The Eucharist: Communion with Christ and with one another

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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Réflexions théologiques et pastorales
en vue du
50ème Congrès Eucharistique International
qui sera célébré à Dublin, Irlande
(10-17 juin 2012)
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
Table des Matières
Première Partie : Une occasion providentielle
I.
Introduction
a. Le Cinquantième Congrès Eucharistique International
b. Que signifie la Communion ?
c. La pertinence du Thème
d. L’Eucharistie en Irlande
e. Frères et Sœurs dans le Christ
f. Un Congrès Eucharistique pour Tous
II.
Ensemble, en marche vers le Congrès Eucharistique de 2012
a. Promouvoir une Ecclésiologie et une Spiritualité de Communion
b. L’Évangélisation
c. Une histoire pour nous guider: les disciples d’Emmaüs
Deuxième Partie :
Les Parties de la Messe , Guide pour le Thème du Congrès
III.
Le Rite d’Introduction de la Messe : Cheminer en Communion avec le Christ
dans la personne de notre prochain
a. Le Christ Crucifié et Ressuscité nous rassemble
b. L’acte pénitentiel et la ‘collecte’ – En solidarité les uns avec les autres
IV.
La Liturgie de la Parole: Communion avec le Christ par la Parole
a. La Double Table de la Parole et du Pain de Vie
b. Par la puissance de l’Esprit, la Parole nous “Christifie” en faisant de nous un
seul corps
c. L’ Homélie, la Profession de Foi et la Prière des Fidèles
V.
La Liturgie de l’Eucharistie: Communion avec le Christ dans l’Eucharistie
a. En lien avec la Dernière Cène
b. La Préparation des Dons : Signes d’Amour, d’Action de Grâce et de
Communion
c. La Prière eucharistique – Une action de grâces communautaire à Dieu le
Père
i. L’Epiclèse – L’Esprit Saint nous rassemble dans l’unité
ii. L’Anamnèse – Un “mémorial” communautaire
iii. La Consécration – Jésus Christ, source de communion transformante, est
réellement, vraiment et substantiellement présent
iv. Le Banquet sacrificiel – Notre participation au don sacrificiel du Christ
VI.
Le Rite de Communion: Nous répondons ‘Amen’ à ce que nous sommes
a. Recevoir la Sainte Communion
b. L’Eucharistie fait de nous un seul corps.
c. La Communion spirituelle
VII.
Le Rite de Conclusion : Rendus Un afin que Tous soient Un
a. L’envoi
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
b. Suivre l’exemple que Jésus nous donne au Lavement des Pieds
VIII.
Conclusion
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
1ère Partie
Une occasion providentielle
I. Introduction
I. a. Le Cinquantième Congrès Eucharistique International
1.
Le Cinquantième Congrès Eucharistique International sera célébré en juin 2012 à Dublin,
en Irlande. Par une heureuse coïncidence, 2012 marquera aussi le cinquantième anniversaire de
l’inauguration du Concile Vatican II. Le thème du Congrès International de Dublin « L’Eucharistie :
Communion avec le Christ et entre nous » reprend la notion de communion, centrale dans la vision
du Concile.
2.
Le Concile Vatican II pourrait être décrit comme un évènement de Pentecôte, qui
aujourd’hui encore reste une boussole sûre pour orienter l’Eglise. Lors de ses délibérations, il
chercha comment, à une époque où l’humanité entrait dans une nouvelle phase de l’Histoire
impliquant de nombreux, rapides et profonds changements 1, l’Eglise pouvait manifester Jésus
Christ de façon à ce que les hommes et les femmes de notre temps Le voient, L’entendent et Le
rencontrent, vivant parmi nous. Sous la motion de l’Esprit Saint, le Concile répondit à cette
préoccupation en promouvant une ecclésiologie de communion. En ce cinquantième anniversaire
du Concile, il est donc particulièrement significatif que le Congrès Eucharistique attire notre
attention sur ce thème de la communion.
3.
Le Congrès nous offre une occasion providentielle de nous demander dans quelle mesure
nous avons permis à cette réforme proposée par le Concile de faire grandir notre communion, et
ce tant au niveau de la vie de communion à l’intérieur même de l’Eglise, que dans nos relations
avec tous ceux qui cheminent avec nous sur les chemins de l’histoire. La notion de communion est
en effet très importante pour l’évangélisation, c'est-à-dire pour communiquer la Bonne Nouvelle de
Jésus-Christ : Bonne Nouvelle d’une Présence d’Amour apportant Paix, Bonheur et Liberté. Nos
frères et sœurs dans la foi qui viendront nombreux non seulement d’Europe mais aussi d’Asie,
d’Afrique, des Amériques, et d’Océanie pour ce Congrès International, montreront combien la
communion de l’Église se vit dans l’unité et la diversité, ce qui enrichira grandement notre
approfondissement du thème du Congrès.
4.
Cela fait quatre-vingts ans qu’un Congrès Eucharistique a été célébré en Irlande pour la
dernière fois : il s’agissait alors du 1500ème anniversaire de l’arrivée de Saint Patrick sur l’ile et de
la diffusion de l’amour de l’Eucharistie par les missionnaires irlandais. Le Congrès de 1932 fut un
évènement très significatif, pour différentes raisons. On a dit que, bien que caractérisé par ce que
l’on appellerait aujourd’hui un certain triomphalisme, le Congrès avait grandement contribué à
guérir les blessures de la guerre civile qui avait déchiré l’Irlande quelques années auparavant 2. On
a cependant également fait remarquer que ce mélange enthousiaste de ferveur catholique et de
fierté nationale ne fut pas sans inconvénients à long terme. Depuis, l’Irlande a connu de nombreux
changements. Le contexte contemporain est différent. Le style, le but et la portée des Congrès
Eucharistiques se sont aussi considérablement modifiés au fil des années. De nos jours un
Congrès Eucharistique International est davantage un festival de la foi, consistant en séminaires,
concerts, ateliers, expositions. Le Congrès de 2012 ne ressemblera donc pas du tout à celui qui se
tint il y a quatre-vingts ans.
5.
Le Congrès Eucharistique sera célébré dans une Irlande marquée par un contexte
contemporain d’ombres et de lumière. D’une part, nous souvenant du « rocher » de foi d'où les
hommes, les femmes, les enfants de l’Eglise d’Irlande ont été taillés (Is 51, 1) nous rendons grâce
à Dieu pour les contributions généreuses, souvent héroïques, offertes à l’Église tout entière et à
l’humanité par les générations passées d’Irlandais 3. La contribution des Églises au processus de
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Dublin : Octobre 2010
paix en Irlande du Nord est loin d’avoir été négligeable. Malgré ses actuelles difficultés financières,
l’Irlande peut se réjouir des énormes progrès socio-économiques accomplis par rapport à la
situation de l’île en 1932. Il faut reconnaître cependant, au début de ces réflexions théologiques et
pastorales, que l’Église d’Irlande avance aujourd’hui sur un chemin de guérison, de renouveau et
de réparation après des actes d’agression sexuelle, commis en particulier par des prêtres et des
religieux, sur des enfants et des personnes vulnérables. Comme les disciples d’Emmaüs, les
Catholiques irlandais sont déconcertés par ce qui est arrivé dans leur Église. Les cris des victimes
et des survivants de ces agressions percent les cieux et la terre, exigeant des signes radicaux de
repentance.
6.
Le Congrès de 2012 peut être vu comme un temps de ‘kairos’, dans le sens biblique du
terme, c'est-à-dire un temps de grâce où quelque chose de spécial peut arriver, par l’intervention
de Dieu. C’est pour l’Eglise, tant en Irlande que dans le monde entier, un temps privilégié pour
réécouter ce que l’Esprit Saint lui a dit et continue de lui dire, pendant et à travers le Concile
Vatican II. C’est vraiment une occasion providentielle de nous rassembler en communion avec le
Christ et entre nous pour « réfléchir sur les blessures infligées au Corps du Christ, sur les
remèdes, parfois douloureux, nécessaires pour les panser et les guérir, et sur le besoin d'unité, de
charité et d'aide réciproque dans le long processus de reprise et de renouveau ecclésial » 4. Le
Congrès peut aussi être vu comme
un moment de « statio », c'est-à-dire une pause
d’engagement et de prière, une station sur le chemin de l’Église, à laquelle l’Église d’Irlande invite
l’Église universelle. En tant que tel, c’est un moment de son pèlerinage où l’Église est invitée à se
concentrer spécialement sur un aspect particulier de l’Eucharistie, celui de la communion avec le
Christ et entre nous, proposé par le thème du Congrès. Tous ensemble, nous rendrons ainsi un
culte public, unis dans la charité. Rassemblant des pèlerins de toutes les parties du monde, le
Congrès sera pour tous un signe authentique de foi et de charité dans la communion.
I. b. Que signifie la Communion ?
7.
En ce début de document il est nécessaire de clarifier ce que l’on signifie par la notion de
communion. Les Catholiques parlent d’ « aller communier » ou de « recevoir la communion »
pendant la Messe. La notion théologique de communion (‘koinonia’ en Grec du Nouveau
Testament) est cependant une réalité aux multiples facettes.
8.
Lorsqu’il proclamait le Royaume de Dieu, Jésus savait qu’il était envoyé « porter la Bonne
Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres, et aux aveugles qu'ils verront la
lumière, apporter aux opprimés la libération » (cf. Lc 4, 16-20) Par ses paroles et ses actes, il
constitua une communauté messianique de disciples qui virent l’arrivée de ce Royaume de Dieu
en Jésus lui-même. Les membres de cette communauté étaient unis entre eux de façon nouvelle,
par des relations marquées par l’amour, la liberté et la vérité, l’égalité et la réciprocité. Ceux qui
étaient appelés à diriger les autres devaient exercer leur responsabilité en se mettant à leur
service. Dans le Quatrième Evangile nous entendons la prière de Jésus, la nuit avant sa mort –
une prière qui semble résumer sa mission : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en
moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as
envoyé » (Jn 17, 21). La communauté ne devait être rien de moins qu’une participation à la viemême de Dieu.
9.
Le projet messianique de Jésus semble cependant avoir échoué misérablement avec sa
mort sur la Croix. Pourtant, ce ne fut pas là le dernier mot de l’histoire. La mort fut vaincue par la
Résurrection du Christ. Là où abondait le péché, avec son lot d’obscurité, de division et de peur, la
Grâce surabonda, apportant lumière, communion et liberté (cf. Rm 5, 17-21). Le Christ Ressuscité
rassembla sa communauté. Les liens de fraternité se renforcèrent. Il était vivant, et sa
communauté se développait grâce à l’annonce de l’Évangile, grâce aux sacrements, spécialement
l’Eucharistie, grâce au service de ceux à qui l’on avait confié un ministère, grâce aux charismes et
à l’amour mutuel des membres de l’Église : « Ils étaient fidèles à écouter l'enseignement des
Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières » (Ac 2,
4
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
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42). Tout comme pendant sa vie terrestre, et même davantage, ceux qui suivaient le Christ
n’étaient pas seuls. Ils étaient unis, en communion avec Jésus Christ et entre eux, par beaucoup
de liens de communion mais spécialement par l’Eucharistie.
10.
L’apôtre Paul, dans sa Première lettre aux Corinthiens, réfléchit sur la signification de
l’Eucharistie comme présence, banquet de communion et sacrifice ( cf. 1 Co 10,16-22). A cette
communauté, riche de nombreux dons et fonctions, mais connaissant aussi de sérieuses divisions,
il écrit : « La coupe d'action de grâce que nous bénissons, n'est-elle pas communion au sang du
Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu'il y a un
seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul
pain. » (1 Cor 10,16-17). Le mot que Paul utilise pour ce partage du pain est « communion ». En
recevant l’Eucharistie, les membres de la communauté, tout nombreux soient-ils, deviennent un,
c’est-à-dire qu’ils partagent si profondément le Corps et le Sang du Christ qu’ensemble ils
deviennent le Corps du Christ. Ainsi c’est Jésus lui-même qui donne signification et harmonie à la
diversité des dons et des fonctions. Nous n’appartenons pas au Crist comme on appartiendrait à
une association ou une corporation mise en place par Jésus, mais dans un sens très réel, à
travers l’Eucharistie, nous entrons en profonde union personnelle avec le Christ, et, par là-même,
entre nous.
11.
L’Apôtre Paul voit bien que la communauté de Corinthe a besoin d’être ré-évangélisée pour
découvrir vraie signification de la communion. Il rapporte donc un récit très ancien de la Dernière
Cène (1 Co 11, 17- 33) comme pour souligner que nous trouvons dans le Mystère Pascal, anticipé
sacramentellement dans la Dernière Cène, le code génétique de l’identité de l’Église en tant que
communion. Après tout, ce fut l’offrande que Jésus fit de lui-même dans sa Passion et dans sa
Mort qui obtint le salut de l’humanité, et le salut peut être compris comme communion avec le
Christ et entre nous. L’Eucharistie nous invite maintenant à vivre cette communion dans nos vies.
Ceci implique une logique de réconciliation, d’’acceptation mutuelle et de vie donnée les uns pour
les autres :
Je vous ai pourtant transmis, moi, ce que j'ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit
même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit :
«Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de
même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois
que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce
pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.
Et celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur sans savoir ce qu'il fait aura à répondre
du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s'examiner soi-même avant de manger de ce pain et
boire à cette coupe. Celui qui mange et qui boit mange et boit son propre jugement s'il ne discerne
pas le corps… Ainsi donc, mes frères, quand vous vous réunissez pour ce repas, ayez soin de vous
attendre les uns les autres (1 Co 11, 23-29. 33).
12.
Saint Paul était tellement convaincu du fait que l’Eucharistie avait le pouvoir de nous
transformer totalement, ainsi que de transformer nos relations entre nous, qu’il était choqué de
trouver chez les Corinthiens indifférence, négligence envers les pauvres, manque d’amour mutuel.
Lorsqu’il se réfère aux divisions de la communauté de Corinthe, Paul, son fondateur, va jusqu’à
affirmer que ses membres se condamnent eux-mêmes, car ils contredisent par leurs vies ce qu’ils
proclament dans la célébration eucharistique. L’Eucharistie n’est pas un devoir moral : c’est avant
tout une transformation effectuée par Jésus Christ. C’est notre dignité que d’être appelés à la
communion dans le Christ et de répondre à cet appel par nos vies.
13.
Comme nous l’avons mentionné au début de ce document, le Concile Vatican II a une fois
de plus attiré notre attention sur l’importance du thème de la communion. La communion parmi
les fidèles dans le Christ est fondée sur le partage des choses saintes. Il y a une communion dans
la foi, une communion des sacrements, une communion des charismes, et , par dessus tout, une
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
communion de la charité. La communion s’étend au partage des biens, tant matériels que
spirituels. Notre communion ne se limite pas à ceux qui sont sur la terre, elle est aussi avec ceux
qui sont partis avant nous et spécialement avec les saints.
14.
Le sujet de la communion est aussi sujet de dialogue entre les Églises. Voici comment la
Commission Internationale Anglicane-Romaine Catholique (ARCIC) présente la notion de
communion :
L’union avec Dieu dans le Christ Jésus par l’Esprit est au cœur de la koinonia chrétienne. Ce terme
koinonia est utilisé de différentes manières dans différents contextes du Nouveau Testament :
retenons surtout celui qui signifie une relation entre des personnes, qui résulte de leur participation à
une même réalité (cf. 1 Jn 1, 3). Le Fils de Dieu a assumé notre nature humaine, et il a envoyé sur
nous son Esprit, qui fait de nous des membres du Corps du Christ de façon si réelle que nous aussi
pouvons appeler Dieu « Abba, Père » (Rm 8,15 ; Ga 4, 6). De plus, en participant au même Esprit
Saint, par lequel nous devenons membres du même Corps du Christ et enfants par adoption du
même Père, nous sommes aussi liés les uns aux autres par une relation complètement nouvelle. La
koinonia entre nous est la conséquence de notre koinonia avec Dieu dans le Christ. C’est là le
mystère de l’Église… Par l’Eucharistie tous les baptisés entrent en communion avec la source de la
koinonia. C’est lui qui a détruit les murs séparant l’humanité (Ep 2, 14) ; c’est lui qui est mort pour
5
rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu son Père (cf. Jn 11, 52; 17, 20ss) .
15.
La vie de communion a déjà commencé pour nous ici sur la terre, de différentes manières
que nous avons mentionnées plus haut, mais elle ne sera complète que lorsque viendront les
cieux nouveaux et la terre nouvelle, comme nous l’a promis Jésus Christ. L’Eucharistie est un
avant-goût et une promesse de ces cieux nouveaux et de cette terre nouvelle où la vie de
communion n’aura pas de fin. Le cri qui conclut les Écritures est « Amen ! Viens, Seigneur Jésus !)
(Ap 22, 20). L’Eucharistie nous oriente en communion les uns avec les autres vers ce futur, non
comme une menace mais comme une invitation. Dans un monde dont la préoccupation principale
est souvent le présent, l’Eucharistie nous invite à ouvrir nos cœurs avec espérance au futur que
Dieu nous promet. En célébrant l’Eucharistie nous anticipons ce nouveau futur par des mots et des
actes afin que notre communion future soit déjà greffée sur le présent et afin de déjà pouvoir
goûter et vivre ce que nous deviendrons.
I. c. La Pertinence du Thème
16.
Le thème de la communion parle au cœur de notre identité et de notre mission, et ce tout
particulièrement à une époque où les schémas de communication et de relations humaines
connaissent des modifications fondamentales. Plus les réseaux interpersonnels et les liens
sociaux traditionnels se relâchent, plus on éprouve le besoin de trouver de nouveaux modes
d’entrer en relation, aux niveaux régional, national et mondial. Et ceci soulève la question de savoir
comment l’Eglise exprime sa vie de communauté.
17.
Dans le plan de Dieu, l’Église doit être signe et instrument de l’union des personnes avec
Dieu et entre elles 6. Ainsi que l’exprime Tertullien, un théologien de l’Église des premiers siècles,
« Un Chrétien tout seul n’est pas un Chrétien ». Dans l’Eucharistie nous découvrons le code
génétique de la communion qui est au cœur de l’identité chrétienne. C’est en méditant ce que
signifie la communion eucharistique que nous nous rendons compte de combien la rupture de
communion entre les membres du Corps du Christ frappe en plein cœur
la mission
d’évangélisation de l’Église. La capacité qu’a l’Église de se faire entendre par la société diminue
sérieusement quand apparaissent au grand jour les échecs de sa vie de communion, causes de
scandale pour beaucoup - mentionnons par exemple les mécanismes de sectarisme, d’abus de
position blessants, d’institutionnalisme ou d’esprit de jugement. Tout cela nous invite à être
particulièrement attentifs à ce que signifie la communion avec le Christ et entre nous, sous ses
différents aspects. En particulier, nous devons trouver de nouvelles façons de transmettre la vie de
communion aux jeunes qui vivent dans le monde occidental, où même la plausibilité de la foi est
souvent niée. Il n’a jamais été plus vrai de dire que le grand défi d’aujourd’hui est « de faire de
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
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l’Eglise la maison et l’école de la communion » avec tout ce que cela implique de réforme
institutionnelle 7. Que nous soyons uns, pour que le monde croie (cf. Jn 17, 21).
I.d. L’Eucharistie en Irlande
18.
Le Concile Vatican II définit l’Eucharistie comme « source et sommet de la vie
chrétienne » 8 et affirme qu’elle « contient tout le trésor spirituel de l’Église » 9. Depuis l’époque de
Saint Patrick, les Catholiques d’Irlande ont toujours tenu l’Eucharistie en grande estime. Il l’ont
célébrée dans les petites chapelles de leurs îles, dans leurs villages monastiques, dans leurs
cathédrales, et, plus tard, pendant la persécution, sur des rochers qui tenaient lieu d’autel. De tels
trésors nous rappellent notre héritage d’amour pour l’Eucharistie 10. L’hymne eucharistique la plus
ancienne que nous connaissions est le Sancti venite qui se trouve dans un texte monastique
irlandais du septième siècle, l’Antiphonaire de Bangor. 11 Le célèbre Livre de Kells contient une
grande richesse d’images eucharistiques. Plus proche de nous, l’icône que l’on associe à
l’apparition de Notre Dame de Knox comporte un motif eucharistique. 12 Le Congrès Eucharistique
de 1932 et la visite du Pape en 1979 furent deux évènements qui montrèrent combien l’Eucharistie
est révérée par les Irlandais. La Messe était aussi au cœur de la vie des milliers de missionnaires
irlandais qui apportèrent la foi en Afrique, en Asie et aux Amériques, ainsi que de celle de
nombreux émigrés irlandais dans différents pays du monde. Le nombre de personnes qui assistent
à la messe quotidienne est également remarquable. Il y a une présence significative de l’adoration
eucharistique dans la vie ecclésiale irlandaise. On continue à demander fréquemment la
célébration de Messes les uns pour les autres. Et depuis quelques années, les liturgies
eucharistiques sont enrichies par la présence de nouveaux immigrants en Irlande.
19.
Cette grande estime des Irlandais pour l’Eucharistie est un don du Saint Esprit. Elle trouve
peut-être ses racines chez leurs ancêtres, qui, comme d’autres peuples, ont laissé des signes
impressionnants de leur quête d’absolu. Par exemple, le monument de Newgrange, qui date de
l’âge de pierre, dans la Boyne Valley, fut érigé de façon à exprimer leur désir d’être sensible à la
seule chose qui, selon eux, ne passait pas – le renouvellement annuel de la terre par le soleil. Ce
qui était célébré chaque année au solstice d’hiver à Newgrange était en quelque sorte une
intuition, peut-être inspirée par l’Esprit Saint, au niveau cosmique, du Mystère Pascal et de son
message de réconciliation, de paix, d’ouverture à Dieu et aux autres. En rencontrant l’Évangile de
Jésus Christ, les Irlandais découvrirent que l’Eucharistie est le grand et vrai trésor qui nous unit
avec Dieu, Celui qui ne passe pas, et qui nous unit entre nous dans le Christ, « l’Alpha et
l’Omega » de l’histoire de l’humanité (cf. Ap 1, 8).
20.
Ces derniers temps cependant, on assiste à un changement d’attitude face à la Messe.
Nombreux sont ceux qui disent qu’ils considèrent plus la Messe comme vitale, ou qu’elle n’a plus
de rapport avec leur vie. On la trouve ennuyeuse. Elle manque de sens du Mystère. De plus en
plus de personnes cherchent leur épanouissement spirituel en dehors de la communauté
eucharistique d’une église. La participation des jeunes, proportionnellement plus faible, est une
préoccupation majeure. Avec la baisse du nombre des prêtres, l’Irlande risque de se trouver
bientôt face au problème que rencontrent déjà plusieurs autres pays par rapport à l’Eucharistie –
impossibilité pour les fidèles d’assister chaque semaine à la Messe dominicale dans leur paroisse.
21.
Il y a bien sûr de nombreuses raisons à ce changement d’attitude face à la Messe – entre
autres une célébration de la liturgie parfois pauvre, peu attrayante. Cependant, alors que le sens
même de Dieu est expérimenté par beaucoup comme un soleil disparaissant derrière l’horizon, la
restauration de l’Eucharistie à sa place centrale dans la vie des fidèles est très liée à une
redécouverte du vrai visage du Dieu incarné, du Dieu qui est amour, du Dieu qui est venu parmi
nous. « Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». (Mt 18, 20)
22.
La Constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II déclare que dans la restauration
et la mise en valeur de la liturgie « cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu’on
doit viser de toutes ses forces » 13. Le Pape Benoît XVI a insisté sur l’importance de connaître l’ars
7
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
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celebrandi, l’art de célébrer la liturgie. Ceux qui ont des rôles spécifiques à jouer dans la
célébration, surtout les prêtres, mais aussi les lecteurs, les musiciens, les ministres extraordinaires
de l’Eucharistie, les servants de Messe, les fidèles qui lisent la prière universelle ainsi que ceux qui
apportent les dons à l’offertoire, tous doivent bien se préparer. Il est fréquent aujourd’hui que des
groupes paroissiaux préparent ensemble la liturgie. Ils peuvent s’aider de commentaires de la
Messe – on fera mention ici particulièrement de La Présentation Générale du Missel Romain et à
la Présentation Générale du Lectionnaire. Cependant, personne n’est simple spectateur à la
Messe. Tous les fidèles sont appelés à participer activement, en entrant dans le Mystère, en
cherchant à s’aimer les uns les autres, en s’unissant intérieurement à la célébration pour y prendre
part avec attention et dévotion. On pourrait même dire que la participation active à la Messe
commence bien avant la célébration elle-même. Tout notre effort pour vivre l’Evangile dans le
quotidien de notre vie est la meilleure préparation pour entrer dans le mystère de l’Eucharistie.
L’un des fruits du Concile Vatican II fut le Missel Romain de 1970. La traduction anglaise du Missel
Latin de 2008 devrait être prête pour la célébration du Congrès Eucharistique . Cette nouvelle
traduction anglaise obéira aux instructions données pour le Rite Romain dans le document
Liturgiam authenticam , qui demande une traduction plus précise du Missel Romain. 14 Le Congrès
Eucharistique utilisera la Troisième Edition de la traduction anglaise du Missel Romain.
I.e. Frères et sœurs dans le Christ
23.
Inspiré par les enseignements du Concile Vatican II, le Congrès Eucharistique International
de 2012 veut être une occasion pour nos frères et sœurs d’autres Églises et communautés de
partager avec nous les intuitions et la sagesse de leurs expériences ecclésiales et de leurs
structures. Nous avons en commun beaucoup d’aspects de la doctrine eucharistique. 15 De
nombreuses Églises et communautés se considèrent clairement comme nos sœurs dans
l’Eucharistie, car elles célèbrent le sacrement du Corps et du Sang du Christ.
24.
Le Texte de Lima de 1982, Baptême, Eucharistie et Ministère a été chaleureusement
accueilli, précisément parce qu’il soulignait tout ce que nous avons en commun . Les nombreux
dialogues bilatéraux dans lesquels l’Église catholique est engagée sue le thème de l’Eucharistie
nous enrichissent tous. Ils aident les Catholiques à mieux comprendre leur foi 16. Dans le contexte
du Congrès donc, nous recommandons d’étudier ensemble les nombreux documents issus de ce
dialogue. En voici quelques exemple : Le Texte de Lima, Baptême, Eucharistie et Ministère
(1982); Commission pour le Dialogue Théologique entre l’Église Romaine Catholique et l’Église
Orthodoxe, Le Mystère de l’Église et l’Eucharistie à la lumière du Mystère de la Sainte Trinité
(1982); ARCIC, Eucharistic Doctrine (1971), Eucharistic Doctrine: Elucidation (1979), Clarifications
of Certain Aspects of the Agreed Statements on Eucharist and Ministry (1994); dialogue LuthérienCatholique : The Eucharist (1978); dialogue Reformé-Catholique, The Presence of Christ in
Church and World (1977). L’Eucharistie a également été étudiée dans le cadre du dialogue
Méthodiste-Catholique : par exemple dans The Dublin Report (1976) et The Grace Given You in
Christ (2006).
25.
De plus en plus, grâce à l’instauration de liens toujours plus profonds entre eux et à une
plus grande collaboration, les Chrétiens ressentent le désir brûlant de célébrer ensemble la même
Eucharistie du Seigneur. Cependant, malgré les fruits d’un dialogue très riche, nos Églises ne sont
pas encore parvenues à la totale fraternité autour de la même table eucharistique. C’est donc
surtout par rapport à l’Eucharistie que les Chrétiens ressentent le plus l’impact de leurs divisions. Il
faut reconnaître la douleur que cause cette blessure. Le Document de Lima Baptême, Eucharistie
et Ministère, au n. 26, exprime la tragédie de cette situation en montrant combien elle porte
atteinte au témoignage missionnaire.
26.
Le Concile Vatican II a posé deux principes fondamentaux qui gouvernent le partage
sacramentel. Le premier est d’exprimer l’unité de l’Église et le deuxième de faire participer aux
moyens de grâce. Du point de vue de l’expression de l’unité, il n’est pas permis aux membres des
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
Églises qui ne sont pas en complète communion avec l’Église catholique de communier à
l’Eucharistie ; mais la grâce à procurer le recommande parfois. Il n’est pas toujours facile de
trouver le juste chemin entre ces deux principes. Ils sont en effet complémentaires. Le Magistère
catholique nous rappelle que les deux principes fondamentaux doivent toujours être considérés
ensemble. C’est sur cette base que l’Église catholique envisage certaines situations où, quand il y
a besoin spirituel objectivement grave et pressant, le membre d’une autre Église chrétienne qui
manifeste la foi de l’Église catholique dans l’Eucharistie, peut recevoir la Sainte Communion dans
une Église catholique. Chaque cas doit être jugé séparément, mais l’on peut donner les exemples
suivants : les parents d’un enfant qui doit être baptisé ou confirmé, ou recevoir la communion pour
la première fois pendant la Messe ; les parents ou l’épouse de quelqu’un qui va être ordonné ; les
proches parents d’une personne décédée, lors de la Messe de funérailles.
27.
Bien que le partage du même Pain eucharistique ne soit pas encore possible avec tous les
Chrétiens, d’autres expressions de communion existent et doivent être cultivées. 17 Dans notre
désir d’unité nous ne partons pas de zéro. Si l’Eucharistie est la source et le sommet de la vie
chrétienne, il y a autour d’elle un vaste espace que nous pouvons et devons tous continuer à
explorer. Puisque, par le baptême, nous sommes entrés dans l’unique Église du Christ (Ga 3, 28;
1 Co 12, 13; Ep 4, 4), il y a beaucoup de « présences » de Jésus Christ à reconnaître, partager,
célébrer et vivre ensemble. Notre foi baptismale nous ouvre le chemin de nombreuses formes
d’intercommunion, dans un dialogue de vie à la base de diverses initiatives, notamment autour de
notre communion dans la Parole de Dieu : Vêpres œcuméniques, projets et liturgies pour la paix,
pèlerinages œcuméniques, œuvres de charité et aide aux plus pauvres et aux marginalisés,
conseils pastoraux locaux, projets d’évangélisation, participation ensemble à des associations
anciennes ou nouvelles, monastères, ordres et mouvements religieux.
28.
On peut espérer que le Congrès Eucharistique sera un forum où se développeront des
possibilités de réflexion commune à la lumière des nombreuses expériences positives qui ont vu le jour
depuis le Concile Vatican II. Ce devrait être aussi une occasion de reconnaître avec gratitude le rôle
précieux et innovateur que jouent les familles mixtes dans la construction de la communion des
Chrétiens des différentes Églises, avec le Christ et entre eux. Nous pourrions peut-être nous joindre
dans une prière commune pour le Congrès – afin qu’il soit pour nous source d’une plus grande
communion de vie et d’amour, et que nous entrions dans « l'espace intérieur où le Christ, source de
l'unité de l'Eglise, peut agir efficacement avec toute la puissance de son Esprit Paraclet » 18.
I.f. Un Congrès Eucharistique pour tous
29.
On a parfois suggéré que l’expression “voilà, tout le monde arrive” utilisée par James Joyce
dans l’une de ses œuvres se référait d’une certaine manière à la notion de catholicité. Puisque
l’Eucharistie contient tout ce que Dieu a fait et fera pour toute l’humanité dans l’histoire du salut, un
Congrès International sur l’Eucharistie doit rejoindre tout le monde, y compris les générations
présentes et futures, qu’elles soient baptisées ou non. Le Concile Vatican II nous enseigne que
puisque le Christ est mort pour tous, « nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une
façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal» 19 .
30.
On ne peut nier que certaines personnes trouvent difficile ne serait-ce que de pousser les
portes d’une église, après ce qu’elles ont enduré à cause des actions de prêtres ou de religieux,
ou de l’inaction de leurs supérieurs. D’autres, pour maintes différentes raisons, ne maintiennent
qu’un contact ténu avec l’Église, ou ne s’en approchent que lors d’occasions spéciales. On peut
espérer, néanmoins, que ceux qui, pour quelque raison que ce soit, se sentent éloignés de
l’Église, pourront envisager de s’en rapprocher et de regarder son message d’un œil nouveau,
dans le contexte du Congrès. On peut espérer qu’ils découvriront une communauté qui, ces
dernières années, a reconnu plus clairement ses fautes et ses manquements, et qui cherche
maintenant dans un esprit de repentance et de réconciliation à guérir les mémoires, et à repartir en
s’engageant à vivre et annoncer le message vital de Jésus.
9
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
31.
Dans la ligne de ce qu’encourage le Concile Vatican II, l’Église veut aujourd’hui apprendre
de ses frères et sœurs avec lesquels elle chemine dans son pèlerinage. 20 Tout le monde peut
contribuer à une réforme dans l’Église. Pour reprendre les mots du prophète Isaïe : « Voici que je
fais un monde nouveau :il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » (Is 43, 19)
II. Ensemble, en marche vers le Congrès Eucharistique de 2012
32.
Le Congrès Eucharistique ne se limite pas à la célébration de juin 2012. Tout ce qui
précède l’évènement, ainsi que tout ce qui suivra le Congrès, est très important. Le programme de
guérison, de renouveau et de réparation lié au scandale des agressions sexuelles cléricales reste
une priorité. Les panneaux indicateurs qui nous guideront tout au long de cette année et demie de
préparation nous sont offerts par le Concile Vatican II. Les points qui vont suivre, développant les
thèmes de la communion et de l’évangélisation, ne sont qu’indicatifs. Le Congrès Eucharistique
peut être vu surtout comme un tremplin pour une évangélisation qui commencera par les
Catholiques, eux-mêmes engagés sur un chemin de nouvelle évangélisation.
II.a. Promouvoir une Ecclésiologie et une Spiritualité de Communion
33.
Le thème du Congrès pourrait suggérer un grand nombre d’activités différentes.
Cependant, avant de réaliser des projets, il est surtout nécessaire de promouvoir une spiritualité
de la communion centrée sur la rencontre avec la Personne de Jésus-Christ. Ainsi que le pape
Benoit XVI l’écrit dans sa toute première encyclique, Deus Caritas Est : « À l’origine du fait d’être
chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un
événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation
décisive » (n.1) . A la lumière de l’ecclésiologie de communion du Concile Vatican II qui se centrait
sur la Personne de Jésus Christ, on pourrait dire que l’Esprit pousse aujourd’hui l’Église tout
entière à promouvoir une spiritualité de communion qui fasse que Jésus Christ soit vu et
rencontré. 21 Dans ce qui est peut-être l’une des plus fortes définitions de la communion en termes
d’amour fraternel que l’on puisse trouver dans un texte du Magistère adressé à l’Église tout
entière, le Pape Jean-Paul II a tracé les grands traits d’une spiritualité communautaire qui soit à la
racine de toutes les vocations. 22 Cette spiritualité doit s’exercer dans les relations entre les
évêques, les prêtres et les diacres, entre les prêtres et les laïcs, entre le clergé et les religieux,
entre les associations et les mouvements ecclésiaux.
34.
« Une spiritualité de la communion consiste avant tout en un regard du cœur porté sur le
mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des
frères qui sont à nos côtés ». Cela signifie aussi « la capacité d'être attentif, dans l'unité profonde
du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant donc comme ‘l'un des nôtres’ ». Le Pape
indique là une nouvelle façon de « ressentir » et « penser », afin de « savoir partager ses joies et
ses souffrances, deviner ses désirs et répondre à ses besoins ». Cela implique que nous lui
offrons une amitié vraie et profonde.
35.
Une spiritualité de communion, c’est aussi « la capacité de voir surtout ce qu'il y a de
positif dans l'autre, pour l'accueillir et le valoriser comme un don de Dieu: un « don pour moi », et
pas seulement pour le frère qui l'a directement reçu ». Enfin, le Pape Jean-Paul II insiste sur la
nécessité de savoir « donner une place » à son frère, en portant « les fardeaux les uns des
autres» (Ga 6, 2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des
pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies.
36.
Le Pape Jean-Paul II conclut avec force son commentaire sur la spiritualité de la
communion en disant : « Ne nous faisons pas d'illusions: sans ce cheminement spirituel, les
10
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
moyens extérieurs de la communion serviraient à bien peu de chose. Ils deviendraient des façades
sans âme, des masques de communion plus que ses expressions et ses chemins de croissance ».
37.
Nous ne pouvons pas cependant nous arrêter à cette spiritualité de communion vécue
parmi nous : il nous faut l’élargir à une ecclésiologie de communion à tous les niveaux de la vie de
l’Église. Cela comporte une nouvelle attention à la Parole de Dieu ainsi que l’a proposé Vatican II,
un sens accru de coresponsabilité dans la pastorale, un amour préférentiel pour les pauvres et les
jeunes, une redécouverte de la dimension charismatique de l’Église et une meilleure appréciation
des dynamiques de synodalité dans la vie de l’Église.
38.
En cette période de préparation du Congrès, nous sommes invités à reconsidérer la
signification de la messe dominicale en termes de communion avec le Christ et entre nous.
L’ « obligation dominicale » est tout d’abord une obligation envers nous-mêmes : celle d’être
attentifs au fait que nous appartenons à une communauté, et que nous, comme la communauté,
souffrons lorsque nous l’oublions. La Lettre Apostolique Dies Domini (2 juillet 1998) nous est
précieuse pour redécouvrir les nombreux et profonds aspects de la Messe Dominicale. Une
catéchèse sur ce thème pourrait mettre en valeur comment l’Eucharistie est le Mystère du Christ
vivant et travaillant dans une Eglise qui est communion. Une telle catéchèse peut aussi aider à
comprendre les implications sociales, éthiques et culturelles de l’Eucharistie.
39.
La famille, en tant qu’“église domestique”, joue un rôle primordial dans la vie de l’Église. Le
don mutuel d’eux-mêmes que se font l’homme et la femme crée une nouvelle réalité de
communion, de vie partagée, qui rayonne dans la vie de la société et de l’Église. L’Église a
souvent parlé du caractère nuptial de l’Eucharistie, sacrement du Christ Époux et de son Épouse.
Dans l’Exhortation Apostolique du Pape Benoit XVI, Sacramentum caritatis, n. 27, nous lisons que
« dans la théologie paulinienne, l'amour sponsal est le signe sacramentel de l'amour du Christ
pour son Église, un amour qui a son point culminant dans la croix, expression de ses « noces »
avec l'humanité et, en même temps, origine et centre de l'Eucharistie. Voilà pourquoi l'Église
manifeste une proximité spirituelle particulière à tous ceux qui ont fondé leur famille sur le
sacrement de Mariage ». Le Congrès Eucharistique de 2012 nous donne l’occasion de chercher
comment la famille peut être aidée dans la société actuelle à vivre sa vie de communion, et aussi à
découvrir ce que la vie de famille – dans la richesse de ses nombreuses dimensions - peut
apporter à la vie de communion de l’église dans son ensemble. On pourra étudier dans ce
contexte l’Exhortation Apostolique Familiaris Consortio du Pape Jean-Paul II (1981), ainsi que sa
Lettre aux Familles (1995).
40.
On ne peut mesurer la contribution qu’apportent au bien commun les mariages heureux et
la vie familiale stable. La douleur des mariages rompus et des familles brisées n’en est que plus
grande. L’Eglise désire se faire proche de tous les fidèles qui se trouvent dans ces circonstances
difficiles, et il faut discerner avec soin les différentes situations. Le Congrès Eucharistique
International de 2012 devra analyser ce qui est dit dans Sacramentum caritatis, 29 : « Les
divorcés remariés, malgré leur situation, continuent d'appartenir à l'Église, qui les suit avec une
attention spéciale, désirant qu'ils développent, autant que possible, un style de vie chrétien, par la
participation à la Messe, mais sans recevoir la Communion, par l'écoute de la Parole de Dieu, par
l'adoration eucharistique et la prière, par la participation à la vie de la communauté, par le dialogue
confiant avec un prêtre ou un guide spirituel, par le dévouement à la charité vécue et les œuvres
de pénitence, par l'engagement dans l'éducation de leurs enfants ».
II. b. L’Évangélisation
41.
L’Eglise existe pour évangeliser. Ella a une bonne nouvelle à apporter. Elle est appelée à
indiquer le chemin du bonheur et de l’épanouissement. On voit dans l’Évangile des Grecs
s’approcher de Philippe pendant un pèlerinage à Jérusalem pour la Pâque et lui demander
de « voir Jésus » (cf. Jn 12, 21). Aujourd’hui aussi beaucoup de personnes veulent le voir. Peut-
11
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
être davantage que par le passé, elles veulent que les Chrétiens le « montrent », et pas seulement
qu’ils « parlent » de lui.
42.
L’Eucharistie nous attire dans une communion qui, par sa nature même, est missionnaire,
évangélisatrice. Si nous vivons les implications de l’Eucharistie, nous montrons Jésus dans notre
vie communautaire et personnelle. La communion et l’évangélisation sont intimement liées.
Comme le dit un auteur contemporain : « il est clair et certain que seul un peuple de Dieu qui se
réunit dans l’unité et l’unanimité pourra convaincre le monde ». 23 C’est par dette d’amour que nous
partons, transformés par l’Eucharistie, pour transformer le monde qui nous entoure avec l’amour
que nous avons rencontré dans l’Eucharistie. Nous allons avec la conviction de continuer la
mission de Jésus, en construisant la communion : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous
le proclamons, afin que vous soyez en communion avec nous » (1 Jn 1,3)
43.
Le Congrès Eucharistique International est donc un temps privilégié pour revoir ensemble
les implications de l’Eucharistie pour l’évangélisation. A partir de l’ecclésiologie de communion
missionnaire du Concile, on décrit souvent la mission évangélisatrice de l’Eglise comme une série
de « cercles de dialogue » 24. Nous dialoguons les uns avec les autres, avec nos frères et sœurs
chrétiens, avec nos frères et sœurs d’autres religions. Le dialogue s’étend à toutes les personnes
de bonne volonté, qu’elles aient ou non des convictions religieuses, qui luttent pour construire un
monde fondé sur la dignité de la personne humaine et sur les valeurs de justice et de libération, de
vie et de paix, de solidarité avec les marginalisés, d’éducation et de soins aux malades et aux
nécessiteux. En reconnaissant cela, le Congrès Eucharistique peut devenir un événement de
proclamation respectueuse, de dialogue, de partage de la Bonne Nouvelle et de témoignages.
Cela signifie aussi que nous devrons réentendre notre appel à « toujours être prêts à vous
expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en
vous » (1 P 3, 15) Pour cela nous pourrons nous inspirer des intuitions profondes du Bienheureux
John Newman sur la relation entre foi et raison.
44.
L’Eglise nous invite aujourd’hui à être imaginatifs. Elle nous dit la nécessité d’une Nouvelle
Evangélisation, qui soit nouvelle par son énergie, par sa méthode, dans son expression. Le
Congrès Eucharistique devra tenir compte des différentes formes de piété liées à l’Eucharistie, et
les intégrer dans la nouvelle évangélisation de l’Eglise.
45.
Il semble juste que pendant la préparation du Congrès on prévoit un aveu, devant Dieu et
devant tous, de toutes les fautes qui ont été commises par les membres de l’Eglise. La purification
de la mémoire est essentielle tant pour la communion que pour l’évangélisation.
46.
Le mystère eucharistique nous ouvre les yeux sur les implications sociales, culturelles et
politiques de l’Evangile. C’est « une école d'amour effectif envers le prochain » 25. Souvenons-nous
de ce que disait la Bienheureuse Mère Teresa de Calcutta : dans la Messe nous avons Jésus sous
l’apparence du pain, tandis que dans les bidonvilles nous voyons et touchons le Christ dans les
corps brisés et les enfants abandonnés. Une réelle participation à la Messe nous fera revoir nos
relations personnelles, sociales et institutionnelles avec notre prochain. Le Congrès de 2012 sera
l’occasion de réfléchir, à la lumière de la doctrine sociale de l’Église, sur les implications de
l’Eucharistie dans l’engagement de l’Église pour promouvoir la justice, la paix et la liberté. La vie
économique et politique pourra être notamment analysée en termes de communion à partir de
l’encyclique Caritas in Veritate du Pape Benoît XVI (2009).
47.
Toujours pour la préparation au Congrès, il serait bon d’approfondir le thème de la
protection de la création dans la logique de la communion. C’est une occasion de réfléchir sur tout
ce qui menace l’environnement, et sur l’espérance chrétienne qui nous engage à travailler de
façon responsable pour la protection du créé. L’Eucharistie revêt un caractère universel, et, pour
ainsi dire, cosmique, parce que « même lorsqu'elle est célébrée sur le petit autel d'une église de
campagne, l'Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l'autel du monde. Elle est un lien
entre le ciel et la terre. Elle englobe et elle imprègne toute la creation » 26.
12
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
48.
Enfin, le Congrès Eucharistique International de 2012 nous donnera l’occasion de réfléchir
aux immenses possibilités qu’offrent les moyens de communication et la technologie digitale pour
construire la famille humaine au niveau mondial. En méditant sur le message de l’Eucharistie,
nous trouvons des perspectives spirituelles, théologiques et culturelles qui enrichiront notre
réflexion afin de comprendre et utiliser au mieux les media.
II.c Une histoire pour nous guider: les disciples d’Emmaüs
49.
L’épisode de la rencontre de Jésus Christ avec les disciples en route vers Emmaüs (Lc 24,
13-35) a beaucoup à nous dire, alors que nous commençons à cheminer vers 2012. Ce récit est
une métaphore qui peut nous inspirer. C’est une histoire qui se déroule « sur la route ». Deux des
disciples qui avaient suivi Jésus marchent ensemble, en discutant des évènements mystérieux et
affligeants qui viennent de se dérouler à Jérusalem – la crucifixion de Jésus et la découverte du
tombeau vide. Un « étranger » les rejoint et marche avec eux. Ils ne le reconnaissent pas. Dans
leur désillusion et dans leur foi vacillante les deux disciples sont tristes, et sont incapables de
reconnaître qu’il s’agit de Jésus Crucifié, Ressuscité. Enfoncés dans leur traumatisme, ils sont
incapables de voir la nouveauté. Mais l’étranger inconnu entre dans leur discussion. Dans ce qui
est presque une proclamation pascale, ils racontent leur histoire jusqu’à la crucifixion. La seule
pièce manquante est la Résurrection ! Pour eux, la mort de Jésus avait clairement effacé tout
espoir de libération. Ils avaient espéré qu’il inaugurerait la venue du Royaume de Dieu avec ses
implications pour leurs relations avec Dieu et entre eux dans la communauté messianique
nouvellement constituée. Au lieu de cela, certains de leurs propres chefs l’avaient livré pour qu’il
soit condamné à mort. Les disciples sont désorientés, et tristes. Les choses ne se sont pas
déroulées comme ils l’avaient espéré. Il est vrai qu’ils ont entendu les femmes qui avaient suivi
Jésus, les premières à annoncer la résurrection, dire qu’elles avaient trouvé le tombeau vide, mais
même cela n’avait provoqué chez les deux hommes qu’un étonnement passager.
50.
Jésus, qui jusque là avait écouté attentivement , commence alors à parler. Il est la Bonne
Nouvelle qu’ils doivent découvrir ! La première chose qu’il fait est de leur montrer dans l’Écriture
tout ce qui peut les aider à comprendre l’évènement du Christ. Il souligne la condition essentielle
pour entrer dans la nouvelle vie céleste avec Dieu : souffrir et mourir comme le Christ, pour
ressusciter à la vie nouvelle. Le voyage touche à sa fin. Les disciples sont arrivés à destination. La
nuit est tombée. Les disciples pressent Jésus de rester avec eux. Pouvons-nous y discerner une
supplication à Jésus de rester avec nous dans notre communauté alors que la nuit de l’épreuve
approche ?
51.
Jésus accomplit les actes associés au rite du repas juif. Le lecteur chrétien reconnaît le
langage de l’acte eucharistique. Jésus est maintenant devenu pour ainsi dire le chef de famille, qui
partage sa table avec ses disciples. Cela nous rappelle que dans l’Eucharistie, les croyants sont
invités à participer au banquet céleste présidé par le Christ ressuscité lui-même. Les deux
disciples expérimentent sa présence à ce repas. Dans l’Eucharistie ils reconnaissent enfin qui est
celui qui a marché avec eux. Mais, dès qu’ils le reconnaissent, Jésus disparaît de leur vue. Sa
présence devient maintenant « visible » d’une manière nouvelle, par la foi. Elle devient « visible »
dans les disciples eux-mêmes, dont les yeux ont été ouverts par les Écritures et l’Eucharistie. Ils
continuent maintenant, pour ainsi dire, la mission de Jésus qui est d’annoncer la Bonne Nouvelle.
Il est en eux et parmi eux.
52.
Dans son récit des pèlerins d’Emmaüs, l’évangéliste Luc souligne comment, avant d’ouvrir
les yeux des disciples, Jésus leur a ouvert les Écritures, ce qui fut une réelle préparation à leur
rencontre personnelle dans la foi. Luc nous aide aussi à remarquer que c’est l’Esprit Saint qui
agissait en eux, rendant leurs cœurs tout « brûlants » tandis que Jésus leur parlait, faisant naître
13
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
en eux la foi, instaurant en eux une relation nouvelle avec le Christ Ressuscité et leur donnant la
force de partir témoigner. Les deux disciples, lisons-nous, retournent immédiatement à Jérusalem,
malgré l’heure tardive. A l’évidence, il est important pour eux de retourner dans cette communion
avec les autres, qui, en Jésus Christ, sont le noyau de l’Eglise naissante. Ils entendent la
proclamation des Onze : « Jésus est vraiment ressuscité et il est apparu à Simon », c’est-à-dire à
Pierre. Le témoignage de Pierre et celui des apôtres choisis par Jésus fera autorité pour la foi dans
la résurrection de Jésus. Mais les disciples vont aussi à Jérusalem pour évangéliser. Ils y vont
pour raconter ce qui leur est arrivé sur la route, c’est-à-dire l’explication des Écritures par un
compagnon inconnu, puis la reconnaissance du Christ ressuscité dans la « fraction du pain ». Le
message est clair. Pour la communauté chrétienne, l’Écriture et l’Eucharistie sont les deux sources
majeures de rencontre avec le Christ Ressuscité qui nous établit en communion les uns avec les
autres, comme « d’autres Christs », et nous envoie évangéliser.
Deuxième Partie :
Les Parties de la Messe , Guide pour le Thème du Congrès
53.
Dans la deuxième partie de ce document, nous prendrons en considération le thème du
Congrès. Aucune synthèse ne pourrait rendre justice à la richesse de signification et de contenu
qui se trouve dans l’Eucharistie. Ainsi que le dit le Catéchisme de l’Église Catholique, « La
communion de vie avec Dieu et l’unité du Peuple de Dieu, par lesquelles l’Eglise est elle-même,
l’Eucharistie les signifie et les réalise» 27. Dans l’antienne O Sacrum Convivium 28 , Saint Thomas
d’Aquin nous donne un merveilleux résumé de l’Eucharistie : « Banquet très saint où le Christ est
reçu en nourriture : le mémorial de sa passion est célébré, notre âme est remplie de sa grâce, et la
gloire à venir nous est déjà donnée ».
54.
La Messe est l’action de ce que Saint Augustin appelle le “Christ total”, c’est-à-dire Jésus
Christ et son Corps, l’Église. En réalité, c’est Jésus Christ qui préside l’Eucharistie. C’est lui qui
nous aime le premier, qui nous réunit, qui nous parle, qui reçoit nos prières, et qui, par la
puissance de l’Esprit, s’offre au Père pour nous. C’est lui qui nous nourrit avec le Pain du Ciel, le
Pain de Vie, le Pain de Vérité. L’Eucharistie nous projette vers le retour glorieux du Christ. L’Église
dépend totalement de cette action du Christ. Le peuple de Dieu prie et s’offre au Père par le Christ,
avec le Christ et dans le Christ, dans l’unité du Saint Esprit. Toutes les communautés qui se
réunissent pour la Messe, même les moins nombreuses, représentent l’Église universelle dans
cette grande action de l’Eucharistie. Ainsi, la Messe est un acte public, et non une activité privée
ou individuelle. 29
55.
Cette partie du document, qui veut approfondir le thème du Congrès, sera organisée autour
de la structure de la célébration de l’Eucharistie . Une étude détaillée des parties et des textes de
la Messe révèle beaucoup des trésors spirituels de l’Église. En nous laissant guider par les parties
de la Messe pour notre réflexion sur le thème du Congrès Eucharistique International de 2012,
nous remarquerons comment ces trois éléments sont intimement liés – la communion avec le
Christ en la personne de notre prochain, la communion avec le Christ dans la Parole, et la
communion avec le Christ dans les signes sacramentels du pain et du vin. Chaque section sera
introduite par quelques versets de l’évangile des disciples d’Emmaüs.
III. Le Rite d’Introduction de la Messe :
14
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
Cheminer en Communion avec le Christ dans la personne de notre
prochain
Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs… Or, tandis qu'ils
parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux… Quand ils
approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils
s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra
donc pour rester avec eux. (Lc 24, 13.15.28-29)
III.a. Le Christ Crucifié et Ressuscité nous rassemble
56.
Sur la route d’Emmaüs les disciples demandent à Jésus de rester avec eux. Il devient par
là pour ainsi dire le chef de famille, qui les réunit pour le banquet eucharistique. Au début de
chaque Messe, les fidèles se rassemblent en un même lieu, attirés par le Christ lui-même.
57.
Lorsque nous nous rassemblons, c’est l’Église qui se rassemble. Saint Paul, lorsqu’il parle
de la participation à la Cène du Seigneur, utilise une expression (« quand vous vous réunissez
tous ensemble » [1 Co 11, 18.20; cf. 14, 26]) qui rappelle le mot utilisé en grec pour l’Église
(ekklēsia) et le mot hébreux pour l’assemblée (qahal) du peuple de Dieu. Jésus Christ, qui précède
toujours l’Église, qui est celui qui préside véritablement la Messe, rassemble son peuple de prêtres
(cf. 1 P 2, 9). Il est l’Époux de son peuple-épouse, l’Église, et il nous invite à entrer à nouveau
dans le « banquet-mémorial » par lequel l’évènement du salut réalisé une fois pour toutes sera
rendu effectivement présent. Notre chant pendant la Messe est une fusion des voix en une seule
voix qui exprime le fait que nous sommes son peuple, un seul cœur et une seule âme, qui rend
gloire à Dieu.
58.
Le fait que nous nous rassemblions pour la Messe nous semble si évident que nous
courons le risque de ne pas saisir la signification de cette assemblée. Pourtant, à une époque où
les relations entre les personnes ont pour cadre les technologies de la télévision, d’internet et du
téléphone portable plutôt que les rencontres face-à-face, surtout dans l’anonymat de nos
métropoles urbaines, il est bon de redécouvrir cette caractéristique évidente de la Messe – elle
rassemble des personnes de différents âges, milieux et intérêts. L’un des noms les plus anciens
de l’Eucharistie est en effet synaxis, rassemblement, assemblée.
59.
La célébration commence par une procession. La procession – qu’elle soit grande ou petite
nous rappelle que notre vie est un pèlerinage sur la terre. Nous sommes tous en chemin
ensemble. Le peuple d’Israël marchait dans le désert « sur les ailes d’un aigle » guidé par Moise,
Josué et d’autres, vers la Terre Promise (Ex 19, 4). Dieu leur envoyait la manne, nourriture pour
leur marche. Jésus lui-même a réuni des disciples autour de lui, et ensemble ils ont fait route vers
Jérusalem. A un niveau plus profond, Jésus parlait de sa route comme d’un passage de ce monde
à Celui qu’il appelait « Abba », Père. Comme nous le voyons dans l’épisode des disciples
d’Emmaüs, après sa mort et sa résurrection, le Christ Crucifié et Ressuscité a réassemblé sa
communauté messianique, qui avait été ébranlée par l’échec total apparent de sa mission. Il a
transformé ceux qui le suivaient , pour qu’ils deviennent disciples de ce qu’ils appelèrent
rapidement « la Voie » (Jésus étant lui-même la voie, la vérité et la vie [Jn 14, 6]). A chaque
Messe, Jésus Christ rassemble ce peuple pour célébrer le grand mémorial de sa passion, des sa
mort et de sa résurrection. Ce mémorial nous unit et nous fait partager la victoire de notre tête, le
nouveau Josué, qui nous conduit sur notre chemin vers la nouvelle Terre Promise de communion
avec le Christ et entre nous.
15
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
60.
Lors du dialogue d’ouverture, quand l’évêque ou le prêtre, agissant dans la personne du
Christ, dit « Le Seigneur soit avec vous » et que les fidèles répondent « Et avec votre esprit »,
nous reconnaissons le fait que Jésus Christ est présent au milieu de nous, comblant et dépassant
notre désir de nous rassembler. Il a promis : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis
là, au milieu d’eux ». (Mt 18, 20). Mais lorsque nous disons que Jésus est au milieu de nous, nous
rappelons aussi qu’il veut que nous soyons là où il est – dans le cœur même de Dieu.
61.
Au tout début de la Messe, en effet, le signe de la croix dont nous nous marquons nous
rappelle que nous ne nous trouvons pas simplement dans une église particulière, en train
d’effectuer un acte de vénération à un Dieu distant. Nous ne sommes pas extérieurs à Dieu, mais,
plutôt, par Jésus Christ, nous lui sommes « intérieurs », c’est-à-dire, des croyants baptisés qui
participent à la vie de Dieu, en vivant, pour ainsi dire, à l’intérieur des propres relations de
communion d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit. Jésus notre Grand-prêtre , qui préside notre
prière, se tient debout devant le trône de la Grace, et intercède pour nous. Par le rite liturgique
nous sommes emportés dans un mouvement d’amour qui nous atteint dans le Christ Jésus, qui
nous attire dans l’Esprit vers le Père et qui ainsi ouvre nos yeux sur nos frères et sœurs dans la
communion de la foi. Oui, nous nous trouvons dans un bâtiment que l’on appelle ‘église’, mais en
réalité nous nous trouvons aussi dans un espace sacré où nous avons été introduits par l’Esprit
Saint. Dans cet Esprit du Dieu Trine qui est Amour (1 Jn 4) nous sommes invités à découvrir en
chacun de notre prochain un frère ou une sœur avec lequel nous sommes unis parce que chacun
est un frère ou une sœur pour qui Jésus est mort (cf. 1 Cor 8,11).
III.b. L’acte pénitentiel et la ‘collecte’ – En solidarité les uns avec les autres
62.
Immédiatement après la déclaration initiale de la Messe selon laquelle “Le Seigneur est
avec nous », conscients de la grandeur de ce que nous allons célébrer, et juste avant d’entendre
la Parole de Dieu, nous avons la possibilité de prendre un temps de silence, puis de confesser nos
péchés et de recevoir le pardon de Dieu qui nous guérit. Seul Dieu peut pardonner les péchés.
Mais dans le Quatrième Évangile nous lisons comment, le soir du premier jour de la semaine,
Jésus a conféré aux Douze le pouvoir de pardonner les péchés (Jn 20, 21-23). Il l’a fait en leur
envoyant l’Esprit, symbolisé par son souffle sur eux. La communauté qui se rassemble pour la
Messe demande pardon non seulement en tant qu’individus, mais en tant que communauté : nous
sommes tous solidaires dans notre besoin de pardon. Nous nous appuyons dans la prière sur
notre communion avec Marie, les anges et les saints et tous nos frères et sœurs. Nous nous
engageons à repartir sur notre chemin baptismal qui est d’aimer Dieu et notre prochain de tout
notre cœur et de tout esprit. Le rite de la bénédiction et de l’aspersion au début de la Messe
souligne ce lien entre notre baptême et notre participation à l’Eucharistie. Le Gloria est l’occasion
de faire monter nos voix ensemble pour louer Dieu pour tous ses dons, surtout pour le don de son
Fils.
63.
L’invitation du Prêtre, “Prions le Seigneur”, introduit la “collecte” qui conclut le rite
d’ouverture de la Messe. Nous sommes invités à nous recueillir et à prier. C’est un appel à
rassembler toutes les prières de notre cœur, et à les laisser s’exprimer toutes ensemble dans la
« collecte » de l’Eglise, la prière « collective » au Père, par le Christ, dans l’Esprit. En fait notre vie,
imprégnée de foi, d’espérance et de charité, est appelée à devenir un « oui » à Dieu, exprimé dans
l’amour du prochain et la prière quotidienne. Ceci est affirmé de façon puissante pendant la
Messe. Nous apportons avec nous toute notre vie personnelle et familiale. Nous apportons devant
le Seigneur les joies et les peines, les espoirs et les désirs de toute l’Église et de toute l’humanité.
Nous avons besoin de ce moment, au tout début de la Messe, où nous remémorons toute la bonté
de Dieu pour nous, où nous l’en remercions, et où nous lui demandons de nous combler encore de
ses dons. La collecte est souvent riche de profonde méditation sur la fête ou le temps liturgique.
16
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
IV. La Liturgie de la Parole:
Communion avec le Christ par la Parole
« Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le
concernait… Ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il
nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ? " » (Lc 24, 27.32)
IV.a. La Double Table de la Parole et du Pain de Vie
64.
Dans le récit des disciples d’Emmaüs, nous entendons le Christ reprocher aux disciples de
ne pas laisser assez l’Écriture nourrir leur foi : « Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre
cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! » (Lc 24, 25). Avant d’ouvrir leurs yeux pour
qu’ils le reconnaissent à la fraction du pain, Jésus leur ouvre les Écritures et les leur interprète. La
rencontre avec lui dans les Écritures, en d’autres mots, est intimement liée à leur rencontre avec
lui dans la foi à la fraction du pain. Le sixième chapitre de l’Évangile selon Saint Jean indique aussi
que le fait de recevoir le Pain de Vie ne peut être séparée du fait d’écouter, croire et vivre la parole
de Jésus Christ.
65.
L’histoire du peuple d’Israël nous montre comment il a été guidé de façon vivante par la
Parole de Dieu. Le monde a été créé par la Parole. Les prophètes ont proclamé la Parole du
Seigneur. La Parole était vue presque comme ayant une présence personnelle. Il devint clair au
peuple d’Israël que tout comme la pluie et la neige, la Parole ne retourne pas sans accomplir ce
pour quoi elle a été envoyée (Is 55, 10s). Dans les écrits de Saint Paul, la Parole est aussi
présentée comme vivante et efficace. Il confie les Anciens d’Ephèse à la Parole qui a le pouvoir de
construire (cf. Ac 20, 32). Dans le Prologue du Quatrième Evangile nous voyons comment Jésus
accomplit tout ce qui est dit de la Parole dans l’Ancien Testament. Jésus est le « Verbe fait chair »,
il dresse sa tente parmi nous (Jn 1, 14). Il existe un lien intime entre Jésus, le Verbe descendu du
ciel, ses paroles de vie qui nous sont communiquées dans les Écritures et le Pain de Vie qu’il nous
donne en nourriture spirituelle. La Première Lettre de Saint Jean commence par une description de
comment les apôtres ont entendu, vu, contemplé et touché le « Verbe de Vie ».
66.
En continuité avec la tradition des premiers siècles, on lit les Écritures à toutes les Messes.
La description de la Messe que nous donne Saint Justin vers l’an 150 trace les grands traits de la
célébration eucharistique, qui sont restés les mêmes jusqu’à aujourd’hui. Il rapporte que l’on
« lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes aussi longtemps qu’il est possible » et
que, « quand le lecteur a fini, celui qui préside fait un discours pour avertir » les fidèles et pour les
« exhorter à mettre en pratique ces beaux enseignements ». 30
67.
Reconnaissant la présence du Christ dans l’Écriture, de nombreux textes patristiques et
conciliaires tirent un parallèle entre l’Eucharistie et la Parole. Ignace d’Antioche affirme « Mon
refuge est l’Évangile, qui est pour moi comme la chair de Jésus ». 31 Césaire d’Arles écrit : « Ditesmoi, frères et sœurs, selon vous qu’est-ce qui est plus important, la Parole de Dieu ou le Corps du
Christ ? Si vous voulez bien répondre, vous devez dire sans aucun doute que la Parole de Dieu
n’est pas inférieure au Corps du Christ. Donc, si nous veillons tellement à ce que rien ne tombe de
nos mains lorsque nous recevons le Corps du Christ, ne devrions-nous pas mettre le même soin à
ce que rien de la Parole de Dieu qui nous est offerte et donnée, n’échappe de nos cœurs, ce qui
arriverait si nous pensions à autre chose ? Il n’est pas moins coupable d’écouter la Parole de Dieu
avec négligence que de laisser le Corps du Christ tomber à terre. » 32 Saint Jérôme aussi compare
le Corps et le Sang du Seigneur avec la science des Écritures : « Certainement, puisque le Corps
du Christ est une vraie nourriture et son Sang une vraie boisson…Nous avons le privilège dans
notre vie dans le monde de pouvoir manger son Corps et boire son Sang, non seulement dans le
Mystère, mais aussi en lisant les Écritures. La vraie nourriture et la vraie boisson que l’on tire de la
Parole de Dieu est la science des Écritures. Celui qui ne mange pas ma Chair et qui ne boit pas
17
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
mon Sang… » 33 Et bien sûr, nous nous souvenons de son expression célèbre « Ignorer les
Ecritures, c’est ignorer le Christ ». 34 Le Concile Vatican II a souligné avec beaucoup de force
l’importance de la Parole de Dieu. 35 L'un des grands mérites du Concile fut de demander qu’on
ouvre « plus largement les trésors de la Bible » « pour présenter aux fidèles avec plus de richesse
la table de la Parole de Dieu ». 36
68.
A partir de l’image de la « table » de la Parole de Dieu et du Corps du Christ autour de
laquelle nous nous rassemblons à la Messe, la Présentation Générale du Missel Romain met en
relief le lien entre la liturgie de la Parole et la Liturgie de l’Eucharistie : « La Messe comporte en
quelque sorte deux parties, à savoir la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique, mais si
étroitement liées qu’elles forment un seul acte de culte. En effet, à la Messe est dressée aussi bien
la table de la parole de Dieu que du Corps du Christ, où les fidèles sont instruits et restaurés ». 37
69.
La partie principale de la Liturgie de la Parole est constituée de lectures tirées des Écritures
Saintes ainsi que d’un psaume responsorial. Ces lectures sont suivies par l’homélie, la profession
de foi et la prière universelle, ou prière des fidèles. Il faut admettre que cela fait beaucoup de
paroles dites et entendues dans cette partie de la liturgie, et dans le flot de paroles de notre monde
d’aujourd’hui il nous est facile de nous lasser et de devenir imperméables à l’impact des mots.
Pourtant, nous avons tous déjà fait l’expérience d’avoir été aidé par un mot juste dit au bon
moment. Les mots peuvent consoler ou encourager, établir ou restaurer une amitié, exprimer notre
amour ou une résolution. Les mots ne communiquent pas seulement des informations ! Ils sont le
véhicule des relations interpersonnelles. Cela est d’autant plus vrai pour Jésus Christ qui parle et
qui est présent dans sa Parole proclamée dans l’Eglise, la parole qui construit la communion. 38
IV.b. Par la puissance de l’Esprit, la Parole nous “Christifie” en faisant de
nous un seul corps
70.
La Liturgie de la Parole est un moment important, car elle offre à la communauté
rassemblée une rencontre riche et efficace avec Jésus Christ dans sa Parole qui nous établit en
communion avec lui et entre nous. Cette rencontre a lieu dans la puissance de l’Esprit Saint. Ainsi
que nous le lisons dans l’Introduction Générale au Lectionnaire : « La Parole de Dieu
constamment proclamée dans la liturgie est toujours une parole vivante et efficace par la
puissance de l’Esprit Saint. Elle exprime l’amour du Père, qui ne manque jamais d’agir envers
nous ». 39 La Liturgie de la Parole nous introduit dans un dialogue actif où l’Esprit est à l’œuvre.
C’est en effet l’Esprit qui rend possible notre réponse effective à la Parole de Dieu, afin que nous
nous identifions à ce que nous nous entendons dans la célébration de la Liturgie et que nous
décidions d’accomplir ce que la Parole nous demande. (cf. Jc 1, 22)
71.
La Parole est également source de communion parce que par la puissance de l’Esprit, le
dialogue, qui est aussi rencontre, avec Jésus Christ dans la Parole, si nous y sommes ouverts,
nous « christifie », c’est-à-dire qu’il provoque en nos vies une certaine mort et résurrection ; une
mort à ce que saint Paul appelle « le vieil homme » de façon à revêtir « l’homme nouveau », le
Christ présent en chacun de nous pour nous porter à la perfection de l’être selon le plan de Dieu
(cf. Ep 4, 22-23). En nous maintenant dans une communion vivante avec le témoignage des
Apôtres qui nous est donné par les Écritures, la Parole nous aide à comprendre plus profondément
notre identité baptismale : « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20). Et
si le Christ vit en nous, alors nous ne faisons plus qu’un : « il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus
ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un
dans le Christ Jésus » (Gal 3, 28).
18
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
72.
Comme nous le voyons dans la parabole du semeur sorti pour semer (Mc 4, 1-20), la
Parole de Dieu contient la puissance du Royaume de Dieu. Elle peut porter beaucoup de fruit. La
Parole proclamée et écoutée pendant la Messe peut avoir un effet puissant dans notre vie, ainsi
que le montrent les nombreuses histoires significatives, tout au long de l’histoire de l’Église, de
personnes orientant leur vie dans une nouvelle direction, après avoir écouté la Parole pendant la
Messe. Oui, la Parole est prophétique et dérangeante ! Il suffit de penser à Saint Antoine du
Désert. C’est en entendant l’Évangile proclamé pendant la Messe « si tu veux être parfait, va,
vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens,
suis-moi » (Mt 19, 21) et en le mettant en pratique que sa vie a changé complètement. Il est
devenu le fondateur de la tradition monastique dans l’Église, une vie qui a été à l’origine ou qui a
inspiré d’innombrables communautés caractérisées par une vie radicale de communion. D’une
manière similaire, Saint François d’Assise donna vie au mouvement de réforme franciscain après
avoir rencontré la Parole. Le conseil pratique que donnait Saint Jean Chrysostome à des hommes
dans les premiers siècles de l’Eglise n’a pas perdu sa valeur : « Quand vous rentrez chez vous
avec vos femmes et vos enfants, vous devriez prendre les Ecritures, les relire, et répéter la Parole
que vous avez entendue (à l’Eglise) » 40.
IV. c. L’ Homélie, la Profession de Foi et la Prière des Fidèles
73.
On pourrait dire que l’homélie est à la liturgie de la Parole ce que la fraction du pain est au
Rite de Communion. Son but est de nous encourager à accepter la Parole pour ce qu’elle est
vraiment, la Parole de Dieu, et à la mettre en pratique dans le quotidien de notre vie. Le mot
« homélie » vient du mot grec qui signifie « conversation familière » ou « cœur à cœur ». Par
l’homélie, la parole de Dieu et la Liturgie de l’Eucharistie deviennent ensemble « l’annonce des
merveilles accomplies par Dieu dans l’histoire du Salut, le mystère du Christ. » 41 En aidant les
fidèles à revêtir l’esprit du Christ en leur expliquant un aspect des lectures scripturaires ou bien
d’un autre texte de l’Ordinaire ou du propre de la Messe du jour, l’homélie doit tenir compte à la
fois du mystère qu’on célèbre, et des besoins particuliers des auditeurs. 42 Le but de l’homélie est
d’expliquer la Parole de Dieu et d’aider les fidèles à découvrir « l’art de vivre » en communion avec
le Christ et entre eux, qui découle de l’Eucharistie.
74.
Le Credo ou Profession de Foi que nous récitons lors de l’Eucharistie hebdomadaire
résume les grands mystères de la foi. Le Credo est comme notre carte d’identité, qui exprime dans
un langage commun de foi notre communion de foi. Comme le dit le Catéchisme, « réciter avec foi
le Credo, c’est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, c’est entrer aussi
en communion avec l’Église toute entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous
croyons ». 43 En effet, lorsque l’on inscrivait sur les tombes des premiers chrétiens l’expression « in
pace » (dans la paix ) ou l’une de ses variations, ce n’était pas simplement une prière pour le
repos de la personne décédée, mais une déclaration que cette personne avait vécu en communion
avec la foi de l’Église. Chaque fois que nous récitons les Credo nous affirmons notre foi dans le
Dieu Trine, source ultime et modèle de la communion de l’Eglise. La vocation de l’Eglise est
d’apparaître comme un « peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit
Saint». 44
75.
Après avoir récité le Credo, nous présentons nos demandes pour les besoins de l’Église
tout entière et pour le salut du monde entier, dans la prière universelle. Par cette prière notre
communion s’élargit au-delà des confins de la communauté rassemblée pour prier dans un endroit
précis. Nous prions avec confiance, nous appuyant sur la promesse de Jésus : « si deux d'entre
vous sur la terre se mettent d'accord pour demander quelque chose, ils l'obtiendront de mon Père
qui est aux cieux » (Mt 18, 19). Nous nous tenons alors debout avec Jésus devant le trône de la
Grâce, intercédant pour toute l’humanité. L’intercession est une forme de prière que les Chrétiens
ont adoptée et insérée dans leur célébration de l’Eucharistie, dès les débuts de l’Église, s’inspirant
de la prière de la synagogue. La prière universelle n’est pas quelque chose qu’il faut considérer
19
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
comme allant de soi. On demande aux catéchumènes de se retirer avant cette prière. C’est un
privilège que de faire partie de cette communauté de prière, unis avec le Christ et entre nous.
V. La Liturgie de l’Eucharistie:
Communion avec le Christ dans l’Eucharistie
“Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna”. (Lc 24,
30)
V.a. En lien avec la Dernière Cène
76.
Lorsqu’il décrit le moment culminant de l’épisode d’Emmaüs, Luc nous montre le Christ
ressuscité effectuant les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains et à la Dernière Cène.
Jésus prend le pain, le bénit, le rompt, et le distribue. La connotation eucharistique est clairement
voulue par Luc. En effet derrière les quatre récits de l’institution de l’Eucharistie qui nous sont
rapportés par l’Écriture (cf. Matthieu 26,17-35; Marc 14,12-31; Luc 22,7-38; 1 Cor 11,23-26) , nous
devinons un texte liturgique qui était en usage dans les premières communautés apostoliques et
qui rapportait les mots et les gestes de Jésus à la Dernière Cène.
77.
La Présentation Générale du Missel nous rappelle au n.72 que la liturgie eucharistique
correspond à ces paroles et à ces actes du Christ qui nous ont été transmis par l’Écriture et la
Tradition :
•
•
•
Dans la préparation des dons, on apporte à l´autel le pain et le vin avec l´eau, c´est-à-dire les
éléments que le Christ a pris dans ses mains.
Dans la Prière eucharistique, on rend grâce à Dieu pour toute l'œuvre du salut, et les dons
offerts deviennent le Corps et le Sang du Christ, source de notre communion entre nous.
Par la fraction du pain et par la communion, les fidèles, aussi nombreux soient-ils, reçoivent
d’un seul pain le Corps du Seigneur et d’une seule coupe le Sang du Seigneur, de la même
manière que les Apôtres les ont reçus des mains du Christ lui-même.
V.b. La Préparation des Dons : Signes d’Amour, d’Action de Grâce et de
Communion
78.
Au début de la liturgie eucharistique, les offrandes du pain et du vin, qui deviendront le
Corps et le Sang du Christ, sont apportées à l’autel. Ce sont des éléments simples, signes de
l’amour de Dieu, représentant en microcosme les dons de la création que Dieu nous a prodigués
et que notre travail et notre créativité ont aidé à former. La présentation des dons à l’autel
« assume le geste de Melkisédek et confie les dons du Créateur entre les mains du Christ. C’est
Lui qui, dans son sacrifice, mène à la perfection toutes les tentatives humaines d’offrir des
sacrifices. » 45
79.
L’offrande du pain et du vin est un écho de la liturgie juive avec sa formule de bénédiction
appelée berakah. La berakah n’est pas seulement une bénédiction rituelle mais plutôt l’expression
d’une action de grâces à Dieu pour ses bienfaits et les merveilles accomplies pour son peuple. Elle
exprime la foi et l’admiration, ainsi que la reconnaissance du besoin de répondre pleinement à
Dieu qui a établi une alliance avec son peuple, alliance qui a constitué ce peuple. Ce n’est que
parce que Dieu nous a aimés le premier, qu’il est venu rejoindre son peuple et le bénir, que nous
pouvons célébrer les merveilles du salut, Le remercier et bénir son Nom.
20
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
80.
Le pain et le vin présentés à ce moment de la Messe sont des signes qui nous préparent
aussi à ce qui va advenir. La pain et le vin seront transformés par Dieu pour devenir le Corps et le
Sang glorifiés de son Fils. Alors sa vie glorifiée nous sera communiquée sous la forme d’une
boisson et d’une nourriture qui nous donneront des forces et nous uniront les uns aux autres,
faisant de nous une communauté. Quand, lors du rite de communion, nous prendrons, nous
avalerons et nous digèrerons le pain transformé en Pain du Ciel, nous le « détruirons » en un
certain sens, et cette « destruction » sera notre propre « construction » parce qu’elle nous établira
dans le Christ en communion les uns avec les autres. Donc, en préparant les offrandes, non
seulement nous nous offrons à l’action de Dieu qui transformera le pain et le vin en Corps et Sang
du Christ, mais aussi nous nous rendons disponibles pour être transformés en instruments de
communion. L’ajout d’une goutte d’eau dans le calice peut être également comprise dans ce sens,
comme signifiant notre humanité qui va être unie à l’offrande que Jésus fait de lui-même, et dans
lequel nous ne faisons qu’un.
81.
La préparation des offrandes nous aide aussi à comprendre que nous sommes engagés
dans ce qui est parfois appelé “une liturgie cosmique”, c'est-à-dire le mouvement de la création
tout entière vers le but eschatologique ultime de la glorification de Dieu et de la transformation du
monde. Le but de l’Eucharistie est de commencer ici et maintenant la « christification » de
l’univers, dont la vocation est de glorifier Dieu qui sera « tout en tous » comme l’écrit Saint Paul (1
Cor 15, 28). Le fait que nous utilisions le pain et le vin, simples éléments de la création, nous
rappelle le caractère sacré de la création. Le monde n’est pas quelque chose d’indifférent, une
matière première que nous utilisons simplement comme bon nous semble. Il a été créé par Dieu,
et constitue une partie essentielle du plan divin. Lié à l’humanité il est associé à notre vocation de
fils et filles adoptifs dans l’unique Fils de Dieu, Jésus Christ (cf. Ep 1, 4-12) . L’Eucharistie a un
caractère cosmique. Ainsi que le dit superbement Teilhard de Chardin, l’Eucharistie peut être
considérée l’« hymne de l’Univers ».
82.
Souvent pendant la Messe, la présentation du pain et du vin est accompagnée d’une quête,
ou bien de dons que l’on apporte à l’autel à ce moment-là, soulignant le lien très fort entre
l’Eucharistie et le commandement de nous aimer les uns les autres. Nous savons que dès le
début, les Chrétiens ont compris que leur foi devait avoir des répercussions sur leur vie sociale et
ont commencé à partager leurs biens. (cf. Ac 4, 32) et à aider les pauvres (cf. Rm 15, 26),
exprimant ainsi leur vie de communion. Des descriptions de l’Eucharistie datant de la moitié du
deuxième siècle mentionnent la quête faite en faveur des veuves, des orphelins, des malades et
de tous ceux qui se trouvaient dans le besoin. Ecoutons Saint Justin : « Les fidèles qui sont dans
l’aisance et qui veulent donner donnent librement, chacun ce qu’il veut ; ce qu’on recueille est
remis à celui qui préside et c’est lui qui vient en aide aux orphelins et aux veuves, à ceux qui sont
dans le besoin par suite de maladie ou pour toute autre cause, aux prisonniers, aux voyageurs
étrangers ; bref, il vient en aide à tous les malheureux ». 46 On peut citer aussi dans ce contexte
Saint Jean Chrysostome : « Tu veux honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu’il est
nu. Ne l’honore pas, ici, dans l’église, par des tissus de soie tandis que tu le laisses dehors souffrir
du froid et du manque de vêtements. Quel avantage y a-t-il à ce que la table du Christ soit chargée
de vases d’or, tandis que lui-même meurt de faim ? Tu fais une coupe en or, et tu ne donnes pas
un verre d’eau fraiche ? Pense qu’il s’agit aussi du Christ, lorsqu’il s’en va, errant, étranger, sans
abri ; et toi, qui as omis de l’accueillir, tu embellis le pavé … »47
V.c. La Prière eucharistique – Une action de grâces communautaire à Dieu le
Père
83.
Avec la Prière eucharistique nous arrivons au cœur et au sommet de la célébration de la
Messe. Cette prière est une action de grâce collective à Dieu le Père, par Jésus Christ et dans la
puissance de l’Esprit. Au cours de la Prière eucharistique nous rappelons les merveilles
accomplies par Dieu, le pain et le vin sont transformés en Corps et Sang du Christ et nous
sommes transformés en un seul corps, un seul esprit dans le Christ. Nous nous unissons à
l’unique et parfait sacrifice d’amour, celui du Christ qui livre sa vie pour nous.
21
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
84.
La Prière eucharistique commence par un dialogue, initié par le prêtre agissant dans la
personne du Christ : « Le Seigneur soit avec vous… Elevons notre cœur … » En vertu de son
sacerdoce royal, l’assemblée, participant avec foi, répond « Cela est juste et bon ». On continue
alors avec la Préface pour rendre grâce au Père pour toutes ses œuvres, pour la création, la
rédemption et la sanctification.
85.
Tout au long de la Prière eucharistique, la communion est évoquée. On mentionne, par
exemple, l’évêque du lieu et l’ensemble du collège des évêques en union avec le Pape. Nous ne
prions pas simplement pour eux ; nous exprimons notre communion avec eux. L’une des Prières
eucharistiques demande en effet : « Renforce les liens d’unité entre laïcs et prêtres, entre les
prêtres et notre évêque N., entre tous les évêques et notre Pape N. ». Souvent dans l’Église
primitive, un Chrétien qui partait en voyage emportait avec lui une lettre de son évêque, qui
confirmait qu’il était en pleine communion avec lui. L’évêque du lieu où il arrivait vérifiait ensuite la
liste des évêques avec qui il était en pleine communion, c'est-à-dire qui professaient le même
Credo. Si l’évêque de la ville d’origine était sur cette liste, le Chrétien en voyage pouvait participer
à l’eucharistie de son lieu de destination, car il partageait la communion de la foi. On mentionne le
Pape dans la Prière eucharistique. Chargé du ministère de Pierre dans l’Église, il est associé à
toute célébrations de l’Eucharistie où il est nommé signe et serviteur de l’unité de l’Église
Universelle. 48
86.
A la fin de la Prière eucharistique, dans la grande doxologie, nous acclamons tous
ensemble « Amen », un « oui » puissant à Dieu. Dans le « Grand Amen » nous proclamons que
nous croyons ce qui vient d’être dit, que nous nous unissons à la prière et que nous nous
engageons dans tout ce qu’elle signifie. Notre affirmation personnelle « Je crois » et reprise dans
le « nous croyons » de la communauté ecclésiale réunie autour du Christ Crucifié et Ressuscité
pour le glorifier.
87.
Il y aurait beaucoup à méditer sur les textes de la Prière eucharistique. A ce point de notre
document nous ne pouvons que mettre en relief certains points qui touchent au thème du Congrès
eucharistique.
V.c.i. L’épiclèse – L’Esprit Saint nous rassemble dans l’unité
88.
La Messe est l’action la plus intense de l’Esprit Saint. C’est par l’Esprit que l’Église est
communion : il nous unit si intimement dans le Christ qu’Il est le principe de l’unité de l’Église.
L’invocation de l’Esprit pendant la prière eucharistique est appelée l’épiclèse. Déjà dans Livre de la
Genèse nous voyons comment l’Esprit planait sur le cosmos et fut à l’origine de la première
création. Nous savons qu’à la plénitude des temps l’Esprit descendit sur Marie, qui conçut ainsi
l’humanité de Jésus, commencement d’une nouvelle création. Dans la Prière eucharistique nous
invoquons l’Esprit pour que par Lui advienne la merveille d’une nouvelle création, d’une grâce
nouvelle. Cela nous rappelle combien ce que nous célébrons est au-delà de nos capacités. Cela
vient de Dieu. Dans l'épiclèse l’Église demande au Père d’envoyer l’Esprit Saint (ou la puissance
de sa bénédiction) sur le pain et le vin, afin qu’ils deviennent, par sa puissance, le Corps et le
Sang du Christ, et que ceux qui prennent part à l’Eucharistie soient un seul corps et un seul esprit.
89.
La troisième Prière eucharistique, par exemple, commence par dire que le Père, par la
puissance de l’Esprit Saint, donne vie et sainteté à la création, et nous rassemble : « Tu es
vraiment saint, Dieu de l’univers, et toute la création proclame ta louange, car c’est toi qui donnes
la vie, qui sanctifies toute chose, par ton Fils, Jésus Christ, notre Seigneur, avec la puissance de
l’Esprit Saint ; et tu ne cesses de rassembler ton peuple… » Après avoir proclamé cette force ou
cette puissance de l’Esprit, source de vie et de consécration universelle, nous invoquons l’action
vivifiante et sanctifiante de l’Esprit pour qu’elle « sanctifie » ou consacre les dons du pain et du vin
afin qu’ils deviennent pour nous Corps et Sang du Christ : « Sanctifie-les par ton Esprit » A notre
berakah de la préparation des dons, l’Esprit répond par leur consécration. Ensuite, après le récit
de l’institution, est proclamée l’épiclèse de communion, c’est-à-dire l’invocation de l’Esprit sur ceux
22
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
qui sont rassemblés pour l’Eucharistie : « Regarde Seigneur, le sacrifice de ton Eglise, et daigne y
reconnaître celui de ton Fils qui nous a rétablis dans ton Alliance ; quand nous serons nourris de
son corps et de son sang et remplis de l’esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul
esprit dans le Christ. »
90.
L’invocation sur la communauté rassemblée pour l’Eucharistie est importante pour notre
approfondissement du thème du Congrès. Par la puissance de l’Esprit, les éléments du pain et du
vin sont transformés en Corps et Sang du Christ, mais l’Esprit est également invoqué sur les
fidèles, car en tant que corps du Christ ils doivent correspondre plus pleinement au don de
communion que Dieu leur a fait, jusqu’à parvenir « tous ensemble à l'unité dans la foi et la vraie
connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ »
(Ep 4, 13).
91.
L’épiclèse nous dit quelque chose d’important sur notre identité. L’Eglise jouit de beaucoup
de moyens externes d’organisation en tant que corps social. Mais l’action de l’Esprit est vitale pour
instaurer notre communion. Sans l’Esprit Saint, notre vie de communauté disparaît. Sans l’action
de l’Esprit, il est « inutile de faire des projets, d’organiser, de promulguer des lois et des
instructions, de tout prévoir et tout contrôler. Nous aurions une entreprise modèle, une société
exemplaire, mais une communauté d’hommes et de femmes ne peut être vue comme le corps du
Christ que lorsqu’elle est soutenue et animée par l’Esprit du Christ, et c’est là le sens de l’épiclèse
eucharistique ». 49
V.c.ii. L’Anamnèse – Un “mémorial” communautaire
92.
On redécouvre depuis quelque temps la richesse de la signification biblique de la notion de
« mémoire » (anamnèse) , que l’on retrouve dans le « mémorial » de notre liturgie. 50 Nous nous
remémorons ce que Jésus a fait, non comme une leçon d’histoire mais comme un évènement qui
nous engage aujourd’hui.
93.
Depuis les temps de la Loi Mosaïque en effet, le Peuple de Dieu commémore les actions
éclatantes du Dieu Sauveur, actions qui l’ont constitué en tant que peuple. En particulier, la
célébration de la Pâque est devenue le mémorial (zikkarón) de l’évènement fondateur de son
histoire de Peuple de Dieu. Le Rituel de la Pâque, célébré tous les ans, commémore le passage
de l’esclavage à la liberté. Il est présenté dans Ex 12, 1-28, où le rite est décrit comme un banquet
où l’on mange un agneau. On asperge du sang sur les montants des portes pour éloigner l’ange
destructeur qui égorgea les premiers-nés des Egyptiens. En célébrant cette fête, le peuple juif ne
raconte pas simplement un évènement passé, mais il rend présent un évènement qui a eu lieu
dans le passé. Par cette célébration il participe aux moments fondateurs de son identité, pour se
préparer au futur.
94.
La Dernière Cène que Jésus a célébrée avec ses disciples dans la nuit qui précéda sa
passion et sa mort était une célébration de la Pâque (Mt 26, 2. 17-19; Mc 14, 12-17; Lc 22, 7-14).
Au moment de manger l’agneau pascal, Jésus prit le pain et le vin, les bénit et proclama : « Ceci
est mon corps, livré pour vous » et « Ceci est le sang de la nouvelle alliance qui sera versé pour
vous » (Lc 22, 19-20). En faisant cela, il interprétait sa mort sur la croix comme le sacrifice de
l’agneau. Par ce sacrifice il devait sauver l’humanité de sa condition d’esclavage au péché avec
toutes ses divisions et tous ses manques de communion, et nous introduire dans la condition de
liberté des enfants de Dieu, et donc en communion les uns avec les autres.
95.
La repas pascal que le Christ a célébré avec ses disciples représentait une anticipation
sacramentelle de sa passion et de sa mort qui conduiraient à sa résurrection et au don de l’Esprit.
Du pain, il fit un signe de son Corps livré pour nous, et du vin un signe de son Sang versé pour
nous. Le pain et le vin deviennent des signes sacramentels de l’alliance eschatologique qui
s’accomplit en Lui. Il demanda à ses disciples de commémorer cette action : « Faites ceci en
mémoire de moi » (Lc 22,19 ; 1 Co 11,25).
23
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
96.
Le mémorial eucharistique est célébré en fidélité au commandement de Jésus. C’est bien
plus que le souvenir d’un évènement passé. C’est la proclamation effective que l’Eglise fait de
l’action réconciliatrice de Dieu dans le Christ. Par elle, non seulement nous rappelons la Passion
de Jésus pour toute l’Église, mais nous participons « aujourd’hui » à ces bienfaits, et nous entrons
dans le mouvement de son offrande de lui-même. Par la puissance de l’Esprit, l’évènement de la
mort de Jésus sur la Croix une fois pour toutes est rendu présent dans notre temps à chaque
Messe. Nous pourrions le dire de façon différente. Nous devenons présents à cet évènement et il
nous lie les uns aux autres en communion, non seulement avec les frères et sœurs que nous
rencontrons à une Messe particulière, mais avec tous ceux qui sont réunis autour de l’Eucharistie
à tous les coins du monde, à tous les moments de l’histoire. 51
97.
Par l’Eucharistie nous devenons donc les contemporains des évènements fondamentaux
qui ont établi notre communion avec le Christ et entre nous. Ainsi que le dit le Catéchisme de
l’Église Catholique,
Dans la Liturgie de l’Église le Christ signifie et réalise principalement son Mystère pascal. Durant sa
vie terrestre, Jésus annonçait par son enseignement et anticipait par ses actes son Mystère pascal.
Quand son Heure est venue, il vit l’unique événement de l’histoire qui ne passe pas : Jésus meurt,
est enseveli, ressuscite d’entre les morts et est assis à la droite du Père " une fois pour toutes ".
C’est un événement réel, advenu dans notre histoire, mais il est unique : tous les autres événements
de l’histoire arrivent une fois, puis ils passent, engloutis dans le passé. Le Mystère pascal du Christ,
par contre, ne peut pas rester seulement dans le passé, puisque par sa Mort il a détruit la mort, et
que tout ce que le Christ est, et tout ce qu’Il a fait et souffert pour tous les hommes, participe de
l’éternité divine et surplombe ainsi tous les temps et y est rendu présent. L’Événement de la Croix et
52
de la Résurrection demeure et attire tout vers la Vie.
98.
Chaque célébration eucharistique accomplit aussi sacramentellement pour nous
« aujourd’hui » le rassemblement eschatologique du peuple de Dieu. Chaque Messe, en d’autres
mots, est un réel avant-goût, ici et maintenant, du banquet final annoncé par les prophètes (cf. Is
25, 6-9) et décrit dans le Nouveau Testament comme le « festin des noces de l’Agneau » (Ap 19,
7-9). Dans la troisième Prière eucharistique, après avoir rappelé l’ascension de Jésus dans le Ciel,
quand le célébrant prononce les mots « alors que nous attendons son dernier avènement » nous
sommes invités à reconnaître que cette remémoration des évènements fondateurs de notre foi
nous met en contact avec notre futur , c’est-à-dire avec notre participation au retour du Christ.
C’est pour cela qu’en proclamant le mystère de la foi, nous annonçons que « le Christ reviendra ».
A chaque Messe nous nous souvenons de notre futur et nous nous tournons vers lui.
99.
A cause du sens eucharistique dynamique de ce « mémorial » où le passé et le futur sont
d’une certaine manière déjà présents pour nous ici et maintenant, nous ne nous sommes jamais
aussi proches de nos frères et sœurs défunts que pendant la Messe. Notre communion avec ceux
qui sont partis avant nous marqués du signe de foi est renouvelée. Comme l’affirme Lumen
gentium (n.50) : « La célébration du sacrifice eucharistique est le moyen suprême de notre union
au culte de l’Église du ciel ». Dans ce contexte nous comprenons les paroles de Ste Monique à
Saint Augustin et à son frère, avant de mourir : « Je vous demande seulement de vous souvenir de
moi à l’autel du Seigneur, partout où vous serez. » 53
V.c. iii. La Consécration – Jésus Christ, source de communion transformante,
est réellement, vraiment et substantiellement présent
100. La prière Eucharistique est une prière d’action de grâces et de sanctification. Le Christ
Crucifié et Ressuscité agit sur le pain et le vin par la puissance de l’Esprit, communiquant sa vie
définitive au moyen de ces éléments transformés. Le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang
24
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
du Christ « avec la puissance qui le rend capable aussi de tout dominer » (Phil 3, 21). Depuis le
début de l’Eglise on n’a cessé d’affirmer l’efficacité de la Parole du Christ et de l’action de l’Esprit
Saint pour opérer cette conversion. Ainsi que l’affirme le Concile de Trente :
Parce que le Christ, notre Rédempteur, a dit que ce qu’il offrait sous l’espèce du pain était vraiment
son Corps, on a toujours eu dans l’Église cette conviction … : par la consécration du pain et du vin
s’opère le changement de toute la substance du pain en la substance du Corps du Christ notre
Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son Sang ; ce changement, l’Église
54
catholique l’a justement et exactement appelé transsubstantiation.
101. Le mode de présence du Christ sous les espèces eucharistiques est unique. Dans son
Elucidation, la Commission Internationale Anglicane-Romaine Catholique affirme : « Avant la
Prière eucharistique, à la question "Qu’est-ce que c’est ? " le croyant répond "c’est du pain". Après
la prière eucharistique, à la même question il répond : "C’est vraiment le Corps du Christ, le Pain
de Vie" ». 55 Notre Seigneur Jésus Christ, vrai homme et vrai Dieu, est « présent vraiment,
réellement et substantiellement » sous les apparences du pain et du vin. 56 Le pain et le vin sont
élevés à un nouvel ordre ontologique pour exprimer l’amour de Jésus Christ : « La coupe qui a été
mélangée, et le pain qui a été fait, reçoivent le Verbe de Dieu, et deviennent l’Eucharistie du Sang
et du Corps du Christ, qui fortifie et affermit notre substance. »57
102. Le thème de la présence réelle doit être compris aussi dans la ligne des merveilles
accomplies par Dieu dans l’histoire et de la communion entre Dieu et son peuple. Tout au long de
l’histoire du salut nous voyons Dieu « habiter » (shekinah) au sein de son peuple – il habite dans le
cosmos, il est présent en Israël. En Jésus Christ Dieu se fait chair et habite parmi nous. Jésus
Christ est maintenant présent à son Eglise de multiples manières : dans sa Parole, dans la prière
de son Église, « là où deux ou trois sont réunis en son nom » (Mt 18, 20), dans les pauvres, les
malades, les prisonniers (Mt 25, 31-46), dans ses sacrements. Mais il est présent au plus haut
point dans les espèces eucharistiques. Le Christ Crucifié et Ressuscité tout entier, corps et sang,
est là, sous les apparences du pain et du vin, pour, à travers eux, se communiquer à nous et faire
de nous son corps.
103. Grace à ces éléments transformés Jésus Christ nous communique sa vie définitive de
communion avec le Père. Transformés en Corps et Sang du Christ, le pain et le vin nous font
entrer dans un processus de transfiguration progressive qui nous mènera au but auquel nous
aspirons – la transformation définitive de tous, en communion avec le Christ et entre nous : « Et
nous, … nous sommes transfigurés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par
l'action du Seigneur qui est Esprit » (2 Cor 3, 18). Nos préoccupations personnelles et notre
sollicitude pour notre famille, notre travail et nos relations avec les autres sont assumés dans ce
processus de transformation. Chaque fois que nous venons à la Messe nous offrons quelque
chose de nouveau à transformer, spécialement les aspects les plus difficiles de nos relations, ainsi
que les situations douloureuses – socio-économiques, culturelles ou écologiques, qu’elles soient
locales ou mondiales, dont peut-être nous avons entendu parler par les media. L’Eucharistie est le
témoin, la garantie et l’anticipation de notre transformation et de celle du monde, dans la
communion.
V.c.iv. Le Banquet sacrificiel – Notre participation au don sacrificiel du Christ
104. L’Eucharistie est un banquet sacrificiel. Comme nous l’avons vu plus haut, il re-présente
(rend présent) le sacrifice de la croix. De fait, le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie ne
sont qu’un sacrifice, d’où découle notre communion.
105. Dans l’Ancien Testament nous voyons un lien fort entre “alliance”, “sacrifice” et “repas
d’alliance/de communion”. Le Livre de l’Exode (24, 1-11) nous dit comment la nouvelle relation
(alliance) de Dieu avec son peuple élu a été sellée avec le sang animal (sacrifice), et le partage de
la nourriture sacrificielle (communion). Moise dit, en parlant du sang : « Voici le sang de l'Alliance
que le Seigneur a conclue avec vous. » (Ex 24, 8). Il prit ensuite du sang, et en aspergea l’autel
25
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
(symbolisant Dieu) et le peuple, exprimant par ce geste la communion de vie que Dieu établissait
avec Israël. En partageant la nourriture sacrificielle lors de ce que l’on peut appeler un banquet
sacrificiel, le peuple s’engageait dans la relation d’alliance et ses membres ne faisaient plus qu’un,
en partageant les bénédictions de Dieu. Plus tard une nouvelle alliance fut promise, une alliance
qui serait inscrite dans les cœurs des croyants (cf. Is 55,3 ; Jr 31, 31-34).
106. Pendant sa vie terrestre Jésus insista sur la nécessité d’un culte qui soit réel et intérieur, et
non simplement fait de sacrifices ou de rituels extérieurs. Toute sa vie fut un don de lui-même par
amour des autres. Selon la Lettre aux Hébreux, entrant dans le monde le Christ dit : « Tu n'as pas
voulu de sacrifices ni d'offrandes, mais tu m'as fait un corps. Tu n'as pas accepté les holocaustes
ni les expiations pour le péché ; alors, je t'ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta
volonté » (He 10, 5-7). Toute sa mission fut de livrer sa vie pour que nous ne faisions qu’un. Les
repas qu’il partageait exprimaient sa volonté de rejoindre tous les hommes. L’amour de Jésus
« jusqu’au bout », comme le dit l’évangéliste Jean (Jn 13, 1), a culminé dans sa passion et sa
mort.
107. Lors de la Dernière Cène, Jésus interpréta pour nous, pour ainsi dire, le sacrifice de sa
mort sur la Croix. Il s’appliqua à lui-même les mots de Moïse : «Ceci est mon sang, le sang de
l’alliance » (Mt 26, 28), ou, comme nous le lisons en Saint Luc : « Cette coupe est la nouvelle
Alliance en mon sang répandu pour vous. » (Lc 22, 20). Il assimilait sa mort à un sacrifice
expiatoire et propitiatoire offert pour nous. Alors qu’il approchait de Jérusalem, il avait affirmé :
« Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir, et pour livrer sa vie en
rançon pour la multitude » (Mc 10, 45) , et sur la Croix il devait accomplir cela jusqu’au bout. Jésus
n’a pas offert « quelque chose », il s’est livré lui-même par amour. Il est à la fois le prêtre et
l’offrande du sacrifice. L’apôtre Paul devait encore développer cela en évoquant l’échange de
places qui advient sur la Croix entre Jésus Christ et nous. Lui, qui n'a pas connu le péché, a été
pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice
de Dieu (2 Co 5, 21). Lui qui était le Fils de Dieu s’est « vidé de lui-même » pour notre salut, afin
que nous puissions partager la vie de Dieu. Il fallait qu’il se sente loin de Dieu, abandonné, pour
que nous sachions que Dieu est proche, avec nous, au milieu de nous dans notre communion les
uns avec les autres. Paul continue : « Lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour
que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9).
108. Alors que nous bénéficions de la communion objective qui résulte du sacrifice du Christ et
qui nous arrive comme un don, lors de la Messe nous jouissons aussi d’une occasion unique
d’exprimer notre participation au don sacrificiel que le Christ fait de lui-même. Déjà par notre
baptême Jésus Christ nous attire dans son sacrifice parce que nous devenons membres de son
corps. Jour après jour, nous offrons notre personne et notre vie en sacrifice saint (Rm 12, 1). Mais
lors de la Messe, ainsi que l’exprime la quatrième Prière eucharistique, le Christ et l’Église sont
unis dans le sacrifice de louange : « Regarde Seigneur, cette offrande que tu as donnée toi-même
à ton Eglise ; accorde à tous ceux qui vont partager ce pain et boire à cette coupe d’être
rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps, pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une
vivante offrande à la louange de ta gloire ». Notre prière, notre louange et notre don de nousmêmes sont pris dans les siens pour être offerts par l’Eglise « par lui, avec lui et en lui ». Dans
l’Eucharistie le sacrifice du Christ devient aussi le sacrifice des membres de son corps. Voici
comment Augustin décrit cela :
Toute la cite rachetée elle-même, c’est-à-dire le rassemblement et la société des saints, est offerte à
Dieu comme un sacrifice universel par le grand-prêtre qui s’est lui-même offert pour nous dans la
Passion, afin que nous soyons le corps d’un tel chef … Voilà le sacrifice des chrétiens : "à plusieurs
nous sommes un seul corps dans le Christ". C’est ce que l’Eglise célèbre dans le sacrement de
l’autel, bien commun des fidèles, où il lui est montré que dans cette réalité qu’elle offre, c’est elle58
même qui est offerte.
109. Le sacrifice du Christ présent sur l’autel rend possible à toutes les générations de chrétiens
d’être unis à son offrande. Dans les catacombes romaines l’Église est souvent représentée comme
26
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
une femme en prière, les bras largement ouverts, comme le Christ qui a étendu les bras sur la
Croix. La signification est claire : en union avec le Christ, l’ Église s’offre et intercède pour tous les
hommes. 59Que pouvons-nous offrir ? Nous donnons à Dieu nos souffrances et nos prières, notre
travail et nos actes d’amour. Le fait de les unir à ceux du Christ et à son offrande totale leur
confère une valeur nouvelle. Tout ce qui est uni au sacrifice du Christ devient imprégné d’amour.
Et ce n’est pas une petite chose. En nous associant et en associant le monde qui nous entoure au
sacrifice du Christ, nous contribuons à ce que Teilhard de Chardin appelait « l’amorisation » (du
mot latin amor) de l’univers.
110. Notre participation à l’offrande du Christ devient une prière non seulement pour les vivants
mais pour les fidèles défunts, nos frères et sœurs qui nous ont précédés mais qui ne sont pas
encore complètement purifiés dans l’amour. Ecoutons saint Cyrille de Jérusalem : « En présentant
à Dieu nos supplications pour ceux qui se sont endormis, fussent-ils pécheurs, nous (…)
présentons le Christ immolé pour nos péché, rendant propice, pour eux et pour nous, le Dieu ami
des hommes » 60. Il y a plus. Nous prions en communion avec ceux qui sont déjà dans la gloire du
ciel, spécialement Marie. « C’est en communion avec la très Sainte Vierge Marie et en faisant
mémoire d’elle, ainsi que de tous les saints et toutes les saintes, que l’Église offre le sacrifice
eucharistique. Dans l’Eucharistie l’Église, avec Marie, est comme au pied de la Croix, unie à
l’offrande et à l’intercession du Christ ». 61
VI. Le Rite de Communion: Nous répondons ‘Amen’ à ce que nous
sommes
‘ Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent’ (Lc 24, 31)
VI. a. Recevoir la Sainte Communion
111. Les rites de communion suivent logiquement ce mouvement de la liturgie eucharistique. La
communauté s’est rassemblée en un même lieu. Les merveilles de Dieu nous ont été présentées à
travers la lecture des Écritures, suscitant une réponse sous forme d’offrande. Nous avons exprimé
notre action de grâce. Le pain et le vin ont été transformés en Corps et Sang du Christ et nous
aussi nous avons été transformés en un seul corps, un seul esprit dans le Christ. Le moment de
recevoir la sainte communion est arrivé.
112. Le “Notre Père” introduit les rites de communion. Ainsi que le dit le Catéchisme, la Prière
du Seigneur, située entre la Prière eucharistique et la communion, « récapitule d’une part toutes
les demandes et intercessions exprimées dans le mouvement de l’épiclèse, et , d’autre part, elle
frappe à la porte du festin du Royaume que la communion sacramentelle va anticiper ». 62 La prière
du Seigneur est la prière quintessentielle de l’Église. Elle nous révèle à nous-mêmes en même
temps qu’elle nous révèle le Père. Dans notre communion avec le Christ nous avons l’assurance
de passer le seuil de la sainteté divine avec Jésus Christ et de reconnaître que nous avons un seul
Père et que nous sommes tous frères et sœurs. Ceci est également reconnu dans l’échange du
geste de paix.
113. Comme nous le lisons dans la Présentation générale du Missel Romain, « puisque la
célébration eucharistique est le banquet pascal, il convient que, selon l´ordre du Seigneur, son
Corps et son Sang soient reçus par les fidèles bien préparés comme une nourriture spirituelle.
C´est à cela que tendent la fraction et les autres rites préparatoires par lesquels les fidèles sont
immédiatement amenés à la communion » (n.80). La fraction du pain, ou fractio panis, est un acte
symbolique qui nous rappelle que nous partageons tous l’unique pain du Ciel que nous sommes
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
sur le point de recevoir. Le prêtre rompt le pain et met dans le calice une parcelle de l’hostie
(appelée fermentum). L’une des interprétations de ce geste est qu’il rappelle une pratique
ancienne symbolisant l’unité de chaque célébration locale avec celle de l’Evêque de Rome.
Pendant plusieurs siècles le Pape a envoyé une parcelle du pain consacré lors de sa célébration
de la Messe à chacun des prêtres présidant une célébration locale, afin qu’ils restent en
communion avec lui. Cette parcelle (ou fermentum) était ensuite mise dans le calice avant la
distribution de la communion, pour signifier que l’Eucharistie est le sacrement de l’unité de l’Eglise.
Le terme fermentum était probablement une référence à l’Eucharistie en tant que levain de la vie
chrétienne, et l’instrument par lequel les Chrétiens du monde entier sont unis dans l’unique Corps
du Christ, devenant levain dans le monde.
114. Puisque c’est le “pain du Ciel” et la “coupe du salut” que nous recevons, Saint Justin nous
rappelle que personne ne doit prendre part à l’Eucharistie, sinon celui qui croit à ce qu’enseigne
l’Eglise, qui a été baptisé pour obtenir le pardon de ses péchés et la nouvelle naissance, et qui vit selon
l’enseignement que le Christ nous a transmis.63 Quand le prêtre ou le ministre extraordinaire de
l’Eucharistie nous présente l’hostie en disant « Le Corps du Christ », il nous demande implicitement
« Etes vous les Corps du Christ ? », c’est-à-dire : « Etes-vous en communion avec le Christ et avec ses
frères et sœurs ? » Et si nous pouvons répondre « Amen », alors nous pouvons nous nourrir du Corps
du Christ.
115. Nous recevons le corps du Christ pour devenir plus réellement le corps du Christ dans le
monde. Ainsi que nous le rappelle Saint Augustin d’Hippone, lors de l’Eucharistie nous devons être
ce que nous recevons et recevoir ce que nous sommes. 64 Il continue : « Vous répondez ‘Amen’ à
ce que vous recevez, et vous y souscrivez en répondant. Tu entends ce mot ‘Le Corps du Christ’
et tu réponds ‘Amen’ ». 65 L’Amen que nous disons en recevant la communion est une continuation
du grand Amen qui exprime que nous sommes prêts à entrer dans la vie de communion que le
Christ nous a obtenue par sa mort et résurrection.
VI. b. L’Eucharistie fait de nous un seul corps.
116. Dans la Tradition, de nombreux théologiens, dont Saint Thomas d’Aquin, ont affirmé que
l’Eucharistie a pour effet remarquable de nous assimiler réellement, mystiquement, au Christ. Pour
Saint Augustin, par exemple, c’est comme si Jésus nous disait, en se donnant à nous dans la
communion : « Je suis la nourriture des forts; crois, et tu me mangeras. Et je ne passerai pas dans ta
substance, comme les aliments de ta chair; c’est toi qui passeras dans la mienne. » 66 Le grand
théologien médiéval, Albert Le Grand, affirme aussi que « ce sacrement fait de nous le corps du
Christ, de telle manière que nous devenons os de ses os, chair de sa chair, membres de ses
membres. »67 Et en bon professeur il explique : « Chaque fois que deux choses s’unissent de telle
sorte que l’une est totalement transformée en l’autre, c’est la plus puissante des deux qui
transforme la plus faible en elle-même » 68. Dans un élan d’action de grâces il s’exclame : « Quelle
gratitude nous devons au Christ, qui avec son corps vivifiant nous transforme en ce qu’Il est, afin
que nous devenions son Corps pur et saint » 69. Thérèse de Lisieux, Docteur de l’Eglise plus
proche de nous, écrivait : « Jésus transforme chaque matin une hostie blanche en Lui-même pour
vous communiquer sa vie. Encore plus que cela, avec un amour encore plus grand, il veut vous
transformer en ce qu’il est » 70. Le Concile Vatican II cite Saint Léon Le Grand : « La participation
au Corps et au Sang du Christ n’a pas d’autre effet que de nous transformer en ce que nous
recevons » 71.
117. Etant donné ce remarquable effet de l’Eucharistie – notre transformation en Christ, nous
pouvons saisir combien l’Eucharistie fait vraiment de nous un seul corps et une seule âme, d’une
manière unique. Le pape Benoit XVI commente cela en faisant remarquer que le processus de
notre transformation, qui a déjà commencé quand le pain et le vin sont devenus Corps et Sang du
Christ, prend maintenant de l’élan et entraine à sa suite d’autres transformations :
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
Le Corps et le Sang du Christ nous sont donnés afin que, nous-mêmes, nous soyons transformés à
notre tour. Nous-mêmes, nous devons devenir Corps du Christ, consanguins avec Lui. Tous
mangent l'unique pain, mais cela signifie qu'entre nous nous devenions une seule chose.
L'adoration… devient ainsi union. Dieu n'est plus seulement en face de nous, comme le Totalement
Autre. Il est au-dedans de nous, et nous sommes en Lui. Sa dynamique nous pénètre et, à partir de
nous, elle veut se propager aux autres et s'étendre au monde entier, pour que son amour devienne
72
réellement la mesure dominante du monde.
118. Il advient alors une nouvelle communion de vie dépassant toute notre expérience de
partage , créant une réelle communauté humaine. Toutes les semences de désunion de nos vies
et autour de nous peuvent être neutralisées par le pouvoir unificateur du Corps du Christ. Le Pape
Benoit XVI compare ce processus à « une fission nucléaire portée au plus intime de l’être ».
«Seule l'explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des
transformations qui, peu à peu, changeront le monde » 73.
119. En recevant l’Eucharistie nous sommes appelés à anticiper un nouveau futur : par nos
mots et nos actes, le futur est déjà greffé sur le présent et nous pouvons déjà goûter ce que nous
sommes appelés à devenir. Il est important que nos célébrations eucharistiques comportent un
moment de silence pour donner aux fidèles l’occasion non seulement de rappeler le passé et de
célébrer le présent, mais aussi d’ouvrir leurs cœurs à la promesse que Dieu leur a faite d’une
communion parfaite avec le Christ et entre eux. Avec les yeux de l’âme nous pouvons apercevoir
le ciel nouveau et la terre nouvelle qui nous sont ouverts par l’Eucharistie.
VI. c. La Communion spirituelle
120. Parmi les fidèles qui assistent à la Messe, certains peuvent ne pas être en situation de
recevoir la communion, mais tous sont en mesure de vivre ce qui est appelé une “communion
spirituelle”, dans le sens d’un acte d’adoration, en s’unissant au mouvement d’offrande qui est
célébré à la Messe. Sainte Thérèse d’Avila écrivait : « Quand vous ne recevez pas la communion
et que vous ne participez pas à la Messe, vous pouvez faire une communion spirituelle, qui est
une pratique très bénéfique ; l’amour de Dieu sera ainsi grandement imprimé en vous » 74. Nous
sommes tous d’une manière ou d’une autre unis par l’Esprit Saint. Ceux qui ne peuvent pas
recevoir la communion peuvent déclarer dans leur cœur leur profond désir de la recevoir et unir
leur être et leur souffrance du moment au sacrifice de Jésus Christ. Depuis quelque temps, on
invite souvent pendant la Messe ceux qui ne peuvent pas recevoir la communion sacramentelle –
par exemple, les enfants avant leur Première Communion et les adultes qui ne sont pas
catholiques - à recevoir une « bénédiction » au moment de la communion.
VII. Le Rite de Conclusion :
Rendus Un afin que Tous soient Un
Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards… A l'instant
même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs
compagnons…A leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient
reconnu quand il avait rompu le pain. (Lc 24, 31…35)
VII.a. L’envoi
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L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
121. Lorsque le diacre ou le prêtre nous dit “Allez dans la paix du Christ” à la fin de la Messe,
nous sommes envoyés « afin que chacun retourne à ses bonnes œuvres, en louant et bénissant le
Seigneur » 75. Il y a quelque chose de mystérieux dans l’envoi des disciples d’Emmaüs.
Immédiatement après qu’ils eurent reconnu le Christ Ressuscité à la fraction du pain, « il disparut
à leurs regards ». Comment pouvons-nous interpréter cela ? Ce détail mérite qu’on s’y arrête, car il
nous dit quelque chose de l’effet de notre rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie. Ce que nous
voyons dans le récit d’Emmaüs c’est qu’une fois que les disciples ont accueilli la Parole de Dieu et
l’Eucharistie dans leurs vies, ils peuvent assumer la vie pascale que Jésus leur a donnée, et
devenir sa présence dans le monde : « pour moi, vivre c’est le Christ » (Phil 1, 21). Ils ont été
transformés en Christ. Il continue maintenant à vivre, pour ainsi dire, en eux et parmi eux. Cela
nous rappelle une prière attribuée à Sainte Thérèse d’Avila : « Christ n’a pas de corps sinon le
tien, pas de main sinon les tiennes, pas de pieds sinon les tiens. C’est à travers tes yeux que la
compassion du Christ doit regarder le monde. C’est avec tes pieds qu’il doit se déplacer pour faire
le bien. C’est avec tes mains qu’il va nous bénir maintenant ». Tous ensemble nous sommes ceux
qui continuent le voyage du Christ sur les chemins du monde.
122. Si dans l’Eucharistie, le Christ crucifié et ressuscité est présent de multiples manières, et
surtout autour des deux tables de la Parole et de l’Eucharistie, maintenant dans la liturgie de la vie,
ce sera par nous et parmi nous, les « deux ou plus » réunis en son nom, que sa présence sera
rendue visible et tangible aux autres (cf. Mt 18, 20). Ce sera notre foi agissant par la charité (cf.
Gal 5, 6) qui partagera la chaleur et la joie de l’Eucharistie avec les autres. En un sens, nous
pouvons aller plus loin et dire que le Christ Crucifié et Ressuscité, qui, dans la puissance de
l’Esprit, précède l’Église, nous réunit et nous nourrit avec sa Parole et son Sacrement, veut aussi
être le fruit du témoignage que nous lui rendons (en soi le don qu’il nous fait !) dans l’Église.
Reprenant les mots de la servante de Dieu Dorothy Day : « Nous devons pratiquer la présence de
Dieu. Il a dit que lorsque deux ou trois sont réunis en son non, il est là au milieu d’eux. Il est avec
nous dans nos cuisines, à notre table, dans notre pauvreté, avec nos invités, dans nos fermes…
Ce que nous faisons est minime. Mais c’est comme le petit garçon qui n’avait qu’un peu de pain et
de poisson. Christ a pris ce petit rien, et il l’a multiplié. Il fera le reste. »76
VII.b. Suivre l’exemple que Jésus nous donne au Lavement des Pieds
123. Le rite de conclusion nous envoie pour que nous menions une vie eucharistique. Si nous
voulons comprendre comment, nous pouvons suivre l’exemple de Jésus lavant les pieds de ses
disciples – nous avons là toute la mesure du don total de l’amour, ce don qui est commémoré dans
la Messe. Dans le Quatrième Evangile, la Dernière Cène est présentée comme le cadre des
dernières actions symboliques de Jésus, qui nous montrent la signification profonde et les
continuelles implications sociales et interpersonnelles de l’Eucharistie. Son amour « jusqu’au
bout » (Jn 13, 1) se manifeste lorsqu’il lave les pieds de ses disciples. Quittant son vêtement, il
accomplit cette humble tâche, assumant ainsi la condition d’esclave, se mettant par amour au
service de ses amis. Dans l’acte symbolique du lavement des pieds, Jésus donne un exemple de
service que ses disciples doivent suivre maintenant – livrer leur vie au service les uns des autres :
« C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour
vous » (Jn 13, 15) ; « Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14).
124. Plus tard, dans le Discours d’Adieu, Jésus répètera son commandement nouveau, qui
trouve toute sa mesure dans l’Eucharistie : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 12-13).
Mener une vie eucharistique signifie assumer la responsabilité que nous avons de construire un
monde imprégné de cette communion fraternelle qui nous est donnée et enseignée dans
l’Eucharistie. Lors de la Messe, le Père « nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus
Christ » (Ep 1,3). La porte nous est ouverte maintenant, pour que nous évangélisions par notre vie
et par nos paroles. Nous quitterons tous l’assemblée pour prendre des chemins différents, mais
personne n’est seul. Nous nous portons tous les uns les autres dans nos cœurs, pour continuer ce
qui nous est advenu dans l’Eucharistie, et devenir bâtisseurs de relations de communion partout
30
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
où nous allons. Notre acte d’adoration en dehors de la Messe prolonge et intensifie aussi tout ce
qui a été accompli pendant la célébration liturgique elle-même. 77
125. Lorsque nous quittons la Messe, ce que nous avons célébré commence à rayonner. La
grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint (2 Cor
13, 13) qui nous ont été donnés, demeurent maintenant en nous et portent du fruit au-delà de la
célébration eucharistique. Nous pouvons partir dans la confiance, car pendant la Messe l’Eglise a
demandé au Père d’envoyer son Esprit pour faire de nos vies une vivante offrande à Dieu par la
transformation spirituelle à l’image du Christ, le souci de l’unité de l’Eglise, et la participation à sa
mission par le témoignage et le service de la charité. 78
VIII.Conclusion
126. Pierre Julien Eymard, fondateur des Pères du Saint Sacrement, écrivait : «JésusChrist veut avoir aussi son mémorial, son legs, son chef-d’œuvre qui redise sans cesse son amour
pour l’homme. Il sera l’inventeur, l’ouvrier, le donateur de ce don suprême. Il le consacrera par son
testament et sa mort en sera la vie et la gloire. Quel est ce mémorial suprême de l'amour de
Jésus-Christ? C’est l’Eucharistie…» 79 Dans ces réflexions théologiques et pastorales nous avons
exploré les richesses du « chef d’œuvre » de Jésus, l’Eucharistie, dans la perspective du thème du
Congrès Eucharistique de 2012, la communion avec le Christ et entre nous.
127. Alors que nous concluons ces réflexions, nous reconnaissons l’insuffisance de nos paroles.
Quand tout est dit et fait, ce qui convient le mieux est peut-être d’inviter tous ceux qui prendront
part au Congrès de venir à l’Eucharistie et d’inviter Jésus lui-même, avec sa lumière et son amour,
à préparer leurs cœurs et leurs esprits. Aujourd’hui, comme au long des siècles, l’Eucharistie nous
invite silencieusement mais avec ténacité à retourner dans la Chambre Haute où, par l’institution
de l’Eucharistie, l’Eglise est née en tant que « Famille de Dieu », « un cœur et une âme » en
communion avec le Christ et les uns avec les autres. Dans cette Chambre haute nous découvrons
dans l’Eucharistie le battement du cœur de Jésus Christ qui nous invite à reconnaître ce qu’il a fait
pour nous. Il nous a aimés jusqu’au bout, jusqu’à rester avec nous en tout temps et en tout lieu
dans l’Eucharistie ; dans ce qui fut la plus grande expression de son amour : sa passion, sa mort
et sa résurrection. Thérèse de Lisieux par exemple, frappée par l’amour gratuit qui est exprimé
dans l’Eucharistie, s’exclamait du plus profond de son cœur « Oh Jésus, laissez-moi vous dire,
dans une gratitude débordante, que votre amour atteint la folie ! » 80.
128. Le Congrès eucharistique est une occasion de nous laisser à nouveau captiver par ce don
d’amour, afin que nos cœurs battent d’amour pour celui qui nous a demandé d’être parfaits dans
l’amour et de vivre dans la sainteté (1 Th 4, 3). S’efforcer de devenir des saints, non en tant que
réalisation personnelle, mais en tant que contribution à la construction d’une fraternité universelle
dans le monde. Nous laissons les derniers mots de ce document à une jeune femme récemment
béatifiée, Chiara Luce Badano, dont l’amour pour l’Eucharistie lui donna la force de vivre pour les
autres, même dans les circonstances douloureuses d’une santé qui l’abandonnait. Cet amour lui
donna vie, lumière et amour, à tel point que ses derniers mots à sa mère furent : « Soyez heureux
parce que je le suis » . C’est le bonheur de la communion avec le Christ et entre nous.
1
2
Voir Concile Vatican II, Constitution Pastorale sur l’Eglise, Gaudium et spes, 4
Patrick Corish, The Irish Catholic Experience (Dublin: Gill and MacMillan, 1985), p. 246.
31
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
Voir Benoît XVI, Lettre aux Catholiques d’Irlande, 19 mars 2010
Ibid., n. 5
5
Anglican-Roman Catholic International Commission, The Final Report (Windsor, 1981), ns. 5-6
6
Concile Vatican II, Constitution Dogmatique sur l’Église, Lumen gentium, 1-4.
7
Jean-Paul II, Lettre Apostolique Novo Millennio Ineunte (6 janvier 2001), 43
8
Lumen gentium, 11. Voir le Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1322-1419.
9
Concile Vatican II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres, Presbyterorum ordinis, 5.
10
L’hymne très populaire Audite omnes de Secundinus, missionnaire contemporain de Saint Patrick,
contient des références intéressantes à Patrick et à l’Eucharistie. Le texte de l’hymne apparait dans le
célèbre Antiphonaire de Bangor (On en trouve une traduction dans Dr Ludwig Bieler, The Works of St
Patrick [Longmans, Green and Co.: London, 1953]). L’ Instructio XIII de Saint Colomban est un beau
texte profondément mystique sur l’Eucharistie, nourri du langage de l’Evangile de Jean. (cf. La
Liturgie des Heures, Office des Lectures du mercredi et du jeudi de la 21ème semaine). L’édition critique
standard des Œuvres de Colomban est G.S.M.Walker, Sancti Columbani Opera, Scriptores Latini
Hiberniae, vol. 11 (Dublin: 1957). Voir Finbarr Clancy, ‘Vive in Christo ut Christus in te: The
Christology of St Columbanus’, in T. Finan & V. Twomey (eds), Studies in Patristic Christology (Four
Courts Press: Dublin, 1998), 163-195. On trouve aussi des chants eucharistiques dans le Stowe Missal
du neuvième siècle.
11
Le texte ainsi qu’un commentaire se trouvent dans Dom Vincent Ryan, The Shaping of Sunday: Sunday
and Eucharist in the Irish Tradition (Veritas: Dublin, 1997).
12
Cf. T. Lane, Reflecting on Knock: Before our merciful Lamb (Dublin: Columba Press, 2007).
13
Concile Vatican II, Constitution sur la Sainte Liturgie, Sacrosanctum concilium, 14.
14
Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Liturgiam authenticam, 7 mai 2001.
15
Voir Concile Vatican II, Décret sur l’Œcuménisme Unitatis redintegratio.
16
Voir Cardinal Walter Kasper, Harvesting the Fruits: Basic Aspects of Christian Faith in Ecumenical Dialogue
(London: Continuum, 2009).
17
Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique sur l’Œcuménisme Ut unum sint (25 mai 1995)
18
Ibid., 35.
19
Voir Concile Vatican II, Constitution Pastorale sur l’Eglise, Gaudium et spes, 22
20
Voir Gaudium et spes, 11 et 45.
21
Voir le Rapport Final du Synode Extraordinaire des Evêques, 1985 ; Novo millennio ineunte, 43 ; Benoît
XVI, Lettre Encyclique sur l’amour chrétien, Deus caritas est, 1
22
Voir Novo millennio ineunte, 43.
23
Gerhard Lohfink, Does God Need the Church? Collegeville, Minnesota: Liturgical Press, 1999, p. 60.
24
Lumen gentium, 14-16; Gaudium et spes, 92 ; Paul VI, Lettre Encyclique sur l’Église , Ecclesiam suam
(6 août 1964), n. 96-114.
25
Jean-Paul II, Lettre sur l’Eucharistie, Dominicae cenae (24 février 1980), n. 6.
26
Jean-Paul II, Lettre Encyclique sur l’Eucharistie en relation avec l’Église, Ecclesia de eucharistia (17 avril
2003), n. 8.
27
Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1325
28
Solennité du Corps et du Sang du Christ (Corpus Christi), Secondes Vêpres, Antienne au Magnificat :
Liturgie des Heures, Vol. 3, p. 37.
29
Voir Sacrosanctum concilium, 27; 48
30
Première Apologie de Saint Justin, I, 67: PG 6, 429.
31
Ignace d’Antioche, Ad Philad., 5: PG 5, 699-700.
32
Césaire d’Arles, Sermo, 78,2: PL 39,2319.
33
Saint Jérôme, Comm. in Eccles.: PL 23, 1092
34
Comm. In Isaias, Prol.: PL 24, 17.
35
Voir notamment la Constitution du Concile Vatican II sur la Révélation Divine, Dei verbum.
32
3
4
L’Eucharistie : Communion avec le Christ et entre nous
Dublin : Octobre 2010
Sacrosanctum concilium, 51.
Présentation Générale du Missel Romain, 28.
38
Sacrosanctum concilium, 7. Voir aussi 33.
39
Introduction Générale au Lectionnaire, 4
40
Dans Ev. Matth., 5.1: PG 57,55.
41
Introduction Générale au Lectionnaire, 24. Cf. Sacrosanctum concilium, n. 35, 2
42
Cf. Sacrée Congrégation des Rites, Inter oecumenici (26 septembre 1964), n. 54: AAS 56 (1964), p.890.
43
Catéchisme de l’ Église Catholique, 197.
44
Lumen gentium, 4. Voir Saint Cyprien, De Orat Dom. 23: PL 4, 5S3.
45
Catéchisme de l’Église Catholique, 1350.
46
Première Apologie de Saint Justin, I, 67: PG 6, 429.
47
Hom. s. l’Év. de Mt 50.3-4: PG 58, 509-509.
48
Catéchisme de l’Église Catholique, 1369.
49
Luis Alonso Schökel, Celebrating the Eucharist (Middlegreen, Slough, St. Paul Publications, 1988), p. 89.
50
Voir Sacrosanctum concilium, 47. Voir aussi Concile Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de
l’Église, Ad gentes, 14.
51
ARCIC, Eucharist, 5; cf. 3.
52
Catéchisme de l’ Église Catholique, 1085.
53
Saint Augustin, Confessions, IX, 11, 27: PL 32, 775, cité dans le Catéchisme de l’ Église Catholique, 1371.
54
Concile de Trente (1551): DS 1642., 197.
55
Anglican-Roman Catholic International Commisssion, Elucidation, no. 6.
56
Cf. Paul VI, Encyclique sur la Sainte Eucharistie, Mysterium fidei (3 Septembre 1965), n. 45. Cf.
Concile de Trente, Décret sur l’ Eucharistie, ch. 1.
57
Irenaeus, Adv. Haer. V, 2, 2-3: SC 153, 30-38.
58
Saint Augustin, La Cité de Dieu, 10, 6: PL 41, 283; Cf. Rm 12, 5.
59
Catéchisme de l’ Église Catholique, 1368.
60
Catech. Myst. 5, 9 et 10: PG 33, 1116-1117.
61
Catéchisme de l’ Église Catholique, 1370.
62
Ibid., 2770.
63
Apologie de Saint Justin. I, 66, 1-2: PG 6:428.
64
Sermo, 272: PL 38,1246-1248.
65
Ibid.
66
Confessions, VII, 10: PL 32, 742.
67
Albert Le Grand, De Eucharistia, Dist III, Tract. I,5,5; Borgnet XXXVIII, p. 257
68
Albert Le Grand, In IV Sent. Dist. IX, A, 2; Borgnet XXIX, p. 217
69
217Albert Le Grand, De Eucharistia, Dist III, Tract. I,8,2 ; Borgnet XXXVIII p. 272
70
Voir Poésies de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Office central de Lisieux, 1951, p. 31.
71
Lumen gentium, 26. Cf. S. Leo M., Serm. 63, 7: PL 54, 357 C.
72
Pape Benoît XVI, Homélie aux XXèmes Journées Mondiales de la Jeunesse, Marienfeld (21 août 2005)
73
Ibid.
74
Ste Thérèse d’Avila, Camino de Perfección, Chapitre 35.
75
Présentation Générale du Missel Romain, 90.
76
Catholic Worker, Feb. 1940
77
Cf. De sacra communione et de cultu mysterii eucharistici extra Missam (21 juin 1973), 89
78
Voir le Catéchisme de l’Église catholique, 1109
79
Pierre-Julien Eymard, Œuvres complètes, XIII, p. 819, PD 42,6
80
Voir Autobiography of a Saint, trans. Ronald Knox (London: Harvill Press, 1958), p. 241.
36
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