
Arbres urbains, quel avenir?
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Réchauffement climatique et végétation
Les changements climatiques mettent les arbres à rude épreuve. A la HEI-VS, des étudiants
prennent Sion comme exemple afin d’illustrer les effets de ces mutations sur les poumons
verts de Suisse.
Olie Girard, étudiant en Energies et techniques
environnementales
Marta Fidscht, étudiante en Techniques végétales
Texte
Vincent Huron
Sion, ville verdoyante
Au sortir de la gare de Sion, tout n’est qu’asphalte,
béton. Pourtant quand on s’aventure dans le coeur histo-
rique de Sion, on découvre toute une autre athmosphère
dans laquelle la végétation a pris sa place.
Parcs publics, aménagements de places vertes et mobi-
lité douce sont les rois. Sion a bel et bien de la chance
dans ce domaine.
La ville est un environnement hostile pour
l’arbre
Les arbres urbains rendent de nombreux services
écosystémiques. Ils régulent le climat, purifient l’air et
contribuent à infiltrer l’eau de pluie. Mais leur efficacité
ne dépend pas seulement de leur nombre : encore faut-il
qu’ils soient sains.
Or, ces végétaux affrontent des conditions extrèmes -
l’imperméabilisation des sols, le sel, la pollution athmos-
phérique, le manque de place pour leur racine, les chan-
tiers. Cela se reflète dans leur durée de vie, raccourcie
de moitié en moyenne, voire des trois quarts pour ceux
en bord de rue. L’endroit où ils sont plantés exerce en
effet une influence prépondérante dans leur longévité.
Depuis janvier 2014, une équipe d’étudiants de la
HEI-VS examine les arbres de Sion, sous l’angle de leur
vitalité et de leur résistance aux changements clima-
tiques. L’inventaire confirme entre autres que ce sont
les exemplaires placés aux intersections et aux arrêts
de transports publics qui représentent le plus mauvais
état de santé. Ainsi, en ces endroits, le noisetier de By-
sance, pourtant considéré comme bien adapté au milieu
urbain, souffre très fortement du sel, alors qu’il prospère
ailleurs.
Le réchauffement accentue le stress
Les scientifiques ont pu montrer l’influence considé-
rable d’un phénomène baptisé «îlot de chaleur»: dans
les quartiers denséments construits, comme le centre-
ville de Sion, l’air se réchauffe bien plus vite que dans
les zones vertes et se raffraîchait aussi nettement moins
la nuit. S’y ajoute la pertubation du régime des eaux due
à l’imperméabilisation des sols. Concéquence : mainte-
nant déjà, en ces endroits, les arbres sont sujets à un
double stress, thermique et hydrique. L’îlot de chaleur,
associé aux autres facteurs typiques des villes, explique
pourquoi la moitié des essences répertoriées qui sont
plantées dans les rues sont dans un état allant de mé-
diocre à très mauvais. Dans les parcs, en revanche, 80%
se portent de bien à très bien.
Ce double stress va, à vrai dire, encore s’accentuer
: se fondant sur un scénario climatique modéré, Météo-
Suisse prévoit que la température des grandes agglo-
mérations du pays, dont Sion, augmentera de 1,2 à 3°C
d’ici 2060.Mais les étés chauds et secs ne sont pas en
cause : les hivers plus courts affaiblissent également
de nombreux arbres. A l’avenir leur dormance hivernale
pourrait se terminer dès février, avec à la clé, un ac-
croissement - variable selon les espèces - du risque de
dégâts dû aux gels tardifs printanniers. «Les arbres ci-
tadin, déjà fortement sous pression, deviennent encore
plus vulnérables avec les changements climatiques»,
fait remarquer Marta Fidscht, étudiante à la HEI-VS. Ils
sont alors d’avantage sensibles aux maladies et aux at-
taques de ravageurs. Bref : nous sommes en présence
d’un cercle vicieux.
L’infuence du site saute aux yeux. Nous sommes à gauche sur
l’avenue de la gare et à droite dans un parc proche de l’église
Saint-Théodule.