
les erreurs du premier type(prendre une mauvaise décision) et les erreurs du
second type(rejeter une bonne décision). Ces questions sont importantes car
les autorités de toute transition sont condamnées à procéder à des réformes
profondes mais progressives des systèmes et structures hérités du régime
antérieur dans la période même d’apprentissage du pouvoir(KASSE
M.1982). Cet apprentissage entraîne forcément des coûts dont il faut
minorer le volume et les incidences. Pour ce faire, il importe de bien
analyser la situation d’ensemble afin de mieux appréhender les marges de
manœuvre qui s’offrent au gouvernement et qui parfois, dans certains
domaines, sont assez étroites.
Depuis l'indépendance, le Sénégal a parcouru un long chemin sur la
voie de l'achèvement d'une démocratie ouverte, libérale pluraliste,
favorable au développement de l'initiative privée et à la bonne marche des
affaires. Par rapport à la moyenne des pays africains, la construction d'un
Etat de Droit appuyé sur des institutions administratives et judiciaires
indépendantes y compte un temps d'avance. Le pluralisme politique, le
contrôle de légalité, ainsi que, désormais, la décentralisation, ont fini par
former un cadre juridique au sein duquel les "prérogatives exorbitantes du
droit commun", le "fait du prince" et autres privilèges dont la puissance
publique pouvait se prévaloir, ont été progressivement limitées.
Récemment, l'engagement du pays dans la traduction législative et
réglementaire des principes de "Bonne Gouvernance" a parachevé le
mouvement. La création d'un organisme chargé de contrôler le processus
électoral, la publicité des procédures de passation des marchés publics et la
modernisation de la gestion administrative participent, en effet, de la même
dynamique de stabilisation du Droit et des institutions. Tout n’est pas
parfait, loin s’en faut mais il demeure qu’aujourd’hui, les sénégalais
peuvent parler, écrire et imprimer librement. Il leur est loisible d’aller et
venir, de participer à la gestion des affaires publiques comme
d’entreprendre, sans que ces libertés puissent être obstruées ni remises en
cause par la puissance publique. Cette dernière tente au contraire
d’accompagner leurs efforts en les gênant le moins possible. La meilleure
preuve en est la souplesse avec laquelle l’administration contrôle le
développement des activités économiques, que ces dernières relèvent ou
non du secteur formel. Au lieu d’adresser des commandements tatillons, et
suivant en cela des choix politiques, elle tente plutôt d’accompagner les
initiatives privées dans la voie de leur croissance et de leur modernisation.
De même, le transfert à l’échelon local de compétences auparavant
détenues par le pouvoir central témoigne de la volonté de gérer les affaires
publiques au plus près des besoins des populations, dans le respect de
l’intérêt général.
Sans doute cette entreprise de limitation du recours possible à
l'arbitraire n'a-t-elle pas peu contribué à appuyer les activités économiques.