en ûuet^Âpens Prussien Belgique

publicité
Godefroid
KURTH
Professeur émérite à ^Université de Liège
l^V'
ûuet^Âpens Prussien
en Belgique
Avec une Préface de
S. E.
le
Cardinal D,-J.
Mercier
Archevêque de Mafines
Avant-Propos de M. Qeorges Ooyau
-^
BRUXELLES
PARIS
Honoré
5,
DEWIT
CHAMPION
Albert
53, RUE Royale, 53
QUAI Malaquais, 5
1919
Le
Quet=Apens Prussien
en Belgique
DU MÊME AUTEUR
Les Origines de la Civilisation moderne,
6« édition,
Bruxelles-A. Dewit, 1912, 2 vol. in-S^
fr.
Notger de Liège et la Civilisation au X«
siècle, Paris-
....
Champion, Bruxelles-Dewit, 1905, 2 vol. in-8o
La Cité de Liège au moyen âge, Paris-Champion,
Bruxelies-Dewit, 1910, 3 vol. in-8o
Clovis, 2« édition (sous presse),
Bruxelles-Dewit, 2 vol.
8.00
Etudes Franques, Paris-Champion, Bruxelles-Dewit,
vol. in-8o
1919,
,
Clotilde, 6^ édition, Paris, V. Lecoffre
Sainte
Boniface, 4® édition, Paris, V. Lecoffre
....
....
Saint
Mizrain. Souvenir d'Egypte, Paris-Champion, BruxellesDewit, 1912
La Nationalité belge, 2e édition, Bruxelles-Dewit, 1919
.
Notre
10.00
15.00
in-8«
2
8.00
Nom
national, Bruxelles-Dewit
Manuel d'Histoire universelle,
2®
édition,
20.00
2.00
2.00
3.50
3.00
1.00
augmentée
de gravures et de cartes, 1919, première année, Bruxelles-
Dewit
Manuel
2.75
d'Histoire
augmentée
de nombreux numéros, 1919,
universelle, 2^
de gravures et de cartes et
édition,
seconde année, Bruxelles-Dewit
Manuel
d'Histoire
2.75
de Belgique,
blement augmentée, avec gravures
3® édition, considéraet cartes,
Bruxelles-
2.75
Dewit, 1919
Abrégé d'Histoire de Belgique,
et cartes, Bruxelles-Dewit,
Sommaire
8e édition, avec gravures
1919
Belgique, 9e
d'histoire de
gravures et cartes, Bruxelles-Dewit, 1919
1.25
édition,
avec
0.50
Ces cinq derniers ouvrages sont traduits en flamand, BruxellesDewit, Gand-Siffer.
Qodefroid
KURTH
Professeur émérite à l'Université de Liège
Le
Guet=Apens Prussien
en Belgique
Avec une Préface de
S. E.
le
Cardinal D.-J.
Meircier
Archevêque de Matines
Avant-Propos de M. Georges Qoyau
BRUXELLES
Albert DEW^IT
PARIS
Honoré
5,
CHAMPION
QUAI Malaquais, 5
53,
1919
RUE Royale, 53
Tous droits
réservés.
« Entre civilisés et barbares, la lutte n'est pas
Les nations civilisées appliquent les
neuf dixièmes de leurs forces à la paix et au
travail; les barbares appliquent à la guerre
égale.
tous leurs bras et toute leur âme. »
FUSTEL DE COULANGE,
L'invasion germaniquey p. 327.
«
Das eben ist der Fluch der bosen That
Dass sie fortzeugend immer boses muss ge[bàren. »
Schiller, Die Piccolo7;nini, V.
I.
AVERTISSEMENT
Nous accomplissons le désir d^ Godefroid
Kurth en publiant, comme son testament patriotique,
Lorsque
il
avait
mort
la
pages
du
et les
qu'il
le surprit, le
entièrement achevé
chapitres
gique,
dernières
les
Guet-apens
avait
confiés
ait
écrites.
4 janvier 1916,
les
cinq preniiers
prussien
en
Bel-
à M. Eug, Bâcha,
conservateur des manuscrits à la Bibliothèque
Royale.
Dans
la
pensée de l'auteur, ces cinq chapitres
formaient un tout complet se suffisant à
lui-
même. Mais Godefroid Kurth entendait bien y
donner une
Il
une
suite.
avait réuni et classé des
série d'autres chapitres,
matériaux pour
dont
il
avait déjà
—
VIII
—
tracé le plan et rédigé certaines parties.
ébauches portent
Comment
[Chap. VI.]
nié le
voici
:
l'Allemagne a calom-
Gouvernement belge
;
Comment TAllemagne
[Chap. VII.]
la
que
les sous-titres
Ces
a calomnié
Belgique.
[Chap. VIII.]
Comment l'Allemagne
a traité
Belgique.
la
[Chap. IX.] La légende des francs-tireurs.
[Chap. X.J
les
femmes
Comment l'Allemagne calomnie
belges.
[Chap. XI.] Cynisme
et résipiscence.
Nous avons cru devoir ajouter en appendice
les
premier
dont
premiers de ces chapitres,
trois
entièrement rédigé et
était
le
deux
les
suivants relativement fort avancés.
Si
éloignés soient-ils encore
de
la
que Fauteur s'apprêtait à leur donner,
forme
ils
con-
tiennent des pages qui méritent d'être sauvées
de
l'oubli.
sur
L'étude
volume,
est
Aerschot,
qui
enquête
le
une monographie indépendante,
un épisode des événements qui
l'appendice
termine
II.
font le sujet de
L'auteur Ta rédigée après une
personnelle
et
sur
des
témoignages
IX
écrits, qui
—
composent un volumineux dossier du
plus poignant intérêt.
Godefroid Kurth a apporté dans ces pages
son émotion d'homme, son cœur de patriote et
sa critique d'historien.
La vue
du passé
claire
qu'il devait à ses veilles laborieuses lui
de
tait
la
en 4915,
transporter jusque dans l'avenir,
humiliée...
pas à écrire en
n'hésitait
il
de l'Allemagne
lant
(1).
de son génie,
Il
la
sur
débâcle finale.
pour
paix, mais son
par-
pressentait, dans la certitude
la Victoire qu'il
n'est plus là
et,
vaincue,
Aujourd'hui,
:
Ainsi est mort Godefroid
fixés
permet-
Kurth,
et
yeux
voyait s'avancer, et
assister à nos
nom
les
il
lendemains de
son œuvre continueront
d'élargir leur lumière sur la terre patriale qui
fut la sienne et
une
en l'avenir de laquelle,
il
avait
foi invincible.
Les Éditeurs,
(1)
Page 125.
PREFACE
Malines, il
Combien
juillet.
nous manq^ie^ le cher et vaillant Godefroid Kurth I Lorsqu'un événement,
joyeux ou pénible avait secoué les couches profondes de la. patrie belge, nous nous étions
accoutumés à trouver dans la presse du lendemain une inte7'prétaiion vibrante, claire^ de nos
sentiments. Kurth posait l'oreille sur le cœur
il
j
de son pays, en recueillait
les palpitations, les
traduisait en quelques phrases brèves, chaudes,
décisives.
Au lendemain de
V armistice; après
le
retour
du Trône; lors
de la reprise des travaux de VAcadémie royale;
triomphal du Roi
et le
discours
après la signature de la Paix; après la journée
grandiose de Kœkelberg nous nous attendions
,
du
du grand
toujours a réentendre la voix de l'historien,
démocrate^
celle
du grand
patriote,
chrétien, que tous les Belges vénéraient et que
nous avons
tant
aimé.
—
Elle
XII
s'est éteinte^ cette
noble voix.
Jusqu'à notre dernier souffle, nous garderons présente à l'imagination la visite que
nous fîmes à Godefroid Kurlh dans sa maison
de retraite d'Assche.
Cétait
le
3 janvier 1916
Nous eûmes
vers
le soir (1).
de Cètreindre
la consolation
fraternellement dans nos hras. Avec l'humi-
d'un enfant^ il nous demanda une
suprême bénédiction. Ce que son puissant org anisme put recueillir d'énergie fut pour nous
redire, en paroles entrecoupées, avec quelle
lité et la foi
sincérité
il
avait aimé l'Eglise catholique^ sa
Mère, notre Mère
combien les horreurs de ïinvasion allemande l'avaient meur:
et puis,
tri.
Kurth aimait l'Allemagne il avait suivi de
très près les travaux scientifiques de ce pays;
;
il
en fréquentait assidûment
congrès ;
les
avait étudié les aspirations populaires
eu confiance en
;
il
il
en
avait
elle.
L'invasion, son iniquité originelle, ses atrocités, ses perfidies, le
renversèrent.
Kurth
porter une arme, mais
Blessé à mort,
n'est
il
plus capable de
ne lâchera pas sa
plume. Elle vengera sa patrie.
(1)
Cette
même nuit
à
1
Il
donnera au
heure du matin, Godefroid Kurth
s'endormait dans le Seigneur.
XIII
traître,
qui a tente de nous déshonorer^
dernier
soufflet.
un
Nos compatriotes liront dans « Le guet-apens
prussien en Belgique » et dans « La tragédie
d'Aerschot » la dernière protestation
d'une
grande âme contre riniquité, un hommage
suprême à la vérité méconnue.
Ces pages, à la date
et
dans
exceptionnellement laborieuses où
écrites,
elles
ne pouvaient être complètes
sont pas
moins
fortes,
conditions
les
^
furent
elles
n'en
émouvantes.
Puissent nos chers compatriotes garder au
cœur
le
double
amour
qui forgea la person-
morale de Godefroid Kurth, V amour de
Vunitè de la patrie belge, l'amour du Christ et
nalité
de son Église
t
/
S. E. Gard. Mercier, arch. de Malines.
AVANT-PROPOS
LE TÉMOIGNAGE DE GODEFROID KURTH
y a quelques années, à l'occasion du jubilé
de Vhistorien belge Godefroid Kurth, nous présenIl
tions
aux lecteurs de
la
Revue
cette
nalité de savant et de lutteur
grande person-
(1).
Kurth, dans
œuvre historique, unissait à des scrupules d'érudition minutieuse un don permanent
d'éloquente synthèse; on trouvait en lui ces deux
toute son
qualités qui sont rarement réunies chez
homme
et
le
:
un même
du chercheur,
Son Clovis, sa
la perspicacité pointilleuse
souffle
du
généralisateur.
Sainte Clotilde, son Histoire poétique des Mérovingiens, ses Origines de la civilisation moderne,
son Eglise aux tournants de
trent en lui
une méthode de
service d'une
dissection
la vie.
(1)
vier
âme
mJme
l'histoire,
nous mon-
« chartiste »
d'orateur, et
mise au
comment de
des a documents »
il
la
fait jaillir
Ce fondateur d'un laboratoire historique
Voyez
1907.
la
Revue des Deuœ Mondes du 15
jan-
XVI
était, tout
en
même
temps, un
se mêlait intimement,
taire
du
homme
non point à
d'action
la vie
:
il
parlement
parti catholique belge, mais à cette vie
plus profonde, plus remuante, qui fermentait quo-
tidiennement dans
dans
les
groupements ouvriers,
longue échéance
les
démocratiques,
les associations
qui préparait à
et
futures campagnes politiques:
cet intellectuel aimait le contact des masses, tantôt
pour ausculter l'âme nationale
et
tantôt
pour
l'entraîner.
Et
c'était
avec tout lui-même, avec sa connais-
sance approfondie de toutes les initiatives sociales
du moyen âge
chrétien, avec sa compréhension,
toujours éveillée, des besoins populaires actuels,
que Godefroid Kurth, dressant parmi
les catholi-
ques belges sa haute stature de tribun, leur apparaissait
comme un
docteur de générosité sociale,
La Grande Guerre surprit Godefroid Kurth en
Belgique il arrivait de Rome, où il était directeur
:
de l'Institut historique belge; sous ses regards
étonnés, accablés, la ruée allemande déferla. Ayant^
toujours voulu, d'une volonté très stricte, une
Belgique impartiale entre
il
avait toujours
respectée.
France
compté que
cette
et l'Allemagne,
Belgique serait
Le crime germanique fut pour
plus affreuse déception.
certes,
la
On
lui la
ne pouvait l'accuser,
de malveillance préconçue pour ses mau-
vais voisins de VEst, Il avait toujours revendiqué
l'autonomie linguistique pour les divers groupes
XVII
—
de populations qui formaient l'unité belge,
non
et
point seulement pour les Flainands, mais aussi
pour certains Belges de langue allemande, voisins
des provinces rhénanes. Ses relations scientifiques
nombre de professeurs des univer-
avec
un
sités
allemandes lui étaient très chères;
certain
ses meilleurs disciples,
en Godefroid Kurth, au
M.
Kai^l
et l'un
de
Hanquet, saluait
moment de son
jubilé, le
maître qui, en « gardant avec une fidélité jalouse
la
méthode française d'exposition
»,
avait « intro-
duit dans les universités belges la méthode d'investigation allemande ».
Tel était l'ouvrier d'histoire dont nous allons
publier les ultima verba. Avec
ments dont
disposait,
il
le
peu de docu-
mais avec toute
l'acuité
sa vision et avec toute Vacuité de sa conscience,
fit
pour une dernière
racontant
time.
le
Sous
fois
œuvre
de
il
d'historien, en
guet-apens dont sa patrie était vic-
le
joug allemand, son éloquence
devenue muette; mais dans
le secret
de savant, sa plume restait libre,
était
de son cabinet
et les
pages qui
suivent nous montrent l'usage qu'il fit de cette
dernière liberté, jusqu'à son dernier souffle.
commença
ce travail « au
fond d'un
Il
village bra-
bançon, sans chemin de fer, sans poste, sans journaux, loin de toute bibliothèque,
communiquer
ne pouvant
avec Bruxelles qu'au prix de démar-
ches et de passeports; »
disposition,
et
pour
il
n'eut d'abord à sa
cette besogne,
que
« les
journaux
2
—
XVIII
allemands abandonnés par
C'était dur, sous ce
bler des
documents
les
troupes de passage».
régime allemand, de rassem:
des journaux, les col-
lire
porter, les garder, pouvait entraîner la mort. Gode-
quand même, ne
froid Kurth,
pour
les
écrire;
il
voulait pas attendre
pour empêcher
tenait à « parler tôt
légendes de la calomnie de prendre racine dans
les esprits », et puis, peut-être pressentait-il qu'il
fallait parler tôt
Et dans
parce que
la
mort
allait
venir
les chapitres successifs qu'il jeta
papier, on
tôt...
sur
le
appliquer aux perfides arguments
le vit
de VAllemagne ses méthodes sévères de critique
du Hohenzol-
historique, et poursuivre la thèse
lern, et celle de
le
même
Bethmann,
et celle
de Jagow, avec
souci d'examen scientifique que
fût agi de quelque fraude commise dans
tain passé. C'est
au
nom même
un
se
loin-
de ses procédés
d'historien qu'il demandait des comptes
aux bour-
reaux. Et cédant à sa naturelle éloquence,
en un grand tableau
trait ensuite,
s'il
il
mon-
d'histoire, ce
du guet-apens.
Une fois achevé ce manuscrit, Godefroid Kurth
ne le conserva pas son ami M. Bâcha l'emporta,
qu'avait été l'âme belge vis-à-vis
:
pieusement, à
et l'y
la
bibliothèque royale de Bruxelles,
mit à l'abri des regards ennemis, La veuve
de Godefroid Kurth a bien voulu nous en donner
communication. Le ministre Beernaert déclarait
naguère que
Kurth
était
le
un
Manuel
d'histoire de Belgique de
« merveilleux abrégé » d'histoire
XIX
nationale
:
commenté
—
l'héroïsme belge,
Kurth,
tel
à
ajoute
que
ce
l'a
décrit et
a merveilleux
abrégé » une page plus merveilleuse encore.
Georges Goyau.
(1)
Revue des Deuœ Mondes,
l®""
mai
1919.
(1).
INTRODUCTION
La Belgique
jardin de la civilisation européenne
plus aujourd'hui que
1914
jusqu'au 3 août
était
:
elle
le
n'en est
le cimetière.
Ses villes sont détruites, ses villages brûlés,
ses plus
beaux monuments réduits en cendres,
ses
bibliothèques anéanties, ses habitants massacrés
ou déportés en Allemagne ou réduits à
Pourquoi
?
Parce qu'elle a
Elle avait
la misère.
été fidèle
au devoir.
assumé devant l'Europe l'obligation
de garder sa neutralité.
Un
jour,
un
des cinq
protecteurs de cette neutralité lui a proposé
marché déshonorant
:
trahir la foi jurée en lui
ouvrant une porte qu'elle
s'était
fermée.
Elle a refusé
:
il
un
l'en a châtiée.
engagée à tenir
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
2
Que tous
amis de l'humanité viennent voir
les
dans ce livre comment cela
S'il s'était
s'est fait.
borné au massacre, à
et à l'incendie, cela
ne
la destruction
serait rien.
Nous y sommes habitués.
Pendant quatre
souffre-douleur de
chez
sont
été
champs
Les
l'Europe.
internationales
batailles
nous avons
siècles,
nous
les
des
:
les
nations ont vidé leurs querelles sur notre sol;
nous avons
été foulés
par
armées de tous
les
les
peuples, et les quatre-vingt-trois années de paix
que nous avons goûtées de 1831 à 1914 n'ont
été
qu'un intermède heureux dans une longue chaîne
d'infortunes imméritées.
Mais
cabler
n'a pas suffi à l'ennemi de nous ac-
il
au point de ne nous
formule prussienne, que
Nous avions
honneur:
c'est
tout
les
laisser,
selon
la
yeux pour pleurer.
sacrifié
pour sauver notre
notre honneur qu'il a entendu nous
enlever, semblable
au bourreau antique qui
violait
sa victime avant de l'égorger.
Pendant
cri
qu'il
nous bâillonnait pour empêcher
de notre douleur de retentir,
l'Europe nos prétendus crimes
il
le
racontait à
et s'employait à lui
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
démontrer que nous ne méritions pas
le
nom
de
nation civilisée, mais qu'on devait nous abattre
conmie des bêtes fauves. Le gaz empoisonné
qu'il
a appelé à son secours sur les bords de l'Yser n'est
du gaz
rien auprès
accumulé
les
fétide de la calomnie dont
il
a
nuages sur notre malheureuse patrie.
n'a rien épargné: ni notre gouvernement, ni
Il
notre clergé, ni notre paisible population civile;
il
n'a pas
même
nos femmes;
ter
comme
filles,
a poussé l'atrocité jusqu'à présen-
des monstres de cruauté nos jeunes
des enfants de quatorze et de dix ans.
Si le
tions,
il
su s'arrêter devant la douleur de
monde
le
devait ajouter foi à leurs accusa-
peuple belge serait l'opprobre de l'hu-
manité.
C'en est trop,
idra
la
voix
muette. Je
mutilée
et,
de
pour
la
le
coup, l'univers enten-
victime
l'élève, cette voix,
au
jusqu'aujourd'hui
nom
de
ma
patrie
et sanglante.
Je cite l'Allemagne devant le tribunal de la
conscience humaine: qu'elle essaie de répondre à
mon
acte d'accusation! Elle
ne trouvera
ici
que
des faits qu'elle avoue; je parle d'après ses jour-
naux
et ses
revues; lorsque je cite des témoignages
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
4
belges,
mon
ils
ont été soigneusement contrôlés par
enquête personnelle.
pendant quarante ans
j'en ai appliqué la
J'ai
enseigné
et
pratiqué
critique historique et
la
méthode
ici,
de rigueur que je sens toute
avec d'autant plus
la responsabilité
que
j'assume.
Est-il nécessaire de dire
que
ceci n'est pas
une
œuvre de haine, ni de vengeance. Ceux qui chercheront dans ces pages des hymnes à
ou des imprécations contre
latine
tudesque feront bien de ne pas
ne
la civilisation
les
les
satisferont pas. Etranger
la
barbarie
parcourir elles
:
aux misérables
querelles de races qui sont l'opprobre de la civilisation contemporaine, je n'avais pas de rêve plus
ancien que celui de réconcilier, sur
libre Belgique, le génie des
faits
pour
consacré
se
ma
comprendre
vie
à cette
et
le sol
de
la
deux grands peuples
pour s'aimer.
tâche.
J'avais
Je dirai plus
:
l'Allemagne n'avait pas en Belgique de meilleur
me
ami que moi.
Il
à l'heure où
un
Belgique
(1)
plaît de le déclarer
hautement,
pareil aveu peut constituer, en
et ailleurs,
un
titre à l'impopularité (1)
Certains Belges en profitent pour
me
:
présenter en
France comme un pangermaniste et un gallopliobe; je ne
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
il
sera,
que
en attendant,
le
gage de toute l'impartialité
le lecteur a le droit
de demander à un Belge
racontant les douleurs de sa patrie.
je
me
tivité
On
verra que
suis efforcé d'arriver à la plus stricte objec-
possible. J'ai
battre et à
que
5
dit
ma plume
mon cœur
à
de ne pas
de ne pas trembler pendant
je traçais ces tristes pages. Si, à
j'avais été désobéi çà et là, le lecteur
nerait pas, et j'espère qu'il
me
mon
insu,
ne s'en éton-
pardonnerait. Qui
pourrait exiger une impassibilité absolue du
qui voit frapper sa mère
et
fils
qui ne peut venir à
son secours?
Ce
qui
l'a écrit était
et la carrière
les
la
main
encore capable de tenir un
fusil,
livre n'aurait
jamais vu
le
jour
si
de l'auteur se serait achevée dans
tranchées de l'Yser. Mais puisque la mort,
comme
la fortune,
méprise
s'étonnera pas que, n'ayant
l'offrande de
tribut de
mon
mon
les vieillards,
pu
on ne
faire à la patrie
sang, je lui apporte l'humble
témoignage.
lour fais l'iionneur. ni de leur répondre, ni de prononcer
leurs noms.
La
neutralité belge depuis i83i
La Belgique
{^).
donné au monde, pendant
a
quatre-vingt-quatre dernières années,
un
les
spectacle
qui a été bien des fois contemplé avec étonnement
et
avec envie. Petite par l'étendue, mais dépassant
tous les pays de l'Europe par la densité de sa
population, elle était le centre d'une activité industrielle et intellectuelle sans pareille. Elle était
devenue, avec ses sept millions d'habitants, la cin-
quième puissance économique du monde, dépassant
de
grandes
l'Autriche et
nations
l'Italie.
comme
la
Son entente de
Russie,
la vie
blique était merveilleuse, et nulle part, pas
en Angleterre
,
on
n'avait
mieux
pu-
même
concilié
les
exigences d'une liberté presque illimitée avec le
respect
(1)
et la
dû aux pouvoirs
établis.
Les
artistes, les
Voir Ch.Woeste, La Neutralité belge. La Belgique
France, Bruxelles 1891. C'est une étude magistrale
de la question; j'en ai fait largement usage.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
poètes, les savants de la Belgique avaient conquis
dans l'univers entier un renom qui rehaussait
réclat de la patrie; l'univers civilisé regardait avec
sympathie du côté de
la Belgique,
et lorsqu'elle
célébra en 1903 le 75^ anniversaire de son in-
dépendance,
presse
la
française
pour
trouva
mot charmant: une grande nation
l'apprécier ce
sur un petit territoire.
Cette
grande petite nation
pacifique.
Non
aux jeux de
une nation
qu'elle fût inapte
guerre ou qu'elle tremblât devant
la
l'effusion de
point, certes,
était
son sang.
Il
eût fallu, pour cela,
qu'elle reniât tout son passé, qu'elle oubliât son
histoire et
qu'elle cessât
enfants de ses écoles, le
clamant que
les
un
aux
mot fameux de César pro-
Belges sont les plus braves des
Gaulois, Mais la Belgique
de l'Europe,
de faire répéter,
était,
de par
la
volonté
Etat neutre. Les grandes puis-
sances qui avaient reconnu son droit à la vie
qui lui avaient garanti
dépendance nationale
tralité
Et
le
le
la
et
jouissance de son in-
lui avaient fait de la
neu-
une condition d'existence sine qua non.
c'était, si les
historiens allemands disent vrai,
représentant de la Prusse, Biilow, qui avait eu
premier
l'idée
de proposer que la Belgique
sa neutralité serait placée sous
serait neutre et
que
la garantie des
puissances (1). Quoi qu'il en
(1)
soit,
l^iums\\km),Geschichte Frankreichs von der Thron-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
9
XVI
articles
comment,
voici
26 juin 1831,
le
annexés en protocole de
les
Conférence de Londres
la
arrêtaient la situation internationale de la Bel-
gique. Ils disaient
— La Belgique, dans
« Art. 9.
qu'elles
:
ses limites telles
seront tracées conformément aux prin-
Ludwig Philipps
hesteigung
zum
his
Faite Napoléons III.
Erste Abteilung. Geschichte des Juli-Konigthums,
178;
p.
t.
IV,
schichte Deutschlands
IV,
235;
p.
im
19.
von Treitschke,
Jahrhundert,
Cela est loin d'être établi.
p. 53.
traire,
I,
Stern, Geschichte Europas seit den Ver-
A.
tràgen von 1815,
t.
t.
par une lettre que
le
On
2.
voit
Ge-
Auflage,
au con-
de la Russie
représentant
à la Conférence de Londres, Matucziewicz, adressait à
son gouvernement sous la date du 15 novembre 1830, que
nom,
la chose, sans le
diplomate, et
la
mise en avant dès lors par ce
17 janvier suivant, ïalleyrand proposait
le
chose avec
est
le
nom dans un
projet d'ailleurs
trop
manifestement inspiré des intérêts français pour être
accepté.
Comme
réalisée,
Talleyrand se vante d'en avoir eu la paternité
{Mémoires,
soit,
le
on pouvait
s'y attendre,
une
fois l'idée
IV, pp. 16 et suivantes). Quoi qu'il en
rôle du représentant de la Prusse n'aura eu,
dans aucun
t.
cas, l'ampleur
riens allemands;
il
que
lui attribuent les histo-
se sera borné à
concrète à une idée qui était dans
donner une forme
l'air. Cf.
sur la ques-
De Lannoy, Les Origines diplomatiques de Vi/ndépendance helge. La Conférence de Londres (1830-1831),tion.
pp.
122
et
128-131,
d'A. SciiULTE,
Von
et
les
récentes
considérations
der Nentralitàt Belgiens, pp. 36-50,
qui ne modifient pas les résultats de l'historien belge.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
10
cipes posés dans les présents préliminaires, for-
mera un Etat perpétuellement neutre. Les cinq
Puissances:
France, T Angleterre, la Prusse,
la
l'Autriche et la Russie, sans vouloir s'immiscer
dans
le
régime intérieur de
la Belgique, lui
garan-
tissent cette neutralité perpétuelle, ainsi
que
tégrité et l'inviolabilité de son territoire
dans
limites mentionnées
« Art. 10.
— Par
au présent
une juste
l'in-
les
article.
réciprocité, la Bel-
gique sera tenue d'observer cette
même
neutralité
envers tous les autres Etats et de ne porter aucune
atteinte à leur tranquillité intérieure ni extérieure,
en conservant toujours
le droit
de se défendre
contre toute agression étrangère. »
Cette disposition fut reprise et résumée dans le
traité des
forme
elle
((
XX
articles
du 15 novembre
l'article 7 ainsi
La Belgique, dans
articles 1, 2 et 4,
1831, dont
conçu:
indiquées aux
les limites
formera un Etat indépendant
et
perpétuellement neutre.
« Elle sera tenue d'observer cette
lité
même
neutra-
envers tous les autres Etats. »
Ce
traité
même
du 19
Hollande. Et
article a passé littéralement
avril
le
jour
1839 entre
même où
la
dans
Belgique et la
ce traité mettait fin
au différend des deux nations, un autre
conclu entre
la
le
traité
Belgique d'une part, et l'Autriche,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
France,
la
Russie
Grande-Bretagne,
la
d'autre part,
premier que
Prusse
la
la
et
dans son article
stipulait
du
les dispositions
11
traité belgo-hol-
landais se trouvaient placées « sous la garantie de
leurs dites Majestés
».
Tels sont les instruments de droit public qui,
depuis bientôt un
ont réglé la situation
siècle,
internationale de la Belgique et les conditions de
son entrée dans
La Belgique
ments
la famille des
peuples européens.
n'a cessé de respecter les engage-
qu'elle avait pris vis-à-vis des cinq puis-
sances garantes de sa neutralité. Elle a toujours
considéré le
de 1831
traité
comme
la
charte
Heureuse des
constitutive de son indépendance.
droits qu'il lui reconnaissait et de la protection
qu'il lui promettait, elle acceptait sans
répugnance
les obligations qu'il lui imposait. Elle n'ignorait
pas que la protection des puissances garantes ne la
dispensait pas
du devoir de
veiller la
première à
la
défense de sa neutralité dans la mesure de ses
forces.
Tous
les
gouvernements qui
en Belgique ont compris ce devoir
malgré
les
répugnances
de
la
se sont succédé
et l'ont
rempli
population,
qui
n'aimait pas les dépenses militaires et qui avait
foi
dans
les
traités
internationaux.
Sous
l'in-
fluence de ses rois, qui ont toujours vu dans les
dépenses militaires
elle a
la
plus impérieuse nécessité,
successivement majoré
le chiffre
de contin-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
12
gent, créé le réduit national d'Anvers (1859), construit
fortifications
les
de
Meuse
la
(1868),
complété celles d'Anvers (1905-1906), décrété
le
service personnel (1909), puis le service général
(1912). Toutes ces mesures disaient assez que la
Belgique n'entendait pas s'en remettre à l'Europe
seule
du soin de protéger
ses
frontières;
elle
Aucun de ses deux
pu l'accuser d'opposer
voulait y contribuer aussi.
puissants voisins n'aurait
une barrière trop
de voir dans notre pays
était tenté
celui-ci
chemin
faible à l'invasion de l'autre,
le
C'est ce
si
le
plus facile pour pénétrer chez l'ennemi.
que
Léopold
le roi
II rappelait
en 1870
avec une autorité sans pareille:
«
La Belgique,
la position
que
disait-il
dans son discours, dans
le droit international lui fait,
ne
méconnaîtra ni ce qu'elle doit aux autres Etats, ni
ce qu'elle se doit à elle-même.
« Elle saura,
pendant
la guerre,
consciencieuse neutralité
conserver à sa
le caractère loyal et sin-
cère qu'elle s'est toujours efforcée de donner à ses
relations
vœux
pendant
la
paix.
Conformément aux
des belligérants eux-mêmes, elle se tiendra
prête à la défendre avec toute l'ardeur de son patriotisme et toutes les ressources qu'une nation
puise dans l'énergie de sa volonté.
«
Le peuple belge
son droit.
Il
connaît
a la
le
profonde conscience de
prix des biens que depuis
,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
quarante ans
il
a
heureusement acquis,
si
rablement possédés.
Il
13
si
hono-
n'est pas près d'oublier
que
ce qu'il a à "conserver, c'est le bien-être, la liberté,
l'honneur, l'existence
même
de sa patrie. (1) »
Cette stricte et rigoureuse observation de notre
devoir international n'allait pas sans difficultés.
Quand
l'un
ou
nos deux voisins
l'autre de
était
en
délicatesse avec l'autre, alors tout, de notre part,
devenait matière à suspicion
tantôt à Paris,
commune
on
tantôt à Berlin,
et,
que nous faisions cause
criait
avec la France
ou avec l'Allemagne.
Il
serait long et oiseux de reproduire ici toutes les
récriminations allemandes contre les prédilections
françaises de la Belgique, contre la prépondérance
de la culture française dans ce pays.
instructif
pour
le lecteur
et
sera plus
d'apprendre que des ob-
servations en sens opposé ne
épargnées en France,
Il
nous ont pas
été
qu'à diverses reprises on
y a dénoncé je ne sais quelle mystérieuse entente
de la Belgique avec l'Allemagne. Ces récriminations ont pris
une particulière acrimonie
lors de la
construction des forts de la Meuse, en 1888, et pen-
dant
les
années suivantes. Tandis que le comte de
Moltke disait au colonel belge Lahure:
au moins de vos fortifications de
(1)
Cité par Decamps,
p. 624>
La
la
«
Une
partie
Meuse semble
Neutralité de la Belgique,
-
'
,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
14
tournée contre nous, » on se persuadait sans doute
à Paris que l'autre partie était tournée contre la
France, et on ne s'apercevait pas que ces soupçons
en sens opposé se détruisaient mutuellement.
eut à Paris
une
Il
y
véritable levée de boucliers; la
Nouvelle Revue, dans une interminable série d'articles
s'échelonnant de 4888 à 1891, dénonça
un
Belgique et l'Allemagne.
Un
traité secret entre la
aventurier qui signait tour à tour Foucault de
Mondion, Charles de Maurel
synthétisa les révélations
comte Paul
et
de
La Belgique
livrée à
Nouvelle Revue
la
dans un volume qui portait ce
titre sensationnel:
VAllemagne
(1),
tendu par quantité de Français qu'un
avait été conclu par
gouvernement avec
Léopold
Vasili,
il
fut en-
traité secret
à l'insu de son
II
celui de Berlin
pour l'invasion
de la France. Notre ministre des affaires étrangères, prince de
c'était
tenir
((
Chimay, avait beau déclarer que
inventer une fable ridicule que de sou-
que
la
Belgique aurait violé son devoir de
neutralité par des traités (2)
la
»,
rien n'y faisait;
Nouvelle Revue écrivait gravement: a Tous
(1)
Foucault de Mondion, La Belgique
livrée
les
à V Al-
lemagne (1886-1891). Paris 1891.
Le Figaro imprimait: « Aujourd'hui, je viens vous
dire simplement qu'il faut considérer désormais la Belgique non plus comnue un pays neutre, mais bien comme
une province de l'empire germanique ». 8 août 1890.
(2)
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
démentis du
que
j'ai
monde ne changeront pas
annoncée
Russie possèdent
allemande
(1). »
», et elle
le texte
Et,
ajoutait: «
de
la
15
la situation
Nos amis de
convention léopold-
encore en 1893,
comme pour
confirmer ce propos, un complice de Foucault, qui
signait
Nicolas Notoyich,
avait
« rétablir » le texte de notre
l'impudence de
prétendue convention
militaire avec l'Allemagne (2).
(1)
X. NoTOViCH, L'Empereur Alexandre III et son
entourage. Paris, 1893.
La Belgique donne
libre passage
sur son territoire aux armées allemandes et leur permet
d'y établir à leur convenance des
de fourrages. Les chemins de
magasins de vivres et
fer,
avec tout le matériel
roulant, sont mis à leur entière disposition. Enfin, l'ar-
mée belge elle-même passe sous la dépenda,nce de l'étatmajor allemand et ses chefs supérieurs sont désignés
par le généralissime des coalisés. La seule restriction
apportée à cet acte de vassalité, c'est que
les
troupes
belges ne dépasseront pas la Flandre conquise et annexée.
Tous les frais résultant du passage des armées allemandes en Belgique, indemnités aux propriétaires et aux
c(
industriels, dommages-intérêts quelconques, restent bien
entendu k la charge du gouvernement de Berlin.
ce
En
cas de guerre heureuse, l'Allemagne garantit à
la Belgique l'annexion des
France.
Une
carte
départements du Nord de la
annexée à la convention délimite
exactement la part de conquête qui doit être attribuée
au successeur de Charles
(2)
le
Téméraire. »
Voir un historique de cette méprisable campagne
dans Ch. V^oeste, La Neutralité
helge.
LE GUEÏ-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
16
Que
reste-t-il
aujourd'hui de toute cette
littéra-
ture de faussaires et d'espions? Des écrivains qii,
sur la foi des Foucault et des Notovich, se sont
échauffés au sujet de notre complicité avec
magne, y en
a-t-il
un
ne rougirait
seul qui
yeux
lui remettait sous les
l'
ses
folles
Alle-
si
on
dénoncia-
tions? Ce qui est vrai, et nous pouvons le procla-
mer hautement,
c'est
que notre
France n'a jamais
la
été
un
vieille amitié
pour
obstacle à la sincère
sympathie que nous portions à l'Allemagne.
Dans
ces conditions, la Belgique avait le droit de
croire que les puissances garantes de sa neutralité
seraient satisfaites de ses efforts, qu'elle ne serait
pas attaquée par ceux qui avaient assumé
de
la
le
devoir
défendre, et que les signataires du traité de
Londres, en particulier
de Prusse, resDec-
le roi
teraient des engagements solennels.
Nous avions
d'autant plus le droit de compter sur cette protec-
que nous croyions
tion
L'Allemagne n'avait reçu de
témoignages de confiance
mieux méritée.
Belgique que des
l'avoir
et
la
d'amitié. Confiance
un peu naïve, il est vrai, et que la création du
camp d'Elsenborn à deux pas de notre frontière
orientale, aurait bien
ouvrions toutes larges
dû ébranler. Mais non: nous
les portes
de notre pays à la
pénétration germanique, et on en profitait outre-
Rhin.
Il
y avait des Allemands partout; notre industrie,
LÉ GUET-APENS prussien en BELGIQUE
17
notre commerce faisaient dans mie large mesure
appel au concours allemand; une partie de notre
matériel de guerre, de tous nos canons nous était
fournie par la maison Krupp.
L'optimisme qui, depuis 1870,
nante de l'opinion belge sur
ne se
rieures,
laissait
est la
note domi-
relations exté-
les
pas déconcerter par
les aver-
tissements discrets que lui donnaient des patriotes
clairvoyants. «
écrivait
On
s'est
trop habitué en Belgique,
en 1886 Emile Banning, à ne voir de péril
pour notre nationalité que du côté du midi,
» Et,
envisageant l'éventualité d'un conflit entre l'Alle-
magne
tiques:
et la
// est aisé
((
moment de
de
la
France,
il
de
ajoutait ces paroles prophéle
deviner,
UAllemagne, au
l'ouverture des hostilités, aura l'avance
concentration de ses forces; elle a
un puissant
intérêt à passer par la vallée de la Meuse, Si les
un motif, elle entrera surle-champ en Belgique comme garante de notre neu-
Français lui fournissent
tralité;
si
prétexte
tout
lui
fait
défaut,
elle
invoquera d'impérieuses nécessités militaires, »
Anvers,
notre
métropole
comme au temps
allemande;
des
le
des
haut
mains tudesques,
l'esprit
de
parti
s'était
trouvé
forcer
le
commerciale,
Fugger, quasi une
commerce
et,
explique
par
chiffre
de
ses
ville
dans
une faute
sans
un gouvernement
était
y
était
l'excuser,
qui,
électeurs,
que
il
pour renavait
ac-
LE GUEt-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
J8
cordé en bloc
cette légion
tous
qui
la
étrangère.
de
belge
races,
peu
toute
Allemands,
chez
Placés
eux.
au confluent de deux civilisations
par
à
étaient visitées
20,000
comme
considéraient
s'y
Nos plages
par plus
ans
les
naturalisation
et
partagés
deux
nous faisions au génie germanique une
moitiés
large place
à
dans notre vie
appelions les
versités
:
près
égales
intellectuelle.
savants allemands
Schv/ane, Spring,
entre
Nous
dans nos uni-
Maynes, Schwerling,
Warnkonig, Winiscliwarter, Ahrens, Arntz, Philippson,
Jungmann,
allaient passer
Sclieler.
une année
Nos jeunes docteurs
à Paris, l'autre à Berlin
ou à Leipzig. Quantité d'enfants belges fréquentaient les écoles
que
ouvertes à Bruxelles
la
et à
colonie allemande avait
Anvers. Nous prenions
volontiers les leçons de l'Allemagne; nos congrès
de Malines étaient nés sous ses auspices,
et l'in-
fluence allemande était visible dans nos congrès
des œuvres sociales.
Verein à Arlon
et
Nous avions un Deutscher
un
Schiller Verein à Liège;
l'Académie royale de Belgique décidait que
mand
était
l'alle-
une des quatre langues admises dans
ses publications; elle mettait
au concours l'étude
d'un dialecte allemand de Belgique;
elle
couronnait
un important mémoire sur Lenau dont l'impression était commencée quand éclata la guerre. La
Commission royale d'histoire imprimait des dis-
LE GUEÏ-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
19
sertations écrites en allemand qui lui étaient en-
voyées d'outre- Rhin. L'Allemagne avait salué avec
sympathie ces initiatives belges, qui marquai 3at
un
cordial rapprochement (1), et ceux de S3s
si
savants et de ses
taient
hommes
d'affaires qui
ne cessaient de faire
nous
visi-
l'éloge de l'hospitalité
belge.
^
Nos voisins de
l'Est n'avaient
donc pas à
se
plaindre de nous. Nous tenions la balance égale
entre eux et la France. Et
si,
dans
les parties wal-
lonnes du pays, les sympathies pour la France
trouvaient parfois une expression peu en rappjrl
avec les devoirs que nous imposait notre situation
internationale, par contre l'Allemagne rencontrait
dans nos régions flamandes, parmi
exaltés
du parti
dit
éléments
flamingant, des partisans bien
autrement sérieux que
la
les
France. Sans doute,
les
il
Wallons ne Tétaient de
s'était
rencontré quelques
combistes belges qui, rêvant pour leur patrie les
beautés du régime abject, avaient fêté
le
bruyamment
centenaire de la bataille de Jemappes, moins
d'ailleurs par
(1)
Ajoutons
amour de
ici
la
France qu'en haine de
que ceux qui s'y occupaient étaient
dénoncés à Paris par de mauvais Belges
comme
panger-
manistes; voyez par exemple l'article intitulé; « L'influence allemande en Belgique » (Revue de Paris, 1er oc-
tobre 1907, pp. 653-672), où est particulièrement visé
l'auteur de ce livre.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
20
notre gouvernement catholique. Mais
il
paraissait à
une revue intitulée Gerr
à proprement parler un organe
Bruxelles, depuis 1898,
mania, qui
était
pangermanique,
et
auquel îoîlaboraient, sans trop
apercevoir la portée de leur action, des Flamands
éminents.
En
un. mot, tout ce qu'il pouvait y avoir
d'excessif dans les sympathies françaises de cer-
tains
Wallons,
trouvait
un
contre-poids
dans
l'amitié tudesque professée par certains flamin-
gants.
Le peuple belge
n'était
pas engagé par des
exercices plutôt littéraires; tous les esprits géné-
reux en Belgique appréciaient
les
deux cultures
et
voulaient pour leur patrie les bienfaits de chacune;
ils
tendaient cordialement une
et l'autre à la
France, et
ils
main
à l'Allemagne
se réjouissaient de leur
amitié à toutes les deux.
Surtout,
ils
n'entendaient pas trahir les devoirs
de leur neutralité au profit de l'une et au détri-
ment de l'autre, et ils veillaient à ne donner à
aucun des deux rivaux le moindre sujet d'inquiétude ou de mécontentement. Un mot du général
Eenens exprime avec une parfaite netteté le sentiment qui
était
sous ce rapport celui de la Bel-
comme
gique entière.
Il avait,
de
guidé en 1867
l'artillerie,
Lahure, envoyé de Napoléon
camp de
Brasschaet,
visite, il lui
et,
inspecteur général
le
III,
général français
dans sa
visite
du
au banquet qui suivit cette
demandait ce
qu'il pensait
de
l'artil-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
lerie belge.
Lahure répondit
mer qu'un
désir, c'est
qu'il
ne
quoi
le
gauche de
l'aile
général Eenens répon-
manquerait pas, à moins,
dit qu'elle n'y
qu'elle
A
ne pouvait for-
qu'en cas de guerre franco-
allemande, l'armée belge formât
l'armée française.
soit obligée
21
de devenir
l'aile
dit-il,
droite de
l'armée allemande pour repousser l'invasion française
se produisait.
si celle-ci
La même
idée était
exprimée sous une autre forme par l'auteur de ces
lignes l'année qui précéda le guet-apens. Après
avoir raconté les tentatives faites au
par
France pour prendre pied dans
la
Bas par voie de pénétration pacifique,
les
XIV®
il
les
siècle
Pays-
montrait
Brabançons résistant avec non moins de
fer-
meté aux exigences de l'empereur Sigismond, qui
reprochait avec colère
leur
Français. Et
«
il
de vouloir devenir
terminait son étude par ces mots
:
Les pages qui précèdent miontrent à suffisance
que
les
çais,
Brabançons ne voulaient pas devenir Fran-
mais
ils
n'entendaient pas sacrifier leur in-
dépendance une
fois acquise, et depuis cinq siècles,
entre la France et l'Allemagne, la Belgique reste
fidèle à cette attitude (1).»
En somme,
gique
(1)
était
le
rêve des esprits généreux en Bel-
de voir leur patrie devenir une espèce
KuiiïH. Dass Brabant keine Lust batte, franzo-
sisch zu werden, erhellt zur Geniige aus den vorhergeben-
den Seiten^ aber die einmal gewonnene Unabbângigkeit
LE GUEl'-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
22
de terre amphictyonique, une espèce d'Olympie, où
tous les peuples de la grande famille européenne
se seraient trouvés chez
riiospitalité belge. Cette
primée par
Riflewers.
le
roi
eux sous
la
protection de
grande pensée a
Léopold
II
dans
la
été ex-
Au moment où nous sommes
loin de ce Lut que jamais,
il
Belge de se retourner avec de
heures où un
tel idéal
des
fête
plus
sera permis à
un
la colère vers les
semblait promettre sa réali-
sation.
woUte
es nient preisgeben^ iind seit funf Jalirhunderten
bleibt JBelgien zwisclien
sem Staiidpunkte
Deutschland und Frankreich
treu.
(Festschrift
der
schaft fur Georg von llertling, p. 288.)
die-
Gorresçesell-
II
La Belgique à
la veille
de l'attentat
Telle était la sérénité de l'atmosphère publique
en Belgique lorsque
let
soudain
éclata,
le
23 juil-
1914, Yultimatum signifié par l'Autriche à la
Serbie. C'était la torche jetée dans la poudrière. Les
exigences formulées par l'Autriche étaient d'une
nature tellement draconienne qu'aucune nation
pu s'y conformer sans suicide: sir Edward
pu dire sans exagération que c'était le plus
n'aurait
Grey a
formidable document que jamais, à sa connaissance,
un
Etat eût adressé à
un
autre. Aussi fut-il
m.anif este, pour tous ceux que préoccupait la situation politique de l'Europe, qu'à Berlin
la guerre. Je dis à Berlin,
été concerté le
parce que
on voulait
c'est là qu'avait
plan dont l'Autriche venait d'amor-
cer la réalisation, et dont, en dehors de l'Allemagne,
aucun
esprit sérieux
ne contestera
la princi-
pale paternité à Yîmperator et Rex.
L'ultimatum
avait
pour
corollaire
fatal
la
LE GUEt-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
â4
guerre de TAutriche
—
tout le
la Russie.
monde
Et dès
et
de
—
le savait
l'entrée
en vertu
lors,
par suite
la Serbie, et
en scène de
même
de leurs
France devaient à leur
alliances, l'Allemagne et la
tour descendre sur le terrain, et la guerre devenait
européenne. Tout cela
était clair
même pour
des
intelligences d'enfant, et la diplomatie allemande
a fait preuve de peu de respect pour l'Europe en
essayant de contester des vérités aussi évidentes.
La force de la vérité ne devait pas tarder à lui
arracher un aveu dont il serait oiseux de commenter
l'immense portée. Dans
le
Livre Blanc, après
avoir raconté à sa manière les origines
austro-serbe, elle ajoute
((
conflit
:
Nous approuvâmes de
dans sa conception de
du
tout
cœur notre
la situation, et
râmes de notre consentement à tout ce
nous
alliée
l'assu-
qu'elle esti-
merait nécessaire de faire pour mettre fin à
l'agi-
tation dirigée en Serbie contre l'existence de la
monarchie. Nous avions parfaitement conscience
en ceci qu'une action militaire quelconque de
VAutriche-Hongrie contre
la
Serbie aurait pour
conséquence immédiate une intervention russe,
et
par suite pouvait nous entraîner dans une guerre
en raison de nos obligations d'alliance
Et quand, après
(1)
JAvre Blanc,
cela, la
p. 5.
(1). »
diplomatie allemande,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
25
qui n'a cessé d'entraver l'intervention pacificatrice
de l'Angleterre
ter,
et
de
la
France, s'acharne à répé-
contre toute sincérité: « Dès le début du conflit
notre point de vue a été qu'il s'agissait là d'une
affaire
la
purement personnelle entre l'Autriche
Serbie (1).»,
trait la
elle
et
fournit au lecteur le plus dis-
preuve éclatante de
ses^ contradictions et
de sa duplicité.
Dans
ces graves conjonctures, qui allaient met-
aux prises toutes
tre
les
grandes nations de l'Occi-
dent, le devoir de la Belgique était tout tracé.
formément
à ses obligations internationales, elle
avait à observer entre les belligérants
lité
si
une neutra-
absolue, leur fermer ses frontières à tous
celles-ci
armée. Elle
que
Con-
les
étaient violées, les
avait,
dans ce
et,
défendre à main
cas, le droit
d'espérer
puissances garantes de son indépendance
viendraient à son secours.
Le gouvernement belge
n'attendit pas rouverturo
des hostilités pour prendre les précautions re-
quises par les circonstances.
En même temps
se préparait à la mobilisation générale
à toutes les éventualités,
il
qu'il
pour parer
chargeait ses représen-
tants auprès des puissances garantes de
ne leur
me-
laisser
aucun doute sur
sures
« Elles n'ont d'autre but, leur écrivait-il,
(1)
:
Livre Blanc,
p. 7*
le
caractère de ces
26
LE-
GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
que de mettre
la
Belgique en situation de remplir
internationales; elles ne sont et
ses obligations
n'ont pu^ être inspirées, cela va de
ni par le
soi,
dessein de prendre part à une lutte armée des puissances, ni par
aucune
un sentiment de défiance envers
d'elles (1). »
Après
de guerre de l'Autriche à
la déclaration
la
Serbie (28 juillet),
la
mobilisation fut décrétée
fallut faire
il
le
un pas de
plus,
31 juillet. Et, bien
qu'à cette date personne en Belgique ne s'attendît
au guet-apens prussien,
le
gouvernement, par un
arrêté royal publié dans le Moniteur
du 2
août,
ne
négligea pas de rappeler au public les graves péna-
qu'encourrait quiconque, par ses actes, aurait
lités
exposé l'Etat à des hostilités de
sance étrangère.
l'Intérieur,
En même
la
part d'une puis-
temps,
ministre de
le
M. Paul Berryer, lançait
la circulaire
suivante aux gouverneurs des provinces
«
Au
:
milieu des événements qui se préparent,
Belgique est décidée
à défendre sa
Celle-ci doit être respectée,
mais
la
neutralité.
la nation a
pour
devoir de prendre à cet effet toutes les mesures
que peut comporter
« Il
la situation.
importe donc que
efforts à ceux
la
population unisse ses
du gouvernement en
évitant toute
manifestation qui serait de nature à attirer au
(1)
Livre Gris,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
27
pays des difficultés avec l'un ou l'autre de ses voisins.
«
très
A
cet effet,
il
MM.
convient aue
les
bourojmes-
prennent immédiatement des arrêtés interdi-
sant tout rassemblem.ent qui pourrait avoir pour
objet de manifester des sympathies ou des antipathies à l'égard de l'un
« Il
ou de
l'autre pays.
importe également que par application de
l'article
97 de la
bourgmestre
et
loi
communale,
le
Collège des
échevins interdise tous spectacles
cinématographiques ou autres qui auraient pour
objet de représenter des scènes militaires de nature
à exciter les passions et à
provoquer des émotions
populaires dangereuses pour l'ordre public.
Vous voudrez bien, Monsieur le Gouverneur,
prendre immédiatement les mesures pour que ces
«
instructions soient annliauées
sans retard. »
X X
-S.
D'autre part, les bourgmestres des grandes villes
invitaient par voie d'affiches leurs administrés à
ne pas
se départir de la ligne de conduite
mandée par
le
recom-
gouvernement.
C'était l'accomplissement
devoir de neutres,
tel
pur
et
simple de notre
que nous l'avions rempli en
1870 dans des circonstances semblables,
et
baron de Broqueville, dans une entrevue
M.
le
qu'il
accorda aux journalistes belges, exprimait l'espoir
que,
comme
violé*
alors, le territoire belge
-
ne
serait pas
'
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
28
La
situation de la Belgique à ce
moment
était
ne paraissait pas alarmante.
sérieuse, toutefois elle
Ses deux puissants voisins lui avaient donné dans
les derniers
n'eût
temps des assurances auxquelles
pu refuser
gnait
sa foi sans les outrager.
moins que jamais une invasion
D'ailleurs,
même
«
française.
jour affirmer à M. Davi-
pacifiques de son gouverne-
les intentions
ment:
crai-
M. Klobukowsky, ministre de France en
Belgique, venait ce
gnon
On
elle
Les troupes françaises n'entreront pas en
Belgique,
même
si
des forces considérables étaient
massées aux frontières de votre pays. La France
ne veut pas encourir
tre le
premier acte
la responsabilité
de commet-
d'hostilité contre la Belgique.
Des instructions seront données dans ce sens aux
autorités françaises. »
Il
renouvela cette déclaration
seulement
ne
:
a
le
l^""
Dans l'hypothèse où
serait pas respectée
août ajoutant
cette neutralité
par une autre puissance
le
gouvernement français, pour assurer sa propre défense, pourrait être
amené
à modifier son atti-
tude. »
On
était
donc tranquille de ce côté
avoir tout lieu
de
l'être
et
on croyait
également du côté de
l'Allemagne. Le public était encore sous l'impression des multiples assurances d'amitié que, dans
les dernières années,
la Belgique.
l'Allemagne avait données à
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
29
t
On
se rappelait l'énergie particulière avec
quelle,
en 1903,
la-
représentant de la Prusse, M. von
le
Wallwitz, avait affirmé les sentiments de sa patrie
à notre égard. « C'est, avait-il dit à Anvers dans
son toast du 28
une Belgique,
juillet,
forte
que
nous désirons, tant au point de vue politique qu'au
point de vue commercial.
En
que pour nous, Allemands,
de garantie conclu à
actuelle est
passant, je puis dire
le
maintien du
traité
naissance de la Belgique
la
une espèce d'axiome
politique, auquel
nul ne saurait toucher sans commettre la plus
grave des fautes (1). »
Depuis
un
lors,
acte international « rafraîchis-
sant
»,
comme
1831
et
de 1839, était venu augmenter
de
la
disent les diplomates, les traités de
la
confiance
Belgique dans la loyale amitié de sa grande
voisine.
La Convention de La Haye du 18
bre 1907, à laquelle
magne
avait
comme
suit
le
apposé
octo-
plénipotentiaire de l'Allesa
signature,
s'exprimait
:
Article premier.
— Le
territoire des puissances
neutres est inviolable.
Article second.
—
Il est
de faire passer à travers
interdit
aux belligérants
le territoire
d'une puis-
sance neutre des troupes ou des convois, soit de
munitions,
(1)
Le
soit
XZ*
d'approvisionnements.
Siècle
du 14 août 1914.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
30
Certes, si à cette date
un Belge
se fût avisé de
prédire à ses compatriotes que, quelques années
plus tard, une des puissances signataires de cette
convention
violerait
traiterait de chiffon de papier et
la
elle-même une neutralité qu'elle venait
de s'engager à respecter,
dignation chez tous les
il
n'eût rencontré qu'in-
hommes
qui s'intéressent
à l'avenir de notre pays et on lui aurait dit que
c'est
outrager les grandes puissances que les croire
capables de déchirer leur propre signature.
Les années qui suivirent ne cessèrent de nous
apporter de nouveaux témoignages de la bienveillance de l'Allemagne à l'égard de la Belgique.
En
1911, lorsque le projet hollandais de fortifier
Flessingue suscita des alarmes dans une partie de
l'opinion et
que des journaux exprimèrent
la
crainte que dans le cas d'une guerre avec la France,
l'Allemagne ne respectât pas la neutralité belge,
le
chancelier de l'Empire, M. von Bethmann-Hollweg,
crut devoir rassurer la Belgique
dit-il,
<(
L'Allemagne,
n'a aucune intention de violer la neutralité
belge, seulement, ajouta-t-il, avec
l'avenir devait
pas
:
le déclarer
nous dévoiler
une réserve dont
la portée, elle
ne peut
publiquement sans affaiblir
sa po-
sition militaire vis-à-vis de la France, qui, déchar-
gée de toute inquiétude pour sa frontière septentrionale, pourrait concentrer toutes ses forces
la
région de
l'Est. »
dans
LE GUEi-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
Les
visites
que
3l
reine des Belges et
le roi et la
l'empereur Guillaume II avaient échangées en 1910
semblaient avoir resserré les liens d'amitié entre
les
me
deux pays. On
permettra de placer
ici les
paroles par lesquelles l'empereur, hôte de nos souverains,
terminait le toast qu'il leur portait à
Bruxelles en octobre 1910
:
de bon
« Puissent les relations de confiance et
voisinage dont tout récemment les négociations
entre nos gouvernements ont donné
un
témoignage se resserrer encore. Puisse
de Votre Majesté répandre
rité
le
bonheur
dans sa maison royale
C'est là le
cœur
et
vœu qui part du
!
Nous
!
et la
règne
prospé-
plus profond de
avec lequel je m'écrie
Hourrah
le
dans son peuple.
et
:
« Vivent leurs
jestés le roi et la reine des Belges
gique
amical
si
I
Vive
mon
Ma-
la Bel-
»
étions reconnaissants à l'empereur de ses
protestations d'amitié, formulées dans des termes
si
chevaleresques, et je crois, hélas
!
que
ses appels
à notre confiance nous avaient particulièrement
conquis. Et
comment
la refuser
souverain de la terre, quand
il
au plus puissant
vous
la
demande
avec tant de chaleur? L'empereur développait là
Aux grandes manœuvres de
son thème favori.
l'ar-
mée allemande qui
suivirent de près sa visite à
Bruxelles,
au général Heimburger, notre
il
répétait
envoyé militaire
:
«
La Belgique
a bien raison
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
32
d'avoir confiance en
core, à la
forme
moi
(1). » N'était-ce pas en-
près, identiquement le langage
que, dès les premiers temps de notre
le
Gouvernement de Berlin
xelles? «
1842
le
La Belgique
nationalité,
faisait tenir
à Bru-
doit apprendre, écrivait en
ministre prussien à son représentant en
Belgique, que, de tous ses voisins, la Prusse et
l'Allemagne sont ses meilleurs amis, les moins
égoïstes (2).
»
Beaucoup plus récemment,
que
la situation
le
29 août 1913, alors
générale de l'Europe apparaissait
déjà plus inquiétante, M. von Jagow, le secrétaire
d'Etat ^pour les affaires étrangères, avait dit au
Reichstag, en réponse à une question posée par
membre du
parti socialiste
:
«
La
un
neutralité de la
Belgique est fixée par des conventions internationales que l'Allemagne est décidée à respecter. » Et
le
général von Heeringen, ministre de la guerre,
faisait
une déclaration non moins rassurante:
Belgique n'est pour rien dans
les
motifs de
«
La
la loi
militaire, dont les raisons gisent exclusivement à
l'Est de l'Allemagne.
La
neutralité de la Belgique,
garantie par acte international, ne sera pas perdue
de vue par l'Allemagne. »
En
juin
de la
même
année, l'empereur Guillaume II avait fait siennes
(1)
Le Patriote du 2 août
(2)
Denis, L'Allemagne .tSlO-1852,
1914.
p.
191.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
Le 31
ces paroles de ses ministres.
33
juillet 1914, le
ministre d'Allemagne à Bruxelles, M. von Below,
les renouvelait
encore dans un entretien avec M.
le
chevalier van der Elst, secrétaire général de notre
département des affaires étrangères. Le lendemain,
rencontrant
le
lui-même,
le
il
des affaires étrangères
ministre
rassure
:
« Jusqu'à présent je n'ai
pas été chargé de faire une communication officielle,
mon
mais vous connaissez
opinion sur
la
sécurité avec laquelle la Belgique a le droit de con-
sidérer ses voisins de l'Est. » Enfin, en réponse à
un
journaliste qui lui demandait
son gouvernement
l'eût
« Je n'ai
était vrai
chargé d'assurer
que l'Allemagne respecterait
gique en cas de guerre,
s'il
il
le territoire
le
de
que
nôtre
la Bel-
prononçait ces paroles
pas fait cette déclaration
et,
:
personnel-
lement, j'estime que je n'avais pas à la faire, parce
qu'elle était inutile. L'idée a toujours prévalu chez
nous que
la neutralité
violée. Si le ministre
ration, c'est
de la Belgique ne serait pas
de France a fait cette décla-
que sans doute
la constatation
il
a voulu ajouter à
de faits évidents quelques paroles
rassurantes. Les troupes allemandes ne traverse-
ront pas
le territoire belge.
Des événements graves
vont so dérouler. Peut-être verrez-vous brûler
toit
tre
le
de votre voisin, mais l'incendie épargnera vo-
demeure. »
Ce
n'est pas
que tout
le
monde en Belgique
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
34
eût confiance.Les militaires craignaient une entrée
allemande en Belgique. Banning avait
écrit
des
paroles prophétiques, que je reproduis au chapitre
I.
Le
Roumanie nous
roi de
Déjà cependant, à l'heure où
avertissait.
le
représentant de
l'Allemagne s'exprimait ainsi, des nuages apparaissaient à l'horizon de la Belgique. L'Angleterre
ayant, ce
même
jour (31 juillet), interrogé les gou-
vernements français
qu'ils
allemand sur
l'attitude
comptaient prendre vis-à-vis de
la neutra-
lité belge, la
1®'
août,
et
France répondait dès
par une
déclaration
des
le
lendemain
plus rassu-
rantes (1), tandis que M. von Jagow, le sous-secrétaire d'Etat
allemand pour
se réfugiait derrière des
réticences embarrassées.
tions;
celier;
il
il
il
Il
laissait
et
des
n'avait pas d'instruc-
entendre qu'il ne pouvait réponle
plan de campagne éventuel;
se plaignait de ce
(1) C'est cette déclaration
Belgique communiqua
comme
formules vagues
devait en référer à l'empereur et au chan-
dre sans dévoiler
enfin,
les affaires étrangères,
je l'ai
le
que
que
même
le
la
Belgique avait
ministre français en
jour à M. Davignon,
dit plus haut, p. 28. Il ne faisait
cette réserve très légitime
:
«
que
Seulement dans l'hypo-
thèse où la neutralité de la Belgique ne serait pas res-
pectée par une autre puissance, le Gouvernement français
examinerait quelles mesures
il
conviendrait
prendre dans l'intérêt de sa propre défense. »
de
•.*.^
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
35
.
déjà pris des mesures hostiles à l'Allemagne, et
il
un exemple
« La douane belge avait
arrêté le 31 juillet un convoi de grains à destina» Le fait était vrai, mais il
tion de TAllemagne
en
citait
:
!
est
étrange qu'il
ait
tre prussien, car
il
retenu l'attention d'un minis-
d'un simple malen-
s'agissait
tendu. Le convoi en question avait été mis sous
embargo, en vertu d'un arrêté royal du 31
juillet
interdisant, en prévision de la guerre, l'exporta-
tion des grains.
Le ministre d'Allemagne à Bru-
xelles ayant fait
remarquer
qu'il
ne
s'agissait
d'une exportation, mais d'un transit,
pas
et l'observa-
tion ayant été trouvée fondée, l'embargo fut levé
dès le
l®""
août (1). Tel était l'incident minuscule
dont faisait état
d'un grief contre
la
la
diplomatie de Berlin en quête
Belgique:
était-ce,
oui ou non,
une querelle d'Allemand?
Le lendemain du jour où
(1)
Van den Heuvel,
la
pp. 6 et
lement bien informé, Waxweiler,
douane belge s'em-
7.
Un
écrivain généra-
La Belgique
loyale (Paris, 1915), p. 29, dit que, ce
même
neutre et
31 juillet,
l'administration des chemins de fer belges avait été in-
formée par l'administration allemande que
les
trains
ne pouvaient plus dépasser la frontière de l'Allemagne.
(Sur l'incident, voir Waxweiler, pp. 108-109.) Ce qui
n'empêche pas la Kôlnische Zeitung du 10 août d'im-
primer que ce fut de la part de la Belgique
illégal et hostile
au plus haut degré
».
«
un
acte
36
—^M^»—
i^l———
I
I
»»
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
^P«»^ll—I—M^MM———^^—
^^1^^».^^1^
^.
I
I
M
1^
«Il
pressait de réparer sa légère erreur administrative,
de fâcheuses nouvelles arrivaient à Bruxelles
que
disait
:
on
troupes allemandes avaient violé la
les
du Grand-Duché de Luxembourg
et
qu'elles occupaient la capitale de ce petit pays.
La
neutralité
nouvelle
mais l'Allemagne trouvait
vraie,
était
sans doute que la diffusion en était prématurée,
car M. von Below tint à rassurer une fois de plus
les
Belges
:
«
Nous tenons
la
nouvelle pour aussi
fausse que les précédentes, déclara-t-il,
due par des gens qui ont
et
répan-
intérêt, sans doute, à
égarer l'opinion belge et à l'exciter contre l'Alle-
magne
(1). »
Quelques heures après ces rassurantes paroles,
disons
le
le
même
belge
dimanche 2
août, à sept heures
du
soir,
M. von Below remettait au gouvernement
Yultimatum de l'empereur
d'Allemagne
!
L'après-midi, le ministre d'Allemagne alla trouver
le directeur des affaires politiques
au ministère
des affaires étrangères et négocia avec lui le rapa-
triement des jeunes Allemands rappelés par
bilisation.
les
Le directeur
meilleures,
pour
(1)
la
ajoutant qu'on en
Siècle, 3
mo-
lui consentit les conditions
ferait
France afin de ménager toutes
Le XX«
la
autant
les suscep-
août 1914. Waxweiler,
p. 330,
ajoute des détails émanant évidemment de la rédaction
du journal lui-même.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
tibilités
:
« Cela va
de
soi,
répondit
le
37
ministre
d'Allemagne, mais vous savez bien qu'en ce qui
vous
concerne,
fiance
(1)
(1).
vous
»
Waxweilek,
p.
32.
pouvez
avoir
toute
con-
III
L' "
et
la
Ultimatum " allemand
réponse de la Belgique
Une demi-douzaine
d'heures s'étaient écoulées
entre la dernière déclaration rassurante de M. von
Below
et la
remise de Vultimatum, Etant donné
le
coup que projetait
le
temps,
c'était
le
gouvernement allemand,
de l'argent,
et
il
valait
bien
un pareil gain, de se résigner au
prême mensonge du dernier moment.
peine, pour
Voici le texte de l'ultimatum
«
Le gouvernement allemand
la
su-
:
a reçu des nou-
vellep sûres d'après lesquelles les forces françaises
auraient l'intention de marcher sur la Meuse par
Givet et
Namur. Ces nouvelles ne
doute sur l'intention de
l'Allemagne par
la
laissent
aucun
France de marcher sur
le territoire belge.
Le gouverne-
ment impérial allemand ne peut s'empêcher de
craindre que
la Belgique, malgré sa
meilleure volon-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
39
ne sera pas en mesure de repousser sans secours
té,
une marche en avant française d'un
veloppement. Dans ce
suffisante
magne.
d'une
fait se
menace
si
grand dé-
trouve la certitude
contre
dirigée
l'Alle-
un devoir impérieux de conservation
C'est
pour l'Allemagne de prévenir
cette attaque de l'en-
nemi. Le gouvernement allemand regretterait très
vivement que
la
comme un
Belgique regardât
d'hostilité contre elle le fait
que
les
acte
mesures des
ennemis de l'Allemagne l'obligent de violer de son
côté le territoire belge.
Afin de dissiper tout malentendu
«
le
gouverne-
L'Allemagne n'a en vue aucun acte
d'hostilité
ment allemand
((
1**
déclare ce qui suit
:
contre la Belgique. Si la Belgique consent dans la
guerre qui va commencer à prendre une attitude
de neutralité bienveillante vis-à-vis de l'Allemagne,
le
gouvernement allemand de son côté s'engage, aw
moment de
royaume
la paix, à garantir
et ses
intégralement
le
possessions dans toute leur éten-
due;
«
2^
L'Allemagne s'engage, sous
la
condition
énoncée, à évacuer le territoire belge aussitôt la
paix conclue;
« 3® Si la Belgique observe
une
attitude amicale,
l'Allemagne est prête, d'accord avec les autorités
du gouvernement
belge, à acheter contre argent
comptant tout ce qui sera nécessaire à
ses troupes
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
40
indemniser pour
et à
les
dommages causés en
Bel-
gique;
« 4° Si la Belgique se
tile
comporte d'une façon hos-
contre les troupes allemandes et fait particuliè-
rement des difficultés à leur marche en avant, par
une opposition des
fortifications de la
Meuse ou
par des destructions de routes, chemins de
fer,
tunnels ou autres ouvrages d'art, l'Allemagne sera
forcée de considérer la Belgique en ennemie.
«
Dans ce cas l'Allemagne ne prendra aucun
engagement
du royaume, mais
vis-à-vis
elle lais-
sera le règlement ultérieur des rapports des deux
Etats l'un vis-à-vis de l'autre à
la
décision des
armes. Le gouvernement allemand a l'espoir jus-
que
tifié
que
le
cette éventualité
ne
produira pas
se
gouvernement belge saura prendre
les
et
me-
sures appropriées pour l'empêcher de se produire.
Dans ce
cas, les relations d'amitié
qui unissent les
deux Etats voisins deviendront plus
étroites et du-
rables (1). »
=
Jamais langage aussi ignominieux n'avait été
parlé au peuple belge depuis deux mille ans d'histoire.
A
l'offre inique de violer sa foi s'ajoutait la
menace de
(1)
le
punir
s'il
Je donne ce texte
journaux
l'observait.
Des intentions
que je
trouve dans nos
tel
et tel qu'il a été
belges dans leur séance
le
communiqué aux Chambres
du 4 août. La traduction
à désirer au point de vue de la langue.
laisse
LE GUET-APËNS t'RÙSSlÈN EN BELGIQUE
attribuées arbitrairement à
un
nent des nouvelles sûres, où
autre Etat devien-
complicité s'ap-
la
pelle « neutralité bienveillante » et
libre et fière est invitée à
tion de son territoire
Il
41
où une nation
ne pas regarder
comme un
la viola-
acte d'hostilité.
suffira de remarquer que Yultimatum ne repro-
duisait pas le grief articulé le 31 juillet par M.
Jagov^
:
la nuit avait
avoir trouvé
mieux
porté conseil
à Berlin.
von
et l'on croyait
Par malheur pour
la
chancellerie allemande, l'historiette des Français
marchant ou
et
Namur
se
proposant de marcher par Givet
contre l'Allemagne se produisait au len-
demain du jour où
la
manière
la
la
France venait de déclarer de
plus formelle son intention de res-
pecter la neutralité de la Belgique. Si on l'avait su
en temps
utile à Berlin,
on y aurait sans doute
imaginé une troisième justification de
Mais
si
il
est à noter
l'attentat.
qu'au lieu de nous demander
nous sommes prêts à repousser l'invasion
et
de
nous offrir un concours, on nous annonce qu'on
nous envahira
!
Présenté à sept heures du
laissait
un
délai de
Nous devions délibérer en
hâte, la nuit, sans avoir le
Un
la
Yultimatum nous
douze heures pour faire con-
naître notre décision.
était calculé
soir,
temps de réfléchir. Tout
pour nous énerver.
frisson d'indignation et de colère parcourut
nation à la nouvelle de cet odieux attentat. L'im-
LE GÙÈT-APEisrS PRUSSIEN EN BELGIQUE
42
pression qu'elle éprouva peut se comparer à celle
d'uR8 honnête
femme
un goujat
à qui
faire de honteuses propositions.
Elle
viendrait
sentait
se
blessée dans sa dignité: de quel droit l'Allemagne
se permettait-elle de lui
demander
son honneur? Ce sentiment
de
le sacrifice
était tellement vif et
universel qu'il ne laissait presque pas de place à
l'inquiétude que pouvait faire naître la démarche
allemande.
Si l'Allemagne avait
cette illusion
La réponse
compté sur notre
lâcheté,
ne dura pas plus de douze heures.
de' la
Belgique fut
telle
que
la
vou-
laient son devoir et le respect d'elle-même (1). Les
Allemands ont l'impudence de dire
pondit pas
:
écrit encore
((
qu'elle
ne
ré-
Die Antwort blieb gànzlich aus
en 1915 Holscher
(2).
Dans
la
»,
séance
historique tenue par le conseil des ministres pen-
dant
les
la
nuit du 2 au 3 août, et à laquelle assistaient
ministres d'Etat, c'est à l'unanimité que fut
suivante aux injonctions prus-
votée la réponse
siennes.
Après avoir résumé dans une courte analyse
(1)
avoir
Croirait-on
reproduit
que
la
le
Frankfurter Zeitung, après
V ultimatum,
écrit
que
le
gouver-
nement belge n'y a pas répondu et qu'elle réimprime
purement et simplement cette contre-vérité dans Der
Grosse Krieg, p. 87
(2) P. 34.
?
LE GUET-APENS l^RUSSIEN
contenu de ïultimatum,
ces termes
BELGIQUE
EJSf
43
réponse continue en
la
:
« Cette note a
provoqué chez
le
gouvernement du
Roi un profond étonnement.
«
Les intentions qu'elle attribue à
en contradiction avec
qui nous ont été faites
vernement de
les
le
France sont
la
déclarations formelles
1^''
août au
nom du
République. D'ailleurs,
la
si,
goucon-
trairement à notre attente, une violation de la neutralité belge venait à être
la
commise par
la
France,
Belgique remplirait tous ses devoirs internatio-
naux
et
son armée opposerait à l'envahisseur
la
plus vigoureuse résistance. Le traité de 1839, con-
firmé par
dance
tie
traité
le
et la neutralité
des puissances et
roi de Prusse.
de 1870, consacre l'indépende la Belgique sous la garan-
notamment de Sa Majesté
La Belgique a toujours
le
été fidèle à
ses obligations internationales. Elle a accompli ses
devoirs dans
n'a négligé
un
lesprit
aucun
de loyale impartialité. Elle
effort
pour maintenir
et faire
respecter sa neutralité. L'atteinte à son indépen-
dance, dont la
constituerait
menace
le
gouvernement allemand,
une flagrante violation du
gouvernement
belge,
en acceptant
les
droit.
Le
propositions
qui lui sont notifiées, sacrifierait l'honneur de la
nation en
même
temps
qu'il trahirait ses devoirs
vis-à-vis de l'Europe. Conscient
du
rôle
que
la Bel-
gique joue depuis plus de quatre-vingts ans dans
LE GUET-APENS PHUSSIEN EN BELGIQUE
44
)i
,
la civilisation
du monde,
l'indépendance de
la
se refuse à croire
il
que
Belgique ne puisse être con-
servée qu'au prix de la violation de sa neutralité.
Si cet espoir était déçu, le
gouvernement belge
est
fermement décidé à repousser par tous moyens
la violation
A
de son droit. »
ce viril langage, qui fut notifié sans tarder au
ministre allemand,
heures du matin,
M. Davignon
«
celui-ci
le
fit,
mardi à
six
réponse suivante adressée à
la
:
Monsieur
« J'ai été chargé
le Ministre,
et
j'ai
l'honneur d'informer
Votre Excellence que, par suite du refus opposé
par
le
gouvernement de Sa Majesté
le
Roi aux pro-
positions bien intentionnées que lui avait soumises
le
gouvernement impérial,
celui-ci se verra à son
plus vif regret forcé d'exécuter, au besoin par la
force des armes, les mesures de sécurité exposées
comme
indispensables. »
C'était la guerre.
Ainsi l'Allemagne réalisait
en 1905 par son ministre
«
Le respect de
le
la
parole prononcée
baron de Wallwitz
la neutralité belge est
axiome politique pour l'Allemagne
et
:
comme un
nul ne pour-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
méconnaître sans
rait la
aller
45
^
au devant des plus
graves conséquences (1). »
En
se défendant, la
Belgique ne commet pas un
acte d'hostilité envers l'Allemagne. L'article 10 de
Convention de La Haye sur
la
les
droits et les
devoirs des puissances neutres est formel.
Quand
donc, dès les premiers jours, la presse allemande
disait
que nous étions avec
mentait sciemment
menaçant de nous
tions.
et
la Triple Entente, elle
l'empereur se trompait en
traiter
en ennemxi
si
nous
résis-
Nous n'avons appelé au secours qu'après
l'invasion de notre territoire.
Dans
les
une action
drames de Shakespeare,
latérale qui
il
y a souvent
reproduit en des propor-
tions réduites les lignes et l'allure de l'action principale et se déroule parallèlement à elle.
die
La
tragé-
que l'Allemagne venait jouer en Belgique pré-
sente le
même
caractère
:
elle est
flanquée d'une
tragédie en miniature qui, pour avoir
pé l'attention du monde, n'en
d'intérêt.
En
même
de
celle
la
pas moins digne
termes, la neutralité
d'autres
Grand-Duché de Luxembourg
temps que
est
moins frap-
a été violée
Belgique;
manière odieuse,
en
elle l'a été
elle l'a été
sous
le
du
même
de
la
même
prétexte.
du Grand-Duché de Luxembourg
La
neutralité
(1)
Waxweilee,
p. 22.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
46
était,
comme
celle
de
la Belgique, garantie
acte de droit international
du 11 mai
:
de Londres
le traité
1867, auquel la Belgique est intervenue.
Voici ce que dit l'article 2 de ce traité
((
par un
:
Le Grand-Duché de Luxembourg, dans
limites déterminées par l'acte annexé au traité
19 avril 1839 sous la garantie des cours
du
d'Au-
de Grande-Bretagne, de Prusse
triche, de France,
et
les
de Russie, formera désormais
tuellement neutre.
Il
un
Etat perpé-
sera tenu d'observer cette
neutralité envers les autres Etats. Les Hautes Puis-
sances contractantes s'engagent à respecter le principe de neutralité stipulé par le présent article. Ce
principe est
et
demeure placé sous
la garantie collective des
présent
la sanction et
puissances signataires du
traité, à l'exception
de la Belgique, qui est
elle-même un Etat neutre. »
Ironie de l'histoire! Ce dernier paragraphe avait
été adopté sur la proposition
du plénipotentiaire
prussien, M. de Bernstorff, qui s'était
pas trouver dans
tie, et
l'article
la
ému
mention de
la
de ne
garan-
qui avait déclaré « qu'il désirait assurer au
Grand-Duché
la
même
jouissait la Belgique. »
garantie
que
Sur quoi
le
celle
dont
prince de la
Tour d'Auvergne, plénipotentiaire de France, avait
fait remarquer que, bien qu'en fait l'engagement
pris par les puissances de respecter la neutralité
du Luxembourg
eût, selon lui,
une valeur presque
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
égale à la garantie formelle,
il
47
ne pouvait nier que
M. l'ambassadeur de Prusse ne fût fondé dans ses
observations.
Il
fut donc tenu compte des nobles
scrupules de la Prusse, la garantie fut solennelle-
ment
inscrite dans l'acte et les
durent se dire que parmi
sur laquelle
ils
les
pouvaient
le
Luxembourgeois
cinq puissances,
celle
plus compter était la
Prusse (1).
Voici
comment
la
Prusse entendait
la garantie
:
Le dimanche 2 août 1914, à huit heures du ma-
un
tin,
train blindé débarquait
à
Luxembourg
deux cents soldats prussiens, qui prirent possession de la gare,
et,
quelques heures après, l'armée
allemande entrait en
ville.
En même
temps,
un
télégramme adressé par M. von Jagow au gouver-
nement grand-ducal
«
Nos mesures
lui
mandait
ceci
militaires, à notre
:
grand
regret,
sont devenues indispensables, par suite
du
que nous connaissons de source digne de
foi,
des forces françaises sont en marche sur
Luxem-
fait,
que
bourg. Nous devons prendre les mesures nécessidéfense de notre armée et par la sécu-
tées
par
rité
de nos voies ferrées. »
la
Comme on
(1)
le
voit, la
garantie que la Prusse avait
Voir Servais, Le Grand-Duché de Luxembourg
Traité de Londres du 11
suivantes.
-
mai 1867,
pp.
et
161-166 et
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
48
réclamée en 1867
comme
était bien,
le disait
même
plénipotentiaire le comte de Bernstorf f, (da
que
celle
Ce
dont jouissait
son
Belgique. »
la
n'est pas tout. L'avant-garde prussienne était
accompagnée d'un officier chargé de distribuer
dans
le
Grand-Duché une proclamation du général
Tulff von Tscheppe
und Weiden, imprimée
Luxembourgeois stupé-
blence, et apprenant aux
que
faits,
((
(l^^'août), six cents
militaires français étaient arrivés dans
cyclistes
leur
samedi précédent
le
à Co-
ville,
la
France
le
droit
que leur neutralité
et
que l'Allemagne
d'en
efforts de Sa Majesté notre
conserver
la
avait par conséquent
Tous
autant.
faire
avait été violée par
prudents
les
Empereur
et
paix ont échoué, ajoutait
Roi pour
le
général
allemand. L'ennemi a obligé l'Allemagne à tirer
l'épée.
Après que
tralité
luxembourgeoise, a commencé
la
France, au mépris de la neules hostilités
—
établie sans contestation possible —
contre l'Allemagne en territoire grand-ducal
chose qui est
Sa Majesté Impériale
s'est
trouvée dans la pénible
nécessité d'ordonner aux premières divisions de
l'armée allemande d'occuper
le
Luxembourg
(1). »
« L'information sur laquelle repose cette pro-
clamation, écrit M. Emile
peuple
(1)
luxembourgeois
Van den Heuvel,
Prûm,
tout
p. 16.
est inexacte
entier
en
est
:
le
té-
49
LE GUËT-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
moin
(1). »
Le chef du gouvernement grand-ducal,
M. Paul Eyschen,
est
encore plus explicite. «
n'y
Il
un mot de vrai là-dedans», déclare-t-il à la
Chambre luxembourgeoise. «Au contraire, dès sa-
a pas
medi
Français s'étaient eux-mêmes coupé
soir, les
toute voie de
communication avec
en détruisant
le
tin.
chemin de
le
Luxembourg
fer de Mont-Saint-Mar-
Cela ne peut laisser aucun doute sur leurs
intentions. Je
Berlin.
l'ai
immédiatement télégraphié à
Nous avons donc
puisque
le
les faits qui, d'après
droit d'espérer
que
des ministres et
un
général allemand ont déterminé l'invasion sont
prouvés faux, l'occupation ne
sera
que passa-
gère (2). »
Il
ne déplaira pas au lecteur d'apprendre, par
les révélations
de M. Eyschen à la
Chambre luxem-
bourgeoise, que la proclamation Tulf f von Tschep-
pe avait été imprimée à Coblence, donc avant
1^^ août,
qu'un officier en
devait être distribuée à
était
porteur
le
et qu'elle
Luxembourg, mais
qu'il
fut ensuite décidé qu'elle ne serait pas répandue.
«
Par malheur, ajoute M. Eyschen,
le
chauffeur de
Emile Prum, Die Deutsche KriegfilJirung in Belyien, Diekircli, 1915. M. Prùm est un des principaux
hommes politiques du Grand-Duché; il a été pendant des
années, à la Chambre luxembourgeoise, le leader du
(1)
parti catholique.
(2)
Le
XX^
Siècle, 9
août 1914.
50
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
l'officier
ainsi
que
en perdit quelques exemplaires
le
Il serait
et c'est
public en eut connaissance. »
intéressant de savoir
si c'est
un
scru-
pule d'honnêteté ou un ordre venu d'en haut qui
a décidé le général prussien à
ne pas lancer
clamation, mais, quoi qu'il en
sa pro-
soit, elle reste ac-
quise à l'histoire et elle aide à caractériser le pro-
cédé du gouvernement de Berlin.
La Prusse
a
fait
à
Luxembourg comme
à
Bruxelles; elle ignore le droit, ou elle ne le constate
que pour
le violer.
Mais ne
faut-il
pas admi-
rer l'indigence intellectuelle des metteurs en scène
dont on vient de raconter
les exploits?
Avec une
audace qui confond, mais avec une gaucherie qui
fait sourire, ils servent des
deux côtés à
la fois la
plaisante histoire de je ne sais quels Français fan-
tômes, visibles aux yeux des seuls Prussiens, qui
auraient en
même temps paru
à
Luxembourg
et
en
Belgique, et qui auraientforcél' Allemagne à passer
les frontières des
même
pas de
la
deux pays.
ne s'aperçoivent
Ils
choquante contradiction que
la
hâte fiévreuse de l'invention laisse subsister dans
légendes
les
qu'ils
servent aux
Luxembourgeois. Quand
ils
ils
Belges et aux
s'adressent
aux Belges,
leur disent (le 2 août) que la France a l'inten-
tion d'entrer en Belgique.
Luxembourgeois,
que
les
ils
Quand
ils
leur disent, le
Français marchent sur
le
parlent aux
même
jour,
Luxembourg. Or,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
dans
la
proclamation qu'ils ont imprimée un ou
deux jours auparavant à Coblence,
mé que
51
ils
avaient affir-
occupaient
les cyclistes militaires français
un phénomène de
militaires du genre hu-
déjà le Luxembourg. Ainsi, par
régression dont les fastes
main n'offrent pas d'exemple, une armée commence par envahir un pays le 30 ou le 31 juillet,
puis se met en marche pour l'envahir le lendemain,
et enfin, le
surlendemain, n'a plus que
tention de l'envahir
!
En
vérité,
il
l'in-
y aurait lieu de
renouveler le personnel de la chancellerie berlinoise, trop
fraude
et
manifestement inférieur à l'œuvre de
de mensonge qu'il est chargé d'accréditer
auprès des populations (1). La Belgique a
de prendre acte devant
monde
le
le droit
des contradic-
tions prussiennes; elles sont caractérisées par ce
mot de
l'Ecriture sainte
(1)
Pour
ÂX^
Siècle
n'y
pas
du 10 août
:
Mentita est
revenir,
1914.
noter
ce
iniquiias
que
dit
le
IV
Comment
Prussiens essaient de
les
justifier l'attentat.
Le lendemain de
l'attentat,
dans
espoir de
le fol
décider l'Angleterre à assister les bras croisés à la
destruction d'un pays qu'elle a toujours considéré,
selon l'expression d'un des siens,
von Jagow
escarpe, M.
à
Londres
écrivit
comme
sa contre-
au ministre allemand
:
« Veuillez dissiper la
core subsister chez
le
méfiance qui pourrait en-
gouvernement anglais au
sujet de nos intentions, et lui réitérer bien posi-
tivement l'assurance formelle que,
conflit à
main armée avec
même
la Belgique,
en cas de
l'Allemagne
ne voudra sous aucun prétexte annexer
le terri-
toire belge...
« Veuillez aussi dire à sir
Edward Grey que
forces allemandes ne peuvent être exposées à
les
une
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
53
attaque française se produisant à travers la Beldes
gique, attaque projetée d'après
informations
qui ne juraient être suspectées.
«
L'Allemagne
tralité
de
la
donc obligée de violer
est
Belgique
:
c'est
pour
elle
la
neu-
une question
de vie ou de mort de prévenir l'attaque fran-
»,
çaise (1).
Ainsi, tandis que
Yultimatum du 2 août mena-
çait la Belgique, si elle
ne
allemandes, de voir «
le
livrait
passage aux forces
règlement ultérieur des
rapports des deux Etats laissé à la décision des
armes, »
le
message du surlendemain, destiné au
cabinet britannique, lui donnait « bien positive-
ment l'assurance formelle que, même en cas de
conflit à main armée avec la Belgique, l'Allemagne
ne voudrait, sous aucun prétexte, annexer
La contradiction
toire belge. »
elle
le terri-
est manifeste, et
s'explique. Il s'agissait d'obtenir à tout prix
la neutralité
de l'Angleterre,
coûtait rien de lui écrire, à
et dès lors
il
n'en
deux Jours de distance,
tout juste le contraire de ce qu'on avait dit à la
Belgique.
Ce
n'est pas tout.
Après avoir
laissé dire,
par
leur maître, que la France avait l'intention de nous
envahir
magne
(1)
et
que
c'était
pour
cette raison
que
l'Alle-
entrait chez nous, les diplomates berlinois
BUie BooTc, dépêche du 4 août.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
54
un démenti
infligent à Guillaume II
oubliant totalement, dans
l'attentat, la
leur
implicite en
justification
de
raison alléguée par Tempereur. Dans
son entrevue du 8 août avec
Goeschen,
sir E.
ambassadeur d'Angleterre à Berlin, M. von Jagow
expose plus longuement
indiqué
le
4 du
même
le
point de vue qu'avait
mois son télégramme au
ministre allemand à Londres.
M. von Jagow,
«
de nouveau
écrit sir E.
les raisons
vernement à violer
qu'il lui fallait,
la
Goeschen, m'expose
qui ont contraint son gou-
la neutralité
de la Belgique;
notamment, prendre l'avance sur
France aussi rapidement que possible;
vait prendre le
cile;
que
chemin
le
plus direct et le plus fa-
pouvoir être
la bataille décisive devait
immédiatement
qu'il de-
me
livrée. « C'est,
disait-il,
une
question de vie ou de mort. Si les Allemands
avaient pris le chemin du sud,
ils
auraient perdu
énormément de temps. Les routes sont
forteresses puissantes et
les
il
fallait les
rares, les
tourner ou
prendre, ce qui eût rencontré une opposition
formidable. Cette perte de temps pour eux était
un gain pour
la Russie, car les
Allemands, après
avoir battu la France, devaient ramener leurs
troupes sur la frontière russe. L'atout de l'Alle-
magne
est
est la rapidité d'action^ celui
de la Russie
son réservoir inépuisable de troupes. »
Voilà une déclaration qui ne laisse rien à désirer
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
SOUS
le
rapport de la franchise et qui est
mentaire éloquent de
même
le
com-
opposée par
la réticence
le
M. von Jagow, une semaine auparavant, à
question formelle de l'Angleterre
la
55
relative
à
notre neutralité. Entre cette déclaration et celle de
TEmpereur,
il
y
a,
je le répète,
une contradiction
flagrante que l'histoire peut se borner à signaler,
laissant à la conscience de tout honnête
homme
le
soin de l'apprécier. Selon l'Empereur, l'Allemagne
est obligée d'envahir la
Belgique pour repousser
M. von Jagow,
l'invasion française. Selon
pas d'invasion,
un plan
l'Allemagne se borne à exécuter
et
II doit être
médiocrement
de son secrétaire d'Etat pour
A
n'y a
stratégique. Il est bien permis de penser
que Guillaume
gères.
il
la vérité,
il
satisfait
les affaires
doit l'être tout aussi
étran-
peu de
son chancelier. Celui-ci ne se met pas en peine,
lui
non
en invoquant
plus, de colorer l'attentat
quelque légendaire offensive française.
Il
se gêne
encore moins que M. von Jagow pour démentir
implicitement son auguste maître.
ment
la violation
du
droit.
Il
avoue crû-
Ecoutons encore
tion de l'ambassadeur britannique
« Je trouvai le chancelier dans
la rela-
:
une grande
agi-
Son Excellence commença une harangue
qui dura vingt minutes. Il me dit que la décision
tation.
de Sa Majesté britannique
pour
le
mot de
neutralité,
était terrible; tout cela
un mot auquel en temps
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
56
de guerre, on n'a jamais fait attention, tout cela
un chiffon de papier
enfin pour
((
...
(1).
Je protestai vigoureusement contre son lan-
Jagow m'a
gage. M. von
que
dit, lui répliquai-je,
pour des raisons stratégiques, qui sont pour vous
une question de
la neutralité
vie
ou de mort, vous deviez
violer
de la Belgique. Souffrez que Je vous
dise qu'au point de vue honneur, le respect de cette
neutralité
lest
Nous devons
aussi
une question de
faire
respecter
vie
les
ou de mort.
sinon
traités,
quelle confiance aura-t-on encore dans la signa-
ture de l'Angleterre? »
Rendons
Cette leçon était sévère.
toutefois au
chancelier la justice de reconnaître qu'il n'a pas
cherché à pallier
gique;
il
se
le
crime commis contre
borne à invoquer
la nécessité
la Bel-
dans son
discours du 4 août au Reichstag, qui, à cause de
la
du
solennité de l'heure et
considéré
(1) C'est
comme
le
lieu,
pourrait être
Confiteor de la nation
une tradition chez
les
alle-
ministres prussiens de
traiter de a chiffon de papier » les actes les plus solennels,
quand
ils
ont intérêt à les violer. Le roi Frédéric-
Guillaume IV avait longtemps refusé de signer
la cons-
titution qui lui fut imposée après la révolution de 1848,
mais son ministre Manteuffel
l'apaisa, lui et son
en-
tourage réactionnaire, « en leur insi;puant qu'il ne convenait pas d'attacher trop d'importance à
un morceau
de papier». (E. Denis, L'Allemagne 1810-1852,
p.
283.)
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
57
mande elle-même. Ecoutons ces graves paroles
La nécessité ne connaît pas de loi. Nos troupes
:
<(
ont occupé
le
Luxembourg, peut-être déjà
gique {mouvement
atteinte
et
la Bel-
applaudissements). C'est une
au droit des gens. La France, à
la vérité, a
déclaré à Bruxelles qu'elle respectera la neutralité
'
de la Belgique aussi longtemps que celle-ci sera
respectée par l'enenmi, mais nous savions que la
France
une invasion. La France pou-
était prête à
vait attendre,
nous pas. Une attaque des Français
sur notre flanc
aurait
pu nous
être fatale. C'est
pour
que nous avons
été forcés de pas-
cette raison
ser outre
aux légitimes protestations du Luxem-
du Gouvernement belge, avec l'intention
de réparer dès que notre but militaire sera atteint.
Quand on est menacé comme nous le sommes,
bourg
et
quand on
lutte
ser qu'aux
pour son existence,
moyens de
il
ne faut pen-
se tirer d'affaire {tempête
d'applaudissements) (1). »
A
part l'humiliant aveu que la forcé de la vérité
arrache au chancelier allemand, tout est uniformé-
ment mauvais dans
ses paroles.
Sans doute,
le
chancelier atténue autant qu'il peut les téméraires
déclarations de l'Empereur quant aux intentions
attribuées à la France; sans doute encore,
(1)
Je traduis
le
il
évite
texte allemand de la Franhfurter
Zeitung, réimprimé dans Der Grosse Krieg,
I,
p. 60.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
58
de reproduire
et
semble
même
menaces de
valeresques
M. von Jagow,
il
retirer les
Guillaume
peu che-
Comme
II.
n'invoque plus que des nécessités
stratégiques. Mais n'est-il pas déplorable
ce gardien
jurisconsulte,
du
droit,
que ce
homme
cet
d'Etat qui devrait être la seconde conscience de
son souverain ne trouve pour excuser
banale raison du chien qui porte
la
maître
? Il
dit
:
« TSot
ne connaît pas de
crime que
dîner de son
kennt kein Gebot, nécessité
loi.» Il
ruine du droit. Car
le
le
si le
proclame par
là
même
droit n'était pas supérieur
à tout intérêt quelconque, national ou collectif,
ne
serait plus rien.
ment
Ce qui constitue
le droit, c'est qu'il
la
il
essentielle-
n'y a pas de nécessité con-
tre lui. C'est lui seul qui est nécessaire à l'humanité.
Et
si les
intérêts de la Prusse sont vraiment
en opposition avec
humain
lui, alors la
n'a plus qu'à dire
Borussia
!
(
1
Même
:
conscience du genre
Fiat justitia et pereat
)
l'Allemagne avait possédé la preuve
absolument convaincante de son affirmation, même si la
(1)
c(
si
France n'avait pas
fait
à l'Angleterre la promet ie
for-
melle qui lui était demandée, l'Allemagne ne pouvait
se croire autorisée à trahir l'engagement qu'elle avai^
'
pris vis-à-vis de la Belgique. Elle alléguait,
il
est vrai,,
du basRhin, qui était plus exposée que celle du haut-Rhin. Mais
cette circonstance justifiait-elle la violation du droit.
la faiblesse de sa frontière occidentale le long
Si l'Allemagne ne se croyait pas en sûreté de ce côté, elle
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
En
attendant,
reste établi
il
que
59
l'Allemagne
si
a envahi la Belgique, c'est parce que l'état-major
prussien a trouvé que notre pays était
le
chemin
le
plus avantageux pour entrer en France. Et comme,
en Prusse,
stratégie,
diplomatie est à la remorque de la
la
on
a fait ce qu'exigeaient les généraux.
y a longtemps qu'on
Il
en France, mais
en
soit fait
par
en Belgique
n'est pas indifférent
il
le
le prédisait
que
l'aveu
chancelier de l'Empire allemand.
Les militaires allemands se moquent de
tralité. Ils la
trouvent immorale;
ils
ne
la
la
neu-
suppor-
tent pas; ils trouvent les plus belles raisons
s'en débarrasser.
et
Bien hardies par exemple
:
pour
ima-
giner que la Belgique a elle-même renoncé à sa
neutralité en annexant le Congo;
baron Beyens,
le
ils
oublient, dit
qu'elle l'a fait avec le consen-
tement de l'Allemagne. Et pendant
moque
qu'on
se
de la neutralité belge, on félicite la Suisse
de garder
la
sienne (1).
aurait dû prendre les mesures de précaution que lui
dictait le danger.
lité
Déjà
elle
la mobilisation de ses
camps
et de lignes de
pouvait en fortifier
on
Heuvel,
(1)
la
forces
par la création de
chemin de fer stratégiques,
les défenses
et elle
de manière à en rendre
Quand on a peur de voir forcer sa
munit de solides verrous » (Van den
l'entrée fort difficile.
porte,
avait dans cette région faci-
p. 6.)
Waxweileb,
p. 89.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
60
Chose remarquable
lier
de l'Empire a eu
Cette vérité
!
le
que
chance-
le
mérite de reconnaître en
parlant aux législateurs de son pays, le gouverne-
ment allemand semble
l'ignorer totalement dans
sa déclaration de guerre à la France, qui est
3 août
il
:
revient au
thème de Y ultimatum,
du
et ce
sont de prétendues violations de notre neutralité
par
la
France, qui, à ce qu'il prétend, lui donnent
le droit
d'ouvrir les hostilités contre ce pays. Mais,
tandis que l'ultimatum ne faisait état que des «intentions » de la France, la déclaration de guerre
lui reprochait des actes.
Et quels actes?
plane français, qui doit avoir survolé
belge,
a
été
«
Un
aéro-
le territoire
descendu dès hier pendant
qu'il
essayait de détruire la voie ferrée près de Wesel.
Plusieurs autres aéroplanes français ont été recon-
nus
hier, sans contestation possible, au-dessus de
l'Eifel; ceux-là aussi doivent avoir survolé le terri-
toire belge (1).))
Voilà donc, pour justifier
un
acte d'une portée
incalculable quant à ses conséquences prochaines
et éloignées, trois
versions officielles qui se con-
tredisent mutuellement. L'une, la vraie,
communique
à l'usage
on
se la
entre augures; les deux autres sont
du grand public
et
des soldats.
Il
va sans
dire que ceux-ci ne sauraient trouver leur compte
(1)
Der Grosse Kricg,
I, p. 80.
LE GUEf-APËNS PRUSSÎEN EN BELGIQUE
dans
aveux de M. von Bethmann-Holiweg.
les
obéissent au
maître;
magne
61
mot d'ordre donné par
Ils
leur impérial
ont besoin de se persuader que l'Alle-
ils
a été traîtreusement attaquée, et que,
s'ils
ont franchi notre frontière, c'est que l'ennemi
l'avait fait
avant eux. C'est
le
thème que leurs chefs
vont développer en lui donnant une ampleur légendaire. D'emblée, dans la proclamation
von Emmich,
« intentions
les
du général
françaises »
sont
transformées en actes.
« C'est à
mon
plus grand regret, dit
le
général
s'adressant au peuple belge, que les troupes alle-
mandes
se voient forcées de franchir la frontière
de la Belgique. Elles agissent sous
d'une nécessité inéluctable,
la contrainte
la neutralité
de
la Bel-
gique ayant été violée par des officiers français,
qui, sous
un déguisement, ont
traversé le territoire
belge en automobile pour pénétrer en Allemagne. »
On
a bien lu
des gens déguisés qui traversent
:
un pays en automobile ont
violé par là
même
sa
neutralité et autorisé l'armée allemande à l'enva-
hir
!
Le gouvernement allemand ne paraît pas
avoir fait sienne la découverte
Emmich
:
le fait
du général von
qu'il la lui laisse
pour compte
nous dispense de discuter une allégation aussi peu
en rapport avec
le
sérieux de l'affaire et avec la
gravité de l'histoire.
6
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
62
Le général von Biilow n'est guère plus sérieux
que son collègue von Emmich.
Nous combattons l'armée belge, écrit-il dans
proclamation du 8 août, uniquement pour for-
«
sa
cer le passage vers la France, que votre gouverne-
ment nous a refusé à
tort,
quoiqu'il eût toléré la
reconnaissance militaire des Français, fait que vos
journî^ux vous ont laissé ignorer. »
Mais
la
palme revient incontestablement au
quartier-maître
général
de
l'armée
allemande,
M. von Stein. Je m'en voudrais de priver
de
le lecteur
découverte qu'a faite cet éminent person-
la
nage.
«
Nous avons
été informés, dit-il, qu'avant l'ou-
verture de la guerre, des officiers français et peutêtre aussi quelques troupes avaient été envoyées à
Liège pour initier les soldats belges au service des
fortifications (1).
A
cela
il
n'y avait rien à redire
avant l'ouverture des hostilités.
moment que
la
guerre
Au
contraire,
éclatait, c'était
une
du
viola-
tion de la neutralité de la part de la Belgique et
de
la
France
(2). »
(1)
Le
(2)
Hainhurger Nuchrichten, 18 août (édition du maVON Strantz, p. 53.
tin).
fait est
absolument controuvé.
LE GUEt-ÀPENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
Si ces déclarations ont
un
évidemment que
signifient
moment où
é3
sens quelconque, elles
guerre a éclaté au
la
des officiers français se trouvaient à
Liège pour enseigner
soldats belges,
le service
que
et
cet
de forteresse aux
événement imprévu a
subitement transformé en violation de neutralité
un
incident auquel, sans cela,
à redire.
En
n'y aurait eu rien
d'autres termes, l'attentat allemand
commis contre
la
assez bizarre,
tif
il
Belgique
a,
par un effet rétroac-
communiqué son
caractère crimi-
nel à une action française qui autrement eût été
inoffensive.
il
De
pareilles choses
ne se réfutent pas,
suffit de les souligner; elles attestent le désarroi
moral des plus hautes autorités militaires de
l'Alle-
magne.
Pendant que dans des proclamations destinées
aux Belges
et
lues par l'étranger, les généraux
prussiens se bornaient à ces généralités vagues et
obscures, leurs subordonnés
se gênaient
avec la vérité et racontaient tout
soldats des contes à
lit
par
le
la
conquête de
major Victor von Strantz.
un Allemand qui reproduit
ses compatriotes
«
tion
Le matin du
du
bonnement aux
dormir debout. Voici ce qu'on
dans une Histoire de
écrite
moins
le
la
Belgique
Il fait
parler
témoignage d'un de
:
3 août, c'est-à-dire avant l'expira-
délai fixé par l'ultimatum allemand, des
gens de sa connaissance lui racontèrent qu'ils ve-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
64
naient de voir à la gare
soldats français.
Comme
mon bailleur
blable à
du Midi, à
Bruxelles, des
ceci paraissait invraisem-
de renseignements,
il
se ren-
lui-même, à trois heures de l'après-midi, à
dit
que deux régiments français
droit indiqué et vit
campés sur
étaient
même
l'en-
la place
devant
constatation a été faite sur
la station.
un
La
tout autre
point de la Belgique par une jeune gouvernante
qui
était
en service dans une
Paliseul, c'est-à-dire
et
villa entre
dans
le
Bouillon
voisinage de la
bonne
Allemande
frontière française. Elle, aussi bien que la
d'enfants qui l'accompagnait et qui était
comme
tin,
elle,
un
proche
virent le 3 août, à sept heures
cavalier français qui s'enquérait
village.
du plus
Et effectivement, deux heures plus
garçon
tard, le
du ma-
laitier,
qui venait du village en
question, raconta dans la villa que les Français
venaient d'y entrer. Je suis autorisé par ces deux
témoins à faire connaître leurs noms
adresses.
Dieu
leurs
»
me
garde de révoquer en doute
de la gouvernante
ter la
et
bonne
nos Guides
et
du garçon
laitier,
la sincérité
sans comp-
d'enfants, qui auront rencontré de
et
qui,
trompés par leur pantalon
rouge, les auront pris pour des soldats français.
Ils
auront partagé l'erreur de ces fugitifs
mands qui ont
alle-
vu, dès le 1^^ août, Erquelinnes
65
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
occupé par
les
Français (1). Mais
mômes
d'accorder le bénéfice des
major
il
von
est
impossible
circonstances
n'avait
atténuantes
au
pas
de professer en matière de stratégie
le droit
des idées de
bonne
Strantz.
d'enfant, et
il
Il
est impossible
cru un traître mot des historiettes qu'il
qu'il ait
raconte sans sourciller (2).
Der Grosse Krieg, Urkunden, Depesclien und Be-
(1)
riclite
(2)
dor Frankfurter Zeitung,
Voir pages suivantes. Le
éprouve
si le
le
besoin d'insister. Je
II, p.
même major von
se reporter
que
celle-ci
qu'elle est fidèle. «
et de la
La
du galimatias,
au texte allemand que
duis immédiatement à la suite de
convaincra
n'est
Strantz
traduis littéralement;
le
lecteur se plaint que je lui serve
voudra bien
124.
ma
je repro-
traduction;
inintelligible
il
il
se
que parce
déclaration de guerre de la Russie
France força notre patrie de faire front non
seulement contre nos voisins, mais aussi contre la perfide
Angleterre.
faux
A
ces
intérêts' et
ennemis se joignirent, guidés par de
de ma.uvaises influences, la Belgique et
Le Eoi des Belges ayant repoussé les exigences allemandes en comptant sur le secours de la France
et de l'Angleterre, ]a rupture de la neutralité pour la
le Japon...
Belgique était par là constatée après que, dans
valle,
il
l'inter-
eut été établi que déjà avant l'explosion de la
guerre, des officiers et des soldats français avaient été
envoyés à Liège pour instruire
la pratique
du
les
troupes belges dans
service de forteresse. »
Die Kriegserkliirung seitens beiden Landern
(il
s'agit
de la Russie et de la France qui, d'après l'auteur,- ont
déclaré la guerre à l'Allemagne
!
)
zwang unser Vater-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
66
Mais
la
surenchère des insanités continue. Ecou-
tons le lieutenant von Trotha
Une
«
de
:
nouvelle qui se répandit avec la rapidité
l'éclair vint
subitement illuminer
la situation
dans tout son ensemble. Des officiers français déguisés en lieutenants allemands, avaient franchi la
frontière belgo-allemande à Touest de la Gueldre
et voulaient
pénétrer dans la province rhénane. Ils
furent arrêtés et jetés en prison et ainsi échoua
l'entreprise si bien imaginée.
«
On
sait
aujourd'hui que la Belgique avait tout
préparé pour une invasion en Allemagne
tit
livre n'a pas à
et ce pe-
en parler longuement. Nous nous
contenterons de constater les
que l'écusson de l'Allemagne
faits,
nous savons
est resté sans tache
nur gegen unaere Nachbarn, sondern auch
gegen das treulose England... Front zu machen. Den beîden letztgenannten schlossen sîch dann, von falschem Inland
nîclit
teresse
imd Eînfluss
geleîtet,
das Konîgreich Belgîen
iind das ferngelegene Japan... an.
Belgien
die
deutsche
Forderung
.
.
Da
der Konîg von
îm Vertrauen auf
Frankreîchs und Englands Hîlfe ablehnte, so war, nach-
dem
sîch înzwîschen heransgestellt hatte,dass bereits vor
Ausbruch des Krîeges franzSsîsclie Offîzîere nnd Mannschaften nach Lûttich entsanndt worden waren, um die
belgîschen Tnippen în der Handhabnng des Festungsdîenstes zu nnterricliten, damit eîn Neutralitâtsbruch
seitens der Belgîer konstatiert nnd SchneUîgkeît des
Handelns geboten. (von Strantz, Die Erohermig Belgiens 1914. Sellsterleltes,
Minden
1915, pp. 12 et 16.)
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
et
qu'on ne peut lui imputer
la
guerre qui
s'est livrée
Nous savons
«
67
la responsabilité
de
en Belgique (1). »
tous, écrit le
même
auteur, que
des officiers français se sont trouvés dans les forteresses belges et devaient y faire le service de la
défense.
On ne
peut donc plus nier que
Belgique aient violé
et la
La parole
Selon
lui, il
forces
est
la
que
la
France
la neutralité (2). »
maintenant au général Bernhardy.
a existé
un plan d'enveloppement
allemandes par
Dans ce plan, un
Sur
la
l'armée
des
franco-anglaise.
rôle était réservé à la Belgique.
base de cette double supposition,
Belgique n'était plus
un
il
constate
Etat neutre, et en
conséquence de cette constatation,
il
déclare que
l'Allemagne avait non
le
devoir d'en-
le droit
mais
vahir la Belgique (3).
C'est avec cette simplicité que,
dans
les conseils
de l'état-major prussien, on résout les questions de
droit international.
La découverte du général von Bernhardy a rendu jaloux un officier néerlandais qui s'appelle le
général Prins. Celui-ci, après avoir, sur l'invitation
du gouvernement allemand,
allemand en France
(1)
et
(3)
le
front
en Belgique, croit devoir
VON Teotha, Mit den Feldgrauen nach Belgien
hinein.
(2)
visité
Ouvrage cité, p. 35.
Het Vaderland, 25 mars 1915.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
68
payer son écot à ses hôtes en leur servant
ceau suivant
le
mor-
:
L'invasion de la Belgique était pour les Alle-
((
mands une
nécessité.
Depuis des années,
le traité
garantissant la neutralité de la Belgique n'était
plus qu'un chiffon de papier. Depuis 1870, toutes
les
personnes compétentes savaient que dans
d'une guerre entre l'Allemagne
et la
le cas
France c'en
La Belgique ellecomme un chiffon de
serait fait de la neutralité belge.
même
considérait le traité
papier, puisqu'elle avait
forts de la
Meuse
le traité devait
non
la
et
mis des millions dans
les
dans ceux d'Anvers. D'ailleurs,
son origine au besoin de protéger
Belgique contre l'Allemagne, mais l'Europe
contre la France.
traité s'était
La
situation
ayant changé,
survécu à lui-même,
et le chancelier,
de l'Empire avait parfaitement raison quand
l'appelait
un chiffon de papier
le
il
(1), »
Der EinfaU in Belgien war fur die Deutsclien eine
Notwendigkeit. Seit Jahren war der Vertrag iiber Belgiens Neutralitiit ein Papierfetzen. Seit dem Jahre 1870
wusste jeder Sachverstândige, dass es im Falle eines
neuen Krieges zwischen Deutschland und Frankreich mit
(1)
der belgisclien « Neutr alitât » aus sein wiirde. Belgien
selbst betrachtete
denn
den Vertrag wie einen Papierfetzen,
es steekte Millionen in die
Maasforts und in die
Forts bei Antwerpen. Ausserdem verdankte der Vertrag
seinerzeit
sein Entsteben
nicbt
dem Schutze
Belgiens
j^
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
Chiffon de papier
Chiffon de papier
!
Le bon général Prins le
avec une visible volupté Bethmann
de papier
!
:
tent de lui.
M. Prins
guments dont
il
ne
Chiffon
dit trois fois
doit être con-
lui fournit d'ailleurs des ar-
se servira pas.
M. von Bissing a trouvé,
pris le refrain
!
69
lui,
du chiffon de
ce couplet, y
com-
papier, tellement dé-
monstratif qu'il a fait afficher la déclaration du
général Prins, donnant une fois de plus la preuve
de ceéte inconscience qui semble caractériser ce
représentant de l'Allemagne en Belgique. Dans la
fable de
La Fontaine, quand
l'ours a lancé son pavé
à la tête de l'amateur des jardins, nous ne lisons
pas que celui-ci
ait
mis
le projectile
sous globe et
sur sa cheminée.
En
réalité,
toutefois,
on a
par se rendre
fini
compte à Berlin que toutes ces versions
passe
— ne servaient qu'à aggraver
le cas
—
de
et j'en
l'Alle-
magne.
Leur grand défaut
base dont
le
s'était
la
nas
j.
de s'appuyer sur une
mensonger
caractère
Loin d'avoir envahi
France ne
était
crevait les yeux.
Belgique avant
même
le 2 août, la
trouvée en mesure de
gegen Deutschland, sondern dem Scliutze Europas gegen
Frankreicli. Durch die Aenderung der Lage hatte der
Vertrag sich ûberlebt, und der deutsclie Keichskanzler
hatte
volkommen
recht,
Papierfetzen nannte.
als
er diesen
Vertrag einen
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
70
venir au secours du peuple belge en temps utile,
et seule
notre énergique résistance à l'envahisseur
allemand
donné
lui avait
le
temps de s'organiser
pour faire face à une agression injuste
et inatten-
due. Persister, dans ces conditions, à accuser la
France, 'c'était s'exposer à se faire siffler par tout
l'univers.
qu'on
C'est alors
s'est
mis en quête de quelque
chose de plus sérieux. Et comme, en travaillant
séparément,
diplomates
les
n'étaient parvenus qu'à mettre
et
au jour des légendes
qui se détruisaient mutuellement,
cette fois de
milftaires
les
ils
imaginèrent
combiner leurs facultés inventives. De
cette collaboration
du sabre
née une nouvelle version
représente le
maximum
pour rassurer
la
—
et
la
de
la
plume
quatrième
— qui
de l'effort germanique
conscience nationale et pour for-
du monde civilisé.
Abandonnant donc le thème jusqu'alors
mer
est
l'opinion
loppé par l'Empereur
sistait à
en cause
et ses ministres, et
déve-
qui con-
accuser la France, on imagina de mettre
la perfide
Albion, et de nous associer à
son crime. La neutralité de notre pays avait été
violée par la Belgique elle-même, d'accord
avec
l'Angleterre.
Sans doute, la nouvelle version, pour trouver plus
de crédit que
les précédentes, devait
des documents et
s'appuyer sur
non plus sur des raisonnements.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
Mais
était-il
mande
donc impossible que
documents néces-
ou du moins, à son défaut,
d'écriture qui suffisent,
dre
le
Dieu
!
la « science alle-
maîtresse de la Belgique et de ses ar-
»,
chives, parvint à se procurer les
saires,
plus honnête
vœu
le
71
pondant à
était à
on
deux lignes
pour faire pen-
le sait,
homme du monde?
Eh,
mon
peine formulé que déjà, ré-
l'appel tudesque avec
presque miraculeuse,
les
les
une complaisance
documents sauveurs sur-
gissaient.
En
guerre à Bruxelles
sur
du département de la
Allemands mirent la main
pillant les archives
les
un rapport adressé au
du 10
avril 1906,
ministre, sous la date
parlechef del'état-major belge,
général Ducarne, sur une série d'entretiens qu'il
avait eus avec l'attaché militaire anglais, le lieute-
nant-colonel Barnardiston. Dans ces conversations,
l'officier anglais avait entretenu
son interlocu-
teur d'une intervention anglaise en Belgique qui
pourrait se produire dans
le
cas
où
belge serait violée par l'Allemagne.
la neutralité
Il
exposait les
mesures, qui, à son sens, devaient être prises dans
ce cas pour protéger efficacement notre pays;
ajoutait
au surplus, que «
l'entrée des Anglais
Belgique ne se ferait qu'après
la violation
neutralité par l'Allemagne (1). »
Le
en
de notre
texte de cette
Cette phrase est ajoutée en marge de la
général Ducarne,
(1)
il
main du
72
GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
T^E
pièce porte à chacune de ses lignes le cachet d'un
sur
privé
entretien
des
questions
militaires
intéressant les deux pays. Les deux interlocuteurs
un thème
discutent en techniciens
preuve que
général belge n'avait aucune mission
le
pour recevoir
confidences de son collègue an-
les
glais, c'est qu'il se croit obligé
quer
((
aussi
du pouvoir politique
que
stratégique; la
cette
de lui faire remar-
question d'intervention relève
tenu d'en entretenir
et
que, dès lors,
ministre de
le
il
est
la guerre. »
Ces conversations, au sujet desquelles certes
ministre avait
^{
rent à
aucun
d'ailleurs
même
le droit d'être
que
renseigné, n'abouti-
résultat pratique,
les
le
montrent
elles
deux interlocuteurs n'étaient pas
d'accord sur le point capital, puisque selon
l'Anglais son pays pouvait protéger notre neutralité
malgré nous, tandis que, selon
le Belge,
des
forces anglaises ne pouvaient débarquer en Bel-
gique qu'avec notre consentement.
Des recherches ultérieures dans nos archives
firent découvrir
un
autre
fensif encore, à savoir le
document plus inof-
résumé d'une conversa-
tion qui avait eu lieu entre l'attaché militaire anglais
lieutenant-colonel
Bridges
et-
le
général
Jungbluth, qui avait succédé dans l'intervalle au
général Ducarne
La
comme
partie substantielle
chef de notre état-major.
de cette
datée
pièce,
23 avril 1912, portait textuellement ceci
:
du
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
73
Le gouvernement britannique^ lors des derniers événements, aurait débarqué immédiatement
((
même
chez nous,
secours.
si
Le général
nous n'avions pas demandé de
pour
a objecté qu'il faudrait
cela notre consentement.
répondu
« L'attaché militaire a
qu'il le savait,
même
mais que comme nous n'étions pas à
pêcher
d'em-
Allemands de passer chez nous, l'An-
les
gleterre aurait
débarqué
en tout
ses troupes
état
de cause. »
Sur quoi
le
général Jungbluth répliqua que nous
étions parfaitement à
mands de
pour
mations
d'empêcher
passer, et l'entretien en resta
Le croirait-on?
juste
même
le
les agents
l'intérêt d'infor-
de tout pays civilisé en
adressent tous les jours à leurs
Allemands leur ont trouvé une
qu'ils
que
voici
l'oreille
supérieurs, les
telle
importance
ont publiés par voie d'affiches dans
les
toutes les
là.
ces documents, qui avaient tout
gouvernement belge
comme
les Alle-
communes du
:
«
pays, avec le commentaire
Le gouvernement
belge, en prêtant
aux suggestions anglaises,
s'est
rendu cou-
pable d'une grave infraction aux devoirs qui lui
incombaient en sa qualité de puissance neutre.
L'accomplissement de ces devoirs aurait exigé que
le
gouvernement belge, dans
ait
également prévu
la neutralité
ses projets de défense,
la violation
par
la
France de
belge et ait fait pour ce cas,
avec
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
74
rAUemagne, des conventions analogues
à celles
conclues avec la France et l'Angleterre. Les pièces
découvertes constituent une preuve documentaire
de
la
connivence belge avec
tente, fait
connu des
puissances de l'En-
les
services compétents allemands
dès avant la guerre (1). Elles justifient notre
action
militaire
reçues par
mande
le
et
confirment
haut commandement de l'armée
concernant
intentions
les
Qu'elles ouvrent les yeux
auxquels
s'est
il
informations
les
alle-
françaises.
au peuple belge sur ceux
doit la catastrophe qui maintenant
déchaînée sur ce malheureux pays. »
Pour
communication,
l'intelligence de cette
faut savoir que la traduction allemande
port du général Ducarne commettait
il
du rap-
un contresens
des plus graves et impardonnable dans la repro-
duction d'une pièce à laquelle
gouvernement de
le
Berlin attache une importance capitale.
où
le
général Ducarne écrit
insista sur le fait
:
«
Mon
A
l'endroit
interlocuteur
que notre conversation
était
absolument confidentielle,» la traduction remplace
(1)
Mensonge maladroit. Si l'Allemagne avait connu
la « convention » belgo-anglaise
avant la guerre,
elle se
serait bien gardée de cherclier des prétextes ridicules
pour justifier son attentat
au sujet de
:
elle aurait, dès lors, fait
la chose le bruit qu'elle
a fait depuis.
LE GUET-APENS PRUSSIEN BN BELGIQUE
mot conversation par
le
celui de convention (1) et
parvient ainsi à présenter
vues entre deux officiers
un simple échange de
supérieurs comme un
en règle entre leurs deux Etats. Admettons
traité
qu'il n'y ait
pas
là d'intention frauduleuse,
l'apparence
du
contraire,
ne
que
dit
malgré
mais comment justifier
l'omission de la note marginale où
ment
75
il
est claire-
en Belgique
« l'entrée des Anglais
se ferait qu'après la violation de notre neutra-
lité
sens
par l'Allemagne? » C'est grâce à ce contreet
à
cette
le caractère
magne,
et
omission que
vous voulez que nous ne vous accu-
erreur, que dire, encore
une
qui ne s'épargne pas de
telles
<(
prend
pièce
délictueux que veut lui donner l'Alle-
sions pas de falsification? Et
(1)
la
s'il
fois,
y a simplement
d'une diplomatie
bévues
!
(2).
Et n'a-
Dass unser Abkommen absolut vertraulich sein
soUte. »
(2)
Veut-on savoir coniment
le
gouvernement aUemand
se disculpe ? « Il a déjà été établi, écrit-il,
que sur
l'ori-
ginal du rapport du général Ducarne, on peut effective-
ment, en raison de l'écriture peu distincte, avoir lu
mot «convention»
et
là
où
il
y a en
le
réalité «conversation»
avoir traduit en conséquence. Vouloir tirer
d'une
faute de. traduction sans importance la preuve d'une
falsification intentionnelle de tout le document, est déjà
d'une mentalité assez faible, mais la tentative devient
plus ridicule encore du
moment que
le
fac-similé
du
document, joint à la traduction, permet à tout lecteur
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
76
t-on pas le droit, tout au moins, de croire
interprétation
du document
tout entier est aussi
fausse que sa traduction du
elle-même
comme
ait
mot considéré par
capital ? Si la prétendue conven-
tion avait existé,
magne n'en
comment
se fait-il
pas publié
dans
n'ont-elles pas laissé,
ont dû
les
Où
l'Alle-
pourquoi
préparer
la
archives du minis-
tère de la guerre, d'autres traces
ports en question?
que
le texte, et
toutes les négociations qui
que
les
deux rap-
l'Allemagne voit-elle
du gouvernement belge de
gation
que son
courant de ces entretiens privés
l'obli-
mettre au
la
et confidentiels?
Assez de causes de dissentiment existaient entre
les
grandes puissances nos voisines sans qu'il vînt
jeter
entre
elles
un nouvel élément de
suspi-
cion (1). Quelle confiance la diplomatie étrangère
aurait-elle
belges,
dû
s'ils
dans
avoir
avaient
les
à
livré
hommes
d'Etat
l'Allemagne
les
entretiens en question, et jeté inutilement entre
attentif de se rendre
compte de
bornerons à retenir de ceci que
l'erreur.
»
Nous nous
même
les lecteurs et
les
traducteurs de Berlin ne sont pas « attentifs » et que
leurs maîtres ne sont pas difficiles, puisque leurs plus
lourdes bévues sont à leurs yeux des fautes sans importance.
ce
Et Grasshoff,
Warum
\</ortliclie
(1)
lui,
ne
craint
pas
d'écrire
sollte sicli die tV. A. Z, so angstlich
Uebertragung der Conversation halten
Beyens^
p. 7.
:
an wort?
w
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
elle et l'Angleterre
77
un nouveau brandon de
dis-
corde?
Quant à contester aux généraux étrangers belges
de recevoir les ouvertures de généraux
le droit
étrangers au sujet de certaines éventualités militaires qui les intéressent et d'en faire rapport à
leur supérieur hiérarchique, la prétention est trop
plaisante pour qu'on s'arrête à la discuter sérieu-
sement
Où
(1).
cela est-il écrit?
soit
neutre ou non, a
avec
un
le droit
Tout Etat,
qu'il
d'échanger des vues
autre Etat au sujet de ses intérêts primor-
diaux; ce sont ses actes qui
le jugent, et les actes
de la Belgique, l'Allemagne elle-même leur a rendu
hommage.
L'Allemagne, dit M. von Jagow au
«
baron Beyens
le
4 août, ne peut rien reprocher
à la Belgique et l'attitude de la Belgique a tou-
jours été d'une correction parfaite (2). » C'est
après l'invasion, le
4,
que
la
aux puissances garantes. Le 2
Belgique s'adresse
et le 3, elle
ne Fa
Le Nieuwe Courant, reproduit par la
Kôlnische Zeitung du 23 octobre, ment donc lorspas
fait.
qu'il écrit
guerre, Sir
(1)
:
«
Trois jours avant le début de la
Edward Grey
Le lecteur désireux de
fit
savoir au Gouverne-
lire
une réfutation péremp-
toire des allégations allemandes la trouvera
chure de M. Jules
belge,
(2)
Il
Van den Heuvel,
dans la bro-
ministre d'Etat
laquelle j'ai fait plus d'un emprunt.
Waxweiler,
p. 57.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
78
ment belge
que
qu'il espérait
la
Belgique ferait
son possible pour faire respecter sa neutralité;
il
promettait l'appui de l'Angleterre et des Alliés
dès que l'Allemagne aurait pénétré sur le terrià condition que la Belgique parti-
toire belge,
une action commune en vue de résister
à la violation de sa neutralité. La Belgique accepta.
Dès ce moment, elle faisait partie de l'Entente
cipât à
:
ne
elle
combattait
plus
exclusivement
pour
Le vrai caractère des conversations belgoanglaises apparaît d'ailleurs avec une évidence
elle (1).»
lumineuse dans
sir
Edward
dépêche suivante adressée par
la
Grey, en avril 1913, au ministre bri-
tannique à Bruxelles. Postérieure d'un an au dernier entretien belgo-anglais, elle montre que les
deux
Etats, à cette date, étaient à cent lieues de se
comme
considérer
liés l'un à l'autre
vention quelconque
'
((
«
j'ai
Au
Monsieur
:
le
Ministre,
cours d'une conversation non officielle que
eue aujourd'hui avec
j'ai dit
que
le
ministre de Belgique,
j'avais appris qu'il
cette crainte
règne en Belgique,
que nous ne soyons
violer la neutralité belge. Je
(1)
par une con-
Waxweiler,
p. 132.
les
premiers à
ne croyais pas que
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
79
appréhension pût avoir sa source en Angle-
cette
terre.
«
Le ministre de Belgique m'a déclaré
été question
— mais
il
n'a
pu me
— du débarquement de troupes anglaises
où
dire
en Angleterre
qu'il avait
en Belgique pour prévenir l'envoi possible de
troupes allemandes vers la France à travers la Belgique.
répondu
« J'ai
ment ne
être certain
serait pas le
violation;
que
je
premier à
se livrer à
une
telle
ne croyais pas non plus qu'aucun
gouvernement anglais
ainsi, et
que notre gouverne-
serait
premier à agir
le
qu'en outre l'opinion publique anglaise
ne l'approuverait jamais. Ce que nous avons eu à
examiner, ai-je continué,
quelque peu embarrassante,
c'est
de savoir ce qu'il
serait désirable et nécessaire de faire,
lité
de puissance garante de
dans
le cas
où
une question
et c'était là
en notre qua-
la neutralité belge,
cette neutralité serait violée
par une
puissance quelconque.
((
Si
nous étions
les
premiers à
la violer et à
envoyer des troupes en Belgique, nous donnerions
ainsi à l'Allemagne, par exemple,
un motif
d'en-
voyer également des troupes en Belgique. Ce que
nous
.désirons,
comme
en ce qui concerne
les autres
pays neutres,
tralité soit respectée, et aussi
sera pas violée par
c'est
la
Belgique,
que
la
neu-
longtemps qu'elle ne
une autre puissance, nous n'en-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
80
verrons certainement pas de troupes en territoire
neutre (1). »
Voilà quelle
à la veille de
était,
l'attentat, la
situation de la Belgique vis-à-vis de l'Angleterre.
Les conversations n*y avaient rien changé; on en
22 novembre 1912,
pouvait dire ce que,
le
du Foreign Office
écrivait à l'ambassadeur de
France à Londres
«
A
le chef
:
différentes reprises; les états-majors mili-
taires et navals
de France
ont échangé des vues.
de Grande-Bretagne
et
a toujours été
Il
entendu que
ces échanges ne portent pas atteinte à la liberté
de l'un ou de l'autre gouvernement de décider à
n'importe quel
moment dans
l'avenir
s'il
doit
ou
non soutenir l'autre Etat avec ses forces armées.
Nous avons admis que les échanges de vues entre
nos techniciens ne constituaient pas
pas être considérés
comme
gement qui obligerait l'un ou
ments à intervenir dans
et
ne doivent
un enga-
constituant
l'autre des gouverne-
l'éventualité qui
ne
s'est
pas encore présentée. »
Mettez Belgique à la place de France
rez,
mutatis mutandis,
la valeur
vous au-
formule diplomatique de
de l'incident.
Chose instructive,
(1)
la
et
Van den Heuvel,
la révélation
p. 31.
du
«
gouverne-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
81
ment allemand en Belgique» a été accueillie outreRhin par un inmiense soupir de soulagement. Jusque-là, la conscience de l'Allemagne n'était pas
compte
tranquille; elle se rendait
sa charge
un
qu'elle avait
?i
attentat contre le droit des gens, et
les déclarations lénifiantes
de l'empereur et du
chancelier ne parvenaient pas à calmer ses inquiétudes. Désormais, elle se voyait débarrassée de ces
honorables scrupules.
que
la neutralité
mais
c'était...
par
vernement belge
les
de
la
Il restait établi,
la
à vrai dire,
Belgique avait été violée,
Belgique elle-même,
était
et le
gou-
seul responsable de toutes
souffrances que les Allemands avaient dû infli-
ger,
malgré eux, à ce malheureux pays.
Voilà ce qui est devenu, pour l'Allemagne entière, lettre d'Evangile, et,
tres justifications, le
sans plus attendre d'au-
mot d'ordre
a été redit d'un
bout du pays à l'autre depuis Memel jusqu'à
Waldshut. Ce ne sont pas seulement
auxquels on peut, une fois
la
les soldats,
guerre commencée,
faire croire tout ce qu'on veut, et qui n'ont pas
l'habitude de « penser dans les rangs
pas seulement
les
»,
ce ne sont
modestes abonnés à qui
le fac-
teur apporte chaque matin leur opinion toute faite
dans
les
colonnes de leur journal, ce sont les re-
présentants les plus éminents de la pensée alle-
mande, ce sont des savants comme Ehrlich, Haeckel,
Harnack, Lamprecht, Roentgen, Wassermann,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
82
Wuiidt, ce sont des littérateurs,
comme Gérard
Hauptmaim, Sudermami, Richard Voss, ce sont
des artistes comme Defregger et Hans Thoma qui
font les complaisants propagateurs de l'argu-
se
ment fourni à
la patrie
leurs bruxellois.
d'écrire
ne
craignent
civi-
pas
:
Il n'est
((
cambrio-
les
Dans leur appel au monde
quatre-vingt-treize
les
lisé,
allemande par
pas vrai que nous avons commis un
attentat criminel contre la neutralité belge. Il est
établi
que
la
France
dées à la violer.
d'accord avec
Il est établi
elles.
de ne pas prendre
L'Allemagne,
penseurs. »
et l'Angleterre étaient déci-
que
la
Belgique
était
C'aurait été nous suicider que
les
c'est
devants (1). »
convenu, est une
Gomment donc
se fait-il
((
nation de
que pas un
de ces « penseurs » ne se soit avisé d'une réflexion
qui vient d'emblée à l'esprit du premier
venu en possession d'un peu de bon sens?
des
((
homme
En quoi
chiffons de papier » découverts en octobre
peuvent-ils changer la nature de l'attentat perpétré
le 3
août et avoué
allemand?
(1)
Es
tralitât
Ils
ist
le
lendemain par
chancelier
prouveront tout au plus, dans
l'hy-
nicht wahr, dass wir freventlîch die Neu-
Belgiens
verletzt
Frankreich und England zu
sen.
le
Nacliweislich
liaben.
Nachweislich waren
ilirer
Verletzung entschloa-
war Belgien damit
einverstanden.
Selbstvernichtung ware es gewesen, ihnen nicht zuvorzukomiBen. {Kolnische Zeitung, 4 octobre, matin.)
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
83
pothèse la moins défavorable à nos ennemis, qu'il
y a eu deux coupables
Ils
:
FAllemagne
ne sauraient faire que
et la
Belgique.
la foi jurée n'ait été tra-
hie par les Allemands. Des montagnes de docu*
ments n'y changeront rien; toutes
juristes
et
vingt-treize
le
toutes
les
les arguties
des
imprécations des quatre-
ne sauraient faire qu'un crime contre
droit des gens n'ait pas été
commis
:
non tamen irritum
Quodcumque
retrost, efficies.
Mais ce n'est pas tout. Afin que rien ne manque
à l'abaissement de la conscience allemande, on va
entendre
le
chancelier de l'Empire avaler ses pro-
pres paroles. M. von Bethmann-Holweg avait,
est vrai, à se faire
pardonner par
les
il
pangerma-
du 4 août, dans lequel il y avait
plus de droiture que d'habileté. Il avait eu le temps
nistes son aveu
de réfléchir depuis lors sur
la sincérité
qu'il tint
les
inconvénients de
en matière politique,
au Reichstag
le
et le
discours
2 décembre 1914 montre
qu'il s'est converti à des idées plus dignes, paraîtil,
il
d'un ministre prussien. Voici en quels termes
crut devoir formuler son
« Lorsque, le
meâ culpâ
:
4 août, je parlai d'un tort que nous
aurions commis en entrant en Belgique,
pas certain que
le
se déciderait pas,
il
n'était
gouvernement de Bruxelles ne
au moment suprême, à épargner
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
84
le
pays
et à se retirer, tout
Pour des raisons
vers.
sibilité
militaires,
au 4 août,
la pos-
de pareille éventualité devait de toute façon
rester ouverte. Déjà alors
pour
en protestant, sur An-
il
existait divers indices
du gouvernement
la culpabilité
belge. Des
preuves écrites, positives, n'étaient pas encore en
notre pouvoir en ce
ves
étaient
moment; par
contre, ces preu-
parfaitement connues
des
hommes
d'Etat anglais.
« Si maintenant,
verts à Bruxelles,
il
par suite des documents découest constaté
de quelle façon
la
neutralité (belge) fut sacrifiée au profit de l'Angleterre, dès à présent,
pour tout
le
monde
rent dans la nuit
:
deux
faits sont évidents
lorsque nos troupes passè-
du 4 au 5 août sur
le territoire
belge, elles se trouvaient sur le sol d'un Etat qui
avait
lui-même renoncé depuis longtemps
à la neu-
tralité. »
La réponse
tardé.
Du
à ces audacieuses assertions n'a pas
Havre, le gouvernement belge a fait en-
tendre une protestation solennelle dont j'extrais
passage suivant
le
:
Le gouvernement belge déclare sur l'honneur
que, non seulement aucune convention ne fut
«
jamais conclue, mais encore que jamais
il
de la part d'un gouvernement, quel qu'il
n'y eut
soit,
ni
pourparlers ni proposition au sujet de semblable
convention.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
85
« D'ailleurs, jamais le représentant de la
Grande-
Bretagne,
qui,
seul,
celle-ci, n'intervint
avait qualité
pour engager
dans ces conversations. D'autre
part, tous les ministres belges, sans exception, peu-
vent l'attester sous la foi du serment, jamais une
conclusion quelconque de ces conversations ne fui
proposée, soit en conseil des ministres, soit à
un
ministre en particulier. »
A cette noble déclaration, qui
suffisait
tre fin à toute controverse, sait-on ce
trouve à répondre? Lisez et jugez
« Si
maintenant
lui
que Berlin
:
gouvernement belge
le
pouvoir faire disparaître
pour
pour met-
les
documents accablants
au moyen d'une déclaration
l'honneur, par laquelle
il
croit
faite
sur
nie la conclusion d'une
convention quelconque ou
même
l'existence
conversations ou de pourparlers, c'est là
de
un pro-
cédé dont la candeur naïve convaincra difficile-
ment ceux qui ont eu sous
matérielles du contraire. »
Avant d'apprécier
cette
les
yeux
réponse,
les
preuves
remarquons
que décidément on a au ministère des affaires
étrangères de Prusse la spécialité des contresens.
Le gouvernement belge ne nie nullement
l'exis-
tence de conversations ou de pourparlers anglobelges,
comme on
le lui
fait dire, et le
passage
reproduit ci-dessus fournit « la preuve matérielle
du
contraire. » Mais,
s'il
reconnaît la réalité des
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
86
entretiens entre officiers,
il
conteste qu'il y ait eu
des pourparlers de la part du gouvernement,
cette déclaration, notons-le,
engage
la garantie
gouvernement anglais lui-même. Quant au
casme avec lequel
le
et
du
sar-
gouvernement prussien
ac-
d'honneur d'hommes exilés de-
cueille la parole
puis un an pour avoir été fidèles à la foi jurée,
suffit d'en
de
la
prendre note. Certes,
il
il
peut y avoir
candeur à parler d'honneur à un adversaire
qui ne comprend pas ce langage
:
cela tient à ce
qu'en Belgique on n'est pas au courant du point
de vue prussien en matière de foi jurée, mais
aussi, peut-être, à ce qu'en
Prusse on n'est pas
mieux renseigné sur notre manière de
faire cesser le malentendu,
il
voir.
Pour
suffira sans doute
d'apprendre aux ministres de Sa Majesté Guil-
laume
que
les
neur comme
la
II
Belges considèrent la parole d'hon-
chose
la
plus sacrée qu'ils pos-
sèdent, qu'ils ont prouvé qu'ils souffriront tout
plutôt que d'y être infidèles, et qu'ils ne sauraient
faire à leurs pires
ennemis l'affront de
les croire
capables d'un autre sentiment. Ils auraient repoussé avec
an,
que
mépris celui qui leur aurait
la
de papier
Prusse considérait
le traité
comme un
:
«
y a un
chiffon
au bas duquel son roi avait mis
sa signature, et lorsque l'empereur
a dit en 1910
dit, il
La Belgique
confiance en moi, »
ils
Guillaume leur
a bien raison d'avoir
ont écouté cette parole
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
87
royale avec une confiance pleine de gratitude.
Apparemment,
mais on peut
c'était là
certifier
de
la
candeur encore,
aux ministres prussiens qu'à
force de les avoir pratiqués, les Belges se sont corrigés
Ce
du défaut qui amuse
ces Messieurs de Berlin.
n'est d'ailleurs pas à eux,
lisé,
que
et le
monde
mais au monde
gouvernement belge
le
civilisé n'hésitera
civi-
adressés,
s'est
pas entre
la décla-
du gouvernement belge et les palinodies
d'un chancelier qui dément le 2 décembre ce
ration
avoué
qu'il avait
Mais
le
bien,
4 août.
gouvernement belge aurait dû prévenir
l'Allemagne
Eh
le
Cela est douteux, mais admettons-le.
1
l'a fait, et
il
vous avez sous ce rapport
une déclaration que personne,
je pense,
ne
même en Allemagne,
s'avisera de contester
:
c'est celle
du
roi Albert lui-même.
Dans une entrevue accordée au correspondant
du grand journal New York Sun, le
roi déclare ceci
:
« Je tenais tellement à éviter jusqu'à l'apparence
d'un manquement à
la neutralité,
que
j'avais fait
informer l'attaché militaire allemand de l'incident
dont on
aujourd'hui tant de bruit.
fait
Allemands ont fouillé nos archives,
Quand
ils
les
savaient
exactement ce qu'ils y trouveraient; leur surprise
et leur
indignation sont feintes. »
Cette parole de héros
foudre sur
le
tombe comme un coup de
misérable échafaudage de mensonges
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
88
de sophismes par lesquels les Prussiens ont
et
cherché à déshonorer
la
Belgique.
Ils
ont
pu
se
gausser de la parole d'honneur de nos ministres;
ils
ont pu traiter de parjures
de
la
— eux! —
le
guerre russe, M. Soukhomlinow, et
ministre
même
le
pu douter des
tsar Nicolas II en personne, ils ont
formelles assurances du gouvernement français,
ils
n'ont pas osé contester la parole
Et
ils
roi Albert.
ont eu raison, car l'univers entier a ratifié
les paroles
par lesquelles conclut
auquel j'emprunte
« Certes,
les
du
pays
Après
ma
relation
le
journal neutre
:
on apprendra avec émotion, dans tous
civilisés, la déclaration
cette parole royale,
du
roi des Belges...
prononcée par une per-
sonnalité aussi noble et aussi digne de respect que
le roi Albert, et
à laquelle nous accordons
une
foi
sans réserve, nous considérons la question des do-
cuments trouvés
à Bruxelles
comme
close (1). »
Oui, la question est close et l'on peut se borner
à conclure. Toutes les insanités
Mot
que
les avocats
de
aUe beschaafde landen
zijn vernomen de verklaring van Z. M. Koning Albert
van België... Na dit koninklijk woord, waaraan wij, nu
(1)
het '
is
nobele
oiitroering zal ze]:er in
iiitgesproken
figuur
geloof hechten,
als
door een zoo aclitenswaardige en
Koning
acliten
wij
Albert,
de zaak van de gevonden
Brusselsehe documenten voor goed
27 mars, 2e avondblad.)
onvoorwaardelijk
uit.
{Het Vaderland,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
TAUemagne ont
geance de
nous
les
89
alléguées sont en définitive la ven-
nous aurions
la Belgique. Oui,
vaincus écrasés sous
le
le droit,
talon prussien, de
contempler avec un sentiment de pitié hautaine
la
détresse morale de nos maîtres en face de leur
iniquité
!
Nous aurions
le
droit de rire à l'aspect
d'une grande nation se débattant dans
le
bourbier
du mensonge, s'accrochant vainement, tour
aux plus misérables arguties pour
à tour,
justifier son
crime, et ne s'apercevant pas qu'elle le rend plus
manifeste par
les
choquantes contradictions de ses
versions successives.
la
Nous donnons rendez-vous
à
conscience allemande au lendemain de la guerre.
Quand, au
sortir de l'ivresse homicide, elle repren-
dra possession d'elle-même,
que
la seule
rendra compte
elle se
chose qui restera,
c'est,
sur l'écusson
de l'Empire, une tache que des siècles ne laveront
pas.
Ce chapitre
m'a apporté,
était écrit
le
lorsque
10 août 1915,
Gasparri à M. Jules
Van den
la
Libre Belgique
ïa lettre
du cardinal
Heuvel, ministre plé-
nipotentiaire de Belgique près le Saint-Siège.
Le
diplomate belge avait demandé au cardinal une
interprétation authentique des paroles prononcées
par
le
Saint-Père dans son allocution consistoriale
du 22 janvier 1915, où
il
« réprouvait
toute injustice, de quelque côté et
hautement
pour quelque
motif qu'elle fût commise. » Le secrétaire d'Etat
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
90
répondit que rinvasion de la Belgique
tement comprise dans ces paroles.
documents
d'établir
par
que
moment de
lesquels
était direc-
Et, parlant des
rAllemagne
essayait
la neutralité belge n'existait plus
l'invasion,
il
ajouta
:
au
« Il n'appartient
pas au Saint-Père de trancher cette question historique et pareil jugement n'est pas nécessaire à
son but.
Même
mand, encore
si
on admettait
le
point de vue
alle-
resterait-il
toujours vrai de dire que
du
chancelier, pénétra sur le
l'Allemagne, de l'aveu
territoire belge avec la conscience d'en violer la
neutralité et par conséquent de commettre
justice. Gela suffit
sidéré
comme
pour que
Roma
locuta est.
in-
cet acte doive être con-
directement compris dans
de l'allocution pontificale. »
une
les
termes
La
résistance de la Belgique
à l'attentat prussien.
Le géant
terre
était
étaient
aux portes;
surprises,
loin,
l'agression criminelle.
un contre
Que faire?
tre
Il
dans
Nous
France
et l'Angle-
comme
nous, par
allions devoir combat-
vingt.
n'y eut pas
le
la
un
instant d'hésitation, pas plus
peuple que dans
le
gouvernement.
Ils
furent dignes l'un de l'autre, et dignes, l'un et
l'autre,
de la majesté de l'heure. Le gant qui venait
de lui être
jeté, la
Belgique
le releva
sans forfan-
terie et sans peur.
Nous n'avions qu'une
petite
armée
qui, avant
1913, ne dépassait pas sur pied de guerre le chiffre de 180,000
année,
mais
il
hommes. Une
loi
du 31 août de
cette
est vrai, avait décrété le service général,
cette
mesure
n'avait
pu encore augmenter
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
92
qu'une classe de milice,
celle
de 1913,
en
et,
la
comptant, notre effectif de guerre ne dépassait pas
200,000 hommes.
En
y joignant quarante mille volontaires qui se firent inscrire pendant la pre-
mière quinzaine d'août, cela
mes qui
faisait 240,000
allaient devoir tenir tête
hom-
aux innombra-
bles cohortes allemandes.
Qu'importe?
L'honneur
et le
devoir étaient en jeu
:
ils
nous
trouvèrent fidèles.
Dans
la
séance historique
4 août, toute
ratifia la
la
des
Chambres
le
nation sans distinction de partis
réponse du gouvernement à l'ultimatum.
Ce fut une de ces journées inoubliables comme
les
annales d'une nation n'en comptent pas deux au
cours d'un
siècle. Il
faudrait pouvoir dire l'atten-
drissement avec lequel
le
peuple belge acclama sa
jeune souveraine venant avec
assister à la séance des
ses
Chambres,
enfants
trois
le délire d'en-
thousiasme qui se déchaîna autour du roi lorsque,
sortant de son palais pour aller au Parlement,
apparut à cheval, botté
et
éperonné, dans cette
même
tenue de lieutenant-général avec laquelle
allait,
au
sortir
du Palais de
il
la nation, se
il
mettre
à la tête de l'armée. Heures réconfortantes et qui
feraient presque bénir l'agression
puisqu'elle provoquait
triotisme dans
un
tel
de l'ennemi,
déchaînement de pa-
un peuple généralement
froid et
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
contenu.
titude;
dans
Une
ivresse sacrée avait passé sur la
on eût
dit
l'air et se
que Tâme de
93
mul-
la patrie circulait
une
posait sur chaque tête dans
espèce de nouvelle Pentecôte. Les cœurs les plus
bronzés étaient en feu; des yeux qui n'avaient
jamais pleuré connurent ce jour
larmes. Dans
un
la
saveur des
élan d'amour, la Belgique célé-
brait ses fiançailles avec la mort.
Etait-ce la fièvre d'un jour, était-ce
mouvements inconscients
tion, et auxquels,
au lendemain de
cèdent l'abattement et
lui-même a fourni à
la
que son héroïsme
trer
les catastrophes.
Après
ces
et irréfléchis qui se dé-
un moment de
gagent des foules dans
un de
le regret
?
surexcita-
l'ivresse, suc-
Non. L'ennemi
Belgique l'occasion de monétait à l'épreuve
la prise
de toutes
de Liège, honteux
de son triomphe et sans doute aussi se figurant
que
la défaite
nous
avait
rendus
traitables, le
gou-
vernement allemand nous réitéra sa demande de
ne pas nous opposer à son passage. Le 9 août,
le
ministre de Belgique à La Haye transmettait à
du ministre des affaires
étrangères des Pays-Bas, le document suivant, que
M. Davignon, de
le
la part
ministre des Etats-Unis d'Amérique
fusé à transmettre (1)
«
s'était re-
:
Les forts de Liège ont été pris d'assaut après
(1)
M.
le
baron Fallon, en envoyant
le
document à
8
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
94
une
Le gouvernement allemand déplore profondément qu'à la suite de l'attivaillante résistance.
tude hostile du gouvernement belge à l'Allemagne,
on en
soit arrivé à
un
conflit sanglant. L'Allema-
gne ne vient pas en ennemi en Belgique. C'est surtout sous l'empire de la nécessité et à raison des
mesures militaires de
la
France qu'elle a dû pren-
dre la pénible résolution d'entrer en Belgique, et
d'occuper Liège
comme point
d'appui pour ses opé-
rations militaires ultérieures.
((
Après que l'armée belge, par sa résistance hé-
roïque à des forces très supérieures en nombre, a
maintenu de
de ses armes,
la
le
manière
la
plus brillante l'honneur
gouvernement allemand prie
le roi
des Belges et son gouvernement d'épargner à leur
pays
horreurs intérieures de
les
vernement allemand
Le gou-
la guerre.
est disposé à
conclure avec
la
Belgique toutes conventions pouvant se concilier
avec les nécessités de son conflit avec la France.
L'Allemagne proteste encore une
fois,
de
la
ma-
nière la plus solennelle, qu'elle n'est pas guidée
par l'intention de s'annexer
qu'une
telle
Bruxelles,
le
y
le territoire belge, et
pensée lui est absolument étrangère.
joignait une note dans laquelle
gouvernement belge de
il
cette particularités
informait
«
Le mi-
nistre (néerlandais), ajoutait-il, a accepté sans enthou-
siasme cette mission. Je m'en suis chargé pour lui faire
plaisir. »
LE GUEt-APËNS PRUSSIEN EN BELGIQUE
Elle est toujours prête à évacuer le
Belgique aussitôt que Tétat de
la
95
royaume de
guerre
le lui
per-
mettra. »
La
tentation,
on
l'avouera, parlait
un langage
séduisant. Si nous acceptions la proposition, nous
retrouvions la paix et la sécurité, nous épargnions
au pays
les
horreurs d'une guerre atroce, dont
massacres et
les incendies
les
venaient de nous don-
ner Tavant-goût. Nous ne cédions qu'à une supériorité
numérique
écrasante, et
l'aveu de l'ennemi, «
non sans
maintenu de
la
avoir, de
manière
la
plus brillante l'honneur de nos armes. »
On me pardonnera
sans doute le
mouvement de
fierté patriotique avec lequel je transcris
ici
la
réponse du gouvernement belge datée du 10 août.
La
«
voici dans sa noble simplicité
La proposition que nous
allemand reproduit
la
:
fait le
gouvernement
proposition qui avait été
formulée dans l'ultimatum du 2 août. Fidèle à ses
devoirs internationaux, la Belgique ne peut que
réitérer sa réponse à cet ultimatum, d'autant plus
que depuis
le 3 août sa neutralité a été violée,
qu'une guerre douloureuse a été portée sur son
territoire et
loyalement
que
et
les garants
de sa neutralité ont
immédiatement répondu
à
n'y eut plus de séance des
Cham-
son
appel. »
Cette fois,
il
bres belges pour ratifier la réponse du gouverne-
LE GUÈT-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
96
ment
parole était au canon.
la
:
même
qu'avec la
unanimité que
gique acclama la parole des
le
Mais je jure
4 août,
hommes de cœur qui
avaient la responsabilité de ses destinées.
demain de
ses
la Bel-
premiers désastres,
elle
Au
leur était
reconnaissante de maintenir haut et ferme
peau national
Depuis
sur
elle.
sacre,
de ne pas désespérer de
et
lors, la
le dra-
la patrie.
tempête de fer et de feu a passé
Pendant des mois,
au
len-
elle
a été livrée au mas-
pillage, à l'incendie. Ses
malheurs ont
étonné l'univers. Mais ce qui Ta émerveillé plus
encore, c'est la splendeur de sa résistance. Ce petit
peuple pacifique, qui depuis près de trois générations s'était déshabitué des travaux de la guerre et
dont l'armée n'inspirait au fier Teuton qu'un sentiment d'orgueilleuse
pitié,
a tenu tête aux pre-
mières armées du monde. Cinq armées ont fondu
sur lui: celles des généraux Kluck, Hausen, Bûlow,
du prince
Wurtemberg
héritier de
et
du prince
héritier de Prusse. Surpris par le guet-apens prussien,
il
a brisé à Liège
la
première vague de
l'inva-
sion en arrêtant pendant une semaine devant nos
forts des soldats qui croyaient
menade
ne faire qu'une pro-
militaire à travers nos provinces. Là, l'hé-
roïque général
Léman
s'est
couvert d'une gloire
immortelle en arrachant des mains de l'Allemagne
cet « atout de la rapidité » qui .était
pour
elle la
condition sine qua non du succès. Retiré à moitié
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
97
asphyxié de dessous les ruines du fort de Loncin,
écrit à
il
que
son roi cette
apprendre par cœur aux enfants des
l'on fera
écoles
désormais historique
lettre
:
« Je suis certain d'avoir
soutenu Thonneur de
nos armes. Je n'ai rendu ni
la forteresse, ni les
forts.
Daignez
«
me
pardonner, Sire,
cette lettre. Je suis
la
physiquement
négligence de
abîmé par
très
l'explosion de Loncin.
En Allemagne où
«
je vais être dirigé,
mes pen-
sées seront ce qu'elles ont toujours été: la Belgique
son
et
les
roi. J'aurais volontiers
mieux
servir,
mais
la
donné
ma
vie
pour
mort n'a pas voulu de
moi. »
La
prise de Liège n'a pas découragé le peuple
belge,
avec
il
comme
un
l'ennemi
Repoussant
s'y attendait.
tranquille mépris ses offres insidieuses,
lui a disputé pied à pied le sol
dans une série d'engagements, où
de
la
Belgique
la victoire a été
du côté du nombre et la gloire du côté du vaincu.
L'énorme supériorité numérique de l'ennemi ne
permettait à notre
armée d'opérer autre chose
qu'une retraite savante
:
elle n'a
cédé
que pas à pas, après avoir, à Tirlemont
h
Perwez
que
le
le
le
le 18 août,
19 août, lutté courageusement.
gouvernementse
retirât à
Anvers
mais l'armée continua de couvrir
cette
terrain
le
Il
fallut
20 août,
grande for-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
98
—
-
—
teresse.
Les sorties d'Anvers,
le
furent
un superbe
qui
effort
28
~j.
et le
26 août,
honore
notre
armée. Celle-ci continua, par une série de sor-
Tennemi en échec et
c'est seulement le 3 octobre, deux mois après l'invasion, qu'elle a repassé la Nèthe et que l'armée
ail .mande a pu commencer le bombardement d'Anvers. Ici une douloureuse surprise attendait le paties
vigoureuses,
triotisme belge.
à
tenir
La défense d'Anvers, créée en
1859, avait été successivement complétée depuis
lors par
une
avoir fait
une des places
série de travaux qui semblaient
les
une double ceinture de 40
formait autour
en
plus fortes du monde;
forts et de 17 redoutes
de notre métropole commerciale
une ligne de plus de 130 kilomètres avec un rayon
de 15 à 18 kilomètres, dont
formaient l'escarpe sur
la
Nèthe
la rive droite
et le
Rupel
de l'Escaut,
tandis que, sur la rive gauche, s'échelonnaient les
nord une zone inondable ache-
forts et
que vers
vait cet
ensemble de travaux dus au général Brial-
mont,
Le
le
le
premier ingénieur militaire de son temps.
roi et son
gouvernement, qui
s'y étaient retirés,
semblaient pouvoir y attendre tranquillement
rivée de l'armée de secours anglaise
et,
dans tous
les cas, arrêter
l'ar-
ou française,
l'ennemi pendant de
longs mois.
Ces espérances devaient être déçues. Un engin de
guerre, fabriqué dans le plus grand secret par les
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
99
usines Krupp, le canon de 0.42, allait apparaître
ici
pour
la
première fois
tiles
triomphe de
le
sur toutes les combinaisons de
la force brutale
rintelligence et
comme
du génie
militaire. «
d'un mètre de longueur
et
A
ces projec-
d'un poids de
14 quintaux (1,350 kilogrammes) rien ne pouvait
résister.
Les forts
les
plus solides cuirassés d'acier,
des voûtes bétonnées de plusieurs mètres d'épais-
seur volaient en éclats
structions qui
croulaient
n'est
le
verre, et des con-
semblaient faites pour l'éternité
comme
donc ni
comme du
des châteaux de cartes (1). » Ce
courage, ni la stratégie qui ont eu
raison d'Anvers
:
c'est
M. Krupp qui
conquérant d'Anvers. Après
la
est le vrai
formidable brèche
pratiquée dans la première ligne de forts, la place
était à la
merci des bombes allemandes, qui pou-
vaient passer par-dessus dans la seconde enceinte.
La ville tomba au pouvoir de l'ennemi le 9 octobre.
La déception a été amère pour la Belgique, mais,
faut-il le dire? elle n'a
pas été moindre pour l'en-
nemi, une fois passée l'ivresse du premier
de son triomphe.
Il
comptait, en
notre réduit national, mettre
la
s'
moment
emparant de
main sur notre
roi,
sur son gouvernement et sur son armée: toutes les
forces de notre résistance transportées en Alle-
magne,
c'était la fin
(l)voN Strant^,
de
p. 54.
la
Belgique.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
100
Mais
Belgique n'était plus à Anvers
la
donnant
I
place devenue indéfendable,
la
Albert avait
fait, à la tête
Abanle
roi
de son armée, une retraite
siperbe, que l'histoire enregistrera à Tégal d'une
grande
Franchissant en 24 heures 90 kilo-
victoire.
mètres, protégés par leur
cavalerie
troupes de flanc chargées de ralentir
de l'ennemi,
les
marécages de
la
et
la
par des
poursuite
Belges s'étaient retirés dans les
Flandre occidentale
Allemands s'aperçurent de
et
lorsque les
la faute qu'ils avaient
commise en ne prévoyant pas cette retraite, il était
trop tard pour l'empêcher, les vaincus les avaient
gagnés de vitesse et avaient mis l'infranchissable
ligne de l'Yser entre eux et leurs ennemis;
devenaient
l'aile
gauche de l'armée
glaise (1). Et l'Yser
ils
franco-an-
nous a consolés d'Anvers. Nul
n'aurait cru que ce canal de vingt mètres de lar-
geur
maximum
serait
inexpugnable que
le
pour
la patrie
belge le refuge
génie de Brialmont et les mil-
lions de notre trésor n'avaient
pu
faire d'Anvers.
L'Yser sera désormais, dans l'histoire de Belgique,
ce que les Thermopyles ont été dans celle de la
(
p.
1
)
177
Il est
:
«
comique, après cela, de
Mit
lire
dans Hoelschetî,
allen Mitteln suchten die Deutschen die
Vereinigung der aus Antwerpen entkommenen Streitkrâfte mit
dem
linken franzosisehen Flûgel zu verliin-
deren, als ilinen anch gelang. » Vraiment, les lecteurs
allemands sont bien renseignés!
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
Grèce
l'Argonne dans celle de la France,
et
nom
le
Grâce à
les
don-
se
plus glorieux souvenirs de la
Albert, après plus d'un
lui, le roi
an de guerre, n'a jamais quitté
le
duquel
autour
prestigieux
nent rendez-vous
patrie.
101
le sol
de son pays
:
royaume de Belgique, bien que ramené aux fron-
tières
plus
les
exiguës,
existait
toujours,
et
donnait un éclatant démenti à l'audacieuse affir-
mation de
la
tobre, avait
((
imprimé en vedette
Toute
la
Belgique
le
:
par
évacuée
est
18 oc-
les
(1). »
alliés
Donnons
gique
mois
Kôlnische Zeitung, qui, dès
»
ici
une idée de
cette « plus petite Bel-
sur laquelle ont été fixés pendant de longs
les
yeux de tout l'univers
:
revendiquer dans l'histoire du
elle a le droit
monde une
de
place
hors de toute proportion avec son étendue.
Deux
petits cours d'eau naissent
dans
la
flamande à une médiocre distance l'un de
l'un venant de l'ouest et l'autre
jumeaux ayant même
plaine
l'autre
:
du sud; ce sont des
même étendue, même
même nom. L'un s'appelle
patrie,
destinée et presque le
l'Yser et l'autre l'Yper (2) .Ils se jettent l'un dans
(1)
Ganz Belgien von den Verbûndeten geraumt.
(2)
L'Yper, après
d'Ypres,
c*est
le
avoir laissé son
ne s'appelle plus
sort
commun
des
devenue plus importante
nom
à la ville
aujourd'hui que l'Yperlée:
rivières
qu'elles.
arrosant une ville
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
102
Tautre près des ruines de Tancien fort de Knocke,
célèbre dans les annales de notre
puis
XVIIP
cheminent, confondus, dans
ils
du nord jusqu'à
la
siècle,
la direction
mer, qu'ils atteignent après
cinquante kilomètres de parcours commun. C'est
l'Yper qui jusqu'au confluent forme la ligne de
défense confiée aux forces anglaises, l'Yser étant
réservé à l'armée belge. Cette ligne est d'un intérêt
majeur
il
la
:
on y rencontrait
trois nobles villes
ne reste plus aujourd'hui que des ruines
:
Ypres,
grande fourmilière industrielle du moyen
dont
les halles étaient
tations
une des plus
âge,
fières manifes-
de l'esprit communal; Dixmude,
cieuse, étendue
dont
la gra-
au milieu des plus opulents pâtu-
rages de la Belgique et offrant au voyageur les plus
beaux de nos paysages urbains, après ceux de
Bruges
tait
aux
guerres
le
et
de Malines; Nieuport enfin, qui racon-
flots
et
de
la
mer du Nord
l'épopée de nos
de nos douleurs d'autrefois. Derrière
ruban d'eau qui
reliait entre elles ces trois villes
sœurs, resserré entre lui
et les
dunes, s'étendait
un petit nombre de kilomètres
royaume de Belgique tel que l'avait fait
sur
carrés
le
l'invasion.
Et pourtant, qu'il eût été beau encore, sans
le voile
de deuil qui dissimulait ses charmes aux yeux des
héros chargés de sa défense
!
grasse terre de Flandre, verte
féconde
comme
la
C'est cette riche et
comme
l'Irlande et
Lombardie, dont on ne saurait
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
dire au juste
si elle est la
mère ou
qui l'habite, tant la main de
la fille
Thomme
à celle de la nature pour en faire
d'un peuple libre
de
l'activité
Qt
humaine
:
les
le sol; les
le ciel,
séjour digne
filent
canaux bordés de
en ligne droite vers
quelque rendez-vous du travail;
quent
associée
campagnes ont conscience
de servir à fertiliser
saules,
s'est
ruisseaux qui flânent
les
de
du peuple
heureux. Tout y évoque l'idée
paresseusement dans
têtards
le
103
parfois inclinés sur
les
un
clochers pi-
sol
qui affecte
de vouloir se dérober à la tyrannie de l'homme;
les toits
le
rouges des fermes s'enlèvent vivement sur
fond vert des prairies; d'innombrables vaches
pâturent au loin dans
dans
les
les
campagnes ou, couchées
herbages, contemplent « de leurs yeux
languissants et superbes » ces paysages bucoliques,
dignes de tenter
gile.
la lyre
Et par dessus
de quelque nouveau Vir-
le tout,
dans une atmosphère
éternellement humide, que visite l'haleine saline de
l'Océan, flotte
une lumière de
rêve, qui se réfracte
à chaque instant en auréoles magiques et produit
les
jeux
les
plus inattendus et les plus variés de
La race qui peuple ce pays de l'idylle,
c'est, par un étrange contraste, la race tragique et
farouche des Kerels du XIV^ siècle, que les chevala couleur.
liers français
crurent à plusieurs reprises avoir
exterminée sur
les
champs de
renaissait sans cesse,
comme
bataille,
les
mais qui
héros de la fable
LE GUEÏ-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
104
Scandinave, pour reprendre sans relâche les
mêmes
combats. Furnes, sa capitale, a un trésor de souveniis,
où
ardentes du
les luttes
quent parmi
les
travaux pacifiques de
moderne. C'est Furnes qui
bienvenue à Léopold
P"*
la
s'évo-
Belgique
première a souhaité
la
la
sur la terre de Belgique,
lorsque, débarqué à Calais,
le
moyen âge
entra chez nous par
il
chemin du rivage pour prendre possession de
son royaume, auxacclamations délirantes d'un peuple ivre de joie.
visité la
Combien de
fois ce souvenir
aura
pensée de son royal
petit-fils, lorsque, le
du
large et salué par le
visage fouetté par le vent
vol des obus,
il
montait la garde, avec ses soldats,
au seuil de ce dernier morceau de Belgique indépendante.
Mais
quer
le roi
des Belges n'a pas eu
le
temps d'évo-
souvenirs historiques. C'est l'heure pré-
les
sente, c'est la lutte de tous les instants qui
réclame
toutes les forces de son intelligence et de sa volonté.
Car
reste de
c'est là,
sur la frontière de ce qui lui
royaume, que vont se livrer
les
combats
plus acharnés et les plus meurtriers de
Du
23 au 30 novembre 1914,
témoin d'un drame
comme
ont pas encore vu depuis
l'histoire. Pendant cette
forces de
l'homme
aux œuvres de
la
et
le
la
guerre.
pays de l'Yser est
le ciel et la terre
le
n'en
commencement de
semaine tragique, toutes
de
la
les
les
nature sont employées
mort; des luttes désespérées se
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
pour quelques mètres carrés; chaque motte
livrent
de terre est trempée de sang;
en nuages compacts
le ciel
les
obus traversent
comme
des vols de sau-
à la grosse artillerie allemande répond
terelles;
celle
105
de
la flotte anglaise,
dont
rauquements
les
font trembler Tair dans les environs de Bruxelles.
Plusieurs fois, en sacrifiant des milliers d'hom-
mes, les Allemands parviennent à franchir l'Yser,
chaque
fois ils sont rejetés sur l'autre rive
par
notre vaillante armée, qui fait là des prodiges d'en-
durance
et
—
de courage. Mais
elle est
décimée par
la
mort
a
perdu 600 hommes en quatre jours. Ne
le
septième régiment de ligne, à lui seul,
va-t-elle
pas à la fin succomber sous l'immense supériorité
numérique d'un ennemi
de ce combat de géants ?
Il
qui, lui aussi, est digne
n'en sera pas ainsi. Le 30 octobre, se produit
l'événement extraordinaire, inattendu, qui arrête
l'immense effort germanique
hisseur
Que
:
«
Tu
s'est-il
et
qui dit à l'enva-
n'iras pas plus loin
!
»
donc passé, qui a permis à une
plaine unie et indéfendable de devenir pour
reste de la
de
la patrie
Pour
le
campagne l'infranchissable boulevard
belge
?
s'en rendre compte,
il
faut connaître la
nature des lieux. La plaine flamande n'a dans
la
région de Veurne-Ambacht que trois mètres au-
dessus du niveau de la mer, et
comme
celle-ci, à
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
106
marée haute,
s'élève jusqu'à
quatre mètres 6S au-
dessus de ce niveau, le pays serait périodiquement
couvert par
avait été
1
mètre 65 centimètres d'eau,
pourvu à
la fois
par
main de l'homme. Le long du
la
nature
rivage,
et
s'il
n'y
par
la
une chaîne de
collines sablonneuses, les dunes, protège efficace-
ment
l'intérieur des terres contre l'invasion des
flots.
La marée,
canaux
et
par
il
est vrai,
les fleuves côtiers,
les autres sont garnis
écluses
que
peut y entrer par
l'eau
de digues
et
mais
les
uns
les
et
fermés par des
ne parvient jamais à déborder.
Détruisez les digues, ouvrez les écluses et l'océan
furieux se précipitera sur ces riches campagnes,
qui disparaîtront sous ses vagues.
Or, le 30 octobre, les Allemands virent avec éton-
nement
les
canons belges s'aligner au sommet du
remblai du chemin de fer de Dixmude-Nieuport,
commencer
et
à diriger leurs feux dans la direc-
tion des canaux de l'Yser et de Plasschendaele.
D'abord,
et se
Ils
ils
ne comprirent rien à
demandèrent à qui en
ne tardèrent pas
à
cette
manœuvre
avait l'artillerie belge.
être édifiés lorsque, les
digues de ces canaux ayant cédé sous l'action
des boulets, leurs tranchées se remplirent d'eau.
«
Ce
fut, écrit
un témoin, comme une foudroyante
surprise pour les
Teutons. Les premiers flots
avaient envahi les positions occupées par plusieurs batteries lourdes.
Quand
les officiers
don-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
ramener
lièrent l'ordre de
était
les pièces
trop tard. Vainement
en arrière,
hommes
aux pesants canons;
s'attelèrent
107
et
chevaux
fallut les
il
donner. Puis l'inondation se faufila dans
seaux des tranchées
hissement fut
si
et
il
aban-
les ré-
sur certains points l'enva-
rapide que des centaines d'hom-
mes furent noyés. Le
en heure. Ignorant
désastre grandissait d'heure
causes de
les
l'inondation,
s'imaginant qu'elle ne serait pas de longue durée,
des régiments entiers restaient
place, jusqu'à ce
de
la ceinture.
que
Mais
l'eau leur
le péril
officiers se décidèrent à
retraite, le
stoïquement en
montât à
la
hauteur
devenant pressant,
donner
le
les
signal de la
long des chaussées qui surplombaient
les flots. C'était l'heure qu'attendaient les Belges,
l'heure vengeresse. Portés sur le talus
de
fer, leurs
blement
les
canons à
tir
du chemin
rapide balayèrent effroya-
chaussées encombrées de fuyards et de
transports militaires. Les rafales d'obus faisaient
des trouées terrifiantes dans ces masses, en
temps que
les
mitrailleuses installées dans
barques ou des radeaux
flancs.
même
les
des
harcelaient sur les
Ce fut un massacre indescriptible. Sur cent
mètres de chaussée, on pouvait compter des milliers
de morts.
En une journée,
Allemands périrent dans
vyse,
(1)
Ramscapelle
et
plus de douze mille
le triangle
formé par Per-
Schoore (1). »
L'ennemi dut se résigner à avouer partiellement
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
108
Quant aux Belges, protégés par le remblai du
chemin de fer qui opposait une barrière à l'inondation du côté de l'ouest,
étaient désormais
ils
inexpugnables.
Voilà comment, après quatre mois de guerre,
il
y avait toujours une Belgique indépendante, que
le
pied du conquérant ne foulait pas. C'était une bien
au plus SOO kilomètres
petite Belgique ayant tout
que notre armée aurait pu arpenter tout
carrés, et
entière en
un
seul jour,
du nord au sud
et
à l'ouest. Elles se réduisait à deux villes
et
Poperinghe
et à
un
parmi lesquels tous
les
l'est
Fumes
:
nombre de
certain
de
villages,
Belges connaissent les
riantes stations maritimes
qui
duinkerke, Coxyde, La Panne,
s'appellent Oost-
noms
évocateurs de
souvenirs de journées ensoleillées et heureuses, au
bord d'une mer souriante. Furnes, où
établi
son quartier général,
la catastrophe.
était
Un communiqué,
le roi avait
devenue
la capi-
daté de Berlin
le 3
no-
vembre 1914, narre le fait en ces termes voilés: « L'inondation au sud de iSTieuport rend toute opération impossible dans cette région. Les terres y sont dévastées pour
longtemps. Par endroits, l'eau est plus qu'à hauteur
d'homme.
»
Le communiqué ajoute que
mandes sont
sans perte ni
troupes
alle-
du terrain inondé saines et sauves,
en hommes, ni en canons, ni en chevaux, ni
sorties
en véhicules, miracle qui consolera
rire le reste
les
du genre humain.
les
Allemands
et fera
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
de la Belgique entière,
taie provisoire
mel
le fut
de
la Prusse,
109
comme Mé-
aux jours sombres qui
comme
virent la bataille d'Iéna. Et
sui-
alors la reine
Louise, ainsi de nos jours on voit la jeune reine
des Belges,
âme
vaillante dans
aux épreuves
socier
communiquer
et
aux
un corps
luttes
frêle, s'as-
de son époux,
et
à la nation entière sa confiance dans
l'indéfectible avenir de la patrie.
comment parler de lui en
termes dignes de son grand cœur et de sa superbe
Et
lui,
endurance
notre
?
roi,
La Belgique
le
connaissait à peine
avant cette guerre qui Ta mis à sa vraie place, dans
en
l'auréole des héros. Elle respectait
dien fidèle de la constitution,
conscience avec laquelle
de
roi,
pour
les
il
lui le gar-
elle l'aimait
pour
la
s'acquittait de son rôle
beaux exemples que sa vie pu-
blique et privée donnait à la nation entière. Mais
sous ses dehors modestes
qui aurait deviné
que
le
c'est à l'heure
et réservés,
héros? Elle
sait
du danger qu'un
voire timides,
maintenant ce
roi. Elle l'a vu,
infatigable, tranquille sous la pluie des balles, des-
cendre dans
les tranchées,
partager le pain noir
des troupiers, les encourager par son exemple et
par sa parole, apparaissant au milieu d'eux, dans
sa froide et souriante intrépidité,
dieu devant lequel
ils
comme un demi-
tombaient à genoux,
les
yeux
rouges de larmes, la gorge pleine d'acclamations
délirantes, fous d'enthousiasme, de
dévouement
9
et
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
110
d'orgueil
De pareils souvenirs ne
mémoire d'un peuple, et la
patriotique.
s'effacent pas de la
dynastie s'en apercevra. Le Roi a cru ne travailler
que pour
pour
patrie
la
les siens, car
les racines
reille à
il
a,
il
:
par surcroît, travaillé
a Jeté dans notre vieux sol
d'une popularité prodigieuse qui, pa-
un chêne
superbe, ombragera pendant des
générations tous ceux qui descendront de lui
Non,
Furnes;
la
Belgique n'oubliera pas
elle
les
un avare compte
les
.
jours de
comme
comptera précieusement
ses trésors; elle les inscrira
au
tableau d'honneur de ses annales, elles les redira
avec orgueil aux générations à venir.
Nous n'avons pas
été
témoins de cette épopée,
nous qui, prisonniers de l'ennemi,
notre propre patrie,
heures mornes
avons porté
dans
exilés
le
poids
des
et lourdes, et ce sont les vaillants
revenus des batailles patriotiques qui nous rediront les jours de l'Yser.
Il
en
est
un
toutefois, par-
ticulièrement mémorable, dont la connaissance est
arrivée jusqu'à nous, à travers les épaisses rangées
des troupes allemandes
:
c'est la veillée des
du jeune duc de Brabant, qui
faisait
armes
son appren-
tissage de souverain dans les tranchées à l'âge de
quatorze ans. Ce jeune prince fut présenté par son
père au 12® régiment de ligne, dans lequel
gagner ses grades. «
On ne
saurait trop
Roi, mettre les jeunes princes à l'école
il
allait
tôt, dit le
du
devoir,
Hl
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
et
il
n'y en a pas de meilleure que notre armée.
amène mon
Je lui
honorer
particulièrement
conduite
vaillante
la
pendant
la
de Visé,
voulu,
J'ai
fils.
Douzième
le
cessé
n'a
qu'il
ajouta-t-il,
pour
de
tenir
campagne, depuis sa défense du pont
4 août, jusqu'à
le
de Dixmude, où
et
Honneur
lui
et
brillante défense
a repoussé quinze
perdu
allemandes
à
il
la
le
tiers
de
son
attaques
effectif.
son colonel Jacques, qui,
à
blessé à deux reprises, le 20 et le 21 septembre,
est resté
^
Voilà
chaque
fois à la tête de ses troupes (1)! »
comment la Belgique
d'aujourd'hui, repré-
sentée par le roi Albert, enseignait la Belgique de
demain, incarnée dans
un
ciel
le
où rougeoyaient
duc de Brabant. Et sous
les
feux de
l'artillerie, le
chant du Lion de Flandre sortant du fond des
tranchées
allait
apprendre aux Allemands que
petite nation, après
un an de
guerre, était encore
debout en face d'eux, frémissante d'orgueil
courage. Non,
ils
le
disent
chant patriotique dont
«
vaux
hommes d'armes
et
des
et
de
eux-mêmes dans un
les paroles
pour nous,
cette
non, ce n'est pas
le
semblent faites
nombre
qui affermit
des chele
trône
des rois, c'est le patriotisme, c'est le dévouement
(1)
et
Le Roi a rendu hommage aussi aux majors Colyns
Van Rolleghem,
colonel.
qui se montrèrent dignes de leur
LE GUET-ÂPENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
112
hommes
des
qui leur donnent une base
libres
aussi inébranlable qu'un rocher dans la
De l'armée
belge,
digne de son
devoir.
(1).»
suffit de dire qu'elle a été
il
admirablement son
roi. Elle a fait
Aucune autre dans
permis de
soit
mer
le constater
la
guerre actuelle, qu'il
sans diminuer la gloire
de personne, n'a eu à soutenir une lutte plus rude,
une campagne plus épuisante. Son courage, son
endurance, sa foi dans
et rien
n'est touchant
la patrie
ont été superbes,
comme
le culte qu'elle a
voué au héros couronné qui
conduit à la
la
gloire et à la mort. Les volontaires ont afflué sous
les
drapeaux dès
le
premier jour;
40,000 la première semaine;
il
il
y en avait
y en a eu plus de
100,000 ensuite. Parmi eux, les porteurs des plus
beaux noms nobiliaires du pays fraternisent avec
les
enfants du peuple, qui ont quitté la charrue ou
Toutil pour la carabine. Huit fils de ministres
ou
d'anciens ministres ont apporté les prémices de
leur jeunesse. Trois d'entre eux
Levie et Delbeke sont tombés au
(1)
Paul Renkin,
champ d'honneur:
Nicht Ross, nicht Reisige
Sichern die steile HôKe,
V7o Fiirsten stelm;
Liebe des Vaterlands,
Liebe des freien
:
Manns
Grûnden des Herrscher» Thron
Wie Fels im Meer,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
deux autres, de Broqueville
gagné
113
Jean Renkin, y ont
épaulettes de sous-lieutenant; quatre
les
et
autres, Berryer, de Lantsheere, Nyssens,
PouUet
font le coup de feu à l'âge de 16 ou de 17 ans. Ce
sont des volontaires encore,
on peut
jeunes gens des classes de 1914
gouvernement
l'appel d'un
exilé,
le dire, ces
de 1915 qui, à
et
bravant
les inter-
menaces de l'ennemi, passent
dictions et les
les
frontières hérissées de sentinelles et de fils de fer
souvent
électrisés,
rhéroïque
folie
après
du patriotisme
audacieuses fictions de
aventures
des
où
a réalisé les plus
la légende.
Ah
1
les
pathé-
tiques odyssées, et quels beaux sujets d'histoires
à raconter plus tard dans les veillées, auprès des
foyers belgiques
En
!
vain M. von Bissing menace-t-il les familles
des réfractaires ou frappe-t-il d'amendes énormes
les
comrnunes
fusillent-ils,
qu'ils habitent!
comme
En
vran ses soldats
à Ternath, les jeunes mili-
ciens qui se présentent à l'appel des Allemands en
exhibant
un
portrait
du
roi Albert
au bout d'un
bâton! Rien n'arrête l'élan patriotique de la jeunesse belge, et l'on a calculé que, dans les régions
limitrophes de
la frontière,
80 pour 100 des classes
de 1914 et 1915 sont déjà de l'autre côté de l'Yser,
ce petit fleuve patriotique qui ne se laisse franchir
que par des Belges.
Mais
la
Belgique militante n'est pa3 seule à sou-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
114
du drapeau
tenir l'honneur
:
il
y a une Belgique
souffrante. Prisonnière et vinculée, accablée de
menaces, d'interdictions, d'amendes,
bon,
et elle n'a
elle
a tenu
pas humilié devant l'arrogance de
l'ennemi la fierté du pavillon national. Son gou-
vernement n'est plus
munaux
compour l'encourager, pour la
là,
sont restés
mais
soutenir, et l'histoire aura
pour
nom du
le
M. Adolphe Max
en vie
et
toutes
mes
en
magne
premier magistrat de
:
«
le
Aussi longtemps que je serai
Max
mes con-
constaté lui-même en se débarrassant
26 septembre pour l'interner en Alle-
(1).
devenue
1.
de
a tenu cette belle promesse, et
Et puis, notre épiscopat a parlé,
celle
de
la patrie
et sa
voix est
elle-même, qui fait re-
Voici deux affiches de M.
(1)
spéciale
la capitale,
forces le droit et la dignité de
l'a
de lui dès
une mention
liberté, avait-il dit, je protégerai
citoyens. » M.
l'ennemi
ses magistrats
Max
:
«J'apprends que dans certains quartiers de la
des gens, prétendant agir au
nom
ville,
de l'administration
communale, ont été de porte en porte inviter
les habi-
tants à retirer le drapeau national de la façade de leur
demeure. Je tiens à faire connaître que l'administration
communale n'a donné à personne un mandat aussi peu
compatible avec les sentimentâ patriotiques dont
est animée.
2. «
— Bruxelles,
le
elle
20 août 1914. »
Le gouverneur allemand de
la ville de Liège, lieu-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
115
un Sursum corstupeur Tennemi a écouté le man-
tentir à travers toute la Belgique
da.
Avec quelle
dement de Noël de S.E.
cardinal Mercier, arche-
le
vêque de Malines, pendant que tous
les
cœurs
belges tressaillaient de fierté à ces accents qui ven-
geaient l'honneur de la patrie calomniée et dénonçaient sans crainte les crimes de nos oppresseurs
M. von Bissing n'a eu que
au clergé
croire
la lecture
la
!
ressource d'interdire
de ce mandement, en faisant
mensongèrement
qu'il
avait
pour cela
le
consentement du cardinal. Ce grossier stratagème
tenant-général von Kolewe, a fait afficher hier l'avis
suivant
:
Aux
Jial/itants
de la
ville
de Liège,
Le bourgmestre de Bruxelles a fait savoir au commandant allemand que le gouvernement français a déau gouvernement "belge l'impossibilité de Vassister
offensivement en aucune ma/nière, vu quHl se trouve lui-
claré
même
forcé à la défensive.
J'oppose à cette affirmation le démenti
mel.
— Bruxelles,
Aussitôt
ficher ceci
le
plus for-
30 août 1914. »
gouvernement militaire allemand
fit af-
:
Avis important,
(sic)
le
le
—
strictement défendu, aussi
Il est
à la municipalité de la
ville,
de publier des affiches
sans avoir reçu une permission spéciale.
Bruxelles, le 31 août 1914.
Le gouverneur militaire,
Baron von Luttwitz, général-major.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
116
a été déjoué aussitôt, le cardinal a insisté, et
le
«gouvernement allemand en Belgique» a eurhumiliation de se voir
formellement désobéi par l'im-
mense majorité du
clergé
du
diocèse de Malines.
Les courageux évêques de Liège
parlé le
et
de
Namur
même langage ferme et fier à leurs
et si celui
ont
ouailles,
de Tournai ne les a pas imités, c'est qu'il
a succombé, en partie, aux mauvais traitements que
les soldats
allemands n'ont pas craint d'infliger à
ce saint vieillard. Fidèle aux exhortations réitérées
des évêques, le clergé belge n'a cessé de soutenir
le
moral de
vérité,
il
la
nation
;
du haut des chaires de
a laissé tomber les paroles qui vengent
l'innocence persécutée et flétrissent l'injustice victorieuse; le drapeau national, interdit dans les
rues, a flotté librement dans nos églises, et les
accents de la Brabançonne retentissaient à l'issue
de nos grand'messes au milieu des larmes d'émotion et de joie.
La nation belge
tout entière a gardé cette atti-
tude d'irréprochable correction
et
de courageuse
dignité. Elle s'est interdit les violences et les
festations tapageuses,
mais
elle
mani-
a accueilli avec mé-
pris les avances de nos maîtres et elle a fait le vide
autour d'eux.
Ils
voudraient laisser croire à l'étran-
ger que la situation est redevenue normale en Bel-
du public belge
démenti à cette mensongère
gique, et l'abstentionnisme obstiné
donne un
éclatant
LE GUET-APENS TRUSSIEN EN BELGIQUE
allégation.
La
117
sponta-
vérité, c'est que, tacitement,
nément, sans accord préalable,
la
nation a organisé
autour d'eux la grève sacrée. Les rares journaux
qui paraissaient encore depuis leur entrée ont
cessé de paraître pour ne pas supporter leur cen-
sure; les universités, qu'ils auraient voulu rouvrir, sont restées
fermées;
académies, qu'ils ont
les
invitées à reprendre leurs séances,
nies
ne
se sont réu-
que pour décider de s'ajourner sine
die; les
ouvriers de Malines, de Luttre et d'ailleurs, qu'ils
ont tenté d'embaucher en leur offrant de forts
travailler
tourné
ont
leur
salaires
pour
de
roi
le
dos,
le
de
refusant
Prusse.
ont
Ils
essayé d'allécher le public bruxellois en orga-
nisant des concerts où
chefs-d'œuvre
les
de
devaient être entendus
la
musique
allemande
exécutés par les meilleurs artistes d'outre-Rhin;
mais
entendre,
et
l'Université de Bruxelles a exclu de son sein
un
ils
sont
restés
seuls
à
les
professeur qui avait eu la mauvaise idée d'y assister. Ils
21
ont interdit toute manifestation pour
qui est l'anniversaire
juillet,
de
la
procla-
mation de notre indépendance nationale,
21
juillet, ils
villages,
manifestation
dimanche,
et
le
ont été témoins, à Bruxelles, à Anvers,
à Gand, à Liège, dans toutes nos villes et
dans nos
le
:
les
même
et
émouvante
magasins fermés,
comme le
Te Deum;
d'une grandiose
les églises
bondées pour
le
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
118
toute la population endimanchée circulant dans les
rues, portant à la boutonnière
ou au corsage, à
la
place des couleurs nationales prohibées, la feuille
de lierre qui est remblème de notre fidélité à notre
Roi
les
et à
notre patrie. Ainsi nous réalisions dans
chaînes
prononçait
la belle
parole que M. de Broqueville
4 août 1914, dans
le
Chambres « La Belgique peut
ne sera jamais soumise. »
:
C'est ce
que toutes
les
séance de nos
la
être vaincue; elle
semaines, avec autant de
courage que d'à-propos, rappelle au
ment allemand en Belgique,
» le seul
«
gouverne-
journal belge
qui paraisse sans se soumettre à sa censure.
s'appelle la Libre Belgique et
tout le pays, depuis le
il
Il
circule à travers
mois de février 191S,
distri-
bué de proche en proche par des mains de confiance. M. von Bissing a fait des efforts désespérés
pour découvrir
mettre
la
l'officine de ce journal
main sur
ses rédacteurs,
mais
ou pour
les
joyeux
conspirateurs belges ont plus d'esprit que les détectives de la police allemande, et la
Libre Belgique
continue d'entretenir pour ses lecteurs l'espérance
et la
flamme du patriotisme.
La Belgique
a
donc
le droit d'être
contente de
tous ses enfants. Mais l'Europe, de son côté, doit
être contente de la Belgique.
nous-mêmes,
En nous
c'est sa liberté à elle
défendant
que nous avons
sauvée. Les Allemands comptaient,par
une marche
-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
foudroyante à travers
rorisée,
la
119
Belgique surprise
et ter-
gagner en trois fois vingt-quatre heures
frontière française, culbuter la mobilisation
la
de ce pays, amener
murs de
le
gros de leurs forces sous les
Paris, qui aurait cédé
au bout de quel-
ques jours à leurs canons de 0,42; puis,maîtres de
la capitale
avec une armée intacte, au milieu d'une
nation découragée,
tie
ils
auraient renvoyé une par-
considérable de ces forces vers Test, où, unis à
FAutriche-Hongrie,
mis fin à
russe,
la
ils
auraient refoulé l'invasion
campagne en quelques mois,
dicté des conditions de paix en territoire ennemi.
Après
et
cela, l'Angleterre isolée était à leur
merci,
l'empire mondial de l'Allemagne était achevé.
Tel était le plan résumé dans la formule apodic-
tique de M. von
Jagow
:
« L'atout
de l'Allemagne,
c'est la rapidité. »
Ce plan,
la résistance
belge
l'a
faussé dès le pre-
mier jour. En faisant perdre à l'envahisseur une
semaine devant
donné
les
forts
de Liège, nous avons
à la France et à l'Angleterre le
s'organiser et de se concentrer pour
laquelle
pour
une heure de gagnée pouvait
la destinée
du monde. Au
frontière française le S août,
espéré,
une
les
temps de
lutte
dans
être décisive
lieu d'être à la
comme
ils
l'avaient
Allemands n'y sont arrivés que
26 août, à un
moment où on
était pjrêt
voir le choc de leur attaque brusquée.
le
pour rece-
Un
instant.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
120
ils
ont pu croire qu'il n'était pas trop tard,
même
parviendraient quand
saire,
mais ce
bords de
la
n'était
culbuter l'adver-
à
qu'une illusion
Marne sur ceux de
depuis six mois dans
et qu'ils
rejetés des
:
l'Aisne et terrés
ont vu se
les tranchées, ils
un retranchement formidable
qui va de Dunkerque à Thann et qu'ils ne franchidresser devant eux
ront pas.
Nous sonmies
sacrifices qu'il
fiers de ce résultat
nous a coûtés
et
il
:
ceux
valait les
qu'il
peut
nous coûter encore. Lorsque l'agression criminelle
aura été repoussée définitivement, nous remettrons notre épée au fourreau, avec la joie de la
savoir sans tache.
la défense de
Nous ne
nos biens
neur national, notre
les
l'avons tirée
plus sacrés
liberté,
:
que pour
notre hon-
nos foyers. Nos mains
sont restées pures; nous n'avons pas versé le sang
innocent; nous n'avons pas porté la mort et la dévastation chez les autres peuples; aucune larme
n'aura coulé à cause de nous.
jugement de
la
postérité,
Et l'incorruptible
qui
choses en leur place, dira que
remettra
la
toutes
Belgique
s'est
acquis, à l'une des heures les plus calamiteuses de
son histoire, de nouveaux
manité.
titres
au respect de
l'hu-
CONCLUSION
Après avoir raconté
la
lugubre histoire de
ma
patrie pendant des mois d'indicibles souffrances,
je
me
recueille et je
me demande comment
il
est
possible qu'une des nations les plus civilisées du
monde,
et
qui avait d'ailleurs vis-à-vis de nous des
obligations sacrées, ait consenti à martyriser avec
cette cruauté
un peuple
inoffensif et ami.
Il
y a
là,
après tous les progrès que semblait avoir réalisés
le droit international,
Haye, après
après les conventions de La
les déclarations
pacifiques de tous les
grands Etats, une espèce d'énigme devant laquelle
l'esprit s'arrête avec stupeur.
En
réalité,
l'énigme n'existe pas pour qui con-
naît les choses d'outre-Rhin.
Le génie allemand a
été
empoisonné par
l'esprit
prussien, et c'est dans l'esprit prussien que se
trouve l'explication claire et lumineuse des phé-
nomènes qui paraissent à première vue
inexpli-
cables.
Les nations,
comme
les individus, subissent la
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
122
fatalité
du péché
Née d'une
originel.
apostasie, qui
a profané l'idéal religieux et militaire des chevaliers teutoniques,
la
Prusse n'a jamais démenti
ses origines frauduleuses
larronnes. D'Albert
et
de Brandebourg à Frédéric
II,
de Frédéric II à
Bismarck, de Bismarck à l'attentat du 2 août 1914,
c'est
toujours par la violation des droits les plus
sacrés,
par
le
parjure
et
par l'iniquité qu'elle
est
arrivée à ses fins. C'est ainsi qu'a été sécularisée
Prusse propre, qu'a été conquise
la
la Silésie,
qu'a
été envahie, puis dépecée la Saxe, qu'a été partagée
Pologne, qu'a été annexé
la
falsifiée la
le
Schleswig, qu'a été
dépêche d'Ems, qu'a été envahie
la Bel-
La Prusse sourit des protestations de la justice et du droit outragé, elle rit des traités qu'on
invoque, elle sait que le droit n'est qu'un mot et
gique.
les traités
qu'un chiffon de papier,
outre, avec
un
et elle
passe
tranquille mépris aux protestations
de la conscience humaine. Elle ne croit qu'à
force.
La force ne prime pas
c'est le droit. Telle est
le droit;
depuis Hegel
la
la
la force,
doctrine des
maîtres, mais Hegel lui-même n'a fait que formuler
en termes philosophiques
les
axiomes qui sont
à la base de la politique prussienne depuis l'ori-
gine de la Prusse.
Il s'agit
les
petits
donc avant tout de devenir un Etat
Etats
fort:
sont ridicules. Mais tout Etat
sera faible vis-à-vis d'un plus grand
:
il
faut donc
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
rendre non seulement
se
alors,
on aura
la
plus fort;
le
seul le droit d'exister.
Tout ce qui tend à rendre
moral;
mais
fort,
123
l'Etat fort est
morale chrétienne
bon
et
est individuelle, elle
ne s'applique pas aux Etats.
La moralité des
lité.
pour ceux-ci,
actes,
c'est l'uti-
L'égoïsme, a dit encore Bismarck, est
((
la
seule politique digne d'un grand Etat. »
Mais quel
est,
dans cette conception
meilleur instrument de force
Pour
utilitaire, le
C'est l'armée.
?
être l'Etat le plus fort,
il
faut avoir la
meilleure armée. Toute l'énergie, toute l'activité de
l'Etat doit être
mée
la
absorbée par cette tâche
plus redoutable possible,
et,
:
créer l'ar-
à cette fin, lui
livrer tous les enfants de la patrie et toutes les res-
sources de son trésor. C'est pour cela que la Prusse
établi
a
le
principe du
service
universel,
ra-
vivé et devenu loi à partir de 1815. Toute l'Europe
s'est
vue contrainte successivement de
dans cette voie;
qu'aux dents,
le.
si
aujourd'hui
c'est le
elle est
la
suivre
armée jus-
cadeau de joyeuse entrée que
royaume de Prusse a
fait à la famille des Etats
européens en y venant prendre place.
L'idéal de la Prusse a toujours été là
première armée du monde. L'armée
est
:
avoir la
devenue
l'unique objet de sa fierté nationale; l'officier
prussien est devenu
l'homme, ce qu'était
le
le
type le plus complet de
gentleman pour l'Anglais,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
124
le
caballero
pour
homme
pour l'Espagnol, Vhonnête
la vieille
France. « Ce qu'il y a de meilleur
en moi, disait Bismarck,
c'est l'officier prussien. »
L'officier prussien consiste dans son sabre, dont
sur
le cliquetis
de son maître.
vert
le
pavé des rues scande chaque pas
On
une épée en
dit
que
les
Huns, ayant décou-
terre se mirent à l'adorer
:
est-ce
d'eux ou des Prussiens que cette légende est vraie?
L'armée
Prusse
est
ainsi
est le seul
devenue
l'Etat
monde où
pays du
La
incarné.
dispose
elle
pour ainsi dire légalement des destinées de
nation. Partout ailleurs, elle est au service
blic, elle obéit, elle est la
c'est elle
dirige les événements.
On
s'est
du pu-
En Prusse,
grande muette.
qui commande, qui a
la
la préséance,
qui
souvent étonné des
fautes de la diplomatie prussienne; à cela rien
d'étonnant
elle n'est
:
elle est
au service des vues
militaires,
en Prusse qu'un accessoire de
la stra-
tégie.
L'armée,
naturellement, a
un
idéal
:
c'est
la
guerre. Dans tous les pays civilisés, ses aspirations
sont tenues en bride par l'intérêt supérieur de la
civilisation; la guerre n'est
but.
En
qu'un moyen
et
non un
Prusse, la guerre est son but à elle-rmême;
elle est civilisatrice, et
l'armée loin d'être tenue en
bride donne l'impulsion à
L'esprit
la nation.
prussien a empoisonné
mand. Nation de penseurs
et
le
génie
de poètes,
alle-
l'Aile-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
magne, assise au milieu de l'Europe
blait appelée à être la
125
civilisée,
sem-
gardienne des principes de
justice et de moralité politique, qui sont le patri-
moine de
la civilisation.
vement de 1813, par lequel
on eût pu
Après l'admirable mouelle
reconquit sa liberté,
l'espérer.
Pour son malheur, ce fut
la
Prusse qui présida
à son unification. L'unité allemande passa des
mains des poètes
et des
philosophes aux mains du
chancelier de fer, qui ne connaissait que la force
brutale.
La force prime
vous ferai
la
le droit. Il lui a dit
:
« Je
première nation militaire du monde;
vous aurez une armée invincible, avec laquelle vous
pourrez faire ce que vous voudrez; que vous importent désormais la justice et l'honneur, des mots,
et
qu'avez-vous besoin de respecter les traités, des
chiffons de papier
?
»
Et l'Allemagne enivrée
laissé entraîner. Elle n'a plus
elle
qui
l'éternelle
avait
dit
tant
cru qu'à
la force,
de belles choses
sur
majesté du droit. Elle a connu le rêve
napoléonien
de
dominer
le
monde,
qu'elle n'avait pas de Napoléon, et
léons
s'est
finissent
à
Sainte-Hélène.
que
oubliant
les
Napo-
Aujourd'hui,
vaincue, mutilée, trouvera-t-elle dans sa droiture
naturelle la claire vue des causes de son
malheur
C'est le secret de l'avenir.
10
?
APPENDICES
V*
I
Comment TAllemagne
le
Gouvernement
a calomnié
belge.
Naturellement, devant Tindignation du
civilisé
dont
la
monde
voix lui arrive de toutes parts,
l'Allemagne a éprouvé le besoin de se disculper.
On
peut bien, quand on s'appelle von Stein, se
du crime et déclarer que toutes les atrocités sont pour nous punir de n'avoir pas obéi
aux injonctions allemandes. Mais quand on est,
comme le gouvernement allemand, en face du tribunal de la conscience humaine et responsable
devant le genre humain, on éprouve le besoin
de tenir un autre langage. Seulement, en habile
tacticien, on ne se mettra pas apparemment dans
l'attitude de l'accusé qui se disculpe; on prendra
hardiment l'offensive, on accusera la victime des
crimes dont on est l'auteur et on protestera contre
glorifier
ces atrocités,
représailles ».
q
i
ont entraîné « de nécessaires
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
130
Au programme
comprend
magne
à
le
traditionnel de la guerre, qui
massacre, le viol et l'incendie, l'Alle-
un cinquième
a cru devoir ajouter
de
l'usage
Belgique
la
article
récalcitrante
:
la
calomnie.
Au
cielle
début,
on
se contente
de
la
suivante, qui n'introduit
note demi-offi-
que sous forme
dubitative le grief fait au gouvernement belge.
«
Des nouvelles qui nous parviennent au sujet
des opérations militaires aux environs de Liège,
il
résulte
lutte et
que
la
population civile participe à la
que des particuliers en embuscade ont
tiré sur des soldats
allemands et sur des médecins.
Des rapports parvenus de
la
frontière française
disent également que la population, aux environs
de Metz, a tiré sur des patrouilles allemandes.
est possible
que ces
faits soient
dus à
la
popu-
lation très mêlée de ces districts industriels,
il
est possible aussi
que
la
France
aient décidé contre nos troupes
et la
Il
mais
Belgique
une guerre de
francs-tireurs. Si le fait s'avère par de nouvelles
hostilités analogues,
nos adversaires porteront
la
responsabilité de nous avoir entraînés à une» ré-
pression impitoyable contre les populations coupables. Les soldats allemands ne sont habitués à
lutter
que contre
les
forces armées d'une puis-
sance ennemie et ne peuvent être blâmés
si,
en
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
état
de légitime défense,
tier
(1). »
ils
Mais bientôt on s'enhardit
sans quar-
luttent
dès le 18 août,
et,
journaux hollandais publient d'après
les
allemande une nouvelle note où
131
le
la
presse
gouvernement
belge semble être rendu responsable de la participation des civils, bien que l'on n'ose pas encore
l'accuser formellement de l'avoir organisée.
«
le
Contrairement à
la
gouvernement belge
mité avec
les
faisait savoir
usages de la guerre,
trait qu'avec des
breux
note du 8 août, par laquelle
qu'en conforil
ne combat-
troupes en uniforme, de
ont pris part au combat de Liège
civils
sans porter d'uniforme
:
non seulement
raient sur les troupes allemandes, mais
vaient cruellement les blessés;
les
ils
ils
ils
tuaient aussi
En
temps, la population anversoise dévastait
les propriétés
bare
ti-
ache-
médecins qui exerçaient leur mission.
même
et
des
allemandes de
femmes
mort d'une manière
«
nom-
et
la
façon
plus bar-
des enfants furent mis à
bestiale.
L'Allemagne s'adresse au monde
entier et
la
civilisé tout
demande compte du sang de
ces inno-
cents et de cette manière belge de faire la guerre,
qui se
*
(1)
rit
de toute civilisation. Si
Le XX'
Siècle, 12
août 1915.
la
guerre prend
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
132
dès maintenant
un
caractère cruel, c'est la Bel-
gique qui en est responsable
(1).
Faut-il le dire en passant
?
»
Ces histoires de
blessés cruellement massacrés, de médecins tués
dans l'exercice de leur charitable mission,
elles
traînent toutes dans les journaux de tous les belligérants.
Les Français,
les redisent à la
Anglais et les Belges
les
honte de l'Allemagne,
et la
de mensongères, en
d'outre-Rhin, qui les traite
colporte d'autres qui sont accueillies avec le
qualificatif dans le
presse
camp des
alliés.
même
Les lecteurs
d'esprit rassis savent ce qu'il faut en croire; ils
que des
sont convaincus
possibles
celles
dans tous
les
atrocités
qu'on
les
sont
camps; sans contester
qu'on allègue de part
mettent pas
isolées
et d'autre, ils n'ad-
généralise,
et
attendent
pour prononcer leur jugement que des témoins
impartiaux
et
bien informés viennent leur four-
nir les éléments de leur conviction.
Aucun gou-
vernement, jusqu'ici, n'a pris sous sa responsabilité
les
relatives
ne
affirmations
aux
s'est avisé
atrocités
de sa presse nationale
de
l'ennemi;
aucun
de rendre un autre gouvernement
responsable des excès individuels attribués à ses
Le XX*
du 19 août, reproduisant le Vaderland hollandais du 15, qui donne le texte d'après le
(1)
Siècle
yorddeutsohe Allgemeine Zeîtung.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
nationaux. Seul,
exception; seul,
le
il
gouvernement allemand
admet sans contrôle
tars de la presse de son pays; seul,
pour accuser
133
la Belgique.
Est-il
il
fait
les racon-
en
fait état
donc plus cré-
dule ou doué de moins d'esprit critique que tout
autre
?
Non
sans doute, mais son cas est trop
mauvais pour
qu'il puisse se passer
du
dérivatif
suspect qu'il croit trouver dans les légendes des
journaux.
Le monde civilisé, qui n'a pas les mêmes raisons que le gouvernement allemand d'accepter
pour lettre d'Evangile les historiettes de la presse
teutonne, ne semble pas avoir pris au sérieux la
protestation berlinoise.
bas, et
on
couronne qui
même
s'en
a éprouvé le besoin
arguments de plus gros
la
On
est
aperçu
là-
d'employer des
calibre. Cette fois, c'est
se découvre, et
se fait l'accusateur
de
Guillaume
la
II lui-
victime qui gît
pantelante à ses pieds. Voici les oracles qui sortent de sa
bouche auguste, parlant au
nom
des
soixante-cinq millions d'Allemands au président
de la république américaine.
Après avoir raconté
des balles
la
sempiternelle légende
dum-dum employées par
(elle est à l'usage
devait trouver
de tous
des
l'adversaire
les belligérants et elle
oreilles
impériales
un
peu
moins ouvertes), l'empereur continue
« Non seulement nos ennemis emploient contre
:
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
134
nous ces armes
mais
cruelles,
le
gouvernement
belge a en outre excité ouvertement la population
civile à
prendre part à
la guerre, et
préparé avec
soin depuis longtemps cette participation.
« Les atrocités conmiises
par des femmes
des ecclésiastiques dans cette guerre de gué-
et
rillas
et
même
sur des blessés, sur le personnel sanitaire
sur des infirmières (des médecins furent tués,
des hôpitaux bombardés) étaient de telle nature
que mes généraux ont
prendre
les
été
obligés à la fin
de
plus sévères mesures pour punir les
coupables, afin de détourner par la terreur une
population sanguinaire de
la
continuation de ces
actes scandaleux.
Quelques villages
«
et
même
la vieille ville
Louvain, à l'exception du bel hôtel de
dû
être dévastés
ville,
de
ont
par nos troupes, dans un intérêt
de défense personnelle.
«
Mon cœur
pareilles
que de
saigne lorsque je vois
mesures sont inévitables
lorsque je
et
songe aux innombrables innocents qui ont tout
perdu, à
la suite
malfaiteurs
Avant
plus
(1). »
d'aller plus loin, constatons
que l'empereur d'Allemagne
par ses agents.
(1)
de l'intervention barbare de ces
On
une
est
fois de
contredit
a entendu tout à l'heure M. von
Le Bien PuUic du 14 septembre.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
que
déclarer
Stein
mesures
les
135
d'impitoyable
rigueur prises contre la Belgique étaient dues
à son refus d'accueillir la nouvelle proposition
allemande
:
La Belgique ayant repoussé nos
«
ouvertures, elle aura à en porter elle-même les
conséquences
que
« ces
Et l'empereur,
»
(1).
mesures ont
été
lui,
déclare
rendues nécessaires par
défense personnelle et pour détourner par
la
la
terreur ces malfaiteurs belges de continuer leurs
sinistres exploits ».
On
le voit
:
du IS août au
7
septembre, les
légendes sont allées en se développant et celles
qu'on accueille dans
les
documents
officiels alle-
mands prennent plus d'ampleur. L'empereur ne
dit
pas expressément,
les
Jeunes
courent
blessés
mais
il
comme
ces journaux,
filles et les ecclésiastiques
que
belges par-
champs de bataille pour mutiler les
ennemis et pour leur crever les yeux,
les
le
laisse
entendre.
On
verra plus loin
ce qui en est de ces accusations;
ici
nous avons
à relever celle qui est formulée contre le gouver-
nement
belge,
selon l'empereur, a préparé
qui,
avec soin, et depuis longtemps, la participation
des cidls à la guerre.
sation a été
si
haut, l'accu-
immédiatement relevée par toute
presse allemande;
(1)
Tombant de
Voir ci-dessus,
il
n'est pas
p. 32.
un journal
la
d'outre-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
136
Rhin,
et
pas un polémiste teuton qui ne
duise en l'ornant
—
besques de sa façon.
nement belge
même
cela va sans dire
Ils
a envoyé
tration de leur « crime
la date
aux
d'ara-
civils les fusils, voire
», et qu'il
par dépêche télégraphique;
a fait partir des gardes civiques
les
—
savent que le gouver-
mitrailleuses ijjécessaires
les
la repro-
à la perpé-
leur en a fixé
ils
savent qu'il
pour
les villages
plus reculés de l'Ardenne, afin d'apprendre
aux paysans
le
maniement des armes
et d'orga-
niser leur résistance aux Allemands. C'est le lieu-
tenant Mannheim,
du sixième régiment des uhlans,
qui a reçu cette confidence d'un habitant de
Chiny. «
Il
me
un
Français.
que
le
gogo.
prenait,
dit-il,
Pardon,
»
pour un Anglais ou
lieutenant,
je
crois
malin Ardennais vous prenait pour un
Il
y en a qui ont vu de leurs yeux la pièce
officielle appelant les
civils
aux armes
et leur
promettant une certaine prime pour chaque Alle-
mand
tué.
Le lieutenant Boehm, du 165® régiment
d'infanterie,
Mannheim.
Il
veut damer le pion au lieutenant
,
a tenu en main, à Retinne (1), « le
nn lieutenant du 165* régiment d'infanterie
de réserve, nommé Bœhm, qui a vu la pièce à Retinne;
c'était une copie faite à la machine et munie d'un sceau,
(1)
elle
(Test
avait été trouvée à l'hôtel de ville d'une localité
voisine.
Et VAuswârtiges Amt reproduit gravement
découverte, p. 72.
cette
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
document
écrit à la
machine
137
d'un sceau,
et revêtu
trouvé à rhôtel de ville d'une localité voisine »;
comme
quatre de ses camarades ont vu
lui
ce
document horrifiant; d'autres sont plus heureux
encore,
puisqu'ils
naître le
sont
montant de
la
en
de faire con-
état
prime
:
c'est
La preuve,
francs par soldat allemand tué (1).
c'est
une
carte postale envoyée par
cinquante
un
soldat à sa
famille à Pôssneck, et disant « qu'il a appris que
le
gouvernement belge promet à
la
population
civile
cinquante francs pour chaque soldat
mand
qu'elle tuera ». Cette
l'ouvrage,
est
confirmée
d'un lieutenant de
la
alle-
communication, ajoute
et
complétée par celle
réserve à ses proches,
Leutenberg. Celui-ci écrit que, sur
un
à
franc-tireur
on a trouvé un billet par lequel le gouvernement français le confirme comme franc-tireur et
lui alloue un salaire mensuel de cinquante francs.
tué,
Et> chose incroyable,
dans
le
mémoire où
il
pré-
tend prouver les crimes qu'il reproche aux Belges, le ministère des affaires étrangères à Berlin
reproduit gravement de pareilles découvertes.
Je croirais faire injure au lecteur en défendant
(1)
Die Beîgischen Qreueltaten,
8taatliche Schurkereien in Belgien
p.
38, sous le titre
und Frankreich;
le
recueil affirme ne contenir que « des rapports officiels
et dignes de foi » (amtliche
und glaubwûrdige Berichte).
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
138
gouvernement de
le
mon
pays contre ces puériles
imputations, mais le respect dû à la personnalité
d'un souverain
comme Guillaume
II
ne
me
per-
met pas de passer outre purement et simplement
aux accusations qu'il formule. Sorties de toute
autre bouche, elles ne mériteraient pas l'honneur
d'une discussion sérieuse; formulées par la sienne,
elles
ont tout au moins
En montrer
l'inanité,
pondre à toute
mands qui
les
S'il est vrai,
le
la
le droit d'être relevées.
c'est
du même, coup
multitude des journaux
alle-
ont reproduites.
comme
gouvernement belge
l'affirme l'empereur, que
ait
ouvertement excité
population civile à prendre part à
la
lutte,
la
et
longtemps préparé cette partici-
qu'il ait depuis
ne doit
pation, rien
ré-
être plus facile à prouver.
Les documents excitateurs auront paru dans
journal officiel;
ils
toute la presse belge;
le
auront été reproduits par
ils
se trouveront
dans
les
archives de tous les gouvernements provinciaux
et
dans tous
les secrétariats
communaux;
ils
au-
ront été lus et souvent conservés par des milliers
de lecteurs
et
le
gouvernement allemand de
la
Belgique aura pu s'en procurer des exemplaires
à foison. Pourquoi donc n'en
les a-t-il
ne
fait-il
pas
état,
ne
pas communiqués à la presse allemande,
les a-t-il
pas fait parvenir, par l'intermédiaire
de ses agents diplomatiques, aux gouvernements
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
de tous
les
pays
civilisés
autrement probantes que
139
Ce seraient des pièces
?
les
fameuses conversa-
anglo-belges; elles mettraient fin à toute
tions
bouche aux apo-
controverse, et fermeraient la
logistes de la Belgique.
Tant que TAUemagne ne
publiera pas ces documents, elle nous laissera le
droit de dire
que son empereur a calomnié
le
gouvernement belge.
semble bien que ce
Il
l'arrière-pensée
soit là
de réminent destinataire de
la
missive impériale.
La réponse du président Wilson au
passionné de l'empereur contre
un
petit chef-d'œuvre
de fine
On
peut se figurer
sourire
tait
le
la
réquisitoire
Belgique est
et discrète ironie.
moqueur qui
flot-
sur ses lèvres, pendant qu'avec toutes les for-
mules de
la politesse protocolaire,
il
rappelait à
son impérial correspondant qu'on ne pouvait pas
s'en rapporter à ses seules déclarations, et qu'il
aurait
été
comme
prématuré pour une nation neutre
l'Amérique de se prononcer
muler un jugement
définitif
avec cette liberté, ajoute-t-il,
que
parce
que je
suis
je
sais
lui parle
sûr
:
et
Je m'exprime
«
non sans
que Votre Majesté
d'ami à ami,
qu'en réservant
mon
de for-
et
malice,
attend
parce que je
jugement jus-
qu'après la fin de la guerre, quand on pourra se
procurer une vue d'ensemble des
faits et
de leur
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
140
véritable enchaînement, je vous présente Texpres-
sion réelle d*une sincère neutralité
»
(1).
P;.ndant qu'ainsi le chef de la plus grande
monde
nation neutre du
refusait de
s'en
rap-
porter aux seules déclarations de l'empereur Guil-
laume plaidant pour
allemands
cistes
développaient
thème qui leur
maître.
avec
ardeur
le
fourni par leur impérial
était
toutefois bien remarquable qu'au-
Il est
cun d'eux
sa propre cause, les publi-
osé aller aussi loin que lui
n'ait
:
ma
connaissance, n'a accusé le gouver-
nement belge
d'avoir excité ouvertement la popu-
aucun, à
lation civile à participer à la guerre;
s'avisa
aucun ne
de dire qu'il avait préparé cette partici-
pation avec soin et depuis longtemps. Le fait
tomber
qu'ils ont laissé
cette partie des assertions
impériales atteste qu'ils la tiennent pour indéfendable, mais
pour en sauver
avis,
n'en déploient que plus de zèle
ils
le
reste.
Le plus
fort,
à
mon
parmi tous ces avocats officieux du calom-
niateur impérial, c'est M. Grasshoff, auteur d'un
ouvrage intitulé
:
La
culpabilité de la Belgique,
dont j'aurai l'occasion de m' occuper plus d'une
fois
au cours de ces pages. M. Grasshoff
peu plus au courant des choses belges que
(1)
du 8
Je traduis
octobre.
le texte d'après le
est
un
la plu-
Kdlnîsche Zeitung
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
part de ses compatriotes, et ne
manque pas d'une
certaine vigueur de dialectique;
il
en appelant à
active
que
le
donc pas
n'est
inutile d'entendre ici son plaidoyer
lui,
141
C'est, selon
:
garde civique non
l'activité la
gouvernement belge aurait en
réalité
organisé la participation des civils à la guerre.
Pour comprendre ce raisonnement,
qu'en Belgique,
il
existe,
faut savoir
il
à côté de l'armée, une
milice citoyenne qui se recrute dans la population mâle de vingt à quarante ans,
partage en deux catégories
active,
dans
les villes
:
la
et
qui se
garde civique
de deux à dix mille habi-
non active, dans les
autres localités, villes et campagnes. La première
est organisée; elle est commandée par des chefs;
elle fait des exercices réguliers; elle a un unitants et plus, et la garde civique
forme
des armes. L'autre, celle des campagnes,
et
que sur
n'existe
à l'activité à la
l'intérêt
le papier,
mais peut être appelée
demande des communes ou dans
de l'ordre public.
Or, dit M. Grasshoff, en l'appelant à l'activité
« dans l'intérêt de la défense
public
le
»,
comme
et
de l'ordre
s'exprime l'arrêté royal du S août,
gouvernement belge n'a pas
déchaîner contre l'armée
cohue de
du pays
civils «
fait
autre chose que
allemande toute une
n'ayant jamais fait partie d'une
milice régulière quelconque
reçu la moindre formation
et
n'ayant
militaire.
jamais
Chaque
11
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
142
misérable paysan
s'est
cru un défenseur de
la
patrie et autorisé à tirer sur l'ennemi (1)».
y a là
Il
un sophisme reposant sur une
sière erreur de fait. Il n'est pas exact,
le
persuade M. Grasshoff, que
non
comme
20 à 40 ans (2). Si M. Grasshoff
il
se
garde civique
la
active comprît toute la population
renseigné,
gros-
mâle de
s'était
mieux
aurait su d'abord que la loi de 1897
sur la garde civique dispense du service « ceux
qui n'ont pas
forme
les
moyens de
(3) ». Il aurait appris ensuite que, d'après
les Instructions générales
rieur,
non
se pourvoir de l'uni-
datées
du 2
avril
du ministre de
1901, la garde civique
ne devait pas con-
active appelée à l'activité
tenir plus de
deux pour cent de
comme dans
tout
les
l'Inté-
coramunes où
la population,
Les Instructions ajoutent que
si
elle est active.
le
nombre des
personnes aptes au service est supérieur à deux
pour
cent, « le collège échevinal
l'effectif
(1)
zur
pourra ramener
à ce chiffre en ne désignant pour le
Jedes Bâuerlein fûhlte sich von seinem KSnige
Verteidigung
des
Vaterlandes
berufen
(Belgiens
Schuld, p. 48).
(2)
In Warheit bedeutet also die Bewaffnung der
Bûrgerwehr denjenigen Best and an Waffen im Volke,
der notig war, aile
Mânner vom
unter den Waffen zu halten
(3) Article 39.
20. bis
(p. 47).
zum
40.
Jahre
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
que
service
143
personnes qui, à raison de leur
les
position sociale, sont intéressées au maintien de
Tordre (1)
».
Si
Ton
de la population en état
généralement
est
du
total,
que
réfléchit
de porter les armes
évaluée
on constatera que
moyenne
la
pour
dix
à
cent
loin de se confondre
avec cette population, la garde civique n'en re-
maximum que
présente au
la
cinquième
partie.
L'affirmation de M. Grasshoff est donc à la vérité
comme un
Cette
est à cinq.
un
garde civique rurale dont
ministériel
du 6 août
arrêté
fixait l'uniforme
:
bras-
sard, cocarde, blouse bleue, avait-elle le droit de
participer à la guerre
même
être posée, tant
évidente.
est
civique,
les
ou non
Active
de par
de l'armée;
La question ne devrait pas
la réponse qu'elle comporte
?
la
elle a
législature belge,
même
le
cérémonies publiques;
contribuer à défendre
le
pas sur
elle
se
(1)
Article
(2)
((
celle-ci
dans
a la mission de
du 5 août
conformait à
à la lettre de notre législation.
garde
fait partie
pays (2), et en
attribuant par l'arrêté royal
gouvernement belge
la
active,
A
le lui
1914, le
l'esprit
la vérité,
et
avant
4.
La garde
civique est chargée de veiHer
au main-
tien de Tordre et des lois, à la conservation de l'indépen-
dance nationale et de l'intégrité du territoire. » (Loi de
1897, art.
1,
du 9 septembre.)
LE GUET-APÉNS PRUSSIEN EN BELGIQUE
144
aux combats,
qu'elle eût l'occasion de participer
le
gouvernement se rendit compte
qu'elle était
insuffisamment préparée à un rôle militaire. Dès
le
15 août,
pas dans
il
informe
les intentions
d'utiliser actuellement
gardes civiques
l'activité, et
eux
de
les
non
qu'il n'est
des autorités militaires
en service de guerre
actifs appelés
qu'en conséquence,
renfermer
se
communes
dans
il
les
récemment à
y a lieu pour
leur
mission
de
police et de défense de l'ordre public. Puis, le
18 août,
aucune
il
faisait inviter tous les habitants, sans
distinction, à faire remise à la
communale de
toutes armes à feu ainsi
maison
que de
toutes munitions qu'ils auraient en leur possession.
Tel fut tout le rôle de la garde civique. Elle
n'avait pas participé à la lutte et elle n'avait pas
tiré
un
seul
coup de feu lorsqu'elle fut désarmée,
du gouvernement et
communales. La présenter
dès la mi-août, sur l'ordre
par
les
comme
autorités
ayant été l'instrument par lequel
gou-
le
vernement belge aurait organisé indirectement
participation des civils à la guerre est donc
contre-vérité évidente.
La
thèse des
Le
gouvernement
bonne heure; aussi
une
défenseurs
de l'empereur Guillaume est fausse dans
semble conrnie dans
la
l'en-
le détail.
allemand
s'est-il
l'a
compris
gardé de
la
de
faire
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
sienne,
ou du moins
à en faire
il
voir,
que
Ta atténuée de manière
disparaître les
plus énormes. C'est la
les affaires
l'empereur
le
145
invraisemî)îances les
seconde
fois,
on va
le
de Belgique ont réservé à
désagrément de
se voir désavoué,
propres agents de
du moins en
partie,
sa politique
l'Allemagne depuis longtemps con-
:
par
les
naît l'inconvénient d'avoir à sa tête
qui parle trop vite
et
un souverain
sans entente préalable avec
son gouvernement.
Donc
voici ce
que
le
ministre de la Guerre,
dans son rapport du 22 janvier 191S au chancelier, croit devoir retenir
des affirmations impé-
riales. Je le laisse parler,
me
réservant de reve-
nir sans tarder sur les parties de sa note qui ne
visent pas directement le point en discussion
«
Toutes
jusqu'ici
'
^
les
du
:
affirmations qui se sont produites
côté belge, au
sujet
de prétendus
actes de violence des troupes allemandes, appa-
raissent clairement
elles
conrnie
des
inventions,
car
sont muettes sur le fait tout simple, établi
par des centaines de témoins entendus sous serment,
et
qui d'ailleurs n'est mis en doute par
commencement de la
population civile, du consentement de
aucun Belge
guerre, la
(!),
qu'au
l'autorité, se laissa aller, et cela
dans une mesure
très étendue, à des attaques sournoises.
Le
sep-
tième rapport de la commission belge d'enquête
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
146
doit
même
reconnaître que le gouvernement
fit
afficher partout des proclamations sur la guerre
populaire, dans lesquelles la partie peu instruite
du peuple
devait voir
un appel
à la guerre popu-
laire générale.
((
être
Induite par là en erreur, la population croyait
en droit d'attaquer brusquement dans
villages,
surtout la nuit,
du haut des arbres
du fond des maisons,
et d'autres cachettes, ayec des
armes qui restaient dissimulées sous
ments
et
dans
les
les
vête-
maisons, les troupes confiantes
quelques instants
qui,
les
auparavant,
reçues amicalement par la
même
avaient
été
population (1). »
Ainsi, d'après le ministère de la guerre, le gour
vernement belge n'a plus organisé ouvertement
et
depuis longtemps la participation des
la lutte;
il
a
même
un langage
clamations en
partie
peu éclairée de
prendre qu'on
excité,
fait afficher
il
est
la
civils à
partout des pro-
tellement vague que la
population a cru com-
l'excitait à la guerre. S'il n'y a
pas
donc coupable tout au moins d'y
avoir consenti.
Laissant aux logiciens des bords de la Sprée
le
soin de montrer que la conclusion de ce syl-
logisme est d'accord avec ses prémisses, je
(1)
Publié dans
23 avril X91Ç.
le
me
Nieuwe Rotterdamsche Gourant
le
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
borne à prendre acte de
nouvelle version ber-
la
qui croit n'être qu'une atténuation de la
linoise,
première
et qui,
en
réalité,
éclatante. Il n'y a rien de
ouvertement
temps
147
qu'il
et
en
est la contradiction
commun
entre organiser
consentir tacitement. Aussi long-
y aura un langage humain, ces deux
choses seront parfaitement différentes
tre de la guerre de
et le
Sa Majesté Guillaume
minisII
don-
nera un démenti implicite à son auguste souverain. Cela
ne veut pas dire
plus près de la vérité
il
:
qu'il soit
lui-même
s'en écarte
par un
autre chemin, et c'est tout.
La version du ministère de
la
guerne a rallié
en Allemagne l'adhésion de quelques publicistes,
qui l'ont accueillie
un
sort
ments
en
(1).
la
et se
sont efforcés de lui faire
munissant de
Selon ces Messieurs,
vernement belge consiste à
nouveaux
le tort
s'être tu
argu-
du gou-
d'abord, à
n'avoir parlé que le 8 août, à l'avoir fait en ter-
dû fatalement induire
en erreur des civils, en bonne partie analphabètes,
mes
trop sibyllins, qui ont
comme
nier
le sont les Belges.
trait,
je ferai
Laissant de côté ce der-
trop facile à rétorquer aux Allemands,
remarquer que
c'est ajouter
une nouvelle
Voir notamment Gkasshoff, Belgiens ScTiuld,
Der Franhtireur-Krieg in Bélgien.
pp. 64 et suivantes
(1)
:
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
148
du rap-
contre-vérité aux inexactitudes flagrantes
port ministériel que d'accuser le gouvernement
belge de n'avoir parlé que le 8 août.
Est-il nécessaire
de rappeler que
le
septième
rapport de la commission d'enquête ne dit nulle-
ment
et
ce
me
triotes
que
le
ministre prussien lui fait dire,
demandera-t-on de justifier mes compa-
du
plaisant reproche qu'on leur fait de
n'avoir pas compris les circulaires de leur gouver-
nement. «
Il
suffit,
écrit
Monseigneur Heylen,
évêque de Namur, de relire
clamations
si
le texte
de ces pro-
claires et si honnêtes, qui furent
reproduites et affichées par la plupart des administrations communales. Il est par trop naïf et
c'est avoir
une singulière opinion du peuple
belge,
de croire qu'il aurait lu dans ces instructions
juste le contraire de ce au' elles disent
Les lecteurs allemands doivent
même
l'appui de
MM.
du ministère
le
que Mgr
réflexion
ministre
essaie-t-il
Grasshoff
s'être
fait
la
car,
malgré
et consorts, la
version
Heylen,
paraît avoir fait Iqng feu. Aussi
des
affaires
étrangères
à
Berlin
de sauver la situation en présentant
une troisième version encore plus
atténuée, mal-
gré le ton d'assurance avec lequel,
(1)
(1). w"^!^'''^'^^
Lettre du 10 avril 1915.
comme
son
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
collègue de la guerre,
du fond sous
vide
«
Il
il
149
essaie de dissimuler le
le cliquetis des paroles
:
n'y a pas le moindre doute que le Gou-
vernement belge
responsable
soit
de l'attitude
contraire au droit des gens que la population a
gardée
allemande.
l'armée
de
vis-à-vis
Car,
abstraction faite de ce que, de toute manière,
gouvernement doit répondre de
faits pareils,
un
qui
sont l'expression de la volonté collective de sa
on
nation,
le
doit tout
au moins retenir contre
grave reproche de n'avoir pas empêché cette
guerre de francs-tireurs, alors qu'il
Il
lui
lui aurait été facile, certainement,
à ses organes
garde civique,
les
de donner
bourgmestres, les soldats, la
les
:
le pouvait.
instructions nécessaires pour
un mouvement populaire excité par des
moyens artificiels. Le Gouvernement belge a donc
enrayer
la pleine responsabilité
que porte
la
de l'énorme tache de sang
Belgique (1). »
Arrêtons-nous
ici
un
instant avant d'aller plus
loin.
La Prusse formule contre
sations consécutives
Au mois
(])
sa victime trois accu-
:
de septembre 1914, Tempereur Guil-
Answartîges Amt. Die vôlîcerrecMswîdrige Fûh-
rung des heïgischen YoUcsTcriegs,
daté de Berlin, 10 mai 1915.
p. 5.
Le mémoire
est
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
150
laume
II écrit
vernement
au président Wilson que
belge
gou-
ouvertement
organisé
a
le
et
préparé depuis longtemps la guerre de francs-
Au mois
tireurs.
de janvier 1915,
le
ministre
prussien de la guerre ne l'accuse plus que de
l'avoir favorisée sous
main; enfin au mois de mai,
ministère des affaires étrangères trouve cette
le
accusation encore trop forte et estime seulement
que
gouvernement n'a pas empêché
le
l|i
dite
guerre.
Pourquoi ces contradictions
?
Pourquoi, après
avoir lancé des accusations aussi retentissantes
jusque par delà l'océan,
les
accusateurs de la Bel;
gique évacuent-ils à deux reprises des positions
en apparence formidables pour se retrancher modestement, à la fin, derrière la formule du ministère des affaires étrangères
C'est
ne
que
une force à
la vérité a
résiste, et que,
?
laquelle rien
devant son retour offensif,
maîtres de la plus puissante armée du
les
monde
sont obligés de battre en retraite.
Et
la vérité la voici
Loin que
le
gouvernement belge
qu'il n'ait parlé
hoff)
1"
il
:
que
le
se soit tu,
ou
8 août (variante Grass-
a pris au contraire la parole dès
le
août, c'est-à-dire à la veille de Vultimatum,
pour rappeler aux Belges leur devoir de neutralité vis-à-vis
de tous
les belligérants.
Voici corn-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
151
ment s'exprimait M. Berryer, ministre de Flntérieurj dans une circulaire aux gouverneurs des
provinces
Au
«
:
milieu des événements qui se préparent,
la Belgfîque est
décidée à défendre sa neutralité.
Celle-ci doit être respectée,
mais
la
nation a pour
devoir de prendre à cet effet toutes les mesures
que peut comporter
que
la
la situation. Il
importe donc
population unisse ses efforts à ceux du
gouvernement en évitant toute manifestation qui
serait
de nature à attirer au pays des difficultés
avec l'un ou l'autre de ses voisins.
convient que
MM.
A
cet effet,
prennent
Bourgmestres
les
il
immédiatement des arrêtés interdisant tout
ras-
semblement qui pourrait avoir pour objet de
manifester des sympathies ou des antipathies à
l'égard de l'un
ou de
l'autre
pays.
également que, par application de
la loi
communale,
le collège des
échevins interdise tout
Il
importe
l'article
97 de
bourgmestre
spectacle
et
cinématogra-
phique qui aurait pour objet de représenter des
scènes militaires de nature à exciter les passions
à provoquer des émotions populaires dange-
et
reuses pour l'ordre public. Vous voudrez bien,
Monsieur
les
le
Gouverneur, prendre immédiatement
mesures pour que ces instructions soient
appliquées sans retard. »
Et
le
lendemain,
quelques
heures
avant la
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
152
remise de ruitimatum,
M. Carton de
ministre de la justice, faisait saisir
Wîart,
un journal
bruxellois, le Petit Bleu, qui venait de contre-
venir aux instructions ministérielles en prenant
parti
trop
chaleureusement contre l'Allemagne.
Nul,
même
en Allemagne, ne contestera que cette
du gouvernement belge
de vue du droit international, de
attitude
fût,
au point
la plus
impec-
cable correction.
Après
la violation
de notre territoire, lorsque,
par suite du guet-apens prussien,
vit
la
Belgique se
entraînée malgré elle dans les rangs des belli-
gérants, d'autres devoirs s'imposèrent à notre gou-
vernement,
et
il
n'hésita pas à les remplir avec la
plus scrupuleuse probité. Dès le 4 août (1), une
nouvelle circulaire de M. Berryer aux 2,700 com-
munes du
pays, instruisait la population civile
sur la conduite qu'elle avait à tenir vis-à-vis de
^Hg^^^^^is^ii
l'armée envahissante.
Il
importe de reproduire textuellement
la partie
substantielle de cette pièce.
« D'après les lois de la guerre, dit le Ministre,
les actes d'hostilité, c'est-à-dire la résistance et
l'attaque par les armes, l'emploi des
les soldats
ennemis
isolés,
armes contre
l'intervention directe
Et non le 8 août, comme dît mensongèrement
brochure Der FranJctireur-Krîeg in Belgîen, p. 18.
(1)
la
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
dans
153
combats ou rencontres ne sont jamais per-
les
mis à ceux qui ne font partie ni de l'armée, ni de
garde civique, ni des corps volontaires obser-
la
vant les lois militaires, obéissant à
tant
«
un
faire des actes d'hos-
sont qualifiés belligérants
ou mettent bas
pris
et por-
signe distinctif apparent.
Ceux qui sont autorisés à
tilité
un chef
les
armes,
lorsqu'ils sont
:
ont droit au
ils
traitement des prisonniers de guerre.
« Si la population d'un territoire qui n'a pas
encore été occupé par l'ennemi prend spontané-
ment
les
armes à l'approche de l'envahisseur sans
avoir eu le temps de s'organiser militairement, elle
comme
sera considérée
armes ouvertement
les
lois
de la guerre
belligérante
et si elle se
si
elle
porte
conforme aux
(1).
Ce paragraphe^ reproduit d^une manière à peu
près textuelle l'article .2 du Règlement concernant les
lois et coutumes de la guerre sur terre annexé k la Convention de La Haye du 18 octobre 1897. Le croirait-on?
(1)
M. Grasshoff en
tire
la
preuve que
le
gouvernement
belge a sournoisement excité la population civile à la
guerre et
il
a l'audace d'écrire
:
« Ces circulaires font
penser à une conférence qu'un avocat de contrebande
ferait sur le droit pénal dans
11
un
cercle de criminels. »
faut à M. Grasshoff une maladresse toute prussienne
pour mettre sous
linois,
où
il
les
yeux du lecteur
cet instantané ber-
figure en si fâcheuse posture.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
154
aucune
« L'individu isolé qui n'appartiendrait à
de ces catégories
ne
tilité
qui commettrait un acte d'hos-
et
comme
serait pas considéré
plus rigoureusement
S'il était pris, il serait traité
qu'un prisonnier de guerre
belligérant.
pourrait être mis à
et
mort.
«A plus forte raison les habitants du pays
ils
seront-
tenus de s'abstenir des actes qui sont défendus
même
aux
soldats; ces actes sont
notamment
:
em-
ployer du poison ou des armes empoisonnées, tuer
ou blesser par trahison des individus appartenant
à l'armée ou à la nation de l'envahisseur, tuer ou
blesser
un ennemi
ou n'ayant plus
mis bas
qui, ayant
moyen de
le
rendu à discrétion.
armes,
les
se défendre, s'est
»
Ainsi, c'est dès le lendemain de l'invasion, au
milieu des angoisses que causait l'avenir de
la
pa-
trie traîtreusement assaillie et des troubles inévi-
tables d'une mobilisation imprévue,
nement belge pense à marquer
civils et à enlever
que
le
gouver-
les obligations des
aux envahisseurs tout prétexte
à réclamation.
Ce
n'est pas tout.
culaire
Le 11
du ministre de
août,
une troisième
l'intérieur
cir-
précisait les
4.
La popu-
lation civile, y était-il dit en substance,
ne devait
instructions contenues dans celle
pas combattre l'ennemi;
ser, ni
elle
du
ne devait pas
proférer des menaces;
elle devait
l'offen-
dans
les
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
où
localités
et
fermer
ces
passerait, se tenir
il
dans
les
155
maisons
les fenêtres; elle devait enfin, si
maisons
était
occupée par
une de
les soldats belges, la
pour qu'on ne pût pas l'accuser
quitter aussitôt,
Le ministre ajoutait « Toute agression commise par un civil serait un crime punisd'avoir tiré.
:
sable par la
loi,
graves
plus
puisqu'il entraînerait les excès les
contre
populations
les
inoffensi-
ves (1). »
A ce
langage du ministre faisait écho, en termes
d'une énergie expressive, une proclamation du général Clooten, gouverneur militaire
en date du 10 août. Elle rappelait à
civile
qu'à l'autorité
seule
du Brabant,
la
population
appartient le
droit
Toute personne qui tenterait de se substi-
d'agir.
tuer à elle serait arrêtée et jugée, et le jugement
serait appliqué sans délai (2).
Les instructions du ministre ont été affichées
communes du pays. Celle du 4 août,
Allemands ont pu la lire sur les murs à Liège
dans toutes
les
les
en entrant dans cette
tres
en
les
ville.
Beaucoup de bourgmes-
portant à la connaissance de leurs ad-
ministrés, y ont joint la
recommandation
la
plus
urgente
de
l'affiche
que M. Max, bourgmestre de Bruxelles,
(1)
(2)
Le XZ«
Le XX^
s'y
conformer.
Siècle
Siècle
du 11 août.
du 11 août.
Il
suffira
de citer
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
156
faisait apposer
aux murs de
Elle est ainsi conçue
«
Les
lois
cette ville le
;
de la guerre interdisent à la popula-
tion civile de prendre part aux hostilités
les dérogations à cette règle
représailles,
exprimé
12 août.
et,
toutes
pouvant entraîner des
beaucoup de mes concitoyens m'ont
le désir
de se débarrasser des armes à feu
qu'ils possèdent.
« Ces
armes peuvent
être déposées
missariats de police, où
« Elles seront
dans
les
com-
en sera donné récépissé.
il
mises en sûreté à l'arsenal central
d'Anvers et seront restituées à leurs propriétaires
après la fin des hostilités. »
Voilà les
faits. Ils établissent
gouvernement belge
à l'évidence que le
et les autorités
qui dépendent
de lui ont rempli consciencieusement leurs devoirs,
en ce qui concerne
la guerre.
la stricte
Les accuser de
observation des lois de
s'être tus alors qu'ils
parlé haut dès le premier jour,
fois, les
On
se
c'est,
ont
encore une
calomnier.
demande, en présence de ces
faits,
sur
quelle espèce de lecteurs compte M. Gra&shoff,
quand il écrit que c'est en vain que le gouvernement belge se réfère à ses proclamations, et que
celles-ci sont une preuve de plus de sa culpabilité
(1).
»
Serait-il
vrai
qu'on peut désormais
•
(1)
Grasshoff,
p. 73.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
157
tout se permettre vis-à-vis d'eux et qu'on leur per-
suade que
c'est
une supériorité que de s'émanciper
du sens commun?
des lois
Il
faudrait
le
croire en
constatant que M. Grasshoff n'est pas seul à faire
une nouvelle
ces raisonnements insensés. Veut-on
preuve de
Eh
la culpabilité
bien, écoutez!
térielles,
Au
du gouvernement belge?
reçu des in^^tructions minis-
beaucoup de Belges
empressés de
se sont
porter aux hôtels de ville de leurs
communes
res-
pectives leurs armes à feu et autres; les autorités
communales
les
ont prises en dépôt
et
en ont dressé
des listes spécifiant la nature de chaque
posée
indiquant
et
le
nom
arme
dé-
de leurs propriétaires.
Ceux-ci, parfois, avaient pris la précaution d'atta-
cher eux-mêmes à leur arme leur carte de visite ou
un autre
qu'elle
de
nom, pour
écriteau portant leur
ne fût confondue avec
la restitution.
celle
Des précautions
éviter
d'un autre lors
si
naturelles, si
inoffensives et rassurantes pour l'ennemi auraient
dû, ce semble, lui ouvrir les yeux sur les dispositions pacifiques des populations.
les
vu
les
Au
contraire,
imaginations échauffées des Allemands y ont
la
preuve que
communes
chaque
le
gouvernement belge
« organisé des
fusil portait le
était destiné. »
l'ont colportée
avait
dans
dépôts d'armes où
nom du
citoyen auquel
il
Et cette invention saugrenue,
ils
diplomatiquement dans toutes
les
cours d'Europe, notamment à Bucarest, au dire de
12
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
158
Y Indépendance roumaine du 23 août (3 septembre
1914)
que
et
(1),
cette
il
venu à
n'est
ï'esprit
d'aucun d'eux
prétendue preuve de culpabilité
au
était
contraire une éclatante preuve d'innocence. Loin
de pouvoir fournir des armes aux
nement n'en
appelée à
l'activité,
munes, dès
dont
il
avait pas
le
s'agit
même pour
et
il
gouver-
civils, le
la
garde civique
faisait savoir
aux com-
6 août, que « les milices citoyennes
auraient à pourvoir provisoirement
elles-mêmes à leur armement
La
».
circulaire
même
commissaire d'arrondissement, datée du
jour, est formelle sur ce point. «
on ne distribue pas d'armes,
en recevoir d'abord.
Pour
le
moment
les militaires
» Ensuite, le
10 août,
du
devant
le
com-
missaire d'arrondissement rappelle que ce sont
les
communes qui
aux gardes
doivent procurer les armes
.
-u-r^-.-
(2).
Matin de Pai-is, 5 janvier 1915. On
la lit aussi dans un communiqué du consulat d'Allemagne à Genève, reproduit par Waxweiler, p. 155.
(1)
(2)
Citée par le
Pour
illustrer
ce
que
je
viens
de
dire,
je
Le 4 septembre 1914, deux jeunes
maréchaux des logis du 6* hussards de la réserve
(corps d'armée du général von Bœhn), MM. Rettig et
Predoell
ce dernier fils du bourgmestre de Hambourg,
logés chez moi, à Assche,
au dire de son camarade
me racontèrent que, dans un village voisin, à Cobbeghem,
on avait trouvé un dépôt de deux cents fusils chez le
citerai le fait suivant:
—
—
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
On
159
peut, aî-je dit, faire désormais tout accroire
au peuple allemand. Si quelqu'un en doutait,
manière dont
veuille prendre connaissance de la
les livres à l'usage
qu'il
de la jeunesse présentent aux
générations grandissantes le cas de la Belgique.
On y
était
raconte que depuis longtemps la Belgique
vendue à
France
la
c'est avec l'argent
fait les forts
de
la
et à l'Angleterre, et
que
de ces deux pays qu'elle avait
Meuse, pour leur procurer un
point d'appui dans la lutte contre l'Allemagne.
s'agissait, ajoute-t-on,
de leur ouvrir une porte de
sortie sur les riches provinces
rhénanes sans dé-
curé, et ils en conclurent à la complicité
du
clergé avec
gouvernement, qui destinait ces armes à être
le
Il
buées aux habitants. Je leur
fis
remarquer que
distri-
c'était
précisément la preuve du contraire, et que ces armes,
tant qu'elles resteraient en dépôt au presbytère, ne serviraient pas à tirer sur les soldats allemands. Depuis
lors,
une enquête personnelle m'a permis
d'établir ce qui
suit:
1*
Ce
n'est pas
munale que
maison comcuré de Cobbeghem
au presbytère, mais à
se trouvait le dépôt; le
la
doit donc être laissé absolument hors cause;
2®
Le dépôt comprenait en
32 armes à feu
non pas 200, mais
(fusils, revolvers, etc.)
3® Je possède par devers
ces
tout,
moi
;
l'original de la liste de
armes dressée par l'autorité communale, signée par
tous les dépositaires;
elle est intitulée
hewaarnis gegeven aan
Jiet
:
Vuurwapens in
gemeente-'bestuur.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
160
Le gouvernement allemand
fense.
était
depuis
longtemps au courant de ces criminelles conventions de la Belgique avec ses ennemis, etc. (1).
livre ces écrits
que nation
(1)
au mépris de tous ceux qui, à quel-
qu'ils appartiennent, ont
sentiment de
Je
la justice et
l'amour de
au cœur
le
la vérité.
Voir Delutsche Jugendschriften (Lauer, Donau-
worth). Xt> 32:
pp. 2 et
3.
^
Von Luttich uber Namur nach Mauhcuge,
II
Comment TAUemagne
a traité la Bel-
gique. Nécrologe des villes et villages
de Belgique.
Le gouvernement allemand,
irrité
de
la résis-
tance inattendue que nous avons opposée à l'agression criminelle et vexé
du tranquille dédain avec
lequel nous avons repoussé sa déshonorante invitation
du 8
août, a décidé de recourir contre
nous
à la manière forte qui est dans la tradition prus-
Le quartier-maître général, M. von Stein,
a pris la peine de nous en prévenir en même temps
qu'il le notifiait à l'armée allemande pour la gousienne.
verne de
«
celle-ci
:
La Belgique ayant repoussé nos
aura à supporter toutes
les
avances, elle
conséquences de sa
conduite (1). »
Pour bien
(1)
Da
se rendre
compte de ce que M. von
Belgien unser Entgegenkommen
hat, so hat es aile Folgen
tragen.
dièses
(Communiqué du 23 août
abgewiesen
Handelns allein zu
1915.)
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
162
Stein entend par les conséquences de sa conduite,
est indispensable
il
de savoir ce que l'état-major
prussien enseigne au sujet du droit de guerre et
de ses applications. Partant de ce principe que
but de
la
guerre est la victoire
sert à faire atteindre ce
but
le
que tout ce qui
et
est licite, voire
même
louable, l'état-major repousse bien loin toutes les
considérations étrangères et envisage de très haut
exigences formulées au
les
nom
de la justice et de
l'humanité. Plein de mépris pour cette phraséologie des professeurs de droit international,
mule nettement
sa
manière de voir
il
for-
:
Une guerre énergiquement conduite ne peut
((
être
uniquement dirigée contre l'ennemi combat-
tant et contre ses
moyens de
défense, mais elle
tendra et devra tendre également à la destruction
de ses ressources matérielles
et
morales. Les con-
que
sidérations humanitaires, telles
ments
relatifs
aux personnes
peuvent faire question que
de
la
et
si la
les
ménage-
aux biens, ne
nature
et le
but
guerre s'en accommodent (1). »
Cette doctrine sauvage appartient en propre à la
Prusse; ses généraux, qui en sont les inventeurs,
communiquée à ses hommes d'Etat,
en ont imbu tous les défenseurs de leur
l'ont
(1)
p.
Kriegsgehrauch im Landkriege,
185).
p. 3.
et ceux-ci
politique,
(Waxweiler,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
163
en sorte qu'on peut la considérer comme la marque
distinctive du prussianisme. La Prusse en a eu
longtemps
le
monopole. Mais après avoit
fait l'em-
pire allemand à son image et à sa ressemblance,
elle l'a
inculquée à tous les enfants de l'Allemagne;
aussi voyons-nous qu'elle infecte aujourd'hui toute
la presse
de ce grand pays ses orateurs la procla:
ment, ses écrivains militaires la formulent en axiomes,
et s'il
y a en Allemagne des consciences qu'elle
révolte, ces consciences se contentent
d'une répro-
bation silencieuse. Chez la grande masse des Alle-
mands qui ont
la parole,
il
est
acquis que, pour
triompher, tous les moyens sont bons; que les plus
cruels, les plus atroces sont les meilleurs, s'ils sont
les
plus efficaces et qu'il n'y a pas lieu de douter
de leur efficacité. Aussi considèrent-ils qu'il faut
ceux qui y mettent
quelque pudeur ajoutent, par acquit de conscience,
y recourir sans scrupule,
que
c'est encore,
et
en définitive,
humain, puisqu'en terrorisant
le
procédé
les
le
plus
populations on
brise plus vite leur résistance et on diminue la
durée de
la lutte
:
« L'officier, dit le Kriegsge-
brauch, se rendra compte que la guerre comporte
forcément une certaine rigueur,
la seule véritable
et,
bien plus, que
humanité consiste souvent dans
l'emploi rûcksichtslos de ces sévérités (1). » Cette-
(1)
Kriegsgehratich, p.
7.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
164
comment
député Erzberger, membre
doctrine a gagné tout le monde. Ecoutez
s'exprime à ce sujet
le
de ce parti du Centre qui naguère se couvrit de
gloire en défendant contre la tyrannie bismarc-
kienne
les droits imprescriptibles
humaine
et
de
la
conscience
qui aujourd'hui, séduit, ce semble, par
l'espoir de devenir
un
parti gouvernemental, pa-
raît avoir oublié les traditions de Mallinckrodt et
de Windhorst
:
Le manque
«
nagement pendant
la
plus absolu de mé-
le
guerre est en
on
réalité, si
l'applique d'une manière raisonnable, le procédé
le
plus humain. Si l'on est en
par un moyen
état,
quelconque, d'anéantir tout Londres, cela est plus
humain que de
laisser
son sang sur
champ de
le
moyen de
plus vite à
le
cette
un
seul
bataille,
cure radicale
la paix.
ments, les égards
Allemand verser
parce que, par
(sic),
Les hésitations,
et
les
on
les
arrive le
atermoie-
ménagements ne sont
qu'impardonnable faiblesse. L'action énergique
et
sans scrupule, c'est de la force et elle conduit à la
victoire (1). »
Ces paroles se passent de commentaire. Bornons-
nous à souligner
la définition toute
l'humanité que nous offre
je
m'en emparais pour dire
(1)
Erzberger dans
PRiiM, p. 22.
le
ici le
prussienne de
naïf orateur. Si
qu'il est plus
Tag, no 30 1915,
humain
cité
par
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
^m
^——^
11
II
I
I
I
iM^^—
w^^^»^—^—i—
I
d'anéantir tout Berlin que de laisser
verser son sang sur le
bien' que
champ de
165
un
seul Belge
bataille, je crois
dans toute l'Allemagne je serais considéré
comme le plus monstrueux
représentant de ce pays
de criminels qui s'appelle
la Belgique.
M. Erzberger,
lui, n'est
pas une
triste
exception
dans son peuple. Si l'on veut entendre un
voici
M. Walter Blum qui formule
sées
en
mêmes pen-
appliquant à la conduite des armées
les
allemandes en Belgique
écrit-il,
les
lettré,
que
les
miers jours de
« Il n'est pas douteux,
:
incendies et les fusillades des prela
guerre ont enlevé aux grandes
villes belges la tentation
de s'en prendre aux gar-
nisons relativement faibles que nous y laissions.
nous y circulons librement comme chez nous, il ne faut pas
Si Bruxelles est occupée par nous,
douter
un
instant
que
si
la capitale a
peur encore de notre vengeance
eu peur
et a
(1). »
Ces déclarations ne sont pas moins édifiantes
que
celles
de M. Erzberger.
Comme
le
député du
Centre, le romancier nous avoue que les atrocités
ont été voulues. Si Ton a versé des flots de sang
innocent,
c'est
si
l'on a martyrisé
pour que Messieurs
une nation
les officiers
entière,
prussiens
puissent se promener à Bruxelles, « librement.
(1)
Kôlnische Zeitung, cité par Waxweiler,
p. 212.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
166
comme
chez eux
»
I
On ne
d'ingénuité dans l'aveu
saurait mettre plus
du crime
(1).
C'est cette perversion de la conscience d'un
peuple qui explique
la
manière dont
les
ont fait la guerre en Belgique. Mais
plique, elle n'en
donne pas
grand
Allemands
si elle l'ex-
le motif. Les
pouvaient faire une guerre de peuple
Allemands
civilisé. Ils
comme en 1870, où
horreurs comme celles
pouvaient se contenter d'agir
se sont abstenus des
ils
qu'ils ont
commises en Belgique. La vraie raison
de leurs cruautés,
notre
causait
c'est,
outre la colère que leur
résistance
inattendue,
le
besoin
d'avoir raison le plus tôt possible de cette résis-
Je suis en état de confirmer
(1)
En
les
aveux de M. Blum.
visitant les ruines de nos villes et de nos villages,
mes constatations
fait
j'ai
C'est que les
instructives.
quartiers détruits par les Allemands sont d'ordinaire
ceux qui avoisinent, voire
où
ils
même
campaient. Pourquoi
s'isoler
?
entourent
les
bâtiments
Parce qu'ils tenaient à
pour n'avoir pas à craindre une attaque.
Louvain,
ils
occupaient la gare, et toutes
les
rues en-
tourant la gare sont brûlées. Pour masquer la chose,
ont inventé qu'on avait tiré sur eux
songe que
les
pleine lumière.
sont
intactes,
Mais
telle
les
maisons d'où
cription
;
:
«
ils
pitoyable men-
prochaines monographies
mettront
en
l'on aurait tiré
à Aerschot la maison du bourg-
mestre. Pourquoi? parce qu'ils
ïermonde
:
A
y
logeaient.
l'une de ces maisons porte
De même à
même
cette ins-
Epargner cette maison, Streckfuss. »
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
167
tance pour ne pas perdre cet atout de rapidité qui
était,
dans leur pensée,
Nous
étions sur leur chemin,
rout^ de Paris, où
la
dans
ils
gage de leur triomphe.
le
nous leur barrions
devaient être à tout prix
les huit jours; se laisser arrêter,
dans leur
course au clocher vers la Babylone moderne, par
d'une guerre conduite selon les lois
les lenteurs
de l'humanité,
perdre l'atout
et avec lui la
mot d'ordre ne pouvait être que:
Tue Tue Pas de quartier Feu et sang »
Je sais qu'il y a une autre explication encore
Dès
partie.
«
c'était
lors, le
!
!
1
!
:
la colère contre les francs-tireurs. Il n'y a
jamais
eu de francs-tireurs en Belgique, sinon dans l'imagination des soldats allemands hypnotisés par les
chefs. Mais enfin les soldats l'ont cru dès le pre-
mier jour de leur entrée en Belgique comme
d'Evangile.
le
On
lettre
leur a dit que le franc-tireur était
dernier des misérables et que tous les Belges
étaient des francs-tireurs. C'est sous l'empire de
cette suggestion qu'ils se sont livrés à la
homicide.
du
On
fureur
peut dire que depuis
la dévastation
Palatinat, l'Europe n'a plus été
témoin d'une
guerre qui semble nous ramener directement aux
horreurs
et
aux
atrocités de la guerre de Trente
Ans. Aucune des nations qui sont aux prises dans
ce terrible conflit n'a pâti
gique, et l'on dirait que la
comme
a pâti la Bel-
mesure des souffrances
qui nous ont été infligées est en raison inverse
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
168
de nos responsabilités. Les autres
belligérants
n'ont vu l'ennemi occuper qu'une partie relative-
ment
petite de leur territoire, et ils ont gardé dans
de celui-ci une réserve suffisante de res-
le reste
sources pour soulager l'infortune des régions enva-
hies.Nous autres, au contraire, nous avons vu notre
petite patrie tout entière, de l'est à l'ouest et
nord au sud, occupée militairement depuis
le
du
début
des hostilités sans qu'aucun secours ne vînt d'au-
cun
côté; l'ennemi qui a brûlé nos villes et vil-
lages et massacré nos populations a emporté tout
que nous avions de
ce
vivres, et, sans la charité
de l'Amérique, nous mourrions de faim.
Que
l'on
m'entende bien
Je n'accuse pas en
I
bloc les soldats allemands. Le patriotisme endolori
ne
me
et je
fera pas dépasser les limites de la justice,
ne m'associe en rien aux
cris de fureur des
fanatiques qui dénoncent dans tout Allemand
un
monstre qui doit être mis au ban du genre humain.
L'armée allemande a toutes
les qualités
l'armée d'un grand peuple
le patriotisme, le
rage,
la
discipline,
:
dignes de
l'endurance. C'est
cou-
donc un
instrument merveilleux aux mains de ses chefs,
instrument merveilleux pour
le
bien
selon les dispositions de celui qui
auquel
elle
obéit perinde
et
le
mal,
commande,
et
ac cadaver. Aussi les
excès individuels, s'ils n'y ont pas disparu, y sontils
ramenés à une espèce de minimum;
si
nom-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
breux
Il
ne seront jamais
qu'ils soient encore, ils
que des exceptions à
169
la règle (1).
y aurait donc sous ce rapport un immense
progrès sur les guerres précédentes d'autrefois,
l'Europe civilisée aurait lieu de
Mais ce progrès n'est pas
le
si
s'en
féliciter.
grand qu'on pourrait
croire à première vue. Si les atrocités indi-
diminué,
ont
viduelles
les
collectives
atrocités
n'ont pas cessé; la férocité a passé des simples
soldats à leurs chefs
ou plutôt
elle s'est
chez ceux-ci, tandis que dans la masse
nuait au souffle d'humanité qui
(1)
conservée
elle s'atté-
sortait
Exceptions d'aiUeurs nombreuses, et
de
si je le
la
note
pour répondre à l'outrecuidante assurance de la presse allemande, qui les nie avec une
en passant,
c'est
audace sans
pareille.
Je renvoie aux rapports de notre
commission d'enquête, où toutes
doute, ne sont pas garanties,
titue
les
je défie les apologis-
que notre commis-
tes prussiens d'anéantir. Je rappelle
se
nommée
le 7
sans
mais dont l'ensemble cons-
un document formidable que
sion d'enquête,
dépositions,
août par M. Carton deWiart,
compose du président de la Cour de cassation, de deux
conseillers à la
Cour d'appel
et de
deux professeurs de
l'Université de Bruxelles. Plus tard, elle fut présidée
par l'ancien président de la Chambre, M. Cooreman, dont
l'impartialité fut toujours reconnue par tous les partis.
M. Grasshoff ricane. Cette commission est nommée par un politicien! Eh! par qui donc voulez-vous
qu'elle soit nommée, sinon par le ministre de la justice ?
JJ ajoute
:
((
On
a fait rapport sur
les atrocités aile-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
170
société civilisée
du XIX^
du XX^
et
siècles. C'est
commandement, haut et bas, de l'armée allemande qui prend la responsabilité des crimes;
le
c'est lui
qui
ordonne,
les
c'est lui
qui préside à
leur exécution. Toutes les horreurs dont la Bel-
gique a été
par
des
déformé
le
le théâtre
ont été froidement décidées
dont
officiers
conscience
la
Kriegsgebrauch;
le
et
elles
prussianisme
avait
qui avaient pour code
ont été exécutées par
des malheureux soldats qui parfois obéissaient
en pleurant, sous
On
taine.
en a
femme dont
menace du browning du capivu tomber à genoux devant la
la
venaient de fusiller
ils
mari, et
le
d'autres s'écrier, au spectacle des scènes de Ter-
monde
Là
incendiée
:
« C'est
une honte
est la particulière gravité
mandes avant
qu'elles
de
!
la
»
situation.
fussent commises. » Mais votre
ultimatum, crime par excellence, est du 2 août, et vos
premières atrocités des
et cela promettait
Au
dire
4,
5 et
G.
C'était déjà assez bien,
I
du même Grasshoff, la commission accepte
tout hritilclos
(p.
32).
Pour Louvain, il cite von Ermach et Graven (p. 36-46).
Pour Andenne, un major.
Pour Tamines, l'ouvrier allemand Graf.
Pour Aerschot, il ment (p. 42).
Pour Dinant, il ment (p. 43).
Et voilà comment Grasshoff se flatte d'avoir écarté
notre commission d'enquête. Non, non, monsieur»
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
En
plein
cœur de
XX®
honnêtes
régions où bat le
les
moderne, des hommes
civilisation
la
intelligents,
dans
siècle,
171
et accessibles à la pitié
sont
convertis en valets de bourreaux par des autorités militaires
à qui semblent faire défaut les
plus élémentaires notions de la justice et du droit.
Qu'on
lise
dans
maintenant
son
ensemble
le
communiqué suivant du Quartier-maître général
von Stein, dont J'ai cité une phrase plus haut
« La sommation adressée pour la seconde fois à
:
la
Belgique de conclure
magne
avec l'Alle-
a fait naître dans notre peuple la crainte
que l'Allemagne ne
concessions.
s'agissait,
nière
un accord
disposée
soit
crainte
Cette
n'est
pas
fondée.
tentative
pour
ramener
en porter
pour son propre bien. Mais
elle-même
les
démarche
belge;
elles
faite
seront
la
elle
aura
conséquences.
Nos
opérations n'ont pas été arrêtées
la
belge
l'opinion
Belgique ayant repoussé nos ouvertures,
par
îl
après nos premiers succès, d'une der-
égarée. C'eût été
à
des
faire
à
un
seul instant
auprès du gouvernement
continuées
avec
une impi-
toyable énergie. » (23 août).
Voilà
comment
parle ce puissant,
et
j'invite
tous les lecteurs à bien peser ses paroles. M. von
Stein,
qui n'a pas réussi à ramener l'opinion
belge, entend être plus
nion allemande.
Il
heureux auprès de
fait à
l'opi-
son peuple l'injure de
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
172
le
rassurer contre la crainte que Tétat-major alle-
mand ne
soit accessible à
un gentiment d'huma-
nité vis-à-vis de la Belgique coupable de défendre
son honneur.
la
Il lui
promet que, tout au contraire,
coupable sera traitée avec la dernière rigueur:
mit rûcksichtslos Energie,
la
On admirera
surtout
beauté de ce rûcksichtslos, mot allemand intra-
que
duisible,
faite
j'ai
rendu d'une manière
par impitoyable,
et
au pied de
signifie
sans ménagement ou plutôt, sans égard
la lettre
rien, et c'est bien
appliquées
rien, ni
impar-
qui dit beaucoup. Fabri-
qué en Prusse, rûcksichtslos
pour
fort
les
pour
dans ce sens qu*ont été
Pas d'égard pour
instructions.
le sexe, ni
pour
ni pour ces
l'âge,
grandes choses qui sont le patrimoine de l'humanité
:
pour ces
la religion, la science, l'art; ni
sentiments élémentaires qui ne sont pas absolu-
ment ignorés des sauvages eux-mêmes
:
le droit,
la justice, la pitié. Rûcksichtslos, c'est-à-dire à la
prussienne, en exterminant,
entière
pour punir
attribué à
le
s'il
moindre
le faut,
«
?
ville
ou
réel,
délit, fictif
un Belge contre un
soldat allemand.
Dira-t-on que je calomnie le haut
allemand
une
commandement
Qu'on écoute donc ceci
:
Si les braves enfants de notre peuple qui
vont au danger
et à la
mort pour
la patrie,
si
nos blessés, nos médecins, nos infirmiers sont
cours d'Europe, notamment à Bucarest, au dire de
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
tion aveuglée et en délire,
armée
est
compromise sur
hordes de bandits,
un
tion et
si la
c'est
pour
saint devoir
taires d'y mettre ordre
sécurité de notre
ses derrières
une
173
loi
de
la
par des
conserva-
les autorités mili-
au moyen des mesures
les
plus sévères. Dans ces cas, les innocents doivent
comme
pâtir
les
contres, les chefs de notre
En
diverses
ren-
armée n'ont pas
laissé
coupables.
douter que la vie humaine ne peut pas
respectée lorsqu'il
mies.
de réprimer
les
infa-
Que des maisons, voire de florissants villages
même
et
s'agit
être
des villes entières soient anéanties à cette
occasion, cela est sans doute déplorable, mais ne
doit pas
donner
lieu à
un déploiement de
senti-
mentalité déplacée. Ces villes et ces villages ne
doivent pas valoir pour nous la vie d'un seul
soldat.
dit,
Cela va de soi et n'a pas besoin d'être
etc.
(1). »
L'auteur de cette parole de monstre est le général
von Bissing, qui commandait alors
d'armée
est
et
aujourd'hui
le
VIP corps
gouverneur-général
Comme il est évident que cet homme
pas même compte de la portée de son
de Belgique.
ne
se
rend
langage,
dans la
il
pousse l'inconscience jusqu'à écrire
même
comprendre
le
proclamation que cette manière de
devoir est l'expression d'une civi-
lisation supérieure,
(1)
Kblnlsche Zeitung^ 3 septembre 1914.
18
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
174
Ce
innocents
les
von Bissing qui veut que
n'est pas le seul
même
voire
punis avec
soient
pour
coupables. Son prédécesseur
les
au gouvernement général de
la Belgique, le
chal von der Goltz, écrit de son côté
lités
coupables,
les
:
maré-
Les loca-
«
seront punies sans miséricorde^ peu importe
qu'elles soient complices
von Micher
dit à la ville
ou non,
»
Wavre
de
».
On
n'y a qu'à prendre acte de
Il
ces paroles et à constater
sienne n'est pas la
(1)
fallait citer toutes les décla-
s'il
rations de ce genre.
Les inno-
«
:
cents souffriront avec les coupables
n'en finirait pas
Le général
même
que
que
la
culture prus-
celle
de l'humanité.
Les Allemands se plaignent souvent du peu de
sympathie que leur nation rencontre à l'étranger,
et leurs
journaux aiment à expliquer ce phéno-
mène par
la jalousie
que leur supériorité inspi-
aux autres peuples.
rerait
comme
il
est
est détestée
de
tions
bourg
(2)
se
Ils
malheureusement
presque partout,
race
germanique,
si
trompent.
Si,
vrai,
l'Allemagne
même
des popula-
comme
et l'Alsace, se jettent
du
le
Luxem-
côté français
par horreur du casque à pointe, n'en cherchez pas
la
cause ailleurs. Allemands, que dans
(1)
(2)
Waxweiler,
la «
cul-
p. 206.
Le Grand-Duché de Luxembourg possède une
chanson populaire due à son meilleur poète, Michel
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
î
7S
ture supérieure » à la Bissing, que le militarisme
prussien vous a inoculée. Tant que
traîne-sabre venu pourra en votre
digne d'Attila
jargon
homme
nom
parler ce
Gengiskhan,
de
civilisé redira avec le poète
:
tout
„
au Ciel de n'être pas Germain
« Je rends grâce
«
et
premier
le
Pour conserver encore quelque chose d'humain.
Mais, m'objectera-t-on,
responsabilité
la
adage
:
allemande
l'armée
ici
avec quelque vraisemblance le vieil
Ab uno
disce omnes. Mais ce qui
permet
de conclure de Bissing à tous ses collègues,
le fait
tout
tombe d'accord, encore qu'on paisse
entière. J'en
appliquer
de
un général n'engage pas
qu'ayant à choisir
le
gouverneur de
c'est
la Bel-
gique occupée par ses troupes, l'empereur Guil-
laume
II n'a
trouvé personne plus digne de ces
hautes fonctions que ce
On
livré
même
peut se figurer ce qu'est devenu un pays
à de pareils maîtres.
L'homme maître de
l'homme devient une brute;
Lftnz, et
la
bête qui
som-
contenant ces deux vers qui sont devenus pro-
verbiaux dans
Men
Men
(«
Bissing.
le
pays
Avilie
:
kéng Pruisse
wille bleven
zên.
wât men
sîn.
Nous ne voulons pas devenir Prussiens, nous vou-
lons rester ce que nous sommes. »)
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
176
humaine
meille au fond de toute conscience
réveille et hurle
Tue
Tue
!
!
On
de joie à
se
rue à
la
se
pensée du carnage.
la viande;
on n'épargne
rien, ni Tâge, ni le sexe, ni sacré ni profane; tout
doit être tué, tout doit être brûlé, tout doit être
enlevé;
reste des vivants
s'il
il
leur suffira de gar-
der des yeux pour pleurer. Le général sera content
voit le carnage;
s'il
qui s'attendrit;
c'est
de
n'aime pas
il
le
soldat
Gefûhlsduselei, et
la
il
n'en faut pas. Ainsi le veut le Kriegsgebrauch.
Et voilà d'après quelles lois
gique sera réglé
Néorologe des
Qu'on
me
de la Bel-
le sort
I
villes
et villages
de la Belgique.
permette de tracer un rapide ta-
bleau.
Je
isuis
à la trace les massacreurs, dont
néraire est
ruines,
marqué par des tombes
comme
celui des
et
Vandales dont
l'iti-
par des
la célèbre
lettre
de saint Jérôme à Ageruchia énumère
cités
gauloises
détruites
:
Mayence,
Reims, Amiens, Arras, Tournai, etc..
nait,
les
Worms,
S'il
reve-
son catalogue serait plus lugubre encore;
LE GTTET-APENS PRUSSII^N EN BELGIQUE
rien que dans la seule petite Belgique,
à compter
vain,
177
il
aurait
Visé, Hervé, Ancienne, Aerschot,
:
Tamines,
Dixmude,
Termonde,
Dinant,
Lou-
Ypres, Nieuport, sans parler de la multitude des
villages incendiés et des ruines faites à Liège, à
Namur,
Malines,
à
qu'alors
les
barbares
et
etc..
destructions
qu'elles
le
La
différence,
l'ouvrage
étaient
sont aujourd'hui
peuple qui prétend marcher à la
c'est
tête
de
d'un
de la
civi-
lisation.
Le début,
Hervé
c'est
et
anéantis.
Visé
A
Hervé, 50 civils sont fusillés et 300 maisons brûlées;
parmi
les fusillés,
mon
ancien élève Denis
Lequarré, docteur en sciences historiques. Puis
les
Allemands entrent à Liège. Le
où
Aerschot,
400 maisons
fusillent
ils
149
et pillent tout.
arrivent à Louvain;
ils
civils,
Le même
brûlent
jour,
ils
y sont tranquilles jus-
qu'au 2S, puis, sous prétexte que
tiré, ils fusillent la
19, ils sont à
ont
les civils
population, brûlent la plus belle
partie de la ville; la bibliothèque de l'Université
est réduite
anéantie.
en cendre; l'Université elle-même
Le recteur magnifique
et les
est
professeurs
de la faculté de théologie sont poussés sur le che-
min de Tervueren
à coups de crosses, couverts
d'ignobles injures et de menaces de mort. M.
Van
der Linden, de l'Université de Liège, tiré hors
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BET^GIQUE
178
de sa cave à Louvaiii, arraché à sa famille, est
maltraité et
menacé de mort. Vaii GBhucliten,
lustre physiologiste,
admiré dans
le
monde
l'il-
entier,
après avoir vu piller, puis brûler sa maison, dans
laquelle périt le manuscrit de son chef-d'œuvre sur
système nerveux, fruit du travail de sa vie
le
en Angleterre
entière, se retire
en
exil, à
Cambridge
fusillent
ils
100
sont à Tamines; 6S0
les
22.
et
n'allait
ils
vite,
sont à Andenne,
Le
personnes.
hommes
23 août sur
pas assez
meurt peu après
(1).
Quelques jours plus tard,
où
et
22,
ils
y ont été fusillés
place publique; cela
la
on acheva
le reste à la
mitrailleuse; 264 maisons furent incendiées, des
femmes
et
des
asphyxiées. Le
enfants
même
périrent
brûlées
jour,' ils atteignent Dinant.
Arrêtons-nous quelques instants dans cette
Dinant
et
ou
ville.
toute sa vallée étaient la perle de
la Belgique, et
il
est
peu de Belges qui n'aient
charme de ce séjour. Dinant n'existe
plus. Elle n'avait donné aucun grief à l'ennemi
dès les premiers jours de l'invasion, 300 armes
pas goûté
le
:
avaient été déposées à l'hôtel de ville; les instructions
(1)
du gouvernement sur
l'attitude à garder
FunéraiUes du professeur
bridge, le
14
décembre
1914,
Van Gehuchten,
décrites
Rotterdaynsche Courant du 22 décembre.
par
le
par
à CamNieuive
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
179
population civile avaient été affichées
la
pandues
les
à profusion.
et ré-
Mais lorsqu'ils y arrivèrent,
Allemands rencontrèrent
les
Français, qui leur
disputaient la ville et leur firent perdre beau-
coup de monde.
Comme
toujours,
Fennemi exas-
péré se vengea sur la population désarmée et
inoffensive.
sans,
La
ville fut incendiée:
sur 1,6S0 mai-
900 à 1,000 furent réduites en cendres. Ce
qui restait de la population, dont la plus grande
partie avait fui dès le 23 ^oût, fut exterminée:
entre 600 et 700 personnes, sans compter ceux
qui moururent de leurs blessures dans
taux.
De
606 ont
cet
liste
et
on en a
avec nom, prénoms, profession,
âge de chacun. Je l'avoue, je
me
dans un encadrement de
deuil,
répondent à l'ap-
mort tant de pauvres gens pacifiques.
En parcourant
la liste,
vous pouvez compter que
des familles entières ont été exterminées
rents, grands-parents et enfants des
deux
Il
y a des noms qui figurent
et
onze fois dans ce martyrologe (1); mais
(1)
Sept
Six fois
fois
suis
en ouvrant ce sinistre document où,
senti pâlir
pel de la
hôpi-
épouvantable nombre de victimes,
été identifiées jusqu'à présent;
publié la
domicile
les
:
:
six, sept, huit,
CoUignon, Laforêt, Toussaint.
Gaudinne, Monin.
pa-
:
sexes.
neuf
il
en
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
180
Le sexe féminin y est
représenté par 69 noms; on y rencontre 23 seppeu qui soient
est
dont 5 femmes,
tuagénaires,
dont
:
isolés.
et
3 octogénaires,
Florent Gaudine, âgé de 80 ans, Marie
Toussaint-Delimoy, âgée de 81 ans, André, qui
en avait 88!
On
trouvera peut-être que c'était
gaspiller les balles allemandes
que de
les tirer
sur ces pauvres ruines humaines. D'autre part,
je
me
persuade que
estiment qu'on
fauves
bêtes
dans
doit
les
penseurs allemands, qui
nous abattre comme des
trouveront
plus
la petite liste suivante,
de
satisfaction
qui montre que leur
conseil a été bien suivi, puisque l'on a exterminé
les francs-tireurs
gné
Il
même
en herbe
et
qu'on n'a pas épar-
ceux qui tétaient encore leur mère.
y a parmi
les victimes
20 enfants de moins de
14 ans, parmi lesquels 17 en ont moins de 10;
je m'en voudrais de substituer mes réflexions à
la sobre
éloquence du tableau que voici
Marthe Beaujot, 13 ans;
Henriette Roulin, 12 ans;
Marguerite Morelle, 11 ans;
Dupont
(fils),
10 ans;
Georgette Charlier, 9 ans;
Huit
Neuf
Onze
fois
:
Charlier, Lion.
fois
:
Bultot, Georgea.
fois
:
Jacquet.
:
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
181
Robert Bultot, 9 ans;
Dupont (fils), 8 ans;
Emile Meurar, 7 ans;
•
Eva Meurat, 6 ans;
Marie Beaujot, 5 ans;
Marcel Bovy, 4 ans;
Michat André, 3 ans;
Gilda Marchot, 2 ans;
Claire Struvay, 2 ans;
Maurice Bétemps,
1
an
7
mois;
Félix Balleux, 1 an 6 mois;
Gilda Gevon, 1 an 6 mois;
Edmond Bourguignon,
1
an 4 mois;
Nelly PoUet, 1 an;
Jean Rodrigue, 5 mois;
Fivet, 3 semaines.
Pour
passé;
le
il
coup,
Charles
le
Téméraire
n'a pas fait périr les femmes;
pecté leur dignité et leur deuil;
acharné sur
les enfants;
il
il
ne
dé-
est
il
a res-
s'est
pas
a laissé à Guillaume
l'Exterminateur l'honneur de l'avoir fait oublier.
Et maintenant,
vers la
mer
les
flots
de la Meuse qui charriez
cadavres d'une race impure, allez
apprendre aux nations que Dinant n'est plus,
et
dites-leur de laisser passer la justice de l'Alle-
magne!
Le dimanche 23 août,
les
troupes allemandes
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
182
arrivent à
sur
le
le
Herineton. C'est
dans une
là,
villa
flanc du coteau, que passait ses vacances
professeur Ponthière. Fils de ses œuvres,
était
devenu par sa science
il
par son talent pro-
et
fesseur à l'Université de Louvain. L'étranger con-
nom, que
naissait et respectait son
l'on trouvait
au bas de plus d'un article paru dans
anglaises, françaises et allemandes (1).
lui avait valu la croix
Léopold
et celle
de
les
revues
Son mérite
de chevalier de l'Ordre de
Légion d'honneur. C'est ce
la
savant distingué que les Prussiens fusillèrent avec
son beau-frère, l'abbé Schloegel, curé d'Hastièrepar-Delà, le 14 août, à Hermeton.
Pendant ce temps,
les
Allemands envahissaient
Hastière-par-Delà. Ils fusillaient le docteur Halloy,
médecin de
Croix-Rouge;
la
prendre dans sa maison
Aigret
et le fusillaient
boucher Alphonse
le
avec son
sillaient encore le fermier Jules
mier Bodon avec
bitants; en
et
ses
même
deux
temps,
fils
aîné;
Rifon
fils et
ils
allaient
ils
ils
fu-
et le fer-
dix autres ha-
pillaient le village
incendiaient la plupart des maisons. La vieille
odieusement pro-
église d' Hastière-par-Delà fut
fanée.
Jusqu'à présent,
il
est établi
que dans
la seule
province de Namur, qui compte 364,000 habi(1)
Notamment dans Stahl und
Eisen.
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
de
près
tants,
personnes
2,000
homnies, fenunes
183
inol'fensives,
et enfants, ont été
massacrées.
Vingt-et-un villages ont été brûlés dans Tarrondissenient
de Dinant, outre
ont été pillés,
chef-lieu; vingt
le
saccagés et en partie incendiés
dans celui de Philippeville; dans celui de Namur,
pour lequel on n'a que
les chiffres
de trois can-
on connaît actuellement 1,100 maisons brûlées; ce chiffre sera probablement matons sur six,
joré du
double quand on possédera
relevé
le
total.
La province de Luxembourg n a pas été mieux
traitée. Là aussi, les Allemands ont eu à lutter
contre les Français; là aussi,
ils
ont assouvi leur
rage sanguinaire sur la population
tendant toujours
qu'elle
avait
civile,
participé
préà
la
lutte.
Voici, d'après Y Ami de VOrdrey qui paraissait à
Namur
sous
le
contrôle de l'autorité allemande,
un aperçu sommaire de
cette région
La
ce qui s'est passé dans
:
partie la plus éprouvée est la partie sud-
ouest de la province.
Les grands combats entre Allemands
et
Fran-
çais se sont déroulés surtout à partir de Neuf-
chàteau vers
A
la frontière
Neufchàteau,
il
30 maisons brûlées.
du sud.
y a eu 28
hommes
tués et
184
r.TJET-APENS PRUSSIEN
T.E
A
Bertrix,
20
EN BELGIQUE
fusillés.
Les villages d'Anloy, Glaireuse, Villance, Maissin,
Porcheresse, Jéhonville ont été fort éprou-
vés.
De même
Jamoigne,
A
les villages
Isel,
de Rulles, Houdemont,
Les Bulles.
Ethe, tout a été détruit, y compris l'église.
Plusieurs fusillés, fparmi lesquels M. le Vicaire.}
Tintigny est anéanti.
M.
le
Il
y a eu 33 fusillés, dont
Curé, M. Lefèbvre, notaire, ancien prési-
dent du Conseil provincial, M.
Lamotte
A
et
Etalle,
son
fils,
le
bourgmestre
M. Draine, instituteur.
30 maisons brûlées
et
plusieurs per-
sonnes fusillées, parmi lesquelles M.
et
le
Vicaire
M. Lebrun, brasseur.
A Rossignol, 128 hommes fusillés.
A Houdemont,Qe curé est tuéj
A Musson, 110 maisons incendiées,
5
hommes
vivants.
A
Baranzy, population décimée, 15 maisons
brûlées.
A Signeulx, tout est détruit. ^
A Virton, pas de dégâts. Un
'
^
obus
seul
est
tombé sur l'infirmerie du collège Saint-Joseph,
où se trouvaient 10 blessés allemands
çais,
et fran-
qui ont été tués.
Le R. P. Bernard
Maredsous, a
Gillet,
des Bénédictins de
été tué à Anloy. C'est le
cinquième
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
membre
185
de cette famille qui succombe au cours
de cette épouvantable guerre.
Puisque l'autorité militaire a autorisé
blication de cet inventaire,
la
pu-
on peut conclure que
Y Ami de VOrdre n'a pas exagéré, dit
le
Journal
de Roubaix du 13 octobre 1914.
énumération né donne pas une idée
de l'horreur des massacres qui ont dépeuplé les
Cette riche
humbles
villages forestiers de ce pays, qui est le
mien
dont j'ose dire que tous
et
déchiré
mon
cœur. Quand vous
les deuils
lisez
ont
qu'à Rossi-
gnol on a fusillé 125 hommes, cela vous fera
sans doute frémir d'indignation à la pensée d'une
si
odieuse hécatombe humaine. Mais que direz-
vous lorsque je vous aurai appris que ce village
comptait une population de 825 habitants
par conséquent tous
hommes
ment.
A
hommes
les
chefs de famille
que
tous les
adultes y ont été massacrés indistincte-
Musson, où l'on vous dit qu'il reste
vivants,
il
cijig
y avait 1,750 habitants avec
383 maisons. L'esprit se refuse à
la
et
et
la
pensée de
boucherie dont ce malheureux village a dû être
témoin, et on se réfugie dans l'idée que la majorité de la population avait pris la fuite.
Dans le beau et grand village d'Ethe, il reste
une demi-douzaine de maisons oubliées par les
incendiaires. L'église n'a pas été épargnée; isolée
l
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
186
sur sa colline, ce noble monument, qui faisait
du
l'orgueil
contagion
village, semblait protégé contre la
de l'incendie;
des mains
fallait
il
exercées au métier pour en faire la proie des
La plume tremble à reproduire le
300 au dire de la commischiffre de fusillés
soin d'enquête, 250 selon des témoins dignes de
foi. Aucun de ces malheureux n'était coupable;
flammes.
:
mais
eux
les soldats français étaient abrités avec
dans leurs maisons
devant
nombre,
le
plus que les
et
lorsque ceux-ci eurent fui
les
Allemands ne trouvèrent
Tous,
civils.
hommes
furent extraits de leurs caves
et
du
les
on mit d'un côté
village; là
l'autre les
femmes, qui virent
dans quelques
femmes,
emmenés hors
hommes
et
de
fusiller sous leurs
frères, leurs fils. Des rensei-
yeux leurs maris, leurs
gnements personnels
et
me
détails.
permettent d'entrer
M^"^
ici
Capon-Masoin, sœur
de feu M. Ernest Masoin, professeur à l'Université
de Louvain,
avec son
fils,
s'était
réfugiée dans sa cave
sa fille et son gendre.
Quand
ils
entendirent les Allemands dans la maison, sa
fille,
alla,
une bouteille de vin
les apaiser, et, les
((
Grâce
tant,
!
à la
voyant à l'entrée de
Messieurs, » leur dit-elle.
un coup de feu
aux pieds de
main, pour
la
Au même
:
ins-
retentit et elle vint rouler
sa mère. Celle-ci fut ensuite
du supplice de son
cave
fils et
témoin
de son gendre, après
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
quoi,
on
la
laissa repartir,
187
pour contempler
sa
maison qui flambait. Les généreux vainqueurs lui
laissaient, selon leur formule, les yeux pour
pleurer.
fallait enterrer toute la chair
Il
se
décomposait
humaine qui
là
au
la
flamme, dégageait au milieu
moitié rôtie par
soleil
d'août,
qui,
et
à
des vapeurs de l'incendie, d'affreuses exhalations.
Partisans de la
du
division
travail,
les
Prus-
du bourreau; celle do
aux victimes survivantes.
siens se réservaient celle
fossoyeur était laissée
Comme
il
n'y avnit plus personne à Ethe, on alla
requérir la population masculine de Latour, à
une
On
lieue de là. Fut-ce
n'a pas su
rent,
me
une
le dire,
invitation ou
mais
les
un ordre?
hommes
parti-
au nombre de soixante-dix, ayant à leur
leur curé M. Glouden et
M. l'abbé Zender.
Ils
un prêtre en
tête
retraite,
partaient rassurés, puisqu'il
n'y avait eu aucune rencontre à Latour et que, par
conséquent,
il
n'existait pas
sévir contre eux;
ils
de charité. Quand
même de prétexte pour
allaient
ils
donc
à leur
arrivèrent à Ethe,
mission
ils
n'y
trouvèrent pas les soldats qui les avaient réquisitionnés; on prétendit qu'ils étaient les habitants
du village
et
on
les fusilla tous!
Et cependant,
l'abbé Zender, qui parlait allemand, put expliquer
aux massacreurs
qu'il
y avait un malentendu;
mais ceux-ci trouvèrent plus simple de tout exter-
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
188
miner,
bien qu'à Latour
si
des veuves
A
ne reste plus que
il
!
Saint-Léger, où
n'y a eu ni soldats belges
il
ni français, onze personnes ont été fusillées; les
hommes
ont été enfermés dans
l'église.
Les villages de langue allemande n'ont pas été
épargnés. Je
que Freylange
il
mon enquête
brûlé. A Fouches
par
sais,
est
personnelle,
(Offen), où
n'y avait pas eu de lutte, le bourgmestre Nico-
Schnock fut arrêté par
las
23 août, entre
les soldats, le
deux messes, pendant
les
menait son bétail des champs,
donné
le
pendu;
moindre
grief.
corde casse,
la
dimanche
et
Conduit à
il
se
qu'il ra-
sans qu'il eut
Etalle,
il
sauve mais
y
est
les sol-
dats le rattrappent et le fusillent près de la Se-
mois. C'est seulement en octobre qu'on
le sut;
emmené en Allemagne. Le curé
l'avait cru
été arrêté aussi;
on
le
qu'il portait sur lui et
on
avait
dépouilla de tout l'argent
on
le laissa partir.
L'épilogue des tueries dans les vallées de la
Semois
lon.
et
de la Vire se passa les 23 et 2S à Ar-
Arlon a
miracle;
à
Lempereur,
épargné par
été
part
un agent de
fusillé
dans
la
Lejeune pour un crime dont
pas
daigné
rendre
les
compte,
une espèce de
police,
cour
de
nommé
YHôtel
bourreaux n'ont
aucun
n'a été tué. Cela tient sans doute à ce
Arlonais
que
les
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
189
metteurs en scène voulaient un public pour
spectacle
dont
commença
Il
hommes
cour de
allaient
ils
le
matin
régaler
du
23
cette
le
ville.
deux
août;
d'Etalle furent fusillés dans la paisible
l'église Saint-Donat,
sous les tilleuls sé-
culaires qui contemplent de là-haut les paisibles
campagnes. L'après-midi, sur
ce fut le tour d'une
ses
deux
fils,
la place Léopold,
femme qui
fut fusillée avec
âgés de 18 et de 16 ans; le troi-
sième, âgé de 13 ans, avait été relâché. Des officiers allemands prétendaient, les
aux Français
servi d'espionne
et
uns
qu'elle avait
causé
la
mort de
2,000 soldats allemands, les autres, qu'elle avait
crevé les yeux à
pas à
la
un de
leurs blessés.
malheureuse mère, ni à
On ne
permit
ses enfants de
du haut de sa
fenêtre, l'abbé Becker leur donna l'absolution
in extremis (1). Le 25, ce fut mieux encore. On
recevoir les secours de la religion;
avait razzié
dans
les villages tout
ce qu'on n'avait
pas massacré les jours précédents, et plus de cent
personnes, tant
sillées
à la
hommes que femmes,
gare,
par groupes de
furent fu-
dix,
les
uns
après les autres.
Telle a été la destinée
(1)
Témoignage de M.
du beau pays gaumais.
l'abbé Becker,
aumônier des
Maristes d'Arlon.
14
190
Î.E
GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
un
des plus doux que le Créateur ait départi aux
enfants des hommes, et qu'habitait une population
si
intelligente et si joyeuse!
aujourd'hui
orphelins.
que
le
pays
des
Ce n'est plus
veuves
et
des
m
Comment T Allemagne
clergé belge.
le
Il était
juste
a traité
que dans
le
martyre d'une nation
catholique, le clergé obtint la première place. C'est
là le seul privilège
qui lui reste
et
que ne
lui ont
jamais contesté ses ennemis. C'est sur lui que se
sont particulièrement acharnés les bourreaux.
pouvant ni pendre ni fusiller tous
on
les a atteints
par
la
calomnie.
A
les
Ne
prêtres,
entendre
les
Prussiens, c'est le clergé catholique qui n'a cessé
d'exciter les civils à tirer sur eux; ce sont ses
lâches suggestions qui ont fait tout le mal, et
c'est lui
qui est responsable de tous les malheurs
déchaînés sur la patrie belge par ses criminelles
menées. Tel
par
est le
la presse
thème développé avec ensemble
complice des tortionnaires
et
dont
l'empereur Guillaume n'a pas craint de se faire
l'écho (1).
(1)
KUBT VON
Stbantz, p. 70.
192
GTTKT-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
T.E
C'est
une
et lâche
vile
faire justice,
il
me
calomnie. Avant d'en
convient de citer quelques-uns
de ceux qui, à l'exemple de leur empereur, s'en
sont faits les propagateurs responsables.
un médecin
Voici d'abord
d'état-major du
nom
de Witke. Ce personnage, dont j'aurai encore à
m' occuper par
la suite, déclare avoir essuyé des
coups de feu partis de
ne
nomme
pas
:
l'église
d'une localité qu'il
on pénètre dans
l'église et
on y
trouve une mitrailleuse desservie par le curé et
par quelques habitants, qui avaient tous
le bras-
sard de la Croix-Rouge, et qui furent naturelle-
ment
ne
fusillés. Cela est déjà fort
suffit pas à notre
homme
des Belges est affreux; sous la
ne
ils
Rouge
Un
de
abus
de
la
Croix
passé
deux mains
Beaulieu (?),
guerre de 1914, et notamment
la
de
un
les
ecclésiastique.
sac à la ceinture et
munitions
c'est
Schiessen aus
un
la barricade,
également
qu'il
le
Der Fanatîâmus der Belgier
il
y puise à
distribue...
A
curé qui a excité
ist
grauenhaft; das
dem Hinderhalt, der Mlssbrauck des
roten Kreuzen unter
glaublichesi
la jeunesse,
des barricades à Louvain.
Au sommet
Il s'est
f eige
«
Monsieur Stauffer raconte à
la bataille
(1)
faire
Le fanatisme
conduite du clergé
:
(1). »
les épisodes
«
de
cessent
beau, mais cela
Fûhrung der Pfarrer etwas un.:.;..
tJ
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
la
population contre nous. Et
dans tout
mêmes
le pays.
en est de
il
même
Les gens abandonnés à eux-
seraient raisonnables, mais ce
messieurs noirs qui attisent
« C'est le
193
crime du clergé
le
1
feu
(1).
sont ces
»
» hurlait l'officier
qui, après l'incendie de Louvain, poussait devant
lui la foule des prêtres et des civils et les faisait
assister
au martyre du Père Dupierreux,
Tervueren sous
Wo
les
der Priester
ist
fusillé à
yeux de son frère jumeau.
? criait cet
autre qui pénétrait
dans une tranquille maison de Lebbeke où dormait
le
ici
absolument dignes de
laires
à
narrateur. Je cite
moi-même
le récit
deux témoins ocufoi,
qui m'ont fait
de leurs aventures, mais mille
autres Belges déposeront des témoignages plus
accablants encore pour les fanatiques colporteurs
de calomnies anticléricales. Ces mensonges ont
indigné jusqu'à
et à
la
presse allemande elle-même,
plusieurs reprises la Kôlnische Volkszeitung
a protesté contre ces scandaleuses calomnies
(2).
Das ist im ganzen Lande so. Die Lfeute an sicli
wûrden ganz vernûnftig sein^ aber die schwarzen Herren
(1)
sind
es,
die das Feuer schûren. (K.F. Stauffer,
Der Fah-
nentràger in Verdun, Eine Geschichte aus der Kriegszeit
des JaJires 1914, der reiferen
produit
par
le
Jugend
Niederrheinische
er^àhlt, p. 177, re-
Taghiatt,
4
janvier
1915).
(2)
lCi4
Kôlnische Volkszeitung, 4 septembre et 3 octobre
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
194
Cette légende mensongère, fabriquée dans les
officines protestantes d'outre-Rhin, les Prussiens
l'ont apportée
en Belgique toute
faite,
même
en
temps qu'ils y amenaient leurs pompes à incendier. Ils en avaient trop besoin pour détourner
de leur criminelle entreprise l'attention du
civilisé,
et ils
s'en sont servis
comme
monde
d'un déri-
vatif qu'ils ont cru efficace. Aussi l'ont-ils débitée
dès le premier jour avec
n'ont cessé de
et ils
un ensemble
la redire,
significatif
malgré son caractère
d'énorme invraisemblance.
Je veux admettre qu'à l'origine de cette légende,
la
part du préjugé était plus grande que celle de
la
mauvaise
foi. Elle a été
construite sur la base
d'un syllogisme qui pourrait se formuler
suit
le
:
la
comme
Belgique est une nation catholique, donc
clergé y a tout à dire, et
si
des civils ont tiré
sur les troupes allemandes, c'est donc à
l'insti-
gation des prêtres. Raisonnement fallacieux dont
la
mineure
est
une conjecture
clusion est une contre-vérité.
le
Il
et
dont
con-
la
n'est pas vrai
clergé ait tout à dire en Belgique;
que
une bonne
partie de la nation, spécialement dans les villes,
combat son influence au point de revendiquer
le
nom
(1)
d'anticléricale (1), Mais à quoi
bon des
Cela est vrai en particulier de Louvain,
une administration communale
anticléricale.
qiii
a
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
raisonnements lorsque
clarté aveuglante
c'est
le
clergé
belge
sont
donne un démenti
cependant sur
Et
faits
les
a
la
à la légende.
menacé,
traqué,
que
bafoué, emprisonné, et
dont
là,
de cette légende que
la foi
été
195
insulté,
de
plusieurs
ses
membres ont péri fusillés ou pendus (1).
La vérité est, cette fois encore, aux antipodes
!
des affirmations prussiennes. Le clergé belge, dès
premier jour de
le
guerre,
la
avant
et
même
qu'elle fût portée sur notre sol, n'a cessé d'adresser
aux
fidèles
des conseils
par
dictés
le
pur
esprit de l'Evangile. Je voudrais pouvoir citer tout
entière la noble lettre pastorale que S. E. le Car-
dinal Mercier, archevêque de Malines, adressait
aux
fidèles le jour
même où
Belgique devait
la
recevoir le fatal ultimatum; c'est celle d'un père
s'attendrissant sur les enfants appelés par le de-
mères qui voient partir leur
voir, et aussi sur les
fils. Il
glorifie le courage de ceux-là,
à la douleur de celles-ci,
pour
les
uns
et
pour
son regard par delà
patrie, et se
il
les
l'Eglise universelle,
il
Voyez pp. 200,
est
ajoute
« Elargissez votre charité,
(1)
201, 202.
:
frontières
souvenant qu'il
s'associe
décide des prières
autres
les
il
un
puis, jetant
de
l'étroite
des chefs de
:
nos très chers frères,
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
196
priez pour tous ces braves, à quelque nation qu'ils
appartiennent, qui exposent leur vie, Timmolant
ou
l'ont
Le 11
immolée déjà au service de
août,
il
nouveau à son
s'adresse de
se réjouit de leur zèle,
Il
lignes leur mission de
la Patrie (1). »
il
clergé.
leur trace à grandes
dévouement pendant
les
jours d'épreuve de la patrie, tant aux aumôniers
le devoir pastoral
dans
leurs paroisses. Ceux-ci, dit-il « ont aussi
une
qu'aux prêtres retenus par
mission patriotique à remplir. Qu'ils se dévouent
aux troupes cantonnées dans leurs paroisses,
qu'ils
tions,
maintiennent
le
sang-froid de nos popula-
encouragent à terminer
les
les
récoltes,
consolent les familles inquiètes ou éplorées, éclairent la piété des fidèles,
contiennent certaines
ardeurs inconsidérées à Végard de ceux que nous
avons
Et
la
douleur de devoir appeller nos ennemis. »
la lettre
continue ainsi, sans une parole amère
pour l'envahisseur, rien que des expressions de
mansuétude
Et
cette
et
de charité.
admirable
lettre
du 14
août,
toute
vibrante d'enthousiasme patriotique et d'indéfectible espérance, qui a fait passer
un
frisson sacré
à travers la nation entière, elle aussi ne parle
que de dévouement, de
(1)
XX«
Siècle, 4
sacrifice,
août 1914.
d'union des âmes
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
dans Tamour de
On
la relira
dans
de confiance dans
la patrie,
triomphe du droit
et
dans
197
la protection
de Dieu.
plus tard, on l'apprendra par
les écoles, et les détracteurs
du
cœur
clergé belge
comment le chef de ce clergé a
son peuple succombait
l'heure où
sauront
à
le
l'iniquité triomphante. L'histoire dira
parié
sous
que jamais
langage plus noble et plus élevé n'a été tenu à une
nation éprouvée.
Et ce langage du Cardinal Mercier,
c'est celui
A
l'heure où
de tous ses frères dans l'épiscopat.
peut-être de toutes les bouches belges sortaient
des cris d'indignation, le clergé a su s'élever jus-
qu'à cette hauteur morale sublime où la charité
ne voit dans l'ennemi qu'un
le
vénérable évêque de
Gand
frère, et l'on
s'écrier
notre cœur se réjouit de voir le
la générosité avec lesquels
:
«
entend
Combien
zèle, la libéralité,
de tous côtés, dans
notre ville épiscopale et dans la plupart de nos
provinces, on prépare des locaux pour y secourir
les
soldats blessés,
Belges
(1)
))
tant les étrangers
4W^xr"ir^-^
:.
que
les
---'::---:
Et qu'on ne vienne pas dire que dans ces
manifestations solennelles
il
de l'épiscopat belge
n'y a autre chose que des paroles sans effica-
cité.
(1)
Le clergé belge écoute
la voix
Volksstem, 23-24 août 1914.
de ses évêques
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
198
n'y en a pas de plus discipliné);
(il
retentir cette voix
conformé en
est
dans tous
a fait
il
les villages,
il
s'y
esprit et en vérité. Je défie ses
calomniateurs prussiens de trouver un seul curé
belge à qui
ils
puissent reprocher d'avoir excité
leurs fidèles au lieu de les calmer, et je pense
j'attendrai
relevé.
avant que ce
longtemps
défi
que
soit
Pour ne parler que de mon expérience
personnelle, dans la paroisse que j'habite, pen-
dant trois dimanches consécutifs,
j'ai
entendu du
mêmes paroles de
paix et de mansuétude, les mêmes exhortations
au calme et à la prudence, les mêmes recommanhaut de
la
chaire tomber les
dations d'accueillir l'ennemi avec politesse, de
ne pas lui refuser ce qu'il demande, de
se
vis-à-vis de lui de toute attitude hostile
garder
ou fron-
deuse. C'était le doyen d'Assche qui parlait ainsi
aux
fidèles,
mais
il
tenait le
même
langage aux
prêtres de sa circonscription, et tous se sont con-
formés scrupuleusement
à ses intentions.
Aussi, dans sa lettre pastorale de Noël 1914, le
cardinal Mercier
a-t-il
rendu
lennel témoignage que voici
à son clergé le so:
Vous avez beaucoup souffert. Vous avez été
durement calomniés. Soyez patients. L'histoire
((
vous vengera. Dès aujourd'hui,
témoignage. Partout où je
les
populations, le clergé,
l'ai
j'y
apporte
mon
pu, j'ai interrogé
notamment un nombre
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
199
déjà considérable de prêtres qui avaient été déportés
dans
les
prisons
sentiment humanitaire,
d'Allemagne
auquel
je
et
me
qu'un
plais
à
rendre hommage, a remis en liberté. Or, j'affirme
sur l'honneur
foi
et je suis
du serment, que
rencontré
un
prêt à déclarer sous la
je n'ai pas jusqu'à présent
seul ecclésiastique, séculier
ou
ré-
gulier, qui ait excité la population civile à se
servir
au con-
d'armes contre l'ennemi. Tous,
traire, ont obéi
fidèlement aux instructions épisavaient reçues dès les premiers
copales qu'ils
jours d'août, et qui leur prescrivaient d'user de
leur influence morale auprès de nos populations
pour
les porter
au calme
et
au respect des règle-
ments militaires.
« Persévérez
pour vous
la
dans ce ministère de paix, qui
forme
la
est
plus saine du patrio-
tisme (1). »
Prêtres et religieux fusillés
1.
fj.
— Diocèse de Malines.
L'abbé Lombaerts, curé de Beven-Loo;
L'abbé Goris, curé d'Autgaerden;
(1)
Lettre pastorale de
(2)
Liste publiée par le cardinal archevêque de
lines
'Noël,
1914, p. 18.
dans sa lettre pastorale de Noël 1914,
p. 65.
Ma-
200
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
L'abbé De Clerck, curé de Bueken;
L'abbé Dergent, curé de Gelrode;
L'abbé Wouters, curé de Pont-Brûlé;
L'abbé Van Blaedel, curé de Herent (71 ans)
;
Le P. Dupierreux, de la Compagnie de Jésus;
Le Fr. Sébastien Allard, de la Congrégation des
Joséphites ;
Le Fr. Candide, de
la
Congrégation des Frères
de la Miséricorde;
Le P. Maximin, capucin;
Le P. Vincent, conventuel (de nationalité
landaise)
hol-
;
L'abbé Carette, professeur au collège épiscopal de Louvain.
2.
—
Diocèae de Liège.
L'abbé Labeye, curé de Bligny-Trembleur
L'abbé Thielen, curé de Haccourt;
L'abbé Janssen, curé d'Heure-le-Romain;
L'abbé Chabot, curé de Forêt;
L'abbé Dossigne, curé de Hockai;
L'abbé Ransonnet, vicaire d'Olne.
3.
— Diocèse de Tournai.
L'abbé Druet, curé d'Acoz;
L'abbé Pollard, curé de Roselies.
;
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
4,
201
— Diocèse de Namur.
L'abbé Schloegel, curé d'Hastière;
L'abbé
Gilles,
curé doyen de Couvin;
L'abbé Piéret, vicaire à Etalle (pendu)
;
L'abbé Alexandre, curé de Mussy-la-Ville;
L'abbé Poskin, curé de Surice;
L'abbé Hotlet, curé des AUoux;
L'abbé Georges, curé de Tintigny;
L'abbé Glouden, curé de Latour;
L'abbé Zender, curé retraité à Latour;
L'abbé Bilande, aumônier des sourds-muets à
Bouge;
Le
Le
Le
Le
R. P.
Gillet,
bénédictin de Maredsous;
R. P. Nicolas, prémontré de Leffe;
curé d'Anthée;
curé d'Onhaye;
L'abbé Gaspard;
Le Fr. Célestin Boné, prémontré, 74 ans;
Le Fr. Jean Antoine Bovy, prémontré, 60 ans;
Un
Frère de la Congrégation des Oblats;
L'abbé Docq.
Aucun
été
aucun mauvais traitement n'a
épargné aux membres du clergé. Il faut lire
dans
les
blessé,
un
outrage,
rapports le supplice du curé de Buecken,
mené par
des soldats qui lui avaient fait
cortège dérisoire, trois fois relâché et repris
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
202
du 21 août au 26
août,
et,
après plusieurs jours de
supplice qui ont fait de lui la parfaite image de
Jésus supplicié au Calvaire, fusillé le 27 août
(1).
un vieillard maladif, le plus doux des
hommes; on lui avait donné pour coadjuteur un
C'était
conventuel de Louvain,
le
Père Vincent, de natio-
nalité hollandaise, qui partagea son sort.
Le sup-
du curé de Hérent n'est pas moins révoltant,
dans la relation que nous en a faite son vicaire,
plice
M. l'abbé Kuypens.
Il
des
maintenant
reste
faits,
établi,
par celui du
par
cardinal
le
témoignage
Mercier,
par
l'enquête des prêtres allemands et par les déclarations des autorités allemandes elles-mêmes, que
les accusations lancées
contre le clergé belge sont
Teotha, pp. 196-197, raconte ainsi la mort du curé
de Buecken. «Dans une tranchée aux environs de ce village, les Allemands remarquent que les Belges tirent mieux
(1)
que d'habitude (tout
le
monde
sait
que
les
Belges tirent
mal
on envoie une patrouille s'enquérir de la cause
du fait; on s'aperçoit que l'église est reliée par un fil;
!
) ;
on enfonce la porte, et dans
assis devant
un téléphone
tillerie belge. {In
l'église
on trouve
le
curé
et dirigeant le feu de l'ar-
der Kirche sass der Herr Pfarrer an
und
On met
einen Telephon
dîrigierte die 8ch4lsse de Belgischen
Artillerie,)
le
feu à l'église et bientôt
se balance entre ciel et terre.
M.
le
curé
LE GUET-APENS PRUSSIEN EN BELGIQUE
autant d'atroces calomnies.
ces calomnies ont trouvé
203
Quand on pense que
pour organe
la
bçuche
plus auguste de l'Allemagne et que tous les
la
journaux prussiens
les
ont répétées aux soldats
allemands qui sévissaient en Belgique, comment
défendre de faire remonter plus haut
se
la res-
ponsabilité des assassinats de nos prêtres martyrs
?
Oui, à n'en pas douter, c'est après la lecture
du manifeste de leur empereur et des journaux
de leur pays que les officiers allemands ont vu
un
rouge, et qu'ils ont cru remplir
devoir patrio-
tique en passant par les armes, les
membres de
ce clergé perfide et inhumain, qui poussait les
populations à tirer sur eux
et
de batailles faisait arracher
les
sés
par des
Que
le
filles
qui sur
les
champs
yeux à leurs bles-
de 14 à 15 ans.
sang de nos martyrs sacrés retombe donc
sur vous, ô empereur Guillaume, et sur vos
journalistes, dont les
mensonges ont armé
têtes,
le
bras
des meurtriers et pressé la détente de leurs fusils.
Et que vous gardiez cette tache pour vous seul,
ô empereur, ou que vous la partagiez avec vos
complices,
vous en laver
elle
n'est
il
;
elle
au pouvoir de personne de
pèsera sur vous dans ce monde,
descendra avec vous dans
le
tombeau,
elle
vous accompagnera au jour du jugement devant
le tribunal
de Dieu.
La Tragédie d'Aerschot
15
La Tragédie
Dans
truites
le sinistre
par
les
catalogue de villes belges dé-
Allemands,
un de ceux qui évoquent
venirs.
d'Aerschot.
le
les
nom
d'Aerschot est
plus douloureux sou-
n'a pas suffi aux envahisseurs de
Il
mas-
sacrer sa population et d'incendier ses maisons;
ils
ont voulu encore,
norer leur victime
prétextant qu'elle
comme
à Louvain, désho-
eux-mêmes en
avait mérité son sort. Pendant
et se
disculper
près d'une année, toute la presse allemande a été
remplie d'une légende d'après laquelle un général
allemand, qui dînait chez
été tué
en pleine table par
le
bourgmestre, avait
le fils
de
celui-ci,
qui
aurait déchargé son revolver sur lui à bout portant.
Un
impuni
:
si
infâme assassinat ne pouvait rester
la destruction
de la
ville et le
massacre
de ses habitants pouvaient seuls l'expier.
mandera
le
peut-être
s'il
On
de-
ne suffisait pas d'immoler
coupable; mais la doctrine prussienne, for-
mulée par
les
les officiers,
généraux
et
mise en pratique par
veut que des villes entières périssent
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
208
pour venger
Aerschot
s'est
aujourd'hui
mort d'un seul soldat allemand.
la
vu appliquer
la loi
du
la
méthode.
On
trouve
talion barbare; c'est sans
doute parce qu'elle est trop humaine.
De
dans
la presse,
les
la
légende
a passé
d' Aerschot
tranchées; toute l'armée allemande
l'a
redite avec horreur. Dix jours après le fait, des
soldats logés chez
moi me
l'ont apprise; ils la
tenaient pour lettre d'évangile. Encore aujourd'hui, elle fait loi; elle est déjà passée dans les
livres populaires et
demain
comme
elle sera,
de l'incendie de Magdebourg par
Tilly,
dogmes protestants qu'on met des
ces
celle
un de
siècles
à
extirper de Thistoire.
J'ai voulu,
événements,
mon
au cours de mes enquêtes sur
me
renseigner
moi-même
les
et j'ai fait
enquête. J'ai interrogé tour à tour le doyen
d' Aerschot,
ses vicaires, le directeur
du
collège
épiscopal et des professeurs, le juge de paix, le
greffier de la justice de paix, l'inspecteur can-
tonal
l'imprimeur
scolaire,
rieure de l'hospice.
Tuerlinx,
Chacune de
la
supé-
ces personnes
m'a
remis un rapport détaillé.
J'éprouve
besoin de faire une déclaration.
le
Souvent
j'ai été
dant
récit
le
ému jusqu'aux larmes en
enten-
de tant de douleurs imméritées,
mais ce qui m'a touché plus que
dire, ce sont les sentiments
que
je
ne pourrais
je
remarquais.
LA TRAGÉDIE d'AERSCHOT
Î^^OO
Plusieurs de ces témoins étaient tristes jusqu'à
la mort, ayant perdu tout ce qu'ils avaient de
aucun d'eux n'a proféré une parole d'amertume contre les bourreaux ces âmes chrétiennes
ne connaissaient pas la vengeance. La simplicité
cher;
:
de leur
modestie de leur héroïsme méri-
foi, la
taient ce témoignage. L'accent de la vérité était
sur les lèvres
dans leurs expressions une sin-
et
cérité inimitable.
J'ai
utilisé
aussi
de M^^ Tielemans,
la lettre
veuve de l'infortuné bourgmestre d'Aerschot,
les
trois
et
rapports de la commission d'enquête
instituée par
gouvernement belge.
le
Un
ami,
M. l'abbé van Buggenhout, qui a été six ans
professeur à Aerschot
visite
assidûment
renseignements
et qui,
établi à Louvain,
la petite ville, a
complété ces
par des indications nouvelles.
Les Allemands faisaient la deuxième enquête pendant que je faisais la mienne. Grâce à tout cet
ensemble, je
toire
me
flatte d'écrire
une page
d'his-
qu'on pourra compléter, mais qu'on n'effa-
cera pas.
I
Aerschot est une vieille cité brabançonne de
8,000 habitants située sur
mi-chemin entre
les villes
le
Démer. à peu près à
de Louvain
et
de Diest,
de chacune desquelles elle est à une distance de
LA TRAGÉDIE d'AERSCHOT
210
quinze kilomètres. C'est
un
avec justice de paix
inspection scolaire. Elle
et
chef-lieu de canton,
possède une belle grande église gothique en grès
ferrugineux de Diest, un collège épiscopal, un
asile
de vieillards tenu par trois sœurs de l'hô-
un hospice, un couvent des Pères de Picpus, un béguinage, aujourd'hui sécularisé, mais
reconnaissable à son humble et touchante archipital,
tecture.
champs
Alentour
:
règne
la
profonde paix des
séjour idyllique et plein de beaux vieux
arbres, de prés verts et de superbes moissons,
l'on rêverait de couler
où
une existence de paix,
loin des fumées de l'industrie et des bruits de
la ville,
au milieu d'une population religieuse
paisible. Aerschot, écartée des voies
circulation,
même
de
un peu ignorée en
était
la
et
grande
Belgique,
des historiens, car, ainsi que les peuples
heureux,
elle n'avait
pas d'histoire. Les archives
ayant péri dans l'invasion,
elle
n'en aura jamais,
sinon celle de ses jours suprêmes que je raconte
aujourd'hui.
Aerschot, depuis le
commencement de
la guerre,
partageait les angoisses patriotiques de toute la
population belge.
Il s'y
trouvait trois ambulances:
l'une à l'hospice, l'autre chez les sœurs des écoles,
une troisième chez
les
Pères de Picpus. Son bourg-
mestre, M. Tielemans, sénateur suppléant, avait
tout fait pour maintenir la tranquillité. M. Tiele-
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
mans
était
dévoué corps
âme
et
211
à sa ville. C'était,
au témoignage de tous ceux qui m'ont
homme
irréprochable,
administrateur parfait.
un
modèle, un
un chrétien
La proclamation
5 août peut être considérée
le
de dignité
trés
et
de prudence.
au calme, tâche de
les
Il
parlé,
qu'il lança
comme un modèle
y exhorte ses adminis-
rassurer et ne prononce
pas une parole blessante pour l'ennemi. Lisez ces
dernières paroles de l'homme de bien à ses concitoyens
((
La
:
L'Allemagne
est
en guerre avec notre patrie.
situation est grave,
mais peut-être moins
in-
quiétante pour notre ville que pour d'autres localités.
Restez donc courageux, calmes et dignes,
mais aussi prudents, afin
une situation
«
d'éviter à notre ville
pire.
Pas d'actes
hostiles, pas de cris hostiles, pas
de démonstrations hostiles contre l'étranger!
« Facilitez et soutenez la tâche des autorités, de
du bourgmestre.
« Tous, la main dans la main et les cœurs
pour l'ordre public et pour la paix!
la police,
« Montrez-vous aussi
pourraient tomber dans
ficiel est déjà créé
Tous unis, tous
((
Vive
Le 10
la
généreux envers ceux qui
le
besoin;
un comité
pour leur venir en
«
unis,
of-
aide.
frères, tous patriotes!
Belgique! »
août, le
bourgmestre revenait à
la
charge
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
212
par une seconde proclamation. La situation avait
empiré; mais ses recommandations
mêmes:
«
restent
les
Reprenez vos occupations, défiez-vous
des faux bruits et ne croyez que les nouvelles offi-
Abstenez-vous de toute hostilité contre
cielles.
troupes étrangères,
si
elles
passent
ici;
les
l'armée
seule a le doit de se servir des armes contre l'en-
nemi. »
Ces deux proclamations furent distribuées à
domicile
purent
et affichées
les lire
quand
convaincre que
le
dans
ils
les rues; les
entrèrent à Aerschot et se
bourgmestre de
créerait pas d'ennui tout en étant
Le 13
ils
Allemands
cette ville
bon
ne
lui
patriote.
août, les Belges vinrent à Aerschot; le 18,
reçurent du renfort, mais
il
était
impossible de
tenir et déjà passait la triste procession des fugitifs;
quelles
il
racontaient des scènes de violence aux-
ils
on ne voulait pas
croire.
Le lendemain
y eut un combat après lequel
les
Belges,
19,
se
voyant débordés, se retirèrent en bon ordre en
continuant
le feu.
la ville vers
Les Allemands pénètrent dans
huit heures;
Pères de Picpus,
les
ils
font prisonniers les
rangent au
mur
et
semblent
vouloir les fusiller, lorsqu'arrive une automobile
belge blindée qui tua beaucoup de
nemi
monde
à l'en-
le 9® et le 24^
de ligne campés
Longdorf Dans
la
confusion qui
s'ensuivit, l'ennemi oublia les Pères
de Picpus. Cet
et
dégagea
entre Aerschot
et
.
213
LA TRAGÉDIE d'AERSCHOT
intermède a duré une dizaine de minutes; Tauto
se retire, les
Allemands reviennent,
selon leur
et,
habitude, font payer cher aux habitants la résistance des soldats belges. Le premier qu'ils trou-
un simplot sourd-muet,
qu'ils tuent; puis, dans la rue du Chantier, ils
arrêtent encore six autres hommes. Ils les emmènent, tandis que les femmes les suivent
vèrent devant sa porte est
en pleurant,
et
enfoncent
Ils
de
la
le
drapeau
belge
et
qu'on a
tiré sur
les
ils
;
en font sortir
maisons
en
l'église
eux;
en pleine rue (1).
tue
les
coups
à
de
tour
on
hache
de
où
ils
vont
envahissent
les
ils les
la
porte
arracher
toutes
les
hommes, prétendant
poussent devant eux,
forçant de tenir les mains levées, jusqu'au
bord du Démer, où
quinze cents.
On
ils
nombre d'environ
on les menace, on les
sont au
les injurie,
force à lever, puis à baisser les mains, à vider
leurs poches, à y remettre ce qu'ils en ont retiré;
on leur chante
Un
la gloire
vieillard reçoit
de la grande Allemagne.
un coup de
crosse et tombe.Les
malheureux sont tenus ainsi jusqu'à une heure et
demie du matin. Les soldats semblaient des valets
de bourreaux.
Finalement arrive
le
bourgmestre,
M. Tiele-
mans, accompagné de deux officiers supérieurs.
(1)
Vers onze heures, dit M.
le
doyen.
Il
214
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
exhorte les gens à livrer leurs armes, à ne pas
former de rassemblements, à
être bien tranquilles;
après quoi, on lâche les prisonniers.
S'il
n'y avait pas eu sept victimes innocentes
massacrées dès
le début, et si les soldats n'avaient
déployé ce zèle féroce, on aurait
but des Allemands
pu
croire que le
était d'intimider la
population
par ce déploiement de menaces de rigueurs. Mais
l'impunité des outrages subis par la population
des
épisodes
laissait carte
de pillage montrent qu'on
isolés
blanche à
la soldatesque.
Tout resta calme jusqu'à
la
soirée.
heures, la place du Marché présentait
inaccoutumé:
et
Vers six
un
aspect
remplie de plus de deux
elle était
mille soldats, de chariots et de caissons, de che-
vaux; trois officiers se tenaient sur
maison du bourgmestre
et
le
balcon de
la
regardaient les soldats
qui, encouragés par les officiers, tiraient en l'air
et
faisaient
un grand vacarme, pendant que
bourgmestre, sur son
cigares.
Mme
Comme
les
seuil, leur
officiers
distribuait des
le
regardaient,
Tielemans persuada à son mari de rentrer.
La pétarade continuait sur
la place,
lorsque sou-
dain l'un des trois officiers s'affaissa:
d'être atteint
Que
A
le
il
venait
par une balle et était tombé roide mort.
s'était-il
passé?
première vue,
mettre qu'une balle
il
semble tout naturel d'ad-
— une des innombrables balles
LA TRAGÉDIE d'AERSCHOT
que
les soldats
perdue
à
un coup de feu
d'aucun
Allemands
s'était
venue frapper Tofficier. De sup-
c'était
l'esprit
—
envoyaient dans les airs
et était
poser que
215
l'ont
homme
dit,
ne viendra
belge,
de bon sens. Si les
parce qu'ils voulaient
c'est
éviter le reproche de cette indiscipline:
il
ne
fallait
pas qu'on pût dire qu'ils se canardaient mutuel-
comme
lement,
ils l'ont fait
Le coup de feu
absurde de
est
nommer
à Louvain..
donc parti de chez eux
ici
le fils
;
est
il
du bourgmestre,
enfant de quinze ans, frêle, délicat, qui n'avait
jamais manié d'armes. Mais l'explication vraie
est
moins simple.
M. Tuerlinx, imprimeur
et papetier,
demeure
sur la place du Marché, à peu près en face de
maison du bourgmestre, qui occupe un des
était
Il
dans son atelier lorsque
le
fusillade l'attira dans son magasin.
six
ou
leur
sept soldats qui avaient
fusil
sur
direction de la
pelle
appuyé
il
vit
le
canon de
avait reçu dans son
entretenus amicalement avec lui
et qui,
main. Etait-ce eux qu'il voyait tirer?
cas semblable est cité par
s'étaient
en
tant, l'avaient appelé frère et lui avaient
(Officier tué
alors
Il
un chariot et tiraient dans la
maison du bourgmestre. Il se rap-
que peu auparavant
Un
coins.
bruit de la
magasin plusieurs soldats polonais qui
(1)
la
le quit-
donné
(1)
Waxweiler,
par un soldat allemand).
la
p.
171
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
216
II
La mort du major fut le signal d'un déchaînement subit. Soit qu'on ait donné le mot d'ordre,
soit qu'ils aient agi
spontanément,
débandent pour brûler, détruire
Pendant que toute
saccagée,
hommes
la ville
massacrer.
et
d'Aerschot était ainsi
incendiée,
pillée,
les soldats se
on
arrachait
des maisons, on les accablait de coups et
d'injures. Ils furent réunis sur la place
on
ché, et de là
le dos,
les
hors
les
ville,
mena,
pour
les
mains
du mar-
liées derrière
être fusillés. Il y eut
deux
fournées de victimes. La première était composée
de soixante-dix-huit personnes, placées sur plusieurs rangs.
fossé et
on
comme
cela
On
force les premiers à sauter le
les fusille
à travers le
pendant
prend beaucoup de
tas'.
tempis,
on
fusille
Trois parviennent à s'échapper
nommé
Paul Verlinden, un autre
troisième,
qu'ils sautent; mais,
un employé
:
Carette et le
des tramv^ays. C'est par
ceux-ci que l'on peut être renseigné.
Le seconde fournée
emmenée plus tard sur
la chaussée de Louvain, un peu plus loin que la
première. Deux de mes bailleurs de renseignements en faisaient partie, le greffier De Prêter et
l'imprimeur Tuerlinx.
cédait;
il
fut
Un
officier à cheval pré-
faisait arrêter les prisonniers
maisons incendiées.
Il
y en
avait,
devant
les
au début, qua-
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
217
rante environ; mais de nouveaux arrivants portèrent ce chiffre à plus
du double. De Prêter
Tuerlinx virent arriver
le
bourgmestre, son
les
mains
et
son frère, qui avaient
liées
et
fils
sur le dos
avec des cordes de chanvre; le greffier a conservé
la
sienne et
me
l'a
On
montrée.
les fit se
coucher à
terre.
Le lendemain au matin arrivent sept officiers;
parmi eux un blanc-bec, qui est au courant de tout.
Il
y a
un accusateur;
rogé, ainsi
Un
entendu.
cette
que son
sombre
trait
le
frère,
bourgmestre
mais
est inter-
le greffier n'a
pas
d'une grande noblesse brille sur
histoire: Achille Claes élève la voix
un
du bourgmestre, mais j'affirme sur l'honneur que celui-ci
a fait tout ce qui était en son pouvoir pour engager les habitants à déposer leurs armes à la
et dit: « Je suis
gendarmerie
mandes.
et à
adversaire politique
bien recevoir
les
troupes
alle-
»
Les officiers se retirent
et,
au bout d'un quart
d'heure, viennent dire qu'un sur trois des pri-
sonniers sera fusillé, plus le bourgmestre,
fils
et
son frère.
On
choisit
de préférence
son
les
jeunes; on les fait mettre sur trois rangs. Tuerlinx voit avancer son fils Bruno, âgé de dix-huit
ans;
il
fait valoir qu'il est
Rouge, lui
sert.
Aux
fait
membre de
la Croix-
montrer sa carte de route rien ne
:
épargnés, on fait défense de se retour-
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
218
ner; les autres sont
une
emmenés en haut du champ;
puis quelques coups isolés. Des bour-
salve,
geois survivants sont forcés, de huit à dix heures,
à enterrer les victimes.
Pendant que périssaient
on
et
les habitants,
on
pillait
brûlait la ville. Quatre cents maisons furent
On ne
incendiées.
épargner
telles
sait
pas
les
raisons qui ont fait
rues et condamner
une rue entière qui
Parfois, c'est
autres.
telles
détruite
est
des deux côtés, et une odeur acre de
fumée
encore
au
ruines;
des
ailleurs
c'est,
sort
milieu
d'un groupe de maisons sauvées, une, deux, trois
maisons détruites.
y a eu sans doute ordre d'en détruire
Il
dès
:
quatre heures, des officiers avaient pendu des
ordres incendiaires au
probablement
mur du
les soldats
jardin du juge, et
en auront ajouté à leur
choix, au gré de leur caprice; c'est ce
vu
réalisé à Louvain.
l'hôtel
de
ville,
bourgmestre
Sur
mais on a épargné
et toutes les autres. Il
de préférences dictées par
les
petits
torche
du juge
est
et
la place,
ont été traités
égalitaire.
On
les
la
a.
j'ai
détruit
maison du
n'y a pas eu
conditions sociales:
comme
a
on
que
les
détruit
grands;
la
la
maison
de l'inspecteur; on a épargné celle du
greffier et le presbytère.
La
rapidité de l'incendie et la destruction radi-
cale de tout le
contenu des maisons aurait quel-
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
que chose qui
que
tient
les incendiaires
du prodige,
si
219
Ton ne
savait
pratiquaient leur métier avec
une éducation
une dextérité
attestant
Des acides, des
pastilles de fulminants, des infu-
spéciale.
sions de benzine et autres matières inflammables
sont
dans
lancées
meubles mis en
tout
flambe
que
lorsqu'il
J'ai
vu
subitement
ne
me
l'armée
souvent
les
tas et les tentures jetées dessus
lui
et
ne
feu
le
reste plus
:
s'éteint
rien à dévorer.
Termonde
cela à Louvain, à
partout je
de
maisons,
les
et ailleurs, et
suis convaincu de la supériorité
allemande
dans
l'accomplissement
d'une besogne qui semblait réservée aux brigands
de grand chemin.
L'incendie a épargné une partie de la ville;
le
pillage n'a rien épargné. Je suis entré dans plu-
sieurs maisons à la flamande:
il
ne
s'y
trouve
plus rien que des meubles de première nécessité,
achetés à la hâte,
vu
le coffre-fort
où
Au
presbytère,
j'ai
totalement détruit; on en a volé
les titres et détruit
la paroisse.
l'on a pu.
ou lacéré
les belles archives
Le doyen n'a plus ni
meubles, ni rien. Dans
la
de
linge, ni livres, ni
maison du
beaux meubles réduits en morceaux;
greffier, de
les
tableaux
arrachés de leurs cadres et enlevés. Chez l'impri-
meur Tuerlinx
toutes les marchandises qu'on n'a
pas cru devoir voler ont été lacérées, souillées,
jetées
en un tas
et,
pour
qu'il n'en
échappât rien.
LA TRAGÉDIE D'AERSCHOT
220
on
la
les a
inondées de l'encre qui se trouvait dans
Au
boutique.
ment
détruit;
collège, le coffre-fort a été égale-
tabernacle
le
forcé,
pierre
la
d'autel de la chapelle cassée.
Quant aux femmes, enfants
a laissés vivre,
on
a
commencé par
dont on a brûlé
l'église,
et vieillards
les trois
qu'on
enfermer à
les
massives portes.
Là, toute cette population fut entassée pêle-mêle,
du 21 au 27
(1),
dans des conditions de promis-
cuité et de malpropreté sur lesquelles
il
est préfé-
rable de ne pas insister. L'église était souillée
comme une
écurie.
Le
26, y fut
amené
le
curé de
Gelrode, M. Degout, fusillé le lendemain au coin
d'une maison.
tyr
(2)i.
Le
Le
l'église.
27,
28,
Il
passe pour être mort en mar-
on
tira des
coups de fusil dans
on conduisit tous
les
prisonniers
par rangées de cinq à Louvain, pour voir brûler la
Ce
ville.
les
même
jour,
Pères de Picpus
veau
la
et
on emprisonne dans
l'église
quatre prêtres, puis de nou-
population. Le 6 septembre, on
emmène
les
Pères en Allemagne (3) avec cent^ vingt et un
(1)
Les plus jeunes furent emmenés en AUemagne,
le
23 août.
Voir la première lettre pastorale de S. E.
(2)
le car-
dinal Mercier.
(3)
born.
on
Nous les retrouvons au Sennelager près de PaderUne relation allemande essaie d'expliquer pourquoi
les
a emmenés, mais ne parvient qu'à souligner
l'odieuse iniquité de la mesure. (Voir
Duhr,
p. 48.)
LA ÎRAGÉDIE D^AERSGHOT
2^1
bourgeois; on met en liberté les gens au-dessus de
quarante-cinq ans
au-dessous de quatorze.
et
Les soldats belges reprirent Aerschot
10 sep-
le
tembre, mais durent de nouveau Févacuer
on
cette fois,
et,
l'hospice
insista
partissent
pour que
Elles
aussi.
le
sœurs de
les
décidèrent
s'y
après une longue hésitation: puisque les
mands ont
tout pillé et brûlé,
maintenant? Et
cidées.
les
Une
c'est cette réflexion
d'elle, tO'Utefois,
Alle-
vont-ils faire
qui
les a dé-
voulut demeurer avec
malades: sœur Ludovica;
tint la
que
13;
elle
demanda
et
ob-
permission de rester.
Quand
les
Allemands revinrent,
encore des maisons, mais
ils
ne tuèrent personne.
Pourquoi? La bonne sœur nous
charmante simplicité:
brûlèrent
ils
« C'est
le
avec sa
dit
que tout
le
monde
s'était sauvé. »
Aerschot est resté désert. L'hospice a été pillé
cette fois;
bière,
on
a pris le bien des malades
le vin, la
:
quatre des plus belles vaches de
l'étable.
Quelques Aerschotois,qui s'avisent de rentrer, sont
saisis
comme
espions et enfermés pendant huit
jours, au pain et à l'eau, à Bruxelles.
un père de Picpus
ait été dite
depuis
célèbre la
le
Le 23 octobre,
première messe qui
13 septembre,
et le
6 décem-
bre, le cardinal vient réconcilier l'église.
16
LA TRAGÉDIE D*AERSCHOT
222
Cet exposé ne serait pas complet
d'ensemble, je n'ajoutais
comme
si,
au tahleau
épisode les des-
tinées de quelques Aerschotois.
Le doyen.
—
a passé la journée
Il
du 19
bulance des sœurs rue de l'Eternité;
nuit chez lui sans être molesté
et
il
à l'am-
rentra la
sans savoir ce
qui se passait, sauf l'incendie.
Les
vicaires.
— On vient
lance, sans doute
pour
les
chercher à l'ambu-
les fusiller,
dans
la nuit
du 19 au 20; ils passent la nuit dans la citerne
d'une maison en construction, où l'on est au
nombre de seize personnes; le doyen vient les rejoindre
lendemain matin. Les quatre prêtres
le
s'y
trouvent donc réunis; les laïques en soTtent le 20
pour
fuir.
Le
juge.
chez
lui,
— Plusieurs personnes
dans l'espoir que sa position officielle
les protégerait.
à
manger
voyer
s'étaient retirées
Les Prussiens arrivent, demandent
et à boire.
les enfants,
Un
officier lui dit de ren-
ce qu'il fait.
A
deux heures
arrivent trois autres officiers. L'un d'eux lui dit
« Quelle idée a
de passer
un
?
eu votre roi de nous empêcher
Nous aurions
sous-officier lui dit
perdu
que
:
tout payé. » Plus tard,
« Est-ce
la tête? S'attaquer à
la nôtre? »
:
Un
que votre roi a
une armée aussi
forte
autre vient lui réclamer du
vin en lui mettant son browning au visage et
part avec quatre bouteilles. Envoyé par cdui-ci,
223
LA TRAGÉDIE d'AERSCHOT
un autre
ou huit
sous-officier arrive avec sept
soldats, colle le juge
que
pendant
revolver
au mur en
le
menaçant du
hommes
les
vident
la
cave. Puis les trois officiers reviennent en lui
reprochant d'avoir donné de Talcool à leurs sol-
Le
dats.
au moment où
soir,
les
enfants allaient
se coucher, ils voient l'incendie, puis la fusillade;
pénètrent dans la maison
les soldats
le
hommes
juge avec trois
extérieur,
mains
les
einem
mit
geschossen
en
et saisissent
qu'ils adossent
au mur
« Sie
haben
l'air
:
Mauser.
Wir werden
Sie todschiessen, Schweinhunde. » Ils les couchent
en joue
et leur
lancent la baïonnette à
de la poitrine. Bastiaens, l'un des trois
un doigt
hommes,
parvient à s'échapper. Puis des soldats entraînent
le
juge; et les autres, armés de mèches spéciales,
mettent
une
le
feu aux quatre coins de la maison, avec
dextérité telle
que
celle-ci
flambe en moins
de quatre minutes. Le juge est entraîné
en
l'air,
macadam
rière,
dans
un
Sie
crevassé; en route,
un
soldat, par der-
porte trois violents coups de crosse
le dos.
officier
Après vingt minutes, arrive à cheval
:
«
frei.
Wir haben
»
Et
passent la nuit dans
voisin.
bras
avec ses enfants sans souliers sur le
lui
sind
les
Le
zu
viel
Gefangen
;
le
juge avec ses enfants
un
carré de pois, chez le
lendemain
matin,
on
vint
le
re-
LA TRAGÉDIE d'AERSCHOT
224
prendre, disant qu'il a tiré
siller;
on l'emmène, on
relâche.
on
qu'on va
et
enfin on
le maltraite,
s'en va à la recherche d'un
Il
une troisième
l'arrête
fois et
le fu-
est
il
le
médecin;
emmené
dans un champ où se trouvent une cinquantaine
de prisonniers, notamment son
fils
qui se jette h
son cou en pleurant. Ce spectacle attendrit un
chaudes larmes; peut-être
officier qui pleure à
pensait-il à ses propres enfants et à
un
sort sem-
blable que pouvait leur réserver la guerre; les
autres officiers semblaient s'intéresser à lui;
comme
fut envoyé
au pain sec
otage dans
et à l'eau,
une maison, nourri
avec menace d'être fusillé
à la première balle tirée par des civils
militaires. Puis
grandeur
Le
21,
et la
il
on
le régala
de discours sur la
suprême
recommandations à
arrivée;
champ, où
pour
le
dans
l'éternel repos.
les
le
On
vais traitement, et le soir
ses
fait subir
on
les
main
22,
le
part
aucun mau-
ramène
à l'église,
deux autres enfants à moitié
soldat apporte à boire et à
larmes lui coulent
et
retient avec d'autres,
l'y
habillés. L'église fut bientôt bondée.
un
fait
bourgmestre dormait déjà
y nourrit, on ne leur
où le juge retrouve
il
ses enfants, leur
remet un portefeuille contenant 550 francs
on
ou des
puissance de l'empire allemand.
croit l'heure
ses dernières
il
Vers minuit,
manger; de grosses
long des joues. Le lende-
on renvoie d'abord
les
femmes
et les
LA TRAGÉDIE d'AERSCHOT
225
hommes
enfants à dix heures, puis les
au-dessus
de cinquante-sept ans. Les autres devaient être
emmenés en Allemagne. Une dame
le
juge
veuf
« Il est
:
et
intercède pour
père de trois enfants qui
n'ont que lui. » Alors, rofficier le relâche.
Le juge
d'amis,
et,
2S dans une maison
reste jusqu'au
l'après-midi de ce jour,
il
part avec «es
enfants pour Louvain, sa ville natale, où demeure
son frère.
Louvain
heures,
matin,
y arrivent à quatre heures; à huit
Ils
ils
A
flambait.
du
deux heures
sont de nouveau arrêtés, mais sur
l'af-
firmation d'un soldat qu'ils sont des gens pai-
on
sibles,
les laisse libres.
Au
matin,
dans une bande de fuyards chassés
au poing, vers
le
se jettent
ils
canal de Malines:
revolver
le
ils
étaient
sauvés.
^
lène
est la tragédie d'Aerschot.
résumé,
les destinées
Une population
mois.
Hé-
de
la
On
y
voit,
en
Belgique pendant des
paisible, inoffensive, sans
armes, se voit envahie par l'ennemi. Elle n'a'pré-
paré
que
vivres,
des
mais
ambulances;
elle a le
elle
distribue
malheur d'avoir
été défen-
due, et c'est ce qu'on ne pardonne pas. « Si
civil
ou un militaire
L'exaspération de voir
met de
résister à la
tire,
un
des
un
vous serez fusillés.»
petit
peuple qui se per-
grande Allemagne;
<(
Etes-voiis
LA TRAGÉDIE d'AERSCHOT
226
fous?» Puis,
la platitude incroyable: ((Nous
Les
payé!»
tout
arbitraires:
sévices
aurions
personnes
égorgées, la plupart parce qu'un officier est tombé,
sans qu'il y ait la moindre preuve contre les
Belges.
La
discipline
dans
La
le
masquer un manque de
en accusant les habitants. La férocité
nécessité de
supplice de cent quarante-neuf personnes.
dans l'incendie. Le
férocité
enfin,
pillage,
qui ne laisse plus rien subsister. Tel
est,
d'après
des témoignages nombreux, concordants et irréfragables, l'œuvre de la
Elle est exemplative et
vieil
adage
((
culture allemande
on peut
lui
appliquer
».
le
:
Ab uno
disce omnes.
Aerschot se relèvera de ses ruines
et les
pardonneront à leurs bourreaux. Mais
victimes
la
tache
infligée au blason de l'Allemagne n'en disparaîtra
pas de
tistes,
sitôt. Travaillez,
rhéteurs, professeurs, ar-
à la laver vous n'y parviendrez pas. Les
mains de l'Allemagne sont comme
Macbeth
:
elles
gardent
celles
la tache sanglante.
de lady
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
Avertissement
Préface de S, E, le cardinal Mercier Archevêque de Malines
vu
Avant-propos de Georges Goyau
xv
^
Introduction
Chapitre
I.
Chapitre
II.
xi
1
La neutralité beige depuis 1831.
La Belgique à la veille de Tattentat.
.
7
23
Chapitre IIL L* « ultimatum » allemand et la ré-
ponse de
Chapitre IV.
la
Belgique
Comment
les
38
Prussiens essaient de
52
justifier l'attentat
Chapitre V. La résistance de la Belgique à l'attentat prussien
91
120
Conclusion
Appendices
I.
:
Comment TAllemagne
a calomnié le Gou-
vernement belge
IL Comment r Allemagne a
Nécrologe des
Ilï.
Comment
129
traité la Belgique.
161
de Belgique
176
villes et villages
l'Allemagne a traité
belge
La tragédie d'Aerschot
le
clergé
191
207
En vente chez
mêmes
les
—
éditeurs
:
Bellemans (Alphonse).
Victor-Jdcohs 1838-1891, Avec une
préface de M. Woeste. ministre d'Etat.
Gr. iA-8° de
xvi-763 p
fr.
BuFFiN (Baron Camille).
Documents inédits sur Id Révolution Belge,
—
—
—
ln-8**
de 500 pages
Chastel (Comte Adolphe du).
i.
—
fr.
10
8
Les Hollandais ava/nt,
peiidant et après la Révolution, D'après des souvenirs de
—
~
In-12
Cinquante mois d'occupation allemande, par Louis
famille.
.
Grille,
phonse Ooms et Paul Delandsheere :
Tome I, 1914-1915, 1 beau vol. in-8<» de 600 pages
Tome II, 1916, 1 beau vol. in-8<* de 600 pages
.
Tome
Tome
fr.
.
.
fr.
.
>.
fr.
6
6
III, 1917, sous presse.
IV, 1918, en préparation.
Jules).
Les derniers jours de Duffeh
De Duffel à la Clinge.
In-12 avec gravure
./
.fr.
Henry (Albert).
retour
Un
à la barbarie. La déportation
des Ouvriers belges en Allemagne, In-8°
fr.
KuRTH (Godefroid).
Les Origines de la Civilisation moderne,— 6* édition, 1912, 2 vol. in-8° de XL-340 et 304 p.,fr.
Martinet (André).
Léopold P^ et V Intervention française
en 1831,
Grand in-8^ de 315 pages
fr.
La seconde Intervention française et le siège d'Anvers 1832.
Grand in-8« de 300 pages
fr.
La Mort et les Funérailles du roi Léopold II;' l'Avènement
au trône du roi Albert, Quelques documents.
I vol. in-4**
de 244 pages, avec portraits hors texte
fr.
PouLLET (P.).
Les Institutions frariçaises de 1795 à 1814,
«Essai sur les origines des Institutions belges contemporaines». Grand in-8" de xii-976 pages
fr.
RoBiANO (Comte André de).
Le Baron Lambermont, sa vie
et son œuvre,
Grand in-8'* de 246 pages, avec portrait, f r.
Teronden (Ch.).
Guillaume P', roi des Pays-Bas, de
l'Eglise catholique en Belgique 1814-1830.
2 vol. in-8*'.de
xxii-528 et 470 pages
fr.
Trannoy (Baron de), docteur en sciences politiques et commerciales.
Jules Malou 1810-1810,
In 8** de xvi-590 pages,
avec portrait
fr.
T'Serclaes de Wommerson (Comte), général-major de l'armée
belge et le colonel F. De Bas.
La Campagne de 1815 auœ
Pays-Ba^, d'après les
néerlandais.
officiels
rapports
Tome I : «Quatre-Bras» ; tome II «Waterloo»; tome III :
((Notes et plans».
3 vol. in 8® de 600 à 600 pages chacun,
fr.
avec cartes
Gernaert (Lieutenant
—
—
—
6
Al-
—
—
.
—
—
—
.
......
•
1.75
2.50
10
5
5
—
.....
—
—
—
—
10
10
5
—
..........
10
—
—
.
8
—
—
:
25
Téléchargement