Objet d’étude n°4 : la question de l’homme dans le genre de l’argumentation du XVIème siècle a
nos jours
Quelle forme peut prendre le discours de « l’honnête homme » dans une société de représentation
ou l’ennui est rédhibitoire ?
Séquence 6 : l’art du portrait
Texte 1 : Les caractères, 1688, La Bruyère, De la Mode, Iphis
IG : le chapitre des caractères intitulés de la mode regroupe des réflexions générales sur les
comportements et quelques portraits célèbres comme celui de Diphile l’amateur d’oiseau, celui
d’Onuphre, l’hypocrite et celui d’Iphis, l’efféminé). Ce dernier est présenté en une quinzaine de lignes
qui concentrent au présent et un ensemble très dense de situations d’habitudes, de traits physiques,
d’attitudes .Celui qui trace le portrait se pose en observateur extérieur capable de deviner les propos
et les intentions du personnage décrit. Mais il braille habilement les pistes de l’énonciation
Plan :
I -les différentes manières de faire un portrait
a- une mise en situation directe et abrupte
b- un personnage décrit de l’extérieur
c- une présentation de l’intérieur
II- Un portrait critique
a- la soumission a la mode
b- un souci constant de sa propre image
c- un caractère efféminé
III- iphis et le lecteur : enjeux et ambigüité du portrait
a- Le sens et l’importance du présent
b- L’ambigüité de l’énonciation
c- Les prises de positions du présentateur et leurs difficultés d’interprétation
I-
les différentes manières de faire un portrait
Entièrement au présent, le portrait utilise différentes modes de presentation, mises en situations,
insistances sur l’apparence perceptible de l’extérieur, expression des pensées des sentiments et des
intentions
a- une mise en situation directe et abrupte
Absence d’éléments de présentations (par exemple : identité, appartenance sociale et familiale), il
est dans une scène observe par celui qui parle :
- indication de lieux : « L’église » l1
- succession d’action rapide dans une relation de cause a effet : « il regarde le sien et il en
rougit » l1-2 dévoilé par l’aspect respectif des verbes
 C’est un portrait rapide
b- un personnage décrit de l’extérieur
Apparait une présentation des manières d’êtres :
- un élément corporel désigné par un adjectif qualificatif : « il a la main douce » l4
-le portraiste évoque la raison de cette caractéristique : « il l’entretient avec une pate de senteur » l4
Apparait son comportement de façon générale et habituelle :
-le rire
-la démarche
-le maintien
-la présence de rouge
 Il s’agit de tout ce qui peut être vu par un observateur extérieur
c- une présentation de l’intérieur
Le lecteur est mis au courant de ce que pense, souhaite, ressent le personnage : utilisation de verbe
modalisateurs : « croire » l2, « vouloir » l6, « oublier »l10. Ils sont tous à la forme négative
Apparait la suggestion de ces intentions : « il est venu pour
Ce portrait est fait de différentes manières qui cernent le personnage en l’intégrant à une situation
sociale et en insistant sur l’apparence
II-
Un portrait critique
Fait de cette manière, le portrait présente un personnage en soulignant ses ridicules, ses excès
A- la soumission à la mode
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Elle est rendue par l’importance accordée à la scène au début
L’accent est mis de manière hyperbolique sur les termes « soulier » l1 « pieds » l3
La place du premier est mis en relief par un complément du nom « un soulier d’une nouvelle
mode » : le personnage est alors conditionne réaction du personnage soucieux de ses
apparences souligne par une structure syntaxique antithétiques « il regarde le sien / il ne se
croit plus habille l1-2 « Le pied » celui-ci est évoqué de manière imagée mis en relief par la
forme passive de la phrase « retenue par le pied dans sa chambre » l3
 Une insistance sur la forme antithétique « s’y montrer / il se cache »
 Insistance sur les relations de causes a effet soulignées par de simples juxtapositions « il
regarde ses jambes / il se voit au miroir » ou soulignée par la coordination « et », « il fait la
petite bouche, et il n’a guère de moment ou », « il s’est acquis une voix claire et délicate et
heureusement il parle gras »
 Le personnage est alors saisi à travers ses défauts
b- un souci constant de sa propre image
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
Insistance sur le caractère réfléchi de toutes les actions désignées par l’emploi du pronom
personnel « se » et de verbes pronominaux
Le champ lexical de la peur et de l’ostentation désigne par la récurrence du verbe « se
montrer » e « montrer »
Une expression récurrente de l’autosatisfaction et du narcissisme « dont il n’oublie pas de
s’embellir » l10 : proposition subordonne relative
c -un caractère effémine
Il est souligné par l’ensemble de manière décrite :
- mains douces
- façon de parler étudier
- sourire
- importance du miroir
- douceur des yeux
- référence au rouge
- allusion aux boucles d’oreille e au collier même si ils sont soulignes par une modalité
négative

Champ lexical de la douceur, de la mollesse et du raffinement : « douce » l4,
« adoucissement » l10, « molle et jolie » l11
 Tous ces élément orientent vers une image, une allure et des gouts plutôt féminins sans que
jamais soit prononce le mot « effémine » mais paradoxalement le pronom personnel « il »
commence toutes les phrases de manière anaphorique
III
Iphis et le lecteur : enjeux et ambigüité du portrait
Les choix de celui qui fait le portrait induisent une lecture critique mais laissent le lecteur
devant certaines ambigüités concernant la temporalité, l’énonciation et les prises de
positions de celui qui parle
a- sens et importance du présent
Le texte est entièrement au présent à l’exception :
-d’un plus que parfait « il était venu » l1
-de deux passes composes « ne l’ai-je pas mis » l14, « il s’est acquis » l8
Différentes valeurs de ce présent mais difficultés à les déterminer a coup sure :
-présent d’actualité immédiate « voit », « regarde », « ne se croit plus »
- présent décalé « se cache », « le voila retenu » l3
- présent de généralité « il met du rouge, mais rarement »
- Présent d’habitudes « il porte des chausses et un chapeau » l13
b- ambigüité de l’énonciation
Ou est celui qui parle ?
Que sait-il exactement de son personnage ?
Le fréquente-t-il ?
Est-il le témoin réel de ce qu’il rapporte ?
Est-il le confident d’Iphis ?
c- Les prises de positions du présentateur et leurs difficultés d’interprétation
Ce n’est pas le portrait critique qui est difficilement interprétable mais les liens entre les différents
éléments critiques :
- cause à effet
- coexistence souligne par la coordination « et »
- effet d’antithèse
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
Le portrait met constamment en relief des éléments naturels et leurs exploitations par Iphis,
c’est ce que soulignent les mots de liaisons
Ces éléments de réflexions sur les notions de nature et d’apparence soulignent en effet
l’ambigüité de la nature humaine
 La chute va dans ce sens
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A la fois logique, ce qui est souligne par le connecteur logique « aussi »
Mais tout à fait inattendu dans sa forme apparence féminine mais absence de ce qui
permettrait de classer Iphis dans la catégorie des femmes puisque « boucles d’oreille » et
« collier » sont niés
Cependant la modalité négative de la dernière phrase connote l’ironie du portraitiste, la
morale du portrait est alors : ne se fier aux apparences, ni dans un sens ni dans l’autre
Conclusion
Dans ce passage apparait alors « l’art du portrait » par la variation des modalités d’approches, par la
démarche du moralisateur qui stigmatise des défauts bien particuliers. Mais en même temps les
formulations ambiguës vont plus loin qu’une simple présentation
La Bruyère dénonce un comportement humain fréquent, general, intemporel et s’interroge sur les
critères d’identification d’un être a travers sa soumission ou non à la mode et d’après son
appartenance
Cet extrait invite également à réfléchir sur le passage de la réalité à la littérature par la référence qui
est faite dans l’œuvre « le chapitre des femmes » l14-15