Pourquoi la croissance ? La croissance pour quoi ?
Eléments de corrigé
Remarques préliminaires :
Ce sujet, clair, dont le plan est suggéré par l’intitulé (les causes, les finalités) est sans doute
plus difficile qu’il n’y paraît. La difficulté consiste à faire tenir de façon concise, dans le cadre
étroit d’une copie, les diverses analyses de la croissance qui sont riches et variées.
Introduction
La croissance est un peu aux sociétés modernes ce que Kant pensait à propos de l’art, disant
qu’il est finalité sans fin. L’ambiguïté quant aux finalités se double d’une difficulté à en
appréhender les moyens. On pourra à cet égard rappeler la phrase de Samuelson : « La
croissance des années 60 fut une sorte de miracle économique ; la véritable question n’est
pas de savoir pourquoi les choses vont-elles si mal aujourd’hui, mais comment elles ont pu
aller si bien à l’époque »
Si l’on définit généralement la croissance comme l’augmentation continue à long terme de la
production, l’indentification de ses causes n’en demeure pas moins complexe. Elle est le fruit
d’une interaction dynamique d’un grand nombre de facteurs économiques et non
économiques. La réflexion des économistes, dès les débuts, s’est attachée à élucider le
processus de la croissance. Ces travaux représentent l’issue de leur réflexion qui est
d’apprender par une connaissance précise les facteurs explicatifs de la croissance afin d’en
maîtriser la mécanique dans le but de perpétuer des régimes de croissance permanents.
Les économistes classiques ont surtout étudié le rôle des facteurs de production et du progrès
technique comme éléments favorisant la croissance. D’autres économistes, keynesiens ou
hétérodoxes ou sociologues ont recherché d’autres facteurs (I) Nous étudierons dans une
deuxième partie les finalités et les limites de politiques vouées à la recherche de la croissance
(II)
I. Les causes de la croissance
A- Les sources primaires de la croissance ; la croissance dépend du volume des facteurs
engagés dans la production
1) Croissance et quantité de travail
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Mercantilistes : pop nombreuse, clé de la puissance et de la prospérité « il n’est de
richesse et de force que d’hommes » J Bodin / Adam Smith ou la « richesse des
nations » réside dans le travail humain, qui seul, crée de la valeur.
Formalisation néoclassique : le production est fonction des facteurs capital et travail et
le volume de l’ « output » dépend en premier lieu de la quantité de travail (nbre
d’actifs x temps de travail.
La contribution quantitative du facteur travail a été plus forte dans le contexte du XIX°
/ XX° ou la croissance est moins intensive en travail (cf. Carré Dubois, Malinvaud sur
la croissance française)
2) L’accumulation du capital
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Croissance < augmentation dans le temps des capacités de production ; condition
impérative de la croissance pour les classiques et néoclassiques. Robert Solow avait
1
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montré dans son modèle de 1956 que si la croissance optimale vise à maximiser la
consommation/ tête, la « règle d’or » pour l’atteindre consiste à déterminer un niveau
d’I (et d’épargne) tel que la productivité marginale du capital soit égale au taux de
croissance de la population ou « taux de croissance naturel » de l’économie défini par
Harrod en 1948. Domar explicite par la suite le lien entre la croissance et
l’investissement en montrant que c’est le taux d’investissement qui détermine la
croissance, pour un coefficient de capital donné. A signaler rapidement que le point
commun des modèles de Harrod et de Domar est qu’il n’existe aucun mécanisme
économique qui permet de s’approcher d’une croissance équilibrée. Le chemin de la
croissance équilibrée est très étroit (phénomène du « fil du rasoir ») et procède du
hasard. Le problème du « fil du rasoir » fut étudié ensuite au milieu des années 50 par
l’ajustement du niveau de l’épargne. Pour Kaldor et Robinson, la répartition des
revenus permet d’assurer une croissance équilibrée en ajustant l’épargne à
l’investissement (Kaldor) et l’investissement, source de profit, à l’épargne induit par
le profit (Robinson) La croissance est équilibrée si les E parviennent à imposer la
répartition des revenus qui rend compatibles les liens de causalité [voir cours pour plus
de détails ]
Les travaux empiriques ont au-delà de ces controverses, confirmé cette causalité, ou
au moins cette corrélation entre croissance et accumulation du capital. L’accélération
de la croissance au XX° s’est accompagnée selon A Maddison d’une multiplication
par cinq du capital productif par tête aux EU. Le taux d’accumulation du capital qui
mesure le stock de capital s’est révélé comparable à long terme à celui de
l’accroissement du PIB, en sorte que le coefficient de capital est resté constant,
vérifiant ici l’un des « faits stylisés » de la croissance selon Kaldor.
B - Le rôle clé du progrès technique
1) Le résidu et l’imputation d’une partie du progrès technique aux facteurs
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Dans la « comptabilité de la croissance » l’augmentation de la quantité de facteurs
utilisés explique une faible part de la croissance au XX°. Fonction Cobb-Douglass
attribue à un troisième facteur, le résidu de la croissance inexpliqué. < progrès
technique.
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Le « résidu » est un reste dont on ne sait décrire la nature ; il est la « mesure de notre
ignorance » selon la formule de Moses Abramovitz (1912-2000). C’est une « manne
tombée du ciel ».
2) Le progrès technique endogène
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Dans modèle de Solow, les rendements sont constants et le PT exogène, miracle
aléatoire, qui conditionne pourtant l’essentiel de al croissance. Nouvelles théories de la
croissance va « endogénéiser » le PT, en en faisant le résultat des comportements
économiques.
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Le PT devient une composante de la croissance, un autre FP. Un système global
d’explication ou l’on intègre la K, le T mais aussi la formation, la recherche…/La
compétence humaine devient un capital (capital humain de Gary BECKER) /Il n’y a
plus rien d’extérieur, l’accumulation du capital humain est endogène /K. humain,
technologique sont en interaction et font boule de neige /Ces capitaux génèrent des
rendements croissants
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Paul Romer affirme que le moteur de la croissance (le facteur résiduel) provient de
l’accumulation des connaissances comme chez Robert Lucas. Les dépenses
d’infrastructures et leur rôle sont étudiés par Robert Barro.
II- D’autres regards sur les sources de la croissance
A) Le rôle des innovations au cœur de la dynamique capitaliste et de l’organisation de
l’entreprise
1) La dynamique des innovations au cœur des cycles économiques de croissance
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La croissance résultant des innovations est décrite par Schumpeter comme un
« processus de destruction créatrice qui révolutionne incessamment de l’intérieur la
structure économique, en détruisant continuellement des éléments vieillis et en créant
continuellement des éléments neufs »
Rôle de l’entrepreneur dans ce processus historique qui brise l’équilibre du « circuit
routinier » / apparition de grappes d’innovations
Les cycles d’innovations majeurs se superposent aux cycles longs mis en évidence par
Kondratiev [points de développement dans le cours]
2) La recherche de l’organisation optimale
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Division du travail, cause de la démultiplication de la puissance productive pour
Smith, systématisée dans les organisations tayloriennes du XX° et facteur de
l’élévation de la productivité et de la croissance.
Théorie néoclassique = capitalisme de petites unités (atomicité) pour une CPP.
Contredit par la réalité : la logique de l’innovation confère des positions de monopole,
générant des profits exceptionnels, gage de réinvestissement et de poursuite du
processus d’innovation. → La grande taille permet des économies d’échelle dont les
origines sont multiples : baisse des coûts de transaction (Ronald Coase), économies
d’échelle. Historiquement, l’essor de la grande E a accompagné la croissance fordiste
qui reposait sur la production de masse.
Aujourd’hui, tendance au « down sizing » ; structures productives plus réduites et plus
souples en se recentrant sur le cœur de métier.
B) Le rôle de la demande et du cadre général de l’activité économique
1) La croissance, résultat du dynamisme de la demande globale
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Révolution keynésienne inverse la séquence causale de l’activité économique et
accorde un primat à la demande. Demande d’I exerce un effet multiplicateur sur
l’offre, à travers des vagues successives de dépense et de production. + rôle de
l’investissement socialisé si I privé est insuffisant en raison des « esprits animaux » et
de l’incertitude.
Politique de soutien de la demande durant les trente glorieuses
Loi de Kaldor-Verdoorn qui établit un lien de causalité réciproque entre croissance de
la production de celle de la productivité. Une demande dynamique soutenue par
l’action des pouvoirs publics, en stimulant la croissance, engendre des économies
d’échelle et rend l’économie plus efficiente.
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2) La croissance dépend des caractéristiques socioculturelles et institutionnelles
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Importance de la culture, dont le système de valeurs favorise ou non l’essor du
développement économique. Voir cours sur Weber et AE n°53 « La culture influence
t-elle la croissance ? » [poly distribué]
Les institutionnalistes, courant de la nouvelle histoire économique. Douglass North
montre par exemple qu’un facteur décisif de la croissance est l’aptitude d’une société à
définir des « arrangements institutionnels », ensemble de règles, de codes de conduite
où vont s’inscrire les comportements. Cf. Les théoriciens de la croissance
redécouvrent les liens existant entre institutions et croissance » AE n°53 HS n°22
distribué en cours
Liens entre croissance et valeurs démocratiques développés par J Baechler et A Sen
III Les finalités de la croissance
A Un objectif souhaitable et recherché
1) La croissance porte à long terme une amélioration des niveaux et conditions de vie
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En deux siècles de RI, la production en France a été multiplié par 35 et le revenu réel
par tête par plus de quinze. Croissance à long terme permet l’entrée dans l’ère de
l’abondance, ce « Grand espoir du XX° » / PT repousse les limites de la rareté et le
volume des besoins satisfaits a considérablement augmenté. La croissance est « une
augmentation à LT de la capacité d’offrir une diversité croissante de biens » selon
Kuznets.
Elévation du revenu et diversification de la consommation, conforme aux lois d’Engel
La croissance, condition du développement (voir autres éléments de cours dans le
chapitre 1 et dans le corrigé du devoir n°1)
2) La croissance constitue à court et moyen terme la variable majeure de la conjoncture
économique
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Les variables qui composent la conjoncture d’une économie dépendent de l’intensité
de la croissance. L’accroissement des revenus, salaires et profits conditionne en retour
celui de la consommation et de l’I.
I sensible à la croissance dans une boucle interactive et vertueuse qui fait de
l’expansion un phénomène autoentretenu.
La croissance détermine le climat psychologique « climat des affaires » dans la théorie
keynésienne/ importance du moral des agents dans les décisions économiques de
consommation et d’investissement.
B Mythes et limites de la croissance
1) Les coûts d’opportunité de la croissance pour l’homme et l’environnement
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Subordination forte de la vie sociale à une logique productiviste. Le travail a envahi la
vie sociale et pas toujours dans des conditions de libération des travaux « pénibles »
comme le prévoyait Jean Fourastié dans le « Grand espoir du XX° ».
Bienfaits de la croissance inégalement partagés. Les dividendes du progrès ne sont
pas équitablement répartis. Cf. les analyses étudiées dans le chapitre I, partie II
(Répartition et redistribution des revenus) / La croissance tend à s’accompagner d’une
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accentuation des inégalités (forte depuis les années 80) et de l’extension de nouvelles
formes de pauvreté. (pauvreté dans l’abondance)
Dégâts du progrès sur l’environnement, dénoncés depuis les rapports du « club de
Rome », mettant en garde contre les dangers d’épuisement des ressources naturelles et
préconisant la « croissance 0 » à l’époque, la décroissance aujourd’hui.
Problèmes environnementaux aiguisent aujourd’hui la prise de conscience des limites
naturelles de la croissance ou de la nécessité de l’inscrire dans les conditions d’un
« développement durable ».
2) Croissance et bien-être ou les mirages de la croissance
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La croissance du PIB masque souvent un enrichissement factice : accidents, pollution,
maladies, catastrophes font augmenter le PIB à travers les B & S produits pour en
corriger les effets. Cf. Commission Stiglitz, Sen et rapport dans quelques mois au
Président de la République.
Le PIB augmente en raison de l’accélération, voulue par les industriels, de
l’obsolescence des produits, à travers la mode, la publicité, le PT. Le profit exige une
rotation perpétuelle et rapide de la gamme des produits / Rôle de la publicité créant de
faux besoins et stimulant la « pulsion d’achat ». Société de consommation et
« Civilisation de l’avoir », critiquées par Jean Baudrillard ou H Marcuse.
Conclusion
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La croissance est un processus dont les causes sont complexes et discutées par la
science économique depuis Adam Smith dans son ouvrage « Recherches sur la nature
et les causes de la richesse des nations ». La croissance est le résultat d’un ensemble
de facteurs de natures différentes, quantitatifs et qualitatifs, en interaction.
Ces recherches sur les sources de la croissance sont encore incomplètes et d’autres
interrogations se dessinent aujourd’hui, portant sur les finalités de ce processus. Déjà,
John Stuart Mill estimait qu’au-delà d’un certain seuil de croissance, il valait mieux
que la croissance s’arrête pour laisser place à des préoccupations plus élevées. Keynes
souhaitait un qu’une société de plein emploi amène enfin les hommes à se préoccuper
de questions artistiques et spirituelles.
De nouvelles valeurs moins exclusivement centrées sur la consommation marchande
et le travail tendent timidement de s’affirmer avec comme fondement une
désacralisation progressive de la croissance. Certains sociologues, économistes ou
philosophes comme Dominique Meda (in « Qu’est ce que la richesse ? » 1998)
pensent depuis longtemps une société future qui ne serait plus seulement matérielle,
mais aussi composée de plus de liberté, de relations et d’activités gratuites.
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