
32 L’Of ciel 3846 - février 2016
dossier
La conduite d’actions dites de marketing direct se présente comme
une nécessité. Face à une clientèle volatile et de plus en plus habituée
à être contactée directement, le revendeur d’aujourd’hui se doit de maîtriser
certains outils et d’appliquer des méthodes de base. Paroles d’experts.
DISCOURS ET MÉTHODES
2
L
a définition du marketing direct, en
tant qu’action qui vise à établir un
contact direct et reconductible
entre un commerçant et ses clients
(ou prospects) en vue d’un accroissement
du chiffre d’affaires, ne suscite aucune
divergence de point de vue sur le fond. Et la
façon dont il est (ou devrait être) mis en
œuvre dans le secteur du deux-roues
motorisé ne varie que très peu selon les
sources consultées. Interrogés tour à tour
sur la question, deux consultants confient à
L’Officiel la teneur de leurs observations.
Spécialiste du 2-RM agissant pour le compte
de la société de conseil Kataption, José Alves
note ainsi que l’essentiel des outils mis en
œuvre dans les réseaux de la revente «existe
grâce à l’impulsion donnée par les
constructeurs dans ce domaine. Et si l’idée
d’utiliser plus et mieux le marketing direct
persiste depuis plusieurs années dans la moto,
la crise de 2008 aura mis à mal les budgets
alloués à la communication au sein de la
plupart des établissements». Or, en période
de reflux, ce sont justement les outils du
marketing direct qui, entre autres, restent
susceptibles de favoriser la reprise, en
magasin comme à l’atelier.
Une pratique sous-estimée
« Cette nécessité a été bien perçue par certains
concessionnaires dynamiques qui ont compris
qu’il fallait communiquer, et communiquer
autrement. Pour autant, le marketing direct
est une pratique encore sous-estimée: elle est
loin d’avoir déployé tout son potentiel dans les
réseaux», estime José Alves.
Jean-Claude Luc, consultant à la tête de la
société de conseil JCL Performances,
propose une lecture concordante, même si
elle ne restitue que les grandes lignes d’un
examen quasi perpétuel de l’état du réseau
national. «Il existe un sous-ensemble que
j’appellerais d’“élite”, qui représente de 20 à
30% des revendeurs; puis un groupe que je
classerais dans la catégorie des “en devenir”;
et enfin les entreprises dont je crois qu’elles
sont “en danger”. Celles-là, d’après nos
observations, sont trop faibles en structure et
en finances pour espérer redécoller
rapidement», expose-t-il. Pour redonner des
chances de réussite aux professionnels de la
seconde catégorie, le consultant souligne la
nécessité de «se former à l’outil de gestion de
la relation avec le client – le CRM, pour
Customer Relationship Management». Quant
au troisième groupe, il doit impérativement
«se mettre aux normes», sous peine de
disparaître à plus ou moins brève échéance.
Comment en serait-on arrivé là en une
poignée d’années seulement? «Les
constructeurs, par contrat, fixent des objectifs
à leurs concessionnaires. La marge nette de
ces revendeurs, à l’heure actuelle, s’établit à
1,4% en moyenne. Cela explique en partie que
beaucoup de ces établissements de vente et
de réparation soient dans le rouge, poursuit
Jean-Claude Luc. Si l’on ajoute à cela que le
réseau a affaire à une clientèle infidèle et
sensible aux effets de mode, on comprend
qu’il soit impératif de reprendre la main. » Par
chance, le secteur de la moto bénéficie
encore de quelques avantages, notamment
par rapport à celui de l’automobile: «La
proportion de la population composée de
passionnés reste élevée. En outre, la pratique
de la moto procède à la fois de la recherche
d’un certain plaisir et de la volonté de projeter
une image de soi», reprend le consultant.
Àpartir de là, il est permis de tabler sur
l’intérêt que cette clientèle versatile reste
susceptible de manifester à l’égard de
certaines offres, surtout si elles lui sont
adressées en direct.
L’entrepreneur entreprenant
Pas à pas, la nécessité de s’adresser au client
bien avant qu’il ne passe la porte du
magasin (ou après qu’il l’eut fait) se fait jour.
«Pendant longtemps, le commerçant
attendait le client dans son magasin. S’il veut
survivre, il doit maintenant devenir un
entrepreneur, dans le sens d’entreprenant,
enchaîne Jean-Claude Luc. Il doit donc
devenir un gestionnaire, autrement dit
planifier le plus possible; et prospecter. C’est là
que le marketing direct entre en jeu».
Les outils de marketing direct dont il est
question – le mailing sur papier posté, le
message écrit envoyé via le SMS, le courrier
électronique envoyé en masse (e-mailing),
voire le support personnalisé (alias
newsletter) adressé au client – restent a
priori pertinents, même s’ils se révèlent
«déjà anciens», comme le relève J-C Luc.
Ces solutions présupposent l’existence
d’une base de données qui, elle, constitue
véritablement le socle du dispositif. «Avec
les outils de marketing direct mis en place par
la plupart des importateurs, la base de
données de chaque commerçant devient
capitale, reprend-il. Elle devient une liste de
gens à contacter, à relancer, à informer, à
alerter, à inviter, tout cela moyennant des
coûts maîtrisés, au bon moment et à la
bonnecadence».
Les légitimes raisons de contacter en direct
un client ou un prospect sont bien connues
des pros. Les portes ouvertes, les soldes, les
promotions de courte durée, les
anniversaires, voire les présentations de
nouveautés de constructeur, constituent
autant de prétextes valables. Mais il peut
évidemment s’agir d’une reprise de contact
après une simple visite de prospect: «Il ne
faut pas laisser un client potentiel s’évanouir
dans la nature après sa première visite. Sans
quoi, on risque de se couper d’un vivier de
clients dont nul n’a les moyens de se passer»,
renchérit José Alves.
Créer du lien
De même, un client dont le VN dépasse les
deux ou trois ans d’âge doit être approché
–pour le client VO, ce laps de temps moyen
avant renouvellement peut-être encore plus
court. Tout cela suppose bien sûr un
minimum de formation du vendeur, qui
«redevient un acteur clé dès lors qu’il organise
sa prospection et le suivi de sa clientèle»,
souligne Jean-Claude Luc. Cette formation
est a priori assurée par les constructeurs,
dès lors qu’ils mettent une batterie de
solutions à la disposition de leurs réseaux.
Àmoins qu’elle soit proposée par les
fournisseurs de CRM. Quant à l’atelier, il doit
lui aussi se doter d’outils de communication
modernes pour «faire connaître un barème
de temps, planifier des tâches, gérer les prises
de rendez-vous, fixer le programme d’un
mécanicien, prévenir un client. N’oublions pas
qu’un second VN, souvent, se vend à
l’atelier…», ajoute le consultant.
La cadence à laquelle des actions de
prospection en direct peuvent être menées,
elle, varie en fonction du motif. José Alves
estime toutefois que «six à douze actions par
an» constituent une bonne fourchette, en ce
qu’elle promet un juste équilibre entre action
constructive et harcèlement. «Il ne faut pas se
comporter en vendeur de foire, mais créer du
lien», résume-t-il, avant de conclure qu’en
trois ans, nombre de ses clients
concessionnaires qui ont joué le jeu du
marketing direct ont vu leurs volumes de
vente «augmenter de 20%». Une donnée
quidonne effectivement à penser que le
postulat de départ – le marketing direct
comme pratique indispensable – peut être
érigé en règle d’or.
La vente et
l’atelier doivent
s’équiper d’outils
de communication
modernes
« Les concessionnaires
qui ont joué le jeu
dumarketing direct
ont vu leur volume
devente augmenter
de20 %. »
José Alves,
Consultant de la société de
conseil Kataption
£
« Il ne faut pas laisser
un client potentiel
s’évanouir dans la
nature après sa
première visite. »
Jean-Claude Luc,
Consultant de la société de
conseil JCL Performances
£
Depuis le début des années 2010,
la transmission d’offres par le canal
du SMS est une pratique courante
et en général appréciée des clients,
àcondition de ne pas en abuser.
DES OUTILS
QU’IL FAUT MAÎTRISER
4_3846_28a33_DOSSIER Marketing.indd 32 19/01/2016 14:50:53