L’Orient_le jour 26 octobre 2016
L’exposition des banques à la dette publique s’accroît, s’inquiète Moody’s
L'agence de notation américaine Moody's s'est inquiétée dans un rapport publié lundi des conséquences
des dernières opérations d'ingénierie financières menées par la Banque du Liban (BDL) sur les avoirs
en devises détenus par les banques libanaises et leur exposition au risque souverain.
Selon les derniers chiffres de la BDL, publiés la semaine dernière et cités par Moody's, les avoirs en
devises des banques libanaises ont baissé de 1,9 milliard de dollars entre mai et août, et de 1,1 milliard
sur le seul mois d'août. « Résultat, les passifs en devises des banques ont augmenté à 18 milliards en
août, contre 15 milliards début 2016. L'accélération de cette tendance qui a démarré en 2011, lorsque
les banques avaient une position nette en actifs en devises, pourrait avoir un impact négatif sur leur
qualité de crédit », note Moody's.
« Les 1,9 milliard d'actifs en devises rapatriés (entre mai et août) ont été investis dans l'achat
d'eurobonds à long terme émis par le gouvernement libanais et des certificats de dépôts de la BDL »,
poursuit l'agence qui estime ainsi que « cette considérable réduction des actifs en devises des banques
libanaises est le résultat d'une opération financière menée depuis mai par la BDL ».
Fin mai, la BDL avait échangé l'équivalent de 2 milliards de dollars de bons du Trésor en livres
libanaises contre le même montant en eurobonds. La BDL a ensuite « acheté aux banques libanaises
environ 6 milliards de dollars de bons du Trésor en livres libanaises à un taux d'escompte pendant l'été,
avant de leur vendre 2 milliards de dollars d'eurobonds et 4 milliards de dollars de certificats de
dépôt », affirme Moody's. Dans un long article décryptant cette opération et publié dans son édition
d'octobre, Le Commerce du Levant avait rapporté, citant différentes sources, que les banques avaient
fournis à la BDL quelque neuf milliards de dollars via ces opérations.
Faible liquidité en dollars, excès en livres
Si la BDL n'a jamais divulgué les détails financiers de cette opération, son gouverneur Riad Salamé l'a
justifiée à plusieurs reprises dans un contexte de ralentissement des flux financiers vers le Liban qui,
conjugué à la situation politique et économique locale, s'est notamment traduit par une baisse des
réserves en devises étrangères de la Banque centrale et un ralentissement de la croissance des dépôts
dans les banques commerciales. Moody's relève d'ailleurs que les dépôts ont augmenté de 2 milliards
de dollars sur le seul mois d'août et « représentent actuellement 300 % du PIB, soit l'un des plus hauts
ratios au monde ». Surtout, cette transaction a augmenté les avoirs en devises de la BDL à un montant
record de 40,6 milliards de dollars fin septembre, contre 34,6 milliards de dollars en mai.
Mais, note l'agence, dans un contexte où le Liban « compte principalement sur son système bancaire
pour financer son important déficit (estimé autour des 8-9 % du PIB pour 2016-2017) », la baisse de
la liquidité en dollars des banques due à cette opération a accru leur exposition à la dette publique.
Selon Moody's, les eurobonds représentaient 1,2 fois le Tier 1 (le noyau dur des capitaux propres, tel
que défini par Bâle I) des banques libanaises en juillet, tandis que leur exposition à la dette publique
totale représenterait cinq fois leur Tier 1. « Par conséquent, les banques ont haussé leur taux d'intérêt
sur les dépôts en dollars, avec un taux moyen de 3,39 % en août contre 3,26 en mai, pour attirer plus
de flux et consolider leur liquidité », note l'agence.
Elle s'attend aussi à ce que leur excès de liquidité en monnaie locale soit investi dans des titres de
dettes en livres libanaises, dans un contexte où « la demande de crédit est limitée par le ralentissement
économique. » Début septembre, M. Salamé avait pourtant indiqué que cette « disponibilité de liquidité
en livres libanaises (avait) pour objectif la hausse des prêts au secteur privé ».
Téléchargement

L`Orient_le jour 26 octobre 2016 L`exposition des banques à la dette