Document de travail / changement climatique et gestion d’aires protégées
Changement climatique et gestion d’aires protégées
Note de réflexion réalisée dans le cadre de la préparation du colloque AMP 2015 et du groupe de
travail de l’UICN
Première mouture : Ségolène Travichon, LPO – forum des gestionnaires d’AMP, mars 2015.
Cette note s’adresse en premier lieu aux gestionnaires d’aires protégées, de quelque statut que ce
soit, afin que chacun puisse être sensibilisé aux impacts concrets qu’auront les changements
climatiques sur la gestion des espaces naturels. Elle devrait permettre une meilleure appropriation
de l’enjeu par les gestionnaires dans l’objectif de l’intégrer dans la gestion quasi quotidienne.
1ère étape – Compréhension – acceptation : en quoi l’espace que je gère est-il soumis aux
changements climatiques ?
Où que l’on soit, un espace naturel est désormais soumis aux impacts des changements climatiques.
La première étape pour un gestionnaire est donc de connaitre les différents effets du changement
climatique sur les habitats, les espèces, les fonctionnalités. Cette étape nécessite un travail de
bibliographie qui est plus ou moins bien fournie selon les milieux concernés.  renvoi à la partie
connaissance (peut être citer qq exemples quand même).
Ensuite, le gestionnaire doit intégrer ces éléments de connaissance et en faire un élément primordial
du plan de gestion pour que le changement climatique soit pris en compte dans toute la déclinaison
du document de gestion : des enjeux aux opérations.
Cette phase, si elle parait évidente, n’est peut-être pas bien intégrée par les gestionnaires qui font
souvent du changement climatique un élément « annexe », non stratégique de leur gestion.
2ème étape – intégration : comment intégrer les changements climatiques dans un document de
gestion ?
Il pourra y avoir sans aucun doute plusieurs niveaux d’intégration selon le niveau d’impact, des pistes
sont données, non exhaustives, elles pourront être complétées avec les témoignages et expériences
des gestionnaires.
Il semblerait important d’éviter que le changement climatique ne soit traité dans les plans de gestion
que sous l’angle de l’observatoire. Un gestionnaire peut, certes observer, mais il peut également agir,
cette note vise justement à rendre le gestionnaire acteur.
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Formulation des enjeux et des objectifs à long terme : c’est l’étape cruciale. En effet, il s’agit
de définir clairement la stratégie à adopter face aux changements climatiques pour un
espace protégé. Elle peut être de plusieurs niveaux :
o Enjeu de connaissance  rôle d’observatoire : ce scénario peut être choisi pour des
espaces à forte naturalité où il n’y a que peu d’action de gestion, mais dans ce cas,
les protocoles mis en œuvre devront bien prendre en compte la dimension
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o
o
changement climatique. Cependant, même pour un espace à vocation
d’observatoire, un rôle d’alerte peut être identifié pour permettre la mise en place
d’actions concrètes visant à protéger des habitats ou des espèces à l’extérieur de
l’espace ou tout simplement pour communiquer sur les effets dévastateurs des
changements climatiques au plus grand nombre ;
Enjeu de conservation « passive »  stratégie d’adaptation : le gestionnaire choisit
de conserver au maximum les habitats et les espèces présents sur le site, il doit donc
s’adapter aux conditions climatiques « nouvelles » ainsi qu’aux paramètres
abiotiques en découlant (pH, salinité, t°…etc). Ce choix conduit inévitablement à des
changements au sein du périmètre, les changements climatiques occasionnant une
pression que le gestionnaire ne pourra plus « contenir » à partir d’un certain seuil ;
Enjeu de conservation « active »  stratégie d’anticipation : le gestionnaire choisit
d’anticiper les changements en entrevoyant des évolutions de milieux importantes. Il
adopte une posture de prospective en entrevoyant les différentes trajectoires
possible sur son espace. Le patrimoine naturel protégé à l’origine de la création se
voit soumis à de telles pressions qu’il risque de disparaitre du périmètre strict de
l’espace. Le gestionnaire peut donc choisir d’anticiper les changements sur les
milieux avec une stratégie de « relocalisation de la biodiversité ». En effet, si cette
politique concerne aujourd’hui exclusivement les activités humaines, elle pourrait
s’appliquer également à la biodiversité : extension de périmètre en arrière littoral
par exemple pour les espaces soumis à l’élévation du niveau marin.
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Un document de gestion adaptatif : les documents de gestion pouvant être valable pour des
durées de 5 à 15 ans, il est important qu’il soit adaptatif et qu’il puisse évoluer en fonction
des évènements afin de permettre la réactivité du gestionnaire. Un modèle de document
adaptatif n’existe pas actuellement, il s’agira en tout premier lieu de pouvoir modifier le plan
de travail annuel (opérations) sans changer les objectifs à long terme ni opérationnels. Ceuxci doivent donc avoir une rédaction suffisamment souple pour permettre ces ajustements. Il
sera par exemple important de prévoir un plan d’action particulier en réaction à un
évènement exceptionnel comme une tempête, un incendie, une submersion, une crue,
phénomènes qui seront probablement plus fréquents avec les changements climatiques.
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Gestion opérationnelle : le gestionnaire doit être préparé à modifier sa gestion
opérationnelle en fonction des changements à venir. Elle doit donc être réfléchie bien en
amont pour anticiper des changements qui peuvent être radicaux : gestion hydraulique avec
augmentation de la salinité, changement de la gestion pastorale (diminution de la charge,
changement de race ou d’espèce). Ces aspects sont particulièrement importants à réfléchir
car ils peuvent avoir pour conséquence des changements radicaux des compétences des
équipes et donc peuvent nécessiter des formations spécifiques.
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Des indicateurs robustes : le gestionnaire de l’espace doit être en mesure de communiquer
sur l’évolution des milieux afin d’assurer une veille et de pouvoir tirer la sonnette d’alarme
en cas de besoin. Le gestionnaire peut devenir une référence importante en matière locale
pour la mise en lumière de phénomènes d’évolution des milieux.
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Rôle de veille du gestionnaire : il est parfois en première ligne sur des aspects hors
patrimoine biologique car les phénomènes de changements climatiques peuvent avoir un
impact pour les activités humaines à proximité (disponibilité en eau, risques sanitaires,
risques d’incendies, état de la défense de côte, etc). Le gestionnaire doit donc être prêt à
répondre à des sollicitations parfois éloignées de son cœur de métier. Il peut être important
de s’y préparer (formations du personnel par exemple, stratégie à tenir en interne).
3ème étape – communication : comment articuler ma stratégie à celle du territoire ?
Il s’agit là de faire accepter la stratégie de l’espace protégé aux acteurs locaux afin que
l’aménagement du territoire prenne en compte l’espace protégé, tout particulièrement si une
extension s’avère nécessaire.
Cette phase peut permettre d’éviter de se faire accuser de tous les maux. En tout état de cause, elle
peut changer de manière radicale sa manière de se positionner face aux partenaires : intégration à
des réunions portant sur l’aménagement du territoire, rapportage d’éléments de contexte
internationaux, nationaux, de réseaux d’aires protégés …
Aspects humains
Un accompagnement particulier peut être nécessaire pour les équipes de terrain qui voient leur
espace évoluer de manière radicale en peu de temps. Les équipes peuvent être attachées à des
milieux, des espèces, des méthodes de gestion et elles peuvent subir des traumatismes non
négligeables (pertes de repère, évènements extrêmes…). Il est important que l’organisme
gestionnaire en soit conscient et soit vigilant à apporter toute l’aide nécessaire aux équipes en place.
Des cellules psychologiques peuvent être mises en place au lendemain d’un évènement climatique
par exemple.
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