LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : BILAN SCIENTIFIQUE
Extrait des Dossiers de la Documentation Française
Introduction
Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) [Intergovernmental
Panel on Climate Change - IPCC] est un organisme chargé du suivi scientifique des négociations
internationales sur le changement climatique.
Fondé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies
pour l’environnement, il joue un rôle central dans les négociations.
Sa mission est de rassembler des données scientifiques, techniques et socio-économiques
pertinentes afin d’envisager les risques des changements climatiques liés aux activités humaines. Il
doit également formuler et évaluer des stratégies possibles de prévention et d’adaptation.
• Il a publié son premier rapport en 1990. Mis à jour en 1992, ce rapport a servi de base à la
négociation de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, adoptée à
Rio de Janeiro en juin 1992.
• Le rapport publié en 2001, qui comprend trois volets :
- Les bases scientifiques,
- Impacts, adaptation et vulnérabilité,
- Mesures d'atténuation,
fait état de l'augmentation des indices témoignant d'un réchauffement de la planète et d'autres
modifications du système climatique.
• En février 2007, le GIEC publie le premier volume de l'édition 2007 du rapport "Changement
climatique 2007 : les bases scientifiques physiques qui établit la responsabilité humaine dans le
réchauffement climatique. C'est le bilan de six années de travaux menés par un réseau de 2 500
scientifiques. Les experts confirment le rôle des émissions de gaz à effet de serre et la gravité des
changements en cours : perspective d'augmentation moyenne de 1,8°C à 4°C et hausse du niveau
des océans de près de 60 cm d'ici la fin du siècle, généralisation de vagues de chaleur et d'épisodes
de fortes précipitations.
• En avril 2007, le GIEC publie le deuxième volume : "
". Celui-ci établit un diagnostic alarmant des impacts du réchauffement climatique, malgré les
réticences chinoises et américaines sur les conclusions, et notamment la demande américaine de
retirer la quasi totalité des données chiffrées du résumé. Le GIEC insiste sur deux principaux
messages : en premier lieu, le réchauffement déjà en cours frappera toutes les régions du monde,
mais prioritairement les pays en développement d'Afrique et d'Asie. Par ailleurs, au-delà de 2 à 3
degrés de hausse par rapport à 1990, ce réchauffement aura des impacts négatifs.
• En mai 2007, le 3ème volume sur Le changement climatique 2007 : les mesures d'atténuation est
publié à Bangkok. Le rapport établit qu'une action résolue contre le réchauffement aurait un coût
relativement modéré et que les 20 à 30 prochaines années seront déterminantes. Le GIEC présente
les principales options pour atténuer le réchauffement : diminuer les subventions aux énergies
fossiles, encourager les énergies renouvelables, encourager l'énergie nucléaire, capter et stocker le
CO2, réduire la pollution des transports, construire écologique, réduire les émissions de l'industrie,
modifier les pratiques agricoles et réduire la déforestation.
• En novembre 2007, la synthèse "Changement climatique 2007 : rapport de synthèse [PDF, 3638
Ko] ".
• Le 12 octobre 2007, le GIEC obtient, avec l'ancien vice-président américain Al Gore, le Prix
Nobel de la paix pour «leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les
changements climatiques provoqués par l'homme».
Le réchauffement climatique
La carte d'un monde réchauffé
Cette carte représente les principales
répercussions du changement climatique
constatées aujourd'hui (fonte des glaciers,
montée des eaux…) et les effets du
changement climatique prévus pour 20502100.
Le bilan scientifique
En 2001, Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a rendu public
son dernier rapport qui comprend trois volets.
Le bilan scientifique dressé par les experts du GIEC conclut à l'existence d'une quantité croissante
d'indices témoignant d'un réchauffement de la planète et d'autres modifications du système
climatique.
• La température moyenne de surface (moyenne de la température de l'air au-dessus des terres et de
la température à la surface de la mer) a augmenté de 0.6 °C (avec une marge d'erreur de ± 0.2 °C)
au cours du 20ème siècle.
• Le réchauffement s'est notamment produit durant deux périodes, de 1910 à 1945 et depuis 1976.
Depuis 1861, la décennie 90 a très probablement été la plus chaude et l'année 1998, l'année la plus
chaude.
De nouvelles analyses indiquent que le réchauffement survenu dans l'hémisphère nord au 20ème
siècle a probablement été le plus important de tous les siècles du millénaire passé.
• La couverture neigeuse et l'extension des glaciers ont diminué.
Des données satellites montrent une diminution probable de 10% de la couverture neigeuse depuis
la fin des années 60
• Le niveau moyen de la mer a progressé
Entre 10 et 20 centimètres au cours du 20 ème siècle
• Changements climatiques
-Augmentation des précipitations dans les zones de moyennes et hautes latitudes de l'hémisphère
nord et augmentation de la fréquence des épisodes de fortes précipitations dans les mêmes zones.
-Les épisodes chauds du phénomène El Nino ont été plus fréquents, plus durables et plus intenses
depuis le milieu des années 1970.
-Dans certaines régions, notamment dans certaines zones d'Asie et d'Afrique, augmentation de la
fréquence et de l'intensité des sécheresses durant ces dernières décennies.
Les émissions de gaz à effet de serre et d'aérosols dues aux activités humaines continuent d'altérer
l'atmosphère d'une manière qui affecte le climat.
• Du fait des activités humaines, la concentration des GES dans l'atmosphère a continué à
augmenter.
- La concentration de gaz carbonique dans l'atmosphère a augmenté de 31% depuis 1750. Le taux
actuel d'augmentation est sans précédent depuis au moins 20 000 ans.
- Environ ¾ des émissions humaines de CO2 au cours des vingt dernières années est due à la
combustion d'énergies fossiles. Le reste est essentiellement dû au changement dans l'utilisation des
terres, notamment à la déforestation.
La confiance dans la capacités des modèles à prévoir le climat futur a augmenté.
On dispose aujourd'hui de preuves plus grandes que le réchauffement constaté au cours des
cinquante dernières années est attribuable aux activités humaines.
Le GIEC annonce qu'il dispose aujourd'hui d'analyses d'une très grande fiabilité qu'il lui permette
d'affirmer que le réchauffement observé au cours des cinquante dernières années est bien dû aux
activités humaines.
Les influences humaines continueront de changer la composition atmosphérique tout au long du
XXIe siècle.
-Les émissions de CO2 dues aux combustions d'énergies fossiles seront encore prédominantes au
XXIe siècle.
Tous les résultats des modèles du GIEC conduisent à prévoir une augmentation de la température
globale et une élévation du niveau de la mer.
Températures :
· la température moyenne de surface devrait encore augmenter entre 1, 4 et 5,8 °C entre 1990 et
2100
· il est prévu que le taux de réchauffement soit bien plus important que les changements observés
durant le XXe siècle, phénomène sans précédent depuis au moins 10 000 ans.
· le réchauffement devrait s'intensifier notamment durant l'hiver dans les régions de hautes latitudes
de l'hémisphère nord. On peut citer les cas notables des régions septentrionales de l'Amérique et de
l'Asie et l'Asie centrale où le réchauffement pourrait excéder de 40% le réchauffement moyen de
l'ensemble de la planète.
Précipitations :
· La concentration moyenne de vapeur d'eau dans l'atmosphère et les précipitations devraient
augmenter au cours du XXIe siècle.
· Le réchauffement climatique devrait accroître les phénomènes extrêmes (sécheresses/fortes
précipitations-inondations) qui accompagnent les manifestations d'El Nino.
· Le réchauffement climatique devrait entraîner un dérèglement de la mousson d'été en Asie.
· L'étendue de la couverture neigeuse et de la banquise de l'hémisphère nord devrait continuer de
diminuer.
Idem pour les glaciers.
Niveau de la mer
· l'élévation du niveau moyen des océans est estimée entre 9 et 88 cm, selon les modèles
Les changements climatiques dus aux activités humaines persisteront pendant de nombreux siècles.
· les émissions de certains gaz à effet de serre, dont le CO2, ont des effets très durables dur la
composition de l'atmosphère."1
Comment est élaboré le rapport : une critique des experts
"Pour mener les conférences internationales actuelles sur l'application du protocole de Kyoto, tout
le monde se repose sur les travaux du GIEC (ou IPCC). Il est donc intéressant d'étudier le
mécanisme d'élaboration des rapports de ce groupe d'experts en rappelant que ces documents
regroupent les travaux de plus d'une centaine d'auteurs principaux travaillant eux-mêmes à partir
des textes de plus de 500 contributeurs divers, qu'une vingtaine de correcteurs reprennent ce travail
à partir des observations de près de 700 relecteurs et que la somme de cette publication dépasse les
2.500 pages. D'où la nécessité de présenter une version plus accessible de cet énorme travail sous la
forme d'un résumé pour les décideurs politiques appelé SPM (summary for policy makers).
Il est donc évident que le passage du premier document, le rapport, au second, le résumé, doit être
entouré de garanties réelles. Près de 50 auteurs contribuent à l'élaboration de ces résumés, mais à ce
stade, les scientifiques qui ont collaboré au rapport de base et les organisations non
gouvernementales sont seulement consultés. Le choix de la rédaction finale dépend ensuite de 400
délégués des pays participants qui possèdent, ou non, une compétence sur les disciplines
scientifiques traitées. Chaque mot du résumé doit être approuvé à l'unanimité, les discussions étant
d'ailleurs menées simultanément en cinq langues.
A cette étape, les représentants des gouvernements poursuivent des buts fondés sur des objectifs
politiques plutôt que sur le contenu scientifique du rapport initial et ce point a été naturellement
critiqué de nombreuses fois au cours des années passées. C'est pourquoi, il semblerait souhaitable
qu'à l'avenir soient clairement mentionnées, au sein du résumé pour les décideurs, les opinions
divergentes et qu'à tout le moins, il soit clairement indiqué que les résumés pour les décideurs
n'émanent pas uniquement du travail des scientifiques, même si les principaux rapporteurs sont
présents et s'ils peuvent faire entendre leurs observations qui sont prises en compte par les
représentants des gouvernements. Certains ont suggéré de soumettre le texte final du résumé à
l'assemblée plénière des rédacteurs du rapport de base. Sinon, fatalement, les rédacteurs de ce
résumé risquent de ne prendre dans le rapport de base que les faits propres à étayer leurs
convictions initiales. En outre, les nombreuses réserves de méthode ou de fond exprimées au long
du rapport et qui sont essentielles compte tenu de la complexité du sujet sont gommées dans le
résumé.
En lisant les travaux du GIEC, l'ensemble des observations ci-dessus doit demeurer présent à l'esprit
sans pour autant conduire à dénier toute valeur au résumé pour les décideurs. A cet égard, le travail
mené par l'Académie nationale des sciences des États-Unis d'Amérique en 2001, pour apprécier si le
résumé pour les décideurs reflétait bien le rapport de base, a abouti à considérer que le résumé était
bien cohérent avec le corps du rapport, mais que, toutefois, le résumé pourrait être enrichi par
l'explication précise de la portée des lacunes ou incertitudes à partir desquelles les conclusions du
rapport ont été élaborées.
(..) De plus, il est vraisemblable que beaucoup de scientifiques spécialistes du climat brossent un
tableau un peu trop négatif de la réalité estimant probablement que, sans cela, les politiques ne se
mettraient pas en action. Cette remarque est également valable pour l'opinion publique en général
qui risquerait de ne pas s'intéresser assez à cette question si elle avait en mémoire l'ensemble des
incertitudes qui sous-tend les conclusions présentées.
Enfin, d'autres voix critiques se sont élevées pour observer que le colossal effort de synthèse des
opinions scientifiques des chercheurs du monde entier que représentent les rapports du GIEC aurait
1
A consulter
Le dossier en ligne de La Documentation française :
Catastrophes naturelles et prévention des risques
mérité d'être mené également au sujet de la déforestation ou du risque de pénurie d'eau potable, ou
encore de la pollution des océans ou des modifications génétiques.
Une partie de ces critiques a été présentée par la revue "Nature", sous le titre «consensus science or
consensus politics», un consensus de la science ou des consensus politiques.
Dans le rapport du GIEC paru en octobre 2001, est rappelée la méthodologie utilisée par le groupe
de chercheurs internationaux travaillant sous l'égide de l'ONU pour essayer d'établir des simulations
du climat du futur.
Il y est souligné que la complexité des processus en oeuvre dans le système climatique interdit de se
livrer simplement à l'extrapolation du passé ou de statistiques pour en tirer des projections. Même si
un modèle climatique ne peut être qu'une simplification mathématique représentant le climat de la
Terre, l'élaboration de tout modèle exige une connaissance approfondie des mécanismes physiques,
géophysiques, chimiques et biologiques qui gouvernent le système climatique. (...)
Le GIEC insiste sur les incertitudes qui demeurent, par exemple dans l'effet du réchauffement
provenant du Soleil comme de l'activité volcanique, notamment parce que les données sur ces
phénomènes n'ont pas plus de deux décennies d'existence. Le GIEC relève également les
incertitudes relatives aux aérosols et au changement dans l'usage des terres, beaucoup de ces effets
n'ayant pas été pris en compte dans les études menées, mais il est vraisemblable que l'influence de
ces facteurs est plus locale que globale.
Enfin, le GIEC ne passe pas sous silence les réponses différentes résultant de l'emploi de tel ou tel
modèle ; il note qu'il reste nécessaire de quantifier et de réduire ces différences en obtenant de
meilleures données d'observation et de meilleures techniques de fabrication des modèles.
Mais, au total, le GIEC considère que l'essentiel du réchauffement observé au cours des cinquante
dernières années résulte, sans ambiguïté, de l'augmentation de la concentration des gaz à effet de
serre."
Source : Deneux, Marcel Rapport sur l'évaluation de l'ampleur des changements climatiques, de
leurs causes et de leur impact prévisible sur la géographie de la France à l'horizon 2025, 2050 et
2100, Paris, Sénat, Rapport d'information n° 224, 2002 / 625 p.
L'effet de serre
Les scientifiques s’accordent aujourd’hui pour affirmer la prépondérance du rôle des activités
humaines dans le changement climatique et pour voir dans l’effet de serre le principal mécanisme
conduisant au réchauffement de la planète.
Qu'est-ce que l'effet de serre ?
"La température moyenne de notre planète résulte de l'équilibre entre le flux de rayonnement qui lui
parvient du soleil et le flux de rayonnement infrarouge renvoyé vers l'espace.
La répartition de la température au niveau du sol dépend de la quantité de gaz à effet de serre (GES)
présents dans l'atmosphère. Sans eux, la température moyenne serait de - 18°C et la terre serait
inhabitable. Leur présence amène cette température à 15°C.
Les gaz responsables de l'effet de serre d'origine anthropique sont le gaz carbonique (CO2), le
méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O), l'ozone troposphérique (O3), les CFC et les HCFC, gaz de
synthèse responsables de l'attaque de la couche d'ozone, ainsi que les substituts des CFC : HFC,
PFC et SF6.
Les gaz à effet de serre sont naturellement très peu abondants. Mais du fait de l'activité humaine, la
concentration de ces gaz dans l'atmosphère s'est sensiblement modifiée : ainsi, la concentration en
C02, principal GES, a augmenté de 30% depuis l'ère préindustrielle.
Les effets combinés de tous les GES équivalent aujourd'hui à une augmentation de 50% de CO2
depuis cette période."
Source : Mission interministérielle de l’effet de serre "Qu’est-ce que l’effet de serre ?"
Rayonnement solaire et effet de serre
Le rayonnement solaire (ultra-violet, visible, infra-rouge), représenté par les flèches jaunes, est la
principale source d'énergie sur Terre. Un équilibre s'établit entre l'énergie solaire qui arrive et le
rayonnement tellurique (infra-rouge), représenté par les flèches noires continues, émis par la Terre.
La température à la surface de la Terre s'ajuste de manière à maintenir cet équilibre entre énergie
absorbée et énergie perdue. Différents mécanismes interviennent dans l'établissement de cet
équilibre (en italique sur la figure).
Source : Centre national de la recherche scientifique (CNRS )
Quelles sont les principales sources de gaz à effet de serre ?
"Lorsque nous utilisons des énergies fossiles, telles que le charbon, le pétrole ou le gaz, nous
brûlons du carbone, ajoutant ainsi du CO2 à l’air : environ 20 milliards de tonnes par an dans le
monde. Les Océans et les forêts et, dans une bien moindre mesure, les autres plantes, éliminent à
peu près la moitié de cet excédent de gaz carbonique. Cependant, sa concentration ne cesse de
croître : de l’ordre de 0,028% il y a cent cinquante ans, elle est aujourd’hui de 0,0365%.
Un autre gaz à effet de serre est le méthane (CH4), dont la concentration a doublé depuis la
révolution industrielle. Les sources "humaines" sont les rizières, les décharges d’ordures, les
élevages bovins, les fuites sur les réseaux de gaz et l’exploitation charbonnière. L’oxyde nitreux, ou
protoxyde d’azote (N2O) est un autre gaz à effet de serre, qui provient de certaines industries et des
excès d’épandages d’engrais.
Il faut compter également avec l’ozone de la basse atmosphère, qui se forme à la suite des émissions
de monoxyde de carbone (CO), d’oxydes d’azote (N2O) et de composés organiques volatils (COV).
Il y a enfin les gaz fluorés : CFC, HCFC, HFC, PFC et HF6. "
Source : Ministère de l’environnement et de l’aménagement du territoire
Les deux principaux gaz à effet de serre sont le gaz carbonique, qui contribue à l’effet de serre à une
hauteur de 60 % et le méthane. Cependant, tandis que méthane n’a qu’une faible durée de vie dans
l’atmosphère, le gaz carbonique y demeure pendant plus d’un siècle.
C’est pourquoi l’attention se focalise aujourd’hui sur la réduction des émissions de gaz carbonique.
Emissions de gaz à effet de serre des transports
par mode en France
En million de tonnes équivalent CO2
Mode
Air
Route
Fer
Maritime
Autre
Total
1996
2006
5,6
121,4
0,8
1,8
0,5
130,1
4,7
129,8
0,6
2,8
0,6
138,6
Évolution 19962006
-15,59%
6,95%
-21,64%
57,89%
21,23%
Part de chaque
mode en 2006
3,42%
93,68%
0,45%
2,02%
0,43%
100,00%
La désertification et le changement climatique
"Les tendances à la désertification ont une incidence sur les réservoirs et les puits mondiaux de
carbone. A ce titre, la désertification contribue au réchauffement de la planète. D’après les
prévisions, une élévation de la température mondiale de 1 à 2 °C entre 2030 et 2050 se soldera par
des changements climatiques dans les régions touchées par la désertification, entraînant donc
davantage d’évaporation, une baisse, de l’humidité des sols et une aggravation de la dégradation des
terres au Moyen-Orient et dans les zones arides d’Asie, des sécheresses répétées en Afrique et une
plus grande vulnérabilité des terres arides et semi-arides à la désertification. Ainsi, si les
changements climatiques sont appelés à accentuer les processus de désertification aux niveaux
régional et local, les causes et les conséquences de la désertification accentuent elles aussi, à leur
tour, les changements climatiques à l’échelle de la planète, principalement par leur effet sur la
végétation."
Source :"Arrangements institutionnels internationaux relatifs à l’environnement et au
développement durable" Rapport du Secrétaire général. Assemblée générale des Nations unies; 5
septembre 2000. Paragraphe 36.
Les limites d'une réaction humaine
"Si l'action humaine depuis cent cinquante ans a pu modifier la composition de l'atmosphère
terrestre jusqu'à provoquer un réchauffement planétaire dont les conséquences peuvent être
dommageables pour l'homme, suffit-il d'une nouvelle intervention humaine, en sens opposé, pour
que les choses rentrent dans l'ordre ?
Cela conduit à poser la question de la réversibilité des modifications d'origine anthropique et de la
volonté de l'homme à agir dans une direction différente de celle suivie spontanément par lui
jusqu'ici et dont il a retiré beaucoup d'agréments.
L'homme peut ralentir mais non annuler l'intensification de l'effet de serre dont il est responsable
L'intensification de l'effet de serre actuellement constatée résulte en grande partie de l'émission de
gaz à effet de serre émis par l'homme il y a de nombreuses années.
Selon Pierre MOREL*, « L'humanité, sans s'en rendre compte, a déclenché une expérience
géophysique sans précédent avec la planète Terre, le seul habitat connu dans l'Univers qui soit
favorable à la vie. Il va de soi qu'une telle démarche est parfaitement irresponsable ».
Il suffit de se reporter aux temps de résidence dans l'atmosphère des différents gaz à effet de serre
pour noter que, par exemple, des molécules de carbone émises vers 1880 peuvent encore être
présentes aujourd'hui et agir sur le réchauffement actuel.
Il s'agit bien de carbone lié à la civilisation industrielle et même à la révolution industrielle dont les
fondateurs présentent, en quelque sorte, aujourd'hui, une facture un peu inattendue aux générations
qui leur ont succédé. Mais, le coût élevé de ladite facture ne provient pas d'intérêts de retard mais
du fait que les héritiers ont bien fait fructifier l'héritage dans le sens indiqué par leurs ancêtres : la
révolution industrielle s'est muée en civilisation industrielle jusqu'à devenir le seul système de
développement actuellement concevable dans le monde.
Malgré de très grandes disparités entre pays, seuls deux groupes d'États peuvent être distingués : les
pays développés et ceux en voie de développement ; mais, le contenu même du développement n'a
été remis en cause que récemment, et encore de manière plus apparente que réelle, à travers la
notion de développement durable. Celui-ci devra tenir compte du fait que les gaz à effet de serre,
émis dans le passé récent, demeurent largement présents dans l'atmosphère et constituent comme un
stock de gaz à effet de serre tandis que leur disparition graduelle et les nouvelles émissions
constituent un flux.
La seule action sur le stock résulte du temps qui s'écoule alors que celle sur le flux peut, pour la part
actuellement émise, dépendre d'une remise en cause des sources d'émission de gaz à effet de serre.
La disparition des gaz à effet de serre déjà émis est très lente
(...) Les temps de résidence dans l'atmosphère des gaz à effet de serre sont très différents les uns des
autres : certains y demeurent plusieurs dizaines d'années, d'autres plus d'une centaine et d'autres,
enfin, plusieurs milliers d'années.
Or, les gaz les plus tenaces, comme les perfluorocarbures (PFC) ou les hexafluorocarbures (HFC),
ont précisément été émis dans la période la plus récente sans compter que la liste de ces gaz n'est
pas close, l'homme continuant à en inventer de nouveaux. La lenteur de la dissipation du stock
devrait, en toute logique, conduire à ralentir, voire à cesser en partie les flux et, en tout cas, à
renoncer à les accroître. Qu'en est-il exactement ?
Le rythme d'une remise en cause est lent
La prise de conscience du phénomène de l'intensification de l'effet de serre est assez récente dans le
monde scientifique -même si des précurseurs comme FOURIER ou Svante ARRHENIUS avaient
perçu le phénomène -et elle est seulement en train de s'effectuer au-delà de ce cercle. Encore le
grand public de la partie du monde où il est le plus question de ce phénomène n'est-il le plus
souvent informé que par les médias, souvent alarmistes, tandis que les programmes scolaires n'ont
pas toujours intégré, ou pas depuis très longtemps, les enseignements sur ces points. Bien entendu,
cette prise de conscience a été retardée par de puissants intérêts économiques et/ou politiques
opposés à une remise en cause de l'émission sans frein de gaz à effet de serre. (...)
Même si, par rapport au stock déjà émis, le flux actuel n'est pas prépondérant, il faut considérer que,
dans la mesure où, pour l'effet de serre actuel, stock et flux s'additionnent, tout encouragement à la
poursuite du volume présent d'émission de gaz à effet de serre, voire à son intensification, aggrave
le problème posé et en compromet la résolution.
*Fondateur du Laboratoire de météorologie dynamique (L.M.D.) du C.N.R.S. et Secrétaire du
Programme mondial de recherche sur le climat.
Source : Deneux, Marcel. Rapport sur l'évaluation de l'ampleur des changements climatiques, de
leurs causes et de leur impact prévisible sur la géographie de la France à l'horizon 2025, 2050 et
2100, Paris, Sénat, Rapport d'information n° 224, 2002 / 625 p.
Le "trou" dans la couche d'ozone
Il convient de bien distinguer la question du changement climatique de celle du "trou" dans la
couche d’ozone : il s’agit de deux phénomènes différents dont les causes sont dissociées.
L’ozone est une molécule présente dans l’atmosphère et de manière plus concentrée dans la
stratosphère (entre 8-18km et 50km d’altitude) où elle forme une " couche ". Cette couche joue un
rôle de filtrage des rayons ultra-violets dangereux (UV-B).
En revanche, l’ozone présente à basse altitude est toxique pour la vie humaine, animale et végétale.
Deux problèmes environnementaux distincts concernent aujourd’hui l’ozone.
D’une part, la concentration d’ozone à basse altitude tend à augmenter notamment au-dessus des
villes et contribue à la formation du " smog ".
D’autre part, les scientifiques ont observé l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique,
notamment au-dessus des pôles et plus particulièrement au-dessus de l’Antarctique (c’est le fameux
" trou " dans la couche d’ozone). Des recherches ont conduit à identifier les substances responsables
de cet amenuisement : il s’agit de produits chimiques fabriqués par l’homme et qui contiennent
divers mélanges de chlore, de fluor, de bromure, de carbone et d'hydrogène.
Dans le cadre de la Convention de Vienne sur la protection de la couche d’ozone (1985), du
Protocole de Montréal (1987) et de ses amendements, un accord visant à l’interdiction de la
production des substances appauvrissant la couche d’ozone a été conclu. Des mesures prises par les
pays industrialisés ont conduit à l’élimination en 1996 de leur production des substances les plus
nuisibles pour la couche d’ozone tandis que les pays en développement doivent suivre leur exemple
d’ici 2010.
Les chlorofluorocarbures (CFC), qui comptent parmi les substances responsables de
l’appauvrissement de la couche d’ozone et qui sont donc à ce titre régis par le Protocole de
Montréal, sont également des gaz à effet de serre. Les négociations actuelles sur le climat portent
donc sur la limitation et la réduction des émissions des autres gaz à effet de serre.