Dossier : Document : DALLOZ_FINANCE_CHAP_50
Date : 7/7/2010 14h0 Page 1033/18
Chapitre 50
Les LBO
Sappuyer sur le management pour faire levier.
Le rachat de lentreprise par effet de levier, ou Leveraged Buy-Out en anglais (LBO), est l'acquisition
du contrôle dune société par un ou plusieurs fonds dinvestissement spécialisés, financée majoritai-
rement par endettement. Il entraîne le plus souvent une amélioration forte des performances opéra-
tionnelles de cette société compte tenu de la révolution culturelle quil peut induire dans le
comportement des dirigeants dont la motivation est fortement accrue.
C'est un miracle de la finance lorsquun financier réussit à payer plus cher quun industriel ; mais
attention aux faux-semblants, la création de valeur nest pas toujours là où lon croit ! La théorie de
lagence nous sera bien utile car nous verrons que linnovation fondamentale des LBO réside dans un
mode de gouvernance plus efficace dans bon nombre de situations.
Section 1 Le montage
1Principe
Le principe de base est de constituer une société holding (cest-à-dire une société dont la vocation
exclusive est de détenir des titres financiers) qui sendette pour acheter une autre société (« la cible »).
La société holding payera les intérêts de sa dette et remboursera le principal à partir des excédents
de trésorerie dégagés par la société rachetée. Dans le jargon, le holding de reprise est appelé de
façon générique NewCo ou HoldCo.
Les actifs exploités sont les mêmes avant et après lopération. Seule la structure financière du
groupe est modifiée. Les capitaux propres consolidés ont largement diminué, les anciens action-
naires se sont partiellement ou totalement désengagés.
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Dun point de vue purement comptable, ce schéma permet de faire jouer leffet de levier (voir
chapitre 14).
Prenons ainsi lexemple de Spotless, fabricant de produits dentretien (Eau écarlate) vendu
début 2010 à BC Partners par Axa Private Equity sur la base dune valeur de lactif économique de
623 M. En 2009, le chiffre daffaires de Spotless a été de 350 M, avec un excédent brut
dexploitation de 65 M. C'est sur cette base que le LBO a été monté
1
.
Un holding de reprise est créé
et achète Spotless en se finan-
çant par 374 Mde capitaux
propres et 271 Mdendette-
ment.
Holding de reprise
Spotless
(société cible)
VAE = 623
VCP = 374
VD = 271
BC Partners
100 %
80 %
20 %
Management
Nous ferons lhypothèse que cet endettement est à un taux dintérêt moyen de 6 % avant impôt.
On a alors :
Bilan réévalué de la société rachetée (cible)
Actif économique
623 M
Capitaux propres
623 M
Bilan social du holding de reprise
Actions de la société
rachetée
623 M
Capitaux propres
374 M
Dettes
271 M
Bilan consolidé du groupe
Actif économique
623 M
Capitaux propres
352 M
Dettes
271 M
cash*
22 M
*Destiné à payer les frais de l'opération.
On constate que les capitaux propres réévalués consolidés ont été réduits de 43 % par rapport
à la situation hors LBO.
Un LBO est une opération de destruction massive de capitaux propres.
1Pour simplifier lillustration, nous supposons que Spotless nest pas endetté avant la transaction, ce qui ne correspond pas à la réalité.
Titre 1 La gouvernance et l'ingénierie financière
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Au niveau du compte de résultat, la situation est la suivante :
Données en MSpotless Société holding Consolidé
Bénéfice avant impôt
et frais financiers 60 39
1
60
Frais financiers 0 16 16
IS à 35 % 21 0
2
15
3
= Résultat net 39 23 29
1. Sous lhypothèse dun taux de distribution de la société rachetée de 100 %.
2. La société holding bénéficie du régime mère-fille (voir page 889), les dividendes reçus ne sont donc pas imposables et le holding nest donc pas imposé dans la
pratique.
3. En supposant lapplication du régime dintégration fiscale.
2Les différents types dopérations
Le terme général est « rachat avec effet de levier » ou, en anglais, Leveraged Buy-Out : LBO. Cest
donc le terme utilisé lorsquun financier externe à la société utilise ce mode de rachat. Mais le
schéma peut changer de nom selon les modalités dintroduction du management :
lorsquil est mis en place en sappuyant sur léquipe dirigeante on lappelle (Leveraged) Manage-
ment Buy-Out : (L) MBO, et avec tout ou partie des salariés, rachat de lentreprise par les salariés (RES) ;
si des cadres extérieurs sont associés à lopération (autrement dit, lorsque linvestisseur financier
met en place pour partie une nouvelle équipe de management), ce sera en anglais un Management
Buy-In, MBI (si toute léquipe de management est renouvelée) ou un BIMBO (combinaison dun Buy-
In et dun Management Buy-Out : cest lopération la plus courante outre-Manche) ;
on parle de Build-up lorsquun LBO procède à des acquisitions dautres sociétés de son secteur
afin de créer des synergies industrielles, ces acquisitions étant financées essentiellement avec de la
dette ;
et enfin dOwner Buy-Out (OBO) lorsque lactionnaire majoritaire rachète par endettement les
actionnaires minoritaires.
3Régime fiscal en France
Si lon raisonne au niveau de la société holding, celle-ci na pas dactivité commerciale ; les dividendes
quelle reçoit de la cible bénéficient du régime mère-fille (voir chapitre 43), son résultat fiscal est donc nul.
Par définition, elle ne dispose donc pas de produits imposables sur lesquels imputer les frais financiers
quelle paye sur la dette dacquisition et ceux-ci ne génèrent donc théoriquement pas déconomie dimpôt.
Le schéma décrit ci-dessus perd alors une part de son intérêt. Pour remédier à cet inconvénient,
il faut quil y ait « fusion fiscale» des résultats de la cible et de ceux de la société holding. Trois
solutions sont possibles pour arriver à ce résultat : lintégration fiscale, la fusion proprement dite ou
le debt push down.
Lintégration fiscale des résultats entre une société mère et sa fille est possible en France pourvu que
la société mère détienne 95 % du capital de la fille. En utilisant cette possibilité, la société holding peut
imputer ses frais financiers sur le résultat avant impôt de la cible. Léconomie fiscale est alors réalisée.
Mais attention, fiscalement, les intérêts des emprunts contractés par le holding pour racheter la
société ne sont déductibles que si les actionnaires directs ou indirects du holding ne sont pas majoritaire-
ment les anciens actionnaires de la société rachetée (selon la règle dite de «lamendement Charasse »).
Les LBO Chapitre 50
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La deuxième possibilité est de réaliser, après le rachat, une fusion entre la cible et la société
holding. Cette solution nécessite une mise en place plus lourde que la précédente (votes en assem-
blée générale, rapport des commissaires à la fusion) et pose quelques problèmes :
financiers : une fusion rapide, sil existe des minoritaires au niveau de la société rachetée, va
entraîner une dilution très forte du contrôle des actionnaires du holding puisque, comme nous
lavons vu plus haut, la valeur des capitaux propres de Newco est très petite par rapport à la
valeur de la société rachetée compte tenu de la dette du holding ;
juridiques : une fusion rapide post-LBO pose un problème juridique puisque la loi interdit à une
société de donner des garanties pour racheter ses propres actions. Or lendettement du holding, en
cas de fusion rapide va bien se retrouver au bilan de la société rachetée ;
fiscaux : en cas de fusion rapide, ladministration peut contester la déductibilité des frais financiers
des prêts initialement contractés par le holding en arguant que la société rachetée na aucun intérêt à
fusionner et que la fusion lui a été imposée par son actionnaire majoritaire, la société holding.
Toutes ces raisons font quil est rare quune fusion post-LBO puisse se faire avant un délai de
« décence » de lordre de 2/3 ans.
Alternativement, il pourra être procédé à un debt push down, littéralement faire descendre la
dette de la holding à la société opérationnelle, le plus souvent par le biais dun dividende exception-
nel ou dune réduction du capital au profit de la société holding et que la société cible finance par
endettement
1
. Lorsque cette dernière est cotée, il est de plus en plus fréquent quun expert indépen-
dant rédige une opinion de viabilité qui atteste que son endettement nest pas devenu excessif.
4Les sorties du montage
Sous la pression des investisseurs qui exigent une rotation rapide des actifs, la durée de vie dun
montage LBO peut être courte : entre 2 et 5 ans mais elle sallonge avec la crise financière et
économique qui rend plus difficile les sorties. Différentes options existent pour déboucler un LBO :
Sorties des LBO britanniques depuis 1989 (en nombre)
0 %
10 %
20 %
30 %
40 %
50 %
60 %
70 %
80 %
90 %
100 %
1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Introduction en Bourse LBO secondaire, tertiaire, … Faillite Vente à industriel
10%
11%
23%
56%
5%
10%
34%
50%
3%
6%
69%
22%
7%
8%
57%
28%
18%
10%
37%
36%
20%
9%
27%
43%
12%
13%
31%
44%
18%
15%
22%
45%
12%
16%
23%
49%
7%
16%
30%
47%
16%
33%
49%
6%
12%
34%
47%
1%
14%
47%
37%
4%
23%
44%
29%
4%
25%
44%
28%
11%
27%
26%
36%
7%
26%
23%
44%
6%
29%
22%
43%
3%
31%
26%
40%
21%
45%
35%
10%
64%
24%
164 182 180 209 221 212 149 275 258 272 245 296 270 276 252 337 374 348 423 332 245
Source : CMBOR, Barclays Private Equity.
1Cest ainsi quen 2008, peu de temps après sa prise de contrôle à 88 % par Permira, Hugo Boss a versé 445 Mde dividende exceptionnel.
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la cession à un industriel. Remarquons quen général, la société navait pas, en premier lieu,
attiré les industriels et cest pour cela quun financier avait pu lacquérir. Les conditions de marché
ou le profil de la société doivent avoir changé pour que les industriels soient de nouveau intéressés.
Cest ainsi que Géoservices a été acquis par Schlumberger début 2010 et Chrysler par Fiat en
2009 ;
lintroduction en Bourse. La sortie par introduction ne peut cependant se faire que par étapes. Par
ailleurs, elle ne permet pas dobtenir une prime de contrôle (au contraire, elle pâtit de décotes,
dabord dintroduction en Bourse puis de placement
1
). Toutes les sociétés, de par leur taille ou leur
profil dactivité, ne se prêtent pas nécessairement à une introduction en Bourse. Elle est, en revanche,
plus attractive pour léquipe dirigeante quune vente à un industriel concurrent. Cest ainsi quen
février 2010 Medica a été introduit en Bourse ;
la cession à un autre financier qui, lui-même, met en place un nouveau montage de LBO. On
parle alors de LBO secondaire, voire tertiaire ou quaternaire. Spotless est ainsi un LBO quinter-
naire ;
les leverage recap qui consistent pour le fonds de LBO, après avoir détenu lactif quelques années,
à le réendetter
2
. Cette opération ne représente pas réellement une sortie, car le fonds reste laction-
naire de la société, mais elle permet une sortie partielle des capitaux propres initialement investis et
contribue ainsi à la performance du fonds par lamélioration du TRI. Elles avaient complètement
disparu depuis 2008 en raison de la fermeture du marché de la dette de LBO et ne reviennent que
très progressivement ;
la faillite lorsque la société cible narrive plus à remonter assez de dividendes à la société
holding pour que cette dernière puisse faire face aux échéances de sa dette, et que les créanciers
et les actionnaires de celle-ci n'arrivent pas à se mettre d'accord sur un plan de recapitalisation
3
et
une renégociation des caractéristiques des dettes (montant, durée, taux, covenants). Les magasins
de vêtements Morgan ont connu ce sort peu enviable en 2009. C'est finalement assez rare en
France car les créanciers sont poussés au compromis, c'est-à-dire à des abandons ou un rééchelon-
nement des créances car ils ne peuvent pas prendre des garanties sur les actifs de la cible tant que
leurs créances sont sur le holding. Par ailleurs, sauf cas de debt push down, la société cible est peu
endettée car la dette est localisée au niveau de la holding.
La sortie du montage sera dautant plus aisée que le fonds de LBO aura pu améliorer la rentabi-
lité et/ou faire croître lentreprise. Ceci pourra prendre la forme dun plan de restructuration ou de
réduction des coûts, damélioration de la gestion du BFR ou dune série dacquisitions dentreprises
du secteur. Laccroissement de la taille sera important en particulier dans le cas dune introduction en
Bourse car les entreprises moyennes peuvent être faiblement valorisées quand elles réussissent à
entrer en Bourse.
1Voir chapitre 31.
2En versant un dividende exceptionnel ou bien en remboursant tout ou partie du compte courant actionnaire, financé par un nouvel
endettement.
3Une vraie cette fois-ci !
Les LBO Chapitre 50
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