On ne badine pas avec l`amour, Musset / Txt compl/ Questions de

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On ne badine pas avec l’amour, Musset / Txt compl/ Questions de mise en scène : mise en scène de Philippe Faure
Le bonheur est dans le pré ? (source : lyonweb.net)
“Tragédie de l’innocence”, c’est ainsi que Philippe Faure évoque le texte de Musset, comme une comédie
dramatique où rien ne vient alléger la prescience angoissante de la catastrophe amoureuse. Musset déclinait déjà
cette confusion des sentiments, inéluctable et destructrice, dans Les Caprices de Marianne en 1833, un an avant
d’écrire son proverbe, On ne badine pas avec l’amour. “Musset”, explique Philippe Faure, c’est “un théâtre
romantique et amoureux, à la liberté de ton incomparable, très actuel, renvoyant aux mots d’un autre poète,
Rimbaud : « Il faut absolument être moderne ! » Le théâtre de Musset, c’est celui d’une jeunesse qui ne laisse pas
voir la tragédie, mais qui porte la mort en elle-même...”. Cette jeunesse inconsciente est d’abord celle de Perdican,
bachelier sûr de ses atouts, celle de Camille, toute empreinte de son éducation religieuse, clamant les dangers de la
passion, et celle de Rosette - sœur de lait de Camille - simple paysanne manipulée par Perdican qui lui promet
l’amour. Ce trio-là, ignorant du tourbillon infernal qui l’entraîne, est entouré d’un chœur, personnages grotesques
commentant le drame qui se joue, fantoches difficilement identifiables, sans repères d’âge, reflet d’une esthétique
que le metteur en scène et son fidèle complice, le décorateur Alain Batifoulier, ont voulue universelle et
atemporelle. Ensemble, ils ont repensé à ce pré d’herbe verte qu’ils avaient imaginé pour une création plus
ancienne, “un symbole de liberté fascinant, un terrain de jeu bien palpable, aux connotations tant érotiques que
dramatiques”, s’accordent les deux artistes. La jeunesse court donc vers sa perte dans ce champ qui voit passer
toutes les intensités du jour, de l’aube au crépuscule, de l’ivresse à la mort. Ainsi débridée, la pièce affirme aussi son
versant pétillant, coloré, contrepoint cruel à une sombre issue. Philippe Faure se souvient de Pialat, de Sous le soleil
de Satan et de cette réalité de la terre, inquiétante et brute, de l’énergie d’une histoire où les personnages s’égarent.
En repensant au regard de Sandrine Bonnaire dans ce chef-d’oeuvre du cinéma, on se réjouit d’imaginer cette pureté
effarouchée sur une scène.
On ne badine pas avec l'amour Par Yves Neyrolles
Comme nous y invite le dossier de presse, on pourrait rappeler, en liminaire, ces vers de
Musset dédiés à George Sand:
"Et nous, vivons à l'ombre, ô ma belle maîtresse,
Faisons-nous des amours qui n'aient pas de vieillesse;
Que l'on dise de nous, quand nous mourrons tous deux:
Ils n'ont jamais connu la crainte ni l'envie;
Voilà le sentier vert où, durant cette vie,
En se parlant tout bas, ils souriaient entre eux."
À cause du sentier vert. Ce sentier deviendra pré, grâce au décor d'Alain Batifoulier. Pour le
bonheur, ce bonheur évoqué sous la dictée d'un rêve auquel l'amoureux blessé donne, pour ne pas désespérer tout
à fait, la forme absolue du poème? Justement pas. Pour éclairer d'un jour particulièrement cru cette "tragédie de
l'innocence" (Philippe Faure), ce badinage qui finit par faire deux malheureux et une jeune morte.
Le metteur en scène, qui à plusieurs reprises a déjà fréquenté Musset, veut en quelque sorte vérifier une fois encore
que ce théâtre-là est bien "celui d'une jeunesse qui ne laisse pas voir la tragédie, mais qui porte la mort en ellemême"
Dans ce pré d'herbe verte, "un symbole de liberté fascinant, un terrain de jeu bien palpable, aux connotations tant
érotiques que dramatiques, (…) la jeunesse court donc à sa perte", et l'on verra défiler "toutes les intensités du jour,
de l'aube au crépuscule, de l'ivresse à la mort". Pour son travail de mise en scène, Philipe Faure se dit aussi très
inspiré de celui que Pialat a développé dans Sous le soleil de Satan, où le cinéaste faisait se rencontrer la matérialité
brute et la couleur inquiétante de la terre et le regard singulier d'exaltation spirituelle d'une Sandrine Bonnaire.
Ce sont Anne Comte, Claudine Charreyre et Marc Voisin qui auront à porter ici la langue atrocement lumineuse de
cette jeunesse jouant avec le feu et s'y perdant:
"Il est plus doux de retrouver ce qu'on aime que d'embrasser un nouveau-né"; ou bien: "L'amitié ni l'amour ne
doivent recevoir que ce qu'ils peuvent rendre"; ou encore: "Est-ce toi, Camille, que je vois dans cette fontaine, assise
sur les marguerites, comme aux jours d'autrefois?"; jusqu'à ce constat lapidaire, lourd et bref comme la chute d'une
pierre: "Elle est morte. Adieu, Perdican", tant il est vrai qu'on ne badine vraiment pas avec l'amour.
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