A la découverte de l’Histoire
Cours d’Histoire 2013/2014. G. Durand
HISTOIRE DE LA MESOPOTAMIE
COURS 2 : L’EMPIRE D’AKKAD
L'empire d'Akkad (ou empire akkadien) est un État fondé par Sargon d'Akkad qui domina la
Mésopotamie de la fin du XXIVe siècle av. J.-C. au début du XXIIe siècle av. J.-C. selon la
chronologie la plus couramment retenue, même s'il est possible qu'il se soit épanoui environ un siècle
plus tard, les datations étant incertaines pour une période aussi reculée dans le temps. Cet État a
profondément marqué l'histoire de la Mésopotamie. Le souvenir de ses rois les plus prestigieux,
Sargon et son petit-fils Naram-Sin, a duré de nombreux siècles et donné lieu à différentes légendes,
plus qu'aucune autre dynastie mésopotamienne.
Bien qu'il soit difficile de démêler la réalité de la légende dans ces récits, d'autant plus que la
documentation écrite datant de cette époque est essentiellement de nature administrative (tablettes de
gestion et de comptabilité), la période de l'empire akkadien semble avoir marqué un profond
changement dans le domaine politique, perceptible tant dans l'organisation du pouvoir et son idéologie
que dans l'art officiel. Les évolutions sociales et économiques en Basse Mésopotamie sont en revanche
moins marquées, tout comme dans la plupart des aspects de la culture matérielle, ce qui explique
pourquoi il est encore impossible d'identifier des niveaux archéologiques de la période d'Akkad dans
cette région.
La constitution et l’essor du royaume d’Akkad
L'empire d'Akkad est avant tout l'œuvre d'un homme, passé à la postérité comme un des plus grands
rois de l'histoire de la Mésopotamie : Sargon d'Akkad. De nombreuses choses ont été écrites à son
propos par différents textes de la tradition mésopotamienne postérieure, à tel point qu'il est souvent
difficile de distinguer la réalité historique de la légende. Un fait reste certain car présent dans plusieurs
traditions : Sargon est un usurpateur. Son nom de règne (le seul qui lui soit connu), Šarrum-kîn,
signifie en akkadien « le roi est stable », comme s'il avait cherché à faire oublier qu'il n'est pas roi par
droit de naissance. La légende racontant sa naissance et son enfance ne le cache pas : Sargon serait le
fils d'une prêtresse, qui l'aurait abandonné, avant qu'il ne soit récupéré puis élevé par un puisatier. C'est
grâce à l'aide de la déesse Ishtar que Sargon, devenu ministre du roi Ur-Zababa de Kish, serait devenu
roi.
C'est donc un usurpateur qui prend le pouvoir dans la vénérable cité de Kish après un coup d'État vers
2334 (ou plus tard vers 2285). Mais à cette période, le roi le plus puissant est Lugal-zagesi, qui règne
depuis Uruk. D'après les copies de ses inscriptions postérieures à son règne, Sargon le bat, plaçant
toute la Basse Mésopotamie jusqu'au golfe Persique sous sa coupe. Le vaincu est capturé, forcé à
porter un carcan et exhibé lors du triomphe de Sargon. Celui-ci met en place des gouverneurs fidèles à
sa cause dans plusieurs des vieilles cités-États de Sumer et d'Akkad, constituant un vaste royaume qui
a pour centre une ville qu'il élève au rang de capitale, Akkad.
Après avoir soumis le Sud de la Mésopotamie, Sargon dirige des expéditions en direction des régions
adjacentes du nord-ouest et de l'est. Vers la Haute Mésopotamie, il a probablement soumis le royaume
de Mari, et peut-être celui d'Ebla en Syrie. Mais la chronologie des conquêtes des rois d'Akkad vers
l'ouest reste confuse, et on ne sait pas si les destructions attestées sur les sites de la région sont dues
aux conquêtes de Sargon, de Naram-Sin, ou bien à des conflits entre royaumes locaux. Une inscription
de Sargon dit qu'il s'est rendu jusqu'à Tuttul sur le moyen Euphrate, où il rend hommage au grand dieu
Dagan, qui lui aurait alors conféré la domination des terres allant jusqu'à la mer Méditerranée. Un
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texte hittite plus tardif raconte que Sargon aurait soumis le royaume de Purushanda en Anatolie
centrale, mais il est impossible de déterminer si ce récit fait référence à un événement réel ou
légendaire. Quoi qu'il en soit, il transparaît de ces sources que Sargon a effectué bien plus de
conquêtes que les rois l'ayant précédé, ce qui a fortement marqué les esprits.
Étendue approximative du royaume d'Akkad à son apogée sous le règne de Naram-Sin, et direction des
campagnes militaires extérieures.
Sargon meurt vers 2279 (ou 2229) et lui succèdent deux de ses fils, Rimush et Manishtusu. Il est
habituellement considéré que le premier a régné avant le second, mais il se pourrait que ce soit
l'inverse car c'est de cette façon que la plus ancienne version connue de la Liste royale sumérienne
présente l'ordre successoral des rois d'Akkad. Rimush (« Son cadeau »), qui aurait régné neuf ans, fait
face à une rébellion dès son intronisation. Il tient bon, soumet les rebelles dirigés par Kaku d'Ur qui a
rallié à lui plusieurs cités (Adab, Lagash, Zabalam, Kazallu). Il a également mené des campagnes
contre des royaumes du plateau Iranien (Élam, Awan, Marhashi). Durant ses quinze années de règne,
Manishtusu (littéralement « Qui est avec lui ? », c'est-à-dire « Qui est son égal ? ») mène également à
son tour des campagnes en direction du plateau Iranien (contre Anshan, Sherihum), et aussi du golfe
Persique puisqu'il prétend avoir soumis le pays de Magan (Oman). Quoi qu'il en soit de l'ordre de
succession de ces deux souverains, il apparaît qu'ils sont en mesure de préserver l'héritage laissé par
leur père et même de l'agrandir. Pour la première fois, les conquêtes d'un grand roi ne sont pas perdues
à sa mort.
Naram-Sin (« Aimé de Sîn ») monte sur le trône vers 2254 (ou 2202). C'est lui aussi une grande figure
de l'histoire mésopotamienne, mais qui a laissé une image plus négative que son grand-père. Dès son
intronisation, il a dû faire face à une grande rébellion en Basse Mésopotamie, menée par deux
personnages : Iphur-Kish à Kish qui rallie des cités voisines (Sippar, Eresh, Kazallu) et Amar-girid
d'Uruk accompagné par d'autres cités du Sud (Ur, Lagash, Adab, Shuruppak, etc.). D'après les
traditions se rapportant à cette grande révolte, la répression fut terrible. Naram-Sin fut un grand
conquérant, même si la chronologie de ses conquêtes est difficile à reconstituer. Son règne est marqué
par des expéditions en Haute Mésopotamie et en Syrie du Nord, vraisemblablement dans la continuité
de son grand-père, même s'il est possible qu'il soit le premier roi d'Akkad à soumettre fermement cette
région. Comme pour Sargon, des traditions postérieures lui attribuent des victoires sur des rois
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anatoliens (notamment ceux de Kanesh et du Hatti) dont la réalité reste sujette à caution. Naram-Sin a
aussi remporté des victoires sur l'Élam et Marhashi et aurait à son tour soumis Magan. C'est sous ce
règne qu'ont lieu différentes réformes et des constructions qui renforcent le caractère impérial du
royaume d'Akkad. Selon la tradition, Naram-Sin n'aurait pas rendu convenablement le culte à Enlil, le
plus grand dieu de la Basse Mésopotamie. Les générations postérieures ont condamné cet évènement,
qui aurait jeté une malédiction sur le roi d'Akkad et ses successeurs, parce qu'il a suscité l'ire des
dieux. Dans les faits, il se trouve que ce roi a fait reconstruire le grand temple du dieu. Mais les
dernières années de son règne marquent effectivement le début de la fin de l'empire d'Akkad.
Pour réaliser leurs conquêtes, les rois d'Akkad se sont appuyés sur une armée très efficace leur
permettant de triompher sur des champs de bataille loin de leur base, ce qui n'était pas possible pour
les cités-États qu'ils ont supplanté. Les représentations iconographiques de soldats de cette période,
notamment la stèle de victoire de Naram-Sin, semblent indiquer une évolution de l'armement des
soldats et des techniques de combat par rapport à ce qui apparaît dans les scènes militaires de la
période des dynasties archaïques (étendard d'Ur et stèle des vautours de Girsu). Les chars de combats
semblent perdre de l'importance au profit de l'infanterie. Cette dernière est dotée d'un équipement plus
léger que précédemment, ce qui facilite sans doute sa mobilité au détriment de sa protection.
L'armement de base est constitué de masses d'armes, poignards et de lances comme précédemment,
mais aussi de l'arc qui était auparavant absent des scènes militaires. L'analyse des représentations
semble indiquer l'usage d'un arc composite, disposant d'une longue portée de tir, permettant la mise en
place de nouvelles tactiques de combat à distance. Les soldats d'élite (ceux que les textes désignent
comme LÚ.TUKUL, « ceux de l'arme », et les nisk/qu dont le rôle n'est pas clair) constituent une
armée permanente qui est entretenue grâce à la concession de champs appartenant aux domaines des
institutions, comme les autres serviteurs de l'État ; ils sont renforcés par des contingents de conscrits
fournis par les différents domaines institutionnels et enregistrés sur des listes, servant sans doute de
façon périodique. Les troupes semblent organisées dans des unités de base de vingt hommes dirigées
par des « lieutenants » (UGULA), regroupées en bataillons de soixante puis en régiments de quelques
centaines de soldats (peut-être 600). Le haut commandement est constitué par des « généraux »
(sumérien ŠAGIN /akkadien šakkanakkum) formant l'entourage proche du roi, puis des « capitaines »
(NU.BANDA/lapputāu).
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stèle de victoire de Naram-Sin, calcaire, 200 cm x 105 cm, vers 2254-2213, Louvre
Le règne de Naram-Sin voit l'arrivée d'une nouvelle menace : les Gutis. Ce peuple, considéré comme
barbare par les Mésopotamiens et originaire des régions occidentales du Zagros, lance plusieurs raids
meurtriers en Mésopotamie durant les dernières décennies de l'empire d'Akkad, et la tradition
mésopotamienne que rapporte la Liste royale sumérienne lui a imputé la responsabilité de la chute de
cet État, marquée par de nombreux actes de violence et d'impiété. Le règne de Shar-kali-sharri (« Roi
de tous les rois »), fils de Naram-Sin qui prend le pouvoir vers 2217 (ou 2165), est peu documenté. Ce
roi a été oublié dans les récits postérieurs sur la chute d'Akkad qui ne font référence qu'à son père. Les
inscriptions de son temps mentionnent certaines de ses campagnes vers l'Anatolie du sud-est, ainsi que
des victoires en Haute Mésopotamie contre les Amorrites, peuple sémite qui apparaît alors. Aux
abords immédiats du pays d'Akkad, à l'est, il doit repousser une attaque élamite, ainsi qu'une autre des
Gutis. Cela pourrait indiquer un affaiblissement du royaume. Shar-kali-sharri semble avoir des
ambitions plus modestes que son père, se proclamant simplement « roi d'Akkad ».
Pourtant, l'État d'Akkad semble bien survivre quelques décennies après sa mort qui survient vers 2193
(ou 2140), même s'il est considérablement réduit en taille et se limite probablement au nord de la
Babylonie autour d'Akkad et Kish, puisque la Liste royale sumérienne lui attribue plusieurs
successeurs. De l'un d'entre eux, Dudu, sont connues quelques inscriptions d'offrandes et des mentions
de campagnes militaires sans doute destinées à préserver les restes de son royaume, tandis que son
successeur Shu-turul est connu seulement par une poignée d'inscriptions votives. La chute d'Akkad fut
donc progressive.
Idée, image et exercice du pouvoir
Avec Akkad, pour la première fois dans l'histoire du Moyen-Orient apparaît une grande construction
étatique englobant pour plusieurs décennies un ensemble d'anciens micro-États. Cela entraîne
progressivement un changement dans la conception de la fonction du souverain. Auparavant lié au
cadre de la cité-État, celui-ci avait un rôle limité dans l'espace. Avec la constitution d'un vaste
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royaume sous la dynastie d'Akkad, le souverain prend peu à peu une nouvelle dimension. Cela est
surtout perceptible sous le règne de Naram-Sin, qui développe une véritable pensée « impériale ». Il se
dit « Roi des quatre rives (de la terre) » (c'est-à-dire de tout le monde connu), ce qui traduit une
ambition de domination universelle, inédite dans le monde mésopotamien. De plus, nouveauté là aussi,
dans ses inscriptions officielles il fait précéder son nom du déterminatif de la divinité, se fait à
plusieurs reprise qualifier de « dieu d'Akkad », et dans les représentations il porte la tiare à cornes,
attribut des dieux : le roi est donc d'essence divine. Même s'il n'est pas forcément considéré comme
une divinité à part entière, il est au-dessus des autres hommes. On a donc les traits d'un « empereur »
qui veut se démarquer des autres rois par son essence, son charisme et ses ambitions.
L'apparition d'une idéologie de nature impériale à l'époque d'Akkad n'est cependant pas une véritable
révolution. On a longtemps voulu voir en Sargon un pionnier, mais il se situe en fait dans la continuité
de plusieurs souverains de Basse Mésopotamie dont la puissance avait déjà excédé celle des rois de
cités-États ordinaires. Une grande place doit être accordée à Lugal-zagesi, roi originaire d'Umma mais
établi à Uruk, et prédécesseur direct de Sargon, dont il a vraisemblablement inspiré l'œuvre politique.
De plus, Sargon débute ses conquêtes à partir du royaume de Kish, qui est depuis plusieurs siècles l'un
des plus puissants de la Basse Mésopotamie et a une grande influence politique voire culturelle36. Du
reste, la tradition idéologique n'est réellement bousculée que sous les successeurs de Sargon,
particulièrement Naram-Sin. Progressivement un nouvel art royal apparaît, suivant l'évolution de la
conception de la royauté, et on met en place une administration centralisée sur les cadres territoriaux
anciens. On effectue une standardisation des textes administratifs, qui sont écrits dans tous les centres
provinciaux de l'empire avec une même graphie et dans un même type d'akkadien, pour être plus
facilement compris et contrôlés par un personnel homogène sur tout le territoire, alors que pour les
textes non officiels subsistent les habitudes locales.
Les continuités semblent importantes, le souverain continuant à diriger l'État de manière traditionnelle.
Comme les rois précédents, il se présente comme étant l'élu des dieux, cherchant à accomplir leur
volonté. La grande divinité patronnant la dynastie d'Akkad est Ishtar (Inanna pour les Sumériens), qui
dispose d'un grand temple dans la capitale du royaume. Mais le pourvoyeur de la royauté reste le grand
dieu sumérien Enlil, comme le veut la tradition de Basse Mésopotamie. Dans la pratique, le souverain
gouverne entouré de ses fidèles, auxquels il octroie de nombreux présents (notamment des terres) et il
contrôle les temples qui sont les institutions majeures dans la société. Les personnages les plus hauts
placés et les gouverneurs des régions-clés sont souvent issus de la famille royale ou liés de près à elle.
Les princes sont parfois nommés gouverneurs, comme les fils de Naram-Sin placés à Marad (en),
Tuttul et Kazallu (en). Les princesses étaient souvent consacrées prêtresses des grands temples du sud
mésopotamien : Enheduanna fille de Sargon (connue par les poèmes qui lui sont attribués) dans le
temple de Nanna à Ur, Enmenana fille de Naram-Sin dans le même temple, et sa sœur Tuta-napshum,
grande prêtresse d'Enlil à Nippur. L'élite de la puissante armée akkadienne est encadrée par les proches
du roi (en premier lieu les généraux) et constitue une sorte de garde royale.
La question de savoir dans quelle mesure on peut qualifier l'État d'Akkad de « premier empire » reste
donc débattue : il est moins novateur qu'on ne l'a longtemps pensé, et est une construction peu durable
dont les structures ont été garantes d'une stabilité limitée. Si par bien des traits il a de fait les attributs
traditionnellement attribués à un empire par les historiens, archéologues et anthropologues, il en
manque cependant certains : en particulier, l'influence de la culture matérielle du centre sur les
territoires conquis et voisins semble limitée alors que les empires ont généralement un rayonnement
fort, tandis que son autorité n'a jamais été fermement établie et durablement assurée, même dans les
régions centrales. La véritable révolution est plutôt à chercher dans l'apparition d'un « impérialisme ».
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Ce dernier se retrouve dans la façon dont est pensé et exercé le pouvoir : la centralisation autour de la
figure royale qui incarne le royaume, prétend à la divinité et à la domination universelle ; la nécessité
de la victoire militaire qui assure l'existence et la survie de l'État et de la famille royale ; l'acquisition
(grâce aux conquêtes) d'une importante assise foncière pour le régime incarné par le roi et son
entourage. On peut donc considérer que s'il y a bien un aspect impérial dans cette construction
politique, il se trouve dans le cercle du pouvoir et dans l'idéologie qu'il cherche à répandre par le biais
des inscriptions et des réalisations artistiques officielles. Ces dernières ont servi à faire survivre aux
époques postérieures le modèle politique façonné par cet État, qui a ainsi été une étape décisive dans
l'affirmation d'une idéologie impériale dans l'histoire mésopotamienne. Et on peut se demander si cette
glorification posthume n'influence pas aussi la perception que les chercheurs actuels ont de la
construction politique des « empereurs » d'Akkad.
L’art officiel
Détail du fragment d'une stèle datant du règne de Rimush ou de Naram-Sin, musée du Louvre.
La domination de l'empire d'Akkad entraîne donc la création d'un art officiel qui, tout en reprenant
l'héritage des Dynasties archaïques, apporte des modifications notables. Le règne de Sargon d'Akkad
est marqué par de timides évolutions. Il reste néanmoins mal connu du point de vue artistique, car les
stèles datant de son temps sont toutes en état fragmentaire. Elles sont encore très proches de celles des
dynasties archaïques, comme la Stèle des vautours du roi E-anatum de Lagash et dérivent peut-être
d'une tradition artistique propre à la région de Kish, dont Akkad serait l'héritière. Le rendu des
personnages est souvent caractérisé de manière plus réaliste que dans les œuvres de l'époque
antérieure, même si en fait il semble plutôt plus stylisé pour mettre en avant les qualités des
personnages représentés (exagération des muscles, de la chevelure). Pour permettre une meilleure
compréhension des scènes représentées, les vaincus des pays étrangers ont des costumes ou parures
caractéristiques. Les scènes de combat semblent en tout cas déjà le sujet de prédilection des basreliefs.
Sous le règne de ses fils Rimush et surtout Manishtusu, l'évolution est plus marquée, inaugurant le
style « classique » de l'art akkadien. Les artistes développent en outre l'emploi de la diorite, pierre dure
qui caractérise la sculpture de l'époque. Plusieurs statues représentant Manishtusu en grandeur nature
ont été exhumées sur divers sites, ce qui indique une production nombreuse, en série, servant une
propagande. Mutilées durant l'Antiquité, il leur manque systématiquement la tête44.
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Du règne de Naram-Sin date une des œuvres les plus connues de la période, la Stèle de victoire,
commémorant une campagne victorieuse de ce roi contre les Lullubis, un peuple du Zagros. Bien
que fragmentaire, on y voit clairement l'exaltation du roi. Surplombant ses soldats et les ennemis
vaincus, il dirige son regard vers des symboles astraux situés sur le haut de la stèle et évoquant la
présence divine : cette construction verticale tranche avec les représentations traditionnelles,
horizontales. La représentation du roi est idéalisée, présentant un corps jugé comme parfait qui dégage
une impression de puissance et de vigueur.
La Stèle de victoire du roi Naram-Sin, musée du Louvre.
Photographie d'un grand fragment de stèle présentant à la fois une scène de combat et de victoire. La moitié
gauche de la scène présente en haut le roi Akkad, représenté beaucoup plus grand que les autres personnages et
en bas ses soldats marchant vers l'ennemi. La débandade de ce-dernier est représentée sur la moitié droite de la
scène par des hommes morts, blessés ou suppliants. L'ensemble de la scène se déroule sur une montagne et est
surmontée d'astres.
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Tête en bronze d'un roi d'Akkad retrouvée dans le temple d'Ishtar de Ninive, vers 2250 av. J.-C.,
Bagdad, musée national d'Irak.
Une autre grande œuvre des artistes officiels d'Akkad est la tête royale en alliage cuivreux retrouvée
à Ninive (Bagdad, musée national d'Irak). Comme toutes les sculptures de la période d'Akkad, elle a
été mutilée, mais cette fois-ci c'est la tête qui reste, bien que détériorée. On ne sait pas quel roi elle est
censée représenter. Elle est remarquable par le souci du détail typique de la période dans la
représentation de la chevelure et la barbe du roi. Elle concentre plusieurs des traits caractéristiques de
la représentation du souverain dans l'iconographie mésopotamienne depuis le IVe millénaire : le
bandeau frontal, la longue barbe finement peignée et le chignon noué derrière la nuque46. Cette tête
illustre la grande maîtrise de la technique de fonte à la cire perdue des métallurgistes mésopotamiens,
attestée par d'autres fragments de statues datés de la période d'Akkad ou de ses environs, comme la
base de statue en alliage cuivreux retrouvée à Bassekti représentant un personnage nu assis.
Par sa qualité plastique et notamment son souci du détail anatomique, la sculpture de cette époque est
une des plus brillantes de l'histoire mésopotamienne et annonce celle de la période néo-sumérienne,
connue par les statues du roi Gudea de Lagash. Mais c'est dans la thématique que les évolutions sont
les plus profondes. L'art officiel des rois d'Akkad se distingue clairement de celui créé pour les
notables du royaume, alors que durant la période présargonique l'art royal et l'art des élites étaient
similaires. Désormais est réalisé un art ayant pour but d'exalter seulement la personne royale, d'en faire
un personnage à part. L'art de la période d'Akkad est donc représentatif de l'évolution idéologique qui
touche le pouvoir : le roi n'est plus seulement un homme plus important que les autres, il est au-dessus
du reste des humains et accède au rang divin49. Cela se voit surtout à l'apogée de l'art d'Akkad sous
Naram-Sin qui est aussi le souverain aux ambitions impériales les plus évidentes. L'art est attaché à la
personne royale et a clairement un but de propagande. Le roi est souvent représenté comme un guerrier
victorieux soumettant ses ennemis. Cet art émane manifestement de véritables ateliers royaux. Mais
cela n'entrave en rien l'évolution qualitative que l'on remarque notamment dans le rendu anatomique
des personnages sur les sculptures.
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La période d'Akkad voit enfin le développement dans la glyptique d'un art religieux représenté sur
les sceaux-cylindres des personnages importants du royaume, très souvent gravés dans de la
chlorite50. L'exaltation de la monarchie est totalement absente de ce type de support, mais la volonté
d'uniformiser les thèmes religieux vient peut-être du pouvoir et de ses tendances centralisatrices. C'est
en tout cas par ces sources que nous sommes le plus documentés sur la religion de cette période, étant
donné que les inscriptions font défaut sur ce point. Cet art, s'il s'inspire de quelques thèmes des
périodes précédentes, est également très novateur et là aussi se veut plus détaillé dans la représentation
des personnages. Certaines scènes représentent simplement des divinités, avec leurs attributs
caractéristiques : il y a apparemment une volonté de mieux les individualiser que précédemment. Les
plus couramment représentées sont : Enki/Ea, le dieu des flots souvent accompagné de son acolyte
Ushmu, le dieu aux deux visages ; la divinité solaire Utu/Shamash ; et la grande déesse Inanna/Ishtar.
Deux grands thèmes faisant référence à la mythologie sont récurrents dans la glyptique de l'époque. Le
premier est celui d'un combat mettant en scène une divinité affrontant un animal réel ou imaginaire,
inspiré de scènes de combats héroïques déjà présentes dans la glyptique des siècles précédents. L'autre
thème est celui que P. Amiet a qualifié de « Grande Épiphanie », qui met en scène plusieurs divinités
se manifestant sur Terre dans le but d'apporter des forces revitalisant la Nature, en la fertilisant
(notamment Enki apportant ses flots). Cela renvoie peut-être à un rituel de fête du Nouvel An, qui a
alors lieu au début du printemps. En dehors de ces thèmes, l'un des plus remarquables sceaux de la
période est celui d'Ibni-sharrum, scribe de Shar-kali-sharri : deux personnages nus nommés lahmu, en
train d'abreuver deux buffles, la scène étant organisée de façon symétrique autour du cartouche portant
le nom et la fonction du détenteur du sceau. Sa qualité plastique en fait un chef-d'œuvre de la
glyptique d'Akkad et même de la Mésopotamie antique.
Empreinte du sceau-cylindre d'Ibni-sharrum, scribe de Shar-kali-sharri, chef-d’œuvre de la glyptique
akkadienne. Musée du Louvre.
Structures administratives et économiques
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Détail du texte gravé sur la stèle de Manishtusu, Musée du Louvre
Les structures administratives de l'État d'Akkad sont peu documentées et donc mal connues. Il est
organisé en provinces, dirigées dans le Sud par des gouverneurs parfois appelés ENSÍ, titre sumérien
auparavant utilisé pour désigner les souverains de certaines cités-États (notamment Lagash). Elles
correspondent apparemment dans cette région aux anciennes limites des États annexés lors des
conquêtes de Sargon, dont les souverains ont été remplacés par des fidèles du roi, originaires d'Akkad.
D'une manière générale, l'élite du royaume est faite et défaite par le roi, et elle est dominée par la
famille royale qui accapare les charges les plus importantes comme vu précédemment. Le souverain
attribue aussi de nombreuses terres à ses fidèles, comme le montre l'obélisque de Manishtusu, stèle en
diorite conservée au Musée du Louvre, qui porte une attestation d'achats de terres réalisés par le roi
dans la région de Kish, 3 500 hectares environ, redistribués ensuite à des officiers, les « fils d'Akkad »,
c'est-à-dire ses proches.
Carte de la basse Mésopotamie à l'époque d'Akkad, indiquant l'ancien tracé approximatif des fleuves et
de la côte du golfe Persique ainsi que la localisation des villes principales. La localisation d'Akkad
elle-même, incertaine, y est supposée au Nord de Kish, à peu près à l'emplacement de l'actuelle ville
de Bagdad.
La Basse Mésopotamie, cœur de l'empire d'Akkad, peut être divisée en deux grandes régions qui sont
appelées plus tard Sumer et Akkad. La première est majoritairement peuplée de Sumériens, comme le
révèle l'étude des noms de personnes provenant des archives de cette région, dont plus de 80 % sont
dans leur langue. Dans le pays d'Akkad en revanche, on trouve environ 80 % de noms en akkadien,
langue sémitique, celle de la dynastie d'Akkad, ce qui en fait la langue principale de l'administration,
cohabitant avec le sumérien dans le Sud. La question de savoir dans quelle mesure la domination des
sumérophones par les akkadophones a pu être ressentie est souvent posée. Il a parfois été tenté de voir
les révoltes ayant embrasé le Sud de la Mésopotamie comme des soulèvements pour l'indépendance de
Sumer contre Akkad, mais en réalité les rebelles sont aussi bien originaires du pays de Sumer que de
celui d'Akkad. De fait, même s'ils privilégient les gens de la noblesse d'Akkad et leur langue, en raison
de leurs origines, rien n'indique que les rois d'Akkad aient cherché à exclure les Sumériens, dont ils
ont repris certaines des traditions notamment en matière religieuse. Cela se voit dans le destin
d'Enheduanna, fille de Sargon portant un nom sumérien, placée à la tête d'un des grands sanctuaires de
Sumer, et rédigeant peut-être même des œuvres littéraires dans la langue de cette région. En fin de
compte, le facteur ethnique a pu être pris en compte dans certains cas, mais on ne peut déterminer dans
quelle mesure. Rien n'indique qu'il ait été décisif dans des politiques impériales ou le déclenchement
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de révoltes ; il n'a sans doute été qu'un facteur parmi d'autres (identités et traditions locales, intérêts
économiques, etc.).
Dans les régions conquises, de nouveaux centres administratifs étaient créés quand il n'y en avait pas
déjà en place, ainsi que des forteresses ; d'autres fois on construisait de nouveaux palais et habitats
dans des villes conquises, peut-être sur un modèle identique à celui des marches militaires
périphériques que l'on connaît par la suite pour la troisième dynastie d'Ur. C'est le cas à Tell Brak en
Haute Mésopotamie, où a été mis au jour un vaste bâtiment dont les inscriptions de fondation sont au
nom de Naram-Sin, servant sans doute de résidence à un gouverneur local, entouré d'autres
constructions de la même époque et témoignant d'un réaménagement de la ville après sa conquête.
D'autres bâtiments d'époque akkadienne ont été fouillés à Tell Leilan et Tell Beydar dans la même
région. En revanche, on ignore si les rois d'Akkad ont entrepris des travaux à Ninive, comme une
tradition locale postérieure le prétend61. Les provinces hors de Basse Mésopotamie sont contrôlées
par des gouverneurs qui ont une fonction militaire importante, surtout dans les périphéries de l'empire.
Ce sont souvent des membres de la famille royale.
Traité d'alliance entre Naram-Sin d'Akkad et un roi d'Awan, c. 2250, Suse, Musée du Louvre.
Les rois d'Akkad peuvent également passer des accords politiques avec les royaumes situés à leurs
frontières pour leur sécurité. On dispose ainsi d'une tablette d'un traité de paix passé entre Naram-Sin
et un roi d'Awan, retrouvé à Suse et rédigé en élamite, qui semble faire du second un vassal du
premier, l'obligeant à suivre sa ligne politique, à ne pas le trahir, et à lui apporter une assistance
militaire si nécessaire62. À Urkesh (Tell Mozan), la présence de scellements au nom d'une fille de
Naram-Sîn semble indiquer qu'elle avait été mariée au roi local (d'ethnie hourrite), sans doute dans le
cadre d'une alliance entre celui-ci et le monarque akkadien. La diplomatie devait donc être essentielle
dans la stratégie de stabilisation des frontières de l'empire.
Les gouverneurs d'Akkad avaient des prérogatives judiciaires, devaient prélever les impôts et étaient
chargés de la gestion de domaines royaux souvent immenses. Il s'agit des domaines des souverains
déchus, gérés selon la tradition locale de trois façons : directement par les dépendants du palais contre
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des rations d'entretien, indirectement par des métayers, ou encore concédés à des fonctionnaires ou
militaires comme rétribution pour un service accompli pour l’État. Les artisans étaient également
rétribués en rations d'entretien. Des intendants (ŠABRA) s'occupaient de l'administration de ces
domaines. De telles institutions sont attestées en plusieurs endroits par des archives : à Lagash, à
Umma, mais aussi hors de Basse Mésopotamie, à Gasur. Un des domaines les mieux connus est celui
qui était dirigé par Mesag, peut-être le gouverneur d'Umma, situé vers la limite entre cette province et
celle de Lagash. Il couvrait environ 1 270 hectares et employait 300 dépendants. Cela correspond à des
domaines tels que celui du temple de Ba'u à Girsu durant la période précédant les conquêtes de
Sargon. Les structures économiques et sociales de la Basse Mésopotamie n'ont donc pas été
fondamentalement modifiées par l'empire d'Akkad ; le grand changement semble être le passage d'une
prédominance des domaines des temples à une prédominance des domaines royaux, apparemment à la
suite de rachats et peut-être de confiscations. Les travailleurs des grandes institutions étaient des
dépendants ou des travailleurs indépendants recrutés occasionnellement pour des tâches spécifiques et
rémunérés par des rations et plus rarement des esclaves qui ne constituaient pas une force de travail
importante.
Les temples disposaient toujours de domaines importants là où ils en avaient auparavant, c'est-à-dire
dans la région de Sumer et dans la Diyala, et ce en dépit de leur recul face aux domaines royaux. Cela
est attesté notamment par les archives de l'Ekur de Nippur et un autre lot provenant d'Eshnunna. Leur
administration semble généralement chapeautée par le gouverneur local, sauf dans le cas de l'Ekur,
temple du grand dieu Enlil, principale divinité de la Mésopotamie à Nippur. L'Ekur était dirigé par un
administrateur spécifique choisi par le roi et non par le gouverneur dirigeant le reste de la cité de
Nippur : cette situation particulière était sans doute due au statut du temple qui était le sanctuaire de
tout le pays sumérien. Le roi participait à l'entretien courant des temples et la reconstruction de l'Ekur
entreprise par Naram-Sin et poursuivie par son fils Shar-kali-sharri est bien connue grâce aux tablettes
exhumées dans ce temple. Des artisans spécialisés étaient mobilisés dans tout leur royaume à cet effet,
charge à l'administration du temple de les entretenir pendant la durée des travaux. En tant
qu'organisme économique, le temple fonctionnait suivant le même principe que le palais. Les
dépendants de l'Ekur étaient organisés en équipes de travailleurs dirigées par des chefs (UGULA),
eux-mêmes commandés par des administrateurs supervisant les travaux (NU.BANDA) et rémunérés
par des rations d'entretien. Le sanctuaire était aussi amené à jouer un rôle de « protection sociale »
pour des individus isolés et démunis (orphelins, veuves) qu'il entretenait.
D'autres activités sont attestées par un nombre plus réduit de tablettes. Certains documents provenant
de Suse montrent l'activité de marchands (DAM.GÀR) qui agissaient sous le contrôle de l'État et dont
les réseaux commerciaux avaient pour but d'acheminer des matières premières vers la Mésopotamie
qui en est très pauvre. D'autres textes montrent quant à eux l'existence d'activités privées à cette
période, certains marchands ou autres agents de l'État pouvant également agir pour leur propre compte.
Le commerce international était très actif vers le plateau Iranien, mais aussi le golfe Persique, allant
jusqu'à Oman (Magan) et la vallée de l'Indus (Meluhha), régions riches en matières premières dont les
Mésopotamiens étaient très demandeurs (métaux, pierres). Mais on ne sait pas bien ce qu'ils
exportaient en retour : sans doute du grain, des étoffes et huiles parfumées. On trouve aussi dans les
archives de la période des documents concernant des activités locales : commerce de produits
agricoles, achat et vente de champs, d'esclaves, ainsi que des opérations de prêts. La richesse des
notables entreprenant ces opérations paraît liée au pouvoir central. Ainsi, à Umma, un certain Ur-Shara
prenait en charge du bétail appartenant au palais. Son épouse Ama-é, véritable femme d'affaires, louait
des terres du palais et menait d'autres activités avec des personnes privées, notamment l'octroi de prêts.
De plus, il semble que les terres concédées par le palais à ces notables furent progressivement
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patrimonialisées par leurs détenteurs, qui les considéraient comme des biens familiaux, sans que cela
n'affaiblisse forcément le pouvoir central. Comme souvent dans l'histoire mésopotamienne, les limites
entre public et privé sont très floues.
Postérité de l’Empire d’Akkad
L'expérience qu'a constitué l'empire d'Akkad a profondément marqué l'histoire de la Mésopotamie.
L'ancien système des cités-États laisse place à une nouvelle forme étatique qui se donnait pour
vocation la domination universelle. Le royaume de la troisième dynastie d'Ur, formé quelques
décennies après la chute d'Akkad, se situe dans la continuité de ce « premier empire ». À partir de ce
moment, les rois d'Akkad, en premier lieu Sargon et Naram-Sin, deviennent les héros de véritables
épopées qui servent d'illustration à l'idéologie royale mésopotamienne qu'ils ont eux-mêmes contribué
à forger.
Dès les débuts d'Ur III, les cercles royaux ressentent le besoin de justifier la chute d'Akkad par une
explication théologique, et procèdent à la rédaction d'un texte en sumérien, appelé par les historiens
actuels la Malédiction d'Akkad. Ce récit raconte que Naram-Sin a perdu le soutien des dieux et que le
plus grand d'entre eux, Enlil, ne lui donne pas le droit de reconstruire son temple à Nippur. De rage,
Naram-Sin le fait détruire et s'attire la malédiction des dieux, qui condamnent son royaume à la
destruction, les Gutis jouant le rôle d'exécuteur inconscient du châtiment divin. Cette justification de la
chute d'Akkad permet de légitimer le pouvoir des rois d'Ur III. C'est cette image de roi orgueilleux et
pécheur qu'a forgé la tradition mésopotamienne à propos de Naram-Sin. Elle se retrouve dans la
Légende de Kutha, dans laquelle le roi refuse d'entendre les mauvais présages à propos d'une bataille
qu'il va mener et perd. Mais il finit par l'emporter en combattant quand les présages lui sont
favorables. La grande révolte qui a lieu au cours de son règne a également donné naissance à une
tradition littéraire comme vu précédemment.
Sargon a également été à l'origine d'une abondante littérature, qui est parfois sur-interprétée par les
historiens modernes car on dispose de peu d'inscriptions et de textes datant de son règne. Il est difficile
de savoir dans quelle mesure ces récits, attestés jusqu'à la fin de l'époque néo-assyrienne (VIIIe et VIIe
siècles), sont fidèles à la réalité historique. C'est le cas du plus célèbre, l'Autobiographie de Sargon,
récit racontant comment Sargon est abandonné à sa naissance par sa mère (une prêtresse qui ne doit
pas avoir d'enfants), qui le place dans un panier en osier sur l'Euphrate, sur lequel il dérive jusqu'à
Kish où il est recueilli par un puisatier, avant d'être plus tard soutenu par la déesse Ishtar, qui l'aide à
prendre le pouvoir. Plusieurs récits racontent ses exploits guerriers, notamment celui intitulé Sargon,
roi de la bataille. Il relate une campagne, sans doute légendaire, qu'il aurait menée en Anatolie, contre
la ville de Purushanda. Un exemplaire en hittite a été mis au jour à Hattusha, capitale des Hittites, ainsi
qu'une version akkadienne du récit à Tell el-Amarna, en Égypte, ce qui montre que la légende de
Sargon trouvait un écho au-delà de la Mésopotamie.
La tradition mésopotamienne a donc distingué deux rois d'Akkad, Sargon et Naram-Sîn, symbolisant
toute l'importance qu'ils ont eue dans son histoire et dans la construction idéologique de la fonction
royale et de l'impérialisme dans la région. Elle a surtout retenu d'eux leur puissance militaire, aspect
qu'ils ont eux-mêmes le plus mis en avant. Au long de l'histoire mésopotamienne les scribes ont
recopié les inscriptions des souverains d'Akkad, en plus des légendes les concernant. Plusieurs
souverains reprennent au cours des deux millénaires suivants le titre de « roi d'Akkad », se plaçant
dans la continuité de leurs illustres prédécesseurs. Sargon et Naram-Sîn ont également fait l'objet d'un
culte, sans doute dès la période d'Ur III, et leurs statues sont encore vénérées sous la domination des
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Perses achéménides (VIe et Ve siècles). Un peu auparavant, des prêtres de Sippar de la période
précédente créent une fausse charte de donation qu'aurait octroyé Manishtusu à leur temple.