
Enfin je pense que personne, ni le patient ni parfois le médecin ne réalise effectivement ce que c’est de
vivre avec une incontinence quasi permanente. Pour s’en rendre compte il faudrait accepter de passer
ne serait ce qu’une semaine avec une couche humide pour en avoir une idée… En revanche je n’ose
imaginer qu’en 2015 un chirurgien puisse dire au malade, compte tenu de mon expérience je n’ai
jamais ce problème. Et pourtant, j’ai parfois du implanter des sphincters artificiels à des patients à qui
leur urologue avait dit en post opératoire « vous êtes mon premier patient comme cela ». Visiblement
certains ont soit la mémoire courte et sélective, soit ils ont beaucoup de premières fois
M. R. MUNTZ : L’incontinence après prostatectomie est-elle liée à une maladresse du
chirurgien ?
Pr F. HAAB : Cette question est essentielle car elle à l’origine du malentendu. Je répondrai clairement
NON à cette question. Plusieurs éléments sont importants à savoir. Il n’existe à ce jour aucune
technique qui supplante clairement les autres en matière de réduction du risque d’incontinence. Le
risque d’incontinence est pratiquement imprévisible en préopératoire, aucun facteur de risque n’ayant
pu être identifié. Le risque d’incontinence est quasiment imprévisible en per opératoire. En effet,
l’intervention de prostatectomie s’est parfois déroulée de manière idéale et l’incontinence sera totale
mais l’inverse est aussi vrai l’intervention a parfois été très difficile et la continence est parfaite dès
l’ablation de la sonde. L’incontinence urinaire doit selon moi être vue plus comme une « séquelle »
possible de l’opération que comme une « complication ». Cette nuance importante permettra de
maintenir un dialogue serein entre le chirurgien et le patient si le problème doit survenir et éviter les
situations trop souvent observées ou soit le chirurgien minimise le problème « ca va passer, soyez
patient », ou soit le patient veut traduire en justice son chirurgien avec la phrase rituelle « il m’a raté ».
M. R. MUNTZ : Y a t-il d’autres circonstances que la prostatectomie où cette question de
l’incontinence doit être abordée ?
Pr F. HAAB : Bien sûr. En fait à chaque modification thérapeutique ce risque doit être pris en compte.
Disant cela, je pense notamment aux indications de radiothérapie adjuvante post opératoires.
Aujourd’hui une majorité de patients chez qui nous devons implanter un sphincter artificiel ont eu une
prostatectomie suivie d’une radiothérapie. L’indication de radiothérapie post opératoire doit être posée
en connaissance de cause. Selon les données que j’ai pu accumuler au cours de ces dernières années
et non encore publiées, je recommanderai dorénavant avant de valider définitivement l’indication de
radiothérapie adjuvante une évaluation fonctionnelle précise comportant bien sur la fonction
sphinctérienne et la continence acquise mais aussi recherchant une sténose anastomotique à bas bruit
par une débitmétrie, mesure de résidu et fibroscopie vésicale si nécessaire. En effet la radiothérapie
risque de décompenser une sténose latente dont le traitement risquera lors de conduire à une
incontinence souvent très sévère.
M. R. MUNTZ : Les traitements médicamenteux peuvent t ils avoir un impact en matière
d’incontinence ?
Pr F. HAAB : Même si les données manquent je réponds clairement oui à cette question. Très
fréquemment les patients me disent que dans les semaines qui suivent la mise en place d’une
hormonothérapie androgéno suppressive ils constatent une aggravation de leur incontinence. Le
mécanisme est probablement plurifactoriel. D’une part la privation de testostérone entraîne une
atrophie musculaire généralisée et donc un retentissement sur le muscle sphinctérien lui même.
D’autre part, il est aujourd’hui démontré qu’il existe un rôle important des androgènes au niveau de la
moelle épinière sur les neurones qui pilotent l’appareil sphinctérien
M. R. MUNTZ : Sur le plan thérapeutique de cette incontinence quelles ont été les principales
avancées ces dernières années ?
Pr F. HAAB : La prise en charge de l’incontinence après prostatectomie progresse à la fois en
possibilités disponibles mais aussi avec une simplification des techniques.