressé à tous les baptisés : l’appel à la sainteté de vie,
qui est l’unique vrai chemin vers l’unité. Le décret
conciliaire Unitatis redintegratio le souligne par des mots
efficaces : « Que les fidèles se souviennent tous qu’ils
favoriseront l’union des chrétiens, bien plus, qu’ils la
réaliseront, dans la mesure où ils s’appliqueront à vivre
plus purement selon l’Évangile. Plus étroite, en effet,
sera leur communion avec le Père, le Verbe et l’Esprit
Saint, plus ils pourront rendre intime et facile la
fraternité mutuelle » (n. 7).
Chers frères et sœurs, en vous exprimant ma
gratitude pour le témoignage qu’avec votre vie, vous
rendez à l’Évangile et pour le service que vous offrez à
la cause de l’unité, je prie le Seigneur de bénir
abondamment votre ministère et de vous pousser à
travailler inlassablement pour la paix et la réconciliation
entre toutes les Églises et communautés chrétiennes. Je
vous demande s’il vous plaît de prier pour moi et vous
bénis de tout cœur. Demandons la bénédiction au
Seigneur en priant, chacun dans notre propre langue, la
prière du Seigneur. [Notre Père…] Que le Seigneur
vous bénisse tous.
Votre rencontre s’est déroulée à l’Institut de
patristique Augustinianum. Saint Augustin débute sa
règle par l’affirmation suivante, particulièrement
éloquente : « Avant tout, vivez unanimes à la maison,
ayant une seule âme et un seul cœur tournés vers
Dieu » (I, 2). La vie religieuse nous montre précisément
que cette unité n’est pas le fruit de nos efforts : l’unité
est un don du Saint-Esprit, lequel réalise l’unité dans la
diversité. Celle-ci nous révèle aussi que cette unité ne
peut s’accomplir que si nous marchons ensemble, si
nous parcourons le chemin de la fraternité dans
l’amour, dans le service, dans l’accueil mutuel.
ORF, 5 février 2015
ANGÉLUS
25 janvier 2015
Il n’y a pas d’unité sans conversion. La vie religieuse
nous rappelle qu’au centre de toute recherche d’unité,
et donc de tout effort œcuménique, se trouve avant
tout la conversion du cœur, qui comporte la demande
et la concession du pardon. Celle-ci consiste en grande
partie en une conversion de notre regard : essayer de
nous regarder les uns les autres en Dieu, et savoir
également nous placer du point de vue de l’autre : voilà
un double défi lié à la recherche de l’unité, aussi bien à
l’intérieur des communautés religieuses qu’entre
chrétiens de différentes traditions.
Chers frères et sœurs, bonjour,
L’Évangile d’aujourd'hui nous présente le
commencement de la prédication de Jésus en Galilée.
Saint Marc souligne que Jésus commença à prêcher
« après l’arrestation de Jean-Baptiste » (1, 14). C'est
justement au moment où la voix prophétique de JeanBaptiste, qui annonçait la venue du Royaume de Dieu,
est réduite au silence par Hérode, que Jésus commence
à parcourir les routes de sa terre pour apporter à tous,
en particulier aux pauvres, « l’Évangile de Dieu » (ibid.).
L’annonce de Jésus est semblable à celle de Jean, à la
différence substantielle que Jésus n’indique plus un
autre qui doit venir: Jésus est Lui-même
l’accomplissement des promesses ; Il est Lui-même la
« bonne nouvelle » à croire, à accueillir et à
communiquer aux hommes et aux femmes de tous les
temps, afin qu’eux aussi Lui confient leur existence.
Jésus Christ en personne est la Parole vivante et
agissante dans l’histoire: celui qui l'écoute et le suit
entre dans le Royaume de Dieu.
Il n’y a pas d’unité sans prière. La vie religieuse est
une école de prière. L’engagement œcuménique
répond, en premier lieu, à la prière du même Seigneur
Jésus et se fonde essentiellement sur la prière. L’un des
pionniers de l’œcuménisme et grand promoteur de la
semaine de prière pour l’unité, le père Paul Couturier,
utilisait une image qui illustre bien le lien entre
œcuménisme et vie religieuse : il comparaît tous ceux
qui prient pour l’unité, et le Mouvement œcuménique
en général, à un « monastère invisible », qui réunit les
chrétiens de diverses Églises, de divers pays et
continents. Chers frères et sœurs, vous êtes les
premiers animateurs de ce « monastère invisible » : je
vous encourage à prier pour l’unité des chrétiens et à
traduire cette prière dans les comportements et les
gestes quotidiens.
Jésus est l’accomplissement des promesses divines
car Il est Celui qui donne à l'homme le Saint-Esprit,
l’« eau vive » qui désaltère notre cœur inquiet, assoiffé
de vie, d’amour, de liberté, de paix: assoiffé de Dieu.
Combien de fois sentons-nous, ou avons-nous senti
notre cœur assoiffé ! Il l’a révélé Lui-même à la femme
samaritaine, rencontrée près du puits de Jacob, à
laquelle il dit : « Donne-moi à boire » (Jn 4, 7). Ces
15
paroles du Christ, adressées à la Samaritaine, étaient
précisément le thème de la Semaine de prière annuelle
pour l'unité des chrétiens, qui se conclut aujourd’hui.
Ce soir, avec les fidèles du diocèse de Rome et avec les
représentants des diverses Églises et communautés
ecclésiales, nous nous réunirons dans la basilique SaintPaul-hors-les-Murs pour prier intensément le Seigneur,
afin qu'Il renforce notre engagement pour la pleine
unité de tous les chrétiens. Il n’est pas bon que les
chrétiens soient divisés ! Jésus nous veut unis: un seul
corps. Nos péchés, l'histoire, nous ont divisés, et c’est
pourquoi nous devons prier beaucoup pour que
l'Esprit Saint nous unisse à nouveau.
le faire ». On lit en effet dans l’Évangile : « Père, je prie
pour eux mais pour tant d'autres qui viendront ». Un
détail non secondaire auquel, sans doute, nous ne sommes pas
suffisamment attentifs. Pourtant, « Jésus a prié pour moi » et
cela « est .réellement source de confiance ». Nous
pourrions imaginer « Jésus face au Père, au ciel », qui prie
pour nous. Et « que voit le Père ? Les plaies », à savoir le
prix que Jésus « a payé pour nous ». Avec cette image, le Pape
est entré dans le cœur de sa réflexion. Jésus sait bien que
« l’esprit du monde, qui est précisément l’esprit du père
de la division, est un esprit de division, de guerre, de
convoitises, de jalousies », et qu’il est présent « même dans
les familles, même dans les familles religieuses, même
dans les diocèses, et même dans l’Église entière : c'est la
grande tentation ». C'est pour cette raison que « la grande
prière de Jésus » est celle de « ressembler » au Père : en
d'autres termes, « comme toi, Père, tu es en moi et moi en
toi », dans « l’unité qu’il a avec le Père ». Nous devons
« toujours chercher l’unité ». Naturellement, chacun « est
comme il est », mais doit essayer de vivre dans l’unité :
« Jésus t’a-t-il pardonné ? Il pardonne à tout le
monde ». Le Seigneur prie afin que nous réussissions en cela.
« L’Église a grand besoin de cette prière d’unité, pas
seulement celle de Jésus; nous devons nous aussi nous
unir à cette prière ». Du reste, depuis ses débuts, l’Église a
exprimé cette nécessité : « Si nous commençons à lire le
livre des Actes des apôtres depuis le début, nous
verrons que là commencent les querelles, et même les
escroqueries. L’un veut escroquer l’autre, pensez à
Ananias et Saphira... ». Il faut toutefois se rendre compte que
« seuls, on ne peut » atteindre l’unité : celle-ci est en effet
« une grâce ». Pour cela, « Jésus prie, a prié tout ce
temps, prie pour l’Église, a prié pour moi, pour l’Église,
afin que j'aille sur cette voie ». L’unité est si importante, que
« dans l’extrait que nous avons lu », ce mot est répété
« quatre fois en six versets ». Une unité qui « ne se fait
pas avec de la colle ». En effet, « l’Église faite de colle »
n'existe pas : l’Église est une par l’Esprit. Voici alors que nous
« devons faire de la place à l’Esprit, afin qu'il nous
transforme comme le Père est dans son Fils, en une
seule chose ». Pour atteindre cet objectif, il existe un conseil
donné par Jésus lui-même : « Demeurez en moi ». C'est aussi
une grâce. Un conseil a dérivé de cette méditation : celui de relire
les versets 20-26 du chapitre 17 de l’Évangile de Jean et penser
« Jésus prie, il prie pour moi, il a prié et prie encore
pour moi. Il prie avec ses plaies, devant le Père ». Et il
le fait « afin que tous soient un, comme lui est avec le
Père, pour l'unité ». Cela « doit nous pousser à ne pas
émettre de jugements », à ne pas faire de « choses qui
aillent contre l’unité », et à suivre le conseil de Jésus « de
demeurer en lui dans cette vie afin que nous puissions
demeurer avec lui pour l'éternité ».
Dieu, en se faisant homme, a fait sienne notre soif,
non seulement de l’eau matérielle, mais surtout la soif
d’une vie pleine, d’une vie libérée de l’esclavage du mal
et de la mort. Dans le même temps, par son
incarnation, Dieu a placé sa soif — car Dieu aussi a
soif — dans le cœur d'un homme: Jésus de Nazareth.
Dieu a soif de nous, de nos cœurs, de notre amour, et il
a mis cette soif dans le cœur de Jésus. Donc, dans le
cœur du Christ se rencontrent la soif humaine et la soif
divine. Et le désir de l’unité de ses disciples appartient à
cette soif. Nous le trouvons exprimé dans la prière
élevée au Père avant la Passion : « Que tous soient un »
(Jn 17,21). C’est ce que voulait Jésus : l’unité de tous !
Le diable — nous le savons — est le père des divisions,
il divise toujours, il fait toujours la guerre, il fait tant de
mal.
Que cette soif de Jésus devienne toujours plus aussi
notre soif ! Continuons à prier et à nous engager pour
la pleine unité des disciples du Christ, dans la certitude
qu’Il est à nos côtés et nous soutient par la force de son
Esprit pour que nous nous rapprochions de cet
objectif. Et confions notre prière à l’intercession
maternelle de la Vierge Marie, Mère du Christ, Mère de
l’Église, afin qu’Elle nous unisse tous comme une
bonne mère.
ORF, 29 janvier 2015
MESSE À SAINTE-MARTHE
21 mai 2015
L’unité ne se fait pas avec de la colle
L’unité de l’Église a été au centre de la réflexion du Pape
François. En relisant l’extrait de l’Évangile de Jean (17, 2026) proposé par la liturgie du jour, le Souverain Pontife a tout
d’abord souligné combien « cela console tout le monde
d’entendre cette parole : "Père, je ne prie pas pour eux
seulement, mais aussi pour ceux qui, à leur parole,
croiront en moi" ». C’est ce qu’a dit Jésus en prenant congé
des apôtres. À ce moment-là, Jésus prie son Père pour les disciples
et « prie aussi pour nous ». François a fait remarquer que
« Jésus a prié pour nous, à ce moment-là, et continue à
ORF, 4 juin 2015
16
CÉLÉBRATION À ROME DE LA SEMAINE DE PRIÈRE
POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS 2015
18 – 25 janvier 2015
CONCLUSION DE LA SEMAINE DE PRIÈRE
POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS
25 janvier 2015
en profondeur ce qui nous unit, c’est-à-dire l’appel à
participer au mystère d’amour du Père révélé à nous
par le Fils dans l’Esprit Saint. L’unité des chrétiens –
nous en sommes convaincus – ne sera pas le fruit de
discussions théoriques raffinées dans lesquelles chacun
tentera de convaincre l’autre du bien-fondé de ses
propres opinions. Le Fils de l’Homme viendra et il
nous trouvera encore en discussions. Nous devons
reconnaître que pour parvenir à la profondeur du
mystère de Dieu, nous avons besoin les uns des autres,
de nous rencontrer et de nous confronter sous la
conduite de l’Esprit Saint, qui harmonise les diversités
et dépasse les conflits, réconcilie les diversités.
Dimanche 25 janvier, en conclusion de la Semaine de prière
pour l’unité des chrétiens, le Pape François a présidé la
célébration des secondes vêpres dans la basilique Saint-Paul-horsles-Murs. Dans son homélie, le Pape a rappelé les « martyrs
d’aujourd’hui persécutés et tués parce que chrétiens, sans faire de
distinction, de la part des persécuteurs, entre les confessions
auxquelles ils appartiennent ». Cela, a-t-il dit, est
« l’œcuménisme du sang ».
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, 25 janvier 2015
Progressivement, la femme samaritaine comprend
que Celui qui lui a demandé à boire est à même de la
désaltérer. Jésus se présente à elle comme la source
d’où jaillit l’eau vive qui étanche pour toujours sa soif
(cf. Jn 4, 13-14). L’existence humaine révèle des
aspirations sans bornes : recherche de vérité, soif
d’amour, de justice et de liberté. Ce sont des désirs
satisfaits seulement en partie, parce que du fond de son
être, l’homme se meut vers un “plus”, un absolu
capable d’étancher sa soif de façon définitive. La
réponse à ces aspirations est donnée par Dieu en Jésus
Christ, dans son mystère pascal. Du côté transpercé de
Jésus ont jailli du sang et de l’eau (cf. Jn 19, 34) : il est
la source d’où jaillit l’eau de l’Esprit Saint, c’est-à-dire «
l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs » (Rm 5, 5)
au jour du baptême. Par l’œuvre de l’Esprit nous
sommes devenus uns avec le Christ, fils dans le Fils,
vrais adorateurs du Père. Ce mystère d’amour est la
raison la plus profonde de l’unité qui relie tous les
chrétiens et qui est beaucoup plus grande que les
divisions advenues au cours de l’histoire. Pour ce motif,
dans la mesure où nous nous approchons avec humilité
du Seigneur Jésus Christ, nous nous rapprochons aussi
entre nous.
En voyage de la Judée vers la Galilée, Jésus traverse
la Samarie. Il n’a pas de difficulté à rencontrer les
Samaritains jugés hérétiques, schismatiques, séparés des
juifs. Son attitude nous fait comprendre que la
confrontation avec celui qui est différent de nous peut
nous faire grandir.
Jésus, fatigué par le voyage, n’hésite pas à demander
à boire à la femme samaritaine. Sa soif, nous le savons,
va bien au-delà de la soif physique : elle est aussi soif de
rencontre, désir d’ouvrir un dialogue avec cette femme,
en lui offrant aussi la possibilité d’un chemin de
conversion intérieure. Jésus est patient, il respecte la
personne qui est devant lui, il se révèle à elle
progressivement. Son exemple encourage à chercher
une confrontation sereine avec l’autre. Pour se
comprendre et grandir dans la charité et dans la vérité,
il faut s’arrêter, s’accueillir et s’écouter. De cette
manière, on commence déjà à expérimenter l’unité.
L’unité se fait sur le chemin, elle n’est jamais à l’arrêt.
L’unité se fait en marchant.
La femme de Sykar interroge Jésus sur le véritable
lieu de l’adoration de Dieu. Jésus ne prend pas position
en faveur de la montagne ou du temple, mais il va audelà, il va à l’essentiel, faisant tomber chaque mur de
séparation. Il renvoie à la vérité de l’adoration : « Dieu
est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité
qu’ils doivent l’adorer » (Jn 4, 24). Beaucoup de
controverses entre chrétiens, héritées du passé, peuvent
se dépasser en mettant de côté toute attitude polémique
ou apologétique, et en cherchant ensemble à accueillir
La rencontre avec Jésus transforme la Samaritaine
en une missionnaire. Ayant reçu un don plus grand et
plus important que l’eau du puits, la femme laisse là sa
cruche (cf. Jn 4, 28) et elle court raconter à ses
compatriotes qu’elle a rencontré le Christ (cf. Jn 4, 29).
La rencontre avec Lui lui a rendu le sens et la joie de
vivre, et elle sent le désir de le communiquer.
Aujourd’hui, il existe une multitude d’hommes et de
femmes fatigués et assoiffés, qui nous demandent, à
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nous chrétiens, de leur donner à boire. C’est une
demande à laquelle on ne peut se soustraire. Dans
l’appel à être des évangélisateurs, toutes les Églises et
Communautés ecclésiales trouvent un cadre essentiel
pour une collaboration plus étroite. Pour pouvoir
remplir efficacement une telle tâche, il faut éviter de se
renfermer dans ses propres particularismes et
exclusivismes, comme aussi d’imposer une uniformité
selon des plans purement humains (cf. Exhort. Apost.
Evangelii gaudium, n. 131). L’engagement commun à
annoncer l’Évangile permet de dépasser toute forme de
prosélytisme et la tentation de compétition. Nous
sommes tous au service de l’unique et même Évangile !
et les jeunes qui bénéficient de bourses d’étude offertes
par le Comité de Collaboration culturelle avec les
Églises orthodoxes, œuvrant près du Conseil pour la
promotion de l’Unité des chrétiens.
Sont aussi présents aujourd’hui des religieux et des
religieuses appartenant à différentes Églises et
Communautés ecclésiales, qui ont participé ces jours-ci
à un Colloque œcuménique, organisé par la
Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les
Sociétés de Vie apostolique, en collaboration avec le
Conseil Pontifical pour la promotion de l’Unité des
chrétiens, à l’occasion de l’Année de la Vie consacrée.
La vie religieuse comme prophétie du monde futur est
appelée à offrir en notre temps le témoignage de cette
communion dans le Christ qui va au-delà de chaque
différence, et qui est faite de choix concrets d’accueil et
de dialogue. Et donc, la recherche de l’unité des
chrétiens ne peut être l’apanage seulement de quelques
personnes
ou
communautés
religieuses
particulièrement sensibles à cette problématique. La
connaissance réciproque des différentes traditions de
vie consacrée et un échange fécond d’expériences peut
être utile pour la vitalité de chaque forme de vie
religieuse dans les diverses Églises et Communautés
ecclésiales.
Et en ce moment de prière pour l’unité, je voudrais
rappeler nos martyrs d’aujourd’hui. Ils rendent
témoignage à Jésus Christ et ils sont persécutés et tués
parce que chrétiens, sans faire de distinction, de la part
des persécuteurs, entre les confessions auxquelles ils
appartiennent. Ils sont chrétiens et pour cela
persécutés. Voilà, frères et sœurs, l’œcuménisme du
sang.
Rappelant ce témoignage de nos martyrs
d’aujourd’hui, et avec cette joyeuse certitude, j’adresse
mes saluts cordiaux et fraternels à Son Éminence le
Métropolite Gennadios, représentant du Patriarcat
œcuménique, à Sa Grâce David Moxon, représentant
personnel à Rome de l’Archevêque de Cantorbéry, et à
tous les représentants des différentes Églises et
Communautés ecclésiales ici rassemblées en la fête de
la Conversion de saint Paul. En outre, je suis heureux
de saluer les membres de la Commission mixte pour le
dialogue théologique entre l’Église catholique et les
Églises orthodoxes orientales, auxquels je souhaite un
travail fructueux pour la session plénière qui se
déroulera dans les prochains jours à Rome. Je salue
aussi les étudiants de l’Institut œcuménique de Bossey
Chers frères et sœurs, aujourd’hui, nous qui
sommes assoiffés de paix et de fraternité, invoquons
avec un cœur confiant du Père céleste, par Jésus Christ
l’unique Prêtre et médiateur, et par l’intercession de la
Vierge Marie, de l’apôtre Paul et de tous les saints, le
don de la pleine communion de tous les chrétiens, afin
que puisse resplendir « le mystère sacré de l’unité de
l’Église » (Conc. Œcum. Vat. II, Décret sur
l’œcuménisme Unitatis redintegratio, n. 2), comme signe
et instrument de réconciliation pour le monde entier.
Ainsi soit-il.
ORF, 29 janvier 2015
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COMMÉMORATION DU MARTYRE DES ARMÉNIENS
Avril 2015
semblables, avec l’aide des uns et le silence complice
des autres qui restent spectateurs. Nous n’avons pas
encore appris que « la guerre est une folie, un massacre
inutile » (cf. Homélie à Redipuglia, 13 septembre 2014).
SALUT DU PAPE FRANÇOIS AVANT LA MESSE
CÉLÉBRÉE À LA BASILIQUE SAINT-PIERRE
12 avril 2015
Au début de la Messe célébrée dans la Basilique vaticane
dans la matinée du 12 avril, deuxième dimanche de Pâques et
dimanche de la Divine Miséricorde, le pape François a prononcé
le salut suivant :
Chers frères arméniens, aujourd’hui nous rappelons,
le cœur transpercé de douleur mais rempli d’espérance
dans le Seigneur ressuscité, le centenaire de ce tragique
événement, de cette effroyable et folle extermination,
que vos ancêtres ont cruellement soufferte. Se souvenir
d’eux est nécessaire, plus encore c’est un devoir, parce
que là où il n’y a plus de mémoire, cela signifie que le
mal tient encore la blessure ouverte ; cacher ou nier le
mal c’est comme laisser une blessure continuer à
saigner sans la panser !
Chers frères et sœurs Arméniens, chers frères et
sœurs,
En des occasions diverses j’ai défini cette époque
comme un temps de guerre, une troisième guerre
mondiale « par morceaux », où nous assistons
quotidiennement à des crimes atroces, à des massacres
sanglants, et à la folie de la destruction.
Malheureusement, encore aujourd’hui, nous entendons
le cri étouffé et négligé de beaucoup de nos frères et
sœurs sans défense, qui, à cause de leur foi au Christ ou
de leur appartenance ethnique, sont publiquement et
atrocement tués – décapités, crucifiés, brûlés vifs –, ou
bien contraints d’abandonner leur terre.
Je vous salue avec affection et je vous remercie pour
votre témoignage.
Je salue et je remercie pour sa présence Monsieur
Serž Sargsyan, Président de la République d’Arménie.
Je salue aussi cordialement mes frères Patriarches et
Évêques : Sa Sainteté Karekin II, Patriarche Suprême et
Catholicos de tous les Arméniens ; Sa Sainteté Aram Ier,
Catholicos de la Grande Maison de Cilicie ; Sa
Béatitude Nerses Bedros XIX, Patriarche de Cilicie des
Arméniens Catholiques ; les deux Catholicossats de
l’Église Apostolique Arménienne, et le Patriarcat de
l’Église Arméno-Catholique.
Aujourd’hui encore nous sommes en train de vivre
une sorte de génocide causé par l’indifférence générale
et collective, par le silence complice de Caïn qui
s’exclame : « Que m’importe ? », « Suis-je le gardien de
mon frère ? » (Gn 4, 9 ; Homélie à Redipuglia, 13
septembre 2014).
Avec la ferme certitude que le mal ne vient jamais
de Dieu infiniment Bon, et enracinés dans la foi,
affirmons que la cruauté ne peut jamais être attribuée à
l’œuvre de Dieu, et en outre ne doit absolument pas
trouver en son Saint Nom une quelconque justification.
Vivons ensemble cette célébration en fixant notre
regard sur Jésus-Christ, vainqueur de la mort et du mal.
Notre humanité a vécu, le siècle dernier, trois
grandes tragédies inouïes : la première est celle qui est
généralement considérée comme « le premier génocide
du XXe siècle » (Jean-Paul II et Karékine II,
Déclaration commune, Etchmiadzine, 27 septembre
2001) ; elle a frappé votre peuple arménien – première
nation chrétienne –, avec les Syriens catholiques et
orthodoxes, les Assyriens, les Chaldéens et les Grecs.
Des évêques, des prêtres, des religieux, des femmes,
des hommes, des personnes âgées et même des enfants
et des malades sans défense ont été tués. Les deux
autres ont été perpétrées par la nazisme et par le
stalinisme. Et, plus récemment, d’autres exterminations
de masse, comme celles au Cambodge, au Rwanda, au
Burundi, en Bosnie. Cependant, il semble que
l’humanité ne réussisse pas à cesser de verser le sang
innocent. Il semble que l’enthousiasme qui est apparu à
la fin de la seconde guerre mondiale soit en train de
disparaître et de se dissoudre. Il semble que la famille
humaine refuse d’apprendre de ses propres erreurs
causées par la loi de la terreur ; et ainsi, encore
aujourd’hui, il y en a qui cherchent à éliminer leurs
ORF, 16 avril 2015
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AUX ARMÉNIENS
Chers frères et sœurs Arméniens,
Un siècle s’est écoulé depuis l’horrible massacre qui
fut un véritable martyre de votre peuple, dans lequel
beaucoup d’innocents sont morts en confesseurs et
martyrs pour le nom du Christ (cf. Jean-Paul II et
Karékine II, Déclaration commune, Etchmiadzine, 27
septembre 2001). Il n’y a pas de famille arménienne,
encore aujourd’hui, qui n’a pas perdu un être cher dans
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ces événements : ce fut vraiment le « Metz Yeghern »,
le « Grand Mal », comme vous avez appelé cette
tragédie. En cette occasion, j’éprouve un sentiment de
grande proximité envers votre peuple et je désire
m’unir spirituellement aux prières qui s’élèvent de vos
cœurs, de vos familles, de vos communautés.
IX [1917],429), s’efforça jusqu’au bout de l’empêcher,
reprenant les efforts de médiation déjà accomplis par le
Pape Léon XIII face aux « funestes événements » des
années 1894-96. Il écrivit pour cela au sultan
Mahomet V, implorant que tant d’innocents soient
épargnés (cf. Lettre du 10 septembre 1915), et ce fut
encore lui qui, lors du Consistoire secret du 6 décembre
1915, affirma dans un vibrant désarroi : « Miserrima
Armenorum gens ad interitum prope ducitur » (AAS,
VII [1915], 510).
Une occasion favorable nous est donnée de prier
ensemble dans cette célébration d’aujourd’hui, au cours
de laquelle nous proclamons saint Grégoire de Narek,
Docteur de l’Église. J’exprime ma vive gratitude, pour
leur présence, à Sa Sainteté Karekin II, Patriarche
Suprême et Catholicos de tous les Arméniens, à Sa
Sainteté Aram Ier, Catholicos de la Grande Maison de
Cilicie, et à Sa Béatitude Nerses Bedros XIX, Patriarche
de Cilicie des Arméniens Catholiques.
Faire mémoire de tout ce qui est arrivé est un
devoir, non seulement pour le peuple arménien et pour
l’Église universelle, mais aussi pour toute la famille
humaine, afin que l’avertissement qui vient de cette
tragédie nous évite de retomber dans des horreurs
semblables qui offensent Dieu et la dignité humaine.
Aujourd’hui également, en effet, les conflits dégénèrent
parfois en violences injustifiables, attisées par
l’instrumentalisation des diversités ethniques et
religieuses. Tous ceux qui sont placés à la tête des
Nations et des Organisations internationales sont
appelés à s’opposer à de tels crimes avec une ferme
responsabilité, sans céder aux ambiguïtés ni aux
compromis.
Saint Grégoire de Narek, moine du Xe siècle, a su
exprimer plus que tout autre la sensibilité de votre
peuple. Donnant une voix au cri, qui devient prière,
d’une humanité souffrante et pécheresse, opprimée par
l’angoisse de sa propre impuissance mais illuminée par
la splendeur de l’amour de Dieu et ouverte à
l’espérance de son intervention salvifique, capable de
transformer toute chose. « Dans l’attente certaine de sa
puissance, je crois avec une indubitable espérance, me
confiant dans la main du Tout Puissant… que je le
verrai, Lui en personne, grâce à sa miséricorde et à sa
pitié, et que j’hériterai du Ciel » (Saint Grégoire de
Narek, Livre des Lamentations, XII).
Que cette douloureuse occasion devienne pour tous
un motif de réflexion humble et sincère, et d’ouverture
du cœur au pardon qui est source de paix et
d’espérance nouvelle. Saint Grégoire de Narek,
interprète formidable de l’âme humaine, semble
prononcer pour nous des paroles prophétiques : « Je
me suis volontairement chargé de toutes les fautes,
depuis celle de notre premier père jusqu’à celles du
dernier de ses descendants, et je me suis considéré
comme responsable » (Livre des Lamentations,
LXXII). Combien ce sentiment de solidarité universelle
nous touche ! Comme nous nous sentons petits face à
la grandeur de ses invocations : « Souviens-toi,
[Seigneur,]… de ceux aussi qui, parmi la race humaine
sont nos ennemis, mais pour leur faire du bien :
accorde leur pardon et miséricorde (…) N’extermine
pas ceux qui me mordent, mais change-les ! arracheleur la mauvaise conduite terrestre, enracine la bonne et
en moi et en eux » (ibid. LXXXIII).
Votre vocation chrétienne est très ancienne et
remonte en 301, année où saint Grégoire l’Illuminateur
a conduit l’Arménie à la conversion et au Baptême, la
première parmi les nations qui, au cours des siècles, ont
embrassé l’Évangile du Christ. Cet événement spirituel
a marqué de manière indélébile le peuple arménien, sa
culture et son histoire dans lesquelles le martyre occupe
une place prééminente, comme l’atteste de manière
emblématique le témoignage sacrificiel de saint Vardan
et de ses compagnons du Ve siècle.
Votre peuple, illuminé de la lumière du Christ et
avec sa grâce, a surmonté beaucoup d’épreuves et de
souffrances, animé par l’espérance qui vient de la Croix
(cf. Rm 8, 31-39). Comme vous l’avait dit saint JeanPaul II : « Votre histoire faite de souffrance et de
martyre est une perle précieuse dont l’Église universelle
est fière. La foi au Christ, rédempteur de l’homme,
vous a infusé un courage admirable sur le chemin,
souvent semblable à celui de la croix, sur lequel vous
avez avancé avec détermination, dans le but de
conserver votre identité de peuple et de croyants »
(Homélie, 21 novembre 1987).
Que Dieu accorde que soit repris le chemin de la
réconciliation entre le peuple arménien et le peuple
turc, et que la paix advienne aussi au Nagorno
Karabakh. Ce sont des peuples qui, par le passé, malgré
les divergences et les tensions, ont vécu de longues
périodes de cohabitation pacifique, et même dans le
tourbillon des violences ont connu des cas de solidarité
et d’aide réciproque. C’est seulement dans cet esprit
que les nouvelles générations pourront s’ouvrir à un
avenir meilleur et que le sacrifice de beaucoup pourra
devenir semence de justice et de paix.
Cette foi a accompagné et soutenu votre peuple
également dans le tragique événement d’il y a cent ans
« que l’on considère généralement comme le premier
génocide du XXe siècle » (Jean-Paul II et Karékine II,
Déclaration commune, Etchmiadzine, 27 septembre
2001). Le Pape Benoît XV, qui condamna comme
« inutile massacre » la Première Guerre Mondiale (AAS,
Pour nous, chrétiens, que ceci soit surtout un temps
fort de prière, pour que le sang versé, par la force
rédemptrice du sacrifice du Christ, opère le prodige de
la pleine unité entre ses disciples. Qu’il renforce en
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particulier les liens d’amitié fraternelle qui déjà unissent
l’Église catholique et l’Église Arménienne Apostolique.
Le témoignage de tant de frères et sœurs qui, sans
défense, ont sacrifié leur vie pour leur foi, rapproche
les diverses confessions : c’est l’œcuménisme du sang
qui a conduit saint Jean-Paul II à célébrer ensemble,
durant le Jubilé de l’an 2000, tous les martyrs du
XXe siècle. La célébration d’aujourd’hui également se
situe dans ce contexte spirituel et ecclésial. Des
représentants de nos deux Églises participent à cet
événement ; et de nombreux fidèles dispersés partout
dans le monde s’unissent spirituellement, en un signe
qui reflète sur la terre la communion parfaite qui existe
entre les esprits bienheureux du ciel. Avec un cœur
fraternel, Je vous assure de ma proximité, à l’occasion
de la cérémonie de canonisation des martyrs de l’Église
Arménienne Apostolique qui aura lieu le 23 avril
prochain en la cathédrale d’Etchmiadzine, et des
commémorations qui se tiendront à Antélias en juillet.
Je confie à la Mère de Dieu ces intentions avec les
paroles de saint Grégoire de Narek :
« O pureté des Vierges, reine des bienheureux,
Mère de l’édifice indestructible de l’Église,
Mère du Verbe immaculé de Dieu,
(…)
nous réfugiant sous la défense des ailes immenses
de ton intercession,
nous levons les mains vers toi,
et avec une invincible espérance nous croyons que
nous serons sauvés ».
(Panégyrique à la Vierge)
Du Vatican, 12 avril 2015
François
ORF, 16 avril 2015
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VISITE À ROME DE SA SAINTETÉ
MORAN MOR IGNATIUS APHREM II
PATRIARCHE SYRO-ORTHODOXE D’ANTIOCHE
ET DE TOUT L’ORIENT
(17-20 juin 2015)
Vendredi 19 juin 2015, au cours de sa rencontre avec Sa Sainteté Mor Ignatius Aphrem II, Patriarche syro-orthodoxe d’Antioche et de
tout l’Orient, le Saint-Père a rappelé l’urgence de hâter le pas sur le chemin commun menant à la pleine communion. Nous publions, cidessous, la traduction du discours donné par le Pape François en italien en cette circonstance ainsi que celui du Patriarche prononcé en
anglais.
DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS À SA SAINTETÉ
MOR IGNATIUS APHREM II
19 juin 2015
Rome puis à Damas, ont marqué de nouvelles
avancées, introduisant des éléments concrets de
collaboration pastorale pour le bien des fidèles.
Combien de choses ont changé depuis ces
premières rencontres ! Votre Église, Sainteté, est une
Église de martyrs depuis son origine et elle l’est encore
aujourd’hui, au Moyen-Orient, où elle continue à subir,
avec les autres communautés chrétiennes et d’autres
minorités, les souffrances terribles provoquées par la
guerre, par la violence et par les persécutions. Combien
de douleur! Combien de victimes innocentes! Face à
tout cela, il semble que les puissants de ce monde
soient incapables de trouver des solutions.
Votre Sainteté, prions ensemble pour les victimes
de cette violence atroce et de toutes les situations de
guerre présentes dans le monde. Un souvenir
particulier va au métropolite Mor Grégorios Ibrahim et
au métropolite de l’Église orthodoxe Paul Yazigi,
enlevés ensemble depuis plus de deux ans maintenant.
Rappelons aussi certains prêtres et de nombreuses
personnes, de groupes différents, privées de liberté.
Demandons au Seigneur la grâce d’être toujours prêts
au pardon et d’être des artisans de réconciliation et de
paix. C’est ce qui anime le témoignage des martyrs. Le
sang des martyrs est semence d’unité de l’Église et
instrument de construction du royaume de Dieu, qui
est le règne de paix et de justice.
Votre Sainteté, Béatitude, chers frères, en ce
moment de rude épreuve et de douleur, renforçons
encore davantage les liens d’amitié et de fraternité entre
l’Église catholique et l’Église syro-orthodoxe. Hâtons
nos pas sur le chemin commun, en maintenant notre
regard fixé sur le jour où nous pourrons célébrer notre
appartenance à l’unique Église du Christ, autour du
même autel du Sacrifice et de la louange. Échangeonsnous les trésors de nos traditions comme des dons
spirituels, car ce qui nous unit est bien supérieur à ce
qui nous divise.
Je fais miennes les paroles de votre belle prière
syriaque: « Seigneur, par l’intercession de ta Mère et de
tous les saints, sanctifie-nous ainsi que nos proches
Sainteté, Béatitude, chers frères,
C’est une grande joie de pouvoir vous accueillir ici,
près de la tombe de saint Pierre, tant aimé à Rome et à
Antioche. Je souhaite cordialement la bienvenue à
Votre Sainteté et à tous les membres de votre
délégation. Je vous remercie pour vos paroles d’amitié
et de proximité spirituelle, et j’étends mes salutations
aux évêques, au clergé et à tous les fidèles de l’Église
syro-orthodoxe. « À vous grâce et paix de par Dieu
notre Père et le Seigneur Jésus Christ » (Rm 1, 7).
La visite de Votre Sainteté renforce les liens
d’amitié et de fraternité qui unissent nos Églises, le
Siège de Rome et le Siège d’Antioche. Saint Ignace,
maître d’unité entre les fidèles dans le Christ, dans sa
lettre aux Magnésiens, exhorte en faisant écho à la
prière prononcée par Jésus lors de la Dernière Cène, à
être « une seule prière, une seule supplique, un seul
esprit, une seule espérance dans la charité », à
converger « tous pour vous réunir comme en un seul
temple de Dieu, comme autour d'un seul autel, en
l'unique Jésus Christ, qui est sorti du Père un, et qui
était en lui l'unique, et qui est allé vers lui » (7, 1-2).
Quand le patriarche Mor Ignatius Jacob III et le
Pape Paul VI se rencontrèrent ici à Rome en 1971, ils
entamèrent consciemment ce que nous pouvons définir
comme un « saint pèlerinage » vers la pleine
communion entre nos Églises. En signant la
déclaration commune sur notre profession de foi
conjointe dans le mystère de la Parole incarnée, vrai
Dieu et vrai homme, ceux-ci posèrent le fondement
dynamique nécessaire à ce chemin que nous sommes
en train d’accomplir ensemble dans l’obéissance à la
prière du Seigneur pour l’unité des disciples (cf. Jn 17,
21-23). Par la suite, les rencontres entre le patriarche
Mor Ignace Zakka Iwas et saint Jean-Paul II, d’abord à
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défunts. Que la mémoire de la Vierge Marie soit une
bénédiction pour nous; que ses prières soient une
forteresse pour nos âmes. Apôtres, martyrs, disciples et
saints, priez pour nous afin que le Seigneur nous donne
sa miséricorde ». Amen.
ORF, 25 juin 2015
pas sans causer de malaise dans certains milieux.
Néanmoins, le chemin menant à l’unité pleine en Christ
est fait de pas courageux comme celui-ci. Maintenir le
status quo ne nous aide pas à progresser. Cette relation
entre les deux pontifes fut encore renforcée par la visite
historique de saint Jean-Paul II à notre cathédrale
patriarcale de Damas, lors de sa visite officielle de 2001
en Syrie. En cette circonstance, le Patriarche Ignatius
Zakka I offrit un calice au Pape Jean-Paul II en disant :
« Puissions-nous un jour boire à la même coupe ».
DISCOURS DE SA SAINTETÉ MORAN MOR
IGNATIUS APHREM II AU PAPE FRANÇOIS
C’est dans ce même esprit que nous vous
exprimons notre désir et notre disponibilité à
rechercher de nouveaux sentiers pouvant rapprocher
toujours davantage nos Églises, en préparant la voie
pour Antioche et Rome, les deux seuls sièges
apostoliques où saint Pierre prêcha, pour que soit
instaurée la pleine communion.
Sainteté, cher frère en Christ,
Éminences, Excellences,
chers amis ici présents,
Je vous salue au nom du Père, du Fils et du SaintEsprit, de l’unique vrai Dieu qui nous a appelés à servir
Son peuple pour préparer pour Lui « la communauté
sacerdotale du roi, la nation sainte » (1 P 2, 9). Nous
sommes venus jusqu’à vous de Damas, la plus antique
ville du monde habitée sans interruption, et portons
avec nous les souffrances de son peuple et ses
aspirations. Cette ville, qui a vu la conversion et le
baptême de saint Paul, appelle de ses cris la paix. Nous
venons à vous en notre première visite officielle au
Vatican pour exprimer l’amour fraternel et le respect
d’une ancienne Église apostolique à une autre. Nous
sommes heureux d’être accompagné en cette occasion
de notre bien-aimé frère en Christ, Sa Béatitude Mor
Baselios Thomas I, Catholicos de l’Inde, et de
l’ensemble de notre délégation, et vous apportons les
vœux affectueux et les salutations des membres du
Saint Synode qui vient juste de conclure ses réunions à
Damas.
Sainteté,
Cette année est celle du centenaire du Génocide qui,
plus que tout autre, a dévasté notre Église et notre
communauté. En 1915, plus d’un demi-million de
chrétiens de langue syriaque furent victimes de
l’épuration religieuse ethnique opérée dans l’ancien
Empire ottoman. Des églises, des monastères et des
biens religieux furent détruits ou, dans le meilleur des
cas, confisqués et transformés en entreprises privées.
Ce Génocide a laissé une cicatrice qui ne s’effacera
jamais sur notre peuple syriaque et une blessure qui
saigne encore dans notre conscience. Cent ans après le
début du Génocide syriaque, nous réclamons encore
qu’il soit reconnu et que justice soit faite. À cet égard,
nous avons extrêmement apprécié les paroles de Votre
Sainteté, le 12 avril à la Basilique Saint-Pierre, quand
vous avez appelé les choses par leurs noms et
courageusement décrit ce qu’ont subi arméniens,
syriaques et grecs comme étant le « premier Génocide
du XXe siècle », ouvrant ainsi la voie à d’autres qui
pourront faire de même. Dans notre langue araméenne
syriaque, nous appelons ce Génocide Sayfo, ce qui
signifie « épée ». Lors de notre premier Saint Synode, le
jour suivant notre installation par la grâce de Dieu
comme Patriarche d’Antioche, nous avons pris la
décision de commémorer en 2015 le centenaire de
Sayfo. Deux principes nous ont conduit à cela : la justice
et la réconciliation. Depuis cent ans, nos martyrs et nos
survivants réclament que justice soit faite. La justice
que nous désirons n’est ni la vengeance, ni la haine.
Elle est bien éloignée de toute vengeance. Au contraire,
elle repose sur le fait de reconnaître que ce qui a eu lieu
fut un génocide, en suivant les pas de notre
Rédempteur, « lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte,
dans sa souffrance, ne menaçait pas, mais s’en remettait
au juste Juge » (1 P 2, 23).
Nous rendons grâce à Dieu qui a permis à nos deux
Églises sœurs de se rapprocher au cours des dernières
décennies. Nous nous souvenons de la visite en 1971
du Patriarche Mor Ignatius Yacoub III au Pape
Paul VI. Ce fut une visite historique car pour la
première fois depuis les controverses du Ve siècle, un
Patriarche orthodoxe et l’Évêque de Rome publiaient
une déclaration de foi, inspirée par l’Esprit Saint, qui
allait même jusqu’à déclarer « qu’il n’y a pas de
différences dans la foi qu’ils [le Patriarche et le Pape]
professent, concernant le mystère du Verbe de Dieu,
fait chair et devenu réellement homme même si, au
cours des siècles, des difficultés ont surgi des
différentes expressions théologiques par lesquelles cette
foi était exprimée ». Les deux pontifes furent en mesure
de lire les signes des temps et jetèrent ainsi les
fondements d’une coopération concrète qui s’exprima
par des échanges d’étudiants, l’usage commun
d’édifices cultuels et d’autres aspects de la vie pastorale.
En 1984, notre prédécesseur Mor Ignatius Zakka I
rencontra le saint Pape Jean-Paul II et signa avec lui
une déclaration commune par laquelle, pour la
première fois dans l’histoire du christianisme depuis la
division de l’Église, les fidèles des deux Églises étaient
officiellement autorisés à prendre part à la communion
dans l’autre Église, une importante initiative qui ne fut
Réconciliation et guérison sont intrinsèquement
liées à la justice. Nos blessures ne sont pas encore
guéries. Faire la lumière sur ces massacres et ces
atrocités donne à notre peuple l’opportunité d’entamer
un processus de guérison à travers la prière, les
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commémorations et d’autres actions. En même temps,
cela permet à nos frères et sœurs, descendants des
Ottomans, de se réconcilier avec leur propre passé afin
d’instituer une paix durable entre les peuples de cette
région.
Sainteté, cher frère en Christ,
Nous rendons grâce à Dieu pour notre patrimoine
chrétien commun et notre confession du Christ comme
Seigneur et Sauveur. Nous croyons que sa mort, sa
résurrection et son ascension constituent le fondement
sur lequel repose notre foi chrétienne et qu’il nous faut
les célébrer dans la joie. Cependant, que la Fête de la
Résurrection de notre Seigneur soit célébrée à deux
dates différentes est source d’un grand malaise et
affaiblit le témoignage commun de l’Église dans le
monde. Par conséquent, diverses propositions ont été
avancées dans un passé récent afin de parvenir à une
date commune de Pâques. En 1981, notre Saint Synode
d’Antioche, encouragé par la proposition formulée
durant le Concile Vatican II, adopta une résolution
exprimant le désir intense de notre Église de pouvoir
fixer la Fête de la Résurrection à un dimanche précis du
mois d’avril. Notre prédécesseur de vénérable
mémoire, le Patriarche Ignatius Zakka I, communiqua
cette décision aux chefs de nos Églises sœurs.
Néanmoins, à ce jour aucun accord n’a été atteint. À
cet égard, nous apprécions les commentaires de Votre
Sainteté sur cette question et le fait que vous envisagiez
de prendre l’initiative de guider les efforts qui sont
actuellement réalisés à ce sujet.
Aujourd’hui, le génocide continue à avoir pour cible
non seulement les chrétiens mais tous ceux qui aiment
la paix. Le soi-disant « printemps arabe » a porté parmi
nous la mort, la destruction, le chaos. Les chrétiens de
Mossoul et des villages de la Plaine de Ninive ont été
expulsés de chez eux. La veille de notre départ de
Damas pour cette visite, un missile a frappé le quartier
ancien de Damas, à mi-chemin entre le lieu où saint
Paul fut baptisé et celui où on le descendit dans une
corbeille (cf. Ac 9, 25), entraînant la mort de
nombreuses personnes, semant la terreur et
l’incertitude parmi la population.
Les chrétiens du Moyen-Orient en particulier ont
payé le prix fort. En Irak, près de 150.000 chrétiens se
trouvent encore dans des camps de réfugiés dans la
région kurde. En Syrie, les deux Archevêques Mor
Gregorius Youhanna Ibrahim et Boulos Yaziji qui
furent enlevés, il y a environ 26 mois, de même que le
P. Jack Mourad, prêtre catholique syriaque, récemment
kidnappé, n’ont toujours pas été libérés. Nous
continuons à prier pour qu’ils reviennent sains et saufs
et pour le retour de tous les otages.
Pour conclure, j’aimerais rappeler que nous vivons
dans un monde où le christianisme représente encore
une minorité et où l’Église doit affronter deux
idéologies extrêmes et opposées : l’extrémisme
religieux, d’une part, et de l’autre, la sécularisation.
Nous exhortons nos fils spirituels à conserver
fermement leurs valeurs fondamentales et à manifester
leur détermination, leur confiance en eux et leur
adhésion au Christ, en dépit des tentations et des
innombrables vices qui gouvernent ce monde. En effet,
il est nécessaire que tous les chrétiens œuvrent
ensemble pour offrir un témoignage crédible de notre
foi dans le Christ Ressuscité et donner aux jeunes
générations une raison d’espérer en un avenir meilleur.
L’unité de l’Église du Christ demeure la plus grande
source d’espérance pour tous.
Les chrétiens de la région ne sont pas les seules
victimes du terrorisme, musulmans, yezidis et d’autres
encore en souffrent également. Des églises, des
mosquées et d’autres lieux de culte ont été détruits. Des
monuments culturels millénaires n’ont pas davantage
été épargnés. Tous ces actes destructeurs ont semé la
panique parmi les chrétiens et des centaines de milliers
d’entre eux ont ainsi fui leur patrie ancestrale pour
chercher refuge partout dans le monde, pour certains
d’entre eux aux prix de leur vie alors qu’ils cherchaient
une existence meilleure et plus sûre.
Nous apprécions profondément la prière constante
de Votre Sainteté pour la paix dans cette région et en
particulier pour la « Syrie bien-aimée », ainsi que vous
l’avez définie, et nous pensons que le Vatican pourrait
entreprendre un dialogue avec certains pays européens
pouvant avoir une influence sur les gouvernements
régionaux qui soutiennent et financent directement ou
indirectement le terrorisme dans la région.
En tant que serviteurs du peuple de Dieu, nous
devrions intensifier nos efforts pour parvenir à la pleine
communion de tous les disciples du Christ et travailler
ensemble pour alléger les souffrances de notre
humanité accablée en restant fidèles au message du
Christ qui veut que nous soyons tous un en lui et ayons
la vie en abondance.
En Syrie, chrétiens et musulmans sont las de la
guerre et aspirent à une paix fondée sur le principe de
la citoyenneté et de l’égalité des droits. Une résolution
pacifique de la crise est dans l’intérêt de tous. Instaurer
dans la Plaine de Ninive une zone de sécurité pour les
chrétiens d’Irak, placée sous la protection
internationale, est une option largement encouragée par
la majorité de la population en Irak.
De nouveau, nous vous remercions, Sainteté, de
votre accueil et, au nom de notre Moyen-Orient qui
souffre, nous vous demandons de prier et vous
assurons, cher frère en Christ, de nos humbles prières
par l’intercession de Yoldath Aloho, Marie toujours
Vierge et Mère de Dieu, de notre père commun dans
l’apostolicité, saint Pierre, et de nos martyrs syriaques
de Saifo. Amen.
Traduction de l’anglais SI
24
ENCYCLIQUE LAUDATO SI’ DU PAPE FRANÇOIS
“Une écologie intégrale” et une “conversion écologique globale » : voici les deux expressions clé autour desquelles se développe « Laudato
Si’ », la seconde Encyclique du Pontificat du Pape François après « Lumen Fidei », publiée en 2013. Le texte « sur la sauvegarde de la
maison commune » a été présenté dans la nouvelle Salle du Synode au Vatican, dans la matinée du jeudi 18 juin 2015. Le Patriarche
œcuménique Bartholomaios, dont la sensibilité écologique est explicitement rappelée dans ce document, a remercié immédiatement le Saint-Père
pour avoir mis l’accent sur la nécessité de se réconcilier avec la Création, désignant la question de l’environnement comme un terrain d’entente
sur lequel s’engager. Nous publions, ci-après, le commentaire sur l’Encyclique du Métropolite Ioannis Zizioulas de Pergame qui représentait
le Patriarche œcuménique lors de cette présentation.
COMMENTAIRE DE L’ARCHEVÊQUE
JEAN ZIZIOULAS DE PERGAME
arrive en un moment critique de l’histoire humaine et
ne manquera pas de toucher les consciences dans le
monde entier.
LA DIMENSION EXISTENTIELLE
DE L’ŒCUMÉNISME
Ceux qui liront cette Encyclique seront
impressionnés par la profondeur et le scrupule avec
lesquels la question écologique est traitée et comment
sa gravité est exposée en même temps que sont
avancées des suggestions concrètes et des propositions
quant à la manière d’agir pour faire front aux
conséquences. Ces pages contiennent de quoi alimenter
la réflexion de tous : scientifiques, économistes,
sociologues et surtout tous les fidèles de l’Église. Je
limiterai ma réflexion à la richesse de la pensée
théologique et de la spiritualité de cette Encyclique
même si le temps dont je dispose ne me permettra pas
de rendre entièrement justice à ces différents aspects.
J’aborderai donc les questions suivantes :
INTRODUCTION
J’aimerais avant tout vous exprimer ma profonde
gratitude car c’est pour moi un honneur d’avoir été
invité à prendre part à la présentation de la nouvelle
Encyclique de Sa Sainteté le Pape François, Laudato Si’.
Je suis également honoré que Sa Sainteté le Patriarche
œcuménique Bartholomaios m’ait demandé de vous
assurer de sa joie et de sa satisfaction pour la
publication de cette Encyclique. Comme certains
d’entre vous le savent déjà, le Patriarche œcuménique a
été la première personnalité du monde chrétien à attirer
l’attention de la communauté mondiale sur la gravité de
la situation écologique et le devoir qu’a l’Église
d’exprimer sa préoccupation et de tenter de contribuer
par tous les moyens spirituels dont elle dispose à la
protection de notre environnement naturel. Pour cette
raison, dès l’année 1989 le Patriarche œcuménique
Dimitrios publia une Encyclique s’adressant aux
chrétiens et à toutes les personnes de bonne volonté,
dans laquelle il soulignait la gravité de la question
écologique et quelles étaient ses dimensions
théologiques et spirituelles. Par la suite eurent lieu
diverses initiatives telles que des conférences
internationales de responsables d’Églises et d’experts
scientifiques, de même que des colloques s’adressant
aux jeunes, aux ministres de l’Église, et à d’autres
personnes, sous les auspices de l’actuel Patriarche
œcuménique Bartholomaios, dans le but de
promouvoir une conscience écologique tout d’abord
parmi les chrétiens mais aussi et plus largement au sein
de la communauté humaine.
1. L’importance théologique de l’écologie,
2. La dimension spirituelle du problème écologique, et
3. L’importance œcuménique de l’Encyclique.
1. THÉOLOGIE ET ÉCOLOGIE
Quel lien existe-t-il entre écologie et théologie ?
Dans les manuels traditionnels de théologie, la place
réservée à l’écologie est quasiment inexistante,
exactement comme dans les programmes d’études des
écoles et facultés de théologie, qu’elles soient
catholiques, orthodoxes ou protestantes. L’Encyclique
consacre un chapitre entier (chap. 2) à la démonstration
des profondes implications écologiques de la doctrine
chrétienne de la création. Elle souligne que, selon le
récit biblique, « l’existence humaine repose sur trois
relations fondamentales intimement liées : la relation
avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre » (§ 66).
Cette troisième relation, celle avec la terre, a très
souvent été ignorée par la théologie chrétienne, tant est
que l’historien américain Lynn White, dans un article
désormais devenu célèbre que publia la revue Scientist
(1967), accusa la théologie chrétienne d’être
responsable de la crise écologique moderne. Car il est
vrai que la théologie chrétienne a placé l’être humain
tellement au-dessus de la création que les humains se
sont sentis autorisés à la traiter comme un matériel utile
à la satisfaction de leurs besoins et de leurs désirs.
Pour les orthodoxes, la publication de l’Encyclique
Laudato Si’ est par conséquent source de grandes joie et
satisfaction. En leur nom, j’aimerais remercier de tout
cœur Votre Sainteté qui de sa voix très respectée a
voulu attirer l’attention du monde sur le besoin urgent
de protéger la création de Dieu des dégradations que
nous, les êtres humains, lui infligeons en nous
comportant ainsi envers la nature. Cette Encyclique
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L’être humain a perdu ce qui le liait à la nature et par
l’abus et le mauvais usage qu’il a fait du
commandement biblique donné au premier couple
d’humains – « Soyez féconds et prolifiques, remplissez
la terre et dominez-la » (Gn 1, 28) – l’humanité a été
encouragée à exploiter la création sans limites, sans
aucun respect de son intégrité et de son caractère sacré.
La montée de l’individualisme dans notre culture est la
cause de la rupture de la juste relation entre l’humanité
et la nature. La poursuite du bonheur individuel est
devenue aujourd’hui un idéal. Le péché écologique est
dû à l’avidité humaine qui rend aveugles les femmes et
les hommes au point qu’ils finissent par ignorer et
mépriser une vérité fondamentale : le bonheur de
chaque individu dépend des relations qu’il a avec les
autres êtres humains. L’écologie possède une
dimension sociale que l’Encyclique fait ressortir
clairement. La crise écologique va de pair avec la
diffusion de l’injustice sociale. L’une ne peut être
affrontée avec succès si l’autre n’est pas prise en
compte.
Cette attitude envers la création a conduit non
seulement à un emploi préjudiciable de la doctrine
biblique mais en même temps contredisait des
principes fondamentaux de la foi chrétienne, dont par
exemple la foi en l’incarnation du Christ. En se faisant
homme, le Fils de Dieu assumait la création dans son
intégralité. Le Christ, par son incarnation, est venu
sauver toute la création et pas uniquement l’humanité ;
car, selon saint Paul (Rm 8, 22), « la création tout
entière gémit dans les douleurs de l’enfantement », dans
l’attente de son salut à travers l’humanité.
Le péché écologique n’est pas seulement un péché
contre Dieu mais aussi contre notre prochain. De plus,
ce n’est pas simplement un péché que nous
commettons contre notre prochain à l’époque où nous
vivons mais – et cela est grave – contre les futures
générations. En détruisant notre planète pour satisfaire
notre avidité de bonheur, nous léguons aux futures
générations un monde tellement meurtri que son
équilibre ne pourra plus être rétabli, avec toutes les
conséquences négatives que cela entraînera pour la vie
de ces personnes. C’est pourquoi nous devons agir de
manière responsable envers nos enfants et ceux qui
nous succéderont dans cette vie.
L’autre principe fondamental de la foi chrétienne
aux fortes implications écologiques est lié à ce qu’il y a
de plus central dans l’Église, à savoir la Sainte
Eucharistie. Dans la célébration de l’Eucharistie, l’Église
offre à Dieu le monde matériel sous la forme du pain et
du vin. Dans cet espace sacramentel, le temps et la
matière sont sanctifiés ; ils sont élevés avec gratitude
vers le Créateur qui nous en a fait don ; la création est
ici solennellement identifiée comme don de Dieu et les
humains agissent non pas en propriétaires de la
création mais comme ses prêtres qui l’élèvent à la
sainteté de la vie divine. Ceci nous fait venir à l’esprit
les paroles émouvantes de saint François d’Assise par
lesquelles débute l’Encyclique : « Loué sois-tu, mon
Seigneur, pour sœur notre mère la terre ». Comme saint
Grégoire Palamas et d’autres Pères grecs devaient le
dire, l’ensemble de la création existe par la présence de
Dieu et grâce à son énergie divine. Tout est à la gloire
de Dieu, comme le proclame le Psalmiste, et l’être
humain, prêtre de la création, élève ce chant cosmique
à la gloire du Créateur. Cette compréhension de la
place et de la mission de l’homme dans la création est
commune à la tradition chrétienne d’Orient et
d’Occident et est particulièrement importante pour la
culture d’une morale écologique.
Tout ceci appelle à ce que nous pourrions appeler
un ascétisme écologique. Il est significatif que les grandes
figures de la tradition ascétique chrétienne aient toutes
été sensibles aux souffrances de l’ensemble des
créatures. La tradition monastique orientale possède
abondamment l’équivalent d’un saint François d’Assise.
Divers récits nous décrivent des saints vivant en ascètes
dans le désert, pleurant pour les souffrances et la mort
de toutes les créatures et coexistant pacifiquement et
amicalement avec les animaux. Il ne s’agit pas de
romantisme. Cette attitude provient d’un cœur aimant
et de la conviction qu’il existe entre le monde naturel et
nous-mêmes une unité organique et une
interdépendance qui nous font partager leur même
destin tout simplement parce que nous avons le même
Créateur.
L’ascétisme est une idée qui ne plait guère à notre
culture actuelle pour qui la mesure du bonheur et du
progrès se fait sur l’augmentation des revenus
individuels et de la consommation. Il serait peu réaliste
de vouloir que nos sociétés adoptent l’ascétisme dont
saint François et les Pères du désert ont fait
l’expérience. Mais si nous voulons que notre planète
survive, nous pouvons et devons même nous convertir
à cet esprit et cette philosophie de l’ascétisme. Réduire
la consommation des ressources naturelles est une
attitude réaliste et il est nécessaire de trouver les
moyens de mettre une limite à l’immense gaspillage des
biens naturels. La technologie et la science doivent
consacrer leurs efforts à cette tâche. À cet égard,
l’Encyclique elle-même est une mine d’inspiration et
2. LA DIMENSION SPIRITUELLE
Comme il ressort clairement de cette Encyclique, la
crise écologique est essentiellement un problème spirituel.
La relation juste entre l’humanité et la terre ou son
environnement naturel a été brisée avec la chute de
l’homme tant extérieurement qu’intérieurement, et
cette rupture est péché. L’Église doit maintenant
introduire dans son enseignement sur le péché celui
contre l’environnement, le péché écologique. Le repentir
doit s’étendre jusqu’à couvrir également les dommages
que nous causons à la nature, en tant qu’individus mais
aussi en tant que sociétés. Tout chrétien qui tient au
salut doit en prendre conscience.
26
d’idées. Enfin, à travers la prière notre comportement
écologique doit également s’imprégner de spiritualité.
L’Encyclique offre de très beaux exemples de prière
pour la protection de la création de Dieu. Parmi les
prières figurant en conclusion de l’Encyclique, en voici
un extrait que je trouve particulièrement émouvant :
Églises et d’autres organismes œcuméniques semblables
rassemblant les chrétiens divisés de sorte que les divers
contextes culturels qui sont les leurs sont pris en
considération dans la recherche de l’unité. La réunion
de chrétiens d’Asie, d’Amérique, d’Europe, d’Amérique
Latine, etc., témoigne ainsi de l’universalité de l’Église
chrétienne.
Guéris nos vies,
pour que nous soyons des protecteurs du monde
et non des prédateurs,
pour que nous semions la beauté
et non la pollution ni la destruction.
Touche les cœurs
de ceux qui cherchent seulement des profits
aux dépens de la terre et des pauvres.
Apprends-nous à découvrir
la valeur de chaque chose,
à contempler, émerveillés,
à reconnaître que nous sommes profondément unis
à toutes les créatures
sur notre chemin vers ta lumière infinie.
À ces deux dimensions qui ont dominé la scène
œcuménique au cours des cent dernières années, je
crois que nous devrions en ajouter une troisième qui
est d’habitude négligée, celle que je définirais
l’œcuménisme existentiel. Pour moi, cette expression
recouvre tous les efforts déployés pour affronter
ensemble les problèmes existentiels les plus graves qui
préoccupent l’humanité tout entière – pas simplement les
habitants de régions particulières ou les membres de
classes sociales spécifiques. Et l’écologie est
indubitablement le problème qui avant tout vient à
l’esprit.
J’estime que la portée de l’Encyclique du Pape
Laudato Si’ ne se limite pas au thème de l’écologie en
soi. J’y vois une importante dimension œcuménique,
dans le sens qu’elle place les chrétiens face à une tâche
commune qu’ils doivent affronter ensemble. Nous
vivons à une époque où les problèmes existentiels
fondamentaux dépassent nos divisions confessionnelles
et les relativisent, les réduisant presque à l’extinction.
Regardez, par exemple, ce qui a lieu aujourd’hui au
Moyen-Orient : ceux qui persécutent les chrétiens leur
demandent-ils à quelle Église ou quelle confession ils
appartiennent ? Dans de telles situations, l’unité des
chrétiens s’accomplit de facto dans la persécution et le
sang – l’œcuménisme du martyre.
Le Patriarche œcuménique a décidé dès 1989 de
dédier la date du 1er septembre de chaque année à la
prière pour l’environnement. Cette date est, selon le
calendrier liturgique orthodoxe qui remonte à l’époque
byzantine, le premier jour de l’année liturgique. Le
service liturgique de ce jour comprend des prières pour
la création et le Patriarche œcuménique a
commissionné un hymnographe contemporain du
Mont Athos pour qu’il compose des hymnes spéciales
pour cette date. Le 1er septembre de chaque année est
désormais consacré dans l’Église orthodoxe à
l’environnement. Cette date ne pourrait-elle être
adoptée dans ce but par tous les chrétiens comme jour
de prière ? Cela constituerait une nouvelle étape dans
leur rapprochement.
De même, la menace que la crise écologique fait
peser sur nous nous fait passer outre ou transcende les
divisions de nos traditions ecclésiales. Le danger qui
menace notre maison commune, la planète où nous
vivons, est décrit dans l’Encyclique d’une manière ne
laissant aucun doute sur le risque existentiel auquel
nous faisons face. Ce risque nous concerne tous, peu
importe notre identité ecclésiale ou confessionnelle. Et
donc tous, nous devons nous efforcer de prévenir les
conséquences catastrophiques que pourrait avoir
l’actuelle situation. L’Encyclique du Pape François est
un appel à l’unité – l’unité dans la prière pour
l’environnement, dans le même Évangile de la création,
dans la conversion des cœurs et de nos modes de vie
pour respecter et aimer chaque être humain et chaque
chose que Dieu nous a donnés. De tout cela, nous
rendons grâce.
Ceci m’amène à la dernière considération que
j’aimerais exprimer au sujet de l’Encyclique papale, à
savoir son importance œcuménique.
3. L’IMPORTANCE ŒCUMÉNIQUE DE L’ENCYCLIQUE
LAUDATO SI’
À mon avis, l’œcuménisme se compose de trois
dimensions. La première, nous pourrions l’appeler
l’œcuménisme dans le temps, expression fréquemment
employée par l’un des plus fameux théologiens
orthodoxes du siècle dernier, le défunt P. Georges
Florovsky. Par cette expression, nous entendons
l’effort réalisé par les chrétiens divisés pour s’unir sur le
fondement de leur tradition commune, de
l’enseignement de la Bible et des Pères de l’Église. C’est
là l’objet des dialogues théologiques qui ont lieu au sein
de l’actuel Mouvement œcuménique et il semble que ce
soit la forme d’œcuménisme dominante.
Site du Patriarcat œcuménique
traduction de l’anglais SI
Parallèlement, un œcuménisme dans l’espace est
également pratiqué à travers diverses institutions
internationales comme le Conseil œcuménique des
27
CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE DU GROUPE MIXTE
DE TRAVAIL ENTRE L’ÉGLISE CATHOLIQUE
ET LE CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES
Centro Pro Unione (Rome), 23 juin 2015
À l’occasion du 50e anniversaire du Groupe mixte de travail entre l’Église catholique et le Conseil œcuménique des Églises, le Pape
François a adressé un message au Rév. Dr Olav Fykse Tveit, Secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises. Le Cardinal Kurt
Koch, Président du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, en a donné lecture au cours de la conférence commémorative
qui s’est tenue dans l’après-midi du mardi 23 juin à Rome, au Centro Pro Unione. Nous publions ci-après le Message du Saint-Père ainsi
que les salutations du Rév. Dr Fykse Tveit et du Cardinal Koch, suivis des interventions de Mgr John A. Radano, Ph.D., Professeur
adjoint de théologie systématique à la Seton Hall University, de la Rév. Dr Diane C. Kessler, Directeur exécutif du Conseil des Églises du
Massachusett et du Très Rév. Jonas Jonson, Évêque émérite du diocèse de Strängnäs (Église de Suède).
que les idées (cf. n. 233). Le Groupe mixte de travail
doit orienter ses efforts dans le but d’affronter les
préoccupations réelles des Églises du monde entier. Il
sera ainsi plus à même de proposer des mesures de
collaboration qui non seulement rapprocheront les
Églises mais leur permettront d’offrir une diakonia
efficace adaptée aux besoins des gens.
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AU RÉVÉREND DR OLAV FYKSE TVEIT,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU CONSEIL
ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES
23 juin 2015
Le cinquantième anniversaire du Groupe mixte de
travail entre l’Église catholique et le Conseil
œcuménique des Églises nous donne l’occasion de
rendre grâce au Dieu Tout-puissant pour le lien
œcuménique profond qui nous unit aujourd’hui. C’est
aussi un moment pour remercier le Seigneur pour tout
ce qu’a accompli le Mouvement œcuménique depuis
ses tout débuts, il y a cent ans, inspiré par le désir de
cette unité que le Christ voulait pour son corps,
l’Église, et par la tristesse ressentie face au scandale de
la division entre les chrétiens.
Dans l’accomplissement de cette tâche, le Groupe
mixte de travail se distingue par ses caractéristiques et
ses buts propres. Les neuf rapports publiés jusqu’ici
témoignent d’une compréhension et d’une mise en
valeur croissantes des liens de fraternité et de
réconciliation qui, dans le contexte du paysage
changeant de la chrétienté dans le monde moderne,
soutiennent les chrétiens dans leur témoignage et leur
mission évangélisatrice communs. Il nous faut toutefois
reconnaître qu’en dépit des nombreux résultats
œcuméniques des cinquante dernières années, la
mission et le témoignage chrétiens souffrent encore en
raison de nos divisions. Nos désaccords sur diverses
questions – en particulier sur des thèmes
anthropologiques, éthiques et sociaux ainsi que sur des
sujets ayant trait à la compréhension de la nature et des
conditions de l’unité que nous recherchons –
nécessitent de plus amples efforts. Notre dialogue doit
continuer ! J’encourage le Groupe mixte de travail à
approfondir ses débats sur les questions œcuméniques
fondamentales et, en même temps, à promouvoir parmi
les chrétiens de nouvelles formes de témoignage
commun de la communion réelle, bien qu’imparfaite,
que partagent tous les baptisés. Puissions-nous toujours
faire confiance à l’Esprit Saint, dans la certitude qu’il
continuera à nous soutenir et à nous guider sur notre
chemin, de manières souvent nouvelles et parfois
inattendues.
Depuis sa création en 1965, le Groupe mixte de
travail s’est fait promoteur des conditions nécessaires à
un plus ample témoignage commun de l’Église
catholique et des Églises et Communautés ecclésiales
du Conseil œcuménique des Églises. En réfléchissant à
ces cinquante dernières années, nous devrions nous
sentir encouragés par la collaboration que le Groupe
mixte de travail a favorisée, non seulement en ce qui
concerne l’œcuménisme mais aussi dans le domaine du
dialogue interreligieux, de la paix et de la justice sociale,
des œuvres de bienfaisance et de l’aide humanitaire. Le
Groupe mixte de travail ne devrait pas être un groupe
tourné vers l’intérieur. Au contraire, il doit être toujours
davantage un « groupe d’experts » ouvert à toutes les
opportunités et à tous les défis qu’aujourd’hui les
Églises doivent affronter dans leur mission qui est
d’accompagner l’humanité souffrante sur le chemin du
Royaume, en faisant en sorte que la société et la culture
s’imprègnent des vérités et des valeurs évangéliques.
Cet anniversaire nous offre aussi l’opportunité
d’exprimer notre gratitude à tous ceux qui, au cours de
ces cinquante dernières années, ont inlassablement
servi la cause de l’unité chrétienne et fait avancer la
Dans mon Exhortation apostolique Evangelii
Gaudium, j’ai écrit que les réalités sont plus importantes
28
joyeuse proclamation de l’Évangile (cf. Mt 28, 18-20).
Ensemble, implorons notre Père céleste pour qu’il nous
accorde, par Jésus Christ notre Sauveur et par la
puissance du Saint-Esprit, le don de la pleine unité
visible entre tous les chrétiens afin que l’Église soit
toujours davantage un signe d’espérance dans le monde
et un instrument de réconciliation pour tous les
peuples.
C’est pourquoi nous sommes reconnaissants et fiers
de ce cinquantième anniversaire de ce groupe de travail
entre ces deux grands organismes œcuméniques
mondiaux, le Conseil Pontifical pour la promotion de
l’unité des chrétiens et le Conseil œcuménique des
Églises. C’est quelque chose qui vaut d’être
commémoré et célébré ensemble. Je remercie Son
Éminence le Cardinal Kurt Koch et tout le personnel
du CPPUC pour la préparation de cet événement
important : le Groupe de travail dont nous fêtons le
cinquantenaire n’est peut-être pas très connu dans le
monde, mais il a joué un rôle de premier plan dans la
coopération entre l’Église catholique et les membres du
Conseil œcuménique des Églises. De même, je remercie
de leur accueil chaleureux les deux co-modérateurs du
GMT, l’Archevêque Diarmuid Martin et le Métropolite
Nifon de Targoviste. Je tiens à remercier spécialement
le Fr. James Puglisi qui accueille cette rencontre au
Centre Pro Unione. Nous voici revenus au lieu de
naissance du GMT puisque c’est ici (comme on nous
l’a dit) que se réunissaient les observateurs du Concile
Vatican II qui ont contribué par leurs réflexions au
Décret sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio et à
d’autres textes importants de Vatican II. Le concile
convoqué par le Pape Jean XXIII était un concile
œcuménique. S’il est vrai qu’on reconnaît un arbre à ses
fruits, ce groupe mixte de travail en est assurément un.
Du Vatican, le 23 juin 2015
François
ORF, 30 juillet 2015
DISCOURS DU RÉV. DR OLAV FYKSE TVEIT,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU CONSEIL
ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES
Aux réparateurs et aux restaurateurs
Éminences, Excellences, chers collègues et amis,
frères et sœurs dans le Christ,
« On rebâtira grâce à toi les dévastations du passé,
Les fondations laissées de génération en génération,
Tu les relèveras;
On t’appellera réparateur des brèches,
Restaurateur des ruelles pour qu’on y habite » (Isaïe 58,12)
Les fruits qui ont résulté de ce début d’une nouvelle
ère dans les relations œcuméniques sont présentés ici
aujourd’hui à tous ceux que nous représentons. Mais
les sentiers et les routes doivent être entretenus. Cela
ne sera possible que s’ils sont utilisés régulièrement. Il
nous appartient de promouvoir les relations entre
l’Église catholique et la communauté des Églises
membres du COE en utilisant les importants moyens
dont nous disposons pour affronter les questions de
communauté, de collaboration, d’intérêt commun et de
préoccupations partagées, y compris les questions
controversées ou conflictuelles.
Un groupe mixte de travail : voilà un nom bien
modeste pour une entreprise d’une telle envergure.
Être identifié par la tâche de travailler peut ne pas
apporter immédiatement à ceux qui l’accomplissent des
titres de gloire et la célébrité. Pourtant, le travail donne
un but et un sens à nos vies, et être un travailleur est
une question de dignité. C’est un privilège d’utiliser ses
dons et ses talents pour faire quelque chose d’utile aux
autres. Un groupe mixte de travail, cela fait penser à
quelque chose de solide, de concret, de productif, cela
donne une connotation à l’expression apostolique
« collaborateurs dans le Seigneur » ; et cela entre en
résonance avec les paroles du Prophète : « On
t’appellera réparateur des brèches, restaurateur des
ruelles pour qu’on y habite ». Réparateur et
restaurateur : ce sont là des titres très honorables pour
un œcuméniste. Cela demande un travail solide et
honnête pour réaliser ce qui compte vraiment, pour
réparer ce qui est brisé, pour rendre sûre et agréable la
vie dans la maison, pour rétablir les moyens de
communication et rendre habitables les espaces de vie
communs.
Ce faisant, nous continuerons à œuvrer pour l’unité
visible de l’Église en réponse à la prière de Jésus :
« Qu’ils soient un pour que le monde croie ».
Lorsqu’on considère l’état actuel du paysage
œcuménique et celui du monde en général, force est de
reconnaître qu’il existe encore des divisions entre les
chrétiens, et que nous ne partageons pas les dons de
Dieu Trinité et les fruits du travail de nos mains dans la
fraternité eucharistique. C’est une réalité, alors que le
monde a besoin de signes tangibles de communion pardelà toute ligne ou mur qui sépare, de signes de partage
du dessein de Dieu : la vie en communion. C’est une
réalité, et c’est pourquoi nous devons nous efforcer de
contribuer au vivre ensemble dans la justice et la paix,
dans un monde déchiré par les inégalités économiques,
les nationalismes, les conflits ethniques et même par le
racisme sous des formes plus ou moins masquées.
L’unité doit être visible pour pouvoir prendre
pleinement son sens de lien de communion. L’unité
Les résultats du travail ordinaire sont rarement
qualifiés de victoire, et pourtant ils sont très
importants, surtout quand ils nous apportent les routes
que nous parcourrons, les ponts qui nous permettent
de franchir les fjords qui séparent, ou les tunnels qui
nous font traverser des montagnes infranchissables –
pour reprendre un exemple de mon pays, la Norvège.
Le travail demande du temps si on veut faire quelque
chose de durable.
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visible de l’Église est nécessaire pour que nous
puissions remplir notre rôle comme Église, car elle est
le premier fruit de la nouvelle création en Jésus Christ,
le signe d’une seule humanité participant à la plénitude
de vie de Dieu Trinité.
justice et la paix, pour les hommes et toute la création,
mais notre foi en Dieu Trinité, créateur de toute vie.
C’est la raison pour laquelle nous voulons prendre soin
de la terre comme de notre maison commune, ainsi que
nous le demande le pape François dans cette
Encyclique, à travers les multiples initiatives mises en
œuvre depuis de nombreuses années dans nos Églises
respectives et au COE.
Mais c’est aussi une réalité qu’il existe déjà de
nombreuses dimensions de cette unité visible dans la
vie de nos Églises, dans nos études sur les racines
communes de la foi, dans les partages de la vie et du
travail au sein de nos Églises, et en affrontant ensemble
les réalités urgentes d’aujourd’hui à travers
l’œcuménisme existentiel dont parle le Métropolite Jean
(Zizioulas) de Pergamon dans sa réponse à l’Encyclique
papale « Laudato si’ ». Nous avons beaucoup avancé
depuis 1965, tant du point de vue théologique que
pratique. Les efforts théologiques et le travail sur les
questions concrètes importantes doivent se compléter
mutuellement dans notre ministère commun pour
l’unité. Au Conseil œcuménique des Églises, nous
utilisons l’image du chemin, en parlant de notre foi, de
notre vie et de notre ministère communs comme d’un
Pèlerinage de justice et de paix.
Il est réconfortant de constater qu’aujourd’hui nous
sommes unis aussi dans l’engagement en faveur de la
justice climatique, en perspective de la conférence des
Nations Unies sur le changement climatique qui se
tiendra à Paris dans le courant de cette année. C’est
comme un souffle d’air frais pour tous ceux qui
participeront au pèlerinage pour la justice climatique
promu par les Églises. Nous avons une grande dette de
reconnaissance envers le Patriarche œcuménique
Bartholomée Ier. Nous tenons à rappeler aujourd’hui
tout ce qu’il a fait pour motiver et encourager les
Églises et le COE à défendre la création, en luttant
pendant plus de deux décennies pour la justice
climatique et pour la préservation de la biodiversité. Il a
montré très clairement qu’« un crime contre la nature
est un crime contre nous-mêmes et un péché contre
Dieu ».
Nous sommes appelés en premier lieu à être des
serviteurs et des diacres qui réparent ce qui est brisé, et
qui guérissent ce qui a besoin de l’être. Cela demande
un dialogue théologique sérieux, des rapports
personnels profonds et solides, des efforts inlassables
pour changer les choses ensemble, de nouvelles
initiatives en faveur de ceux qui ont besoin que les
Églises parlent et agissent ensemble, afin que leurs
droits soient défendus et qu’ils puissent vivre en paix,
« Chalom ». Tout le travail œcuménique, avec la
défense des plus faibles, la prière, la mission, la
réflexion sur les racines de notre foi et sur nos
traditions, la formation œcuménique, en promouvant
des communautés justes d’hommes et de femmes, en
nous engageant pour la durabilité et l’intégrité de la
Création : tout cela, et bien d’autres choses encore, fait
partie de notre travail commun de diacres de l’unité, de
« réparateurs » et de « restaurateurs ». Le parcours vers
l’unité est au cœur de tous nos efforts pour un
témoignage commun, de toutes nos luttes pour
davantage de justice et de paix pour les hommes et
pour la création.
Le COE a lancé une série d’initiatives visant à
encourager les chrétiens et les représentants des autres
communautés de foi à s’engager ensemble pour la
défense de la création. Il contribue par ailleurs à
promouvoir l’unité entre les Églises et leur témoignage
commun. On ne saurait sous-estimer l’importance de la
prise de conscience, de la part de toutes les grandes
traditions chrétiennes, de leur responsabilité vis-à-vis
de la terre, maison commune que nous partageons avec
tous les hommes et toutes les créatures de Dieu. Nous
avons pris conscience de notre destin commun et de
nos responsabilités communes, et nous partageons la
conviction qu’à la fin, Dieu restaurera la création dans
toute sa beauté, telle qu’elle doit être, en mettant un
terme aux injustices, aux violences et aux guerres et en
instaurant la vraie justice et la vraie paix de Dieu.
Inspirée par cette vision qui lie ensemble l’unité des
Églises, l’unité de l’humanité et celle de toute la
création, l’assemblée du COE qui s’est tenue à Busan
en 2013 a appelé tout le peuple de Dieu à entreprendre
ensemble un pèlerinage de justice et de paix. Le pape
François évoque fréquemment l’unité sur le chemin qui
grandira avec notre engagement mutuel et notre
cohérence de vie comme disciples de Jésus. Et il nous
rappelle souvent que suivre Jésus signifie ne pas avoir
peur des pouvoirs en place, ni même de la violence et
de la mort. Aujourd’hui nous sommes choqués par les
nouveaux exemples de martyre. Les martyrs de la foi
sont des signes de l’unité qui grandit et qui triomphera
de tout.
Nous sommes profondément reconnaissants pour
le nouvel élan que l’Encyclique « Laudato si’ », parue la
semaine dernière, a donné à nos efforts conjoints pour
manifester notre foi commune en Dieu qui nous a
créés, nous a libérés et nous donne la vie. Son titre
nous rappelle le Cantique du Soleil, dans lequel saint
François rend grâce à Dieu pour la création. Cette
prière exprime notre gratitude devant l’amour de Dieu
et sa grâce, qui sont à l’origine de la création de Dieu et
qui nous ont été révélés par la croix et la résurrection
de Jésus Christ. C’est pourquoi nous continuons à
louer Dieu, même confrontés aux violences et à la
destruction. Ce n’est pas une forme d’idéologie ou
d’activisme qui nous pousse à nous engager pour la
En exprimant notre gratitude pour le cheminement
commun du GMT dans les cinquante dernières années,
nous devons être conscients de cette lecture
30
théologique plus profonde du monde d’aujourd’hui,
alors que nous nous préparons à aborder une nouvelle
étape de notre coopération, en évitant de nous laisser
enfermer dans la routine. Ce sera une expression de
notre foi et un témoignage de l’amour de Dieu révélé
dans le Christ. J’espère et je prie pour que notre foi
dans l’amour et dans la présence de Dieu Trinité guide
tous les nouveaux membres du GMT qui entament leur
travail commun à l’occasion de cette rencontre à Rome,
pour réparer les brèches et restaurer les ruelles pour
qu’on y habite.
divers documents, le Concile a clairement exprimé sa
conviction que l’Église n’est pas seulement une
institution sur la terre avec des frontières extérieures
visibles, mais aussi et surtout une réalité mystique à
laquelle tous les chrétiens appartiennent de diverses
façons par la foi et le baptême. Cette reconnaissance très
claire d’une valeur ecclésiologique propre aux Églises et
aux Communautés ecclésiales situées hors de la
communion visible de l’Église catholique a conduit à une
nouvelle configuration du mouvement œcuménique. À
l’époque du Concile, l’Église catholique s’est engagée de
façon irrévocable dans une nouvelle orientation en
faveur de la cause de l’unité des chrétiens. Tant pour les
deux papes du Concile que pour la majorité des Pères
conciliaires, il était absolument évident que le
Mouvement œcuménique ne pouvait pas être
uniquement une sorte « d’appendice » accidentel
surajouté à la tradition millénaire de l’Église. Le Concile
avait le désir sincère de faire en sorte que la promotion
de l’unité des chrétiens soit intégrée à tout ce que l’Église
est et fait, qu’elle fasse partie intégrante de la vie et du
travail de l’Église. Le Décret sur l’œcuménisme
fournissait quelques lignes directrices nécessaires en vue
de ce nouveau défi que l’Église catholique se préparait à
affronter. Il commence par affirmer clairement que
« promouvoir la restauration de l’unité entre tous les
chrétiens est l’un des objectifs principaux du saint
Concile œcuménique de Vatican II » (UR 1), puis il pose
les principes doctrinaux de l’œcuménisme (chapitre I) et
décrit certaines formes possibles de collaboration
(chapitre II).
Seulement quelques mois plus tard s’est tenue la
première rencontre du Groupe mixte de travail à
l’Institut œcuménique du Château de Bossey en Suisse
– le centre international de rencontre, de dialogue et de
formation universitaire du Conseil œcuménique des
Églises. La création de ce Groupe mixte de travail fut
l’une des premières expressions du nouvel engagement
de l’Église catholique en faveur de la cause de l’unité
des chrétiens ; depuis cette première rencontre au
printemps 1965, il s’est réuni régulièrement afin
d’examiner les questions d’intérêt commun et de
promouvoir la coopération entre l’Église catholique et
les Églises et Communautés ecclésiales réunies dans le
Conseil œcuménique des Églises. Le Groupe mixte de
travail se distingue par son caractère et par ses objectifs
propres. Aux termes de son mandat originel, c’est un
forum consultatif qui ne dispose pas d’autorité propre
mais initie, évalue et apporte son appui à la
collaboration entre l’Église catholique et le Conseil
œcuménique des Églises, tout en conservant un style
flexible dans la collaboration et en s’efforçant de
discerner sans cesse la volonté de Dieu dans la situation
actuelle de l’œcuménisme. En examinant les neuf
rapports qu’il a produits à ce jour, nous pouvons voir
que le Groupe mixte de travail est resté fidèle à son
mandat. En se concentrant sur les questions du
moment et sur des initiatives ciblées, il s’est toujours
montré capable de proposer de nouveaux programmes
Amen.
Traduction de l’anglais SI
DISCOURS DU CARDINAL KURT KOCH,
PRÉSIDENT DU CONSEIL PONTIFICAL POUR
LA PROMOTION DE L’UNITÉ DES CHRÉTIENS
Cher Secrétaire général
Chers hôtes,
Chers comodérateurs et membres du Groupe mixte
de travail,
C’est avec un plaisir sincère que je vous salue tous
au nom du Conseil pontifical pour la promotion de
l’unité des chrétiens en cette heureuse occasion de la
célébration du 50e anniversaire de la création du
Groupe mixte de travail (GMT) entre l’Église
catholique et le Conseil œcuménique des Églises
(COE). Je voudrais saluer tout spécialement nos hôtes
– le Centre Pro Unione – et remercier son directeur, le
Fr. Professeur James Puglisi, et son équipe de nous
accueillir aujourd’hui avec tant d’hospitalité à l’occasion
de cet événement exceptionnel. Comme le Fr. Puglisi
vient de nous le raconter, l’histoire de la fondation du
GMT est liée de près à ce lieu et à cette salle où nous
sommes réunis aujourd’hui.
Ce 50e anniversaire du Groupe mixte de travail nous
rappelle qu’il existe une histoire longue et féconde de
collaboration entre l’Église catholique et le Conseil
œcuménique des Églises, dont l’origine remonte aux
années du Concile Vatican II. Il est le fruit de
l’engagement exceptionnel du Conseil œcuménique des
Églises en faveur de la cause de l’unité des chrétiens
depuis sa création en 1948, et de l’extraordinaire
ouverture de l’Église catholique au mouvement
œcuménique dans le sillage de Vatican II. Cette
évolution spectaculaire dans l’attitude de l’Église
catholique à l’égard du mouvement œcuménique fut le
résultat immédiat de la nouvelle vision d’elle-même
qu’elle avait acquise durant le Concile. La vision de
l’ecclésiologie catholique proposée dans les documents
conciliaires, et notamment dans la Constitution
dogmatique sur l’Église Lumen gentium et dans le Décret
sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio – promulgués tous
deux à l’issue de la troisième session du concile, le 21
novembre 1964 – a ouvert la voie à une nouvelle
appréciation des traditions non catholiques. Dans ses
31
et des initiatives concrètes visant à renforcer les liens
d’unité entre les deux organismes qui en sont les
mandataires. Cette collaboration concrète s’est
accompagnée d’importantes études théologiques sur
diverses questions œcuméniques fondamentales telles
que la réception, les racines spirituelles de
l’œcuménisme ou les jeunes – pour ne mentionner que
les principaux thèmes de la dernière session de travail.
L’évocation de ces différents aspects du travail du
Groupe mixte de travail témoigne de façon éloquente
du long chemin déjà parcouru ensemble.
Le cinquantenaire que nous célébrons aujourd’hui
nous invite en premier lieu à réfléchir et à rendre grâce
à Dieu pour les fruits abondants qui ont mûri au cours
de ce demi-siècle. Le Groupe mixte de travail a
contribué de façon significative et constante à un
changement de mentalité chez chacun des partenaires :
l’indifférence, et même parfois la nette hostilité, qui
causaient dans le passé de profondes blessures et
entraînaient des ruptures apparemment irréparables ont
été surmontées, cédant la place à un parcours de
guérison des mémoires. Il faut souligner en outre que le
Groupe mixte de travail a fortement contribué à faire
connaître l’enseignement du Concile Vatican II dans les
Églises et les Communautés ecclésiales représentées au
sein du Conseil œcuménique des Églises.
Ces acquis devraient motiver les membres du
nouveau mandat à poursuivre ce travail en un temps où
de nouveaux défis œcuméniques se présentent aux
chrétiens. Nous sommes tous conscients du fait que
malgré nombre d’avancées œcuméniques significatives
dans les cinq dernières décennies, les chrétiens
demeurent divisés, et que cette division continue à être
perçue comme un scandale aux yeux du monde. Il y a
encore beaucoup à faire, non seulement en matière de
dialogue doctrinal, mais aussi dans le domaine de la
collaboration concrète entre communions chrétiennes.
Je voudrais encourager le Groupe mixte de travail à
poursuivre la discussion sur les points litigieux, tout en
cherchant de nouveaux moyens pour témoigner
ensemble de notre unité réelle, quoique encore
incomplète. Ne baissez pas les bras devant les
nouveaux défis, mais renouvelez et renforcer plutôt
votre enthousiasme œcuménique sans jamais cesser de
croire que l’Esprit Saint continue de vous assister et de
vous guider sur des chemins nouveaux et souvent
imprévisibles. À travers les projets que vous
poursuivrez durant ce nouveau mandat, vous ferez de
nouveaux pas en avant vers l’unité pleine et visible de
tous les chrétiens dans la vie et le témoignage, la foi, le
ministère, les sacrements, et dans le service du monde.
Comme cela a été souligné à la dernière Assemblée
du Conseil œcuménique des Églises à Busan en 2013,
nous sommes des pèlerins d’unité qui cherchent
ensemble la justice et la paix pour le monde et pour
l’Église ! D’après la sainte Écriture, un pèlerinage est un
cheminement de foi pour rendre grâce, racheter les
fautes commises, demander la guérison ou chercher des
éclaircissements. Cette vision biblique du pèlerinage
nous offre une belle image du mouvement
œcuménique dans son ensemble et du Groupe mixte de
travail en particulier. La recherche de la pleine unité de
l’Église est notre cheminement commun dans lequel
nous sommes invités à nous recevoir et nous accepter
mutuellement, à nous accepter avec nos différences, à
reconnaître nos erreurs et à en demander pardon, à
partager avec d’autres ce qui peut être reconnu comme
nos dons particuliers et à recevoir d’eux ce qu’ils ont à
partager avec nous. Le Groupe mixte de travail est un
outil œcuménique inestimable qui aide les chrétiens des
diverses traditions à poursuivre ensemble ce pèlerinage.
En cheminant ensemble, nous ne devons pas oublier
ces paroles que saint Paul adressait à ses frères et sœurs
chrétiens de Rome :
« Que l’amour soit sincère. Fuyez le mal avec
horreur, attachez-vous au bien. Que l’amour fraternel
vous lie d’une mutuelle affection ; rivalisez d’estime
réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit
fervent, servez le Seigneur. Soyez joyeux dans
l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans
la prière. Soyez solidaires des Saints dans le besoin,
exercez l’hospitalité avec empressement » (Rm 12, 9-13).
Cet esprit de solidarité doit toujours accompagner
et nourrir le travail du Groupe mixte de travail qui
entame aujourd’hui son 10e mandat après cinquante ans
de travail fécond. Nous sommes appelés à rencontrer
les autres dans la sérénité, à nous comprendre
mutuellement, à grandir dans l’amour et dans la vérité,
à nous accepter et nous écouter les uns les autres. Ce
faisant, nous commencerons déjà à faire l’expérience de
l’unité à laquelle nous aspirons. Cette unité grandira au
fur et à mesure que nous marcherons ensemble comme
frères et sœurs dans le Christ Jésus.
Le pèlerin est quelqu’un qui sait où il va et pourquoi
il marche. Notre but ne peut être rien moins que l’unité
de l’Église pour laquelle Jésus a prié son Père du ciel
durant la dernière nuit de sa vie sur terre (cf. Jn 17,21).
En même temps, le pèlerin est à l’écoute des
inspirations de l’Esprit Saint qui souffle où il veut ; et
vous entendez sa voix mais vous ne savez ni d’où il
vient ni où il va (Jn 3,8). En marchant ensemble, nous
ne devons pas craindre d’être surpris et parfois même
dérangés par l’Esprit Saint.
Je suis profondément convaincu que, sous la
conduite de l’Esprit Saint, en apprenant les unes des
autres et dans une collaboration fraternelle, nos Églises
et Communauté ecclésiales pourront continuer à
grandir dans la communion qui nous unit déjà.
Chers frères et sœurs, en ce 50e anniversaire du
Groupe mixte de travail, demandons ensemble à notre
Père du ciel, par Jésus Christ notre Rédempteur et dans
la puissance de l’Esprit Saint, le don de la pleine unité
visible entre tous les chrétiens, afin que l’Église puisse
resplendir parmi les peuples comme étant le signe et
l’instrument de réconciliation pour le monde. Amen.
Traduction de l’anglais SI
32
œcuménique et ont œuvré en faveur de la promotion
de l’unité visible dans la foi, la vie sacramentelle et la
mission, offrant leur soutien à de nombreuses activités
ayant ce même but. Au cours de ces cinquante années,
le GMT a publié d’importants rapports et quinze
documents d’études majeurs. Une consultation
organisée il y a dix ans, à l’occasion du 40e anniversaire
du GMT, soulignait déjà son rôle fondamental, en ces
termes :
50E ANNIVERSAIRE DU GROUPE MIXTE DE
TRAVAIL (1965-2015) – INTRODUCTION
HISTORIQUE
John A. Radano
Pour la commémoration de ce 50e anniversaire
(1965-2015), j’ai été invité à présenter une introduction
historique du Groupe mixte de travail entre l’Église
catholique et le Conseil œcuménique des Églises
(GMT)1. Ma présentation sera divisée en trois parties.
Tout d’abord, une brève introduction identifiant
« l’origine et la nature » du GMT. Une seconde partie
intitulée « Promouvoir l’unité » illustrera les débuts
rapides et intenses de cette nouvelle relation ainsi que
les cinquante années de coopération qui ont suivi. Dans
la troisième partie, je me pencherai sur la « Signification
historique du GMT ».
Les quarante années de coopération suivie entre l’Église
catholique et le Conseil œcuménique des Églises
représentent déjà en elles-mêmes une grande avancée
pour
le
Mouvement
œcuménique
moderne.
L’établissement lent mais persévérant d’une relation dans
laquelle le Conseil œcuménique des Églises et l’Église
catholique trouvent chacun dans l’autre un partenaire
fiable est sans doute le succès le plus abouti des quarante
dernières années3.
Origine et débuts du GMT
I. INTRODUCTION : ORIGINE ET NATURE
DU GROUPE MIXTE DE TRAVAIL
Après avoir reçu un accord de principe du COE et
du Secrétariat pour la promotion de l’unité des
chrétiens (SPUC)4, l’assemblée du Comité central du
COE réunie à Enugu, au Nigéria, du 12 au 21 janvier
1965, reçut et accepta la proposition de former un
Groupe mixte de travail entre l’ECR et le COE. Au
mois de février 1965, le Cardinal Augustin Bea,
président du SPUC, se rendit au siège du COE pour
informer que Rome acceptait officiellement la
proposition de création d’un GMT5. La première
rencontre eut lieu au mois de mai 1965, à Bossey, en
Suisse. Les deux premiers rapports furent publiés en
1966 et 1967 et témoignent d’un début énergique, une
large coopération ayant commencé dès 1965.
Le Groupe mixte de travail entre l’Église catholique
(ECR) et le Conseil œcuménique des Églises (COE) est
un instrument œcuménique unique, un partenariat
efficace entre deux organismes ecclésiaux très
différents. Le COE est aujourd’hui une communauté
internationale constituée d’environ 350 Églises
indépendantes (orthodoxes, protestantes, anglicanes et
quelques pentecôtistes) organisées à un niveau national,
représentant environ 560 millions de personnes. Ses
membres ne sont pas directement responsables du
point de vue juridique des études, actions et
déclarations du COE. L’Église catholique est une seule
Église, la plus grande du monde chrétien, et compte 1,2
milliards de fidèles. Sa mission, sa structure doctrinale
ainsi que son mode de gouvernement représentent un
élément essentiel de son identité2.
Premiers contacts
Ce début enthousiaste s’explique en partie par les
importants contacts qui s’instaurèrent de 1930 à 1950
entre des œcuménistes catholiques et des spécialistes
protestants et anglicans en ce domaine, tels
W. A. Visser ‘t Hooft, Marc Boegner, Oliver Tomkins,
certains d’entre eux étant étroitement liés au COE. Ce
dernier tenait en plus haute estime divers œcuménistes
catholiques, en particulier le P. Yves Marie Joseph
Congar, OP et le P. Paul Couturier. W. A. Visser ’t
Hooft, qui allait devenir le premier Secrétaire général
Même si ce n’est là qu’un aspect de la recherche
œcuménique, à travers le GMT, l’Église catholique et le
Conseil œcuménique des Églises ont servi ensemble
pendant cinquante ans le seul et unique Mouvement
 Mgr John A. Radano a travaillé au Conseil pontifical
pour la promotion de l’unité des chrétiens (Cité du Vatican)
de 1984 à 2008 et a été membre du GMT de 1988 à 2012. Il
est actuellement professeur adjoint de l’Institut de théologie
de la Seton Hall University (South Orange, New Jersey,
États-Unis).
1. Je conseille au lecteur de se reporter au récit concis et
excellent du Père Tom Stransky, « Histoire du Groupe mixte
de travail entre l’Église catholique et le Conseil œcuménique
des Églises » publié dans le Septième rapport du GMT
(1998) et à nouveau dans le Huitième rapport (2005).
2. Cf. Thomas STRANSKY, « Histoire du Groupe mixte de
travail entre l’Église catholique et le Conseil œcuménique
des Églises », « Groupe mixte de travail entre l’Église
catholique et le Conseil œcuménique des Églises, Septième
rapport (1999-2005) » (ci-après : Septième rapport), Service
d’information (SI) 97 (1998/I-II), p. 79.
3. « Groupe mixte de travail entre l’Église catholique et le
Conseil œcuménique des Églises – Neuvième rapport (20072012) (ci-après : Neuvième rapport) : Se recevoir
mutuellement au nom du Christ », SI 143 (2014/I), p. 45.
4. En 1988, le Secrétariat changea de nom et devint le
Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
(CPPUC).
5. Lukas VISCHER, « The Ecumenical Movement and the
Roman Catholic Church », A History of the Ecumenical
Movement, Volume 2/ 1948-1968, The Ecumenical Advance (ciaprès : HEM 2), éd. Harold E. Fey, Philadelphia,
Westminster Press, 1970, Chapitre 12, p. 340.
33
du COE lors de sa fondation en 1948, avait rencontré
Congar pour la première fois en 19346 et continua à
collaborer avec lui de diverses manières au cours des
années.
Stransky, dans son histoire du GMT, indique que « la
première expression visible de collaboration entre
l'Église catholique (EC) et le Conseil œcuménique des
Églises (COE) fut l'échange d'observateurs,
officiellement délégués »11. En 1961, pour la première
fois, le SPUC délégat cinq observateurs à la troisième
Assemblée du COE à New Dehli, et le COE mandata
deux observateurs, Dr Nikos Nissiotis et Lukas
Vischer, aux quatre sessions du Concile Vatican II12.
Les fruits de ces premiers contacts se manifestèrent
à travers une première contribution catholique offerte à
l’importante Déclaration du Comité central du COE
(Toronto, 1950). Une rencontre confidentielle
organisée en septembre 1949 au Centre Istina à Paris7,
entre dix théologiens du COE et dix théologiens
catholiques parmi lesquels se trouvaient Yves Congar,
OP et Jérôme Hamer, OP, devint, comme l’écrit
Visser ’t Hooft « une étape importante dans la
préparation de la déclaration sur la nature du Conseil
œcuménique qui fut présentée, à Toronto en 1950, au
Comité central du Conseil qui l’approuva »8.
En 1963, le SPUC demanda à un spécialiste du
Nouveau Testament, le P. Raymond Brown, de
prononcer une des principales conférences à la
Quatrième conférence mondiale de Foi et constitution,
à Montréal13. C’était la première fois qu’un orateur
catholique prononçait une des principales interventions
dans le cadre d’une manifestation organisée par le
COE. Cinq observateurs catholiques officiels étaient
également présents, de même que d’autres participants
catholiques14. Quelques années plus tard, décrivant
cette rapide croissance œcuménique, Oliver Tomkins
déclarait que la Conférence de Montréal avait été « la
première occasion où avait été pleinement ressenti
l’impact de l’Église catholique exercé sur le Conseil
œcuménique. Jamais auparavant les consulteurs
catholiques n’avaient joué un rôle aussi important et
dynamique dans nos discussions… L’ouverture aux
catholiques était clairement perceptible dans tous les
groupes de travail de la Conférence ; plus
particulièrement, au sein de la commission sur
‘Tradition et traditions’, Foi et constitution s’était
aventurée de manière naturelle en un territoire où
certains des plus âpres conflits de la Réforme et de la
Contre-réforme étaient de nouveau analysés, même si
la célèbre expression sola traditione, en définitive, ne
reçut pas l’imprimatur »15. En 1963, deux observateurs
du SPUC participèrent à la première Conférence
mondiale de la division du COE sur la mission
mondiale et l'évangélisation (DWME), à Mexico16.
Au début des années 1950, le Secrétaire général
Visser ’t Hooft rencontra Mgr Johannes Willebrands,
cofondateur en 1952 de la Conférence catholique pour
les questions œcuméniques (CCQO), avec lequel
s’instaura une coopération. La CCQO offrit
officieusement son aide au COE durant les années
1950 en lui présentant le point de vue catholique sur
des questions théologiques considérées importantes par
le COE. Willebrands en fut le principal acteur et
Congar un des principaux rédacteurs de ces réflexions9.
Les années 1960-1965 : juste avant
et pendant le Concile
Le Secrétariat pour la promotion de l’unité des
chrétiens fut fondé en 1960 avec à sa présidence le
Cardinal Augustin Bea et Mgr Willebrands assurant la
fonction de Secrétaire. De 1960 à 1961, quand le
Concile Vatican II était en préparation et de 1962 à
1965 pendant son déroulement, de nombreux et
importants contacts entre des responsables du COE et
de l’ECR préparèrent la création du GMT, en 1965.
Des observateurs catholiques participèrent en août
1960 à la réunion de la Commission Foi et Constitution
à St. Andrew’s, en Écosse. À la même période et dans
le même lieu, Mgr Willebrands, nouvellement nommé
Secrétaire du SPUC, pris part à la réunion du Comité
central du COE. En septembre 1960, le Cardinal Bea,
le Secrétaire général Visser ’t Hooft et Mgr Willebrands
eurent pour la première fois une rencontre privée qui
leur permit de préparer la scène pour les événements
qui allaient avoir lieu peu de temps après10. Thomas
Grâce aux nombreux contacts en cours, le Cardinal
Bea proposa d’organiser une rencontre non-officielle
entre des représentants du SPUC et du COE qui eut
et Willem A. VISSER ‘T HOOFT, Peace Among Christians, traduit
en anglais par Judith Moses, New York, Association Press et
Herder & Herder, 1967. Ce livre a reçu le Prix de la paix de
l’Association des éditeurs allemands.
11. Thomas STRANSKY, op. cit., p. 79.
12. Ibid.
13. Ibid.
14. Ibid.
15. Oliver S. TOMKINS, « Some Convergent and
Divergent Elements in Recent Statements of the Roman
Catholic Church and the World Council of Churches »,
document préparé pour la quatrième réunion du Groupe
mixte de travail entre l’Église catholique et le Conseil
œcuménique des Églises, novembre 1966. Documentation de
Thomas Stransky (Archives des Pères Paulistes), Boîte 50.2,
j., p. 2.
16. Thomas STRANSKY, op. cit., p. 80.
6. W. A. VISSER’T HOOFT, Memoirs, Genève, Publications
COE, 2e édition, 1987, p. 68.
7. Mauro VELATI, Una Difficile Transizione: Il cattolicesimo
tra unionismo ed ecumenismo (1952-1964), Istituto per le scienze
religiose—Bologna, textes et recherches de sciences
religieuses, nouvelle série 16: Il Mulino, 1996, p. 50.
8. W. A. VISSER ’T HOOFT, op. cit., pp. 319-321, citation
p. 320. Cf. également Lukas VISCHER, op. cit., p. 320.
9. Cf. Lukas VISCHER, op. cit., pp. 320-321.
10. Leur travail commun durant les années qui allaient
suivre est relaté dans le livre suivant : Cardinal Augustin BEA
34
lieu le 15 avril 1964, à Milan17. Cette réunion, conduite
par le Cardinal Bea et le Secrétaire général Visser ‘t
Hooft, était limitée à quelques responsables de part et
d’autre18. Elle prépara le terrain à des contacts et
relations plus étroits et « pour la première fois fut prise
en considération la possibilité d’établir des groupes de
travail mixtes ». À l’époque, il fut envisagé de créer trois
groupes différents : un premier qui devait réfléchir aux
principes à établir pour une coopération future, un
second consacré aux sujets théologiques et un troisième
auquel seraient confiées les questions pratiques. Au
COE, le débat se poursuivit. Les résultats des
conversations de Milan furent présentés à un ensemble
de personnes amplement représentatives du COE et
l’idée de former des groupes de travail mixtes fut
globalement acceptée. Le Comité exécutif du COE
donna son accord à ce projet et le Secrétaire général fut
autorisé à étudier la question en détail au cours
d’entretiens ultérieurs. « Ceci eut lieu durant la
Troisième session du Concile. Les observateurs du
Conseil œcuménique rencontrèrent à deux reprises
l’Évêque Willebrands et d’autres représentants du
Secrétariat pour l’unité. Ce projet fut également
présenté personnellement au Pape »19. La suite
dépendait de l’approbation et de la promulgation par le
Concile Vatican II du Décret sur l’œcuménisme Unitatis
redintegratio qui eut lieu le 21 novembre 1964. La
formation du GMT fut par la suite décidée lors de
l’assemblée du Comité central du COE réunie à Enugu,
en janvier 1965 puis à Genève, en février de la même
année, comme cela est mentionné plus haut. Le GMT
serait composé de quatorze membres, six catholiques et
huit représentants du COE. Au lieu des trois groupes
de travail évoqués à l’origine, un projet plus modeste
fut en définitive adopté20. La première réunion de ce
nouveau GMT se tint en mai 1965, à Bossey, en Suisse,
et la seconde au mois de novembre 1965, à Ariccia,
près de Rome.
GMT exerce donc une fonction consultative et est un
instrument de promotion de la coopération entre
l’ECR et le COE. Le GMT reçoit un mandat tous les
sept ans des corps dont il est le mandataire, à savoir
l’Assemblée du COE et le CPPUC » et à la fin de
chaque mandat, il « soumet aux deux instances un
rapport détaillé de ses activités »21.
La question de l’adhésion de l’ECR au COE fut très
tôt prise en examen mais ne se concrétisa jamais. C’est
pourquoi la relation instaurée entre ces deux instances
grâce au GMT est de toute première importance. Celleci est toutefois plus qu’une simple collaboration. Le
Pape Benoît XVI, en 2006, décrivit les relations entre le
COE et l’ECR comme un « solide partenariat »22.
Précédemment, le Pape Paul VI y avait vu une
« solidarité fraternelle »23. Le Cardinal Willebrands,
Président du SPUC, le rappela dans sa lettre au
Secrétaire général Phillip Potter, au sujet du Cinquième
rapport du GMT24, évoquant également le discours de
Philip Potter au Comité central de 1976 dans lequel il
affirmait que les relations entre l’ECR et le COE « sont
bien plus intenses qu’avec beaucoup d’Églises
membres »25. Cette remarque de Philip Potter, écrit
Johannes Willebrands, « vient confirmer ma propre
conviction que l’on ne rend pas justice à nos relations
lorsqu’on en parle en termes de ‘simple collaboration’.
Le Pape Paul VI en avait mieux saisi la réalité lorsqu’il
parlait de ‘solidarité fraternelle’, avec tout l’élément
positif que cela implique, c’est-à-dire non seulement la
collaboration mais aussi la réflexion et la prière
communes, inspirées par ces mots du Christ : ‘Afin que
tous soient un’. Ils expriment notre commune vocation
à une pleine communion dans la foi et l’amour. Il
devrait donc y avoir dans nos relations une profondeur
et une dimension spirituelles qui nourrissent notre
espoir de parvenir à une conception commune de
l’Église, ‘germe le plus fort d’unité, d’espérance et de
salut pour tout l’ensemble du genre humain… le
sacrement visible de cette unité salutaire’ (Lumen
gentium, 9) »26.
Nature et caractère du GMT
En accord avec le mandat original reçu en 1966, le
GMT, de par sa nature et son caractère, a pour finalité
d’interpréter les différentes tendances de l’évolution du
Mouvement œcuménique et « d’explorer les possibilités
de dialogue et de collaboration, d’étudier
conjointement les problèmes, et de faire rapport aux
autorités des deux instances ». C’est un instrument de
collaboration entre les deux partenaires, « un forum de
consultation qui ‘ne dispose pas d’autorité propre mais
en réfère aux instances dont il est le mandataire’… Le
21. « Caractère et nature du Groupe mixte de Travail »,
Huitième rapport entre l’Église catholique et le Conseil
œcuménique des Églises (ci-après : Huitième rapport), IV, 1,
SI 117 (2004/IV), p. 181.
22. BENOÎT XVI, Message à la 9e Assemblée du COE à
Porto Alegre (Brésil), 14-24 février 2006.
23. Dans la lettre du Pape à la 5e Assemblée du COE, en
1975. Le Cardinal Willebrands y fit référence dans sa lettre à
Philip Potter concernant le Cinquième rapport. Cf. note 24.
24. « Lettre du Cardinal Willebrands, 4 juillet 1983 », SI
53 (1983/IV), pp. 133-136. Citation p. 133.
25. Commentaire de Philip Potter au Comité central de
1976 cité par Willebrands dans sa lettre à Philip Potter, ibid.,
p. 134.
26. Ibid., pp. 133-136. Citation p. 133.
17. Lukas VISCHER, op. cit., p. 339.
18. Du côté catholique romain, les participants étaient
l’Évêque Johannes Willebrands, le P. Jérôme Hamer et le P.
Pierre Duprey. Le COE était représenté par les deux
observateurs présents au Concile Vatican II, Lukas Vischer
et Nikos Nissiotis. Ibid.
19. Ibid.
20. Cf. Ibid, p. 340
35
II. PROMOUVOIR L’UNITÉ
certain sens, une grande part des thèmes sur lesquels le
GMT a travaillé jusqu’à nos jours figuraient déjà dans
ses deux premiers rapports, ce dont témoignent les
rapports suivants.
A. Rapide et intense début d’une relation nouvelle
Le fait que d’importants contacts et une
collaboration aient été lancés avant la naissance du
GMT lui permit de promouvoir rapidement la
coopération sur divers fronts. Le nouveau GMT se
réunit du 22 au 24 mai 1965 à l’Institut œcuménique de
Bossey, en Suisse27, puis du 17 au 20 novembre 1965 à
Ariccia, aux alentours de Rome, en Italie. Comme on
pouvait s’y attendre, il fut nécessaire d’apporter
plusieurs éclaircissements sur cette relation nouvelle. À
la même époque, différentes réunions furent
conjointement organisées par le COE et l’ECR sur
d’importants sujets, certaines se déroulant avant et
d’autres après cette première rencontre du GMT. Dans
le Premier rapport du GMT, un certain nombre de ces
réunions sont citées. L’ensemble de ces activités
reflétaient l’engagement des deux partenaires dans cette
nouvelle opportunité œcuménique.
Il semble que deux réunions de 1965 aient, d’une
certaine manière, influencé les débats du Concile
Vatican II sur des documents qui devaient être
promulgués plus tard au cours de la même année. La
première de ces rencontres fut la conférence sur Église
et société organisée à Genève par le Département
Église et société du COE et le SPUC, du 28 au 31 mars
1965. En cette circonstance, les discussions portèrent
aussi sur la Constitution pastorale Gaudium et spes. Selon
Lukas Vischer, « dès le début s’étaient instaurés
d’étroits contacts avec les différents groupes
responsables de la rédaction du texte. Il sembla
judicieux d’entamer un débat avec le Conseil
œcuménique qui s’était déjà penché sur presque tous
les domaines évoqués dans la constitution. Les
observateurs du Conseil œcuménique eurent ainsi de
nombreuses possibilités de commenter les diverses
ébauches du document. La consultation de Genève
permit donc de resituer ces contacts dans un cadre plus
large »30. Le Premier rapport du GMT indique que « le
rapport qui nous fut présenté nous encouragea à
poursuivre la coopération ». Il fait également remarquer
que la Constitution pastorale du Concile Vatican II sur
l’Église dans le monde moderne, promulguée en
décembre 1965, « contient à ce sujet d’importants
éléments » et signale que le COE est en train de
préparer pour 1966 une Conférence mondiale sur
l’Église et la société. Une seconde consultation est déjà
en phase de préparation31.
Suite aux deux rencontres de 1965, le Premier
rapport du GMT fut publié le 16 février 196628. Le
Second rapport, après que se soient tenues la troisième
et la quatrième rencontre, fut publié en août 196729.
Dès ces deux premiers rapports du GMT, il fut clair
que la collaboration était lancée et proposée sur un
vaste éventail de thèmes fondamentaux nécessitant une
étude en vue de la réconciliation des chrétiens séparés
et le bien de l’Église. Parmi les sujets de dialogue
proposés figuraient également des thèmes classiques
sur lesquels le Mouvement œcuménique s’était
rassemblé dans la première moitié du XXe siècle, tels
que la prière commune et la Semaine de prière pour
l’unité des chrétiens, la mission, Foi et constitution,
mais aussi de nombreuses questions pouvant figurer au
programme de Life and Work, comme, entre autres,
l’Église et la société, la formation chrétienne. En un
Le Département pour la mission mondiale et
l’évangélisation du COE et le SPUC organisèrent
ensemble, du 5 au 10 avril 1965 à Crêt-Bérard, en
Suisse, une première consultation sur les missions. Le
rapport des débats sur l’activité missionnaire, qui
identifiait divers secteurs pouvant offrir un terrain pour
une collaboration future, fut adressé au GMT. « Une
analyse plus approfondie sera néanmoins nécessaire
afin d’examiner les opportunités offertes par le Décret
conciliaire sur l’activité missionnaire dans l’Église,
promulgué à la fin de la quatrième session »32. De l’avis
de Lukas Vischer, la rencontre sur les missions
« contribua sans aucune doute de manière indirecte à
conférer au Décret conciliaire sur l’activité missionnaire
de l’Église la forte saveur œcuménique qui le
caractérise »33. Selon Leslie Newbigin, « de cette
consultation se dégagèrent de nombreuses options
27. Membres du COE : Rév. Dr W. A. Visser ‘t Hooft
(COE, Genève), Rév. Archiprêtre Vitaly Borovoy (COE,
Genève), Rév. Dr R. H. E. Espy, (National Council of
Churches of Christ in the USA, New York, États-Unis),
Dr. N. A. Nissiotis (Institut œcuménique, Celigny [Genève],
Suisse), Pr Dr E. Schlink (Heidelberg, Allemagne),
Très Rév. O. S. Tompkins (Évêque de Bristol, Angleterre),
P. Paul Verghese (COE, Genève), Rév. Dr Lukas Vischer
(COE, Genève). Membres de l’ECR : S. E. Mgr.
J.G.M. Willebrands (SPUC, Rome), S. E. Mgr. Thomas
Holland (Évêque de Salford, Manchester, Angleterre),
Mgr William W. Baum (Commission épiscopale pour les
affaires œcuméniques, Washington, D.C., États-Unis),
Mgr Carlo Bayer (Caritas Internationalis, Rome, Italie),
Rév. Pierre Duprey, M. Afr. (SPUC, Rome), Rév. Jérôme
Hamer, OP (Convento Santa Sabrina, Rome). Appendice I
du Premier rapport. Cf. note 28 ci-après.
28. « Premier rapport officiel du Groupe mixte de travail
entre l’Église catholique et le Conseil œcuménique des
Églises » (ci-après : Premier rapport), IS 1 (1967), pp. 18-24.
29. « Deuxième rapport du Groupe mixte de travail entre
l’Église catholique et le Conseil œcuménique des Églises »
(ci-après : Deuxième rapport), SI 3 (1967), pp. 22-30.
30. Lukas VISCHER, op. cit., p. 342.
31. Premier rapport, op. cit., n. 10.
32. Ibid., n. 9. Dans ce rapport, le GMT exprimait
également son inquiétude face aux tensions rencontrées dans
le domaine de la mission, comme par exemple dans le cas du
prosélytisme, et suggérait différentes manières de les
affronter.
33. Lukas VISCHER, op. cit., p. 342.
36
œcuménistes les plus expérimentés de l’époque39.
L’introduction de cette Appendice est subdivisée en
sept points expliquant la signification théologique de la
prière commune et une seconde section, « Prières et
célébration lors de rassemblements œcuméniques »
distingue quatre formes de célébration et indique quand
chacune d’elles peut s’appliquer. Dans cette
introduction sont citées les sources utilisées par les
deux partenaires pour rédiger cet Appendice. Le COE
y a contribué en se basant sur son expérience en la
matière, ayant « adopté certaines recommandations
concernant ces types de célébrations. L’Église
catholique a énoncé des principes dans le Décret sur
l’œcuménisme et est en train d’élaborer sur cette
question des directives ultérieures sur lesquelles les
membres de l’Église catholique pourront s’appuyer
dans un proche avenir »40. Concernant cette dernière,
l’introduction de l’Appendice évoque également des
directives ultérieures en phase d’élaboration. Ici,
référence était faite à la Ière Partie du Directoire
œcuménique que le SPUC devait publier en 1967.
d’étude concernant à la fois la substance de l’Évangile
que nous proclamons et la manière selon laquelle nous
devrions le proclamer. Elle influença d’une certaine
manière le Décret conciliaire Ad gentes et fixa les bases
pour une consultation et une collaboration
ultérieures »34.
En ce qui concerne les laïcs, le Premier rapport du
GMT rapporte que deux réunions s’étaient tenues entre
le Comité permanent catholique pour les Congrès
internationaux pour l’apostolat des laïcs (COPECIAL)
et le Département pour les laïcs du COE. Malgré des
approches théologiques différentes, ils trouvèrent un
accord assez vaste sur des questions concernant
l’apostolat et la formation des laïcs. La discussion, en
particulier celle de la rencontre du 7 au 10 septembre
1965 à Gazzada-Varese, en Italie, portèrent entre autres
à une conclusion : « Alors que les différences dans la
foi doivent être respectées, tout ce que nous pouvons
faire ensemble – aussi bien ou peut-être même mieux
encore – pour la formation des laïcs, doit être
entrepris »35.
Les deux premiers rapports énuméraient de
nombreux autres sujets d’importance certaine desquels
débattre dans les années à venir : la Bible, la date de
Pâques, la liturgie, les problèmes du prosélytisme, la
liberté religieuse, les conversations bilatérales, les
conseils nationaux et locaux, les jeunes, la doctrine et la
pratique du baptême, la théologie du mariage et les
mariages mixtes, le domaine médical.
De même, le désir d’une action conjointe sur les
questions concernant les femmes fut exprimé par un
groupe de femmes invitées à une réunion organisée à
Vicarello-Bracciano (Italie), du 22 au 24 octobre 1965,
par le Département pour la coopération des hommes et
des femmes dans l’Église, la famille et la société du
COE et le SPUC. Les participantes – laïques,
diaconesses et religieuses – souhaitèrent que de
nouvelles rencontres de ce genre soient projetées.
Parmi les thèmes proposés pour la discussion : la
réévaluation du rôle des femmes célibataires,
changements du rôle de la famille, travail à mi-temps et
à plein temps, possibilités de service pour les femmes
dans les institutions ecclésiales et entre femmes de
confessions différentes pour la célébration de la
Journée mondiale de prière des femmes et de la
Semaine de prière pour l’unité des chrétiens36. D’autres
rencontres eurent lieu en 1966 et 196737.
B. Cinquante années de collaboration,
de solidarité fraternelle et de partenariat
Après une rapide mise en route, le GMT a continué,
pendant cinquante ans, à étudier de nombreuses et
importantes questions telles que celles qui viennent
d’être mentionnées. Il s’est attaché à promouvoir
l’œcuménisme et a publié neuf rapports, le premier en
1966, le neuvième en 2013, ainsi que quinze documents
d’étude pendant la même période. L’ensemble des neuf
rapports traite des principaux domaines qui ont été au
centre de l’attention du Mouvement œcuménique
moderne depuis sa naissance, il y a un siècle, et ont
permis de se pencher sur d’autres thèmes spécifiques
nouveaux également fondamentaux pour la vie des
chrétiens. Ces rapports mettent aussi en évidence de
nouvelles évolutions dans maints domaines.
Le GMT organisa à Rome deux rencontres sur la
question de la prière commune lors de rassemblements
œcuméniques, le 16 octobre et le 18 novembre 1965.
Le rapport sur ces deux réunions, intitulé « Célébration
commune lors de rassemblements œcuméniques », fut
publié comme Appendice II du Premier rapport du
GMT38. Les participants de ces deux réunions, dont la
liste figure en début de rapport, comptaient parmi les
39. Église catholique : Mgr Joseph Baker et Mgr Henry
Davis, Dom Emmanuel Lanne, OSB, P. John Long, SJ, P.
George Mejia et P. Thomas Stransky, CSP. Conseil œcuménique
des Églises : Évêque Thomas Mar Athanasios, Chanoine John
Findlow, Pr Nikos Nissiotis, Pasteur W. Norgren, Pr Albert
Outler, Pr J. K S. Reid, Évêque Karekin Sarkissian et Pasteur
Lukas Vischer, « Célébration commune lors de
rassemblements œcuméniques », Premier rapport, op. cit.,
Appendice II, p. 22.
40. Ibid., p. 22.
34. Leslie NEWBIGIN, « Mission to Six Continents »,
Chapitre 7, HEM II, p. 196. Il situe cette rencontre au mois
de mai mais elle se tint en réalité en avril.
35. Premier rapport, n. 11, op. cit., p. 20.
36. Ibid, n. 12, p. 20. Cf. Deuxième rapport, n. II, 3, b,
op. cit., p. 25.
37. Deuxième rapport, n. II, b, op. cit., p. 25.
38. Premier rapport, Appendice II, « Prière commune
lors de rassemblements œcuméniques », op. cit., pp. 22-24.
37
consultation des Églises unies et unifiantes à
Johannesburg. Les membres catholiques de la
commission plénière ont contribué de façon significative
à l’assemblée plénière de la Commission Foi et
Constitution de 2009 : Sr Ha Fong Maria Ko a été l’un
des conférenciers principaux et le P. Jorge Scampini a
présenté un exposé dans le groupe de travail sur
l’ecclésiologie43.
Ainsi, dans ses neuf rapports et ses documents
d’étude, le GMT a suivi l’évolution du Mouvement
œcuménique. Les rapports montrent aussi comment le
GMT a évolué dans sa pratique. Par exemple, comme il
est écrit dans le Cinquième rapport, les trois premiers
rapports « ont simplement rappelé ce qui avait été fait
dans l’étude et la collaboration. Le Quatrième
rapport… a également cherché ce qui devrait et
pourrait être fait. Ce Cinquième rapport est présenté
dans le même esprit »41, comme depuis lors l’ont été les
suivants. La nouveauté résidait également dans le fait
que le Quatrième rapport (1975) proposait une analyse
des perspectives théologiques d’un « terrain commun »
au COE et à l’ECR, centrée sur la communion. Pendant
les dix années d’existence du GMT, trois perspectives
qui « ont acquis une importance croissante […]
devraient orienter notre planification de l’avenir » : la
« communion déjà existante » entre ceux qui croient en
Christ et sont baptisés en son nom », la « nécessité du
témoignage commun » et « l’appel au renouveau »42.
Les efforts de coopération dans des domaines tels
qu’Église et société débutèrent très tôt et se
poursuivent encore. En 1968, le COE et la
Commission Pontificale Justice et Paix formée depuis
peu organisèrent à Beyrouth une conférence
interdisciplinaire sur le développement qui remporta un
vif succès. La réussite de cette manifestation
encouragea le GMT à proposer en 1968 la création
d’un comité mixte sur la société, le développement et la
paix (SODEPAX) basé à Genève et ayant pour objectif
de promouvoir et aider les initiatives locales et
nationales de ce genre44. Cette expérience créative s’est
conclue en 1980, sur décision de ceux qui en furent les
promoteurs. De nombreux autres efforts communs ont
été entrepris avec succès bien qu’en fait « le GMT ait
encore à trouver les structures de collaboration les plus
appropriées pour la pensée et l’action sociales »45.
Des relations à de nombreux niveaux
Les relations entre le COE et l’ECR se sont
développées à de nombreux niveaux. À titre
d’illustration, nous citerons quelques exemples, pris
dans certains domaines fondamentaux de la
collaboration instaurée au cours des années. En
premier lieu, rappelons le travail commun entre le
CPPUC et la Commission Foi et Constitution qui, de
1966 jusqu’à nos jours, fournit le matériel pour la
Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. La prière
pour l’unité est essentielle pour le Mouvement
œcuménique.
Le travail commun pour la mission a pris
différentes formes. Les divers rapports retracent la
participation particulière des catholiques dans les
structures du COE et soulignent son importance. Le
Troisième rapport (1970) indique que trois catholiques
de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples,
du SPUC et du SEDOS (groupe de travail regroupant
divers ordres missionnaires) furent nommés comme
consulteurs de la Division pour la mission et
l’évangélisation mondiale du COE. Des catholiques ont
également pris part aux travaux du Département
d’études pour la mission et l’évangélisation46. On lit
dans le Cinquième rapport (1983) que « pendant
plusieurs années, un certain nombre d’ordres
missionnaires de l’Église catholique, qui travaillent avec
la Congrégation pour l’évangélisation des peuples », ont
établi une relation de consultation avec la Commission
de mission et d’évangélisation (CME) du Conseil
œcuménique des Églises. « Ils ont aussi envoyé des
consultants comme observateurs pour assister aux
réunions de la CME. Cette collaboration a été
particulièrement importante pour la participation
catholique à la Conférence missionnaire mondiale de la
CME à Melbourne et pour l’étude sur le ‘Témoignage
commun’ [1981] lancée par le Groupe mixte de
travail »47. De nombreuses autres initiatives de
Depuis 1968, des théologiens catholiques sont
membres à plein titre de la Commission Foi et
Constitution et ont été fortement impliqués dans le
travail et les principales études de Foi et constitution.
Le Neuvième rapport du GMT (2013) était très clair
sur la participation catholique active au travail récent de
Foi et constitution :
Actuellement, les représentants du CPPUC continuent
d’apporter une contribution importante aux travaux de la
Commission FC. Le P. William Henn a été le principal
rédacteur du texte sur L’Église : vers une vision commune. Le
P. Frans Bouwen a rempli un important rôle de
leadership comme l’un des vice-modérateurs de la
commission et le comodérateur du projet d’étude sur le
discernement moral dans les Églises. Mme Myriam
Wijlens a été membre du sous-comité ayant proposé la
réorganisation de la commission. En novembre 2008, le
P. Gregory Fairbanks a participé comme observateur à la
43. Neuvième rapport, op. cit., p. 41.
44. Thomas STRANSKY, op. cit., p. 81.
45. Ibid., p. 82.
46. « Troisième rapport officiel du Groupe mixte de
travail entre l’Église catholique et le Conseil œcuménique
des Églises » (ci-après : Troisième rapport), SI 14 (1971/II),
pp. 14-24, citation p. 16.
47. Cinquième rapport, op. cit., p. 126-127.
41. « Cinquième rapport du Groupe mixte de travail de
l’Église catholique et du Conseil œcuménique des Églises »
(ci-après : Cinquième rapport), SI 53 (1983/IV), pp. 117-133,
citation p. 117.
42. « Quatrième rapport du Groupe mixte de travail
(EC/COE) » (ci-après : Quatrième rapport), SI 30 (1976/I),
pp. 19-25, citation p. 20.
38
coopération ont été mises en place. Signalons en raison
de sa particulière importance qu’à partir de 1984,
pendant plusieurs décennies, un consulteur catholique
nommé par le CPPUC – à l’origine, cette personne
provenait d’une Congrégation de religieuses
missionnaires – a collaboré auprès du Département
pour la mission du COE à Genève.
développements dans les relations interreligieuses,
d’évaluer les initiatives de dialogue et de réfléchir aux
orientations et aux priorités pour l’avenir. Le CPDI et
le BRI s’invitent réciproquement à prendre part à leurs
activités respectives, ainsi qu’aux réunions de leurs
comités consultatifs »49. À cette période, ces deux
bureaux lancèrent trois projets : le premier conduisit à
la publication d’un document d’étude, « Réflexions sur
le mariage interreligieux » (197) ; le second fut intitulé
« Prière et célébration interreligieuses » tandis qu’un
troisième projet, en raison du conflit au Moyen-Orient,
porta sa réflexion sur Jérusalem. Deux colloques furent
organisés à Jérusalem à l’initiative de la Fédération
luthérienne mondiale, avec la collaboration du CPDI,
du BRI et de la Commission du Saint-Siège pour les
relations religieuses avec le judaïsme. Le premier, sur la
signification spirituelle de Jérusalem pour les juifs, les
chrétiens et les musulmans, a eu lieu à Glion, en Suisse,
en 1993. Les participants juifs, chrétiens et musulmans
venaient en majorité d’Israël/Côté ouest de Gaza. Le
second se tint à Thessalonique, en Grèce, en 1996.
« Les efforts de ce colloque pour chercher à prévoir
quel serait l’avenir de Jérusalem furent sans succès ». La
brève description de ce projet résume en conclusion
que « malgré le début du processus entre israéliens et
palestiniens, il reste encore bien du chemin à faire avant
d’en arriver à une paix juste et durable »50.
Pareillement, la coopération dans le domaine de la
formation œcuménique a pris de nombreuses formes.
Soulignons en particulier le fait que durant plusieurs
décennies, un professeur catholique nommé par le
CPPUC a été en service à l’Institut œcuménique de
Bossey. Le CPPUC a aussi pris l’habitude de recevoir
les étudiants de cet institut à Rome pour un séjour
d’une semaine en fin de semestre, offrant aux étudiants
et à l’encadrement les accompagnant la possibilité de
rencontrer un certain nombre de personnes
susceptibles de leur faire découvrir les nombreux
aspects de l’Église catholique et du Saint-Siège à Rome.
Ce bref compte-rendu ne peut s’attarder que sur la
coopération au sens large décrite par les rapports dans
ce domaine et de nombreux autres secteurs. On peut
considérer que le Sixième rapport (1984-1990) nous
présente un « modèle de relations » pour l’époque en
question :
Douze théologiens catholiques romains sont membres de
plein droit de la Commission Foi et Constitution. Sept
autres participent comme consultants à la Commission
sur la mission et l’évangélisation (CME). Un représentant
catholique romain fait partie du comité directeur de
l’Institut de Bossey. Depuis bien des années maintenant,
trois catholiques romains collaborent avec le personnel
du COE : à la CME, à Bossey et dans le programme
Justice, paix et sauvegarde de la création (JPSC). Différentes
formes de contact et de relations de travail ont aussi été
développées entre d’autres sous-unités du COE et
organismes correspondants du Vatican. Il y a eu échange
utile et mutuel d’informations, de documents récemment
publiés et de visites de personnel. Des consultants
catholiques et observateurs catholiques ont participé à
toute une série de conférences, de réunions, de
consultations et de colloques du COE.
Tous ces contacts et relations, et bien d’autres
encore, sont décrits dans les rapports du GMT.
Solide et constant soutien des dirigeants
Pendant toutes ces années ont aussi été organisées
des réunions communes entre divers bureaux du
Vatican et les unités homologues du COE. Pour
donner un exemple, le Septième rapport (1990-1998)
faisait remarquer que « le Bureau du COE pour les
relations interreligieuses (BRI) et le Conseil Pontifical
pour le dialogue interreligieux (CPDI) se rencontrent
chaque année. En plus du partage d’informations, ces
rencontres offrent l’occasion d’examiner les
Pendant toutes ces années, le GMT a constamment
reçu un solide appui de la part des plus hauts
responsables des organises mandataires. Les secrétaires
généraux du COE sont venus en visite à Rome, ont
rencontré les responsables du CPPUC. Les papes se
sont également rendus à Genève – Paul VI en 1969 et
saint Jean-Paul II en 1984 – et ont eux aussi encouragé
le GMT dans son travail. L’invitation que reçut le
Secrétaire général du COE, Philip Potter, à participer
comme un des principaux intervenants au Synode des
évêques réuni sur le thème de l’évangélisation, montre
très bien la solide collaboration instaurée dans le
domaine de la mission. C’était la première fois qu’un
non-catholique était invité à s’adresser à une assemblée
du Synode. Pendant de nombreuses années, Jean-Paul
II a offert son énergique soutien à Foi et constitution
en citant en diverses occasions le document Baptême,
eucharistie et ministère (BEM) et en mentionnant le COE
et Foi et constitution dans son Encyclique Ut unum sint
(1995). Il encouragea le travail commun du GMT dans
le domaine de la formation œcuménique, recevant
chaque année les étudiants et les professeurs de
l’Institut de Bossey pendant leur semaine annuelle à
48. « Sixième rapport du Groupe mixte de travail » (ciaprès : Sixième rapport), SI 74 (1990/III), pp. 61-75, citation
pp. 61-62.
49. Septième rapport, « Dialogue interreligieux », op. cit.,
p. 76.
50. Description de ces trois projets communs dans ibid.,
p. 76.
De nombreuses Églises-membres du COE et de l’ECR
ont des relations étroites aux niveaux régional et national
en participant et contribuant à des organisations
œcuméniques48.
39
Rome, tout d’abord en audience privée et, dans les
années qui suivirent, au cours de l’audience générale.
En 2008, à l’occasion du 100e anniversaire de la
Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (SPUC), en
geste de reconnaissance pour les nombreuses années de
collaboration entre le CPPUC et la Commission Foi et
Constitution dans la préparation des textes de la SPUC,
le Secrétaire général du COE, Samuel Kobia, fut invité
à Rome à prendre part à la célébration des vêpres
présidées par le Pape Benoît XVI en la Basilique SaintPaul-hors-les-Murs, en conclusion de la SPUC. En
cette circonstance, le Secrétaire général s’est adressé au
Pape Benoît ainsi qu’à l’assemblée51.
et œcuméniques du baptême commun – Une étude du GMT
(2005) (réception de BEM)61.
Deuxièmement, les études concernant la mission, le
prosélytisme, le témoignage commun : (a) Témoignage
commun et prosélytisme de mauvais aloi (1971)62, (b)
Témoignage commun (1981) et Le défi du prosélytisme et l’appel
au témoignage commun (1996)63.
Troisièmement, études sur d’importantes questions
théologiques : (a) Étude commune sur la catholicité et
l’apostolicité (1971)64, (b) L’Église : locale et universelle
(1990)65, (c) La notion de « hiérarchie des vérités » –
Interprétation œcuménique (1990)66, (d) Implications
ecclésiologiques et œcuméniques du baptême commun – Une étude
du GMT (2005)67, (e) Le dialogue œcuménique sur les
questions morales : sources potentielles de témoignage commun ou
de divisions (1998)68, (f) The Unity of the Church as
Koinonia : Ecumenical Perspectives on the 1991 Canberra
Statement on Unity [L’unité de l’Église comme
communion - Perspectives œcuméniques sur la
Déclaration de Canberra sur l’unité de 1991] –
Document d’étude requis par le Groupe mixte de
travail (1993)69.
Documents d’étude
Tout au long de ces 50 ans, le GMT a également
publié des documents d’étude à l’usage des Église pour
la promotion de l’unité. Il s’efforce ainsi « de discerner
la volonté de Dieu dans la situation actuelle de
l’œcuménisme, et de proposer des études résultant de
ses propres réflexions »52, n’entendant en aucun cas
rivaliser avec des documents de Foi et constitution ou
d’autres commissions. Le nombre de ces études est
impressionnant. Étant donné qu’elles feront l’objet
d’une autre intervention au cours de cette
commémoration, je me contenterai de les citer en les
divisant en trois catégories : les études concernant
l’œcuménisme, celles concernant la mission, le
prosélytisme et le témoignage commun, et celles
portant sur d’importantes questions théologiques.
Les rapports et les études réalisés par le GMT
témoignent de son importante contribution au
Mouvement œcuménique.
III. IMPORTANCE HISTORIQUE DU GMT
Depuis sa création, le GMT a élaboré tout un
ensemble de documents témoignant des diverses
évolutions enregistrées dans les activités citées cidessus, évolutions qui devaient par la suite être
considérées comme les différents aspects de l’histoire
de l’œcuménisme, ainsi que le suggèrent certaines
sections des rapports du GMT décrivant « La
collaboration entre le COE et l’ECR » et/ou « La
collaboration à travers le GMT ». Étant donné que de
nombreux siècles avant la naissance du Mouvement
Premièrement, les études sur l’œcuménisme
comprennent celles sur (a) le Dialogue : (1) Sur le
Dialogue œcuménique (1967)53, (2) Nature et objet du dialogue
œcuménique – Une étude du GMT (2015)54 ; sur (b) la
Formation : La Formation œcuménique : Réflexions et
suggestions œcuméniques (1993)55 ; sur (c) la Prière et la
spiritualité œcuménique : (1) Prière commune lors de
rassemblements œcuméniques (1966)56, (2) Être renouvelés dans
l’Esprit – Les racines spirituelles de l’œcuménisme (2012)57 ;
sur (d) les Conseils œcuméniques : « Inspirés par la
même vision » : la participation catholique aux Conseils
œcuméniques nationaux et régionaux – Une étude du GMT
(2005)58 ; sur (e) la Réception œcuménique : (1) La
réception, enjeu fondamental des avancées œcuméniques (2013)59,
(2) Nature et objet du dialogue œcuménique – Une étude du
GMT (2005) (comprend une importante section
consacrée à la Réception)60, (3) Implications ecclésiologiques
61. Appendice C, Huitième rapport, op. cit., pp. 193-211.
62. Appendice II, Troisième rapport, op. cit., pp. 19-24.
63. Appendice C, Septième rapport, op. cit., p. 84.
64. Appendice III, Troisième rapport. Cet appendice n’a
pas été publié dans le Troisième rapport. Pour le texte, voir
Irenikon, 1970, pp. 163-200 ; La Documentation catholique, 1971,
N. 1581, pp. 273-284.
65. Appendice A, Sixième rapport, SI 74 (1990/III),
pp. 76-85. Cf. aussi le Document n. 150 de Foi et
constitution, Genève, COE, 1990, pp. 1-15.
66. Appendice B, Sixième rapport, op. cit., pp. 86-91. Cf.
aussi le Document n. 150 de Foi et constitution, op. cit.,
pp. 16-24.
67. Appendice C, Huitième rapport, op. cit.
68. Appendice B, Septième rapport, op. cit., p. 84.
69. The Unity of the Church as Koinonia : Ecumenical
Perspectives on the 1991 Canberra Statement on Unity. A Study
Document requested by the Joint Working Group Between the Roman
Catholic Church and the World Council of Churches, éd. Günther
Gassmann et John Radano, 1993. Document de Foi et
constitution, n. 163, Genève, Publications COE, 1993.
51. Neuvième rapport, op. cit., p. 41.
52. Thomas STRANSKY, op. cit., p. 80.
53. Appendice du Deuxième rapport, op. cit., pp. 27-30.
54. Appendice D, Huitième rapport, op. cit., pp. 211-222..
55. Appendice D, Septième rapport, op. cit., p. 84.
56. Appendice II, Premier rapport, op. cit., pp. 22-24.
57. Appendice B, Neuvième rapport, op. cit., pp. 83-100.
58. Appendice E, Huitième rapport, op. cit., pp. 222-239.
59. Appendice A, Neuvième rapport, op. cit., pp. 53-82.
60. Appendice D, Huitième rapport, op. cit.
40
part. En cette époque qui est la-nôtre, c’est une
révolution dont nous sommes les témoins 72.
œcuménique, il y a plus de cent ans, ont été marqués
par la division entre les chrétiens, les avancées
œcuméniques encouragées par le GMT, parmi les
différents aspects du Mouvement œcuménique, ont
donné origine à un nouveau type de relations qui
allaient constituer l’histoire du Mouvement en faveur
de la réconciliation entre les chrétiens.
En même temps, Blake souligne que l’Assemblée
d’Uppsala a pris des mesures pour encourager le GMT
à continuer à réfléchir à la question de l’adhésion de
l’Église catholique au COE73.
Frederick Nolde, écrivant sur l’action œcuménique
dans le domaine des affaires internationales, remarque
que le GMT établi en 1965 faisait figurer parmi les
sujets à étudier « les possibilités concrètes dans les
domaines de la philanthropie, des affaires sociales et
internationales ». Le COE et la Commission Pontificale
sur la justice et la paix, continue-t-il, « organisent
maintenant des consultations officielles communes et
agissent ensemble. La route s’ouvre donc à la
coopération entre deux grandes communautés
chrétiennes et, finalement peut-être, à la coopération
avec tous les hommes de bonne volonté, peu importe
s’ils professent une autre foi ou appartiennent à une
religion non chrétienne »74.
Le GMT dans l’histoire
du Mouvement œcuménique
L’importance historique du GMT est déjà mise en
évidence dans l’Histoire du Mouvement œcuménique publiée
en deux volumes par le COE. Le deuxième volume
couvre la période 1948-1968 et le troisième celle allant
de 1968 à 2000. Les auteurs de quatre chapitres du
deuxième volume font référence au GMT. W. A. Visser
‘t Hooft, dans sa description générale des progrès
œcuméniques constatés depuis 1948, parle de la
« nouvelle situation » s’étant instaurée en 1960 lors de
la création par le Pape Jean XXIII du Secrétariat pour
la promotion de l’unité des chrétiens. « Un des
importants résultats de cette nouvelle situation fut la
création d’un Groupe mixte de travail entre l’Église
catholique et le COE. Bien qu’existant depuis peu, ce
groupe a déjà prouvé son utilité comme plate-forme de
débat sur des thèmes d’intérêt commun. Ses rapports
ont été bien accueillis par le Comité central du COE et
les autorités vaticanes »70. Eugene Carson Blake, dans
Uppsala and Afterwards, va plus loin. Il relate que
l’Assemblée d’Uppsala accueillit et approuva « de très
importants rapports du GMT »71. L’histoire que nous
racontent ces deux rapports officiels du GMT,
maintenant approuvés par les plus hautes autorités de
l’ECR et du COE,
Lukas Vischer s’intéresse plus directement à l’ERC
et à ses relations avec le COE. Il offre une description
concise des étapes s’étalant sur plusieurs années et
ayant conduit à la formation du GMT, sans oublier la
contribution que des personnes particulières
apportèrent à ce processus75. Il évoque l’aide
fondamentale fournie par le GMT dans la culture de
relations « beaucoup plus intenses »76 et présente un
condensé du travail du GMT comprenant la fréquence
des rencontres dans les premiers temps, les questions
nécessitant des éclaircissements, y compris celle de la
possible adhésion de l’ECR au COE, les rapports
présentés aux organismes mandataires, l’ensemble des
domaines abordés, les tâches entreprises par le COE77.
est celle de progrès et évolutions presque incroyables en
un très court laps de temps. Les consultations et la
coopération ont rapidement progressé dans tous les
principaux secteurs d’activité du Conseil œcuménique :
mission, service, affaires internationales, jeunesse, foi et
constitution, développement. L’histoire de l’œcuménisme
que nous révèlent ces deux rapports est loin d’être
terminée : elle vient à peine de commencer. La prise en
compte et l’approbation de relations « plus dynamiques »
entre le Conseil œcuménique des Églises et l’Église
catholique laissent imaginer que les prochaines cinq
années seront aussi passionnantes par leur nouveauté que
les cinq dernières. Ceci ne signifie pas que doivent être
dissimulées, camouflées les difficultés toujours actuelles
auxquelles nous nous heurtons en apprenant à travailler
ensemble, ou bien que nous ne subirons pas de revers.
Les rapports partent du principe qu’il n’existe qu’un seul
et unique Mouvement œcuménique et que toutes les
Églises et Conseils ont le devoir commun d’y prendre
Les auteurs du Volume 3 de l’History of the Ecumenical
Movement couvrant la période 1968-200078 ont réussi à
considérer le GMT dans une perspective plus longue.
Quatre chapitres y font référence. Au chapitre 4, « The
Unity We Share, The Unity We Seek » (L’unité que nous
partageons, l’unité que nous recherchons), concentrant
son attention sur Foi et constitution, l’auteur Melanie
May se réfère à deux contributions du GMT. Quand
Foi et constitution commença à s’intéresser davantage à
la compréhension commune de la foi apostolique, l’une
des toutes premières consultations concernant ce
thème fut une rencontre réunissant en 1978 cette
commission et le GMT. Un document – « Vers la
confession de notre foi commune » – fut ébauché ; on
72. Ibid., p. 441.
73. Ibid., p. 442.
74. Lukas VISCHER, op. cit., Chapitre 10, p. 284.
75. Ibid., p. 342.
76. Ibid., p. 342.
77. Ibid., p. 349-351.
78. A History of the Ecumenical Movement, Volume 3, 19682000 (ci-après HEM 3), éd. John Briggs, Mercy Oduyoye et
George Tsetsis, Genève, Publications COE, 2004.
70. W. A. VISSER ’T HOOFT, « The General Ecumenical
Development since 1948 », HEM 2, op. cit., Chapitre 1, p. 16.
71. Eugene CARSON BLAKE, « Uppsala and Afterwards »,
HEM 2, Chapitre 15, p. 415.
41
En tant que processus d’apprentissage, la formation
œcuménique a pour but de mettre en commun, pour
l’enrichissement mutuel et la réconciliation, l’expérience,
les connaissances, les capacités, les talents et la mémoire
religieuse de la communauté chrétienne… (n. 11). La
formation et l’apprentissage font appel, dans une certaine
mesure, à un ensemble de connaissances à acquérir. Ceci
est sans doute important, mais se former et apprendre
demande également une ouverture courageuse sur une
forme de vie œcuménique… (n. 12). La formation
œcuménique se fait non seulement sous forme de
programmes éducatifs réguliers, mais également dans la
vie quotidienne de l’Église et des hommes (n. 13) 84.
y abordait la difficile question des traditions
nombreuses et parfois contradictoires des différentes
Églises. Ce texte concentra son attention sur la regula
fidei (règle de foi) transmise à travers les siècles et sur la
base de laquelle doivent être évaluées les expressions de
foi qui dépendent naturellement d’une époque ou d’un
lieu79. Cela fut utile quand, alors que Foi et constitution
poursuivait son étude, le Credo de NicéeConstantinople (381) devint l’objet principal d’un
nouveau projet d’étude. C’est ainsi que vit le jour
l’important document de Foi et constitution, Confesser la
foi commune : une explication de la foi apostolique telle qu’elle est
dans le symbole de Nicée-Constantinople (381), publié par le
COE en 199180. Melanie May se réfère aussi
indirectement à l’importante étude du GMT consacrée
aux questions morales, un des thèmes les plus épineux
sur lesquels l’Église doit se pencher81.
En citant ces passages de l’étude du GMT, il se situe
dans la même perspective : « C’est en ce sens large
qu’est
employée
ici
l’expression
‘formation
œcuménique’, englobant tous les programmes,
publications et autres activités du Mouvement
œcuménique, quelle que soit la formulation : ‘formation
œcuménique’,
‘formation
à
l’œcuménisme’,
‘apprentissage œcuménique’, ‘formation théologique
œcuménique’, ‘enseignement œcuménique’ »85.
Au chapitre 6, « From Missions to Mission » (Des
missions à la mission commune), rappelant la nécessité
pour les Églises durant les quarante années passées de
réfléchir au problème du témoignage commun et du
prosélytisme ainsi qu’aux difficultés qu’elles
rencontrèrent, Birgitta Larsson et Emilio Castro
soulignent l’importante contribution apportée par le
GMT grâce à ses études visant à soutenir les Églises
dans cette tâche. Citant tout d’abord Témoignage commun
et prosélytisme (1970), ils mentionnent aussi Témoignage
commun (1981), deux textes dans lesquels sont recensées
un grand nombre d’initiatives nouvelles mises sur pieds
dans ce domaine en divers endroits. Préoccupé par une
recrudescence du prosélytisme en Europe de l’est à la
suite des événements politiques des années 1990, le
GMT publia une nouvelle étude, Le défi du prosélytisme et
l'appel au témoignage commun82.
George Tsetsis cite le GMT au chapitre 18 sur
l’importance de l’œcuménisme régional. Au sujet des
conseils d’Églises desquels s’est longuement occupé le
GMT, il cite une contribution du GMT sur ce thème
provenant d’une consultation organisée en 1982 par ce
dernier sur « The Significance and Contribution of the
Councils of Churches in the Ecumenical Movement »
(Importance et contribution des conseils d’Églises dans
le Mouvement œcuménique). La consultation « faisait
remarquer à juste titre que les conseils d’Églises sont
des instruments prévus pour aider les Églises à passer
de la ‘coexistence’ à un plus profond ‘engagement’
grâce à la ‘coopération’. Selon elle, ces conciles sont
même des ‘structures de koinonia’ temporaires pouvant
aider les Églises à franchir des ‘étapes irréversibles’
dans leur pèlerinage œcuménique »86.
Au chapitre 8 sur la « Ecumenical Formation »
(Formation œcuménique), dès le début de l’analyse
approfondie qu’il nous livre sur ce thème, Ulrich
Becker cite l’étude du GMT sur la Formation œcuménique :
Réflexions et suggestions œcuméniques (1993), tout d’abord
pour définir le concept de formation œcuménique
comme « un processus permanent d’apprentissage dans
les différentes Églises locales et Communions
mondiales » (n. 9)83. Il poursuit en signalant d’autres
passages :
Défis futurs
Le GMT a apporté d’importantes contributions
dans des domaines traditionnels de l’œcuménisme et
doit continuer à le faire. Toutefois, il a également pris
en compte que des changements se sont opérés dans le
panorama œcuménique et tente d’y répondre. Pour ne
citer que quelques exemples, dans ses Huitième et
Neuvième rapports, il évoquait l’ampleur prise par le
Forum chrétien mondial (FCM)87 et soulignait la très
grande importance attribuée à la coopération nouvelle
et aux contacts désormais instaurés avec les
pentecôtistes/évangéliques. Le COE a contribué au
lancement du FCM et y a été aidé par le CPPUC,
79. Melanie MAY, « The Unity We Share, The Unity We
Seek », HEM 3, p. 89.
80. Cf. Ibid., p. 89, n. 9.
81. Ibid., pp. 98-99. L’étude du GMT citée mais dont le
nom n’est pas mentionné est Le dialogue œcuménique sur les
questions morales : sources potentielles de témoignage commun ou de
divisions, Appendice B, Septième rapport, op. cit.
82. Birgitta LARSSON et Emilio CASTRO, « From
Missions to Mission », HEM 3, pp. 144-145.
83. Ulrich BECKER, « Ecumenical Formation », HEM 3,
Chapitre 8, p. 175. Sa citation se réfère à la Ecumenical Review,
45, 4, 1993, p. 490. Cf. aussi SI 84 (1993/III-IV), pp. 182186.
84. Ibid.
85. Ibid.
86. George TSETSIS, « The Significance of Regional
Ecumenism », HEM 3, Chapitre 18, p. 466.
87. Huitième rapport, op. cit., pp. 175-176. Neuvième
rapport, op. cit., pp. 38-44.
42
conscients que l’importance du COE et la recherche
œcuménique de l’unité visible dans la foi n’en étaient
pas diminuées.
pleinement leur impact, il convient de situer cette
évaluation dans un contexte plus vaste. Le GMT a
représenté un canal de communication essentiel entre les
représentants de l’Église catholique et le Conseil
œcuménique des Églises qui, grâce aux rapports qu’ils
ont développées depuis cinquante ans, se font confiance
comme des frères et des sœurs dans le Christ. Ce point
est particulièrement crucial quand des tensions
surgissent, comme cela arrive dans n’importe quelle
famille. Ainsi seulement, il a été possible d’atteindre les
objectifs fixés. D’où l’importance de relations suivies
entre ces deux organismes qui vivent leur engagement en
faveur de l’unité pleine et visible des chrétiens.
Le « dialogue interreligieux et la coopération » ainsi
que les problèmes suscités par la « violence exercée au
motif de croyances religieuses » sont des thèmes qui,
ces derniers temps, ont pris une dimension croissante.
Comme on peut lire dans le Neuvième rapport, une
mutation s’est vérifiée quand l’ECR (Conseil Pontifical
pour le dialogue interreligieux), le COE et l’AEM
(Alliance évangélique mondiale) ont ensemble publié,
pour la première fois, un document substantiel intitulé
Témoignage chrétien dans un monde multireligieux :
recommandations de conduite. Ce texte propose des moyens
pratiques de s’engager dans la mission tout en
manifestant un sincère respect pour les fidèles des
autres religions. Ceci ouvre à de nouvelles opportunités
de dialogue interreligieux.
L’un des moyens que le GMT a employés pour
communiquer a été la publication d’études. J’en ai
compté quatorze2. Le défi pour le GMT, comme pour
toutes les Églises, est la communication : savoir
comment son travail est « reçu » par ceux auxquels il est
destiné. En théorie, le public visé est celui des
organismes qui en sont les mandataires3, et à travers
eux toutes les Églises, leur clergé et leurs membres,
ainsi que les dialogues bilatéraux et multilatéraux et les
organisations œcuméniques. En pratique, le public le
plus approprié varie. Dans l’Église catholique,
lorsqu’elles ont reçu l’approbation du Conseil pontifical
pour la promotion de l’unité des chrétiens (CPPUC),
les décisions sont transmises aux « Églises locales »
(diocèses) pour y être appliquées. Le Conseil
œcuménique des Églises (COE) les recommande à ses
Églises. Mais cette distinction ne fait pas vraiment de
différence car dans les deux cas, les recommandations
peuvent être adoptées ou ignorées selon l’inclination et
les besoins.
Pour conclure, rappelons que l’avenir de
l’œcuménisme dépendra fondamentalement de la
responsabilité qui nous incombe de bâtir sur les
résultats obtenus dans le passé. Un des documents
d’étude du Neuvième rapport, « La réception, enjeu
fondamental des avancées œcuméniques », saisissant
l’occasion de la célébration du centenaire du
Mouvement œcuménique fêté en 2010, offre une
évaluation, du point de vue de la réception
œcuménique, des réalisations du Mouvement
œcuménique au cours du siècle dernier. Cette étude
mettait en lumière les nombreux et importants résultats
atteints. Elle nous rappelle qu’un des grands défis que
devra affronter le Mouvement œcuménique – et par
conséquent le GMT pour la poursuite de son travail –
est de discerner de quelles manières recevoir et bâtir sur
les importants résultats d’un siècle d’œcuménisme et,
par conséquent, de soutenir les Églises dans leur
cheminement vers une unité toujours plus grande.
C’est pourquoi la question de l’impact de ces études
demande à être approfondie. À la différence de Baptême,
1. Ces rapports ont été publiés en 1966, 1967, 1971, 1975,
1982, 1990, 1998, 2005, 2013. Le GMT a tenu sa première
rencontre en 1965.
Traduction de l’anglais SI
2. Témoignage commun et prosélytisme : un document
d’étude (1970) ; Témoignage commun (Commission de mission
et d’évangélisation, série 1) 1982 ; L’Église locale et universelle
(1990) ; La hiérarchie des vérités : interprétation œcuménique
(1990) ; L’unité de l’Église en tant que koinonia : la déclaration de
Canberra de 1991, perspectives œcuméniques (1993) ; Le
dialogue œcuménique sur les questions morales, sources
potentielles de témoignage commun ou de divisions (1998) ; Le
défi du prosélytisme et l’appel au témoignage commun (1998) ;
La formation œcuménique: réflexions et suggestions
œcuméniques (1998) ; Implications ecclésiologiques et
œcuméniques du baptême commun (2005); Nature et objet du
dialogue œcuménique (2005) ; Inspirés par une même vision : la
participation catholique aux conseils nationaux et régionaux
d'Églises (2005) ; La réception, enjeu fondamental des avancées
œcuméniques (2013) ; Être renouvelés dans l’Esprit : les racines
spirituelles de l’œcuménisme (2013) ; L’Église dans la vie des
jeunes et les jeunes dans la vie de l’Église (2013).
PRINCIPALES AVANCÉES DU GROUPE MIXTE
DE TRAVAIL : LES TEXTES IMPORTANTS
ET LEUR IMPACT
Rev. Dr Diane C. Kessler*
J’ai été chargée d’examiner les avancées du Groupe
mixte de travail (GMT) d’après les textes publiés dans
ses neuf rapports1. Cependant, pour pouvoir apprécier
* Rév. Diane C. Kessler, United Church of Christ (ÉtatsUnis). Ancien Directeur exécutif du Conseil des Églises du
Massachusetts. De 1999 à 2006, elle a été membre du GMT
responsable de la supervision des relations entre le Conseil
œcuménique des Églises et l’Église catholique. Elle a également
coprésidé une étude sur la participation de l’Église catholique
dans les Conseils d’Églises nationaux et les organisations
œcuméniques régionales.
3. Le Comité central du Conseil œcuménique des Églises et
le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.
43
Eucharistie, Ministère, le « best-seller » de la Commission
Foi et Constitution du COE, le GMT ne peut pas se
fonder sur le nombre d’exemplaires vendus comme
moyen fiable pour en mesurer l’impact. Ainsi, j’avais
défis spécifiques auxquels les Églises doivent faire
face ; celles qui cultivent une mentalité œcuménique ; et
celles qui promeuvent l’engagement œcuménique.
En suivant cette typologie, on peut répartir les
études dans les catégories suivantes :
l’impression de vouloir saisir des nuages quand je
tentais de répondre à la question des résultats. Les
informations que j’avais rassemblées étaient
représentatives, mais non exhaustives. Pourtant, une
vue d’ensemble de ces documents montrait que les
nuages que je tentais de saisir avaient néanmoins une
forme discernable. Je remercie les personnes que j’ai
consultées et qui m’ont aidée à donner consistance à
ma recherche4. Les études du GMT ont été utilisées
dans les dialogues bilatéraux et multilatéraux. Elles sont
désormais à la base de l’engagement dans les instances
œcuméniques locales. Elles ont été utilisées pour
promouvoir la participation de l’Église catholique aux
conseils d’Églises. Elles ont représenté une référence
pour les spécialistes de l’œcuménisme dans
d’innombrables articles et bibliographies et pour
l’enseignement.
Concepts théologiques et ecclésiologiques : L’Église locale et
universelle (1990) ; La hiérarchie des vérités :
interprétation œcuménique (1990) ; et L’unité de
l’Église en tant que koinonia : la déclaration de Canberra
de 1991, perspectives œcuméniques (1993) ;
Défis spécifiques: Témoignage commun et
prosélytisme
(1971) ;
Témoignage
commun
(Commission de mission et d’évangélisation, série 1)
(1982) ; Le défi du prosélytisme et l’appel au
témoignage commun (1998) ; Le dialogue œcuménique
sur les questions morales, sources potentielles de
témoignage commun ou de divisions (1998) ; Inspirés
par une même vision : la participation catholique aux
conseils nationaux et régionaux d'Églises (2005) ;
Cultiver une mentalité œcuménique : La formation
œcuménique : réflexions et suggestions œcuméniques
(1998) ; Implications ecclésiologiques et œcuméniques
du baptême commun (2005) ; Être renouvelés dans
l’Esprit : les racines spirituelles de l’œcuménisme
(2013) ; L’Église dans la vie des jeunes et les jeunes
dans la vie de l’Église (2013) ;
L’un des obstacles sérieux qui entravent la réception
est la situation où se trouvent nombre d’Églises : le
repli sur soi institutionnel dû à la diminution des
ressources financières et humaines, la crise interne et la
peur d’un déclin réel ou perçu dans certaines régions du
monde (mais pas partout) ont un effet dissuasif sur la
promotion de l’éducation œcuménique. Ces situations
échappent au contrôle du GMT. Elles requièrent des
attentes réalistes, mais aussi une réflexion stratégique
pour intervenir de façon créative dans un tel
environnement. Parmi les critères appropriés pour
évaluer les avancées, on peut citer entre autres : Quels
étaient les destinataires de l’étude ? Ont-ils été
touchés ? Dans quelle mesure l’étude a-t-elle influencé
leurs engagements ? Qu’est-ce qui a permis que cela ait
lieu ? Des obstacles ont-ils surgi, et si oui, lesquels et
pourquoi ? Quelles leçons le GMT peut-il en tirer pour
son travail futur ? En conclusion de mes remarques, je
présenterai quelques recommandations sur ces
stratégies créatives.
Processus d’engagement œcuménique : Nature et objet du
dialogue œcuménique (2005) ; et La réception, enjeu
fondamental des avancées œcuméniques (2013).
CONCEPTS THÉOLOGIQUES
ET ECCLÉSIOLOGIQUES
Parce que les considérations sur « L’Église locale
et universelle » (1990) sont essentielles pour parvenir à
l’unité, le GMT a commandé une étude sur ce thème
pour son sixième rapport5. Ses auteurs y soulignent la
« convergence œcuménique obtenue aujourd’hui sur
ces notions d’Église ». Une telle convergence laisse
présager des développements féconds en matière
d’ecclésiologie de communion. Cette étude contient un
approfondissement sur ce qu’est l’Église locale, « le lieu
où l’Église de Dieu se réalise concrètement »6 et sur ce
qu’elle n’est pas, ni « une libre réalisation, ni une réalité
autosuffisante »7. Elle présente des considérations utiles
sur la façon dont les Églises de la tradition
« catholique », les Églises de la Réforme et les Églises
libres ont divergé dans leur façon d’interpréter
l’exercice de l’autorité au niveau local, tout en
ANALYSE DES TEXTES IMPORTANTS
Bien que toute typologie soit nécessairement
inexacte, j’ai divisé ces études en quatre catégories:
celles qui traitent des concepts théologiques et
ecclésiologiques développés par la Commission Foi et
Constitution dans le sillage du Décret sur
l’œcuménisme de Vatican II ; celles qui affrontent des
4. Je tiens à exprimer ici ma profonde gratitude aux
personnes que j’ai consultées à ce sujet: Thomas F. Best,
Alkiviadis Calivas, Laura Everett, Thomas Fitzgerald, Mark
Heim, Dagmar Heller, Michael Kinnamon, James Miller,
Vito Nicastro, Lewis Patsavos, John Radano, Ronald G.
Roberson, CSP, Michael Root, Teresa Rossi, William G.
Rusch, Tom Ryan, CSP, Mary Tanner, John Thomas, Lydia
Veliko, Anton C. Vrame et Robert Welsh.
5. GROUPE MIXTE DE TRAVAIL ENTRE L’ÉGLISE
CATHOLIQUE ET LE CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES,
« Sixième rapport » (ci-après : Sixième rapport), Service
d’information (SI) 74 (1990/III), pp. 61-91.
6. Ibid., Annexe A, p. 76.
7. Ibid., p. 79.
44
observant que le Mouvement œcuménique a favorisé
une compréhension plus profonde de l’universalité8.
poursuit en disant : « En comprenant mieux la façon
dont d’autres chrétiens considèrent, expriment et
vivent la foi, chaque tradition confessionnelle est
souvent aussi amenée à une meilleure compréhension
d’elle-même et peut commencer à voir ses propres
formulations doctrinales dans une plus large
perspective»16. Elle situe les différentes positions des
Églises sur la Doctrine de la justification par rapport au
« fondement » de la foi17.
Le texte complet de cette étude a été publié dans
Growth in Agreement II: Reports and Agreed Statements of
Ecumenical Conversations on a World Level, 1982-19989. Il y
est fait référence dans le rapport publié à l’issue de la
troisième phase du dialogue international entre
luthériens et catholiques sur la sacramentalité et la
justification10, et dans la déclaration conjointe au terme
de la dixième session des rencontres de dialogue entre
luthériens et catholiques aux États-Unis11. D’après le
Fr. Thomas Fitzgerald, de la Faculté de la Sainte-Croix
de l’Institut de théologie grec-orthodoxe, il a été cité
dans les dialogues entre orthodoxes et catholiques aux
États-Unis. Mary Tanner m’a dit que, outre qu’elle est
citée dans le tout récent document de Foi et
Constitution sur « L’Église : vers une vision
commune », cette étude a eu une influence non
négligeable dans les conversations de la Commission
internationale anglicane-catholique sur « L’Église
comme communion » et sur « Le don de l’autorité »12.
Enfin, ce texte a été utilisé dans les cours
d’ecclésiologie et dans les cours d’été sur les relations
œcuméniques et interreligieuses du Centre Pro Unione.
Michael Kinnamon le cite dans son livre Can a Renewal
Movement Be Renewed?13.
Dans l’article qu’il a écrit sur la hiérarchie des
vérités pour le Dictionnaire du mouvement
œcuménique, Tom Stransky nous fait savoir que W.A.
Visser’t Hooft affirmait que ce sujet méritait d’être
approfondi, et que Jean-Paul II était d’accord avec lui.
Cet échange serait à l’origine du document et des
premiers textes œcuméniques sur le sujet, s’il faut en
croire certaines sources. Stransky l’indique dans une
note en bas de page de son article18. Cette étude a
également été publiée dans Growth In Agreement II19. Les
réflexions qu’on y trouve ont été reprises dans les
discussions de Foi et Constitution et dans divers
dialogues bilatéraux, parmi lesquels la dixième session
du dialogue entre luthériens et catholiques des ÉtatsUnis20. Mark Heim, un membre de Foi et Constitution,
a dit qu’avant la publication de cette étude, cette
expression faisait souvent l’objet d’interprétations
divergentes chez les catholiques et chez les protestants,
et que grâce à elle, cette difficulté a pu être surmontée.
L’expression « hiérarchie des vérités » est apparue
pour la première fois dans le Décret sur l’œcuménisme
du Concile Vatican II. L’étude sur « La notion de
hiérarchie des vérités : une interprétation
œcuménique » (1990)14 développe le sens de cette
métaphore, approfondit son emploi dans l’histoire
chrétienne et affirme qu’elle peut être « un principe
utile de la méthodologie théologique et l’herméneutique»15. Elle
L’unité de l’Église comme koinonia : la
déclaration de Canberra de 1991, perspectives
œcuméniques (1993) a été commandée par le GMT
pour être publiée comme contribution à la Ve
Conférence mondiale de Foi et Constitution à SaintJacques de Compostelle en 199321. C’était l’un des
textes préparatoires en vue de la Conférence. L’essai
introductif de Günther Gassmann et John A. Radano
situe la déclaration de Canberra dans une perspective
historique. Il examine la prise de position du COE sur
la nature de l’unité à la Conférence de New Delhi de
1961, énumère les signes d’unité visible, et note qu’il
existe un intérêt accru pour les divers modèles
d’unité22. Pour ces deux auteurs, la déclaration de
Canberra s’inscrit dans la continuité avec les
déclarations précédentes, tout en introduisant des
8. Ibid., par. 18, p. 80.
9. Jeffrey GROS, FSC, Harding MEYER et William G.
RUSCH, éd., Growth In Agreement II: Reports and Agreed
Statements of Ecumenical Conversations on a World Level, 19821998, Publications COE, Genève ; Grand Rapids, Michigan:
William B. Eerdmans Publishing Company, 2000, pp. 862875.
10. Op. cit., 43. « Church and Justification: Würzburg,
Germany, 11 September 1993 », Sec. 3.4.3 pp. 509-511. Il est
cité trois fois dans le chapitre sur la compréhension
catholique de l’Église locale.
11. Voir « The Church as Koinonia of Salvation: Its
Structures and Ministries » (ci-après : The Church as
Koinonia), A Common Statement of the Tenth Round of the U.S.
Lutheran-Roman Catholic Dialogue, p. 7, par. 21, n.33.
consultable sur le site Internet de l’Église évangélique
luthérienne en Amérique (www.elca.org), Ecumenical InterReligious Relations, Bilateral Conversations, Roman Catholic
Church, The Church as Koinonia of Salvation.
12. Correspondance email de Mary TANNER à l’auteur, 6
février 2015.
13. Michael KINNAMON, Can A Renewal Movement Be
Renewed? Questions for the Future of Ecumenism, Grand Rapids,
Michigan, Wm. B. Eerdmans Publishing Co., 2014.
14. Sixième rapport, op. cit., pp. 86-91.
15. Sixième rapport, op. cit., Annexe B, par. 39, p. 90.
16. Sixième rapport, op. cit., Annexe B, par. 36, p. 90.
17. Sixième rapport, op. cit., Annexe B par. 31, p. 89.
18. Nicolas LOSSKY et. al., éd., Dictionnaire du mouvement
œcuménique (ci-après : Dictionnaire), 2e édition, Genève,
Publications COE, 2002, « Hiérarchie des vérités », p. 519.
19. Growth In Agreement II, op. cit., pp. 876-883.
20. « The Church as Koinonia…», op. cit., par. 21, note
33, p. 7.
21. Günther GASSMANN et John A. RADANO, éd., The
Unity of the Church as Koinonia: Ecumenical Perspectives on the 1991
Canberra Statement on Unity, Publications COE, Genève,
Document de Foi et Constitution n. 163.
22. Ibid., p. 5.
45
éléments nouveaux »23. Ils décrivent ensuite ces divers
éléments, y compris le concept d’unité comme
« ecclésiologie de communion ». Ils ajoutent que
« l’accent
mis
ici
sur
l’ecclésiologie
de
koinonia/communion reflète dans une large mesure la
contribution de l’engagement de l’Église catholique
dans le mouvement œcuménique, en particulier depuis
le Concile Vatican II »24. L’étude comprend en outre
cinq points de vue sur la déclaration de Canberra du
COE : anglican, catholique, orthodoxe, luthérien et
Église réformée-unie. Ce texte a été utilisé par l’équipe
du COE et par d’autres leaders œcuméniques pour
montrer l’évolution du concept de koinonia comme
compréhension dominante de l’unité. Il a été utilisé par
la Commission Foi et Constitution du Conseil national
d’Églises des États-Unis quand elle s’est penchée sur ce
thème.
exprimées par les représentants de l’Église orthodoxe
russe durant les réunions du comité central du COE.
Ce texte examine les situations qui « requièrent une
attention œcuménique urgente… dans le climat de
liberté religieuse récemment retrouvé, entre autres en
Europe centrale et orientale », ainsi que dans les
nouveaux mouvements missionnaires et dans les pays
en voie de développement « où le prosélytisme exploite
les infortunes des gens »27. L’étude contient une liste
d’activités à éviter28, examine les motifs de tensions29,
et recommande huit initiatives pour tenter d’y
remédier30. Elle a « fourni à l’Unité II du COE un de
ses textes de base pour son propre document de
1997, Vers un témoignage commun »31.
Parce que le texte de 1970 et celui de 1995 traitent
également de la liberté religieuse32 et des droits des
communautés minoritaires, ces trois textes demeurent
aussi importants aujourd’hui qu’ils ne l’étaient au
moment où ils ont été écrits. D’après Mark Heim, un
membre de la Commission Foi et Constitution, le texte
de 1982 continue d’être considéré comme un point de
référence pour la compréhension œcuménique du
témoignage chrétien ; c’est « une base que nous n’avons
plus besoin de rediscuter ». Heim a ajouté qu’il avait
souvent été mentionné « dans les restaurants et les
cafés » de Saint-Jacques de Compostelle dans les
conversations avec les participants pentecôtistes et
évangéliques. Il se souvient d’un moment de vive
tension en plénière quand, en réponse aux inquiétudes
exprimées par les représentants orthodoxes russes, le
délégué pentecôtiste Cecil « Mel » Robeck s’est levé et a
dit : « C’est de moi que vous parlez ». Ensuite, il s’est
référé à l’étude du GMT, en soulignant l’utilité du
travail accompli sur ce thème. Le texte de 1995 a été
publié en entier dans le bulletin Service d’information33 du
CPPUC et dans Growth In Agreement II34.
En commentant toutes ces études, le Pr Michael
Root m’a dit qu’elles « fournissent en quelque sorte un
point de référence que les autres peuvent consulter
pour y trouver une orientation. Elles définissent les
notions et les questions en termes généralement
acceptés. Dans les discussions œcuméniques, c’est très
important… ».
DÉFIS SPÉCIFIQUES
Le problème du prosélytisme et la recherche d’un
témoignage commun responsable étaient si pressants
qu’ils ont été traités trois fois par le GMT : d’abord en
1970, puis de nouveau en 1982 en collaboration avec la
Commission de mission et d’évangélisation, et enfin en
1995 dans une étude intitulée « Le défi du
prosélytisme et l’appel au témoignage commun ».
Le texte de 1970 définissait le prosélytisme comme
« tout ce qui viole le droit de toute personne humaine,
chrétienne ou non, à ne subir aucune contrainte
extérieure en matière religieuse, ou les manières de
proclamer l’Évangile qui ne sont pas conformes aux
voies de Dieu qui invite l’homme à répondre librement
à son appel et à le servir en esprit et vérité »25. Des
chapitres de cette étude ont été inclus dans l’anthologie
de textes œcuméniques de Michael Kinnamon et Brian
E. Cope26.
Un autre texte qui aborde un défi spécifique est
« Le défi du prosélytisme et l’appel au témoignage
commun » (1998), qui se trouve en annexe au
Septième Rapport du GMT. En relisant ce texte, j’ai
souligné quasiment chaque phrase. Force est de
reconnaître que le fossé entre les points de vue sur
certaines questions de morale s’est plutôt creusé depuis
lors, et que la capacité de mener un dialogue
respectueux a diminué, tant à l’intérieur des Églises
En 1998, sept ans après la dissolution de l’Union
Soviétique, le GMT a répondu aux inquiétudes
27. GROUPE MIXTE DE TRAVAIL ENTRE L’ÉGLISE
CATHOLIQUE ET LE CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES,
23. Ibid., p. 6.
24. Ibid., p. 7.
25. GROUPE MIXTE DE TRAVAIL ENTRE L’ÉGLISE
CATHOLIQUE ET LE CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES,
« Troisième rapport» (ci-après : Troisième rapport), Annexe
II, SI 14 (1971/II), par. 8.4, p. 20.
26. Cf. Michael KINNAMON et Brian E. COPE, éd., The
Ecumenical Movement: An Anthology of Key Texts and Voices,
Genève, Publications COE ; Mission and Evangelism: Toward
Common Witness throughout the Earth, Grand Rapids, Michigan,
William B. Eerdmans Publishing Company, 1997, Chap. VI,
pp. 384-387.
« Septième rapport (1999-2005) » (ci-après : Septième
rapport), Appendice C, SI 91 (1996/I-II), par. 2, p. 80.
28. Ibid., par. 19, p. 83.
29. Ibid., par. 21-30, pp. 84-85.
30. Ibid., par. 32, p. 85.
31. Septième rapport, SI 97 (1998/I-II), 6, par. 4, p. 75.
32. Septième rapport, Appendice C, op. cit., III, par. 1517, pp. 82-83.
33. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, Service d’information 91 (1996/I-II),
pp. 80-86.
34. Growth In Agreement II, op. cit., pp. 891-899.
46
qu’entre elles, ce qui ôte une partie de sa force au
témoignage chrétien.
fonctionnent correctement ? Quelles sont celles qui ne
fonctionnent pas correctement ? Pourquoi ? »40.
Cette étude se penche sur les motifs de division,
note les variations entre les Églises dans les méthodes
employées pour prendre des décisions sur les questions
de morale, et propose quelques directives. Et elle met
en garde : si les Églises ne trouvent pas de moyens
constructifs pour résoudre leurs conflits, « les chrétiens
continueront encore à caricaturer leurs intentions,
raisonnements et comportements respectifs, parfois
même en un langage et par des actes offensants. Le
dialogue devrait prendre la place de la diatribe»35. La
directive n. 10 dit que « si le dialogue révèle encore
l’existence de positions morales sincères mais
apparemment inconciliables, nous sommes convaincus
que le fait d’être ensemble en Christ est
fondamentalement plus important que nos différences
morales. Notre profond désir de trouver une solution
intègre et sincère à nos désaccords est lui-même la
preuve que Dieu continue d’accorder sa grâce à la
koinonia qui existe entre les disciples du Christ »36.
Le Directoire pour l’application des principes et des normes
sur l’œcuménisme du Conseil pontifical pour la promotion
de l’unité des chrétiens (1993) mentionne parmi les
questions à examiner avant que l’Église catholique ne
décide de se joindre à un conseil régional ou de
participer à une nouvelle association « le système de
représentation, le droit de vote, les procédures pour
prendre des décisions, la manière de faire des
déclarations publiques et le degré d'autorité attribué à
ces déclarations »41. Dans cette liste, un lecteur attentif
peut discerner une série de questions névralgiques qui
peuvent se faire jour dans les conseils. Le texte aborde
franchement les problèmes, les moyens de les éviter et,
si nécessaire, de les résoudre. Il suggère aussi des
alternatives à la pleine participation lorsque la pleine
participation des membres n’est pas assurée.
La méthode employée par le GMT pour élaborer ce
texte a contribué à son succès. Avant d’entamer la
rédaction, on a posé les questions : Qu’est-ce qui
fonctionne bien ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas
bien ? Pourquoi ? au cours d’une réunion des directeurs
des conseils nationaux aux États-Unis, ce qui a permis
de mieux cerner ces questions, tout en intéressant ces
derniers aux résultats. Cette même technique a été
employée une nouvelle fois lors de la présentation d’un
avant-projet à une rencontre des secrétaires généraux
des conseils nationaux à Genève. Les rédacteurs leur
ont demandé de participer à l’étude et au processus de
réponse. Les conseils nationaux qui avaient demandé
cet avant-projet étaient ceux d’Autriche, GrandeBretagne et Irlande, France (la Fédération protestante
de France a traduit le texte de l’anglais au français),
Inde, Norvège, République de Slovaquie, Suède, Suisse
et Tanzanie. Une fois publié, le texte a été distribué à
l’occasion d’une nouvelle rencontre des secrétaires
généraux des conseils nationaux d’Églises, et quelquesuns d’entre eux en ont discuté avec les membres de
leurs conseils de direction. Ce texte a été publié en
entier dans le bulletin du CPPUC, Service d’information42,
et dans Growth In Agreement III43.
Ce texte a été utilisé dans le processus de réflexion
de Foi et Constitution sur le discernement moral dans
les Églises. Tom Stransky y renvoie dans une note en
bas de page à son article sur la « hiérarchie des
vérités » pour le Dictionnaire du mouvement œcuménique37.
Le texte a été publié en entier dans le bulletin du
CPPUC, Service d’information38, et dans Growth In
Agreement II39. Quand j’étais directrice du Conseil des
Églises du Massachusetts, j’ai utilisé ce texte à
l’occasion d’une rencontre œcuménique entre chefs
religieux et comme lecture préparatoire avant un
conseil de direction chargé de dresser le bilan de
plusieurs mois de dialogue, en préparation d’un
referendum public sur le suicide médical assisté.
Un autre document qui aborde un défi spécifique,
« Inspirés par la même vision : la participation
catholique aux conseils nationaux et régionaux
d'Églises » (2005), examine « la nature, les dimensions
et la qualité de la participation de l’Église catholique
aux conseils d’Église et aux organisations œcuméniques
régionales ». À l’époque de sa rédaction, la quasi-totalité
des conseils régionaux du Proche-Orient, d’Océanie et
des Caraïbes étaient composés de catholiques ; en
outre, les catholiques étaient majoritaires dans 70
conseils nationaux d’Églises sur un total d’environ 120.
Divisée en huit chapitres, cette étude tente de répondre
aux questions : « Quelles sont les choses qui
40. GROUPE MIXTE DE TRAVAIL ENTRE L’ÉGLISE
CATHOLIQUE ET LE CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES,
« Huitième rapport » (ci-après : Huitième rapport), Annexe
E, SI 117 (2004/IV), p. 222.
41. Ibid., 228.
42. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, SI 117 (2004/IV), pp. 222-240.
43. Jeffrey GROS, FSC, Thomas F. BEST, Lorelei F.
FUCHS, SA, éd.., Growth In Agreement III: International Dialogue
Texts and Agreed Statements, 1998-2005, Genève, Publications
COE ; Grand Rapids, Michigan, William B. Eerdmans
Publishing Company, 2007, pp. 531-558.
35. Septième rapport, Appendice B, SI 91 (1996/I-II),
par. I.3, p. 88.
36. Ibid., par. 10, p. 94.
37. Dictionnaire, op. cit., p. 519.
38. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, SI 84 (1993/III-IV), pp. 182-186.
39. Growth In Agreement II, op. cit., pp. 900-910.
47
la famille ecclésiale »50. S’appuyant sur la mise en
réseau, les rédacteurs ont fait circuler sur Internet un
texte de six pages sur la tendance à « croire sans
appartenir »51, en faisant ainsi participer un nombre
bien plus grand de personnes à la réflexion. L’étude a
été publiée dans le bulletin du CPPUC Service
d’information52. Il paraîtra dans Growth In Agreement IV
lors de la publication du livre.
CULTIVER UNE MENTALITÉ ŒCUMÉNIQUE
Les professionnels de l’œcuménisme savent
combien il est utile de pouvoir travailler avec des
confrères qui connaissent l’histoire, la théorie et la
pratique du mouvement œcuménique. Pourtant, on a
formé des générations de clercs très mal informés de
l’œcuménisme, ce qui a eu des effets négatifs dans
toutes les Églises. Les leaders religieux sont conscients
de ce problème et tentent d’y remédier. L’étude du
GMT sur « La formation œcuménique : réflexions
et suggestions œcuméniques » (1998) reconnaît
cette difficulté. Cette étude prend en considération le
Directoire pour l’application des principes et des normes sur
l’œcuménisme du Conseil Pontifical pour la promotion de
l’unité des chrétiens qui contient un chapitre entier sur
la formation à l’œcuménisme dans l’Église catholique,
avec des recommandations pour les programmes de
cours44. Le texte du GMT a été largement utilisé : par
les professeurs de l’Institut œcuménique de Bossey,
dans les cours de la Faculté de théologie grecque
orthodoxe de la Sainte-Croix, par les équipes du COE
dans leur programme de formation théologique à
l’œcuménisme, ainsi que dans les articles de l’Ecumenical
Review qui traitent ce sujet. Il a été publié dans le
bulletin Service d’information du CPPUC45 et dans Growth
In Agreement II46. Il est mentionné par Ulrich Becker
dans son article sur « l’apprentissage œcuménique » du
Dictionnaire du mouvement œcuménique47. En faisant
une recherche Internet sur la « formation
œcuménique », j’ai trouvé de nombreux liens vers le
COE, vers ses membres, et vers l’Église catholique.
Bien qu’elle ne soit pas facilement accessible, l’étude du
GMT se trouve parmi les documents liés au
programme du COE sur « Éducation et formation
œcuméniques » sous « ressources »48.
Le but de l’étude intitulée « Implications
ecclésiologiques et œcuméniques du baptême
commun » (2005)53 était d’« aider les Églises à faire
fond sur cet accomplissement et en particulier sur la
contribution que lui apporte la reconnaissance
croissante d’un baptême commun »54. Ce texte n’entre
pas facilement dans ma typologie. Il porte
principalement sur les progrès de la convergence
œcuménique sur le baptême, sur les divergences qui
subsistent encore, et sur leurs implications
ecclésiologiques. Parce qu’il se termine par des
recommandations pastorales pratiques, j’ai choisi de
l’inclure dans la section « cultiver une mentalité
œcuménique ».
Cette étude énumère les accords œcuméniques dans
lesquels une compréhension mutuelle du baptême a été
à la base des avancées55. En même temps, elle attire
l’attention sur deux questions ecclésiologiques non
encore résolues : le besoin d’une compréhension
commune de la foi apostolique56 et « la question de la
nature et des buts de l’Église et de son rôle dans
l’économie du salut »57.
Elle invite les Églises à accroître la visibilité des
avancées, et fait plusieurs suggestions à cet effet : elle
recommande que les instances œcuméniques telles que
les conseils d’Églises se réfèrent au baptême dans leurs
bases théologiques58; que les déclarations communes
exprimant la reconnaissance mutuelle et les certificats
communs de baptême soient développés au niveau
local59 ; que les Églises considèrent « l’envoi et l’accueil
de représentants pour assister ou prendre part aux
cérémonies baptismales respectives… et la reprise des
principales fêtes chrétiennes telles que Pâques,
Pentecôte, Épiphanie comme moments communs pour
la célébration du baptême »60.
« L’Église dans la vie des jeunes et les jeunes
dans la vie de l’Église » (2013), préparé pour le
Neuvième rapport du GMT, s’efforce de promouvoir
la coopération entre les jeunes, définis généreusement
comme les personnes d’un âge compris entre 18 et 35
ans49, et de découvrir comment les jeunes « vivent leur
appartenance, ou découvrent le besoin d’appartenir, à
44. PONTIFICIUM CONSILIUM AD CHRISTIANORUM
UNITATEM FOVENDAM, Directoire pour l’application des principes
et des normes sur l’œcuménisme, Cité du Vatican, 25 mars 1993,
III, « La formation à l’œcuménisme dans l’Église
catholique », pp. 31-50, « Cours spécial d’œcuménisme », par.
79-80, pp. 42-44.
45. SI 84 (1993/III-IV), pp. 182-186.
46. Growth In Agrement II, op. cit., pp. 884-890.
47. Dictionnaire, op. cit., p. 379.
48.
On
peut
le
consulter
aussi
sur
www.sedosmission.org/web/en/mission-article. Voir aussi
https://www.google.ch/search?q=JWG+formation+ecume
nical&ie=UTF-8&oe=UTF-8&hl=de&client=safari.
49. GROUPE MIXTE DE TRAVAIL ENTRE L’ÉGLISE
CATHOLIQUE ET LE CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES,
« Neuvième rapport 2007-2012 » (ci-après : Neuvième
rapport), SI 143 (2014/I), pp. 36-107.
Cette étude, écrite en collaboration avec Foi et
Constitution, a constitué une occasion d’enrichissement
50. Ibid., p.102.
51. Ibid., par. 28, p. 105.
52. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, SI 143 (2014/I), pp. 101-107.
53. Huitième rapport, op. cit., pp. 193-211.
54. Ibid., par. 8, p. 194.
55. Ibid., voir par. 25-29, pp. 197-198.
56. Ibid., par. 56, p. 202.
57. Ibid., par. 57, p. 202.
58. Ibid., par. 102, pp. 209.
59. Ibid., par. 103, p. 209.
60. Ibid., par. 104, p. 209.
48
mutuel direct, en temps réel. L’étude du GMT souligne
certaines préoccupations particulières exprimées par les
représentants catholiques, comme le remplacement de
la formule baptismale traditionnelle (Père, Fils et SaintEsprit) par une formule alternative, et « l’admission de
personnes à l’Eucharistie avant le baptême »61.
qui a trait aux voyages éducatifs comme moyen pour
favoriser les rencontres entre chrétiens de diverses
traditions « en cherchant à favoriser le dialogue et
l’échange des dons spirituels »69; 4) occasions de
s’engager sur un programme, tel que les rencontres
bibliques communes ou les projets de mission
commune qui ravivent l’élan œcuménique70; 5)
occasions de promouvoir l’éducation œcuménique,
notamment en encourageant les professeurs
universitaires à présenter clairement les racines
spirituelles de l’œcuménisme à leurs étudiants71.
Le texte est publié en entier dans le bulletin du
CPPUC Service d’information62 et dans Growth In
Agreement III63. Il a été utilisé dans les cours de
formation œcuménique. Il est cité dans des ouvrages
sur le baptême tels que Baptism Today publié sous la
direction de Thomas F. Best64 et Baptized into Christ: A
Guide to the Ecumenical Discussion on Baptism de Dagmar
Heller.
Le texte a été publié en entier dans le bulletin du
CPPUC Service d’information72. Il sera publié dans Growth
In Agreement IV. Un article sur les « fruits concrets » a
paru dans le journal Ecumenical Trends73 publié par
l’Institut œcuménique et interreligieux Graymoor, et a
été largement distribué lors de la Xe Assemblée du
COE à Busan. Teresa Rossi a dit qu’elle recommandait
la lecture de ce texte aux étudiants de son cours
d’introduction à l’œcuménisme.
L’étude « Être renouvelés dans l’Esprit : les
racines spirituelles de l’œcuménisme » (2013) se
donnait deux objectifs : rappeler aux chrétiens l’élan
spirituel qui est au cœur du mouvement œcuménique et
offrir aux Églises des moyens pratiques pour accueillir
cet élan. « Après avoir précisé le sens qu’elle donne aux
termes spiritualité et œcuménisme, employés bien
souvent de façon imprécise, cette étude examinera
brièvement les bases théologiques de l’œcuménisme
spirituel ; elle se penchera sur les pratiques de piété, de
prière et de culte qui nourrissent ces racines spirituelles
; elle mettra en lumière comment Dieu, en Christ et par
l’Esprit Saint, communique une nouvelle vie aux
chrétiens à travers l’exemple des saints et les rencontres
transformantes ; enfin, elle présentera aux Églises
quelques moyens pratiques pour traduire ces
fondements dans leur vie de tous les jours »65.
PROCESSUS D’ENGAGEMENT ŒCUMÉNIQUE
Le dialogue œcuménique a été initié par le GMT en
1967. Depuis lors, nombre de dialogues bilatéraux et
multilatéraux se sont développés, et de nouveaux
facteurs, tels qu’une insistance accrue sur l’identité
confessionnelle, sont apparus. Ce sujet a été repris en
2005 dans une étude intitulée « Nature et objet du
dialogue œcuménique »74. Ce texte examine les bases
théologiques du dialogue, énumère quelques principes
destinés à rendre l’engagement plus constructif, et
contient un paragraphe très intéressant sur « spiritualité
et pratique du dialogue œcuménique »75. Il souligne
l’importance d’examiner « les facteurs historiques et
socio-économiques qui affectent les questions
doctrinales »76, en observant que « le dialogue avec les
chrétiens dont nous sommes séparés exige que nous
examinions la façon dont notre identité s’est construite
en opposition à celle des autres, c’est-à-dire comment
nous nous sommes identifiés par ce que nous ne sommes
pas. Surmonter les constructions d’identité polémiques
requiert de nouveaux efforts pour articuler l’identité de
manière plus positive, en distinguant entre identité
confessionnelle comme signe de fidélité à la foi, et
confessionnalisme comme idéologie érigée en inimitié à
Les recommandations pratiques sont divisées en
cinq catégories : 1) occasions de prier ensemble, par
exemple en imaginant de nouvelles façons pour les
participants à la Semaine de prière pour l’unité des
chrétiens de s’engager les uns vis-à-vis des autres66 ; 2)
occasions de rendre témoignage œcuménique, par
exemple à travers les visites œcuméniques qui
permettent d’entretenir des contacts personnels67; 3)
occasions
d’offrir
l’hospitalité
œcuménique,
notamment lors des rites de passage et en soignant tout
particulièrement la préparation des cérémonies où des
invités œcuméniques seront présents68. Une
recommandation particulièrement intéressante est celle
61. Ibid., par. 109 (10), p. 210.
62. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, SI 117 (2004/IV), pp. 193-210.
63. Growth In Agreement III, op. cit., pp. 559-586.
64. Thomas F. BEST, éd., Baptism Today: Understanding,
Practice, Ecumenical Implications, Faith and Order Paper, N.
207, Publications COE ; A Pueblo Book, Collegeville,
Minnesota, Liturgical Press, 2008. Voir p. vii, et les articles
de Paul FIDDER (p. 79) et Karen B. WESTERFIELD TUCKER
(p. 214).
65. Neuvième rapport, op. cit., par. 1, p. 84.
66. Neuvième rapport, op. cit., A, p. 97.
67. Neuvième rapport, op. cit., B, p. 97.
68. Neuvième rapport, op. cit., C, pp. 97-98.
69. Neuvième rapport, op. cit., C, p. 98.
70. Neuvième rapport, op. cit., D, p. 98.
71. Neuvième rapport, op. cit., E, p. 99.
72. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, SI 143 (2014/I), pp. 83-100.
73. Diane C. KESSLER, « Spiritual Roots, Practical Fruits:
Insights from One Study in the Joint Working Group Ninth
Report », Ecumenical Trends, Vol. 42, n. 9, octobre 2013, pp.
6/134 à 8/136, et 14/142.
74. Huitième rapport, op. cit., pp. 211-222.
75. Huitième rapport, op. cit., par. 37-42, pp. 215-216.
76. Huitième rapport, op. cit., par. 52, p. 217.
49
l’égard des autres »77. Il se termine par deux études de
cas.
tous les membres du dialogue entre pentecôtistes et
catholiques. L’étude a été publiée dans le bulletin du
CPPUC Service d’information86. Elle sera publiée dans
Growth In Agreement IV.
Ce texte a été publié en entier dans le bulletin du
CPPUC Service d’information78 et dans Growth In
Agreement III79. Il a été utilisé par les leaders
œcuméniques au moment d’entamer un nouveau
dialogue et recommandé aux nouveaux membres
invités à participer à un dialogue. Sa lecture est
recommandée aux étudiants qui participent au cours
d’été d’introduction à l’œcuménisme au centre ProUnione.
COMMENT AUGMENTER L’IMPACT
DES TEXTES DU GMT ?
La présente enquête est une occasion de considérer
ce qui peut favoriser la réception des recommandations
du GMT. Tous ceux qui sont chargés de rédiger une
étude devraient en tenir compte au début de leur
travail. Quelles sont les leçons que nous pouvons en
tirer ? Voici quelques observations :
« La réception, enjeu fondamental des avancées
œcuméniques (2013) »80 définit la réception comme
« le processus par lequel les Églises prennent à leur
compte les résultats de toutes leurs rencontres, et
surtout les convergences et les accords réalisés sur des
questions au sujet desquelles elles ont été
historiquement divisées »81. Cette étude est divisée en
cinq parties, se terminant chacune par une série
d’enseignements et recommandations. Elle décrit les
différentes approches à la réception qui reflètent des
différences ecclésiologiques. Elle se penche sur la façon
dont la réception a permis aux Églises de prendre des
initiatives pour surmonter les divisions. Elle identifie
les difficultés non encore résolues. Et elle met en
lumière comment la formation à l’œcuménisme peut
contribuer à une réception réussie.
-
-
-
Cette étude comprend un chapitre qui décrit dans le
détail le processus de réception82. À ceux qui veulent
comprendre comment a lieu la réception dans chaque
communion, ce texte fournit une description concise et
sans fard. Il montre combien ce processus est
complexe, diversifié, lent et laborieux, pour ne parler
que des niveaux officiels de la réception. Sans une
détermination ciblée, la réception n’a pas lieu83. Il
présente en outre une synthèse des initiatives positives
qui ont été prises84. Et il décrit des exemples de
situations où la réception a été problématique. Il
s’inscrit en faux contre « une sorte de surcharge de
textes œcuméniques et de demandes de réponses alors
que beaucoup d’Églises doivent faire face à une baisse
des ressources humaines et financières dont elles
disposent pour mener à bien leur engagement
œcuménique »85.
-
-
S’agissant d’une étude assez récente du GMT, il est
encore trop tôt pour pouvoir en mesurer l’impact, mais
Teresa Rossi a dit qu’elle avait discuté de ce texte avec
77. Huitième rapport, op. cit., par. 40, p. 216.
78. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, SI 117 (2004/IV), pp. 211-222.
79. Growth In Agreement III, op. cit., pp. 587-604.
80. Neuvième rapport, op. cit, pp. 53-82.
81. Neuvième rapport, op. cit, par. 1, p. 54.
82. Neuvième rapport, op. cit, par. 36-53, pp. 60-63.
83. Neuvième rapport, op. cit, par. C 1, p. 63.
84. Neuvième rapport, op. cit, pp. 64-76.
85. Neuvième rapport, op. cit, par. 123, p. 77.
Si une étude se penche sur un problème
pressant et profondément ressenti par un
grand nombre de personnes, en offrant des
éléments de réflexion utiles, elle sera utilisée.
Le travail du GMT sur prosélytisme et
témoignage commun en est un bon exemple
Lorsqu’une étude est motivée par un problème
pressant, il faut s’assurer que les parties
intéressées en ont reçu une copie et les inviter
à engager une discussion sur le sujet.
Si les représentants des destinataires d’une
étude sont engagés concrètement dans la
préparation d’un texte, leur intérêt pour les
résultats grandit. L’étude sur la participation de
l’Église catholique aux conseils d’Églises en est
un bon exemple.
Le rôle des leaders œcuméniques qui ont une
certaine familiarité avec ces études est crucial
pour en favoriser la diffusion, que ce soit dans
les rencontres, les cours de formation, les
dialogues ou les publications. Les personnels
du COE et du CPPUC et les spécialistes de
l’œcuménisme peuvent jouer un rôle essentiel
comme gardiens et passeurs de ces
connaissances. Ils peuvent indiquer le chemin
à suivre. Et chaque membre du GMT doit se
considérer
comme
un
ambassadeur
œcuménique, en diffusant des informations sur
le travail accompli.
Une fois que le texte d’une étude a été adopté
par les organismes mandataires, il faudrait
publier des communiqués de presse ou des
articles à ce sujet dans les journaux
œcuméniques, ce qui augmenterait le nombre
des lecteurs. Ceux qui ont la capacité d’influer
sur les programmes des manifestations
œcuméniques pourraient suggérer que le texte
soit étudié dans un atelier ou discuté en
plénière. En Amérique du Nord, par exemple,
cela pourrait avoir lieu lors du rassemblement
annuel de l’Académie des œcuménistes
86. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, SI 143 (2014/I), pp. 53-82.
50
-
-
d’Amérique du Nord ou de l’Atelier national
sur l’unité des chrétiens.
Ces textes peuvent aussi être consultés sur
Internet par les chercheurs, les professeurs
universitaires, les étudiants, ou même les
simples curieux. L’étude sur la formation
œcuménique est accessible sur Internet, mais il
m’a fallu une demi-heure pour la trouver. C’est
trop long. Le personnel du COE et du CPPUC
devraient faire en sorte que les textes soient
plus facilement accessibles à l’aide des moteurs
de recherche.
Les membres des conseils d’Églises sont nos
alliés. Il faut les informer régulièrement de ce
qui est disponible, car ils savent à qui telle ou
telle étude pourrait être utile. Par exemple,
lorsque la Commission Foi et Constitution du
Conseil national d’Églises des États-Unis a
commencé à travailler sur l’ecclésiologie de
communion, le secrétaire général leur a signalé
le document « L’unité de l’Église en tant que
koinonia ».
TÉMOIGNAGE PERSONNEL
Évêque Jonas Jonson
Dans les années qui ont suivi mon départ en retraite
comme évêque diocésain, j’ai consacré un certain temps
à écrire l’histoire de l’œcuménisme et j’ai entre autres
rédigé une biographie du fondateur du Mouvement Life
and Work, Nathan Söderblom. Cet été, 90 ans se seront
écoulés depuis la Conférence chrétienne universelle sur
Life and Work tenue à Stockholm, en 1925. Aidé par
une vision claire et une incroyable persévérance,
l’Archevêque suédois Nathan Söderblom réussit à
rassembler les Églises de la Réforme et un certain
nombre d’Églises orthodoxes orientales pour offrir
ensemble une contribution à la paix et à la justice
sociale. Cela eut lieu après l’immense dévastation que
fut la Première guerre mondiale. Le Mouvement
œcuménique moderne était né en réponse à ce désastre
humain. Söderblom croyait vraiment en un
œcuménisme spirituel n’empiétant pas sur la
confession, les strucutres ecclésiales ou l’expression
liturgique. Respectueux de l’individualité des Églises,
son concept d’unité était vaste et non dogmatique. Une
authentique spiritualité centrée sur la croix du Christ
unirait tous les croyants en vue d’une action commune.
Life and Work devint une des pierres angulaires d’une
aventure œcuménique qui détourna les Églises de leurs
inimitiés et de leurs divergences pour leur faire
découvrir la réciprocité et la convergence. Toute
demande de supériorité ou d’uniformité était rejetée :
ce à quoi il désirait parvenir était une libre coopération
en faveur de la paix et la justice, pour la vie du monde.
Alors que je préparais cet exposé, je me suis
rappelé combien il est important de réunir les chrétiens
de diverses traditions, cultures, expériences qui ont une
compétences dans un domaine particulier, pour
réfléchir ensemble sur une question et partager les
résultats. J’ai été impressionnée, une fois de plus, par la
grande qualité et l’actualité de ces diverses études. Et
quand j’ai consulté mes confrères œcuménistes à ce
sujet, cela a eu une conséquence positive quoique
involontaire, en leur rappelant l’existence de ressources
qu’ils avaient négligées ou oubliées, si toutefois ils les
ont jamais connues.
C’est pourquoi je voudrais faire ici deux
recommandations qui sont liées entre elles. Le GMT et
les organismes qui en sont les mandataires devraient
faire en sorte de rendre ces documents accessibles à de
nouveaux publics ou, pour employer une image
biblique, mettre le vieux vin dans une outre neuve.
Trouver de nouveaux moyens pour diffuser ces études.
Et cela, en faisant appel à la fois aux moyens
traditionnels et aux technologies les plus récentes. En
outre, pour en faciliter l’accès, tous ces rapports
devraient être regroupés au même endroit dans les sites
Internet des organismes mandataires.
Il est réconfortant de voir qu’avec le temps – un
temps probablement beaucoup trop long du point de
vue des œcuménistes impatients et vieillissants – les
idées ont donné naissance à de nouvelles initiatives, et
des avancées se sont fait jour. Autrement dit, aussi
longtemps que les Églises ressentiront le besoin d’une
réconciliation dans l’Église et dans le monde, il y aura
du travail à faire, et le Groupe mixte de travail est un
élément essentiel dans cette recherche.
L’Église catholique avait également été invitée à
participer à cette Conférence mais répondit par un non
possumus et, provoqué par la Conférence de Stockholm,
en 1925, et celle de Foi et constitution à Lausanne, en
1927, le Pape Pie XI promulgua en 1928 l’Encyclique
Mortalium animos sur « L’unité de la véritable Église ».
Son attitude était sans compromis, rejetant tous les
efforts tendant à ouvrir un dialogue œcuménique. Les
personnes engagées dans l’œcuménisme n’étaient pas
seulement accusées de se tromper : elles déformaient le
concept véritable de religion et par conséquent le
rejetaient. Une seule issue était proposée : le retour
dans l’Église catholique et la subordination
inconditionnelle à Rome. Söderblom opposa l’humble
conviction qu’une Église devrait reconnaître la
catholicité d’une autre et coopérer même si elles ne
sont pas pleinement unies. Le dialogue approfondi qu’il
engagea avec le P. Max Pribilla, SJ permit d’éclaicir les
diverses positions mais Söderblom étant décédé en
1931, le débat ne parvint jamais à aucune conclusion.
C’était bien avant Vatican II et son Décret sur
 Jonas Jonson est évêque émérite du diocèse de
Strängnäs de l’Église de Suède. Il a participé activement à la
vie et au travail du COE pendant plus de cinquante ans et a
été comodérateur du GMT au cours de son huitième mandat
(1999-2005).
Traduction de l’anglais SI
51
l’œcuménisme (Unitatis redintegratio, 1964) qui modifia
radicalement la scène œcuménique.
diverses occasions de profond partage spirituel, par
exemple lors de l’ouverture de la Porte Sainte, de la
commémoration œcuménique des témoins de la foi du
XXe siècle et au début du troisième millénaire. Bien que
le document Dominus Jesus (2001) ait beaucoup tempéré
l’enthousiasme œcuménique, une consultation lors du
40e anniversaire du Groupe mixte de travail réaffirma
avec force l’importance du dialogue et de la
coopération. Pour le Conseil œcuménique, ce fut la
période où fut lancée la réflexion intitulée « Vers une
Conception et une vision communes du COE », une
tentative de reconfiguration du Mouvement
œcuménique dans son ensemble, la création du Forum
chrétien mondial incluant des communautés
chrétiennes n’adhérant pas au COE, et en particulier la
restructuration des relations avec les Églises
orthodoxes. Il arriva que de graves problèmes internes
à l’Église catholique et au Conseil œcuménique
débordent dans nos débats et soient source de propos
acerbes mais la confiance réciproque et l’intégrité
théologique résistèrent à l’épreuve. Il est certain qu’un
profond sentiment de frustration s’était insinué dans le
groupe mais lorsque notre rapport fut finalement
présenté aux organes promoteurs, nous étions tous
fiers et reconnaissants.
Alors que nous sommes ici réunis en ce
50e anniversaire du Groupe mixte de travail (GMT),
environ un siècle plus tard, parmi nous nombreux sont
ceux qui adhéreraient à l’œcuménisme de Söderblom
profondément ancré dans le spirituel et à son appel en
faveur d’une coopération concrète malgré les diversités
ecclésiales. Durant les années qui ont suivi Mortalium
animos, le monde a changé de même que les Églises. Je
me souviens de mon évêque de retour du Concile
auquel il avait participé en tant qu’observateur
luthérien, nous racontant ce qui était en cours de
réalisation. C’est à ce moment que débuta mon propre
parcours œcuménique qui devait me porter à prendre
part au Groupe mixte de travail. Aujourd’hui, nous ne
pouvons même pas imaginer les condamnations
mutuelles des années 1920, ni même comprendre qu’il
était totalement impossible de nous rencontrer et de
tisser des liens tant au niveau personnel qu’au niveau de
nos Églises.
Le Groupe mixte de travail a joué un rôle clé dans
le processus œcuménique. Elle n’a pas toujours été très
visible, on en a peu parlé, mais cette commission
officielle, portant cet humble nom comme s’il s’agissait
d’un groupe sans caractère officiel, a constamment
mesuré la température œcuménique et servi de
laboratoire pour le dialogue et la coopération
œcuméniques. Cette relation structurée et soutenue
entre le Conseil œcuménique des Églises et l’Église
catholique a fait l’objet de neuf rapports. Ils font
désormais partie de l’histoire œcuménique et donnent à
voir à la fois les idées et les entreprises, les problèmes
et les espoirs, l’engagement et les convergences. Le
Groupe mixte de travail a été, sinon une opération
innovatrice, du moins un indispensable instrument de
promotion de l’appel à l’unité visible.
Le Groupe mixte de travail a pour tâche de suivre
l’évolution de la situation œcuménique, d’encourager de
nouvelles initiatives, d’analyser et d’agir à chaque fois
où l’unité chrétienne peut être renforcée, que ce soit
dans la vie, la liturgie ou l’enseignement de l’Église. En
de nombreuses occasions, le Groupe mixte de travail a
incité les organes dont il dépend à être plus courageux,
à rechercher des opportunités créatives et proposer de
nouvelles étapes et de nouveaux programmes. Au cours
des années, une importante coopération a eu lieu dans
divers domaines mais il n’en reste pas moins que le
Groupe mixte de travail s’est davantage intéressé à ce
qui pourrait être défini comme des questions relevant
de Foi et constitution plutôt que de Life and Work. Les
objectifs étaient trop restreints et l’approche
œcuménique manquait d’ampleur. Avec la grande et
stimulante Encyclique du Pape François sur la crise de
l’environnement, Laudato si’, une nouvelle base nous est
offerte pour une coopération étendue et déterminée car
les questions ayant trait à l’environnement ont été à
l’ordre du jour du Conseil œcuménique pendant des
décennies et, depuis de nombreuses années, une
priorité pour le Patriarcat œcuménique. Comme l’a
affirmé le Secrétaire général Olav Fykse Tveit : « Cette
Encyclique montre à tous que ces questions sont au
cœur de notre foi chrétienne et qu’en tant que
chrétiens, nous devrions les affronter ensemble comme
des questions relatives à la justice et à la paix. Il est
temps que nous nous concentrions sur notre
responsabilité commune en tant qu’êtres humains et
sur la manière dont, en tant qu’Églises, nous devrions
soutenir ceux qui sont prêts à intervenir pour faire les
changements nécessaires ». J’ajouterais que cette
Encyclique ouvre à une réflexion théologique
Pendant le huitième mandat (1999-2005) du GMT,
j’ai eu le privilège d’être comodérateur avec
l’Archevêque Mario Conti de Glasgow. Une certaine
méfiance régnait de part et d’autre. L’Église catholique
avait préféré ne pas participer pleinement au processus
JPIC (Justice, paix, intégration et création) qui devait
conduire à la convocation de l’Assemblée de Séoul. On
assistait dans de nombreuses Églises protestantes à une
réaffirmation de l’identité confessionnelle. Les
orthodoxes se montraient toujours plus critiques vis-àvis de l’engagement œcuménique. L’évangélicalisme
conservateur américain gagnait du terrain au détriment
du protestantisme classique plus enclin à
l’œcuménisme.
À la même époque, un certain nombre
d’événements et de développements décisifs avaient
lieu dans l’Église catholique et dans la communauté du
Conseil œcuménique des Églises. Avec l’Encyclique Ut
unum sint (1995), le Pape Jean-Paul II allait alimenter
abondamment le Mouvement œcuménique ainsi que de
nouvelles perspectives. Le Jubilé de l’An 2000 offrit
52
commune sur l’écologie intégrale et les saints
sacrements comme signes de sainteté, guérison et
intégrité dans notre monde blessé. L’énergie et
l’engagement œcuméniques ont tari dans de larges
segments de la chrétienté catholique, orthodoxe et
protestante. La crise de l’environnement est un désastre
aux proportions immenses, dont l’homme est la cause.
Elle appelle avec urgence à la réflexion théologique et à
l’action communes comme le fit la dévastation de la
culture humaine, il y a cent ans.
Après cinquante ans d’échange d’informations, de
construction de la confiance mutuelle et de renforcement des fondements utiles à une action commune, le
Groupe mixte de travail devra affronter de nouveaux
défis
et
contribuer
encore
davantage
à
l’accomplissement de la mission œcuménique.
L’œcuménisme spirituel pourrait libérer les chrétiens et
leur faire découvrir une perspective encore plus vaste
que l’unité visible de l’Église : ce qui leur est demandé
est rien de moins qu’une pleine reconnaissance de
l’unité et de l’intégrité de la création de Dieu.
Traduction de l’original anglais SI
53
VISITE À ROME D’UNE DÉLÉGATION
DU PATRIARCAT ŒCUMÉNIQUE
POUR LA FÊTE DES SAINTS PIERRE ET PAUL
(26-29 juin 2015)
Parvenir à la pleine unité « représente l’une de mes principales préoccupations » a déclaré le Pape François lors d’une audience accordée
dans la matinée du samedi 27 juin 2015, à une délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople venue à Rome pour la Solennité des
saints Pierre et Paul. Accompagnés par le Président du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, le Cardinal Kurt Koch,
les délégués orthodoxes ont été reçus par le Pape François dans sa bibliothèque privée, au Palais apostolique. La délégation, qui était
constituée du Métropolite Ioannis de Pergame, du Métropolite Maxime de Selyvrie et du Protopresbytre Heikki Huttunen, a remis au
Saint-Père un message du Patriarche œcuménique. Le Pape François a ensuite prononcé un discours que nous publions ci-dessous, suivi du
Message du Patriarche œcuménique.
AUDIENCE À LA DÉLÉGATION DU
PATRIARCAT ŒCUMÉNIQUE
27 juin 2015
incompréhension, héritage de la longue séparation, et à
faire face, dans la vérité mais dans un esprit fraternel, aux
difficultés encore existantes. Dans cette perspective, je
souhaite aussi réaffirmer mon soutien au précieux travail
de la Commission mixte internationale pour le dialogue
théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Les problèmes que nous pouvons rencontrer au
cours du dialogue théologique ne doivent pas conduire
au découragement ou à la résignation. L’examen attentif
de la manière dont s’articulent, dans la vie de l’Église, le
principe de la synodalité et le service de celui qui préside,
offrira une contribution significative au progrès des relations entre nos Églises.
Chers frères, tandis que s’intensifient les préparatifs
pour le synode panorthodoxe, je vous assure de ma
prière et de celle de tant de catholiques, pour que tous
les efforts entrepris soient couronnés de succès. Je
compte moi aussi sur votre prière pour l’assemblée ordinaire du synode des évêques de l’Église catholique,
sur le thème de la famille, qui aura lieu ici au Vatican au
mois d’octobre prochain, et pour laquelle nous attendons également la participation d’un délégué fraternel
du patriarcat œcuménique.
À propos d’harmonie et de collaboration sur les
thèmes les plus urgents, j’ai plaisir à rappeler que lors
de la récente conférence de présentation de
l’Encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison
commune, le patriarche Bartholomée vous a envoyé,
cher métropolite Jean, en tant que rapporteur.
Je vous remercie à nouveau de votre présence et
pour les sentiments de proximité cordiale que vous
avez voulu m’exprimer. Je vous prie de bien vouloir
transmettre mon salut fraternel à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée et au Saint Synode, ainsi que mes
plus sincères remerciements pour avoir voulu envoyer
de dignes représentants partager notre joie. Priez pour
moi et pour mon ministère.
« Paix à vous tous qui êtes dans le Christ ! »
(1 P 5, 14).
DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
Dans la matinée du samedi 27 juin, le Pape François a reçu
en audience une délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, à l’occasion de la solennité des saints Pierre et Paul.
Chers frères dans le Christ,
C’est avec joie et amitié cordiale que je vous salue et
que je vous souhaite la bienvenue à Rome à l’occasion
de la fête des saints Pierre et Paul, patrons principaux
de cette Église. Votre présence aux célébrations de
notre fête témoigne une fois de plus de la profonde relation qui unit les Églises sœurs de Rome et de Constantinople, préfigurée par le lien qui unit les saints patrons respectifs de nos Églises, les apôtres Pierre et
André, frères de sang et dans la foi, unis dans le ministère apostolique et dans le martyre.
Je me souviens avec gratitude du chaleureux accueil
qui m’a été réservé au Phanar par mon bien-aimé frère
Bartholomée, par le clergé et par les fidèles du patriarcat
œcuménique, à l’occasion de la saint André, en novembre dernier. La prière œcuménique à la veille de la
fête, puis la divine liturgie dans l’Église patriarcale SaintGeorges nous ont offert la possibilité de louer ensemble
le Seigneur et de lui demander, d’un commun accord,
que se rapproche le jour où la pleine communion visible
entre orthodoxes et catholiques sera rétablie. Le baiser
de paix échangé avec Sa Sainteté a été un signe éloquent
de cette charité fraternelle qui nous anime sur le chemin
de la réconciliation et qui nous permettra un jour de
participer ensemble à la Table eucharistique.
La réalisation de cet objectif, vers lequel nous marchons avec confiance, représente l’une de mes principales préoccupations, pour laquelle je ne cesse de prier
Dieu. J’espère donc que les occasions de rencontre,
d’échange et de collaboration entre fidèles catholiques et
orthodoxes pourront se multiplier de manière à ce que,
en approfondissant la connaissance et l’estime réciproques, l’on arrive à surmonter tout préjugé et toute
ORF, 2 juillet 2015
54
entre nos Églises. Nous sommes appelés à soutenir ce
dialogue de toutes nos forces par une participation active,
au sein du comité compétent, des meilleurs représentants
théologiques dont disposent nos Églises, afin que ce travail
difficile puisse se poursuivre au-delà des motivations
politiques ou d'un autre genre, en particulier dans la difficile
phase actuelle, où nous examinons la question épineuse de
la primauté dans l'église.
Toutefois, comme Votre Sainteté l'a souligné, notre
unité doit être recherchée et édifiée non seulement
dans notre passé commun, mais aussi dans la réalité
contemporaine vécue dans le monde, qui nous invite à
transmettre à l'homme moderne le message de l'Évangile de la joie, de l'espérance et de l'amour. Nous saluons donc favorablement, Sainteté, vos récents documents, c'est-à-dire Evangelii gaudium publié en 2013, et en
particulier l’Encyclique Laudato si', promulguée il y a
quelques jours seulement. Cette dernière nous a remplis
d'une immense satisfaction, étant donné que notre Très
Sainte église de Constantinople a été la première, dans
le monde chrétien, à proclamer publiquement la nécessité urgente de protéger l'environnement naturel qui est
malheureusement menacé par l'avidité humaine, ce que
nous avons fait à travers l'Encyclique, en 1989, de notre
prédécesseur de vénérée mémoire, le Patriarche œcuménique Dimitrios, ainsi que par une série de conférences et d'autres activités organisées par notre humble
personne.
C'est pourquoi, en transmettant ensemble le message de l'Évangile au monde contemporain et en affrontant les problèmes existentiels qui le concernent,
nous nous rapprochons les uns des autres également
dans notre responsabilité de poursuivre l’œuvre des
saints apôtres que nous honorons, manifestant ainsi à
travers nos efforts qu'ils « n'auront pas couru pour rien
ni peiné pour rien » (cf. Ph 2, 16) et que notre foi « se
répand dans le monde entier » (Rm 1, 8).
Ces réflexions et ces sentiments personnels, ainsi que
nos vœux fraternels à l'occasion de la fête de la Chaire de
votre Église sœur, seront apportés à Votre Sainteté par
notre délégation guidée par Son Éminence le
Métropolite Ioannis de Pergame, accompagné de Son
Éminence le Métropolite Maxime de Selyvrie et du très
révérend Protopresbytre Heikki Huttunen, qui vous
assureront des plus profonds sentiments d'amour et du
très grand respect de notre très sainte Église à l'égard de
Votre Sainteté et de votre très sainte Église. Puissent les
apôtres protocoryphées, que nous honorons ensemble,
intercéder toujours « pour la stabilité des saintes Églises
de Dieu et pour l'unité de tous ». Amen.
19 juin 2015
De Votre Sainteté,
votre frère bien-aimé dans le Seigneur
MESSAGE DU PATRIARCHE BARTHOLOMAIOS
À l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, la délégation
du Patriarcat œcuménique en visite à Rome a remis un message
du Patriarche Bartholomaios au Pape :
Sainteté et Béatitude le Pape François de l'antiqueRome : réjouissez-vous dans le Seigneur.
C'est avec joie et action de grâce envers le Dieu
Trine que .nous nous apprêtons cette année à concélébrer avec vous la sainte commémoration des principaux apôtres, Pierre et Paul, fondateurs et protecteurs
de votre Très Sainte Église et piliers solides de l'Église
universelle du Christ, une, sainte, catholique et apostolique. Nous le faisons en conformité avec la tradition
désormais consolidée et bénie de l’échange de visites
officielles de délégations de nos deux antiques Églises,
à l'occasion de nos fêtes du trône respectives, comme
expression et manifestation du lien d'amour qui nous
unit par la grâce de Dieu, guidant nos pas vers un plus
grand rapprochement entre nous, jusqu'à l'aube du jour
tant désiré de notre unité dans la foi commune de
l'Évangile et de nos Pères à la même coupe de vie.
En suivant cette sainte tradition, nous rappelons à
nouveau cette année avec des sentiments profonds et
une grande gratitude, le grand don de Dieu à notre Très
Sainte Église de Constantinople, qui a été honorée par la
visite personnelle de Votre Sainteté et par votre participation à la célébration de notre fête du trône l'année
dernière. Cette communion de personne à personne a
laissé une joie indélébile dans notre cœur et nous aimerions donc profiter de cette occasion pour exprimer encore une fois les remerciements de notre Église et les
nôtres personnelles, avec l'espérance et le souhait de
pouvoir vivre à nouveau, dans un avenir proche, la joie
de cette communion personnelle réciproque.
Votre Sainteté, la célébration de la fête du trône de
nos Églises nous rappelle le fait très significatif que,
malgré la regrettable interruption de la pleine communion entre nous, nos deux Églises demeurent unies en
honorant la mémoire de nos saints communs, qui incluent les fondements solides sur lesquels nous
sommes appelés à édifier la pleine union, dans la mesure où l'Église du Christ est essentiellement .une
communion de saints. Ceci est particulièrement vrai
pour les principaux apôtres, Pierre et Paul qui, par leur
prédication mais également par leur sang, nous invitent
aujourd'hui aussi à intensifier nos efforts afin que la
communion déjà existante en honorant les saints
puisse, comme par le passé, devenir également une
communion dans le corps et le sang du chef de notre
foi, Notre Seigneur Jésus Christ.
Nos efforts pour atteindre ce but sacré sont accomplis
depuis des années en cherchant à effacer, à travers notre
dialogue permanent, les différences théologiques qui se
sont accumulées pendant un millénaire entier d'éloignement
ORF, 2 juillet 2015
55
NOUVELLES ŒCUMÉNIQUES
DIALOGUE INTERNATIONAL RÉFORMÉCATHOLIQUE
Gand (Belgique), 22-28 février 2015
« L’Église en tant que témoignage et sacrement » par le
Dr George Hunsinger. Un temps important a été
consacré aux ébauches de rapport final préparées par le
Rév. Dr William Henn et le Dr Christopher Dorn.
La cinquième rencontre de la quatrième phase du
dialogue international entre la Communion mondiale
des Églises réformées (CMER) et le Conseil Pontifical
pour la promotion de l’unité des chrétiens (CPPUC)
s’est déroulée du 11 au 28 février 2015 au Centre
carmélite de Gand, en Belgique. Le CPPUC et la
CMER sont particulièrement reconnaissants à deux
bienfaiteurs belges qui ont sponsorisé cette réunion.
Les deux délégations ont également eu le privilège
d’être invitées à un dîner offert par l’Évêque Luc van
Looy et le Conseil interconfessionnel de Gand ; d’être
accueillies pour la prière du soir préparée par le Conseil
interconfessionnel de Bruges dans la « Chapelle
œcuménique » suivie d’un dîner en compagnie de
l’Évêque Johan Bonny, qui représentait la Conférence
épiscopale de Belgique, de membres du Monastère de
Chevetogne et du Conseil interconfessionnel de
Bruges.
Trois phases de dialogue ont déjà eu lieu entre
l’Alliance réformée mondiale (ARM) et le Conseil
Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.
Au terme de chacune d’entre elles, un rapport a été
publié : « La présence du Christ dans l’Église et dans le
monde » (1970-1977) ; « Vers une compréhension
commune de l’Église » (1984-1989) ; et « L’Église
comme communauté de témoignage commun du
Royaume de Dieu » (1998-2005). La Communion
mondiale d’Églises réformées est née de la fusion en
juin 2010 de l’Alliance réformée mondiale et du Conseil
œcuménique réformé.
Traduction de l’anglais SI
RÉUNION DU GROUPE
DES CONVERSATIONS DE MALINES
Chesnut Hill (États-Unis), 22-26 mars 2015
Cette phase, qui devrait se conclure en 2017, a pour
thème central : « Justification et sacramentalité : La
Communauté chrétienne agent de justice ». L’Évêque
Kevin Rhoades du Diocèse de Fort Wayne-South Ben
(Indiana, États-Unis) et la Rév. Dr Martha MooreKeish, du Columbia Theological Seminary de Decatur
(Géorgie, États-Unis) sont respectivement les
coprésidents de ce dialogue au nom de l’Église
catholique et de la CMER. Ils sont assistés de deux
secrétaires, le Rév. Dr Douwe Visser, Secrétaire
exécutif pour la théologie, la mission et la communion
pour la CMER et Mgr Dr Gregory J. Fairbanks du
CPPUC.
Un groupe international composé de huit
théologiens anglicans et sept théologiens catholiques
représentant huit pays et quatre provinces anglicanes
s’est réuni du 22 au 26 mars au Boston College de
Chesnut Hill (Massachusetts, États-Unis). Ce groupe
communément appelé « Groupe des conversations de
Malines » a poursuivi l’ample débat sur divers aspects
de la théologie anglicane-catholique sacramentelle,
liturgique et pratique, entamé il y a deux ans au
Monastère bénédictin de Chevetogne, en Belgique.
Comme les Conversations de Malines originales des
années 1920 organisées par le Cardinal Mercier, à
l’époque Archevêque de Malines-Bruxelles, il s’agit d’un
dialogue informel, non officiellement promu par les
Églises anglicane et catholique, bien qu’elles aient été
décidées après consultation et avec la bénédiction du
Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des
chrétiens et de Lambeth Palace.
À cette rencontre étaient présents les participants
réformés suivants : Rév. Dr Reinerio Arce-Valentin
(Cuba), Rév. Dr Marina Ngursangzeli Behera (Inde),
Dr Christopher Dorn (États-Unis), Rév. Dr Benebo
Fubara-Manuel (Nigéria), Rév. Dr George Hunsinger
(États-Unis), Dr George Sabra (Liban) et la Rév. Dr
Lindsay Schlüter (Écosse).
L’an dernier, le groupe s’était réuni à Cantorbéry et
Londres où les avaient rejoints ses copatrons, le
Cardinal Godfried Danneels, Archevêque émérite de
Malines-Bruxelles, et le Très Révérend et Très
Honorable Lord Williams de Oystermouth, ancien
Archevêque de Cantorbéry, qui avaient présenté
chacun un exposé. Cette année, parmi les évêques et
spécialistes nord-américains figuraient l’Archevêque
d’Indianapolis Joseph Tobin, C. Ss. R., l’Évêque
Catherine Waynick du Diocèse épiscopalien
d’Indianapolis, l’éminent orientaliste P. Robert Taft, SJ
FBA, le P. John Baldovin, SJ de la Boston College
La délégation catholique était constituée des
personnes suivantes : Dr Peter Casarella (États-Unis),
Dr Peter De Mey (Belgique), Rév. Dr William Henn,
OFM Cap. (États-Unis/Italie), Rév. Dr Jorge
Scampini, OP (Argentine). La Dr. Annemarie Mayer
(Allemagne) n’a pa pu prendre part à la rencontre.
Trois documents de travail portant sur le thème
principal de cette phase ont fourni le fondement du
débat entre les deux délégations : « La loi naturelle dans
nos Traditions » par le Dr Peter Casarella,
« Sacramentalité » par le Rév. Dr Jorge Scampini et
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School of Theology and Ministry, et le Pr Karen
Westerfield Tucker de la Boston University. Le groupe
était accueilli par le P. William Leahy, SJ, Président du
Boston College, et a été aimablement reçu par les Pères
de Cowley au Monastère Saint-Jean-Évangéliste de
Cambridge, et par l’Église épiscopalienne de l’Avent
sur la Beacon Hill. Le Groupe des conversations de
Malines comprend cinq membres de l’ARCIC, dont un
de ses coprésidents, et deux membres du Comité de
coordination de l’IARCCUM, dont un de ses
coprésidents.
Chanoine David Richardson OBE (Melbourne,
Australie)
Chanoine Dr. Nicholas Sagovsky, membre de
l’ARCIC III (Londres, Royaume-Uni)
Rév. Austin K. Rios, Recteur de St Paul’s within the
Walls (Rome, Italie)
Participants catholiques
Évêque Donald Bolen, coprésident de l’IARCCUM,
(Saskatoon, Canada)
L’ensemble des conversations de cette année ont
permis de se pencher de manière générale sur les
relations actuelles entre anglicans et catholiques, en
particulier sur les aspects suivants : la Sacramentalité, la
situation du monde contemporain, la Parole,
l’Eucharistie, l’Église et le Ministère. Des exposés
communs ont également été présentés sur d’autres
sujets, tels que la sacramentalité de l’Écriture, et la
discussion a également porté sur des thèmes tels que
l’apostolicité, l’histoire et l’autorité.
Rév. Anthony Currer, Conseil Pontifical pour la
promotion de l’unité des chrétiens (Cité du Vatican,
cosecrétaire de l’ARCIC III)
Pr Joris Geldhof, Université catholique de Louvain
(Belgique)
Dr. Maryana Hnyp, Université catholique de Louvain
(Belgique)
Comme l’ont recommandé les responsables de la
coordination des relations œcuméniques dans l’Église
catholique et la Communion anglicane, le Groupe des
conversations de Malines demeurera en étroit contact
et poursuivra sa collaboration avec la Commission
internationale anglicane-catholique (ARCIC) et la
Commission pour l’unité et la mission anglicanecatholique (IARCCUM). Le nombre des participants
est volontairement restreint de manière à favoriser
toujours davantage un débat et des relations d’amitié
approfondis entre les membres, ce qui est la
caractéristique des Conversations de Malines depuis
leur tout début.
Rév. Pr Keith Pecklers, SJ, Université Pontificale
Grégorienne (Rome, Italie)
Rév. Pr Thomas Pott, OSB, Monastère de Chevetogne;
Athénée Saint-Anselme de Rome et Université
Pontificale Grégorienne (Rome, Italie)
Rév. Cyrille Vael, OSB, Monastère de Chevetogne
Traduction de l’anglais SI
Le Comité de direction est présidé par le Rév. Dr
Thomas Pott, OSB du Monastère de Chevetogne, le
Rév. Dr James Hawkey de l’Abbaye de Westminster et
le Rév. Dr KeithPecklers, SJ de l’Université Pontificale
Grégorienne de Rome.
COMMISSION INTERNATIONALE
ANGLICANE-CATHOLIQUE (ARCIC III)
Villa Palazzola (Province de Rome), 28 avril-4mai 2015
La Commission internationale anglicane-catholique
(ARCIC) est l’organisme officiellement nommé par
l’Église catholique et la Communion anglicane chargé
du dialogue théologique afin de parvenir à l’unité
visible et à la pleine communion ecclésiale. La
cinquième rencontre de la phase actuelle (ARCIC III)
s’est déroulée dans une atmosphère de recueillement et
d’amitié à la Villa Palazzola, résidence d’été du
Vénérable Collège Anglais de Rome, du 28 avril au 4
mai 2015. Les membres de la Commission remercient
l’ensemble du personnel de la Villa Palazzola pour le
chaleureux accueil qui leur a été réservé.
Membres présents en 2015
Participants anglicans
Rév. Dr. Jennifer Cooper, College of the Resurrection,
(Mirfield, Royaume-Uni)
Rév. Dr. James Hawkey, Westminster Abbey (Londres,
Royaume-Uni)
Rév. Dr. Simon Jones, Chaplain du Merton College,
(Oxford, Royaume-Uni)
Cette troisième phase de l’ARCIC a pour mandat de
promouvoir la réception du travail précédemment
réalisé par la Commission, en le présentant comme un
tout, et d’étudier la question suivante : « L’Église
comme communion, locale et universelle » et
« Comment l’Église locale et universelle parvient-elle,
dans la communion, à discerner l’enseignement éthique
juste ? » À cette fin, la Commissoin s’est concentrée sur
Archevêque David Moxon, coprésident de l’ARCIC
III, Représentant de l’Archevêque de Cantorbéry près
le Saint-Siège et Directeur du Centre Anglican (Rome,
Italie), Archevêque émérite de Nouvelle-Zélande
Rév. Dr. Michael Nai-Chiu Poon, membre de
l’ARCIC III (Singapour)
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l’examen de deux projets de texte préparés par des
sous-comités de rédaction suite à la précédente réunion
qui s’est tenue au Centre Vuleka, à Botha’s Hill
(Afrique du Sud).
O’Connor, tous les deux coprésidents de la dernière
rencontre de l’ARCIC à Palazzola. Ces deux invités
spéciaux ont guidé une session de travail informelle
durant laquelle ils ont narré certains épisodes de
l’ARCIC II lorsqu’ils en étaient coprésidents. Ils ont
assisté aux sessions de travail restantes de la rencontre.
Le premier de ces projets de textes a pour objectif
de présenter les cinq déclarations d’accord de l’ARCIC
II de manière à ce qu’elles puissent être reçues par le
monde anglican et le monde catholique. Chaque
déclaration est précédée d’une introduction et suivie
d’un bref exposé des réponses qu’ella a suscitées, de
courts essais concernant la méthode théologique
utilisée et les thèmes abordés par chaque document,
ainsi que des propositions pour le travail futur. Cette
tâche a bien progressé et l’ensemble devrait bientôt être
prêt pour la publication.
La Commission a accueilli son nouveau
cosecrétaire, le Chanoine Jean Gibaut, successeur du
Chanoine Alyson Barnett-Cowan. Elle a également
exprimé sa gratitude au P. Norman Tanner SJ qui a pris
part à la réunion en qualité de consulteur.
La prochaine rencontre se tiendra à Toronto en mai
2016. La Commission se penchera sur la version
révisée d’un projet de déclaration ecclésiologique
comparative des instruments de la communion dans
chaque tradition.
Le second texte était un projet de document
répondant à l’élément ecclésiologique du mandat, à
savoir une analyse des structures de nos deux traditions
facilitant la communion dans et entre les dimensions
locale, régionale et universelle de l’Église.
Membres de l’ARCIC III présents à la rencontre
Coprésidents
Très Rév. Bernard Longley, Archevêque de
Birmingham (Angleterre)
Jeudi 30 avril, la Commission s’est rendue à Rome
pour une audience privée avec le Pape François. Le
Pape a encouragé la Commission dans sa tâche et, se
référant aux persécutions actuellement endurées par les
chrétiens dans le monde, a remarqué qu’« il existe un
lien fort qui déjà nous unit, au-delà de toute division ».
L’Archevêque Bernard Longley a remercié le Pape
François pour les encouragements et la forte impulsion
que lui-même et l’Archevêque Justin Welby réussissent
à transmettre au dialogue, « en particulier par [leur]
engagement commun dans la recherche de la justice en
faveur de ceux qui sont exploités ou oubliés ».
L’Archevêque David Moxon a cité le livre en projet sur
l’ARCIC II et rappelé avec gratitude l’importance que
le Pape François accorde à la prédication de l’Évangile,
la simplicité de son mode de vie personnel, combien il
est attaché à la pastorale des plus démunis et des
personnes maginalisées, le rôle positif qu’il joue dans la
réconciliation internationale. En conclusion, il a rappelé
que tous ces aspects « ont un rôle dans la promotion du
ministère de l’Évêque de Rome auprès des chrétiens du
monde entier ».
Très Rév. Sir David Moxon, Représentant de
l’Archevêque de Cantorbéry près le Saint-Siège
Membres catholiques
Rév. Robert Christian OP, St Albert Priory, Oakland,
(Californie, Étas-Unis)
Rév. Chanoine Adelbert Denaux, Professeur émérite,
Bruges (Belgique)
Très Rév. Arthur Kennedy, Évêque auxiliaire de
Boston (États-Unis)
Pr Paul D. Murray, Durham University (Angleterre)
Pr Sœur Teresa Okure SHCJ, Catholic Institute of
West Africa (Nigeria)
Pr Janet E. Smith, Sacred Heart Major Seminary,
Detroit (Michigan, États-Unis)
Rév. Pr Vimal Tirimanna CSsR, Université
Alphonsianum University, Rome (Italie)
Plus tard dans la journée, les participants ont
célébré l’Eucharistie au Centre anglican de Rome où ils
ont été généreusement conviés à déjeuner et accueillis
pour deux sessions de travail au cours desquelles ont
été présentés un exposé sur le sensus fidei (le sens de la
foi) de tous les baptisés et des études de cas sur
l’esclavage. Le groupe a ensuite visité le Vénérable
Collège Anglais où il a présenté le travail de la
Commission aux étudiants. Un temps a été consacré
aux questions et aux réponses. Les participants ont
ensuite participé aux Vêpres et ont beaucoup apprécié
de pouvoir se joindre aux étudiants et à l’équipe du
Collège pour le dîner.
Très Rév. Dom Henry Wansbrough OSB, Ampleforth
Abbey (Angleterre)
Membres anglicans
Dr Paula Gooder, Église d’Angleterre
Très Rév. Dr Christopher Hill, Église d’Angleterre
Très Rév. Nkosinathi Ndwandwe, Église anglicane
d’Afrique du Sud
Rév. Chanoine Dr Nicholas Sagovsky, Église
d’Angleterre
Rév. Chanoine Dr Peter Sedgwick, Église du Pays de
Galles
Le vendredi 1er mai, les membres ont accueilli
l’Évêque Mark Santer et le Cardinal Cormac Murphy-
Rév. Dr Charles Sherlock, Église anglicane d’Australie
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pour la formation : Exode 16 dans sa forme littéraire »,
et l’autre par la Dr Mary Coloe, pbvm (Église
catholique) : « Le discours du pain de vie : Jean 6 ». En
accord avec ce qui a été décidé, la Commission
consacrera ses prochaines sessions de travail au thème
« Transformés par l’Eucharistie » en partant de
« Eucharistie et relations dans l’Église » (Calgary, 2016).
Chaque jour de la rencontre a débuté par une prière
guidée alternativement par les Disciples du Christ et les
catholiques.
Consulteur
Rév. P. Norman Tanner SJ, Église catholique
Secrétariat
La Commission possède deux cosecrétaires :
Rév. Chanoine Dr John Gibaut (Bureau de la
Communion anglicane)
Rév. Anthony Currer (Conseil Pontifical pour la
promotion de l’unité des chrétiens)
Le fait que la rencontre se soit tenue au Bethany
College, lieu historique institué par Alexander
Campbell, l’un des fondateurs des Disciples du Christ,
a eu un fort impact sur le dialogue. Les participants ont
ainsi découvert un des lieux fondamentaux dans les
origines des Disciples du Christ et ont rencontré la
communauté locale des Disciples du Christ lors du
culte dominical du Repas du Seigneur qui s’est tenu
dans l’Ancienne salle d’assemblée voulue par Alexander
Campbell. Dans le courant de la semaine, la
Commission a pris part aux vêpres solennelles
présidées dans la cathédrale Saint-Joseph par Mgr
Michael Bransfield, Évêque catholique de WheelingCharleston, et auxquelles étaient également présents le
Rév. Thaddaeus Allen, Ministre régional des Disciples
du Christ, des responsables et des pasteurs des
Disciples du Christ et des responsables œcuméniques
catholiques locaux. La Commission a beaucoup
apprécié la chaleureuse hospitalité du Rév. Thaddaeus
Allen et de l’ensemble de la communauté des Disciples
du Christ qui avaient organisé ce temps de partage.
et est assistée dans son travail par :
Rév. Neil Vigers (Bureau de la Communion anglicane)
Mme Silvana Salvati (Conseil Pontifical pour la
promotion de l’unité des chrétiens)
Tradution de l’anglais SI
COMMISSION DE DIALOGUE ENTRE
LES DISCIPLES DU CHRIST ET L’ÉGLISE
CATHOLIQUE
Bethany (Virginie Occidentale, États-Unis), 19-24 juin 2015
La troisième session de la cinquième phase de
dialogue de la Commission internationale entre les
Disciples du Christ et l’Église catholique s’est tenue à
Bethany (Virginie Occidentale, États-Unis), du 19 au 24
juin 2015. La phase actuelle de dialogue a pour thème
« Les chrétiens formés et transformés par
l’Eucharistie ». Après une réunion d’introduction
(Nashville, janvier 2014), la Commission s’est penchée
sur les questions ayant trait à ce que signifie être
« formés par l’Eucharistie » en étudiant les thèmes
suivants : « Structures liturgiques chez les catholiques et
les Disciples du Christ » (Rome, juin 2014) et
« Signification de la catéchèse eucharistique – ‘La
connaissance à travers la pratique’ » (Bethany, VO, juin
2015). Ce dialogue, qui a débuté en 1979, a pour
objectif de parvenir à la pleine unité entre les deux
communions.
« Les journées que nous venons de passer à
Bethany, grâce à l’aimable hospitalité des Disciples du
Christ et des catholiques de Virginie Occidentale, ont
aidé notre Commission internationale de dialogue à
mieux comprendre quelles sont les similitudes et les
différences entre nos pratiques respectives de
l’Eucharistie, ou comme les Disciples du Christ
l’appellent plus communément le Repas du Seigneur, et
à discerner quelles questions étudier en vue de notre
objectif final qui est de pouvoir célébrer ensemble,
Disciples du Christ et catholiques, l’Eucharistie ». Ainsi
s’est exprimé le Rév. Williams en conclusion de la
rencontre.
Le dialogue est coprésidé, du côté des Disciples du
Christ, par le Rév. Dr Newell Williams, Président de la
Brite Divinity School, Texas Christian University
[TCU], (Fort Worth, TX, États-Unis), et, du côté
catholique, par l’Évêque de Green Bay (WI, ÉtatsUnis), Mgr David L. Ricken.
Pour l’Évêque Ricken, « cette réunion, qui était la
troisième d’une série de six rencontres annuelles, a
représenté une véritable expérience de croissance dans
la compréhension et le respect mutuels. Les dialogues
nous permettent de comprendre la signification de nos
pratiques liturgiques et de l’éducation/formation à la
pratique rituelle. Cela constitue toujours une expérience
enrichissante et stimulante ».
Un document de travail intitulé « Formés par
l’Eucharistie : la connaissance à travers la pratique » a
été présenté par le Rév. Dr James Duke (Disciples du
Christ) tandis que Mgr Michael Clay, D. Min. (Église
catholique) a soumis au groupe un texte sur la
« Signification de la catéchèse eucharistique dans
l’Église catholique ». Deux documents à caractère
biblique avaient été rédigés, l’un par la Rév. Dr Merryl
Blair (Disciples du Christ) : « Le pain du ciel, manne
Les membres de la délégation des Disciples du
Christ étaient les suivants : Rév. Dr Newell Williams,
Brite Divinity School, TCU (Fort Worth, États-Unis),
coprésident ; Rév. Dr Robert Welsh, Council on
Christian
Unity
(Indianapolis,
États-Unis),
cosecrétaire ; Rév. Dr Thomas Best, (Belmont, États59
Unis) ; Rév. Dr Merryl Blair, Stirling Theological
College, University of Divinity (Melbourne, Australie) ;
Rév. Dr James O. Duke, Brite Divinity School, TCU
(Fort Worth, États-Unis) ; Rév. Angel Luis Rivera,
responsable pour l’Amérique Latine et les Caraïbes,
Global Ministries (Indiana/Puerto Rico) ; Rév. Dr
David M. Thompson (Cambridge, Royaume-Uni).
Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
(Cité du Vatican/Colombie), cosecrétaire ; Msgr
Michael Clay, D. Min., School of Theology and
Religious Studies, The Catholic University of America,
(États-Unis) ; Dr Mary Coloe, pbvm, University of
Divinity (Melbourne, Australie) ; M. Julien Hammond,
Délégué à l’œcuménisme, Archidiocèse d’Edmonton
(Canada) ; Rév. P. Joseph T. Shenosky, S.T.D., Vicerecteur,
Saint
Charles
Borromeo
Seminary,
(Philadelphia, États-Unis) ; Rév. P. Michael G. Witzcak,
S.L.D., School of Theology and Religious Studies, The
Catholic University of America (États-Unis).
Les membres catholiques étaient les suivants :
Mgr David L. Ricken, Évêque de Green Bay (WI,
États-Unis), coprésident ; Mgr Juan Usma Gómez,
Responsable de la Section occidentale, Conseil
Traduction de l’anglais SI
60
COMMISSION POUR LES RELATIONS RELIGIEUSES
AVEC LE JUDAÏSME
DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
À LA DÉLÉGATION DE LA CONFÉRENCE
DES RABINS EUROPÉENS
20 avril 2015
comme le critère de tout, de penser pouvoir contrôler
chaque chose, de se sentir autorisé à utiliser ce qui
l’entoure selon son propre arbitre. Il est très important,
en revanche, de se rappeler que notre vie est un don de
Dieu, et que nous devons nous confier à Dieu, avoir
confiance en Lui, nous adresser toujours à Lui. Les
juifs et les chrétiens ont le don et la responsabilité de
contribuer à garder vivant le sentiment religieux des
hommes d’aujourd’hui et de notre société, en
témoignant de la sainteté de Dieu et de celle de la vie
humaine: Dieu est saint, et la vie qu’il a donnée est
sainte et inviolable.
Les tendances antisémites et certains actes de haine
et de violence sont actuellement préoccupants en
Europe. Chaque chrétien ne peut que déplorer toute
forme d’antisémitisme, en manifestant au peuple juif sa
propre solidarité (cf. Nostra aetate, n. 4). On a
récemment commémoré le 70e anniversaire de la
libération du camp de concentration d’Auschwitz, où
s’est consommée la plus grande tragédie de la Shoah.
Que la mémoire de ce qui s’est passé, au cœur de
l’Europe, serve d’avertissement aux générations
présentes et futures. Il faut par ailleurs condamner
partout les manifestations de haine et de violence
contre les chrétiens et contre les fidèles d’autres
religions.
Chers amis, je vous remercie de tout cœur pour
cette visite, très significative. Je souhaite tout le bien
possible à vos communautés, en vous assurant de ma
proximité et de ma prière. Et, s’il vous plaît, n’oubliez
pas de prier pour moi.
Shalom alechem!
« Chaque chrétien ne peut que déplorer toute forme
d’antisémitisme, en manifestant au peuple juif sa propre
solidarité ». Voici ce qu’a souligné le Pape François, dans la
matinée du lundi 20 avril 2015, devant une délégation de la
Conférence des rabbins européens. « Aujourd’hui, en Europe, il
est plus que jamais important d’accorder de l’importance à la
dimension spirituelle et religieuse de la vie humaine. Dans une
société toujours plus marquée par la sécularisation et menacée par
l’athéisme, on court le risque de vivre comme si Dieu n’existait
pas » a-t-il ajouté. Nous publions, ci-dessous, l’intégralité du
discours qu’il a tenu en cette circonstance.
Chers amis,
Je vous souhaite la bienvenue au Vatican en tant
que membres de la délégation de la Conference of
European Rabbis. J’en suis particulièrement heureux et
reconnaissant, car il s’agit de la première visite que
votre organisation accomplit à Rome pour rencontrer
le Successeur de Pierre. Je salue le président, le rabbin
Pinchas Goldschmidt, le remerciant pour ses aimables
paroles.
J’exprime mes sincères condoléances pour la
disparition, hier soir, du rabbin Elio Toaff, ancien
grand rabbin de Rome. Je suis proche par la prière du
grand rabbin Riccardo di Segni — qui aurait dû être ici
avec nous — et de toute la communauté juive de
Rome, dans le souvenir empreint de reconnaissance de
cet homme de paix et de dialogue, qui accueillit le Pape
Jean-Paul II lors de sa visite historique au temple
majeur.
Le dialogue entre l’Église catholique et la
communauté juive se poursuit depuis désormais un
demi-siècle de manière systématique. Le 28 octobre
prochain, nous célébrerons le cinquantième
anniversaire de la Déclaration Nostra aetate, qui
représente encore actuellement le point de référence de
chacun de nos efforts dans cette direction. C’est avec
gratitude à l’égard du Seigneur que nous repensons à
ces années, en nous réjouissant pour les progrès
accomplis et pour l’amitié qui, au cours de cette
période, a grandi entre nous.
Aujourd’hui, en Europe, il est plus que jamais
important d’accorder de l’importance à la dimension
spirituelle et religieuse de la vie humaine. Dans une
société toujours plus marquée par la sécularisation et
menacée par l’athéisme, on court le risque de vivre
comme si Dieu n’existait pas. L’homme est souvent
tenté de se mettre à la place de Dieu, de se considérer
ORF, 30 avril 2015
LETTRE DE CONDOLÉANCES
DU PAPE FRANÇOIS AU RABIN DI SEGNI
POUR LA MORT DU RABIN ELIO TOAFF
20 avril 2015
En apprenant la nouvelle de la mort d’Elio Toaff, le Pape a
évoqué sa mémoire lors de l’audience à la Conférence des rabbins
européens du 20 avril. Le même jour, il a adressé la lettre qui
suit au Rabbin Riccardo Di Segni, successeur d’Elio Toaff à la
tête de la communauté juive de Rome.
Je désire exprimer ma plus sincère participation au
deuil de la famille et de l’entière communauté juive de
la capitale pour la disparition du rabbin, le professeur
Elio Toaff, longtemps éminent guide spirituel des juifs
de Rome. Protagoniste de l’histoire juive et civile
italienne des dernières décennies, celui-ci a su conquérir
une estime et une appréciation commune de son
autorité morale, alliée à une profonde humanité. Je me
61
souviens avec gratitude de son engagement généreux et
de sa sincère disponibilité pour la promotion du
dialogue et des relations fraternelles entre juifs et
catholiques, qui ont connu un moment significatif lors
de sa rencontre mémorable avec saint Jean-Paul II à la
Synagogue de Rome. J’élève des prières au Très-Haut,
riche d’amour et de fidélité, afin qu’il l’accueille dans
son Royaume de paix.
ORF, 23.04.2015
pendant la Seconde guerre mondiale, il les a rencontrés
très souvent et voulut fortement un document
conciliaire sur ce thème. Le second nous a laissé en
mémoire certains gestes historiques, comme sa visite à
Auschwitz ou à la Grande synagogue de Rome. Avec
l’aide de Dieu, je désire marcher dans leurs pas,
encouragé aussi par les nombreuses belles expériences
de rencontres et d’amitiés vécues à Buenos Aires.
Que le Tout-Puissant et Éternel bénisse
abondamment notre dialogue, surtout en cette année
où l’on commémore le cinquantième anniversaire
de Nostra aetate, afin que notre amitié ne cesse de
grandir et de donner des fruits abondants pour nos
communautés et pour la famille humaine tout entière.
Merci.
DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
À LA DÉLÉGATION DE "B'NAI B'RITH
INTERNATIONAL"
Salle des Papes, 25 juin 2015
Chers amis,
ORF, 2 juillet 2015
Je suis heureux de vous saluer à l’occasion de votre
visite au Vatican. Mes prédécesseurs ont rencontré à
diverses occasions des délégations de B’nai B’rith
International et je vous souhaite aujourd’hui la
bienvenue en vous renouvelant ma sympathie
respectueuse.
DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS AUX
PARTICIPANTS AU CONGRÈS
INTERNATIONAL ORGANISÉ PAR LE
CONSEIL INTERNATIONAL DES CHRÉTIENS
ET DES JUIFS
Salle Clémentine, 30 juin 2015
Votre organisation est en relation avec le Saint-Siège
depuis la promulgation de la déclaration conciliaire
Nostra aetate, qui constitue une pierre angulaire sur la
voie de la connaissance et de l’estime mutuelles entre
juifs et catholiques, basée sur le grand patrimoine
spirituel que, grâce à Dieu, nous avons en commun.
Chers frères,
Je me réjouis que cette année, vous ayez organisé
votre congrès à Rome, la ville où sont ensevelis les
apôtres Pierre et Paul. Tous les deux sont, pour tous les
chrétiens, des points de référence essentiels: ils sont
comme les « colonnes » de l’Église. Et ici, à Rome, se
trouve la communauté juive la plus antique d’Europe
occidentale, dont les origines remontent à l’époque des
Maccabées. Chrétiens et juifs vivent donc à Rome,
ensemble, depuis presque deux mille ans, bien que leurs
relations au cours de l’histoire n’aient pas été exemptes
de tensions.
En regardant l’histoire de ces cinquante dernières
années de dialogue régulier entre l’Église catholique et
le judaïsme, je ne peux que remercier le Seigneur pour
les grands progrès effectués. De nombreuses initiatives
encourageant la compréhension et le dialogue
réciproques ont été entreprises ; par-dessus tout, un
sentiment de confiance et d’estime mutuelles s’est
développé. Il existe de nombreux domaines dans
lesquels, en tant que juifs et chrétiens, nous pouvons
continuer de travailler ensemble pour le bien des
peuples de notre temps. Le respect de la vie et de la
création, la dignité humaine, la justice et la solidarité
peuvent nous voir unis pour le développement de la
société et pour assurer un avenir riche d’espérance pour
les générations à venir. D’une manière particulière,
nous sommes appelés à prier et à travailler ensemble
pour la paix. Malheureusement, un grand nombre de
pays et de régions du monde vivent des situations de
conflit — je pense en particulier à la Terre Sainte et au
Moyen-Orient — qui requièrent un engagement
courageux pour la paix. Celle-ci ne doit pas uniquement
être désirée, mais recherchée et construite patiemment
et avec ténacité avec la participation de tous, et des
croyants en particulier.
Un véritable dialogue fraternel a pu se développer à
partir du Concile Vatican II, après la promulgation de
la Déclaration Nostra aetate. Ce document représente en
effet le « oui » définitif aux racines juives du
christianisme, et le « non » irrévocable à l’antisémitisme.
En célébrant le cinquantième anniversaire de Nostra
aetate, nous pouvons constater les fruits abondants qu’il
a produits et établir avec gratitude un bilan du dialogue
juif-catholique. Nous pouvons exprimer ainsi notre
action de grâce à Dieu pour tout ce qui a été réalisé de
bon en termes d’amitié et de compréhension
réciproque au cours de ces cinquante années, car son
Esprit Saint a accompagné nos efforts de dialogue.
Notre division humaine, notre méfiance et notre
orgueil ont été surmontés grâce à l’Esprit de Dieu toutpuissant, si bien qu’entre nous se sont développées
toujours davantage la confiance et la fraternité. Nous
ne sommes plus des étrangers, mais des amis et des
frères. Nous confessons, bien qu’avec des perspectives
différentes, le même Dieu, Créateur de l’univers et
En ce moment précis, avec vous, je voudrais
rappeler avec une sincère gratitude tous ceux qui ont
œuvré pour l’amitié entre juifs et catholiques. Je
souhaite en particulier mentionner saint Jean XXIII et
saint Jean-Paul II. Le premier a sauvé beaucoup de juifs
62
Seigneur de l’histoire. Et lui, dans son infinie bonté et
sagesse, bénit toujours notre engagement de dialogue.
Dans la réflexion sur le judaïsme, le Concile
Vatican II a tenu compte des dix thèses de Seelisberg,
élaborées dans cette localité suisse, des thèses liées à la
fondation de l’International Council of Christians and
Jews. On peut dire qu’il existait déjà in nuce une
première idée de la collaboration entre votre
organisation et l’Église catholique. Cette coopération a
été lancée officiellement après le Concile, et en
particulier après l’institution de notre Commission pour
les rapports religieux avec le judaïsme, en 1947. Cette
Commission du Saint-Siège suit toujours avec un grand
intérêt les activités de votre organisation, en particulier
les congrès internationaux annuels, qui apportent une
contribution importante au dialogue juif-chrétien.
Les chrétiens, tous les chrétiens, ont des racines
juives. C’est pourquoi, dès sa naissance, l’International
Council of Christians and Jews a accueilli les diverses
confessions chrétiennes. Chacune d’elles, de la manière
qui lui est propre, s’approche du judaïsme, qui, à son
tour, est caractérisé par divers courants et sensibilités.
Les confessions chrétiennes trouvent leur unité dans le
Christ; le judaïsme trouve son unité dans la Torah. Les
chrétiens croient que Jésus Christ est la Parole de Dieu
qui s’est faite chair dans le monde; pour les juifs, la
Parole de Dieu est surtout présente dans la Torah. Ces
deux traditions de foi ont pour fondement le Dieu
unique, le Dieu de l’Alliance, qui se révèle aux hommes
à travers sa Parole. Dans la recherche d’une juste
attitude envers Dieu, les chrétiens s’adressent au Christ
comme source de vie nouvelle, les juifs à
l’enseignement de la Torah. Ce type de réflexion
théologique sur la relation entre judaïsme et
christianisme commence précisément à partir de Nostra
aetate (cf. n. 4) et, sur ce solide fondement, peut être et
doit être ultérieurement développé.
Chers frères, je vous remercie tous de cette visite et
je forme les meilleurs vœux pour votre congrès. Que le
Seigneur vous bénisse et vous protège dans sa paix. S’il
vous plaît, je vous demande de prier pour moi. Et je
vous invite tous à demander la bénédiction de Dieu
notre Père. Je la prononcerai dans ma langue
maternelle.
<<
ORF, 30 juillet 2015
63
DOCUMENTATION SUPPLÉMENTAIRE
SEMAINE DE PRIÈRE POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS 2016
LETTRE DU SECRÉTAIRE DU CPPUC
AUX COMMISSIONS ŒCUMÉNIQUES DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
ET DES SYNODES DES ÉGLISES CATHOLIQUES ORIENTALES
Au nom du Conseil Pontifical pour la promotion de
l’unité des chrétiens, j’ai le plaisir de vous adresser, cijoint, le livret pour la Semaine de prière pour l’unité des
chrétiens 2016. Ce matériel a été préparé par un comité
international constitué de représentants de ce même
Conseil Pontifical et de la Commission Foi et
Constitution du Conseil œcuménique des Églises, à
partir d’un projet de textes élaboré par un groupe
œcuménique représentant les Églises chrétiennes de
Lettonie.
Le matériel que vous trouverez ci-joint contient une
introduction au thème, un schéma de célébration
œcuménique, un choix de lectures et des commentaires
pour les huit jours de l’Octave de prière, ainsi qu’une
présentation de la situation œcuménique en Lettonie.
Ces textes pourront être utilisés de multiples manières
et sont destinés à être employés non seulement durant
la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens mais
aussi tout au long de l’année 2016. Ils sont également
disponibles en ligne, en différentes langues, sur le site
du
Saint-Siège : http://ww.vatican.va/roman_curia/
pontifical_councils/chrstuni (Ecumenismo spirituale a
livello mondiale).
Le thème biblique sur lequel portent les textes pour
l’année 2016 est notre mission commune telle qu’elle
nous est décrite dans la Première Épître de Pierre 2,9 :
Appelés à proclamer les hauts faits du Seigneur. En tant que
chrétiens, dans le baptême nous avons part à une
communion réelle, bien qu’incomplète, qui nous
confère une même identité, celle d’enfants de Dieu, et
la mission commune de témoigner de l’œuvre de la
grâce.
Le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité
des chrétiens vous serait reconnaissant de bien vouloir
porter ces textes à l’attention des personnes
responsables de l’organisation des différentes
manifestations qui ponctueront la Semaine de prière
pour l’unité des chrétiens. Nous vous encourageons
fortement à adapter ce matériel au niveau régional ou
local, de manière à ce qu’il puisse correspondre
davantage aux nécessités du contexte socioculturel
local. Nous espérons aussi que ce matériel pourra être
adapté pour sa diffusion parmi les jeunes, les groupes
et associations de jeunes. Ce travail offrira ainsi sur
place une nouvelle occasion de collaboration entre
chrétiens.
Partant d’un très ancien baptistère aujourd’hui placé en
plein cœur de la Cathédrale luthérienne de Riga et
remontant à l’époque du grand évangéliste de la Lettonie,
Saint Meinhard, les chrétiens de ce pays nous proposent
une réflexion sur leur propre histoire. Certes, cette histoire
est marquée par la guerre et les conflits idéologiques. Mais
cette histoire nous parle aussi de la grâce. Car c’est la grâce
de l’Évangile et du baptême qui a fait de nous « la race
élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le
peuple que Dieu s’est acquis » (1 Pierre 2,9). Les chrétiens
de Lettonie nous invitent à nous demander comment
nous témoignons de cette grâce et comment nous
pouvons surmonter l’obstacle que, pour beaucoup,
représente le scandale de la division et du conflit, pour
pouvoir ensemble faire connaître la grâce de l’Évangile, la
Parole de Dieu qui est une Parole d’amour, à tous ceux
qui ont si désespérément soif de ce message.
En vous assurant de tous mes vœux et en vous
remerciant de votre soutien dans la sainte cause de la
recherche de l’unité chrétienne, je vous prie d’agréer
l’expression de mes sincères salutations en Christ.
 Brian Farrell
Secrétaire
64
IMPORTANT
Ceci est la version internationale de la Semaine de prière
pour l’année 2016
Pour vous procurer la version spécialement adaptée à votre situation locale,
veuillez contacter la Conférence épiscopale de votre pays
ou le Synode de votre Église
Textes pour
la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens
et pour toute l’année 2016
Appelés à proclamer
les hauts faits du Seigneur
(cf. 1 Pierre 2, 9)
Conjointement préparés et publiés par
le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises
 Traduction de l’original anglais réalisée par le Service National pour l'Unité des Chrétiens de la Conférence des évêques de
France.
65
À TOUS CEUX QUI ORGANISENT
LA SEMAINE DE PRIÈRE
POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS
bliques proposés pour les Huit Jours. Les commentaires de chaque jour peuvent se conclure par
une prière d’intercession.
 Pour les personnes qui souhaitent prier en privé, les
textes contenus dans cette brochure peuvent alimenter leurs prières et leur rappeler aussi qu’elles
sont en communion avec tous ceux qui prient à travers le monde pour une plus grande unité visible de
l’Église du Christ.
RECHERCHER L’UNITÉ TOUT AU LONG DE L’ANNÉE
Dans l’hémisphère nord, la Semaine de prière pour
l’unité des chrétiens est célébrée du 18 au 25 janvier.
Ces dates furent proposées en 1908 par Paul Wattson
de manière à couvrir la période entre la fête de saint
Pierre et celle de saint Paul. Ce choix a donc une signification symbolique. Dans l’hémisphère Sud, où le mois
de janvier est une période de vacances d’été, on préfère
adopter une autre date, par exemple aux environs de la
Pentecôte (ce qui fut suggéré par le mouvement Foi et
constitution en 1926) qui représente aussi une autre
date symbolique pour l’unité de l’Église.
TEXTE BIBLIQUE POUR 2016*
1 Pierre 2,9-10
Vous êtes la race élue, la communauté sacerdotale
du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis,
pour que vous proclamiez les hauts faits de celui qui
vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière,
vous qui jadis n’étiez pas son peuple, mais qui
maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez
pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez
obtenu miséricorde.
En gardant cette flexibilité à l’esprit, nous vous encourageons
à considérer ces textes comme une invitation à trouver d’autres
occasions, au cours de l’année, pour exprimer le degré de communion que les Églises ont déjà atteint et pour prier ensemble en vue
de parvenir à la pleine unité voulue par le Christ.
ADAPTER LES TEXTES
Ces textes sont proposés étant bien entendu que,
chaque fois que cela sera possible, on essayera de les
adapter aux réalités des différents lieux et pays. Ce faisant, on devra tenir compte des pratiques liturgiques et
dévotionnelles locales ainsi que du contexte socio-culturel. Une telle adaptation devrait normalement être le
fruit d’une collaboration œcuménique. Dans plusieurs
pays, des structures œcuméniques sont déjà en place et
elles permettent ce genre de collaboration. Nous espérons que la nécessité d’adapter la Semaine de prière à la
réalité locale puisse encourager la création de ces
mêmes structures là où elles n’existent pas encore.
La Bible – Traduction œcuménique – TOB
INTRODUCTION
AU THÈME DE L’ANNÉE 2016
Appelés à proclamer les hauts faits du Seigneur
(cf. 1 Pierre 2,9)
UTILISER LES TEXTES DE LA SEMAINE DE PRIÈRE
POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS
 Pour les Églises et les Communautés chrétiennes
qui célèbrent ensemble la Semaine de prière au
cours d’une seule cérémonie, ce livret propose un
modèle de Célébration œcuménique de la Parole de
Dieu.
HISTORIQUE
Le plus ancien baptistère de Lettonie remonte à
saint Meinhard, le grand évangélisateur du pays. Il se
trouvait à l’origine dans sa cathédrale, à Ikskile, et se
situe maintenant en plein cœur de la cathédrale
luthérienne de Riga, la capitale du pays. L’emplacement
du baptistère, tout près de la belle chaire sculptée de la
cathédrale, parle éloquemment du lien entre baptême et
prédication, ainsi que de l’appel à proclamer les hauts faits
du Seigneur, adressé à tous les baptisés. Cet appel
constitue le thème de la Semaine de prière pour l’unité
chrétienne de 2016. C’est en s’inspirant de deux versets
de la Première Lettre de saint Pierre que des membres
de diverses Églises lettones ont préparé les éléments
proposés pour cette semaine.
 Les Églises et Communautés chrétiennes peuvent
également se servir pour leurs célébrations des
prières ou des autres textes de la Célébration œcuménique de la Parole de Dieu, des textes proposés
pour les Huit Jours et du choix de prières en appendice de cette brochure.
 Les Églises et Communautés chrétiennes qui
célèbrent la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens chaque jour de la semaine, peuvent trouver des
suggestions dans les textes proposés pour les Huit
Jours.
* Citations scripturaires : Les citations bibliques en version française
reproduites dans ces pages sont empruntées à la Nouvelle Traduction œcuménique de la Bible (TOB), © Bibli’O – Société biblique,
française et Éditions du Cerf, 2010. Tous droits réservés.
 Les personnes désirant entreprendre des études bibliques sur le thème de la Semaine de prière peuvent
également se baser sur les textes et les réflexions bi66
Des témoignages archéologiques permettent de
penser que le christianisme fut introduit en Lettonie au
cours du Xe siècle, par des missionnaires byzantins. La
majorité des récits fait toutefois remonter le
christianisme letton aux XIIe-XIIIe siècles, et à la
mission évangélisatrice de saint Meinhard et de
missionnaires allemands ultérieurs. La capitale, Riga, a
été l’une des premières cités à adopter les idées de
Luther, au XVIe siècle ; et au XVIIIe siècle, des
missionnaires moraves (les Frères de Herrnhut) ont
ranimé et approfondi la foi chrétienne dans l’ensemble
du pays. Leurs descendants devaient jouer un rôle
capital en posant les fondations de l’indépendance
nationale, en 1918.
désarmés, unis dans le chant et la prière, ont élevé des
barricades dans les rues de Riga et se sont tenus côte à
côte pour défier les chars soviétiques.
Les ténèbres du totalitarisme du XXe siècle ont
néanmoins éloigné bien des gens de la vérité sur Dieu
le Père, sa révélation en Jésus Christ et la puissance de
vie accordée par l’Esprit Saint. La période postsoviétique a heureusement été aussi celle d’un
renouveau des Églises. Beaucoup de chrétiens se
rassemblent pour prier en petits groupes et lors de
célébrations œcuméniques. Bien conscients que la
lumière et la grâce du Christ n’habitent et ne
transforment pas encore tout le peuple letton, ils
veulent travailler et prier ensemble afin que la société
lettone guérisse des blessures historiques, ethniques et
idéologiques qui continuent de la déformer.
Le passé, où ont alterné des périodes de conflits et
de souffrances, a eu des conséquences considérables
sur la vie de l’Église lettone actuelle. Il faut
malheureusement reconnaître qu’en usant de la force,
certains des premiers missionnaires et croisés ont
contredit le cœur du message évangélique. Au cours
des siècles, la terre lettone a servi de champ de bataille
religieux et politique à diverses puissances nationales et
confessionnelles. Les changements de majorités
politiques survenus en diverses régions du pays se sont
aussi traduits fréquemment par des modifications
d’appartenance confessionnelle. La Lettonie est placée
aujourd’hui à un carrefour de régions catholiques
romaines, protestantes et orthodoxes. Du fait de cette
situation unique, elle abrite des chrétiens de traditions
multiples, sans qu’il n’y en ait aucune qui soit
dominante.
L’APPEL À ÊTRE PEUPLE DE DIEU
Saint Pierre déclare aux premiers chrétiens que,
lorsqu’ils étaient en recherche de sens, avant de
rencontrer l’Évangile, ils n’étaient pas un peuple. Mais en
accueillant l’appel à être pour Dieu une race choisie et à
recevoir sa puissance de salut en Jésus Christ, ils sont
devenus le peuple de Dieu. Cette réalité s’exprime dans le
baptême qui est commun à tous les chrétiens, et par
lequel nous renaissons de l’eau et de l’Esprit Saint
(cf. Jean 3,5). Dans le baptême, nous mourons au
péché pour ressusciter avec le Christ dans une vie
nouvelle, celle de la grâce de Dieu. C’est un défi
permanent que de garder conscience, jour après jour,
de cette identité nouvelle dans le Christ.
La première existence de la Lettonie comme État
remonte à la période comprise entre 1918 et 1940,
c’est-à-dire aux lendemains de la Première Guerre
mondiale et de la chute des empires russe et allemand.
La Deuxième Guerre mondiale et les décennies qui
l’ont suivie, avec leurs idéologies totalitaires et antichrétiennes – nazisme et communisme athées – ont
amené le ravage de la terre et de la population lettones
jusqu’à ce que l’Union Soviétique s’effondre, en 1991.
Pendant ces années, les chrétiens ont témoigné de
l’Évangile ensemble – et cela, jusqu’au martyre. En
Lettonie, le Musée Mgr Sloskans rappelle ce
témoignage commun, avec une liste de tous les martyrs,
orthodoxes, luthériens, baptistes et catholiques. Les
chrétiens ont découvert leur participation au sacerdoce
royal dont parle saint Pierre, en supportant la torture et
l’exil et en mourant à cause de leur foi en Christ. Ce
lien dans la souffrance a créé une communion
profonde entre les chrétiens de Lettonie. Il leur a
permis de découvrir leur sacerdoce baptismal, ce qui les
a rendus capables d’offrir leurs souffrances en les
unissant à celles de Jésus, pour le bien des autres.
 Comment comprenons-nous notre appel commun à être
le « peuple de Dieu » ?
 Comment exprimons-nous notre identité baptismale de
« sacerdoce royal » ?
L’ÉCOUTE DES HAUTS FAITS DE DIEU
Le baptême ouvre sur l’aventure d’un nouvel
itinéraire de foi où tout nouveau chrétien prend place
dans le peuple de Dieu à travers les âges. La Parole de
Dieu – c’est-à-dire les Écritures à partir desquelles les
chrétiens de toutes traditions prient, étudient et
réfléchissent – instaure entre eux une communion
réelle, quoiqu’encore incomplète. Dans les textes sacrés
de la Bible que nous partageons, nous apprenons
comment Dieu a agi pour sauver les hommes au cours
de l’histoire du salut : en tirant son peuple de
l’esclavage d’Égypte, et à travers ce qui constitue le plus
grand de ses hauts faits : la résurrection de Jésus d’entre
les morts, qui nous fait tous entrer dans une vie
nouvelle. La lecture priante de la Bible invite en outre
les chrétiens à reconnaître les hauts faits de Dieu dans
leur propre vie.
L’expérience du chant et de la prière en commun –
notamment de l’hymne nationale Que Dieu bénisse la
Lettonie – a été fondamentale pour le retour de ce pays à
l’indépendance, en 1991. On priait avec ferveur pour la
liberté en beaucoup d’églises de la ville. Des citoyens
 Comment voyons-nous les « hauts faits » de Dieu et
comment y répondons-nous : par l’adoration et la
louange, en travaillant pour la justice et la paix ?
67
 Quel prix accordons-nous aux Écritures en ce qu’elles
constituent la Parole de la vie qui nous appelle à
davantage d’unité et d’engagement missionnaire ?
donne du goût à la vie, cette vie qui, si souvent, peut
sembler terne et vide ; et nous nous servons d’une
parole de grâce qui guide les gens, les aide à se situer et
leur permet de comprendre ce qu’ils sont et ce qu’est le
monde dans lequel ils vivent.
RÉPONSE ET PROCLAMATION
Dieu ne nous a pas choisis par privilège. Il nous a
rendus saints, sans que cela veuille dire que les
chrétiens sont meilleurs que les autres. Il nous a choisis
dans un but précis. Nous ne sommes saints que si nous
nous engageons à servir Dieu, et le servir c’est toujours
transmettre son amour à toute l’humanité. Être un
peuple sacerdotal, c’est être au service du monde. Les
chrétiens vivent cet appel baptismal et témoignent des
hauts faits de Dieu par une grande diversité de moyens :
Il a été demandé à des représentants de différentes
initiatives de collaborations œcuméniques en Lettonie
de réfléchir au thème choisi et à leur expérience
particulière. Leurs réflexions sont à la base de ce qui est
proposé pour les huit jours de l’Octave.
PRÉPARATION DU MATÉRIEL
DE LA SEMAINE DE PRIÈRE
POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS 2016
La guérison des blessures : des guerres, conflits et
violences de toutes sortes ont blessé la vie affective et
relationnelle du peuple letton et de beaucoup d’autres.
La grâce de Dieu nous aide à implorer le pardon pour
les obstacles que nous mettons à la réconciliation et à la
guérison, à accueillir la miséricorde et à grandir en
sainteté.
Le thème pour la Semaine de prière pour l’unité
chrétienne de cette année a été choisi par un groupe de
représentants de différentes régions de la Lettonie, à
l’initiative de l’archevêque catholique de Riga, Mgr
Zbigņevs Stankevičs.
La recherche de la vérité et de l’unité : la conscience de
notre identité commune dans le Christ nous invite à
travailler pour apporter une réponse aux questions qui
nous divisent encore entre chrétiens. Nous sommes
appelés, comme les disciples sur la route d’Emmaüs, à
partager nos expériences et ainsi à découvrir que, dans
notre pèlerinage commun, Jésus Christ est au milieu de
nous.
Que soient ici remerciés :
 Madame Anda Done (Église luthérienne)
 Monsieur Levi Ivars Graudins (Maison lettone de
prière pour tous les peuples)
 Madame Zanna Hermane (Vertikale, émission
télévisée chrétienne du dimanche matin)
 Monsieur Nils Jansons (Communauté du Chemin
Neuf)
 Sœur Rita Refalo (religieuse du Mouvement Pro
Sanctitate)
 Madame Velta Skolmeistere (Centre de la jeunesse
catholique de l’archidiocèse de Riga)
 Madame Gunta Ziemele (Centre de la jeunesse
catholique de l’archidiocèse de Riga).
Un engagement résolu en faveur de la dignité humaine : les
chrétiens, qui sont passés des ténèbres à la merveilleuse
lumière du Royaume, reconnaissent la dignité singulière
de toute vie humaine. En agissant ensemble, au plan
social et caritatif, nous tendons la main aux pauvres,
aux nécessiteux, aux drogués et aux personnes
marginalisées.
 Sur le plan de notre engagement pour l’unité
chrétienne, de quoi nous faudrait-il demander
pardon ?
La rédaction des textes proposés ci-après a été
achevée au cours d’une réunion de la Commission
internationale dont les membres sont désignés par la
Commission Foi et Constitution du Conseil
œcuménique des Églises et par le Conseil Pontifical
pour la promotion de l’unité des chrétiens. En
septembre 2014, ils ont été rejoints au séminaire
métropolitain de l’Église catholique à Riga par les
représentants des Églises lettones.
 Puisque nous avons conscience de la miséricorde de
Dieu, comment nous engageons-nous dans des actions
sociales et caritatives avec d’autres chrétiens ?
INTRODUCTION AUX AUTRES TEXTES
La célébration œcuménique emprunte des symboles
bibliques – la bougie allumée et le sel – pour exprimer
visuellement les hauts faits que nous sommes appelés à
annoncer au monde, comme chrétiens baptisés. Ces
deux images évangéliques, Jésus les utilise dans le
Sermon sur la Montagne : le sel et la lumière (cf. Mt
5,13-16). Elles expriment notre identité de chrétiens :
Vous êtes le sel… Vous êtes la lumière…, et décrivent notre
mission : sel de la terre… lumière du monde…
Ils adressent leurs chaleureux remerciements à Mgr
Pauls Kļaviņš pour son accueil, ainsi qu’au personnel et
aux séminaristes pour leur généreuse hospitalité. Ils
souhaitent en particulier remercier les pères Aivars
Līcis et Kārlis Miķelsons pour leur aide dans
l’organisation du travail et des visites.
Les participants ont été accompagnés et guidés au
cours de leur découverte de l’île de Saint-Meinhard, sur
le fleuve Daugava, près d’Ikšķile, là où se trouvent les
ruines de la première cathédrale (consacrée en 1186),
Le sel et la lumière sont des images de ce que les
chrétiens doivent donner aux hommes et femmes de
notre temps : nous recevons une parole de Dieu qui
68
ainsi que pour leur visite des cathédrales luthérienne et
catholique de Riga, de l’église anglicane du SaintSauveur dans la vieille ville de Riga. Ces visites ont été
d’un grand intérêt pour la rédaction de ce document.
Mot d’accueil
C : Chers amis dans le Christ, en nous rassemblant
pour cette célébration de l’unité, nous rendons
grâce à Dieu pour notre dignité et notre vocation
chrétiennes que saint Pierre décrit ainsi : « Vous
êtes la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la
nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis, pour que
vous proclamiez les hauts faits de celui qui vous a appelés
des ténèbres à sa merveilleuse lumière. » Nous prions
cette année avec les chrétiens de Lettonie qui ont
préparé cette célébration, en espérant grandir en
communion avec notre Seigneur Jésus Christ et
avec tous nos frères et sœurs qui aspirent à l’unité
(cf. 1 P 2,9).
CÉLÉBRATION ŒCUMÉNIQUE
INTRODUCTION À LA LITURGIE
Le groupe rédacteur letton suggère que des représentants de
différentes Églises entrent en portant une Bible, une bougie
allumée (qui peut être le cierge pascal) et une vasque de sel. Il
propose également que chacun de ces symboles soit fourni par une
communauté distincte. La Bible serait à placer sur le pupitre des
lectures, le sel et la bougie pouvant être déposés soit près du
pupitre comme symboles de la Parole de Dieu, soit près du
baptistère, en signes de notre appel baptismal.
II. PRIÈRES POUR DEMANDER L’ESPRIT SAINT
C : Esprit Saint, toi le don du Père en son Fils JésusChrist, demeure en nous, ouvre nos cœurs et
rends-nous attentifs à ta voix.
A : Esprit Saint, viens en nous.
Une corbeille de petites bougies pourrait aussi être disposée
dans le sanctuaire pour qu’après la prédication, des membres de
l’assemblée puissent allumer des bougies individuelles à la flamme
apportée en début de célébration.
C : Esprit Saint, Divin Amour, source d’unité et de
sainteté, montre-nous l’amour du Père.
A : Esprit Saint, viens en nous.
Bien qu’aucune hymne particulière ne soit indiquée, le groupe
préparatoire letton suggère des cantiques trinitaires. Il propose
aussi que les répons Kyrie Eleison et Christe Eleison soient
chantés. Au cours de la liturgie de la Parole, un bref répons de
l’assemblée est prévu dans le texte. L’introduction aux lectures
reprend l’expression "explosion d’amour", empruntée au
fondateur du Mouvement Pro Sanctitate, Guglielmo
Giaquinta. Ce mouvement est vivant en Lettonie et certains de
ses membres ont contribué à préparer cette célébration.
C : Esprit Saint, Feu de l’amour, purifie-nous en
faisant disparaître toute division de nos cœurs, de
nos communautés et du monde, pour que nous
soyons un au nom de Jésus.
A : Esprit Saint, viens en nous.
C : Esprit Saint, fortifie notre foi en Jésus, vrai Dieu
et vrai homme, Lui qui a porté nos péchés de
divisions jusqu’à la Croix et nous a conduits à la
communion par sa Résurrection.
A : Esprit Saint, viens en nous.
Après la célébration :
Le pain, surtout le pain noir, est un symbole letton
d’hospitalité. Lorsque de nouveaux habitants emménagent dans
une maison, il est d’usage qu’en signe de bénédiction, des amis
leur présentent une miche de pain sur laquelle on a répandu du
sel en forme de croix. Le groupe letton préparatoire invite les
chrétiens du monde à imiter ce geste d’hospitalité lors du moment
fraternel qu’ils partageront, après la célébration.
C : Père, Fils et Esprit Saint, demeure en nous pour
nous transformer en communion d’amour et de
sainteté. Que nous soyons un en toi, qui vis et
règnes pour les siècles des siècles.
A : Amen.
DÉROULEMENT DE LA CÉLÉBRATION
Chant de louange
Appelés à proclamer les hauts faits du Seigneur
(cf. 1 P 2,9)
III. PRIÈRES DE RÉCONCILIATION
C : Dieu nous invite à la réconciliation et à la sainteté.
Que nos esprits, nos cœurs et nos corps se
préparent à accueillir la grâce de la réconciliation
sur leur route vers la sainteté.
C : Célébrant
A : Assemblée
L : Lecteur
Silence
I. RASSEMBLEMENT
C : Seigneur, tu nous as créés à ton image. Quand
nous manquons de respect envers notre propre
nature et le monde que tu nous as donné,
pardonne-nous. Kyrie eleison.
A : Kyrie eleison.
Chant d’entrée
Les célébrants font leur entrée. Ils peuvent apporter une
Bible, une bougie allumée et du sel.
69
C : Seigneur, tu nous invites à être parfaits comme
notre Père céleste est parfait. Quand nous
manquons à la sainteté, cessons d’être un peuple
intègre et ne respectons plus les droits des êtres
humains et leur dignité, pardonne-nous. Christe
eleison.
A : Christe eleison.
Matthieu 5,1-16
C : Seigneur de la vie, de la paix et de la justice,
lorsque nous transmettons une culture de mort, de
guerre et d’injustice, et cessons de bâtir la
civilisation de l’amour, pardonne-nous. Kyrie
eleison.
A : Kyrie eleison.
V. GESTE D’ENGAGEMENT POUR ÊTRE SEL ET LUMIÈRE
L : Écoutez et vous vivrez.
A : Nous rendons grâce à Dieu.
Prédication
Le célébrant fait maintenant cette invitation à l’assemblée :
C : Nous avons écouté les Écritures que nous
honorons et qui sont notre richesse,
et nous avons été nourris ensemble à la même
table de la Parole.
Nous emporterons avec nous cette sainte Parole
dans le monde
car la même mission nous unit :
celle d’être sel de la terre, lumière du monde,
celle de proclamer les hauts faits du Seigneur.
C : Dieu de miséricorde, daigne-nous emplir de ta
grâce et de ta sainteté. Fais de nous des apôtres de
l’amour, partout où nous sommes. Nous te le
demandons par le Christ, notre Seigneur.
A : Amen.
En signe de cette mission que nous partageons,
nous invitons ceux qui le souhaitent à s’avancer, à
venir goûter une pincée de ce sel et à allumer une
petite bougie à cette unique flamme. Nous
invitons ceux qui poseront ce geste à garder la
flamme allumée jusqu’à la fin de la célébration.
IV. PROCLAMATION DE LA PAROLE DE DIEU
L : La Parole de Dieu que nous allons entendre est
une explosion d’amour en nos vies. Écoutez et
vous vivrez.
A : Nous rendons grâce à Dieu.
Esaïe 55,1-3
VI. PRIÈRES D’ESPÉRANCE
C : En enfants de Dieu, conscients de notre dignité et
de notre mission, faisons monter nos prières et
affirmons notre désir d’être pour Dieu un peuple
saint.
L : Écoutez et vous vivrez.
A : Nous rendons grâce à Dieu.
Psaumes 145,8-9.15-16.17-18
Silence
L : Je bénirai ton nom à jamais
A : Je bénirai ton nom à jamais.
C : Père très aimant, transforme nos cœurs, nos
familles, nos communautés et notre société.
A : Rends-nous tous saints et un dans le Christ.
L : Le Seigneur est bienveillant et miséricordieux,
lent à la colère et d’une grande fidélité.
Le Seigneur est bon pour tous,
plein de tendresse pour toutes ses œuvres.
A : Je bénirai ton nom à jamais.
C : Source de vie, apaise la soif dont souffre notre
société : soif de dignité, d’amour, de communion
et de sainteté.
A : Rends-nous tous saints et un dans le Christ.
L : Les yeux sur toi, ils espèrent tous,
et tu leur donnes la nourriture en temps voulu ;
tu ouvres ta main
et tu rassasies tous les vivants que tu aimes.
A : Je bénirai ton nom à jamais.
C : Esprit Saint, Esprit de joie et de paix, guéris les
divisions qu’engendre en nous un mauvais usage
du pouvoir et de l’argent, et réconcilie-nous dans
nos diversités de cultures et de langages. Comme
enfants de Dieu, fais notre unité.
A : Rends-nous tous saints et un dans le Christ.
L : Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tous ses actes.
Le Seigneur est proche de tous ceux qui
l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent vraiment.
A : Je bénirai ton nom à jamais.
C : Trinité d’amour, fais-nous passer des ténèbres à ta
merveilleuse lumière.
A : Rends-nous tous saints et un dans le Christ.
C : Seigneur Jésus Christ, par le baptême, nous
sommes devenus un avec toi. Nous unissons donc
notre prière à la tienne en reprenant les paroles
que tu nous as toi-même enseignées…
1 Pierre 2,9-10
L : Écoutez et vous vivrez.
A : Nous rendons grâce à Dieu.
A : Notre Père…
70
VII. PARTAGE DE LA PAIX
tombeau de Jésus. Des blessures de cette nature
nous emprisonnent dans un tombeau spirituel.
C : Jésus dit :
Vous êtes le sel de la terre.
Vous êtes la lumière du monde.
Que votre lumière brille devant les autres,
afin qu’en voyant vos bonnes œuvres,
ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.
Soyez le sel de la terre.
Soyez la lumière du monde.
 Mais si, dans notre souffrance, notre peine s’unit à
la sienne, l’histoire n’en reste pas à ce stade, en nous
laissant enfermés dans nos tombeaux. Le
tremblement de terre de la résurrection du Seigneur
est l’événement extraordinaire où nos tombeaux
s’ouvrent et où nous sommes libérés du chagrin et
de l’amertume qui nous maintenaient dans
l’isolement les uns des autres.
Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous.
A : Et avec votre esprit.
 Le haut fait du Seigneur, le voici : c’est son amour
qui fait trembler la terre, roule les pierres, nous
libère et nous appelle au-dehors, en ce matin d’un
jour nouveau. Alors, en cette aube nouvelle, nous
sommes unis à nos frères et sœurs qui, eux aussi,
ont été emprisonnés et ont souffert. Et, comme
Marie-Madeleine, il nous faut « quitter en hâte » ce
grand moment de joie pour aller annoncer aux
autres ce que le Seigneur a fait.
C : Échangeons un signe de paix.
VIII. BÉNÉDICTION ET ENVOI
C : Bénis soient les pauvres de cœur.
Bénis soient ceux qui pleurent.
Bénis soient les doux.
Bénis soient les miséricordieux.
Bénis soient les cœurs purs.
Bénis soient ceux qui font œuvre de paix.
Bénis soient les persécutés.
Bénis soyez-vous par Dieu, Père,
Fils et Esprit Saint.
A : Amen.
QUESTIONS
 Quels sont les événements, les situations de nos vies
et les circonstances qui nous conduisent à nous
enfermer dans le tombeau – dans la tristesse, le
chagrin, les soucis, l’anxiété et le désespoir ? Qu’estce qui nous empêche d’accepter la promesse et la
joie de la résurrection du Christ ?
C : Allez dans la paix du Christ.
A : Amen.
 Dans quelle mesure sommes-nous prêts à partager
notre expérience de Dieu avec ceux que nous
rencontrons ?
COMMENTAIRES BIBLIQUES
ET PRIÈRES POUR LES « HUIT JOURS »
1ER JOUR
FAIRE ROULER LA PIERRE
Ez 37,12-14
Je vais ouvrir vos tombeaux, je vous ferai
remonter de vos tombeaux, ô mon peuple.
Ô Dieu, ta loyauté est si haute et tu as fait
de si grandes choses !
Ayant part à ses souffrances, nous aurons part
aussi à sa gloire.
Il n’est pas ici, car il est ressuscité
comme il l’avait dit.
Ps 71,18b-23
Rm 8,15-21
Mt 28,1-10
2E JOUR
APPELÉS À ÊTRE MESSAGERS DE JOIE
Es 61,1-4
L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi.
Le Seigneur, en effet, a fait de moi un Messie,
il m’a envoyé porter joyeux message
aux humiliés.
Oh ! quel plaisir, quel bonheur de se trouver
entre frères !
Comblez ma joie en vivant en plein accord.
Ayez un même amour, un même cœur ;
recherchez l’unité.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous
et que votre joie soit parfaite.
Ps 133
Ph 2,1-5
Jn 15,9-12
COMMENTAIRE
COMMENTAIRE
Les réflexions de cette journée ont été préparées par le Centre
de la Jeunesse catholique de l’Archidiocèse de Riga, et résultent de
son expérience de préparation du Chemin de Croix
œcuménique ‒ un événement œcuménique annuel d’une grande
importance en Lettonie. Cette expérience invite à réfléchir à ce
que signifient la Passion et la Résurrection dans le contexte
letton, et aux hauts faits que les chrétiens baptisés sont appelés à
proclamer.
À l’époque soviétique, aucune présence chrétienne n’était
possible dans les medias publics lettons. Après l’indépendance, la
radio lettone d’État a commencé à diffuser des programmes
chrétiens portant principalement sur l’unité et la mission, en
instaurant un forum pour permettre aux responsables des diverses
Églises de se rencontrer. Ce témoignage public de respect mutuel,
d’amour et de joie a contribué à faire vivre l’esprit œcuménique
letton. C’est l’expérience des créateurs de ces émissions chrétiennes
à la radio lettone d’État qui a inspiré cette réflexion.
 La période soviétique de la Lettonie continue de
peser sur les habitants de cette nation. Beaucoup de
souffrance et de peine demeurent, et les blessures
infligées restent dures à pardonner. Tout cela
ressemble à cette grande pierre, placée à l’entrée du
 La joie évangélique invite les chrétiens à vivre la
prophétie d’Ésaïe : « L’Esprit du Seigneur Dieu est
sur moi. Le Seigneur, en effet, a fait de moi un
71
Messie, il m’a envoyé porter joyeux message aux
humiliés ». Nous avons soif de la Bonne Nouvelle
qui peut guérir nos cœurs brisés et nous libérer de
tout ce qui nous ligote et nous rend captifs.
le Christ, et la souffrance de la désunion. En signe de cette
division, ils déposent une patène et un calice vides sur l’autel à la
prière du soir. Leur expérience a inspiré cette réflexion.
 Les divisions entre chrétiens font obstacle à
l’évangélisation. Le monde ne peut pas croire que
nous sommes les disciples de Jésus tant que notre
amour des uns pour les autres est incomplet. Nous
éprouvons la souffrance de cette division en ne
pouvant pas recevoir le corps et le sang du Christ
ensemble, au cours de l’Eucharistie, sacrement de
l’unité.
 Lorsque notre propre souffrance nous attriste, il
peut nous manquer la vigueur suffisante pour
annoncer la joie qui vient de Jésus. Néanmoins,
même si nous nous sentons incapables de donner
quoi que ce soit à l’autre, dès lors que nous
témoignons du peu que nous avons, Jésus le
multiplie en nous et chez ceux qui nous entourent.
 Jésus dit dans l’Évangile, « Comme le Père m’a
aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans
mon amour » et « aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés ». C’est ainsi que nous
découvrons que sa joie nous habite, pour que notre
joie soit parfaite. Cet amour réciproque et cette joie
mutuelle sont au cœur de notre prière pour l’unité.
Comme le dit le psalmiste : « Oh ! quel plaisir, quel
bonheur de se trouver entre frères ! »
 La source de notre joie, c’est notre vie commune
dans le Christ. Notre vie fraternelle quotidienne
consiste à accueillir, aimer, servir, prier et témoigner
avec des chrétiens de traditions différentes. C’est la
perle de grand prix que le Saint-Esprit nous a
donnée.
 La nuit d’avant sa mort, Jésus a prié pour que nous
soyons un et que nous nous aimions les uns les
autres. Aujourd’hui, nous élevons nos mains pour
prier avec lui pour l’unité chrétienne. Nous prions
pour les évêques, les ministres et membres de toutes
les Églises. Nous prions pour que l’Esprit Saint
nous guide sur ce chemin de l’unité.
QUESTIONS
 Qu’est-ce qui, dans le monde et les Églises, étouffe
la joie ?
 Que pouvons-nous recevoir des autres chrétiens
pour que la joie de Jésus soit en nous et nous fasse
témoigner de la Bonne Nouvelle ?
QUESTIONS
 Comment considérons-nous les chrétiens d’autres
Églises, et sommes-nous prêts à leur demander
pardon de nos préjugés à leur égard ?
PRIÈRE
Dieu d’amour, regarde notre volonté de te servir en
dépit de notre pauvreté spirituelle et de nos aptitudes
limitées. Viens habiter de ta présence les désirs
profonds de nos cœurs. Remplis nos cœurs brisés de
ton amour qui guérit, pour qu’il nous soit possible
d’aimer comme tu nous as aimés. Accorde-nous le don
de l’unité, pour que nous puissions te servir avec joie et
que nous partagions ton amour à tous. Nous te le
demandons au nom de ton fils Jésus Christ, notre
Seigneur. Amen.
3E JOUR
LE TÉMOIGNAGE FRATERNEL
Je 31,10-13
Ils arrivent, ils entonnent des chants de joie
sur les hauteurs de Sion.
Demandez la paix pour Jérusalem : que tes amis
vivent tranquilles.
Si quelqu’un dit « J’aime Dieu2 et qu’il haïsse
son frère,
c’est un menteur.
Qu’ils parviennent à l’unité parfaite
et qu’ainsi le monde puisse croire que c’est toi qui
m’as envoyé.
Ps 122
1 Jn 4,16b-21
Jn 17,20-23
 Qu’est-ce que chacun d’entre nous peut faire pour
que les divisions entre chrétiens diminuent ?
PRIÈRE
Seigneur Jésus, toi qui as prié pour que nous soyons
tous un, nous te prions pour que tu nous accordes le
don de l’unité telle que tu la veux, par les moyens que
tu veux. Que ton Esprit nous donne d’éprouver la
souffrance de la séparation, de voir notre péché et
d’espérer au-delà de toute espérance. Amen.
4E JOUR
UN PEUPLE DE PRÊTRES APPELÉ
À PROCLAMER L’ÉVANGILE
Gn 17,1-8
Ton nom sera Abraham, car je te donnerai
de devenir le Pèred’une multitude de nations.
Le Seigneur est bienveillant et miséricordieux,
lent à la colèreet d’une grande fidélité.
Et comment croiraient-ils en lui sans l’avoir
entendu ?
D’autres grains sont tombés dans la bonne terre
et ont donné du fruit, l’un cent, l’autre soixante,
l’autre trente.
Ps 145,8-12
Rm 10,14-15
Mt 13,3-9
COMMENTAIRE
COMMENTAIRE
Le Chemin Neuf, communauté catholique internationale à
vocation œcuménique, est implanté en Lettonie depuis plus de dix
ans, à travers des membres à la fois catholiques et luthériens.
Ensemble, ils expérimentent la joie qu’apporte la fraternité dans
Les réflexions qui suivent ont été inspirées par les producteurs
de Vertikale, émission chrétienne du dimanche matin. Le
maintien de cette voix chrétienne à la télévision nationale lettone a
72
COMMENTAIRE
constitué un véritable défi. Les producteurs en ont tiré
l’enseignement suivant : ce n’est qu’en apprenant à reconnaître les
autres chrétiens comme des frères et sœurs que nous pouvons oser
porter la Parole de Dieu dans l’espace public.
La fraternité vécue entre les responsables chrétiens est
l’expression visible de la vie œcuménique lettone. Ces responsables
se rassemblent régulièrement à Gaizins, la plus haute colline
lettone, ainsi qu’en d’autres lieux, pour 40 heures de prière et de
vie fraternelle simple, au cours desquelles ils partagent les repas.
Pendant toute la durée de ces rassemblements, les fidèles les
soutiennent par la prière et l’intercession permanentes. Ces
rencontres ressourcent les responsables dans leur collaboration en
Christ. C’est l’expérience du fondateur de la Maison lettone de
prière pour tous les peuples qui a inspiré cette réflexion.
 Dans le monde d’aujourd’hui, nos lieux de vie sont
plus que jamais inondés de paroles : non plus
seulement du fait de nos propres conversations,
mais par la télévision, la radio et maintenant les
réseaux sociaux. Ces paroles ont le pouvoir de
construire et de détruire. Une grande part de cet
océan de mots paraît inutile : il est plus insignifiant
que nourrissant.
 Le commandement de Jésus de nous aimer les uns
les autres n’est pas une théorie. Notre communion
d’amour des uns pour les autres se concrétise
lorsque nous nous rassemblons intentionnellement
comme disciples du Christ, pour partager la vie
fraternelle et la prière dans la puissance de l’Esprit.
 On peut se noyer dans cette immensité dépourvue
de sens. Mais nous avons entendu une parole de
salut ; elle nous a été jetée comme une bouée de
sauvetage. Elle nous appelle à la communion, et
nous invite à nous unir à tous ceux qui l’ont
entendue également. Jadis, nous n’étions pas un
peuple, mais maintenant nous sommes le peuple de
Dieu.
 Plus les chrétiens, et particulièrement leurs
responsables, cheminent ensemble humblement et
patiemment à la rencontre du Christ, plus les
préjugés s’estompent, plus nous découvrons le
Christ les uns dans les autres, et plus nous devenons
d’authentiques témoins du royaume de Dieu.
 Mieux encore, nous sommes un peuple de prêtres.
Si nos mots s’unissent à ceux d’autres personnes
ayant accueilli sa Parole, ce ne sont plus de simples
gouttes perdues dans l’océan. Nous disposons de la
sorte d’une parole puissante à dire. Dans l’unité,
nous pouvons l’affirmer avec puissance : Yeshua –
Dieu sauve.
 L’œcuménisme peut parfois apparaître comme étant
très compliqué. Et pourtant, la vie fraternelle
joyeuse, le partage d’un repas, la prière et la louange
communes font partie de la simplicité apostolique.
C’est par eux que nous obéissons au
commandement de nous aimer les uns les autres, et
de proclamer notre Amen à la prière du Christ pour
l’unité.
QUESTIONS
 Qu’y a-t-il de notre part comme ambitions
personnelles, esprits de compétition, faux préjugés
vis-à-vis d’autres chrétiens, et ressentiments qui
obscurcissent notre proclamation de l’Évangile ?
QUESTIONS
 Faisons-nous l’expérience de nous rencontrer les
uns les autres, comme frères et sœurs en Christ,
pour vivre la fraternité chrétienne, partager des
repas et prier ensemble ?
 Quels sont ceux qui peuvent entendre une parole de
vie de notre part ?
PRIÈRE
 Qu’attendons-nous des évêques et des autres
responsables d’Églises pour avancer vers l’unité
visible de l’Église ? Comment pouvons-nous les
soutenir et les encourager ?
Seigneur Jésus, tu as dit que c’est à l’amour que
nous aurions les uns pour les autres que l’on nous
reconnaîtrait comme tes disciples. Fais que, fortifiés par
ta grâce, nous travaillions inlassablement à l’unité
visible de ton Église, afin que la Bonne Nouvelle que tu
nous appelles à proclamer puisse se faire entendre en
chacune de nos paroles et en tous nos actes. Amen.
5E JOUR
LA FRATERNITÉ DES APÔTRES
Es 56,6-8
Car ma maison sera appelée « Maison de prière
pour tous les peuples ».
Qui gravira la montagne du Seigneur ?
Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres
et à la communion fraternelle, à la fraction
du pain et aux prières.
Je vous donne un commandement nouveau :
aimez-vous les uns les autres.
Ps 24
Ac 2,37-42
Jn 13,34-35
PRIÈRE
Toi, le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père
de la gloire, accorde à tous les chrétiens, et plus
particulièrement à ceux que tu as chargés de guider ton
Église, ton esprit de sagesse et de science afin que nous
puissions voir avec les yeux du cœur l’espérance à
laquelle tu nous as appelés : être un seul corps et un
seul esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul
baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne audessus de tous, par tous et en tous. Amen.
73
6E JOUR
ÉCOUTEZ CE RÊVE
Gn 37,5-8
Ps 126
Rm 12,9-13
Écoutez le rêve que j’ai fait.
Nous avons cru rêver.
Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle
affection ; rivalisez d’estime réciproque.
Le monde entier ne pourrait pas contenir
les livres qu’on écrirait.
Jn 21,25
PRIÈRE
Père céleste, accorde-nous l’humilité de savoir
entendre ta voix, de recevoir ton appel, et de partager
ton rêve que l’Église soit unie. Aide-nous à rester
conscients de la tristesse de la désunion. Là où les
divisions nous ont laissé des cœurs de pierre, fais que le
feu de l’Esprit Saint les embrase et nous inspire d’être
un dans le Christ, comme il est un en toi, afin que le
monde croie que tu l’as envoyé. Nous te le demandons
au nom de Jésus. Amen.
COMMENTAIRE
La désunion des chrétiens fait mal. Les Églises souffrent de
leur incapacité à se rassembler à la Table du Seigneur comme une
seule famille ; elles souffrent de leurs rivalités et de leurs hostilités
historiques. En 2005, une réponse à la désunion des chrétiens a
été apportée par la création d’une revue œcuménique : Kas Mus
Vieno ? (« Qu’est-ce qui nous unit ? »). L’expérience de
réalisation de cette revue a inspiré la réflexion ci-après.
7E JOUR
L’HOSPITALITÉ DANS LA PRIÈRE
Is 62,6-7
Sur tes murailles, Jérusalem, j’ai posté des gardes ;
à longueur de jour, à longueur de nuit, ils ne
doivent jamais rester inactifs.
Gens du monde entier, faites une ovation
au Seigneur. Offrez-lui un culte joyeux.
Vivez donc d'une manière raisonnable
et gardez l'esprit éveillé afin de pouvoir prier.
L'eau que je lui donnerai deviendra en lui une
source d'où jaillira la vie éternelle.
Ps 100
 Joseph fait un rêve, et ce rêve est un message de
Dieu. Mais lorsqu’il fait part de son rêve à ses frères,
ceux-ci réagissent avec colère et violence parce que
le songe implique qu’ils s’inclinent devant lui.
Finalement, la famine conduit les frères en Égypte,
et ils s’inclinent bel et bien devant Joseph, mais au
lieu de l’abaissement et du déshonneur qu’ils
redoutaient, c’est un moment de réconciliation et de
grâce.
1 P 4,7b-10
Jn 4,4-14
COMMENTAIRE
L’expérience de la prière commune pendant chacun des huit
jours de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne a aidé les
chrétiens de la petite ville de Madona à se rassembler dans
l’amitié. Un fruit particulier de ces rencontres a été l’ouverture
d’une chapelle de prière œcuménique en centre-ville. Elle est
aménagée à partir d’éléments de traditions luthérienne, catholique
et orthodoxe. Les chrétiens de Madona se réunissent là pour prier
continuellement tout au long de la journée Cette expérience figure
en arrière-plan des réflexions suivantes.
 Jésus, comme Joseph, nous dévoile une vision, un
message sur la vie dans le royaume de son Père.
C’est une vision d’unité. Mais, comme les frères de
Joseph, cela nous agace souvent, nous fâche et nous
fait craindre à la fois la vision comme telle et ce
qu’elle paraît impliquer. Elle requiert que nous nous
soumettions à la volonté de Dieu et que nous nous
inclinions devant elle. Nous l’appréhendons parce
que nous avons peur à l’idée de ce que nous
pourrions perdre. Mais la vision ne porte pas sur
quelque chose à perdre. Elle concerne plutôt les
retrouvailles des frères et sœurs que nous avions
perdus, le retour à l’unité de la famille.
 Tant que le peuple de Dieu est divisé, et que les
chrétiens ne se connaissent pas entre eux, nous
sommes, tout comme Jésus en Samarie, des
étrangers en terre inconnue, avec nos besoins de
sécurité, de fraîcheur, de repos.
 Le peuple d’Israël était en quête d’un lieu de sécurité
où il pourrait rendre un culte au Seigneur. Isaïe nous
parle du haut fait du Seigneur : il a posté des gardes
sur les murailles de Jérusalem, afin que son peuple
puisse lui rendre un culte nuit et jour, en toute
sécurité.
 Nous avons rédigé beaucoup de textes
œcuméniques, mais nous ne pouvons pas limiter
notre vision de l’unité chrétienne à des déclarations
d’accord, quelle qu’en soit la portée. L’unité que
Dieu désire pour nous, la vision qu’il nous en
présente, dépasse de beaucoup tout ce que nous
pouvons exprimer en des mots ou que peuvent
contenir des ouvrages. Elle exprime ce qui doit
prendre chair en nos vies, ainsi que dans la prière et
la mission que nous partageons avec nos frères et
sœurs. Elle se réalise principalement dans l’amour
que nous manifestons les uns pour les autres.
 Pendant la Semaine de Prière, nos églises et
chapelles deviennent des lieux de sécurité, de repos
et de ressourcement où les gens peuvent se réunir
pour prier. Le défi qui nous est présenté à partir de
là consiste à créer d’autres espaces et temps de
prière privilégiés, parce que c’est en priant ensemble
que nous devenons un même peuple.
QUESTIONS
QUESTIONS
 Que signifie le fait de déposer nos rêves d’unité
chrétienne aux pieds du Christ ?
 Comment pouvons-nous encourager l’hospitalité
mutuelle entre paroisses et communautés de notre
localité ?
 En quoi la vision d’unité qu’a le Seigneur appelle-telle les Églises à se renouveler et à se transformer
aujourd’hui ?
74
 Y a-t-il un endroit de notre voisinage où les
chrétiens de traditions différentes peuvent se
rassembler pour prier, et si tel n’est pas le cas
pouvons-nous favoriser la création d’un lieu de ce
genre ?
 Quels sont les dons (initiatives, méthodes, et
programmes) que nous pouvons recevoir d’autres
communautés chrétiennes ?
PRIÈRE
Seigneur Jésus, tu as rendu nos cœurs brûlants audedans de nous, et tu nous as renvoyés sur la route vers
nos frères et sœurs, avec le message évangélique aux
lèvres. Aide-nous à percevoir que l’espérance et
l’obéissance à tes commandements conduisent toujours
à une plus grande unité de ton peuple. Amen.
PRIÈRE
Seigneur Jésus, tu as demandé à tes apôtres de
veiller et de prier avec toi. Fais que nous puissions
offrir au monde des temps et lieux privilégiés qui lui
permettent de se ressourcer et de trouver la paix, afin
qu’en priant avec d’autres chrétiens, nous parvenions à
te connaître davantage. Amen.
8E JOUR
DES CŒURS QUI BRÛLENT
POUR L’UNITÉ
Is 52,7-9
Qu'il est beau de voir venir, franchissant les
montagnes, un porteur de bonne nouvelle !
Tu as changé ma plainte en danse de joie.
Dieu a voulu faire connaître aux païens ce plan
si riche et si magnifique : le Christ est en vous.
Puis il leur expliqua ce qui était dit à son sujet
dans l'ensemble des Écritures, en commençant
par les livres de Moïse et en continuant par tous
les livres des Prophètes.
Ps 30
Col 1,27-29
Lc 24,13-36
LA SITUATION ŒCUMÉNIQUE EN LETTONIE
I. LES ÉGLISES CHRÉTIENNES
Un « œcuménisme vivant » : cette expression décrit
bien la situation en Lettonie aujourd’hui. De plus en
plus souvent, et en un nombre croissant de lieux, les
chrétiens de différentes traditions se rencontrent pour
prier ensemble et pour un témoignage commun. On
peut expliquer ce dynamisme notamment par le fait que
les trois confessions les plus importantes ont un
nombre voisin de fidèles, tandis que les Églises plus
petites sont très actives. La Lettonie est une sorte de
« pont » entre les traditions catholiques, protestantes et
orthodoxes. Selon les statistiques officielles de 2011,
34,3 % des Lettons sont luthériens, 25,1 % catholiques
et 19,4 % sont orthodoxes ou Vieux-Croyants. 1,2 %
de la population appartient à d’autres Églises (baptistes,
adventistes, pentecôtistes, ou d’autres Églises libres).
20 % des habitants se déclarent membres d’autres
religions ou sans appartenance religieuse. Six traditions
religieuses ont une reconnaissance officielle en
Lettonie : le luthéranisme, le catholicisme, le baptisme,
l’orthodoxie, les Vieux-Croyants et le judaïsme.
COMMENTAIRE
Différentes Églises lettones ont pu œuvrer ensemble dans une
démarche commune d’évangélisation à partir des Parcours Alpha,
originellement mis en place par l’Église anglicane de la SainteTrinité de Brompton, près de Londres. Les Lettons venus à la foi
grâce à ce programme sont ouverts à l’étude et à l’enrichissement
que peuvent leur apporter les dons des autres communautés
chrétiennes. Cette expérience a inspiré les réflexions suivantes.
 Les disciples déçus, qui quittent Jérusalem pour se
rendre à Emmaüs, ont cessé d’espérer que Jésus ait
pu être le Messie, et s’éloignent pas à pas de leur
communauté. Ce déplacement génère séparation et
isolement.
II. L’ŒCUMÉNISME VÉCU
Bien que les Églises en Lettonie n’aient pas créé un
Conseil national d’Églises, la vie œcuménique porte
beaucoup de fruit. La coopération entre les chrétiens
en Lettonie est vitale aujourd’hui si l’on veut que le
message évangélique puisse atteindre la société
contemporaine post-moderne dans sa diversité et dans
la pluralité des opinions. Dans la coopération
œcuménique et les relations entre les différentes
confessions en Lettonie, on pourrait dire qu’il s’agit de
proclamer « les hauts faits du Seigneur ».
 Par opposition, ils repartent vers Jérusalem emplis
d’espérance, et le message de la Bonne Nouvelle
aux lèvres. C’est ce message de résurrection qui les
ramène au cœur de la communauté et dans la
communion fraternelle.
 Les chrétiens tentent souvent d’évangéliser dans un
esprit de compétition et avec le souci de remplir
leurs propres églises. L’ambition étouffe leur désir
que d’autres entendent le message évangélique qui
fait vivre. La véritable évangélisation, c’est d’aller
d’Emmaüs à Jérusalem, de passer de l’isolement à
l’unité.
Régulièrement les évêques des Églises catholique,
orthodoxe, luthérienne et baptiste adressent un
message commun à la société lettone sur des sujets
éthiques, sur la défense de la vie ou sur la justice
sociale. En raison des relations fraternelles entre les
responsables des Églises catholique et luthérienne en
Lettonie, la consécration épiscopale de l’actuel
archevêque catholique a eu lieu dans la cathédrale
luthérienne de Riga.
QUESTIONS
 Quelles sont les déceptions qui nous isolent des
autres ?
75
Les responsables des différentes Églises se
retrouvent pour marquer ensemble les fêtes nationales
et les jours fériés, par exemple le 18 novembre, journée
nationale de l’Indépendance. La Parole de Dieu est
proclamée, des allocutions sont prononcées, avec la
contribution des musiciens des différentes Églises.
catholique, luthérien et baptiste. Les chrétiens d’Igate
veulent y prier tout particulièrement pour les enfants
déjà nés et ceux qui ne sont pas encore au monde, ainsi
que pour leurs mères, en leur apportant aussi leur aide.
On peut encore citer comme exemple d’initiative
individuelle celle qui a lieu au Mont des Gaizins. C’est
un laïc qui a invité les responsables d’Église à se
rencontrer et à prier ensemble sur cette colline, la plus
haute de Lettonie. Ceux-ci ont accepté ; pendant ces
rencontres, ils sont soutenus par une prière continuelle
des fidèles. Ce rassemblement a déjà eu lieu sept fois, et
de nouveaux responsables d’Église se sont ajoutés au fil
des années
Ces mêmes responsables sont rassemblés chaque
année pour la réunion du Conseil des affaires
spirituelles que le Premier Ministre préside. Dans le
cadre de ces relations officielles avec l’État, les quatre
principales confessions chrétiennes ont préparé
ensemble des publications qui sont utilisées dans les
écoles publiques et qui ont été approuvées par le
ministère de l’Éducation nationale.
Qu’est-ce qui nous unit ? : tel est le titre d’une
publication lancée il y a dix ans par un laïc,
particulièrement soucieux de l’unité des Églises. Le
premier numéro était consacré uniquement à la
Semaine de prière pour l’unité chrétienne. Les numéros
suivants ont abordé des thèmes œcuméniques. Cette
publication est distribuée gratuitement dans les
communautés locales des différentes Églises.
Toutefois les relations entre les évêques ou entre les
ministres des Églises lettones vont bien au-delà des
célébrations œcuméniques. Elles s’enracinent dans une
amitié authentique. Elles remettent en question ces
murs de la division construits dans les siècles
antérieurs, et permettent une reconnaissance mutuelle
comme ministres de l’Évangile. Les évêques
catholiques, luthériens et baptistes se rencontrent
régulièrement. Ils prient, ils louent Dieu ensemble dans
un climat fraternel et ils discutent de questions
importantes pour la Lettonie.
On trouve d’autres exemples de coopération
œcuménique dans différents groupes de prière ou
communautés, tels que le Chemin neuf, la Croix bleue,
Kalnskola et Effata, mais aussi avec des engagements
sociaux comme les aumôneries de prison, ou le centre de
réhabilitation pour les anciens drogués et alcooliques, la
Maison de la miséricorde de Bethléem. Dans tous ces
mouvements et organismes, dans la prière quotidienne
ou la mission, les chrétiens de différentes Églises
travaillent main dans la main et œuvrent à l’unité
chrétienne dans des tâches de la vie quotidienne.
Entre les communautés locales, au niveau paroissial,
il y a aussi beaucoup d’exemples de coopération
œcuménique. On trouve par exemple des parcours
d’évangélisation organisés en commun avec les Parcours
Alpha. La paroisse catholique de Sainte-Thérèse-del’Enfant-Jésus et celle de Sainte-Marie-Madeleine, l’église
luthérienne de Tornakalns à Riga ainsi que la
communauté baptiste d’Āgenskalns se rencontrent
régulièrement, elles ont des projets caritatifs communs et
publient ensemble un calendrier. Depuis l’an 2000 les
différentes communautés chrétiennes à Madona ont, au
cours de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne,
une célébration quotidienne, organisée chaque jour dans
une paroisse différente. Cette expérience permet à
beaucoup de fidèles de faire connaissance avec leurs
frères et sœurs d’autres confessions. Fruit de cette
expérience, une chapelle interconfessionnelle a été créée,
la première en Lettonie, où des frères et sœurs de
différentes Églises peuvent venir prier. Les portes de la
chapelle sont ouvertes jour et nuit. Des catholiques et
des luthériens y assurent à tour de rôle une présence
continue de prière.
Cette diversité confessionnelle en Lettonie marque
aussi la vie familiale. Il y a de nombreux couples mixtes
et les divisions qui demeurent entre Églises chrétiennes
rejaillissent sur leur quotidien, pour la célébration du
mariage, pour la catéchèse des enfants, pour la présence
à l’église le dimanche et la communion eucharistique de
ceux qui pratiquent.
Les familles chrétiennes sont exposées aux
difficultés de notre société moderne mondialisée.
Depuis 1994, la fraternité Cana aide tout
particulièrement les familles. Une fête œcuménique des
familles est organisée depuis 2006, en lien avec la
municipalité de Riga, afin d’attirer l’attention sur les
problèmes que rencontrent les familles et pour les
soutenir. Ce sont les Églises libres en Lettonie qui
œuvrent tout particulièrement pour ces événements, en
lien avec les trois principales confessions chrétiennes.
En plus de ces activités organisées par les Églises et
les paroisses, plusieurs initiatives sont mises sur pied
par des chrétiens particulièrement motivés par
l’œcuménisme. Pour prendre un exemple marquant, on
peut citer l’ouverture de la chapelle œcuménique SaintJean-le-Baptiste et Marie-Madeleine dans le petit village
d’Igate. La construction de cette chapelle relève d’une
initiative privée. Elle est utilisée par les fidèles des
quatre principales confessions chrétiennes en Lettonie :
luthériens, catholiques, orthodoxes et baptistes. Le
bâtiment a été béni le 18 janvier 2013 par les évêques
Les medias jouent un rôle important pour
l’évangélisation. Un groupe œcuménique produit des
émissions qui sont diffusées régulièrement sur la radio
publique de Lettonie : elles contribuent à la promotion
de l’unité et à la communion entre les chrétiens du
pays. Un organisme catholique dénommé Emanuels
produit l’émission télévisée Vertikale qui est diffusée
sur la première chaîne lettone. Ces émissions essayent
76
SEMAINE DE PRIÈRE
POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS
de montrer ce qui unit les chrétiens plutôt que ce qui
les divise. Les producteurs cherchent des témoins du
Christ dans les communautés orthodoxes, catholiques,
luthériennes, baptistes et dans d’autres Églises. Il y a
aussi une radio évangélique, la Radio chrétienne
lettone, dont beaucoup d’émissions ont aussi un intérêt
œcuménique.
THÈMES 1968-2016
C’est en 1968 que débuta officiellement la collaboration
entre la Commission Foi et Constitution du COE
et le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
pour la préparation de ces textes.
Dans plusieurs villes de Lettonie – Kuldiga,
Valmiera, Madona, Liepāja notamment –, un chemin
de Croix a lieu chaque Vendredi saint dans les rues. À
Riga ce chemin de croix œcuménique est organisé par
le centre de la jeunesse catholique de l’archidiocèse de
Riga, et il rassemble des milliers de fidèles, catholiques,
luthériens, baptistes, pentecôtistes ou d’autres
confessions. En tête de la procession les évêques et les
ministres des différentes Églises marchent côte à côte.
En plus des prières habituelles d’un chemin de croix,
on y fait intervenir des acteurs professionnels des
différents théâtres de Riga, qui sont également
membres de différentes Églises. À la démarche
spirituelle et religieuse, cette prière ajoute donc une
dimension culturelle. Dans ce moment commun de
recueillement et de réflexion, tous les chrétiens sont
unis dans la prière du chemin de croix : « Nous
t’adorons, ô Christ, et nous te louons. Par ta croix, tu as
sauvé le monde ».
1968 Pour la louange de sa gloire (Ep 1, 14)
To the praise of his glory
1969 Appelés à la liberté (Ga 5, 13)
Called to freedom
(Réunion préparatoire à Rome, Italie)
1970 Nous sommes les coopérateurs de Dieu (1 Co 3, 9)
We are fellow workers for God
(Réunion préparatoire au Monastère de Niederaltaich,
République Fédérale d’Allemagne)
1971 ... et la communion du Saint-Esprit (2 Co 13, 13)
... and the communion of the Holy Spirit
(Réunion préparatoire à Bari, Italie)
1972 Je vous donne un commandement nouveau
(Jn 13, 34)
I give you a new commandment
(Réunion préparatoire à Genève, Suisse)
III. LES DÉFIS DU MOUVEMENT ŒCUMÉNIQUE
Il y a des bases solides pour continuer à développer
l’œcuménisme en Lettonie, notamment parce
qu’aucune Église n’est en situation de domination, mais
aussi parce qu’il y a déjà de nombreuses activités
œcuméniques. Et pourtant, il faut reconnaître que
toutes ces activités ne concernent qu’un nombre
relativement restreint de fidèles, déjà très ouverts aux
relations œcuméniques, tandis que beaucoup de
chrétiens y sont indifférents ou opposés.
1973 Seigneur, apprends-nous à prier (Lc 11, 1)
Lord, teach us to pray
(Réunion préparatoire à l’Abbaye de Montserrat,
Espagne)
1974 Que tous confessent : Jésus Christ est Seigneur
(Ph 2, 1-13)
That every tongue confess: Jesus Christ is Lord
(Réunion préparatoire à Genève, Suisse)
(En avril 1974, une lettre fut adressée aux églisesmembres ainsi qu’à d’autres parties intéressées à la création de groupes locaux pouvant participer à la préparation du livret de la Semaine de Prière. Un groupe australien fut le premier à s’engager concrètement en préparant
en 1975 le projet initial de livret pour la Semaine de
Prière.)
Un autre défi pour les Églises en Lettonie est
l’absence de comités officiels pour le dialogue
théologique entre elles. Des accords sur ces questions
permettraient certainement de motiver les laïcs à un
engagement œcuménique.
On peut dire que l’avenir de l’œcuménisme dépend
largement des relations personnelles et de la
communion existante qui assure déjà le succès des
événements œcuméniques actuels. Souvent c’est une
Église qui prend une initiative sans que la responsabilité
ne soit partagée par toutes les Églises. C’est un petit
groupe de fidèles enthousiastes qui en porte tout le
poids. Les Églises doivent donc trouver le moyen de
porter ensemble les projets œcuméniques en se
partageant les responsabilités.
1975 La volonté du Père : tout réunir sous un seul
Chef, le Christ (Ep 1, 3-10)
God’s purpose: all things in Christ
(Projet de texte élaboré par un groupe australien - Réunion préparatoire à Genève, Suisse)
1976 Appelés à devenir ce que nous sommes
(1 Jn 3, 2)
We shall be like him or Called to become what
we are
(Projet de texte élaboré par la Conférence des églises des
Caraïbes - Réunion préparatoire à Rome, Italie)
Enfin, un des défis importants pour la communion
des Églises reste la situation politique : elle affaiblit les
liens avec les frères et sœurs de l’Église orthodoxe
lettone (Patriarcat de Moscou). Il faut donc encore
trouver de nouveaux chemins pour approfondir les
relations.
77
1977 L’espérance ne déçoit pas (Rm 5, 1-5)
Enduring together in hope
(Projet de texte élaboré au Liban, en pleine guerre civile.
Réunion préparatoire à Genève, Suisse)
1989 Bâtir la communauté : un seul corps en Christ
(Rm 12, 5-6a)
Building community: one body in Christ
(Projet de texte élaboré au Canada - Réunion préparatoire à Whaley Bridge, Angleterre)
1978 Vous n’êtes plus des étrangers (Ep 2, 13-22)
No longer strangers
(Projet de texte élaboré par un groupe œcuménique de
Manchester, Angleterre)
1990 Que tous soient un... afin que le monde croie
(Jn 17)
That they all may be one... That the world
may believe
(Projet de texte élaboré en Espagne - Réunion préparatoire à Madrid, Espagne)
1979 Soyez au service les uns des autres pour la gloire
de Dieu (1 P 4, 7.11)
Serve one another to the glory of God
(Projet de texte élaboré en Argentine - Réunion préparatoire à Genève, Suisse)
1991 Nations, louez toutes le Seigneur
(Ps 117 et Rm 15, 5-13)
Praise the Lord, all you nations
(Projet de texte élaboré en Allemagne - Réunion préparatoire à Rotenburg an der Fulda, République Fédérale
d’Allemagne)
1980 Que ton Règne vienne (Mt 6, 10)
Your kingdom come
(Projet de texte élaboré par un groupe œcuménique de
Berlin, République Démocratique d’Allemagne - Réunion préparatoire à Milan, Italie)
1992 Je suis avec vous... allez donc (Mt 28, 16-20)
I am with you always ... Go, therefore
(Projet de texte élaboré en Belgique - Réunion préparatoire à Bruges, Belgique)
1981 Un seul Esprit - des dons divers - Un seul corps
(1 Co 12, 3b-13)
One Spirit - many gifts - one body
(Projet de texte élaboré par les Pères de Graymoor,
États-Unis - Réunion préparatoire à Genève, Suisse)
1993 Porter le fruit de l’Esprit pour l’unité
des chrétiens (Ga 5, 22-23)
Bearing the fruit of the Spirit for Christian unity
(Projet de texte élaboré au Zaïre - Réunion préparatoire
près de Zurich, Suisse)
1982 Que tous trouvent leur demeure en toi, Seigneur
(Ps 84)
May all find their home in you, O Lord
(Projet de texte élaboré au Kenya - Réunion préparatoire
à Milan, Italie.)
1994 La maison de Dieu : appelés à n’avoir « qu’un
cœur et qu’une âme » (Ac 4, 32)
The household of God: called to be one in heart
and mind
(Projet de texte élaboré en Irlande - Réunion préparatoire
à Dublin, Irlande)
1983 Jésus Christ - Vie du monde (1 Jn 1, 1-4)
Jesus Christ - the Life of the World
(Projet de texte élaboré par un groupe œcuménique
d’Irlande - Réunion préparatoire à Céligny [Bossey],
Suisse)
1995 Koinônia : communion en Dieu et entre
nous (Jn 15, 1-7)
Koinonia: communion in God and with one
another
(Projet de texte élaboré par Foi et constitution - Réunion
préparatoire à Bristol, Angleterre)
1984 Appelés à l’unité par la Croix de notre Seigneur
(1 Co 2, 2 et Col 1, 20)
Called to be one through the cross of our Lord
(Réunion préparatoire à Venise, Italie)
1985 De la mort à la Vie avec le Christ (Ep 2, 4.7)
From death to life with Christ
(Projet de texte élaboré en Jamaïque - Réunion préparatoire à Grandchamp, Suisse)
1996 Voici, je me tiens à la porte et je frappe
(Ap 3, 14-22)
Behold, I stand at the door and knock
(Projet de texte élaboré au Portugal - Réunion préparatoire à Lisbonne, Portugal)
1986 Vous serez mes témoins (Ac 1, 6.8)
You shall be my witnesses
(Textes proposés en Yougoslavie [Slovénie] - Réunion
préparatoire en Yougoslavie)
1997 Au nom du Christ... laissez-vous réconcilier
avec Dieu (2 Co 5, 20)
We entreat you on behalf of Christ, be
reconciled to God
(Projet de texte élaboré en Scandinavie - Réunion préparatoire à Stockholm, Suède)
1987 Unis dans le Christ, une nouvelle création
(2 Co 5, 17-6, 4a)
United in Christ - a New Creation
(Projet de texte élaboré en Angleterre - Réunion préparatoire à Taizé, France)
1998 L’Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse
(Rm 8, 14-27)
The Spirit helps us in our weakness
(Projet de texte élaboré en France - Réunion préparatoire
à Paris, France)
1988 L’Amour de Dieu bannit la crainte (1 Jn 4, 18)
The love of God casts out fear
(Projet de texte élaboré en Italie - Réunion préparatoire à
Pinerolo, Italie)
78
1999 Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est
avec eux (Ap 21, 3)
He will dwell with them as their God, they will
be his peoples
(Projet de texte élaboré en Malaisie - Réunion préparatoire au Monastère de Bose, Italie)
2008 Priez sans cesse (1 Th 5, 17)
Pray without ceasing
(Projet de texte élaboré aux États-Unis - Réunion
préparatoire à Graymoor, Garrison, États-Unis)
2009 Ils seront unis dans ta main (Ez 37, 17)
That they may become one in your hand
(Projet de texte élaboré en Corée - Réunion préparatoire
à Marseille, France)
2000 Béni soit Dieu... qui nous a bénis en Christ
(Ep 1, 3-14)
Blessed be God who has blessed us in Christ
(Projet de texte élaboré par le Conseil des Églises du
Moyen-Orient - Réunion préparatoire au Sanctuaire de
La Verna, Italie)
2010 De tout cela, c’est vous qui êtes les témoins
(Lc 24, 48)
You are witnesses of these things
(Projet de texte élaboré en Écosse - Réunion préparatoire
à Glasgow, Écosse)
2001 Je suis le chemin et la vérité et la vie (Jn 14, 1-6)
I am the Way, and the Truth, and the Life
(Projet de texte élaboré en Roumanie - Réunion préparatoire à la Casa de Odihna, Roumanie)
2011 Unis dans l’enseignement des Apôtres, la
communion fraternelle, la fraction du pain et la
prière (cf. Ac 2, 42)
One in the apostles’ teaching, fellowship,
breaking
of
bread
and
prayer
(Projet de texte élaboré à Jérusalem - Réunion préparatoire à Saydnaya, Syrie)
2002 Car chez toi est la fontaine de la vie
(Ps 36 [35], 10)
For with you is the fountain of life (Ps 36 : 5-9)
(Projet de texte élaboré par le Conseil des Conférences
Épiscopales Européennes (CCEE) et la Conférence des
Églises Européennes (CEC) - Réunion préparatoire au
Centre œcuménique d’Ottmaring, Augsbourg, République Fédérale d’Allemagne)
2012 Tous, nous serons transformés par la Victoire de
notre Seigneur Jésus Christ (cf. 1 Co 15, 51-58)
We will all be changed by the Victory of our
Lord Jesus Christ
(Projet de texte élaboré en Pologne - Réunion préparatoire
à Varsovie, Pologne)
2003 Ce trésor, nous le portons dans des vases
d’argile (2 Co 4, 7)
We have this treasure in clay jars
(Projet de texte élaboré en Argentine - Réunion préparatoire au Centre œcuménique ‘Los Rubios’, Málaga
[Espagne])
2013 Que nous demande le Seigneur ? (cf. Mi 6, 6-8)
What does God require of us ?
(Projet de texte élaboré en Inde - Réunion préparatoire à
Bangalore, Inde)
2014 Le Christ est-il divisé ? (cf. 1 Co 1, 1-17)
Has Christ been divided ?
(Projet de texte élaboré au Canada - Réunion préparatoire à Montréal, Canada)
2004 Je vous donne ma paix (Jn 14, 27)
My peace I give to you
(Projet de texte élaboré à Alep, Syrie - Réunion préparatoire à Palerme, Sicile, Italie)
2015 Jésus leur dit : « Donne-moi à boire » (Jn 4, 7)
Jesus said to her : « Give me to drink »
(Projet de texte élaboré au Brésil – Réunion préparatoire
à São Paulo, Brésil)
2005 Le Christ, unique fondement de l’Église
(1 Co 3, 1-23)
Christ, the one foundation of the church
(Projet de texte élaboré en Slovaquie - Réunion préparatoire à Piestaňy, Slovaquie)
2016 Appelés à proclamer les hauts faits du Seigneur
(cf. 1 Pierre 2,9)
(Projet de texte élaboré en Lettonie – Réunion
préparatoire à Riga, en Lettonie)
2006 Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon
nom, je suis au milieu d’eux (Mt 18, 20)
Where two or three are gathered in my name,
there I am among them
(Projet de texte élaboré en Irlande - Réunion préparatoire
à Prosperous, County Kildare, Irlande)
QUELQUES DATES IMPORTANTES
DANS L’HISTOIRE DE LA SEMAINE
DE PRIÈRE POUR L’UNITÉ
DES CHRÉTIENS
2007 Il fait entendre les sourds et parler les muets
(Mc 7, 37)
He even makes the deaf to hear and the mute to
speak
(Projet de texte élaboré en Afrique du Sud - Réunion
préparatoire au Château de Faverges, Haute-Savoie,
France)
1740
env.
79
En Écosse, naissance d’un Mouvement pentecôtiste avec des liens en Amérique du Nord,
dont le message pour le renouveau de la foi
appelle à prier pour toutes les Églises et avec
elles.
1820
Le Révérend James Haldane Stewart publie :
Conseils pour l’union générale des chrétiens, en vue
d’une effusion de l’Esprit (Hints for the outpouring of
the Spirit).
1840
Le Révérend Ignatius Spencer, un converti au
catholicisme romain, suggère une « Union de
prière pour l’unité ».
1867
La première assemblée des évêques anglicans à
Lambeth insiste sur la prière pour l’unité, dans
l’introduction à ses résolutions.
1894
Le Pape Léon XIII encourage la pratique de
l’Octave de la Prière pour l’unité dans le contexte de la Pentecôte.
1966
La Commission Foi et Constitution et le Secrétariat pour l’unité des chrétiens (aujourd’hui
Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité
des chrétiens) de l’Église catholique décident de
préparer ensemble le texte pour la Semaine de
Prière de chaque année.
1968
Pour la première fois, la Semaine de prière est
célébrée sur la base des textes élaborés en collaboration par Foi et constitution et le Secrétariat pour l’unité des chrétiens (aujourd’hui
Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité
des chrétiens).
1975
Première célébration de la Semaine de prière à
partir de textes préparés sur la base d’un projet
proposé par un groupe œcuménique local. Ce
nouveau mode d’élaboration des textes est
inauguré par un groupe œcuménique
d’Australie.
1908
Célébration de « l’Octave pour l’unité de
l’Église » à l’initiative du Révérend Père Paul
Wattson.
1926
Le Mouvement Foi et constitution commence
la publication de « Suggestions pour une
Octave de prière pour l’unité des chrétiens ».
1988
En France, l’abbé Paul Couturier se fait
l’avocat de la « Semaine universelle de prière
pour l’unité des chrétiens sur la base d’une
prière conçue pour l’unité que veut le Christ,
par les moyens qu’Il veut ».
Les textes de la Semaine de prière sont utilisés
pour la célébration inaugurale de la Fédération
chrétienne de Malaisie rassemblant les principaux groupes chrétiens de ce pays.
1994
Le groupe international ayant préparé les textes
pour 1996 compte, entre autres, des représentants de la YMCA et de la YWCA.
2004
Accord entre Foi et constitution (Conseil œcuménique des Églises) et le Conseil Pontifical
pour la promotion de l’unité des chrétiens
(Église catholique) pour que le livret de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens soit
officiellement conjointement publié et présenté
sous un même format.
2008
Célébration du centenaire de la Semaine de
prière pour l’unité des chrétiens (l’Octave pour
l’unité de l’Église, son prédécesseur, fut célébrée pour la première fois en 1908).
1935
1958
Le Centre « Unité chrétienne » de Lyon
(France) commence à préparer le thème pour
la Semaine de prière en collaboration avec la
Commission Foi et Constitution du Conseil
œcuménique des Églises.
1964
À Jérusalem, le Pape Paul VI et le Patriarche
Athénagoras Ier récitent ensemble la prière du
Christ « que tous soient un » (Jn 17).
1964
Le Décret sur l’œcuménisme du Concile Vatican II souligne que la prière est l’âme du
Mouvement œcuménique, et encourage la
pratique de la Semaine de Prière.
80
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