Session de :
JANVIER 2014
Examen de : Master 1 Economie et finance internationales
Epreuve de : Economie et politique monétaire
Durée :
2 heures
En vous aidant du document ci-dessous, vous répondrez aux questions suivantes.
1. Rappelez quels sont les différents éléments de la stratégie de politique monétaire de la
Banque centrale européenne.
2. En quoi le discours du gouverneur de la BCE s’inscrit-il dans ce cadre ?
3. Quels sont les différents éléments qui montrent que la BCE s’inscrit dans une
démarche de transparence ? Quels sont les arguments théoriques qui poussent
aujourd’hui les Banques centrales à sortir de l’ambiguïté constructive et à être plus
transparentes ?
4. Quel est le message de la Banque centrale quant à sa politique monétaire future ? Que
cherche-t-elle à dire ?
5. Compte tenu des éléments présentés par la Banque centrale, trouvez-vous justifié sa
décision de ne pas modifier l’orientation de sa politique monétaire ? Argumentez votre
réponse.
6. Quelles sont les limites actuelles à l’utilisation du taux de refinancement comme
instrument de la politique monétaire ? Quels autres instruments aurait la BCE à sa
disposition pour assouplir sa politique monétaire ?
7. Quelles leçons l’expérience japonaise de déflation permet-elle de tirer pour la
politique monétaire ?
BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE
CONFÉRENCE DE PRESSE de Mario DRAGHI
5 décembre 2013
Mesdames et messieurs, je suis très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Je vais à
présent vous faire part des conclusions de la réunion du Conseil des gouverneurs qui s’est tenue
aujourd’hui.
Au terme de notre examen régulier de la situation économique et monétaire, nous avons décidé de
laisser inchangés les taux d’intérêt directeurs de la BCE. Les informations et les analyses
disponibles ont conforté notre évaluation et nos décisions de politique monétaire du mois dernier. Les
tensions sous-jacentes sur les prix dans la zone euro devraient rester contenues à moyen terme.
Corroborant ce scénario, les évolutions monétaires et celles du crédit demeurent atones. Dans le même
temps, les anticipations d’inflation à moyen et à long terme pour la zone euro continuent d’être
solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des niveaux
inférieurs à, mais proches de 2 %. Cette configuration tend à indiquer que nous pourrions connaître
une période prolongée de faible inflation, suivie d’une remontée graduelle vers des taux d’inflation
inférieurs à, mais proches de 2 %. L’orientation de notre politique monétaire demeurera
accommodante aussi longtemps que nécessaire et continuera ainsi de soutenir la reprise progressive de
l’économie dans la zone euro. Dans ce contexte, le Conseil des gouverneurs a confirmé ses indications
sur la trajectoire future des taux directeurs de la BCE et continue de prévoir que ces taux resteront à
leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas sur une période prolongée. Cette anticipation demeure
fondée sur le maintien à moyen terme de perspectives d’inflation globalement modérées, compte tenu
de la faiblesse généralisée de l’économie et de l’atonie des évolutions monétaires. En ce qui concerne
les conditions du marché monétaire et leurs implications éventuelles pour l’orientation de notre
politique monétaire, nous suivrons attentivement leurs évolutions et sommes prêts à examiner tous les
instruments disponibles.
Permettez-moi à présent d’expliquer plus en détail notre évaluation, en commençant par l’analyse
économique. Après une hausse de 0,3 % au deuxième trimestre 2013, le PIB en volume de la zone
euro a augmenté, en glissement trimestriel, de 0,1 %, au troisième trimestre. Les évolutions des
indicateurs de confiance tirés des enquêtes disponibles jusqu’en novembre vont dans le sens d’un taux
de croissance positif au quatrième trimestre de l’année également. En 2014 et 2015, la production
devrait se redresser lentement, sous l’effet notamment d’une légère hausse de la demande intérieure
soutenue par l’orientation accommodante de la politique monétaire. L’activité économique dans la
zone euro devrait également bénéficier d’un raffermissement graduel de la demande extérieure. En
outre, les effets de l’amélioration générale observée sur les marchés financiers depuis l’an dernier se
font sentir sur l’économie réelle, et il devrait en aller de même des progrès réalisés en matière
d’assainissement budgétaire. De plus, les revenus réels ont récemment bénéficié d’une hausse plus
faible des prix de l’énergie. Cela étant, le chômage demeure élevé dans la zone euro et le nécessaire
processus d’ajustement des bilans dans les secteurs public et privé continuera de peser sur l’activité
économique.
Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de décembre 2013 pour la zone euro
établies par les services de l’Eurosystème, qui prévoient une baisse de 0,4 % du PIB annuel en volume
en 2013 suivie d’une progression de 1,1 % en 2014 et de 1,5 % en 2015.
Les risques entourant les perspectives économiques dans la zone euro sont considérés comme orientés
à la baisse. Les évolutions des conditions sur les marchés monétaires et financiers à l’échelle mondiale
et les incertitudes qui y sont associées pourraient influer négativement sur la situation économique.
D’autres risques à la baisse ont trait à un renchérissement des matières premières, à une demande
intérieure et une croissance des exportations plus faibles que prévu et à une mise en oeuvre trop lente
ou insuffisante des réformes structurelles dans les pays de la zone euro.
Selon l’estimation rapide d’Eurostat, la hausse annuelle de l’IPCH dans la zone euro s’est accentuée
en novembre 2013, s’établissant à à 0,9 % après 0,7 % en octobre. Cette évolution, globalement
conforme aux prévisions, a reflété en particulier un effet de base haussier lié aux prix de l’énergie et
une plus forte augmentation des prix des services. Sur la base des cours actuels des contrats à terme
sur l’énergie, l’inflation, en rythme annuel, devrait demeurer proche des niveaux actuels au cours des
prochains mois. À moyen terme, les tensions sous-jacentes sur les prix devraient rester contenues dans
la zone euro. Dans le même temps, les anticipations d’inflation à moyen et à long terme continuent
d’être solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des
niveaux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.
Concordant globalement avec ce scénario, les projections macroéconomiques de décembre 2013
établies par les services de l’Eurosystème pour la zone euro prévoient une hausse annuelle de l’IPCH
de 1,4 % en 2013, de 1,1 % en 2014 et de 1,3 % en 2015. Par rapport aux projections
macroéconomiques de septembre 2013 réalisées par les services de la BCE, la projection d’inflation a
été révisée à la baisse de 0,1 point de pourcentage pour 2013 et de 0,2 point de pourcentage pour 2014.
Les risques pesant sur les perspectives d’évolution des prix sont considérés comme globalement
équilibrés à moyen terme. Les risques à la hausse sont liés à un niveau plus élevé des prix des matières
premières et à une augmentation plus forte que prévu des prix administrés et de la fiscalité indirecte,
tandis que les risques à la baisse découlent d’une activité économique plus faible qu’anticipé.
S’agissant des projections macroéconomiques des services de la BCE, je vous informe que le Conseil
des gouverneurs a décidé de publier de plus amples détails à compter de décembre 2013. Vous
recevrez ces éléments aujourd’hui, à l’issue de la conférence de presse.
S’agissant de l’analyse monétaire, les données relatives à octobre confirment l’atonie du rythme
d’expansion sous-jacent de la monnaie au sens large (M3) et du crédit. La croissance annuelle de M3
s’est modérée à 1,4 % en octobre, après 2,0 % en septembre. Cette modération est en partie liée à un
effet de base. La croissance annuelle de M1 est demeurée robuste, à 6,6 %, reflétant une préférence
pour la liquidité, tout en demeurant inférieure au pic de 8,7 % observé en avril. Les entrées nettes de
capitaux dans la zone euro ont encore été le principal facteur soutenant la progression annuelle de M3,
tandis que le rythme annuel de variation des concours au secteur privé est resté faible. Le taux de
croissance annuel des prêts aux ménages (en données corrigées des cessions de prêts et de la
titrisation) s’est inscrit à 0,3 % en octobre, niveau globalement inchangé depuis le début de l’année. Le
rythme annuel de variation des prêts aux sociétés non financières (en données corrigées des cessions
de prêts et de la titrisation) s’est établi, pour sa part, à - 2,9 % en octobre, après - 2,8 % en septembre
et - 2,9 % en août. Dans l’ensemble, la faible dynamique des prêts aux sociétés non financières
continue de traduire le décalage avec le cycle économique, le risque de crédit ainsi que l’ajustement en
cours des bilans des agents financiers et non financiers.
Depuis l’été 2012, des progrès considérables ont été réalisés en termes d’amélioration du financement
des banques. Afin de garantir une transmission adéquate de la politique monétaire aux conditions de
financement dans les pays de la zone euro, il est essentiel que la résorption de la fragmentation des
marchés du crédit de la zone euro se poursuive et que la résilience des banques soit renforcée lorsque
c’est nécessaire.
De nouvelles avancées décisives dans la mise en place d’une union bancaire permettront de rétablir la
confiance dans le système financier.
En résumé, il ressort de l’analyse économique que nous pourrions connaître une période prolongée de
faible inflation, suivie d’une remontée graduelle vers des taux d’inflation inférieurs à, mais proches de
2 %. Un recoupement avec les signaux provenant de l’analyse monétaire confirme ce scénario.