PRODUITS ET MODES DE PRÉPARATION LE CANNABIS

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FICHE TECHNIQUE
janvier 2006
LE CANNABIS
Par le Dr Laurent Karila
Chef de clinique assistant du département d’addictologie et de psychiatrie, hôpital Paul-Brousse, Villejuif
et le Pr Michel Reynaud
Chef du département d’addictologie et de psychiatrie, hôpital Paul-Brousse, Villejuif
Introduction
La France est le premier pays européen consommateur de cannabis et 23 % des Français l’ont déjà expérimenté
au moins une fois dans leur vie. Son usage est illicite et sanctionné par des amendes et des peines de prison selon
la loi de 1970 sur les toxicomanies1.
Le cannabis a toujours fait l’objet de nombreux débats : dépénalisation, diabolisation, banalisation, théorie de
l’escalade vers d’autres drogues…, rien n’étant clairement démontré. Ce qui fait consensus dans la communauté
scientifique est l’existence de réelles conséquences somatiques, psychiatriques et sociales.
Les professionnels de santé et notamment les pharmaciens, sont de plus en plus confrontés aux usagers de cannabis et à leur famille. Il nous a donc paru indispensable de faire un point précis tant sur les effets et les dommages du cannabis, que sur les moyens de repérage et d’évaluation et sur les possibilités de prise en charge.
PRODUITS ET MODES DE PRÉPARATION
Les différents produits
Le cannabis est issu d’une plante, Cannabis sativa variété indica ou chanvre
indien.
La composition du cannabis est très
complexe, plus de 60 cannabinoïdes
ont été recensés à ce jour dont les
principaux sont le ∆9-tétrahydrocannabinol (∆9-THC), le ∆8-tétrahydrocannabinol et le cannabidiol. La
concentration en ∆9-THC dans les
produits consommés est en nette augmentation depuis quelques années,
modifiant ainsi leur toxicité.
Les dénominations du cannabis diffèrent selon le lieu de production et le
mode de préparation :
• L’herbe, également appelée marijuana, correspond aux feuilles et aux
sommités fleuries séchées (mélange de
graines et de brindilles). La sinsemilla
est une variété particulière, plus riche
en résine et privée de graines. Le
contenu en ∆9-THC varie de 6 à 21 %.
Certaines herbes hollandaises auraient
des taux plus élevés.
• La résine, appelée shit ou hashisch,
se présente sous forme de barrettes pou-
vant avoir un aspect marron et solide
(Maroc), rouge (Liban), noir et malléable (Afghanistan). Peu de données
existent sur la nature des produits associés à la résine, dont la toxicité pourrait
être non négligeable. Le contenu en ∆9THC de la résine varie selon le pays
d’importation (de 8 % à 30 %).
• L’huile de cannabis est un liquide
visqueux brun-vert à noirâtre résultant
de l’extraction de la résine par de l’alcool à 90° suivie d’une évaporation.
Elle contient environ 60 à 80 % de
THC et possède de forts effets hallucinogènes.
1. Loi n° 70-1320 du 31/12/1970 « Mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et la répression du trafic et de l’usage illicite de substances vénéneuses ».
Comité d’éducation sanitaire et sociale de la pharmacie française
Ordre National des Pharmaciens - 4, avenue Ruysdaël - TSA 500 36 - 75379 Paris Cedex 08 • Tél. : 01 56 21 35 00 - Fax : 01 56 21 35 09 - cespharm@ordre.pharmacien.fr
PRODUITS ET MODES DE PRÉPARATION (suite)
Mode
de consommation
En France, le cannabis est généralement mélangé à du tabac. Il peut être
consommé de différentes façons :
– le joint : mélange roulé dans un
papier à cigarette muni d’un filtre en
carton ;
– le bang : montage d’un foyer en aluminium dans lequel est placé le produit en combustion surmonté d’un
tube pour inhaler la fumée ;
– la pipe à eau (narghilé) et le space
cake (cannabis incorporé dans des
pâtisseries), sont plus rarement utilisés.
Prix du cannabis
Le prix du gramme de cannabis varie
de 4 à 8 €, l’herbe ayant à peu près le
même prix que le shit. Le shit se présente sous forme de « savonnette » d’un
demi centimètre d’épaisseur et d’environ 250 grammes qui peut être découpée en fine tranche appelée « barrette ».
Le prix moyen d’une barrette de shit
varie de 10 à 15 €.
Bien qu’illicite, l’accès au cannabis est
facile en France. Son marché est très
organisé et très efficace. Le Maroc est
le premier pays exportateur de cannabis
vers la France. L’approvisionnement du
marché est toujours assuré avec une
fréquence régulière et une constance
des prix sur l’ensemble du territoire
français même en cas de saisie par les
douanes. Un fumeur quotidien dépense
environ 25 à 80 €/mois (OFDT, 2003).
PHARMACOLOGIE DU CANNABIS
Données
pharmacocinétiques
et métaboliques
Après inhalation, selon la qualité du
produit et la manière de fumer, 15 à
50 % du ∆9-THC présent dans la
fumée, est absorbé très rapidement et
passe dans le flux sanguin.
Les concentrations sanguines maximales, dose-dépendantes, sont obtenues
7 à 10 minutes après le début de l’inhalation. Le ∆9-THC, aux propriétés
lipophiles, se distribue rapidement
dans l’ensemble des tissus adipeux et
peut y persister jusqu’à 4 semaines
après la dernière consommation.
L’élimination du cannabis s’effectue
par voie rénale (15 à 20 %), digestive
(30 à 65 %), sudorale et dans le lait
maternel. La vitesse d’élimination des
cannabinoïdes varie d’un sujet à l’autre
(demi vie d’élimination entre 2 et
8 jours) et dépend principalement de la
dose fumée et de la fréquence de
l’usage.
Méthodes de dosage
Les urines sont le milieu le plus approprié pour effectuer le dépistage d’une
consommation de cannabis jusqu’à
3 semaines après la dernière prise. Le
sang permet de confirmer le dosage urinaire dans un contexte médico-légal,
incluant les accidents de la voie
publique. Le dosage dans la salive est
possible, il témoigne d’une exposition
récente (détection dans les 2 à 10 heures
après la dernière consommation). Cette
méthode de dosage permettrait un
dépistage simple de l’imprégnation
cannabique dans le cadre d’un contrôle
routier, mais il n’est pas encore reconnu
par la réglementation. L’analyse du
cannabis dans les cheveux peut être utilisée comme marqueur d’une utilisation
chronique. Le dosage dans la sueur est
rarement effectué.
Données
neurobiologiques
Les cannabinoïdes agissent sur les
récepteurs CB1 et CB2. Les récepteurs
CB1 sont principalement retrouvés
dans les régions du cerveau impliquées
dans les processus cognitifs d’apprentissage, de la mémoire et de la récompense (cortex frontal, hippocampe,
amygdale), dans les régions impliquées
dans les phénomènes moteurs d’activité et de coordination motrice (ganglions de la base et cortex cérébral) et
dans les régions impliquées dans la perception de la douleur (moelle épinière,
amygdale, thalamus). Les récepteurs
CB2 se retrouvent au niveau du système immunitaire.
Le ∆9-THC est un puissant agoniste
des récepteurs cannabinoïdes. Dans le
cerveau, la stimulation des récepteurs
CB1 par le THC provoque une libération de neurotransmetteurs (dont la
dopamine) responsables des effets psychoactifs du cannabis.
Usage thérapeutique du cannabis
De nombreuses actions thérapeutiques du cannabis ont été évoquées :
antalgique, antiémétique, orexigène, neuroprotecteur, antiglaucomateux, antispastique.
Depuis juin 2005, un spray oral, Sativex®, a reçu une AMM au Canada
pour le traitement des douleurs neuropathiques résistantes dans les
scléroses en plaque de l’adulte.
En France, le cannabis est soumis à des restrictions légales très importantes. Deux cannabinoïdes de synthèse sont disponibles sous forme
d’ATU nominative, le dronabinol (Marinol®) et la nabilone (Cesamet®) et
utilisés comme orexigènes et antiémétiques chez des patients atteints
du SIDA ou de cancer.
Actuellement, le cannabis semble n’offrir que des avantages thérapeutiques modestes dans des domaines où d’autres médicaments se révèlent beaucoup plus efficaces.
2
MODALITÉS DE CONSOMMATION
En 2002, 23 % des adultes âgés de 18 à
75 ans avaient déjà expérimenté le cannabis et 1,4 % l’utilisaient 10 fois par
mois et plus. Au cours des 12 derniers
mois, 59 % des jeunes de 18 ans en
avaient déjà fumé et 15 % en fumaient
régulièrement (21 % des garçons et 9 %
des filles). 10 % des garçons contre 3 %
des filles de 18 ans déclaraient fumer
tous les jours (OFDT, 2003).
L’usage régulier de cannabis est, en
général, associé et a été précédé par la
consommation de tabac et d’alcool. Une
augmentation de l’ivresse alcoolique et
de la consommation de tabac serait
parallèle à la consommation de cannabis.
L’usage de cannabis conduit une partie
des consommateurs à avoir recours au
système médico-social en raison de leur
consommation : 31 % des nouveaux
patients vus dans les centres de soins
spécialisés pour toxicomanes (CSST)
en 2002 avaient une consommation prédominante de cannabis (OFDT, 2003).
Comportements
de consommation
L’usage de cannabis peut conduire à
une consommation problématique sous
forme d’abus ou d’usage nocif allant
jusqu’à la dépendance.
• L’abus ou l’usage nocif
Il s’agit d’une consommation répétée
qui entraîne la survenue de dommages
psychoaffectifs, sociaux ou somatiques
sans atteindre les critères de dépendance. Cet état s’accompagne le plus
souvent de plaintes émises par l’entourage comme par le sujet lui-même sur
sa consommation et ses conséquences.
• La dépendance
Elle se traduit par une perturbation
importante et prolongée du fonctionnement neurobiologique et psychologique d’un individu. C’est la phase
ultime des consommations pathologiques (voir Conséquences neuropsychologiques : Usage chronique).
Consommation à risque
Certaines modalités de consommation
sont fortement corrélées à l’apparition
de dommages psychiatriques, somatiques et sociaux et aux risques d’abus
et de dépendance :
– La précocité des consommations :
plus une consommation de cannabis
démarre tôt dans la vie, plus le risque
d’apparition d’abus et/ou d’une
dépendance est élevé.
– La consommation à visée autothérapeutique : consommation régulière à
visée hypnotique ou anxiolytique ;
consommation matinale pour pallier à
un syndrome de dépendance ; consommations régulières, continues et massives pour lutter contre l’ennui…
– L’usage solitaire, en dehors des situations ritualisées, corrélé le plus souvent
à une augmentation de la consommation.
– La consommation à la recherche
d’excès.
– La répétition des consommations.
– L’impossibilité de se priver de cannabis dans certaines conditions (concerts,
fêtes ou moments plus intimes).
– Le besoin de consommer quotidiennement.
L’installation de l’abus voire de la
dépendance au cannabis est conditionnée par l’interaction entre trois facteurs :
• le produit (risque de dépendance et
de complications sanitaires, psychologiques ou sociales) ;
• l’individu (vulnérabilité génétique,
biologique, tempérament, troubles
psychiatriques existants) ;
• son environnement (fonctionnement
familial, rôle des pairs).
CONSÉQUENCES CLINIQUES DE L’USAGE DE CANNABIS
Conséquences somatiques
liées à l’usage aigu
et chronique de cannabis
Système cardiovasculaire
Le ∆9-THC a un effet hypotenseur
caractéristique induisant une augmentation de la fréquence et du débit sanguin
cardiaque et cérébral (10 minutes après
consommation de cannabis). Cette
tachycardie pourrait être responsable de
palpitations et d’une réduction de la
tolérance à l’effort chez les patients
coronariens. De nombreux cas d’artériopathie chez des fumeurs de cannabis
ont également été rapportés.
Système respiratoire
La fumée du cannabis a des effets
proches de celle du tabac. Mais chaque
« joint » est 4 fois plus toxique qu’une
cigarette industrielle notamment à
cause de la différence d’inhalation du
joint par rapport à la cigarette : la profondeur et la durée de l’inspiration sont
plus importantes et l’inhalation délivre
en moyenne deux fois plus de fumée.
L’inhalation de cannabis augmente
fortement le taux de carboxyhémoglobine par rapport à la cigarette. Les
effets broncho-pulmonaires aigus du
cannabis, malgré une activité bronchodilatatrice immédiate et transitoire de
l’ordre de 60 minutes, sont proches de
ceux du tabac (réactions inflammatoires, toux). L’exposition chronique au
cannabis peut entraîner une bronchite
chronique.
Système oculaire
Les effets oculaires les plus fréquemment retrouvés sont une hyperhémie
conjonctivale par vasodilatation et irritation conjonctivale (yeux rouges) et
une mydriase inconstante en cas d’ingestion.
3
Système digestif
Les sujets fumeurs de cannabis peuvent
se plaindre de sécheresse buccale par
diminution de la sécrétion salivaire et
de troubles digestifs dus à une réduction de la motricité intestinale. Plus
rarement, des manifestations à type de
diarrhées, vomissements peuvent se
voir lors d’une consommation importante. Enfin, il a été montré expérimentalement que le cannabis entraînerait
une augmentation de l’appétit.
Cancer
Des cas de cancers des voies aérodigestives supérieures et pulmonaires ont été
rapportés (langue, larynx, amygdale...)
chez les fumeurs de cannabis associé
au tabac et chez les fumeurs exclusifs
de cannabis. Des cas de cancers chez
les enfants exposés passivement ont
également été rapportés (rhabdomyosarcome, leucémie non lymphoblastique, astrocytome).
CONSÉQUENCES CLINIQUES DE L’USAGE DE CANNABIS (suite)
Conséquences
neuropsychologiques
■ Usage aigu
Les effets psychoactifs du cannabis,
dus au ∆9-THC, sont doses-dépendants
et varient selon les individus. Ils surviennent en quelques minutes et peuvent durer plusieurs heures. Ils sont de
l’ordre de l’euphorie, du bien-être, de
la détente sereine (voire une exaltation
de l’humeur) ou de la sédation.
Sur le plan cognitif, il est retrouvé des
perturbations mnésiques et attentionnelles, une diminution des performances
psychomotrices, des distorsions subjectives du temps et de l’espace et un
trouble de la communication orale. Ces
altérations peuvent persister jusqu’à
24 heures après l’usage de cannabis.
Complications
Les conditions de survenue de complications liées à la consommation de cannabis présentent une grande variabilité
individuelle.
Ivresse cannabique
Elle associe un sentiment de bien-être,
des troubles mnésiques, une sédation
ou une excitation et à doses élevées une
dissociation d’idées, des erreurs d’appréciation de l’espace, des perceptions
sensorielles accrues (modifications
auditives, troubles de la perception des
sensations et expériences hallucinatoires riches). Ces troubles persistent
pendant quelques heures.
Bad trip
Il se manifeste par des malaises
anxieux, des crises d’angoisse, des
idées dépressives, paranoïaques voire
délirantes. Cet état régresse spontanément en quelques heures.
Attaque de panique
Sa survenue lors d’un premier usage
favoriserait les récidives lors d’une
consommation ultérieure.
Cannabis et conduite automobile
Un conducteur qui a fumé du cannabis a 1,8 fois plus de risque d’être responsable d’un accident mortel de la route. La consommation de cannabis
associée à l’alcool multiplie ce risque par 14 *. L’usage de cannabis est donc
totalement incompatible avec la conduite automobile.
Depuis 2001, en France, une recherche de stupéfiants est effectuée chez
les conducteurs impliqués dans un accident corporel ou mortel de la circulation (loi du 19 juin 1999 et du 15 novembre 2001). La loi du 3 décembre
2003 institue un délit de conduite sous l’emprise de produits stupéfiants puni
de 2 ans d’emprisonnement et 4 500 euros d’amende.
* Étude « Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière », OFDT, octobre 2005.
Psychose cannabique aiguë
(pharmacopsychose)
Son apparition serait concomitante de
l’intoxication ou apparaîtrait dans le
mois qui suit l’arrêt de l’intoxication. Il y
aurait une ascension récente des consommations de cannabis précédant l’apparition de la symptomatologie délirante.
Il s’agit d’un trouble de début brutal et
d’évolution brève (de quelques jours à
quelques semaines). La symptomatologie est proche de celle des bouffées délirantes aiguës, avec une hétéroagressivité
plus importante liée à la desinhibition
psychomotrice, une plus grande fréquence d’hallucinations notamment
visuelles, une impression de déjà-vu ou
de dépersonnalisation. L’épisode délirant est résolutif à l’arrêt de l’intoxication et sous antipsychotique atypique.
L’expérience d’une psychose cannabique aiguë favorise les récidives lors de
nouvelles consommations de cannabis.
Flash-back cannabique
Le stockage de cannabis dans les tissus
adipeux pourrait entraîner des décharges
retardées dans les 3 mois après le dernier
usage et sur le plan clinique une
angoisse majeure de dépersonnalisation.
■ Usage chronique
L’usage chronique de cannabis entraînerait des altérations cognitives à type de
troubles mnésiques, d’altérations de l’apprentissage et des performances sociales
et scolaires. Les autres domaines neurocognitifs ne semblent pas touchés.
Syndrome de dépersonnalisation
Ce syndrome s’exprime par des
attaques de panique avec sensations de
dépersonnalisation ou de déréalisation
secondaire à une prise isolée de cannabis. Il apparaît dans les 30 minutes suivant la prise puis régresse en deux
heures environ.
Syndrome amotivationnel
Certains consommateurs vont développer un syndrome amotivationnel (entité
clinique non validée). Il comporte un
déficit des activités professionnelles ou
scolaires, une désinsertion sociale, des
troubles du fonctionnement intellectuel,
4
des difficultés attentionnelles et mnésiques, une pauvreté idéatoire, une
indifférence affective et un rétrécissement de la vie relationnelle.
Dépendance
La prévalence de la dépendance au
cannabis représente 10 % de la population consommatrice, la tranche d’âge
15-25 ans étant la plus touchée. Elle se
traduit par l’apparition d’une tolérance
et d’un comportement compulsif de
consommation. Un syndrome de
sevrage se produit à l’arrêt de la
consommation. Il se manifeste principalement par de l’agitation, de l’anxiété,
de l’insomnie, une instabilité de l’humeur, une irritabilité, une anorexie, des
tremblements, une augmentation des
réflexes, des sueurs, des diarrhées.
L’ensemble de ces symptômes s’amenderait en 3 semaines. Des dommages
graves (psychologiques, somatiques et
sociaux) l’accompagnent souvent.
Dépression
Il a été montré une forte relation entre
usage de cannabis et dépression mais
aucune relation de causalité n’a été établie. La symptomatologie dépressive
serait un facteur de risque de début
d’usage de cannabis.
Troubles anxieux
L’usage régulier de cannabis dans la
population de personnes présentant un
trouble anxieux généralisé serait fréquent et à visée thérapeutique. Or,
l’usage de cannabis favorise la survenue d’attaques de panique qui mène
généralement la personne anxieuse à
arrêter spontanément sa consommation.
Schizophrénie
Différentes études ont suggéré un lien
significatif entre usage de cannabis et
schizophrénie. Il existerait une vulnéra-
CONSÉQUENCES CLINIQUES DE L’USAGE DE CANNABIS (suite)
bilité neurobiologique commune. Un
âge de début précoce d’usage de cannabis semble augmenter le risque de psychose. Des antécédents d’usage de
cannabis apparaîtraient être un facteur
de risque pour le début d’une schizophrénie, notamment chez les sujets vulnérables mais également chez ceux
sans histoire clinique antérieure. Cependant le cannabis n’est ni une cause suffisante ni une cause nécessaire pour une
schizophrénie, mais une composante
s’incluant dans le groupe de facteurs
impliqués dans cette maladie.
Grossesse et cannabis
L’usage chronique de cannabis entraîne
une diminution de la perfusion utéroplacentaire à l’origine de difficultés voire
d’échecs d’implantation embryonnaire.
Les effets néfastes du cannabis sur la
croissance fœtale seraient mis en évidence dès la 22e semaine de gestation :
retard de croissance fœtale et réduction
de la durée de gestation. Cependant le
tabac, associé au cannabis, jouerait également un rôle important dans le retentissement somatique fœtal.
Le cannabis consommé pendant la
grossesse pourrait être à l’origine de
fausses couches spontanées, d’une augmentation du nombre de contractions et
de complications pendant le travail
obstétrical.
Enfin, il a été démontré que le cannabis entraîne des altérations neurocomportementales et développementales
significatives chez les sujets exposés
in utero : troubles mnésiques, attentionnels, d’intégration de données,
hyperactivité, comportements impulsifs.
RÔLE DU PHARMACIEN
Le pharmacien d’officine est un des
professionnels de santé auquel les
familles pourraient facilement faire
appel lorsqu’elles suspectent ou découvrent l’usage de cannabis chez l’adolescent. Il doit constituer une aide pour
les parents leur permettant d’engager
le dialogue avec leurs enfants dans une
situation souvent de crise. Lorsqu’un
consommateur est en demande d’informations, le pharmacien peut proposer
un rendez-vous pour aborder le sujet
en toute confidentialité.
Pour faire face à cette demande, il est
indispensable que le pharmacien aborde
le plus objectivement possible les
risques et complications éventuels de la
consommation de cannabis afin de tenir
aux jeunes consommateurs et à leur
famille un discours crédible et adapté.
Conseils aux parents
Avant d’engager une discussion avec
les parents, il est essentiel que le pharmacien connaisse des médecins ou
centres de consultation spécialisée, susceptibles de recevoir le jeune consommateur (voir Contacts utiles).
Les parents sont souvent désarmés face
à la consommation de cannabis de leurs
enfants. Le pharmacien pourra leur
donner quelques conseils pour ouvrir le
dialogue :
– Conseiller aux parents d’avoir une
attitude cohérente et commune face à
leur enfant. Des discours divergents
entre les deux parents auront un
impact moins important sur le jeune
consommateur.
– Ne jamais banaliser ni dramatiser la
consommation de cannabis.
– Conseiller aux parents de ne pas tenir
un discours moralisateur mais favoriser une discussion autour du cannabis.
– Rester à l’écoute et chercher des
solutions avec l’adolescent.
– Encourager les parents à signifier
leur désaccord par rapport au choix
de leur enfant et à se positionner
comme un soutien possible.
Le pharmacien pourra également informer les parents des signes d’alerte
évocateurs d’une consommation de
cannabis (voir encadré ci-dessous).
L’adolescent peut ressentir l’aide des
parents comme un obstacle à son indépendance. Il est cependant essentiel de
maintenir le dialogue. Le pharmacien
peut constituer une aide extérieure à la
famille qui prendra le relais pour
conseiller et éventuellement guider
l’adolescent vers une consultation spécialisée.
Changements de comportement
d’un adolescent pouvant alerter
sur sa consommation
de cannabis :
• Absentéisme scolaire répété.
• Perte d’intérêt pour les activités
sportives ou de loisir.
• Isolement, repli sur soi.
• Changement de fréquentation.
• Problèmes d’argent.
5
Conseils aux adolescents
Certains arguments pourront être apportés incitant l’adolescent à réfléchir
sur sa consommation de cannabis et en
envisager l’arrêt :
– Informer l’adolescent sur le cannabis
et ses effets somatiques, psychologiques, cognitifs et sociaux.
– Aborder le sujet de l’appartenance au
groupe et entraîner les adolescents à
exprimer leur jugement et assumer
leurs propres choix.
– Inciter l’adolescent à mettre en balance
d’une part sa consommation de cannabis, les effets qu’il ressent, le réconfort
que cela lui apporte, et d’autre part les
répercussions négatives sur son travail,
ses relations, ses loisirs.
– Les arguments en rapport avec la santé
n’ayant pas beaucoup d’impact vis-àvis des adolescents, insister plutôt sur
le risque d’échec que peut entraîner la
consommation de cannabis au niveau
de l’apprentissage scolaire et de la
construction de la personnalité.
Généralement, le consommateur de cannabis pense réussir à maîtriser sa
consommation et n’envisage pas qu’elle
puisse le rendre dépendant, ou avoir des
conséquences négatives. L’utilisation du
questionnaire CAST peut aider l’adolescent à évaluer les risques de sa consommation. Le questionnaire est rempli par
le consommateur puis présenté à un professionnel de santé. L’interprétation du
questionnaire, récemment revue, indique
que trois réponses positives suggèrent un
risque modéré associé à l’usage de cannabis. Le professionnel de santé doit porter une attention particulière au jeune
RÔLE DU PHARMACIEN (suite)
consommateur et l’inciter à réfléchir sur
les conséquences de sa consommation.
Quatre réponses positives ou plus sont le
reflet d’une consommation problématique qui nécessite une orientation vers
une consultation spécialisée.
Orienter vers une prise
en charge médicale
Selon l’importance du problème et la
consommation de cannabis, une prise
en charge médicale peut être proposée. Elle est le plus souvent ambulatoire.
Un premier bilan permet de décider du
traitement à mettre en place : thérapie
cognitive et comportementale, prise en
charge des comorbidités somatiques
et/ou psychiatriques ainsi que des problèmes relationnels, familiaux, sociaux.
Il n’existe aucun traitement substitutif au
cannabis mais des traitements symptomatiques (anxiolytiques...) sont utilisés pour
aider au sevrage. En revanche, le tabagisme étant fréquemment associé à la
consommation de cannabis, des substituts
nicotiniques peuvent être proposés.
Un recours à des intervenants spécialisés
en addictologie est justifié s’il existe une
polyaddiction, un trouble de l’adaptation
Questionnaire CAST
(Cannabis abuse screening test, conçu par l’OFDT)
Trois réponses positives au test doivent amener le consommateur à s’interroger
sérieusement sur les conséquences de sa consommation de cannabis.
Quatre réponses positives ou plus, devraient l’amener à demander un avis spécialisé.
Au cours de votre vie :
- Avez-vous déjà fumé du cannabis avant midi ?
❑ OUI
❑ NON
- Avez-vous déjà fumé du cannabis
lorsque vous étiez seul(e) ?
❑ OUI
❑ NON
- Avez-vous déjà eu des problèmes de mémoire
quand vous fumez du cannabis ?
❑ OUI
❑ NON
- Des amis ou des membres de votre famille
vous ont-ils déjà dit que vous devriez réduire
votre consommation de cannabis ?
❑ OUI
❑ NON
- Avez-vous déjà essayé de réduire ou d’arrêter
votre consommation de cannabis sans y parvenir ?
❑ OUI
❑ NON
- Avez-vous déjà eu des problèmes à cause
de votre consommation de cannabis (dispute,
bagarre, accident, mauvais résultat à l’école…) ?
❑ OUI
❑ NON
Legleye S., Karila L., Beck F., Reynaud M.
en milieu scolaire ou professionnel, un
usage autothérapeutique du cannabis, un
dysfonctionnement familial ou social
majeur, un trouble psychiatrique.
L’hospitalisation n’est proposée que si
la prise en charge ambulatoire est difficile et/ou s’il existe des comorbidités
psychiatriques.
CONTACTS UTILES
■
Ligne téléphonique ÉCOUTE CANNABIS (8 à 20 heures) : 0811 91 20 20
Ligne spécifique dédiée aux problèmes liés à la consommation de cannabis
■
Ligne téléphonique FIL SANTÉ JEUNES (8 à 24 heures) : 0800 235 236
Ligne spécifique liée aux problèmes de santé physique, psychologique et sociale des adolescents
www.filsantejeunes.com
■
Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT)
www.drogues.gouv.fr.
La liste des consultations cannabis est disponible sur ce site, rubrique Adresses utiles
POUR EN SAVOIR PLUS
• Monographie cannabis, Reynaud M. (conseiller scientifique), La Revue du Praticien, 15 janvier 2005, tome 55 :
•
•
•
•
•
n° 1, p. 14-74.
Addictions et Psychiatrie, Reynaud M., Éditions Masson, 2005
Cannabis et santé, Reynaud M., Éditions Flammarion, 2004
Prise en charge des troubles psychiques et des addictions, Karila L., Éditions Baillière, 2005
Le cannabis et les autres drogues, Benyamina A., Éditions Solar, 2005
Cannabis : Quels effets sur le comportement et la santé ?, INSERM Expertise collective, Éditions INSERM, 2001
Les auteurs remercient les Drs Sarah Coscas, Amine Benyamina, Paul Pickering, Hassan Rahioui,
praticiens hospitaliers du département d’addictologie et de psychiatrie, hôpital Paul-Brousse, Villejuif.
6
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