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notamment procédé à des privatisations, à des libéralisations commerciales et financières
radicales et introduit une politique de discipline budgétaire, convaincus que telle était la
voie de la stabilité et de la croissance économique. A terme, les réformateurs comptaient
sur une amélioration sensible de la situation en matière d’emploi et d’égalité. Dans les
faits cependant, et malgré la stabilité des prix effective des deux dernières décennies
(l’inflation étant généralement sous contrôle), la région a enregistré une croissance
médiocre du PIB et une instabilité de l’économie réelle, c’est-à-dire de la production et
de l’emploi. Malgré les progrès notables observés pendant la reprise économique et
sociale de 2004-2008, la précarité de l’emploi constitue toujours un problème pressant, et
c’était le cas même avant la propagation de la crise financière mondiale, qui n’a fait
qu’aggraver les choses1. La reprise de 2010 a marqué un retour à l’évolution positive de
2004-2008, mais avec un fort degré de précarité et de graves manques quant à la politique
macroéconomique et sa durabilité.
Au moment où nous écrivons ces lignes, en 2011, la région est encore dans la
partie ascendante du cycle, surtout pour ce qui est des pays exportateurs de ressources
naturelles dont les prix sont particulièrement élevés (CEPALC, 2011). Cela permet un
progrès de l’emploi et de son caractère formel, ainsi que des revenus et du PIB. Mais la
création de nouvelles capacités de production reste lente. Parallèlement, les taux de
change montent et, en termes réels, c’est-à-dire en volume, les importations augmentent
nettement plus vite que les exportations. Cela n’est tenable que si les prix des
exportations restent sensiblement supérieurs à leurs moyennes historiques.
Un constat largement partagé, dans les évaluations des réformes effectuées, c’est
que la région a bien relevé le défi macroéconomique, mais qu’elle est passée à côté de
certains objectifs microéconomiques. Les partisans du Consensus de Washington
signalent, à cet égard, le manque de mesures relatives à la «flexibilité de l’emploi».
D’autres observateurs soulignent l’absence de politiques de développement de la
production et la dégradation de la capacité de négociation des travailleurs face aux
employeurs, deux phénomènes accentués par les réformes du Consensus de Washington.
1 Cette situation a débouché sur l’adoption du Pacte mondial pour l’emploi, à la session de juin 2009 de la
Conférence internationale du Travail (BIT, 2009) et, la même année, sur celle de la Déclaration du Sommet
de Pittsburg dans laquelle les dirigeants du G20 s’engagent à placer les emplois de qualité au cœur de la
reprise.