Fiche de Vocabulaire :
Navrer
Etymologie.
Le verbe navrer est une forme altérée du verbe nafrer. Il est apparu sous cette forme au
début du XIIème siècle (1130).
L’usage de navrer/nafrer se retrouve dans des écrits en dialectes normand et anglonormand et dans les parlers franco-provençal et provençal (nafrar, fin du XIIè)
Les origines de ce mot demeurent assez incertaines.
La première hypothèse serait que le verbe navrer/nafrer tirerait ses origines d’un
verbe de l’ancien norrois nafra signifiant « percer avec une tarière », ce mot venant luimême d’un nom l’ancien norrois : nafarr « tarière ».
La seconde hypothèse serait que le verbe navrer/ nafrer serait dérivé du verbe latin
naufragare « faire naufrage » qui avait pris le sens de « ruiner, endommager ».
Il en existe une troisième , celle de Roquefort (auteur du glossaire de la langue
romane). Celui-ci fait venir le mot navrer/nafrer du verbe latin vulnererare
« blesser ».
Signification en Ancien Français.
Le verbe navrer/nafrer signifiait à l’origine : «blesser en transperçant, en
coupant »(870) il conservera cette signification jusqu’ au XVIIIème et voire même
jusqu’ au début XIXème. Cependant le verbe navrer/nafrer a connu une évolution
sémantique et ainsi est passé de son sens premier, à un sens figuré «atteindre quelqu’un
-connotation amoureuse le plus souvent-»(1176), pour parvenir en Moyen Français au
sens de « causer une très grande peine, affliger »(1538 ;1562)
Ce terme fut utilisé tout d’abord comme terme de chevalerie.
-blesser gavement, avec effusion de sang
Puis blesser en général, physiquement ou moralement (mortifier)
Signification en Français Moderne.
Le verbe navrer a conservé son sens figuré en Français Moderne. Il signifie
donc : «remplir d'une profonde tristesse» ou « contrarier, décevoir quelqu'un », dans ce
cas il peut être employé dans des formules de politesse telles que « je suis navré ». Oui,
le sens est conservé mais s’est considérablement atténué. Voir l’expression « être
navré », signifiant simplement être désolé.
Paradigme morphologique
-navreur (1298)-nom- : blessure, plaie/ affronteur.
-navrement (1831)-nom- : affliction, profonde tristesse, blessure (sens fig).
-navrance (1885)-nom- : profonde tristesse, affliction.
-navré,-e –adjectif- : blessé/qui témoigne d’une profonde tristesse/désolé, contrarié.
-navrant (1787)- adjectif- : affligeant, désolant/ennuyeux , facheux.
Paradigme sémantique
-Synonyme
-Antonyme
- escloper
-garir
- afoler
- blecier
-choyer
-brelaffrez
-ferir
Exemples d’emploie du mot navrer.
-Oliviers sent qu’il est a mort nafrez. (blesser physiquement, sens propre) XIè, Chanson
de Roland.
-Lors fu il [Ninus] navrez d'une saiete dont il morut en la fin .Latini, (blesser
physiquement, sens propre)
-Crestiens de Troies dit miex [mieux] Du cuer navré de dart des iex, Que je ne vos
porrole dire –XIIIè Huon de Meri (atteindre amoureusement)
-Por fayt de homicide ou de navra ou d autre forfayt (blessure physique, sens propre)
(1374).
-Et ces beaux yeux clers et resplendissant,
Qui m’ont navré deviennent languissans. (atteindre quelqu’un amoureusement)
(1596) Chants sur la maladie s’amie.
-Le dit sieur de Joyeuse, ou trop lassé du monde pour la seconde fois, ou justement
navré du remords de sa conscience, se resolut a rentrer dans son devoir. (1599)
Cheverny, mem. (causer une très grande peine, affliger)
- navrer à mort, l'Académie en 1694.( blesser physiquement).
-Madame, je ne vous compromettrai point par des flammes indiscrètes. Ce brutal de
mari me navrerait sans pitié et plongerait le fer en votre blanche
poitrine GAUTIER, Fracasse, 1863, p.270 (blesser physiquement, sens propre).
- Votre étonnement était pire qu'une exigence formelle. Monsieur Tintouin, cette
conduite me navre. Mimomandre, Écrit sur eau, (1908). (contrarier, décevoir quelqu'un).