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Pays émergents :
après la conquête de l’Ouest
Hong Kong : 2012,
15e anniversaire du retour
dans le giron de la Chine Dreaming with BRICs, était intitulé un papier
publié en 2003, attirant l’attention sur l’inexo-
rable montée en puissance des quatre grandes
puissances émergentes, le Brésil, la Russie, l’Inde, et la
Chine. Depuis, ces quatre pays n’ont pas déçu : sur la
période 2004-2011, la croissance moyenne de la Chine a
été de 10,8 %, celle de l’Inde de 8,3 %, et si celles du Brésil
et de la Russie ont été moindres (4,2 % et 4,4 %), elles
étaient en forte progression par rapport à la décennie
précédente (2,5 % et 0,7 % sur la période 1994-2003).
Mais le ralentissement est aujourd’hui net pour ces
quatre économies. La production industrielle brésilienne
est en recul depuis août 2011, celle de l’Inde est au mieux
stagnante, en Russie la croissance est tombée à 2,5 % a/a
alors qu’elle dépassait 10 % au début de 2010, et même
en Chine, on est revenu d’une croissance de l’ordre de
15 % à moins de 10 %. Au-delà des BRICs, la tendance
est également à plus de prudence : alors que le PIB des
pays émergents a crû de 7,5 % en 2010 et 6,2 % en 2011,
le FMI vient de revoir à la baisse ses prévisions pour 2012
à 5,6 %. C’est encore optimiste : la Chine n’atteindra sans
doute pas les 8 % projetés et le Brésil et l’Inde sûrement
pas les 2,5 % et 6,1 % annoncés.
Malgré la croissance rapide d’une dynamique autonome,
celle du consommateur local, les économies émergentes
sont encore sensibles à la conjoncture des pays déve-
loppés, médiocre comme nous le savons. Il n’y a pas
encore de réel « découplage ». Le ralentissement de la
demande en produits importés aux États-Unis et dans
l’Union européenne se traduit mécaniquement, comme
en 2009, par une croissance moindre, voire un recul, des
exportations des émergents. Cet environnement moins
favorable a un impact immédiat sur l’activité. Au-delà
du court terme, il convient de rappeler que l’insertion
dans l’économie globale a été un puissant stimulant
de la modernisation des appareils de production et de
la croissance. Si la stagnation des économies avancées
venait à se prolonger, l’impact sur les émergents dépas-
serait une simple contraction de la demande qui leur
est adressée. De plus, le creux conjoncturel en Europe
et aux États-Unis entraîne aussi un tassement des flux
d’investissement. Ainsi, au Brésil, les investissements
étrangers directs résistent bien (encore 66 mds USD sur
les 12 derniers mois en juillet 2012), mais les investis-
sements de portefeuille chutent fortement, à 10,8 mds
sur les 12 derniers mois, alors qu’ils dépassaient 60 mds
jusqu’à la mi-2011.
Par ailleurs, la forte croissance des émergents a jusqu’ici
été en partie de nature « extensive ». Ainsi, en Chine,
l’effort d’investissement, qui est devenu le principal
moteur de la croissance du PIB, est sans précédent
historique et ne saurait être soutenu indéfiniment. En
Chine encore, et en Inde ou en Indonésie demain, le
transfert de dizaines de millions de travailleurs agricoles
peu qualifiés vers une industrie qui les rend immédiate-
ment plus productifs par le simple fait de commercialiser
le produit de leur travail sur le marché mondial a été
décisif. Ce gisement de croissance est loin d’être tari (il
y a encore des dizaines de millions de jeunes ruraux)
mais, comme dans beaucoup de mines, les « coûts de
production » augmentent : revendications salariales mais
aussi exigences croissantes en qualification. Chez les
producteurs de matières premières latino-américains, la
croissance a aussi été accélérée par la conquête de nou-
velles terres (au Brésil et en Argentine, la canne à sucre
et le soja se sont développés sur des terres jusqu’alors
peu exploitées d’élevage peu intensif, lui-même repoussé
vers de nouvelles terres agricoles), ou par prélèvement
sur une ressource naturelle non renouvelable (les pays
andins miniers et/ou pétroliers).
Il n’est ni anormal ni préoccupant que la croissance
soit en partie nourrie par l’incorporation de nouveaux
espaces ou d’hommes supplémentaires à l’activité écono-
mique, mais la « conquête de l’Ouest » n’est pas éternelle
et il vient toujours un moment où le relais doit être pris
par l’éducation et le progrès technologique. Comme la
Corée et Taiwan l’ont déjà fait, la Chine est sans doute en
train de le réussir dans certains secteurs (équipements
de télécommunications, énergies renouvelables…). De
même, le Brésil dans l’agro-industrie. D’autres pays,
plus proches de nous, comme la République tchèque, la
Pologne ou la Turquie, ont aussi des atouts pour réussir
ce saut qualitatif.
Jean-Louis Martin,
responsable pays émergents au sein de la Direction des
études économiques Groupe de CA.sa
Première économie
libérale à l’échelle
mondiale, Hong
Kong reste la porte
d’entrée sur la
Grande Chine
Le commerce est depuis fort long-
temps un des moteurs de l’éco-
nomie en Chine du Sud et Hong
Kong y joue un rôle majeur, mais
le territoire a aussi la particula-
rité d’être d’un grand soutien
pour la coordination industrielle.
Les raisons en sont multiples :
– la liberté du flot d’information,
– des réglementations transparentes,
– une taxation avantageuse,
– un cadre juridique reconnu par tous,
– un réseau bancaire expérimenté,
– un port assurant une logistique remarquable,
– la population chinoise ayant conservé des liens étroits
avec le continent mais aussi avec l’étranger par le biais
de la diaspora.
Les PME françaises sont de nouveau nombreuses à s’im-
planter sur le territoire pour bénéficier de cet environne-
ment. Outre celles orientées vers l’approvisionnement,
ces nouveaux arrivants appartiennent pour beaucoup aux
secteurs de référence français : la mode, les
cosmétiques et l’agroalimentaire. En outre,
de plus en plus de fournisseurs de services
et des spécialistes en communication choi-
sissent désormais Hong Kong.
La raison du regain d’affection pour Hong
Kong est en partie liée à une mise à profit
de la part de chacune des grandes métro-
poles chinoises de cette enclave libérale.
L’environnement cosmopolite et dyna-
mique de Hong Kong en fait également
une base sûre pour déployer une activité
sur l’ensemble de l’Asie et réagir rapide-
ment aux changements constants des dif-
férents pays de la région.
Créer une structure à Hong Kong est
rapide et surtout peu coûteux. Pour une
entreprise qui veut sonder le marché
chinois, il est intéressant d’avoir un pre-
mier poste d’observation à Hong Kong
qui peut disposer de tous les produits
financiers nécessaires pour bien fonc-
tionner avec les clients et/ou les four-
nisseurs. Un suivi depuis la France est
même possible.
Néanmoins, les sociétés de négoce ne
doivent pas succomber aux facilités appa-
rentes des bas prix en Asie. Le « sourcing »
est un métier qui demande de grandes
compétences en matière de suivi
de la qualité, de l’optimisation
des livraisons, mais surtout il
faut aussi avoir de solides bases
financières. En effet, les fournis-
seurs demandent régulièrement
aux nouveaux arrivants des paie-
ments par crédits documen-
taires, alors que leurs clients
souhaitent payer par transferts
classiques. Ce « grand écart »
financier peut s’avérer difficile
pour ceux qui ne gardent pas
de lien avec leur banquier en
France.
Le Crédit Agricole
à Hong Kong Le Groupe
est pré-
sent à
Hong Kong depuis la fin du
XIXe siècle et travaille aujourd’hui
essentiellement sur les métiers de
banque de financement et d’in-
vestissement via CA CIB. D’autres
entités du Groupe comme Amun-
di (gestion d’actifs), CACEIS
(conservation de titres) et SODI-
CA (fusions/acquisitions) y sont
aussi implantées.
CA CIB Hong Kong traite l’en-
semble des opérations bancaires,
tant en devises que sur le Hong
Kong Dollar et le CNH, la version
offshore du RMB*. Les entre-
prises françaises et européennes clientes des réseaux
du groupe Crédit Agricole peuvent s’appuyer, au sein
de CA CIB Hong Kong, sur la délégation Asie-Pacifique
du Crédit Agricole. Celle-ci leur fournit des services ban-
caires personnalisés et facilite leurs procédures d’implan-
tation en les orientant vers des cabinets d’avocats et des
cabinets comptables pour remplir toutes les formalités
d’enregistrement. Grâce à son implantation à Shanghai,
la délégation assure également une continuité de relation
sur la Chine continentale.
Philippe Gresinski, délégué Asie-Pacifique,
CA-CIB Crédit Agricole Corporate & Investment Bank
Réseau des délégations à l’étranger du groupe Crédit Agricole
* RMB : Renminbi (la monnaie chinoise)
économieHorizons
POPULATION
7,068 millions
fin 2011
(dont 52 % d’actifs)
TAUX DE CHÔMAGE
3,2 % en mai 2012
MONNAIE
Hong Kong dollar
(lié à l’usd autour
d’1 usd = 7,75 HKd)
PIB PER CAPITA
33 537 usd fin 2010
CROISSANCE
de 1974 à 2011
moyenne de 5,6 %
(1er trim. 2012 : 0,4 %)
INFLATION
4,3 % en mai 2012
PARTENAIRES
COMMERCIAUX
EN 2011 :
cHine 31 %
usa 15 %
ue 7 %
Japon 18 %
CHIFFRES
CLÉS
crédit agricole international
No 75 3e trimestre 2012
crédit agricole international
No 75 3e trimestre 2012
À SAVOIR
Hong Kong compte
15 000 français,
soit l’une des
plus importantes
communautés
d’Asie (20 % des
européens et 10 % des
occidentaux)
Marché de 7 millions
d’habitants mais aussi
de près de 40 millions
de visiteurs (en
grande partie de
Chine continentale)
et donc un bon test
pour cet énorme
marché voisin. Cela
permet à Hong Kong
d’être le 2e excédent
commercial de la
France.
Grâce à l’exemption
de droit de douane,
Hong Kong est la
deuxième plateforme
mondiale pour le
commerce du vin,
derrière New York
et devant Londres.
Les vins français
représentent 33 %
en volume des
transactions et
65 % en valeur
(350 millions d’EUR
en 2011).