FICHE DE VOCABULAIRE
« ESMAIER »
Etymologie
Le mot ''esmaier'' apparaît au XIIè siècle. Il vient du verbe appartenant au bas latin :
« exmagere » qui signifie ''priver quelqu'un de ses forces, abattre moralement''.
De plus, ''esmaier'' est aussi formé par dérivation avec le verbe germain « magan » latinisé
en « magare » qui signifie pouvoir et le préfixe « ex » qui marque l'élimination, l'exclusion.
Le verbe ''esmaier'' a plusieurs écritures possibles : esmayer, esmoier, esmoyer, ezmaier,
esmaihier, esmaher, esmoyer ou emayer.
Les différents sens en Ancien Français
On trouve plusieurs sens du verbe ''esmaier'' en ancien français mais qui regroupent tous
l'idée d'émotion. En effet, il y a :
- Action de mettre en émoi, troubler, inquiéter, effrayer
- En réfléchi : s'émouvoir, se troubler, s'effrayer, s'étonner, s'inquiéter
–
« S'esmaier de +inf » : craindre
–
Emploi intransitif : être en émoi, gêné, défaillir
Néanmoins il existe un autre sens au mot « esmaier » beaucoup moins commun qui est :
couronner de branches vertes., oui, homonyme en ancien français mais l'étymon n'est pas
le même.
Sens en français moderne
Le mot « esmaier » a été perdu à la fin du Moyen Age. Jusqu'à notre époque, il n'est resté
que son nom : « esmai » qui a donné « esmoy » puis « émoi ». Le sens est resté le même
pour ce qui est du trouble mais maintenant il y a souvent une connotation amoureuse.
Ce mot était très employé au XVIè pour finalement devenir désuet à partir du XVIIè.
Néanmoins il est repris au XIXè siècle par les symbolistes et les romantiques avec le sens
de :''trouble provoqué par une émotion vive''
Paradigme morphologique
Il y a plusieurs mots de la même racine qu' « esmaier » :
- Esmaiable (Adjectif) : qui se laisse troubler, effrayer
- Esmaiance ou Esmaiement(noms féminins) : émoi, frayeur
- Esmaieur (nom masculin) : celui qui effraye
- Esmai : agitation, trouble, souci, inquiétude, crainte
- Esmaiement (nom masculin) : action de planter le mai : c'est le second sens selon le
Godefroy, le premier, qui donne « émoi, frayeur, tribulation » est sans doute plus pertinent.
Paradigme sémantique
Il existe des mots synonymes d' « esmaier » qui sont : ''douter'' (craindre, redouter) et
''esfreer'' (s'agiter, se troubler)
Sens en contexte médiéval
- « Le serpent truevent .x. serjant / de la grandeur de lui s'esmaient » Roman de Thèbes. Ce
roman a été écrit au XIIè siècle par un clerc anonyme. Dans ce court extrait, 10 sergents
s'étonnaient de la grandeur d'un serpent. Quand les mots ont plusieurs sens comme
« s'esmaier », le sens est parfois dur à trouver, ici on pourrait remplacer par
''s'inquiétaient'' ou ''se troublaient'' mais il me semble que ''s'étonnaient'' est mieux.
S'effrayer convient ici.
- « Et manda a ceux de la ville qu'il les yrait esmaier le jour de may au matin » mémoires de
P. de Fenin. Cette œuvre relate le récit des événements qui se sont déroulés sous le règle
de Charles VI et Charles VII. Dans cette phrase, c'est le sens « couronner de branche
verte » qui est utilisé. En effet, c'est au mois de mai que cette pratique se faisait. De plus,
ce sens n'est pas très fréquent, on ne le retrouve pas dans les romans de chevalerie mais
plutôt dans les histoires quotidiennes, populaires comme ces mémoires.
BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire de l'ancien français de Godefroy
- Dictionnaire historique de la langue française sous la direction de Alain Rey.
- L'épreuve d'Ancien Français aux concours : fiches de vocabulaire Guillot