LeMonde.fr 09 mai 2016 Le cancer en France en 2015 : 150 000

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09 mai 2016
Le cancer en France en 2015 : 150 000 décès et des inégalités professionnelles
persistantes
En France, les cancers tuent 150 000 personnes par an, 800 000 personnes vivent actuellement avec ces
maladies et 2 millions ont déjà été touchées. MYCHELE DANIAU / AFP
Chargé de coordonner la lutte contre la maladie la plus meurtrière du pays, l’Institut national
du cancer a publié fin avril son édition 2015 des « cancers en France », qui recense chaque
année une quantité gigantesque d’informations sur le sujet. Quels sont les principaux
facteurs causant le cancer ? Comment évolue la prise en charge des soins en France ?
Pourquoi existe-t-il des inégalités face à la maladie ?
Tabac et alcool, principaux facteurs de cancers
Pourquoi le cancer atteint une personne et pas une autre ? Selon l’Institut national du cancer
(INCa), 60 % des cancers sont causés par des déterminismes indépendants de notre
volonté : âge, hérédité et environnement sont les principales causes non évitables. Nos
modes de vie, notre manière de consommer et, plus largement, la situation socioéconomique et professionnelle des personnes recouvrent les 40 % restants.
Le tabac reste la principale cause de mortalité liée au cancer avec 47 000 décès chaque
année en France, soit 30 % de l’ensemble des décès par cancer. Une étude de
l’Observatoire des drogues et toxicomanies (OFDT) estime que le « coût social » du tabac
est de 120 milliards d’euros par an et 14 milliards pour les finances publiques, le coût des
soins dépassant celui des recettes pour la collectivité. Le tabagisme favorise plus de quinze
types de cancer avec, en tête de liste, celui du poumon, dont 82 % des décès sont
imputables à l’usage de tabac.
L’alcool est le deuxième facteur « avéré » et « évitable » de cancer, selon l’INCa. Environ
15 000 décès par cancer, chaque année, sont attribuables à la consommation d’alcool, selon
la dernière étude datant de 2009. Soit près de 10 % des décès par cancer en France.
Les facteurs nutritionnels sont aussi mis en cause. D’après une étude britannique, qui
intègre l’alcool à ses calculs, 20 à 27 % des cancers sont dus aux types de consommation
de nourriture. En octobre 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a
d’ailleurs classé la consommation de viandes rouges comme « probablement cancérogène »
pour l’homme et celle de « viandes transformées » comme cancérogène.
Si l’impact de l’environnement sur la santé, et la survenue de cancers, ne fait « pas de
doute », il reste encore complexe à évaluer et mesurer. L’INCa souligne le rôle néfaste de
certains agents physiques (ondes, rayonnements), chimiques (métaux), ou biologiques
(toxines, virus) présents dans l’atmosphère.
De fortes inégalités de risques de cancer existent également selon le secteur professionnel.
Gaz d’échappement, poussières de bois, amiante : autant de facteurs favorisants, en
fonction des métiers, les risques cancérigènes.
Cancers du sein et de la prostate, les plus répandus en France
En France, sur l’année 2015, 384 442 nouveaux cas de cancer ont été recensés, soit 30 000
de plus qu’en 2012. Hommes et femmes, jeunes et plus âgés n’endurent pas la maladie de
la même manière, ni aux mêmes échelles : sur 100 000 hommes, 362 auraient été atteints
d’un cancer en 2015. Tandis que pour 100 000 femmes, on en dénombre 272.
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L’âge médian au moment du diagnostic est estimé à 68 ans chez l’homme et à 67 ans chez
la femme, selon des données datant de 2012. En moyenne, on comptabilise 1 750 nouveaux
cas de cancer par an chez les enfants de moins de 15 ans (quatrième cause de décès) et
450 nouveaux cas pour les adolescents, jusqu’à 19 ans.
En prenant les chiffres depuis 1980, on peut également constater une hausse du nombre de
décès par cancer en France : + 11 % chez l’homme et + 20,3 % chez la femme. Pourquoi ?
L’allongement de la durée de la vie, logiquement, fait que la maladie atteint plus de
personnes. L’INCa estime ainsi que près de 150 000 personnes sont décédées en 2015 en
France des suites de la maladie.
Encore de fortes inégalités sociales de mortalité
Les inégalités face au cancer ne sont pas uniquement liées à l’âge ou au sexe : elles sont
aussi le fait de la situation socio-économique. « La France est un des pays d’Europe de
l’Ouest où les inégalités sociales de mortalité par cancer sont les plus importantes, quel que
soit le sexe », rappelait l’édition 2013 du rapport « Les cancers en France ».
Les cancers liés au milieu professionnel sont emblématiques de ces inégalités : en 2013, sur
2,37 millions de salariés exposés à des cancérogènes dans le cadre de leur travail, 70 %
étaient des ouvriers. D’après le troisième plan cancer (2014-2019), les catégories sociales
les moins favorisées ont également plus de mal à arrêter le tabac et l’alcool.
Prévention, sensibilisation au dépistage, réduction des délais d’attente pour une IRM, accès
à l’innovation et aux essais cliniques, préservation de la gratuité des soins font partie des
principaux axes de travail du plan cancer, lancé en février 2014 par François Hollande, qui a
alloué 1,5 milliard à la réduction de ces inégalités.
Il est encore difficile de mesurer précisément les causes précises de ces inégalités et donc
de les réduire. « Pourtant, à l’échelle du système de santé, la détection des fragilités sociales
reste encore difficile. Il manque en France un système de surveillance des inégalités
sociales de santé », notait en 2013 le Haut conseil de la santé publique.
Moins de centres de soins, plus de chances de survie
Depuis 2009, un dispositif d’autorisation de traitement du cancer structure l’offre de soin sur
le territoire national. Celui-ci cherche à mieux garantir des soins de qualité pour tous, mais a
fait chuter le nombre d’établissements autorisés à utiliser les pratiques thérapeutiques
soignant ou luttant contre le cancer : 1 200 établissements soignaient le cancer en 2009,
contre 935 aujourd’hui. Depuis 2003, 1 265 établissements de santé publics et privés ont
perdu l’autorisation, délivrée par les Agences régionales de santé, de traiter le cancer.
Plusieurs chiffres émergent également du compte rendu de l’INCa : l’introduction du
numérique dans le programme de dépistage du cancer du sein, mis en place depuis 2008,
tend à devenir la norme. En 2014, sur les 2,2 millions de mammographies réalisées, 95 %
ont été réalisées avec une technologie numérique (contre 83 % en 2011).
Par ailleurs, on note une très légère progression de l’utilisation des IRM (imagerie par
résonance magnétique), dont 798 appareils sont installés en France et dont le délai d’attente
avant utilisation est souvent considéré comme très long. Le délai moyen d’obtention d’une
IRM est passé de 29 jours en 2010 à 25 en 2015, avec un objectif de vingt jours de délai
d’attente moyen d’accès à une IRM dans le cadre du troisième Plan cancer.
D’un point de vue global, les chances de survie face aux cancers se sont améliorées ces
dernières années. Comme nous l’expliquions dans cet article, une étude publiée en février a
été menée sur plus de 535 000 cas de cancers, sur deux périodes : 1989-1993 et 20052010. Elle montre notamment que, pour les tumeurs les plus fréquentes, des évolutions
notables ont été réalisées.
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