CM Histoire Médiévale
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I.
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Histoire générale des croisades en Terre Sainte
Quand Urbain II prêche la croisade en 1095, c’est quelque chose d’inédit. On ne
comprend pas dans quelles conditions cette nouveauté est survenue, même si on a
des doutes. On ne voit pas ce qui a pu pousser le pape à cette nouveauté. On pense à
des éléments liés à la situation en Orient. Depuis 10 ans, l’église grecque a tenté
d’obtenir du secours de la part des chrétiens latins contre les musulmans qui
harcèlent l’Empire Romain d’Orient. Urbain II aurait reçu une délégation de
Constantinople au début de son pontificat. Ce serait à cette occasion que l’idée lui
serait venue.
Il est évident que cette idée a tout de suite pris une dimension différente pour lui.
C’est lié à l’affrontement entre papauté et empire en Occident. Au début de son
pontificat, après la mort de Grégoire VII, Urbain II est en très grande difficulté.
La papauté est en mauvaise posture. L’empereur Henri IV lui fait guerre à cause du
problème des investitures et il a alors le dessus. Urbain II fait face à des antipapes
élus sous l’influence de l’empereur dans la vieille tradition d’influence impériale sur
l’élection du pape.
L’idée est de mobiliser l’ensemble de la chrétienté derrière la papauté autour d’une
urgence sacrée : libérer la terre sainte. On ne sait pas d’où vient cette idée mais elle
est formidable pour légitimer Urbain II. On veut réunir derrière lui les différentes
obédiences de l’Occident latin malgré la contestation de sa légitimité par l’empereur.
Urbain II est enthousiaste pour prêcher la croisade. C’est une tâche nouvelle liée à la
précarité de sa situation politique. Le succès de la croisade parvient à asseoir sa
légitimité et à éliminer les antipapes en sapant leur crédibilité au profit de la sienne.
Quand Urbain II prêche la croisade, Rome est aux mains de l’antipape impérial. Il n’y
a donc pas accès. Il est en fuite sur le territoire de l’ancien royaume de Francie
Occidentale.
Il retourne ce handicap en sa faveur. Il sillonne le Sud de la Francie en galvanisant les
foules derrière lui. Il fixe une tâche sacrée à l’Occident et assure son leadership, sa
position d’autorité éminente. Le contexte économique, social, politique se prête très
bien au projet. Il associe prouesses guerrières et aventures lointaines : ce sont 2
éléments constitutifs de la pensée aristocratique et de l’identité nobiliaire.
Le projet de croisade alimente de manière positive les imaginaires occidentaux ainsi
que la dévotion, le fait d’être au service de Dieu. Or, à une période, le système
féodal est à son apogée, de même que la violence nobiliaire. Depuis pas mal de
temps, l’Occident connaît une croissance économique, lente et cumulée, assez forte
Dans ce contexte, la croisade fait figure d’exutoire et va permettre d’exporter la
violence aristocratique. Ce, au moment où les autorités princières et les royaumes
commencent à se réaffirmer doucement, et où les violences aristocratiques sont de
moins en moins tolérés. On veut les exporter en leur offrant de nouveaux horizons.
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La réussite du projet est rapide et extraordinaire : la prise de Jérusalem a lieu le
10/07/1099. On explique ce succès par la prospérité et la puissance économique de
l’Occident depuis un ou deux siècles. De plus, les forces politiques divisées du monde
arabo-musulman ne s’unissent pas pour résister à l’assaut.
1. La première croisade
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La prédication de la 1e croisade commence à Clermont-Ferrand autour d’une
assemblée (concile) réunie par Urbain II. Ce concile promulgue des canons
réformateurs mais prend aussi une mesure nouvelle qui garantit un certain nombre
de privilèges à ceux qui entreprendront le pèlerinage (guerrier) de la Croix. Urbain II
sillonne ensuite la Francie, secondé dans sa tâche par plusieurs prédicateurs dont le
plus connu est Pierre l’Ermite. Il a du succès, il galvanise les foules. 2 mouvements
de troupes sont suscités par les prédications d’Urbain II et Pierre L’Ermite :
- Croisade populaire : 12 000 hommes suivent Pierre l’Ermite dans sa prédication.
Ils font vœu de pèlerinage et mettent ce vœu à exécution.
- Il va jusqu’à Constantinople, où il est rejoint par la croisade des Baroux : c’est
une expédition bcp plus importante menée par les féodaux d’Occident, surtout
de Francie Occidentale et d’Angleterre (dont duc de Normandie, comte de
Toulouse, duc de Lorraine ou Bohémond de Tarente, un normand de Sicile).
L’expédition est accompagnée par un représentant du pape, l’évêque Adémar,
originaire du Puy. C’est un légat du pape dont le rôle est de contrôler l’orientation
de la croisade.
S’en suivent des succès fulgurants : prise d’Antioche en 1098 et la prise de
Jérusalem en 1099. Des massacres de sarrasins ont été perpétrés par des croisés ,
sans que le légat y voit d’inconvénient. La prise de Jérusalem est confirmée par une
série de victoires sur les égyptiens en août 1099. La conquête de la Terre Sainte se
poursuit les années suivantes par l’afflux de nouveaux pèlerins guerriers avec le
soutien des flottes des républiques portuaires italiennes de Gênes et de Pise. Les
vénitiens soutiennent l’assaut des croisés sur Tyr, dernière place forte prise en 1124.
En 1125, après 26 ans de conquête, 4 Etats latins de Terre Sainte sont sous contrôle
du pape :
- Royaume de Jérusalem
- Royaume de Tripoli, conquis par le comte de Tours
- Royaume d’Antioche (Nord de la Palestine)
- Royaume d’Edesse
Un phénomène de colonisation se met en place. L’installation de chrétiens
occidentaux permet la création de ces Etats. Il s’avère vite que l’Occident a des
ressources économiques et politiques suffisantes devant l’affaiblissement du monde
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arabo musulman lors de la conquête. Mais pour tenir les Etats à long terme, le
rythme d’installations face à la pression sarrasine croissante n’est pas suffisant.
2. La deuxième croisade
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Dès le 12e , les croisés subissent une série de reculs de ces Etats. La perte d’Edesse
en 1144 marque le début de la 2e croisade. (cf. fascicule p34). Bernard de Clairvaux,
abbé cistercien de Clairvaux mort en 1153, jouera un rôle clé. Dès son vivant, il est
considéré comme un saint à l’influence énorme et plus grande que celle des papes. Il
fait beaucoup pour le rayonnement de l’ordre cistercien, créé fin 11e.
Eugene III prêche la croisade sous l’influence de St Bernard, c’est le 1er pape
cistercien. Cette croisade est un désastre total. Elle est menée conjointement par le
roi de France Louis VII et par l’empereur Conrad III. Le prestige de Bernard et de la
Terre Sainte depuis la 1er croisade est tel que les souverains s’y mobilisent pour la 1e
fois. On est à un moment où les autorités royales se sont accrues nettement.
C’est un échec. L’armée germanique est détruite dès la traversée de l’Anatolie à
cause du harcèlement des musulmans. Louis VII arrive en Syrie. Il obtient quelques
victoires avant d’être vaincu à son tour et d’être rapatrié vers le Royaume des francs.
Pour Eugene III c’est un fiasco.
3. La 3 ème croisade
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Elle est suscitée quelques décennies plus tard par le choc de 1187 : Jérusalem est
perdue au cours d’une grande bataille opposant les chrétiens de Terre Sainte et
Saladin, chef musulman qui réussit à unifier le Proche-Orient autour de lui. Les
chrétiens sont défaits à la bataille de Hattim.
Tout le Royaume de Jérusalem tombe aux mains de Saladin. Mais contrairement aux
chrétiens en 1099, il ne se livre pas à des massacres contre les chrétiens après la
prise. L’islam est plus tolérant que le christianisme de la papauté (Avec les croisades,
l’Occident connaît une montée de l’intolérance religieuse). Saladin établit un empire
solide, la dynastie Ayarbide qui connaît une certaine pérennité.
S’en suit un appel aux croisades. Pour la 1e fois, on associe explicitement réforme
ecclésiastique et croisade. La papauté attribue la défaite de Hattim et le reste aux
péchés des habitants de Terre Sainte et des chrétiens occidentaux, comme un
châtiment de Dieu. S’en suit la plus grande de toutes les croisades, menée par les
plus grands princes de l’époque, l’empereur Frédéric Ier Barberousse, le roi de
France Philippe Auguste qui finit par accepter de se joindre à expédition et le roi
d’Angleterre Richard Cœur de Lion.
Dès juin 1190, les choses commencent mal. Sur le chemin de la Syrie, Frédéric Ier se
noie en traversant une rivière. Alors les troupes allemandes abandonnent
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l’expédition : car la mort de l’empereur relance le jeu politique en Germanie et
l’élection de son successeur devient prioritaire.
En 1191, Richard Cœur de Lion et Ph-Auguste sont parvenus en Syrie. Ils réussissent à
reprendre Acre mais s’entendent mal. Ils ont des attitudes opposées.
- Ph-Auguste s’intéresse peu à cette expédition, il pense au maintien de son
pouvoir royal, qu’il a accru dans son royaume.
- Quant à Richard Cœur de Lion, il est dévoué à l’idéal de la chevalerie chrétienne,
avide de prouesses au service de Dieu. Cette idée est développée par st Bernard
auprès des chrétiens occidentaux. Richard Cœur de Lion a toujours recherché
l’exploit. En guerroyant, la Terre Sainte devient terre promise au sens chrétien et
chevaleresque.
L’Etat anglais est plus solide pour pouvoir s’y appuyer dessus. Après 3 ans de guerre
avec Saladin, Richard Cœur de Lion ne parvient pas à reprendre Jérusalem. Mais
Chypre passe sous égide chrétienne. A son retour, lors d’un passage en Allemagne,
Richard Cœur de Lion est fait prisonnier. Il passe de longues années en captivité
avant que son frère lève les fonds nécessaires à la rançon.
Richard Cœur de Lion va mourir en combattant sur les territoires anglais du Royaume
de France contre Tripoli. Il revient ne jamais en Terre Sainte. Par suite toutes les
expéditions suivantes au 13 e seront elles aussi échecs, surtout la 4e croisade.
4. La 4 e croisade
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C’est l’œuvre d’Innocent III. Dans ce domaine comme dans les autres, il a eu une
attitude radicale. Il a accentué les orientations prises par la papauté depuis les
débuts de la Réforme grégorienne.
Dès son avènement en 1198, il projette une croisade et prévoit un rassemblement
très rapide. C’est au cœur de son projet religieux pour l’Occident. C’est une priorité
qui prend une importance jamais atteinte auparavant dans le gouvernement de la
chrétienté par la papauté. Innocent prévoit de rassembler les troupes dès mars 1199.
Elles doivent partir vers l’Orient pour reprendre Jérusalem un an après son accès au
pontificat. C’est excessif : les préparatifs sont trop longs. Les délais ne sont pas tenus.
Un nouveau prédicateur (à l’instar de Pierre et Bernard) a une action déterminante :
c’est Fou de Neuilly. Il prêche la croisade avec pas mal succès dans le Bassin Parisien
ou en Flandres. Il rassemble pas mal de nobles surtout issus de Francie du Nord.
Cette croisade échappe au contrôle d’Innocent III et dérape de manière très grave.
Les croisés, essentiellement les barons du Nord, concluent des accords avec Venise.
Elle doit transporter les croisés par la mer pour éviter la traversée des Balkans. Ce
jusqu’à Constantinople si les croisés leur prête assistance pour prendre le port de
Zara dans l’Adriatique, alors tenu par des hongrois chrétiens.
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Cela se fait semble-t-il à l’insu d’Innocent III. Les troupes sont utilisées pour prendre
une ville de chrétiens et la remettre aux intérêts de Venise. L’expédition militaire est
dotée par la papauté du statut de croisade et se met au service d’intérêts
particuliers. La 4e croisade dégénère totalement avec l’arrivée de barons et de
troupes qui s’entendent mal et sont xénophobes. Ils prennent les grecs pour des
infidèles et les croisés finissent par piller Constantinople.
Cet épisode a définitivement éloigné les chrétiens grecs d’Orient du monde latin.
Innocent III ne désapprouve pas même s’il ne l’avait pas demandé. Ce pillage met à
bas l’empire grec de Constantinople et le remplace par l’Empire latin de
Constantinople. Un souverain latin qui obéit aux latins est désormais à la tête de
Constantinople. L’objectif de la croisade est détourné.
Une fois l’affaire de Constantinople terminée, les croisés s’arrêtent. Le légat
pontifical qui les accompagne finit par accepter de lever le vœu de croisade fait par
les guerriers qui s’installent à Constantinople ou reviennent en Occident. Innocent III
déplore l’arrêt de l’expédition mais approuve le renversement de l’Empire grec. Il
rappelle que grecs sont schismatiques et désobéissants : ils refusent de se soumettre
à l’autorité du siège apostolique depuis 1054.
Malgré ça, Innocent III persiste dans son projet de croisade. Il reste au cœur de son
programme de gouvernement. Le concile de Latran IV se conclue sur un appel à la
croisade. Le rassemblement est convoqué au 1/1/1217 dans le Royaume de Sicile. La
présence du pape est annoncée : il obtient la promesse du roi de Sicile et du roi
d’Angleterre de prendre part à la croisade. La mort du pape en 1216 fait annuler le
projet.
5. Les dernières croisades
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On numérote au total 8 croisades. La 8e se solde par la mort de St Louis en 1270
devant Tunis. Quelques autres expéditions sont menées ultérieurement mais elles ne
sont pas assez signifiantes pour être numérotées : ce sont des tentatives de croisade
tardives.
Les 4 croisades qui suivent ont lieu entre les pontificats d’Honorius III et d’Urbain IV.
Les expéditions sont des échecs. Elles parviennent en Terre Sainte mais retardent
l’échéance.
La 5e croisade
La 5e croisade (1217-1221) menée au début du pontificat d’Honorius III aboutit à la
prise de Damiet dans le delta du Nil. Mais les croisés subissent un échec devant Le
Caire. On tente donc de passer par le Sud et non par le Nord de la Terre Sainte.
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La 6e croisade
La 6e croisade (1228-1229) se prolonge par une nouvelle expédition qui est partie
prenante de cette 6e croisade. Elle est menée en 1237 par Frédéric II roi de Sicile et
empereur. En 1220, il n’a reçu la couronne impériale de la part d’Honorius III qu’en
échange de promesse d’aller en Terre Sainte reconquérir les lieux saints.
La papauté a double intérêt: essayer de reprendre la Terre Sainte et surtout s’assurer
que Frédéric II serait occupé en Orient plutôt qu’à progresser en Italie au détriment
des Etats pontificaux d’Italie centrale.
Pour obtenir la couronne il faut faire vœu de croisade. On est alors tenu de
l’accomplir sous peine de sanctions canoniques. C’est la garantie pour pape que
Frédéric II ne doit pas conquérir des terres au détriment des Etat pontificaux en
Italie.
Frédéric II met beaucoup de temps à partir après le vœu fait en 1220 : le pape va
alors considérer qu’il a parjuré et transgressé son vœu. En 1227 : 1e
excommunication de Frédéric II. Il finit par partir en Terre Sainte en 1228.
Une fois sur place il ne combat pas. A l’inverse il conclut un traité avec le sultan. Le
traité de Jaffa assure l’accès aux lieux saints pour les chrétiens en toute tranquillité.
Frédéric II a grandi en Sicile, dont il est le roi, et a tjs été au contact de l’islam. La
Sicile était le lieu de cohabitation des 3 monothéismes (juifs, arabo musulmans
chrétiens). Frédéric II a du respect et s’entend bien avec le sultan.
Ça provoque la fureur de la papauté. C’est en parfaite discordance avec l’intolérance
radicale découlant de la conception ecclésiologique des papes, selon laquelle la
vocation de tout humain est d’être chrétien converti de gré ou de force.
La 6e croisade devient un traité d’amitié entre l’empereur d’Occident et le sultan
Malik al-Kamil. En 1237 une nouvelle expédition est menée par la papauté. En
guerre ouverte avec elle en Italie, Frédéric II refuse d’y prendre part.
Les 2 croisades de Saint-Louis : le mythe du roi saint
La 7e croisade (1248-1250) est un désastre. St Louis est capturé par la nouvelle
dynastie présente en Egypte et en Terre Sainte : les mamelouks. C’est la 1e fois que le
souverain d’Occident est fait prisonnier en Terre Sainte. On considère que
progressivement Louis IX rentre en phase avec une mentalité féodale datée . Il
s’avère moins sage que son grand père, Philippe Auguste, et ses combats en Syrie :
ce dernier considérait que la croisade était trop incertaine pour s’y investir et il a trop
à faire chez lui.
C’est l’inverse chez Louis IX. C’est un pieux convaincu par l’idéal quasi eschatologique
de la croisade. Il pense qu’il faut tenir Jérusalem en vue du jugement dernier. A son
retour en France, Louis IX, comme les papes après l’affaire de Jérusalem (1187),
développe une dévotion de la pénitence. Pour lui, son échec est lié à ses péchés
personnels et à ceux du Royaume.
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Contre l’avis de son entourage, il garde en tête le projet de réparer ses échecs et ses
torts avec la nouvelle croisade qu’il commence à organiser en 1265. Malgré les
avertissements de son conseil, il poursuit cette folie sans logique politique. Le roi et
le fils du roi sont tués en 1270 devant Tunis.
Cette 8e croisade n’a servi à rien en terme de géopolitique. Les mamelouks avancent
jusqu’à la perte de la dernière poche de résistance chrétienne en Terre Sainte avec St
Jean d’Acre en 1291.
2 principaux ordres militaires sont créés :
- L’ordre du temple installe ses bases à Chypre. L’île demeure chrétienne et reste la
tête de pont pour conquérir la Terre Sainte.
- L’ordre des hospitaliers de St Jean s’installe à Rhodes en Asie Mineure
L’idée et les préparatifs de la croisade vont perdurer pendant encore très longtemps.
Il n’y aura plus d’expédition effective. Jusqu’au 15e inclus, on exprime la nécessité de
faire le passage c’est-à-dire de traverser la Méditerranée pour reprendre les lieux
saints. C’ est très présent dans les mentalités occidentales.
La papauté va conserver cet objectif, le réaffirmer au long du 14e. Par lui, elle va
tenter d’établir la paix entre France et Angleterre dans le cadre de la Guerre de 100
ans. Souvent on va lever des impôts sous le prétexte de préparer des expéditions en
Terre Sainte. Les impôts sont levés par les princes avec l’autorisation du pape. Ils ne
serviront jamais à des campagnes de reconquête en Terre Sainte mais seront
détournés à des fins militaires dans le cadre de guerres internes à l’Occident.
II.
Conditions de la croisade : prédication, privilège et financement
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Elles induisent une emprise plus forte de la papauté en Occident même si les
expéditions sont menées en orient. L’emprise pontificale s’accroît sur les plans
idéologique et gouvernemental dans les idées et dans la pratique.
Les initiatives de Pierre l’Ermite sont un modèle, tout comme celles de Bernard de
Clairvaux. Par leur éloquence et la puissance de leur verbe, ces prédicateurs suscitent
un enthousiasme religieux débordant de la part de leurs populations.
Pierre l’Ermite va rapidement prêcher de lieu en lieu accompagné d’une foule de
fidèles de plus en plus importante. Ces fidèles se sont joints à lui pour l’accompagner
dans le processus de la croisade populaire. Cette prédication auprès des laïcs
concourt à la volonté de pureté, avec un sentiment d’indignation à l’égard de tous
ceux qui portent atteinte à la pureté de la foi chrétienne.
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Dès la 1e croisade, ces prédications sont l’occasion de violences anti -juives en Europe
de la part de ceux qui suivent les prédicateurs. Ces violences contre les juifs, nonchrétiens mais vivant tranquille dans la chrétienté, ont eu lieu avant même le
transport en Terre Sainte.
Autour de 5000 juifs ont été assassinés par des chrétiens enthousiastes à l’idée de
pureté de foi. C’est une société persécutrice, l’intolérance est généralisée à l’égard
de toutes les déviances, tant au niveau de la foi mais aussi les déviances accusées
d’attenter à la nature par leurs actes (ex : homosexuels).
L’aspiration à la pureté est liée directement à l’avènement de la papauté et aux
débuts de la prédication des croisades. Les prédicateurs se spécialisent dans ce
domaine et on amène vers le milieu du XIIIe un manuel destiné aux prédicateurs et
spécialisé dans la prédication de la croisade (De predicatione crucis contra
sarracemos écrit en 1266 par Humbert de Romans).
Constitution de privilèges liés à la croisade : c’est le phénomène qui est constitutif de
la croisade. Une expédition militaire est croisade car elle est déclarée telle par pape
et obtient un statut juridique. Un privilège (privata lex) est un régime juridique
spécial. Leurs fondements sont posés par Urbain II au concile de Clermont.
Quiconque s’engagerait pour l’équilibre de Dieu par la dévotion et non pour la gloire
ou l’argent verra son action comptée pour pleine pénitence.
Urbain II innove: on accorde la rémission des péchés et des pénitences à ceux qui
entreprendront la croisade. Alors ils se trouveront lavés de tous leurs péchés et
déliés de toute obligation de faire pénitence pour leurs péchés. C’est un bienfait
spirituel qui leur est accordé. Après la mort, c’est la garantie d’un séjour plus court
dans les tourments, c’est une garantie de la vie éternelle.
La pratique de l’indulgence plénière apparaît à l’occasion de l’avènement de la
papauté. Le pape peut délier. L’institution des indulgences est leur monopole. Les
papes peuvent exempter les chrétiens des pénitences qu’ils sont en train de faire
pour expier leurs péchés sous peine de damnation. Les papes sont les intermédiaires
entre Dieu et les hommes, capables au nom de Dieu d’accorder des grâces et
d’annuler ou réduire les pénitences obligatoires pour se laver d’un péché.
C’est institué à l’occasion de la 1e croisade. Un régime juridique spécial commence à
se mettre en place pour les croisés : légalement, au vu du droit canonique ceux qui
partent combattre sont libérés de leur péché, on leur garantit la vie éternelle ‘ils
meurent.
D’autres éléments de ce statut de croisé se dessinent sous Innocent III, qui achève de
le définir. Dès la 1e croisade, le vœu de croisade devient un vœu astreignant : il lie
définitivement celui qui le prête au même titre qu’un vœu monastique. Ce vœu de
croisé passe par un rituel au cours duquel on fait coudre une croix sur son vêtement
et on se retrouve dans un nouvel étage juridique.
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C’est une protection attribuée par la papauté : on tombe sous sa juridiction. En cas
d’agression d’un croisé, les agresseurs répondent de leurs actes devant la papauté
ou ses représentants. Il est interdit de lever la main sur les croisés, même de la part
des papes. Par ailleurs, ceux qui font vœu de croisade sont exemptés de contribution
financière pour la croisade.
Au concile de Latran IV, Innocent III règlemente plus précisément l’indulgence et le
statut des croisés. Ceux qui se croisent et accomplissent le pèlerinage armé
reçoivent la rémission plénière de leurs péchés, qui doivent avoir été confessés avec
contrition (par repenti authentique et sincère). Latran IV innove en faisant rentrer
définitivement dans la norme la possibilité de racheter son vœu de croisade de
plusieurs manières.
On peut payer un remplaçant : c’est très cher. Avec une autorisation spéciale de la
papauté, verser simplement de l’argent suffit. Le remplaçant ne fait pas le vœu mais
a droit d’indulgence. Alors qu’avant, le vœu devait être accompli sous peine
d’emprisonnement, excommunication et damnation éternelle.
Innocent III entérine aussi l’élargissement des indulgences à ceux qui contribuent à
l’expédition. Il y a rémission partielle des péchés si des biens en nature sont apportés
pour soutenir les croisés. Les indulgences sont accordées à ceux qui prient pour la
croisade.
La promotion de la croisade va de pair avec l’affermissement de l’idéologie
pontificale et le contrôle des populations en Occident. Cf. la bulle de 1213 où le pape
recommande à tous les chrétiens de faire vœu de croisade quelque soit leur âge et
leur condition (Quia major). Il leur demande de se lier spirituellement, d’entrer en
dépendance à l’égard de la papauté soit pour racheter ce vœu (en argent ou en aide
matérielle) soit pour accomplir ce vœu. Le but est de mobiliser toute la population
bien au-delà de l’infime minorité qui part.
Le XIIIe voit se développer à grande échelle le rachat des vœux et même l’octroi
d’indulgence contre l’argent des prédicateurs de la croisade. Le début de ce
phénomène est marqué par la banque des indulgences. Cet usage pontifical est
dénoncé au 15e : la vente de grâces, de rémissions et de prestations spirituelles est
dénoncée par Luther. La papauté se retrouve en mauvaise posture à cause de cet
instrument dont elle se sert pour alimenter ses finances. Elle décrète les indulgences
plénières dans le cadre des guerres pontificales contre ses ennemis chrétiens à
l’intérieur de la chrétienté.
Les croisades sont financées par les ventes d’indulgences et le rachat de vœux. Tout
ceci est occasionné par les campagnes de prédications. L’enracinement dans les
mentalités du besoin d’aller libérer la Terre Sainte va contribuer au développement
de l’appareil d’Etat ecclésiastique, au détriment de l’infrastructure fiscale. On lève
l’argent pour des préparatifs de croisades qui n’aboutissent pas. C’est la mise en
place d’une administration fiscale.
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En général, les souverains séculiers obtiennent du pape l’autorisation de lever
l’impôt spécial qui concerne les laïcs et les ecclésiastiques. Or, la Réforme impose
habituellement les libertés ecclésiastiques : c’est l’exemption fiscale des clercs,
soustraits à toute imposition de la part des laïcs.
Mais dans le cadre de la préparation de la 3e croisade, à la suite de l’affaire de
Jérusalem (1187), la papauté est sous le choc. Elle accorde à Ph-Auguste et à Richard
Cœur de Lion le droit de lever une dîme spéciale en 1188. Ainsi, la dîme saladine pèse
sur 1/10 de tous les revenus et de tous les biens des laïcs et des ecclésiastiques.
Toutes les communautés d’habitants (y compris les communes italiennes) doivent
soit donner de l’argent soit fournir un contingent d’hommes d’armes, l’objectif étant
de financer.
Au concile de Latran IV, à l’occasion de l’appel à la croisade lancé par Innocent III,
une décime est instituée. C’est un impôt spécifiquement levé pour la croisade : en
1215, il pèse sur 1/20 des revenus sous peine d’excommunication. Cette mesure
fiscale est liée à une sanction spirituelle. De nombreuses décimes sont imposées,
avec un pourcentage d’imposition variable.
Le concile de Lyon II développe une administration fiscale en relation avec la
croisade. Grégoire X crée des circonscriptions fiscales dont le maillage couvre tout
l’Occident. Le projet induit l’organisation d’une superstructure administrative avec 26
circonscriptions (collectories) qui couvrent l’Occident. Dans ces circonscriptions les
agents de la papauté collectent la décime. Les guerres contre les ennemis chrétiens
de la papauté sont menées en Occident, en Italie.
Après la chute de St Jean d’Acre en 1291 il n’y aura plus d’expéditions mais les
souverains réclament à la papauté l’octroi de la décime. C’est la spécialité des rois de
France et d’Angleterre. C’est important pour eux car c’est la seul impôt auquel
l’Eglise n’échappe pas. Avec le jeu de l’accumulation des donations, une très grosse
part des terres et de ses revenus appartient à l’Eglise. Le seul moyen de la soumettre
indirectement à la fiscalité, c’est la décime.
Fin13e début 14e il y aura une série de glissements par lesquels roi de France et
d’Angleterre vont utiliser l’argent de la décime pour se faire mutuellement la guerre.
Les papes protestent mais usent de l’autorisation de lever la décime, qu’ils
détiennent encore, comme un instrument de pression sur les souverains. Ils espèrent
que les souverains les aident à atteindre l’Orient : c’est une illusion.
Conclusion
Même si l’objectif est extérieur à chrétienté, même si l’objectif de la croisade vers la
Terre Sainte est d’étendre la chrétienté, ses principaux effets se font sentir en
Occident. On instaure en Occident un climat de ferveur religieuse qui entraîne une
montée des intolérances. Ça va de pair avec la reconnaissance définitive par tous de
l’autorité pontificale. Elle place la papauté à la tête de la chrétienté, à la tête de
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l’Europe. C’est un grand projet pour tous les chrétiens : la papauté parvient à le faire
partager par tous, même ceux qui ne peuvent pas combattre (prières) et à leur
demander d’entrer juridiquement dans le statut de croisé. Ce statut les oblige à agir
spirituellement ou à soutenir la croisade.